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Ecriture· 9 min

Légitimité d'écrire : qui t'a dit que tu n'avais pas le droit ?

Tu te demandes si tu es légitime pour écrire un livre ? Explore d'où vient cette croyance et pourquoi elle ne t'appartient probablement pas.

Légitimité d'écrire : qui t'a dit que tu n'avais pas le droit ?

Légitimité d'écrire : qui t'a dit que tu n'avais pas le droit ?

Il y a quelques mois, un jeudi matin, j'ai reçu un commentaire sur Facebook.

Le gars s'adressait à moi avec une élégance particulière. D'abord, une remarque sur ma casquette (apparemment, quand on parle aux gens sur les réseaux, il faut retirer son couvre-chef, je ne savais pas). Ensuite, la deuxième partie.

« Écrivain de quoi ? Inconnu ! »

Honnêtement, ce commentaire en dit bien plus sur lui que sur moi. Quatre mots, un point d'interrogation, un point d'exclamation, et pas grand-chose à en tirer tel quel.

Mais si j'ai pris le temps de lui répondre, d'enregistrer un podcast, puis d'écrire cet article, c'est parce que laisser ce genre de commentaire sans réponse, c'est laisser sa voix porter. Et ces quatre mots véhiculent une équation silencieuse : pas connu = pas écrivain. Plus cette équation circule sans que personne la démonte, plus elle s'installe. Et elle ne s'installe pas chez les trolls Facebook. Elle s'installe chez des gens qui veulent écrire un livre, qui en rêvent depuis des années, et qui finissent par se la murmurer eux-mêmes : suis-je légitime pour écrire ?


La croyance qu'on n'a jamais nommée

Le commentaire en soi, on s'en remet (c'est un commentaire de gros con, disons-le). Ce qui m'a frappé, c'est la mécanique qu'il révèle. Le raisonnement tenait en une ligne : tu n'es pas connu, donc tu n'es pas écrivain.

Ce gars l'a écrit publiquement, sans filtre. Et chaque fois que ce genre de message reste sans réponse, il confirme l'équation dans la tête de ceux qui la lisent. La vraie conséquence, c'est que des centaines de personnes finissent par se le dire à elles-mêmes, en silence, avec bien plus de douceur dans la forme et bien plus de dégâts dans le fond. Et c'est là que ça devient intéressant, parce que cette croyance est rarement formulée aussi clairement. Elle se planque. Elle prend la forme d'un « qui suis-je pour écrire un livre ? » murmuré un dimanche soir. D'un « je ne suis pas du milieu » glissé en début de coaching. D'un « oui mais moi je n'ai pas fait d'études de lettres » dit avec un demi-sourire qui cherche à désamorcer.

Si je devais faire un coaching avec le gars du commentaire (ce qui n'arrivera probablement jamais, mais l'exercice est intéressant), la première question que je lui poserais serait celle-ci : « Donne-moi ta définition de connu. »

Sa définition à lui, et pas seulement celle du Larousse.

Parce que derrière « connu », il y a un monde. Est-ce que ça veut dire être passé à la Grande Librairie ? Avoir vendu 10 000 exemplaires ? Être publié chez Gallimard ? Avoir un article dans Le Monde ? Être reconnu par qui, mesuré comment, validé par quelle instance ?

En coaching, quand quelqu'un arrive avec « je ne suis pas légitime », je ne réponds jamais « mais si tu l'es ». Ça ne sert à rien. Ce que je fais, c'est tirer le fil. Et au bout du fil, il y a toujours une définition implicite, héritée, jamais questionnée. Une définition de ce que devrait être un « vrai » écrivain. Et cette définition, dans 100 % des cas, la personne ne l'a pas fabriquée elle-même.

Elle l'a absorbée. Par la culture. Par l'école. Par les regards. Par les commentaires Facebook de gens qui portent des casquettes (ou pas).


Ce que la légitimité d'écrire un livre n'est pas

La légitimité d'écrire ne vient pas d'un éditeur. Ni d'un prix littéraire. Ni d'un nombre de ventes. Ni d'un passage sur un plateau télé.

Je sais que ça sonne comme une phrase de développement personnel. Reste avec moi.

L'idée que la légitimité se gagne par la validation extérieure est profondément ancrée dans notre rapport à l'écriture. Et elle est nourrie par une mythologie très spécifique : celle de l'Auteur avec un grand A. L'écrivain tourmenté qui écrit dans un café parisien, fume des cigarettes, reçoit un prix, passe à la télé, et meurt pauvre mais célèbre (ou riche et célèbre, selon la version). C'est un mythe qui a la peau dure, et il fait des dégâts discrets mais réels.

Parce que si c'est ça, l'Auteur, alors évidemment que toi, avec ton job de comptable, ton appartement en banlieue et tes trente minutes d'écriture le soir après avoir couché les enfants, tu ne rentres pas dans le cadre.

Sauf que le cadre est faux.

La question « suis-je légitime pour écrire ? » n'appelle pas une réponse. Elle appelle une autre question : qui t'a dit que tu ne l'étais pas ?

Et si tu creuses, tu vas tomber sur des trucs assez précis. Un prof qui a souligné tes fautes en rouge sans jamais commenter le fond. Un parent qui a dit « c'est bien mais tu vas faire quoi avec ça ? ». Un ami qui a ri quand tu as dit que tu voulais écrire un roman. Ou, plus insidieux, l'absence totale de modèle autour de toi : personne dans ton entourage qui écrit, personne qui montre que c'est possible, personne qui dit « tu as le droit ».

C'est un travail de Clarté d'Identité. Comprendre d'où viennent tes définitions. Les regarder en face. Et décider si tu veux continuer à vivre avec.


L'unicité que personne ne peut te retirer

Il y a une phrase que je répète souvent (tellement souvent que je m'excuse par avance si tu l'as déjà entendue dans un épisode du podcast, un post, un coaching ou un rêve) : tu es la seule personne qui peut raconter ton histoire. Personne d'autre ne le fera. Si tu ne l'écris pas, elle n'existera pas.

Le gars du commentaire dirait probablement « et alors ? ». Et c'est une réponse valable (si on s'arrête à la surface).

Mais ce qui se cache dessous, c'est quelque chose de plus profond. L'unicité de ton vécu, de tes obsessions, de ton regard sur le monde, de cette histoire que tu portes en toi depuis des mois ou des années, ça existe parce que... tu existes. Et surement pas parce que tu atteints un certain volume de vente ou un prix littéraire.

Et le plus beau dans cette histoire (je l'observe semaine après semaine dans les accompagnements que je fais avec Ose Écrire), c'est que le chemin vers le livre transforme celui qui l'écrit. La transformation n'est jamais celle qu'on prévoit. Je dis toujours aux gens : « Je sais qu'elle arrivera. Je ne sais pas laquelle ce sera. » Et c'est du lâcher-prise, oui. Mais c'est aussi de la confiance.

Confiance dans le processus. Confiance dans l'acte d'écrire et dans le fait que se confronter à sa propre histoire et mettre des mots sur ce qui n'en avait pas, ça change quelque chose en profondeur. Parce que le chemin aura fait son travail et cela que le résultat soit un best-seller ou non.

Et quand les critiques arrivent (parce qu'elles arrivent), cette unicité ne te protège pas, mais la manière dont tu les accueilles, elle, peut tout changer.


Ce que les critiques révèlent (et comment les accueillir)

Le commentaire Facebook m'a fait sourire parce que j'ai eu la chance de travailler sur la manière d'accueillir ce genre de messages. Et cette manière, je la partage aussi avec les auteurs que j'accompagne, parce qu'elle s'applique à la bêta-lecture, aux retours de proches, et à cette voix intérieure qui murmure « c'est nul ».

La distinction est simple. Il y a les critiques conditionnelles et les critiques inconditionnelles.

Une critique inconditionnelle, c'est : « Écrivain de quoi ? Inconnu. » C'est global. C'est sans contexte. Et surtout, ça ne donne rien à travailler et franchement autant les jeter à la poubelle.

Une critique conditionnelle, c'est : « Dans ton chapitre 3, la transition entre les deux scènes est un peu abrupte, je pense qu'une phrase de plus aiderait. » C'est spécifique. C'est contextualisé. C'est constructif. C'est intéressant à travailler avec ce que ça touche en nous (ou pas) et c'est super précieux.

Quand un retour te fait mal, pose-toi cette question : qu'est-ce qui a été touché ? Pas « est-ce que c'est vrai ? » (parce que la plupart du temps, ça n'a rien à voir avec la vérité). Plutôt : quelle croyance a été activée ?

C'est comme avec le syndrome de l'imposteur : le doute n'est pas l'ennemi. C'est le signal qui dit « il y a quelque chose à explorer ici ».


Le changement qui ne demande personne

Il y a deux manières de changer. Par réaction (une rupture, un licenciement, un événement qui te force la main) ou par anticipation (tu t'écoutes, tu sens que quelque chose doit bouger, et tu décides d'agir avant que la vie ne décide pour toi).

Si tu te poses la question de la légitimité d'écrire, tu es déjà dans un mouvement d'anticipation. Tu n'es pas passif. Tu cherches. Tu lis cet article. Tu écoutes peut-être le podcast. Et ce mouvement, aussi discret soit-il, c'est déjà un pas vers la personne que tu as envie d'incarner.

La légitimité, au fond, c'est un choix quotidien. Celui de te dire : aujourd'hui, j'avance. Simplement parce que tu as une histoire à raconter et que chaque jour tu as envie de mettre de l'énergie pour la faire exister. Qu'importe le CV que tu as ou la permission que te donnes quelqu'un d'autre.

Le gars du commentaire, quelque part, m'a rendu service. Il a formulé à voix haute ce que beaucoup portent en silence. Et en le formulant, il m'a donné l'occasion de répondre. Pas à lui (il n'en a probablement rien à faire). À toi.

Tu es légitime. Et tu ne l'es pas parce que je te le dis. Tu l'es parce que tu as décidé de l'être. Et cette décision, personne ne peut te la retirer.

La prochaine fois que cette voix arrive (celle qui murmure « qui es-tu pour écrire ? »), ne la combats pas. Écoute-la. Demande-lui : d'où tu viens, toi ? Qui t'a installée ? Et surtout : est-ce que tu me sers encore ?

Si la réponse est non, tu sais quoi faire.

Et si tu sens que cette question de légitimité est trop emmêlée avec les blocages qui te semblent flous, avec le doute sur pourquoi ton livre compte, c'est exactement ce qu'on démêle ensemble.


J'en parle en détail dans l'épisode 59 du podcast Ose Écrire : le commentaire, la croyance, et pourquoi je me battrai contre elle toute ma vie.

Et si tu veux entendre un échange sur la psychologie de la légitimité et de la peur d'écrire, Raphaël en parle dans l'épisode 42.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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