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Ecriture· 11 min

Peur d'écrire un livre : ce qui se cache derrière (et comment avancer)

La peur d'écrire un livre vient souvent de bien plus loin qu'on ne le croit. Des préjugés hérités, une identité en transition. Voici comment la regarder en face et avancer vers ton livre.

Ybelion (Samuel Le Parc), bonnet noir, se rongeant les ongles avec anxiété devant un micro de podcast

Peur d'écrire un livre : ce qui se cache derrière (et comment avancer)

Janvier 2026. Je suis chez mes parents. Je fais le tri dans des cartons de prépa.

La plupart des trucs partent à la poubelle. Des polycopiés de maths que j'avais annotés avec un soin d'orfèvre il y a douze ans et que je serais incapable de relire aujourd'hui. Des fiches de physique. Des résumés de cours surlignés au Stabilo quatre couleurs (les meilleurs).

Et au milieu de tout ça, un document que j'avais complètement oublié. Un document qui allait mettre des mots sur cette peur d'écrire que j'avais porté des années et que j'avais pleinement traversé en écrivant mon premier livre.

Le Vademecum pour le cours de lettres-philosophie en MPSI. Signé par mon professeur de l'époque. Un document qu'il nous avait donné avant même le premier cours. Le tout premier jour.

J'étais en prépa scientifique. MPSI puis MP. Des maths, de la physique, des concours. On nous accueillait avec la formule consacrée : « Vous êtes l'élite de la nation, vous formerez le fleuron industriel français. » Et au milieu de cette machine à fabriquer des ingénieurs, il y avait ce prof de lettres.

Je me souviens qu'on le regardait avec un mélange de curiosité et de condescendance. Deux heures de cours par semaine. Comment prendre ça au sérieux quand tu passes trente heures sur les équations ?

Douze ans plus tard, assis par terre dans la chambre de mon enfance, je lis son Vademecum. Et la claque arrive enfin...


« Qui êtes-vous au juste ? »

Il avait listé les préjugés que les scientifiques portent sur les lettres. Et il les avait démontés, un par un, avec une élégance que je n'avais pas su voir à dix-huit ans.

Sur l'inutilité des lettres et de la philosophie, il écrivait ceci : « Oui, elles sont inutiles, comme la découverte des nombres irrationnels par les Pythagoriciens, comme la découverte de l'Amérique par Colomb, comme celle de la Pénicilline par Fleming. Qui êtes-vous au juste pour décréter ce qui a été, est, et sera utile ? »

Et plus loin, cette phrase que j'aurais dû encadrer à l'époque : « Il n'est pas honteux d'avoir des lacunes. Il est honteux de ne rien faire pour activement s'améliorer. »

En le relisant, j'ai compris quelque chose que j'ai mis une décennie à formuler : ce prof m'offrait la permission. La permission de considérer que les mots, la pensée, la créativité, ce n'était pas un luxe de gens qui n'avaient « rien de mieux à faire ». C'était un territoire aussi valable, aussi nécessaire, aussi sérieux que les matrices et les intégrales. Il enseignait les lettres, oui. Mais à travers elles, il nous tendait autre chose.

La permission d'explorer.

Et moi, je ne l'avais pas entendu.

En même temps, tout autour de moi me criait le contraire.


La peur d'écrire que tu n'as pas choisie

Si tu tapes « peur d'écrire » dans Google, tu vas trouver des listes. Quatre peurs. Six obstacles. Dix façons de surmonter ton blocage. Et dans ces listes, on te parlera de la peur du jugement, de la peur de l'échec, de la peur de la médiocrité.

Tout ça existe. Je ne le nie pas.

Mais personne ne te parle de la couche d'en dessous. Celle qui est là depuis si longtemps que tu ne la vois même plus. Celle que tu n'as pas fabriquée toi-même.

Moi, quand j'ai voulu écrire pour la première fois, en 2020, je n'en ai parlé à personne. Pas à mes amis. Pas à ma copine de l'époque. À personne. Et au fond, ce qui me paralysait allait bien au-delà du regard des autres. C'était la honte. La honte de vouloir quelque chose qui ne rentrait dans aucune case de la vie que je m'étais construite.

J'étais ingénieur en sûreté nucléaire. Mes soirées se passaient entre Football Manager, des streams de Domingo et des épisodes de Gossip Girl, How I Met Your Mother ou The Big-Bang Theory. Mon identité entière tenait dans cette enveloppe : scientifique, rationnel, sérieux. Et vouloir écrire un livre de fantasy, ça ne collait pas, ça débordait et ça faisait tache.

La peur que je ressentais ne venait pas de moi. Elle venait de tout ce que j'avais absorbé. Des années de « les lettres c'est subjectif, les sciences c'est concret ». Du regard un peu gêné quand tu dis que tu lis de la fantasy à trente ans. De cette hiérarchie invisible qui place l'utile au-dessus du beau, le rentable au-dessus du sensible, le sérieux au-dessus du créatif, le robot au dessus de l'humain.

Mon prof de prépa l'avait vu. Il l'avait nommé dans son Vademecum. Il avait essayé de démonter ces préjugés le jour de la rentrée, avant même qu'on ait ouvert un seul livre en sa compagnie.

Et moi, je ne l'ai compris que douze ans après, assis près dans un carton dans la chambre qui m'a elle même vue construire toutes ses barrières.

Ta peur d'écrire un livre, il y a des chances qu'elle ait la même origine. Des couches et des couches de messages absorbés depuis l'enfance qui te murmurent que ce n'est pas pour toi. Que c'est frivole. Que « qui es-tu pour vouloir écrire, au fait ? ». Ni un trauma, ni un défaut de talent. Quelque chose de beaucoup plus discret et de beaucoup plus ancien.

Et le piège, c'est que ces messages sont devenus ta propre voix. Tu ne les entends plus comme des préjugés extérieurs. Tu les entends comme une vérité intérieure. Comme si c'était toi qui parlais.

Sauf que ce n'est pas toi.


Ce que la peur protège (et pourquoi elle grogne)

Il y a un texte que j'avais écrit il y a un moment sur le monstre sous le lit. L'idée, c'est que ce monstre est aussi fragile que terrifiant. Il représente une partie de toi. Il a son vécu, ses blessures. Et son seul objectif, c'est de te protéger.

Mais il se réfugie dans l'ombre. Et quand tu t'approches, il grogne. Non pas qu'il veuille te faire du mal, mais parce qu'il défend l'entrée d'un endroit qu'il considère dangereux.

Ta peur d'écrire, c'est ce monstre.

Elle grogne parce que derrière elle, il y a quelque chose de fragile : ton identité d'auteur en devenir. Cette version de toi qui n'existe pas encore tout à fait, qui est encore vulnérable, qui n'a pas encore de preuves, pas encore de pages écrites, pas encore de légitimité tangible.

Et la peur te dit : « Si tu y vas et que tu échoues, tu vas souffrir. Alors reste ici. Reste dans l'ombre avec moi. C'est plus sûr. »

C'est maladroit. Mais c'est sincère.

À cet enjeu sincère, tout le monde te dit de « vaincre » ta peur, de brandir les armes et de « la surmonter » en fonçant malgré elle. Les articles que tu trouves en ligne sont pleins de ça : des stratégies de combat. Comme si la peur était un ennemi à abattre.

Et si c'était l'inverse ?

Et si, au lieu de la combattre, tu l'écoutais ? Si tu tendais l'oreille pour distinguer, derrière ses grognements, ce qu'elle essaie de te dire ?

Quand j'ai commencé à accompagner des auteurs avec Ose Écrire, j'ai remarqué que les peurs les plus paralysantes ne résistaient jamais à la lumière. Le jour où tu mets des mots sur ce qui se cache derrière, le monstre arrête de grogner puisqu'il se sent enfin entendu.

C'est un travail de Clarté d'Identité. Comprendre qui tu es en train de devenir, pas qui tu étais. Et accepter que cette transition fasse peur, parce que toute transformation fait peur.

Et la première manière d'écouter ce monstre, paradoxalement, c'est de parler.


Le premier pas : oser le dire

Ça va te sembler contre-intuitif. Mais le premier pas pour quelqu'un qui a peur de se lancer dans l'écriture, ce n'est pas de s'asseoir devant une page et de forcer les mots.

C'est de le dire.

À voix haute. À quelqu'un. Ou même juste à soi-même, mais pour de vrai.

« Je veux écrire un livre. »

En 2020, quand cette pensée m'a traversé entre deux parties de Football Manager, je l'ai enfouie. Je l'ai traitée comme un caprice. Quelque chose de pas sérieux. Et en ne la disant pas, en ne la partageant pas, je lui retirais toute réalité. Elle restait un fantasme. Et les fantasmes, c'est confortable, parce qu'on ne peut pas échouer dans un fantasme.

Le jour où j'ai osé le dire (d'abord à moi-même, puis à d'autres), quelque chose a changé. Le rêve est devenu un projet. Et un projet, ça se confronte au réel. C'est plus effrayant, oui. Mais c'est vivant et surtout, ça se réalise.

Mon prof de prépa l'avait formulé autrement : « Il n'est pas honteux d'avoir des lacunes. Il est honteux de ne rien faire pour s'améliorer. »

Le « honteux » est un peu fort (c'était un personnage). Mais l'idée est là. Le problème n'est jamais ton niveau de départ. C'est l'énergie que tu mets, ou pas, pour avancer. Et cette énergie commence par un acte très simple : nommer le rêve.

Si tu en es là, si tu portes un livre en toi depuis des mois, des années, et que tu n'oses pas, je te propose un truc (loin d'un exercice d'écriture ou d'un défi de mots), juste un : dis-le. Écris-le dans un carnet. Envoie un message à quelqu'un en qui tu as confiance. Ou murmure-le sous la douche si c'est tout ce que tu peux faire aujourd'hui.

« Je veux écrire un livre. »

C'est un début. Et il suffit.


Le vrai risque c'est celui de ne pas écrire

On parle toujours du risque d'écrire. Le risque d'être jugé, d'être mauvais, de perdre du temps, de se confronter à soi-même.

Personne ne parle du risque de ne pas écrire.

Et pourtant.

Celui-là, il n'est pas hypothétique. Il ne dépend pas d'un éditeur, d'un avis, d'une critique. Il est garanti. Si tu ne l'écris pas, personne ne le fera. Ce livre qui vit en toi, avec tout ce qu'il porte (tes obsessions, ton regard unique sur le monde, cette histoire que toi seul peux raconter), il s'éteindra en silence.

Je sais que ça sonne dramatique. Probablement parce que ça l'est. (Et promis, c'est le seul passage de l'article où je joue la carte dramatique.)

Et ce qui est encore plus vrai, c'est que le risque de l'inaction ne se manifeste pas d'un coup. Il s'accumule. Dimanche après dimanche. Année après année. Cette petite boule dans le ventre que tu connais, celle qui revient quand tu n'as pas écrit, elle ne s'en va pas. Elle grossit. Et un jour, elle ne dit plus « je veux écrire un livre ». Elle dit « j'aurais voulu écrire un livre ».

L'épisode 79 du podcast se termine sur cette idée qui me porte depuis que je l'ai relue dans ce Vademecum : ton niveau d'écriture actuel n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est l'énergie que tu mets quotidiennement pour aller vers le rêve que tu portes.

Les 50 % de ce que tu écriras ne seront pas géniaux & c'est normal. Les 50 % géniaux ne peuvent exister que parce que les autres existent aussi. C'est David Eddings qui le dit, c'est moi qui le vis, et c'est la réalité de chaque auteur que j'accompagne.

Alors oui, tu as peur... mais c'est normal et même sain.

Cette peur cohabite avec des préjugés que tu n'as pas choisis, une identité en transition, et un monstre sous le lit qui grogne parce qu'il ne sait pas faire autrement.

Écoute-le. Nomme-le. Et fais ton premier pas quand même.


Et si c'était maintenant ?

Ce prof de prépa, celui dont je ne citerai pas le nom mais à qui je suis infiniment reconnaissant, m'a donné quelque chose que je ne savais pas avoir besoin de recevoir : la permission de commencer.

Moi, je me l'accorde aujourd'hui en écrivant un livre après l'autre, en accompagnant celles et ceux qui osent se lancer, et en continuant de traverser mes propres peurs (parce qu'elles ne disparaissent jamais tout à fait, elles changent juste d'étage, et il y en a six).

Toi, tu peux te l'accorder maintenant, sans attendre demain et sans lire un livre de plus sur l'écriture.

Maintenant.

Parce que la peur d'écrire se dissout dans un seul mouvement : celui d'oser écrire.

Et si tu sens que cette peur est trop ancrée pour la traverser seul, que les couches de confusion sont trop emmêlées, que tu as besoin de quelqu'un pour t'aider à écouter ce monstre et à comprendre pourquoi ton livre compte autant, c'est exactement ce qu'on fait ensemble.


J'en parle en profondeur dans l'épisode 79 du podcast Ose Écrire : le Vademecum, les professeurs qui marquent, et cette idée que chaque effort compte.

Et si tu veux entendre le parcours d'une autrice qui a traversé cette peur et l'a transformée en livre, Marie en parle dans l'épisode 87.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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