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L'histoire

Premier janvier 2023. J'habite pas très loin d'Arcachon. Je suis seul, près de la mer, un poil mélancolique. Une année vient de passer et je n'ai pas la sensation d'avoir fait quelque chose d'utile, de grand, d'intéressant pour moi.

Côte atlantique — ambiance matin hivernal

J'écoute Lujipeka, tout à fait dans ce thème.

Et une phrase me claque en plein visage :

« te crois pas libre parce que tu as la place de courir dans ta cage. »

Quelques mots. Un tourbillon terrible.

Mon travail. Ma vie. La gestion de mon temps libre. Je ne faisais rien pour moi. Je vivais une vie, mais pas la mienne.

La mélancolie s'est renforcée un moment, mais traverser ce tunnel venait de me faire l'électrochoc dont j'avais besoin pour que 2023 ne ressemble pas à 2022.

Cette année tout changerait. Non pas avec des bonnes résolutions, mais avec une sacrée remise en question, une profonde introspection, et surtout des actes. Beaucoup d'actes.

En 2023, ça faisait déjà presque 5 ans que j'étais ingénieur en sûreté nucléaire.

J'aimerais te faire un beau storytelling sur le pourquoi du comment je suis arrivé là. La volonté de participer à la souveraineté énergétique de mon pays, la curiosité de l'infiniment petit et de l'infiniment puissant, la beauté de la physique atomique.

Mais non. Le hasard, rien que le hasard. Je me suis laissé porter.

Je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire en étant plus grand. C'est faux.

« Je voulais être explorateur. »

Et j'avais prévenu ma mère, à 8 ans, que malheureusement elle ne me verrait pas beaucoup car j'allais devoir explorer.

Mais dans le monde froid et rationnel des adultes, explorateur n'est pas un métier.

Alors j'ai fait un terminal S, prépa maths sup maths spé, une école d'ingénieur, une filière nucléaire. Et paf, me voilà ingénieur dans une grande entreprise française, un des « fleurons » de notre industrie.

Entre ce moment-là et début 2023, j'ai passé de bons moments, oui. Mais intérieurement ? Le vide. Il n'y avait que du vide.

J'ai commencé à sortir de ce vide grâce à cette musique début 2023, mais aussi grâce à une amie, A. (Vive les autres et surtout ceux qui te mettent sur le droit chemin.)

On s'appelle ce premier janvier, le soir. On parle longtemps, on philosophe, on rigole. Je ne sais pas pourquoi mais je lui dis que j'ai toujours rêvé d'écrire. C'est marrant quand j'y pense : je ne l'avais dit quasiment à personne et on ne se connaissait pas tant que ça, et pourtant je m'ouvre. Je crois que c'est la bienveillance et l'assurance qu'elle dégageait qui m'a permis cette ouverture. Elle m'a laissé l'espace dont j'avais profondément besoin.

Je lui raconte que j'ai toujours rêvé d'écrire un livre, que j'ai commencé mais que ça traîne depuis un an et demi. Je lui raconte aussi que ma sœur, alors que j'étais allé la voir à New York, m'avait offert un livre qui s'appelle Writing Year : 365 Themes for Daily Writing. Mais que je le commencerais plus tard.

Elle m'interrompt et me challenge :

« Qu'est-ce qui se passerait si tu le commençais aujourd'hui ? »

En l'écrivant j'ai toujours des frissons. D'une apparente simplicité. C'est probablement de là que venait la puissance de cette question.

Alors oui, je lui promets que je vais commencer le soir même.

Je le fais. Le soir même. Le lendemain. Et pour faire un petit foreshadowing : depuis ce jour du 1er janvier 2023, je l'ai fait

TOUS. LES. JOURS.

Grâce à cette prise de conscience musicale, grâce à A., le premier janvier 2023 j'ai commencé à monter un escalier. De janvier 2023 à septembre 2024, j'ai continué à le monter. Il m'a fallu presque deux ans pour faire la bascule.

Mais faisons les choses dans l'ordre.

Ce début d'année 2023 me chamboule. J'explore, je dessine, j'écris, je discute, je rencontre. Le courant de la nouveauté m'emporte et chaque jour m'apprend quelque chose.

La seule tâche grise de ce début d'année, c'est le challenge d'écriture que je me lance en mai. 3000 mots par jour pendant une semaine. Je réussis. Je finis un premier jet. Et ça me dégoûte de l'écriture. C'est tellement loin de ce que j'apprécie. Alors en fait je dis tâche grise, mais sans cette épreuve, jamais la structure d'Ose Écrire n'existerait. J'ai appris dans la douleur l'importance de trouver son propre rythme.

Et quand le hasard de la vie met l'univers de Karnoa sur mon chemin (merci Aubin si tu passes par là), je sais exactement ce que je ne dois pas faire pour terminer enfin ce premier livre. Et non pas seulement le premier jet. Le livre.

C'est ce qui occupe toute ma fin d'année 2023 et le début 2024.

J'écris L'Étreinte Éthérée.

Je l'écris le matin avant de commencer à travailler. Je l'écris sur mon téléphone aux pauses entre midi et deux. Je prends des notes sur mes carnets en réunion quand une épiphanie me frappe.

Premier jet. Réécriture. Bêta-lecture (merci Ben, si toi aussi tu passes par là). Dernière correction.

Tout ça entre deux notes de sûreté, deux réunions, et le matin avant que ma journée commence.

En mars 2024, je n'ai jamais été aussi près de terminer mon livre.

Alors je redouble d'effort. Je me renseigne sur comment construire un site, une page de vente, plugger Stripe, faire le marketing d'une prévente, acheter des cartons, discuter avec des imprimeurs, recevoir les épreuves papier, faire des couvertures.

Et en juillet 2024, c'est bon. Le livre va officiellement être entre les mains des lecteurs en septembre 2024.

Entre les mains des lecteurs. Mais surtout entre les miennes.

Septembre 2024. Le livreur sonne. Un colis. Mon livre. Entre mes mains.

Je me décompose.

L'Étreinte Éthérée entre mes mains

Je suis submergé d'une joie, d'une fierté, de tellement de choses que je n'arrive plus à les nommer.

Mais surtout je sens une justesse.

C’est ça.

C’est ça.

C’est ça que je veux faire de ma vie.

Et là, je dois faire une parenthèse : depuis mi-2023 je me dis que je ne veux pas continuer comme ça. Je ne veux plus être ingénieur ET autre chose. Je veux être autre chose. Et je veux que dans cette autre chose il y ait l'écriture.

J'aime tellement écrire que je ne me vois pas en vivre.

L'écriture est tellement personnelle pour moi que je ne peux pas la forcer pour quelqu'un d'autre que moi. J'écris toujours pour moi. Et il me paraît inconcevable d'écrire pour quelqu'un d'autre.

Un monde où je dois me forcer à écrire des textes qui doivent vendre ? Impossible.

Alors je me refuse à toute entreprise dans ce sens. Et j'en conclus que je dois trouver autre chose.

En fait non. Je n'en conclus pas tout seul.

J'en conclus grâce à Wajdi Mouawad. À l'époque il est encore directeur du Théâtre de la Colline à Paris. Une connaissance fait la mise en relation. (Tu te reconnaîtras. Je te suis infiniment reconnaissant pour ça et pour le reste.)

J'ai la chance de rencontrer Wajdi. D'abord au téléphone, puis en personne.

On a relativement peu échangé. Mais tout ce qu'il m'a dit m'a marqué. Et nul doute que je porte désormais toutes les prises de conscience qu'il m'a fait avoir.

La plus forte d'entre toutes :

« Sam, tu sais le nombre d'écrivains qui n'étaient pas qu'écrivain ? »

Une claque. C'est évident mais je n'y avais pas pensé. C'est fou le pouvoir des questions ouvertes. Comme un indice.

Ainsi, avec cette nouvelle question, je me penche sur ce qui me branche dans mon métier d'ingé. La technique ? Non. L'humain ? Ah ça oui. J'aime encadrer, j'aime détecter le potentiel, j'aime accompagner, j'aime construire et assembler des équipes.

Mais je suis dans un milieu technique. Alors la première chose à laquelle je pense, c'est la formation.

Ne connaissant rien à ce métier, je fais appel aux gens de mon parcours pro. Deux des formatrices que j'ai pu avoir acceptent d'échanger avec moi. On s'appelle. Et les deux me disent la même chose :

« Avec ce que tu amènes comme envie et comme besoin, je t'inviterais à te tourner vers le coaching, Sam. »

C'est ce que je fais. Benchmark, pleins de mails, un point sur le CPF, des appels, des soirées découvertes. Et une me marque : celle de Coaching Ways. Ce jour-là j'ai découvert un métier qui m'intrigue autant qu'il m'appelle : permettre aux gens de révéler leur potentiel et de devenir la personne qu'ils ont profondément envie d'être.

Fin de la parenthèse et retour à ce moment où le temps s'est suspendu : mon livre dans mes mains.

Avec mon livre dans les mains… tout devient limpide.

Je veux aider les gens à ressentir exactement ça. Cette transformation. La leur, évidemment.

Voilà ce que je vais faire de ma vie. Je veux être coach. Je veux accompagner les auteur.e.s. Je veux qu'eux aussi se transforment par et avec l'écriture.

Tout est clair, tout est juste. Mais mon cerveau revient à la charge avec une extrême violence : « c'est risqué, Sam. »

Je prends peur.

Mais je ne suis plus le Sam d'avant 2023. Celui qui se cachait de ses peurs. Celui qui n'osait pas.

Alors j'ose une dernière fois en 2024. J'ose aller chercher ma clarté.

Je prends une semaine de vacances. Direction les forêts et montagnes de l'Ariège. Rien, personne, seulement moi et mes pensées. La peur me saisit ? Je vais la traverser.

Forêts et montagnes de l'Ariège

Et c'est ce que je fais.

La déconnexion d'une semaine me fait un bien fou. Je reviens à mon travail avec la décision prise. Je vais démissionner.

Et tu sais quoi ? Tout est juste.

C'est évidemment le jour où je reviens que mon ancien chef me propose le nouveau poste que j'avais demandé depuis des mois. Sauf que je ne suis déjà plus là.

Alors je lui dis :

« je vais démissionner. »

Trois mots. Et l'une des plus grandes libérations que j'aie jamais connue. Des chaînes qui me saisissaient depuis 29 ans s'évaporent. Je suis libre. Libre de vivre ma vie et plus seulement une vie.

Et s'il fallait encore une preuve : ce jour, le jour exact où je dis à mon chef que je démissionne, c'est le jour où je rencontre Voltaire, alors à peine âgé d'un mois.

À l'époque il s'appelle Vodka. (Tiens tiens tiens, la boisson que je préférais en école d'ingé. S/o le Vodka-Kas. Ne faites pas ça chez vous.)

J'arrive en retard, on me tend le dernier chiot. C'est lui. Il me grimpe dessus, me léchouille et mordille ma chemise.

Sans aucun doute, ce sera mon compagnon de route.

Voltaire

Tout ça grâce à un livre.

Un livre qui ne sera peut-être jamais un best-seller. Un livre qui parle de bears et de bulls anthropomorphes qui se détestent et font de la magie. Un livre qui pourtant a bouleversé ma vie.

Parce qu'il a déverrouillé un cadenas que je n'avais même pas vu : celui des rêves.

« Si ce rêve-là était possible, alors le reste… ? »

Voilà la justesse que j'ai ressentie en le tenant pour la première fois entre mes mains. Ce livre m'a donné le courage de changer ma vie. Le courage que je cherchais depuis deux ans de manière consciente. Et le courage que je désirais plus que tout, inconsciemment, depuis ce jour où j'ai dit à ma mère que je voulais devenir explorateur.

C'est exactement ce que je fais aujourd'hui.

À défaut d'explorer les contrées terrestres, j'explore mon imaginaire et j'aide les autres à explorer le leur.

Tout est lié. Et tout n'a qu'un seul but : que le plus de livres possible soient écrits. Car ma conviction intime, c'est que chaque livre porte un pouvoir démiurgique immense et qu'il est de notre devoir de les écrire, il est de notre devoir d'explorer l'unicité qu'on porte et d'incarner notre rôle de passeur d'histoire.

Sam

Samuel Le Parc — Ybelion