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Ecriture· 12 min

Syndrome de l'imposteur en écriture et les 6 étages du doute

Le syndrome de l'imposteur en écriture n'est pas un bloc unique. C'est six formes de doute à six niveaux différents. Voici comment identifier le tien, pourquoi les astuces ne suffisent pas, et ce qui change vraiment la donne.

Syndrome de l'imposteur en écriture et les 6 étages du doute

Le syndrome de l'imposteur en écriture se loge à six étages différents

Début 2023. J'ai un manuscrit de fantasy commencé depuis un an et demi. Un vieux projet qui traîne, que j'ouvre de temps en temps le soir après ma journée d'ingénieur en sûreté nucléaire.

Ce soir-là, je suis devant mon écran. Le document est ouvert. Et à côté, un live Twitch tourne en fond. Je ne sais pluq quel streamer joue à je ne sais plus quel jeu. Je tape une phrase. J'en efface la moitié. Je regarde le chat Twitch. Je retape. J'efface.

Au bout d'une heure, j'ai écrit cinquante mots et je me dis : « je n'y arrive pas, je ne suis pas fait pour ça. »

Syndrome de l'imposteur. Voilà le diagnostic que n'importe qui m'aurait posé ce soir-là. Et techniquement, c'est pas faux. Je doutais de ma légitimité à écrire et je me sentais imposteur.

Mais le doute de ce soir-là sur Twitch n'avait rien à voir avec celui que j'ai ressenti plus tard en me demandant « pour qui tu te prends, à vouloir écrire ? ». C'est comme dire qu'un mal de tête et une migraine ophtalmique c'est pareil parce que ça fait mal à la tête.

Le problème n'est pas tellement le symptôme syndrome de l'imposteur. Le problème, c'est qu'on en parle comme s'il n'y en avait qu'un seul. Un bloc et un truc unique qu'on « a » ou qu'on « n'a pas », comme un rhume. « Ah oui, moi aussi je l'ai. » Et on passe à autre chose, sauf que...

Nan, le syndrome de l'imposteur (en écriture) a six étages. Et tant que tu ne sais pas à quel étage tu te trouves, tu traites le mauvais problème.


L'escalier du doute

Tu as peut-être déjà changé d'heure d'écriture. Peut-être que tu as coupé les distractions, acheté un carnet, essayé une nouvelle méthode. Et ça a marché. Un temps. Puis le doute est revenu. Sous une forme différente.

C'est parce que le doute a des étages. Robert Dilts, chercheur en PNL, a modélisé six niveaux d'expérience, du plus concret au plus profond : environnement, comportements, capacités, croyances (et valeurs), identité, mission (ou sens spirituel). Six étages. Et un doute (comme le syndrome de l'imposteur) peut se loger à chacun.

Je les ai traversés dans cet ordre et sans le savoir. Voici ce que ça donne quand on écrit.


Premier étage : l'environnement

Mon vieux manuscrit de fantasy, je l'ouvrais le soir. Après une journée entière en sûreté nucléaire. Des notes techniques, des réunions, des matrices de conformité. Et le soir, j'étais censé basculer dans un univers de magie et de créatures imaginaires.

Ça ne marchait pas. Pourtant, j'avais le talent et la volonté... mais je traînais une culpabilité toute la journée qui me sussurait dans l'oreille qu'il fallait que j'écrive aujourd'hui parce que sinon j'avancerais jamais.

Plus tard, quand j'ai commencé L'Étreinte Éthérée (mon premier roman publié), j'ai tout simplement basculé le matin. Écrire avant que la journée commence et donc avant que la culpabilité s'installe. Et ça a profondément changé quelque chose : mes journées étaient plus légères avec le sentiment du travail accompli matinal.

Mais pas tout.

Le doute d'environnement, c'est « je ne suis pas dans les bonnes conditions pour écrire ». C'est le plus simple à traiter. Changer d'heure, changer de lieu, couper les distractions. Ça marche. (C'est même satisfaisant, ce petit réaménagement.)

Le piège, c'est de croire que c'est le seul problème.


Deuxième étage : les comportements

Retour au soir Twitch de 2023. Un live en fond, le document ouvert à côté, cinquante mots en une heure.

Le comportement, c'est ce que tu fais concrètement quand tu écris. Et là, ce que je faisais concrètement, c'était regarder un stream en prétendant écrire. (Très efficace, comme tu l'imagines.)

J'ai fini par couper twitch, podcasts, vidéos... À moi le silence et les musiques sans paroles. Et bizarrement mes sessions sont passées de cinquante mots pénibles à des séances où les phrases venaient.

Sauf que voilà ce qui est intéressant : même après avoir réglé l'environnement (le matin) et le comportement (le silence), le doute est revenu. Sous une autre forme. Plus profond & plus vicieux.

Le vrai sujet n'était ni l'heure ni le bruit de fond. Mon véritable enjeu d'identité ne se résoudrait pas avec une solution technique.

Et c'est là que ça devient important (que dis-je, crucial carrément): tant que tu n'oses pas monter dans ces 6 niveaux logiques, tu n'identifies pas ce qui coince les marches de ta transformation personnelle. Et les étages du bas se réparent et se cassent en boucle.


Troisième étage : les capacités... le syndrome de l'imposteur « classique »

Avec l'ancien manuscrit, je me suis retrouvé face à un autre obstacle bien connu : « je ne sais pas écrire une intrigue captivante. Je ne sais pas construire des personnages qui tiennent. »

C'est le syndrome de l'imposteur « classique ». Celui que tout le monde décrit dans les conférences TED et les carrousels LinkedIn & Instagram. Le sentiment de ne pas avoir les compétences et la conviction que tu vas être démasqué pour cette tromperie.

(Spoiler : personne ne te démasque. C'est toi qui te démasques toi-même.)

Mais avec du recul, je me redns compte que les questions qui me bloquaient n'étaient pas techniques. C'était : pour qui j'écris ? Pour quoi ? Qu'est-ce que cette histoire est censée raconter ? Et comme je n'avais aucune foutue de la réponse (c'est le désavantage de ne pas se poser les bonnes questions). Alors je tournais en rond, en me disant que c'était un problème de savoir-faire et donc un manque de capactités.

Et non, en fait, c'était un manque de Clarté d'Intention. Sans intention claire, chaque direction se vaut. Et quand chaque direction se vaut, aucune n'avance nulle part. Alors tu te dis « je ne sais pas faire ». Mais ce n'est pas ça: tu ne sais juste pas pourquoi tu le fais.

(C'est d'ailleurs pour ça que cet ancien manuscrit ne s'est jamais terminé. C'est L'Étreinte Éthérée, un tout autre projet né d'une intention bien travaillée pour qu'elle soit limpide, que j'ai mené au bout.)


Quatrième étage : les croyances et le système de valeurs

Là on change de registre. On quitte le terrain du « je ne sais pas faire » pour entrer dans celui du « je n'ai pas le droit ».

L'exemple que je connais le mieux ? Le mien. Voici trois croyances qui m'ont tenu longtemps.

Il fallait avoir fait des études de lettres pour écrire. (J'avais fait maths sup, maths spé, école d'ingénieur. Le cursus le plus éloigné imaginable de la littérature.)

Il fallait n'être qu'écrivain. Rien d'autre. Comme si l'identité d'auteur exigeait une exclusivité totale. Jusqu'à ce que Wajdi Mouawad me demande : « tu sais le nombre d'écrivains qui n'étaient pas qu'écrivain ? » Une claque.

Il fallait six heures de libre par jour pour écrire un livre. (J'ai écrit L'Étreinte Éthérée le matin avant le travail, sur mon téléphone entre midi et deux, et en prenant des notes en réunion quand une idée me frappait.)

Ces croyances venaient d'un monde où seul le mesurable comptait. Où la créativité n'était pas une monnaie d'échange. Où « sérieux » voulait dire technique et cadré. Huit ans en sûreté nucléaire, et plus de 20 pour y aller, ça laisse des traces dans la manière de voir ce qui a de la valeur et ce qui n'en a pas.

Si le doute est à cet étage, aucun travail sur les compétences ne suffira. La question se déplace : ce n'est plus « est-ce que je sais ? » mais quelque chose de plus fondamental, qui touche à ce que tu t'autorises. Et ça, une formation de plus ne le résout pas... qui a besoin d'un doliprane quand il s'ouvre l'arcade ?


Cinquième étage : l'identité

« Qui suis-je pour être auteur ? Moi, un ingénieur. »

Un étage de plus et le doute n'est plus sur ce que tu fais, ce que tu sais ou sur ce que tu t'autorises. C'est un doute sur ce que tu es. Et tant que l'identité n'a pas bougé, toute réussite reste un accident. Les preuves glissent. Les compliments ne rentrent pas. Tu peux avoir un livre publié entre les mains et continuer à te présenter comme « ingénieur qui écrit à côté ».

J'ai porté ça longtemps. Et si tu veux creuser cette question, j'en parle en profondeur ici.

Ce qui l'a résolu, ce n'est pas une seule prise de conscience spectaculaire. C'est l'action (la mienne, à mon rythme et ma justesse). Écrire tous les jours depuis le 1er janvier 2023. Tenir mon livre entre mes mains en septembre 2024. Démissionner. Créer Ose Écrire. L'identité ne se décrète pas. Elle se construit, acte après acte, jusqu'au jour où la question ne se pose plus parce que tu l'es déjà.

C'est assez fascinant de constater que le lâcher prise tient une grande place ici, le présent aussi : agir dans le présent en somme en faisant fi du résultat. On souhaite plus que tout l'atteindre évidemment, mais en ne regardant que le haut de la montagne on rate la première marche.


Sixième étage : le doute qui peut tout arrêter

C'est l'étage que personne ne traite dans les articles sur le syndrome de l'imposteur (m'enfin vous me direz j'ai pas lu beaucoup, pour pas dire aucun, d'articles faisant le liens entre les niveaux logiques de Dils et l'écriture).

Mon doute le plus profond n'a jamais été « est-ce que je suis compétent ». C'était : « est-ce que mon histoire a une place dans celle de l'humanité ? Est-ce que moi-même j'en possède une ? Et tout ça, est-ce que ça sera utile ? »

ET LÀ ! Parenthèse importante : pour moi, se questionner sur la place de notre écrit ne signifie pas qu'on écrit pour les autres. C'est notre place dans le monde, la société et le groupe que l'on questionne, c'est au delà de la mission personnelle, c'est notre mission au sein du groupe, au sens spirituel du terme.

« Elle ne servira à personne. » Voilà la petite phrase murmurée par nos doutes intérieurs. Ce genre de doute qui ne se montre pas en plein jour mais qui sape tout par en dessous.

Ce doute-là peut te faire abandonner une trajectoire de vie entière, peut-être même celle qui aurait le plus de sens...

Et pour revenir à l'exemple que je connais que trop bien : c'est en travaillant sur Ose Écrire que tout s'est éclairci. En accompagnant des auteurs, en voyant ce que l'écriture faisait naître chez eux, j'ai compris quelque chose que je n'aurais pas pu comprendre en restant seul face à mon propre doute : les livres sont les catalyseurs de la créativité humaine. Ils portent un pouvoir démiurgique. Ils changent ceux qui les écrivent et ceux qui les lisent.

Les miens aussi.

Cette conviction n'est pas arrivée d'un coup & elle s'est construite en observant la transformation de chaque auteur.e que j'accompagne. En constatant que chaque livre, même celui qui ne sera « jamais un best-seller », porte en lui quelque chose d'irremplaçable.


Pourquoi le doute revient toujours

Voilà ce que j'ai appris en traversant ces six étages : tant que tu n'as pas traité les niveaux profonds, les solutions de surface ne tiennent pas.

Tu peux changer ton environnement. Tu peux corriger tes comportements. Tu peux même développer tes compétences. Tout ça fonctionne, sur le moment.

Mais si tes croyances disent « tu n'as pas le droit », si ton identité dit « tu n'es pas auteur », si ta mission n'est pas claire, le doute revient. Ferme la porte il entrera par la fenêtre à un autre moment.

C'est comme continué à remplir un seau percé.

C'est le fameux cercle vicieux que je vois tourner chez tant d'auteurs : confusion, procrastination, stagnation, frustration, comparaison, imitation, et retour à la confusion. Ce cercle tourne parce qu'on traite les symptômes au mauvais étage.

C'est exactement pour ça que j'ai construit Ose Écrire autour de trois Clartés plutôt qu'autour de techniques d'écriture.

La Clarté de Rythme traite notamment (mais pas que) les deux premiers étages. Ton environnement, tes comportements, ton cadre d'écriture. C'est concret, c'est structurant, c'est nécessaire.

La Clarté d'Intention traite notamment le troisième étage, tout en préparant le terrain pour le quatrième. Quand tu sais pourquoi tu écris ce livre et ce qu'il va changer, la question « est-ce que je sais faire » perd son pouvoir puisque la justesse de la clarté t'éclaire.

La Clarté d'Identité traite les étages quatre, cinq et six. Qui tu es en tant qu'auteur. Quel rôle ton livre joue dans le monde. C'est le travail le plus profond, le plus inconfortable et le plus transformateur.

Sans les trois, comme les autres doutes, le syndrome de l'imposteur en écriture revient. Changer d'heure ne suffit pas si tu ne sais pas pourquoi tu écris. Savoir pourquoi tu écris ne suffit pas si tu ne t'autorises pas à être auteur.

Les trois ensemble, c'est un autre jeu.


Le bon étage, la bonne question

Si tu te reconnais dans cet article, voilà ce que je te propose. Ne te demande pas « est-ce que j'ai le syndrome de l'imposteur ». La réponse est probablement oui. 100% des gens l'ont à un moment ou un autre.

Demande-toi plutôt : à quel étage ?

Est-ce que c'est ton cadre d'écriture qui coince ? Tes habitudes ? Tes compétences perçues ? Tes croyances sur ce que tu as le droit de faire ? Ton identité ? Ta mission ?

La réponse change tout. Parce qu'un problème d'environnement ne se traite pas comme un problème d'identité. Et un problème d'identité ne se résout pas avec un atelier de technique narrative.

Si tu veux creuser, l'épisode 85 du podcast explore la Clarté d'Identité en profondeur. Et si tu sens que le doute est ancré plus profond que ce qu'un article peut atteindre, c'est exactement ce qu'on travaille dans Ose Écrire.

Le doute ne se tait jamais vraiment. Mais on peut apprendre à monter l'escalier quand même.

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Ecrit par Ybe

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