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Outils & WebApps· 11 min

Roue des permissions : faire l'exercice, et oser regarder

J'ai découvert la roue des permissions de Gysa Jaoui en formation de coaching. Récit de ce qu'elle m'a révélé, et un outil pour faire la tienne.

Peinture d'une roue à seize segments qui éclate, pétales colorés et rayons lumineux autour d'un soleil doré central.

Roue des permissions : ce que j'ai vu en moi quand j'ai osé la faire

Début de ma formation de coaching. J'écrivais le tome 2 de ma saga depuis quelques mois, encore à moitié ingénieur en sûreté nucléaire, à moitié déjà ailleurs.

La formatrice nous sort une feuille avec un cercle dessiné dessus. Seize rayons, dix niveaux concentriques, des étiquettes étranges autour. « Joie ». « Exister ». « Faire confiance ». « Avoir du plaisir ». Elle nous dit, comme si c'était la chose la plus simple du monde : « Vous allez la remplir, sur vous-mêmes. Maintenant. »

J'ai fait la moue. Honnête. À ce moment-là, j'étais bien plus à l'aise avec une équation différentielle qu'avec une introspection en coloriage. Je ne savais pas quoi en attendre. Je ne savais même pas si j'allais oser y mettre quoi que ce soit de vrai.

Mais bon. J'étais là pour ça. J'ai pris mon crayon, j'ai lâché prise (à peu près), et j'ai cliqué mentalement sur les seize axes (j'ai colorié sans dépasser évidemment aha).

Quand j'ai levé les yeux, j'ai vu une forme bizarre. Une espèce de poire molle, hyper-développée d'un côté, atrophiée de l'autre. Je n'ai pas tout compris sur le moment. Mais cette forme, je l'ai gardée en tête pendant des mois. Et avec le recul, je sais qu'elle a déclenché un mouvement énorme. Tout le travail que j'allais faire ensuite sur l'expression de mes émotions. Le sens caché de ma transition d'ingénieur à coach. Et, plus troublant encore, un miroir tendu vers le roman que j'étais en train d'écrire.

Voilà ce que je veux te raconter.


C'est quoi, vraiment, la roue des permissions ?

L'outil vient de l'analyse transactionnelle, courant initié par Eric Berne à la fin des années 50 et popularisé en France notamment par Gysa Jaoui, une des grandes figures francophones du champ. C'est elle qui a mis au point la roue des permissions dans les années 80.

L'idée est simple, et c'est ce qui la rend redoutable.

Tu prends seize permissions. Le mot lui-même est important : on ne parle pas d'objectifs à atteindre ni de qualités à développer. Une permission, c'est ce que tu t'autorises (ou pas) à être, à ressentir, à faire. Et tu te demandes, sur chacune, à quel niveau tu te l'accordes vraiment, aujourd'hui.

Les seize axes sont répartis en quatre quadrants, qui ressemblent à quatre territoires de ta vie :

  • Moi & Moi : exister, être en bonne santé, être soi-même (de son sexe), avoir du plaisir.
  • Moi & mes Sentiments : joie, colère, peur, tristesse.
  • Moi & le Monde : réussir, penser, savoir, grandir.
  • Moi & les Autres : être un enfant, être proche, faire partie, faire confiance.

Sur chaque axe, tu places une note de 0 à 10. Zéro, c'est « je m'empêche complètement ». Dix, c'est « je m'autorise pleinement ». Tu relies les seize points, et tu obtiens ta forme. Ta cartographie intérieure du moment.

C'est tout. Tu n'as ni calcul à faire, ni score moyen à interpréter, ni typologie à attribuer. Juste cette forme étrange qui t'apparaît, et qui parle de toi.

Une permission, en analyse transactionnelle, ça veut dire quoi ?

C'est la part un peu théorique de l'article, et je la fais courte, parce que tu n'as pas besoin de tout l'AT pour faire ta roue. Mais sans cette idée centrale, l'exercice manque un cran.

En AT, on grandit avec des messages. Explicites (ce que tes parents te disaient en mots), ou implicites (ce qu'ils te montraient par leur comportement, leur tension, leur silence). Ces messages s'impriment et finissent par devenir des autorisations internes. Ou des interdictions.

Si on t'a répété pendant quinze ans « ne pleure pas, sois fort », ton axe « Tristesse » à l'âge adulte sera probablement bas. Tu ne t'autorises pas vraiment à pleurer, à reconnaître ta peine, à la laisser exister. Tu pleures peut-être, mais à demi-mot, en cachette, en t'excusant presque.

Si on t'a fait sentir que ta place était de réussir, performer, ramener la médaille, ton axe « Réussir » sera probablement très haut. Mais peut-être que ton axe « Avoir du plaisir » ou « Être un enfant » sera atrophié, parce qu'on ne t'a pas vraiment autorisé à juste profiter, à juste t'amuser sans rendement.

Ce mécanisme, où la permission héritée devient autorisation interne ou blocage, est exactement ce que j'ai cartographié dans les six étages du syndrome de l'imposteur.

Les permissions, ce sont les autorisations que tu te donnes en toi à l'instant T. Elles ne sont pas figées. Elles bougent avec ce que tu vis, avec qui tu rencontres, avec ce que tu travailles sur toi. La roue ne mesure pas ton « niveau de santé psychique » comme un thermomètre, et heureusement. Elle te montre l'équilibre entre ce que tu t'autorises et ce que tu t'interdis, visuellement, instantanément. C'est un dessin à regarder, et c'est suffisant.

Ce que ma roue m'a montré ce jour-là

Reviens avec moi à la formation : ma poire molle.

Quand j'ai pris du recul sur ma feuille, c'était évident. Le quadrant Moi & le Monde était énorme. Réussir, penser, savoir, grandir : tous les axes étaient hauts. Pur ingé. Pur effort. Pur cerveau.

Et le quadrant juste à côté, Moi & mes Sentiments, était rabougri. 8/10 en Joie et 1/10 en colère, peur et tristesse ahahah (avec le recul et le chemin parcouru je préfère en rire). Je m'autorisais peu à ressentir, en réalité. Et encore moins à exprimer ce que je ressentais.

Vu de loin, c'était évident. Vu de l'intérieur, je n'avais jamais formulé ça comme ça.

Le plus fou, c'est ce que ce constat a déclenché en cascade.

D'abord, ma transition d'ingénieur à coach, qui était en train de se faire, a soudain pris un autre sens. Je ne quittais pas juste une carrière qui ne me plaisait plus. Je quittais un monde où l'on ne valorise quasiment que le quadrant « Moi & le Monde » pour aller vers un métier qui m'allait obliger à ouvrir, à pleines mains, le quadrant « Moi & mes Sentiments ». Coach, c'est un métier qui demande de ressentir. Qui demande de poser de la colère quand il faut, de voir pleurer parfois en séance, de savoir nommer la peur.

Ensuite, et ça je l'ai vu plus tard, la roue avait amorcé en moi le gros travail personnel que j'allais faire pendant les deux ans qui ont suivi. Apprendre à dire « je suis triste » sans relativiser. Apprendre à laisser monter la colère sans la transformer immédiatement en argumentaire rationnel. Apprendre à avoir peur sans culpabilité. C'est un travail qui ne se fait pas en un jour. Mais le déclic, ce dessin, ce jour-là, c'est lui.

Et puis il y a eu le miroir le plus étrange.

Au moment où je faisais cette roue, j'écrivais le tome 2 de ma saga. Le héros y traverse, dans cette deuxième partie, exactement ce que ma roue me montrait à moi. Il découvre qu'il est coincé dans sa tête. Incapable de dire à la femme qu'il aime qu'il l'aime. Incapable de poser ses limites avec la colère. Incapable d'évoquer sa tristesse. Tout son arc dans ce tome, c'est de retrouver l'accès à ses sentiments (enfin l'arc pousse jusqu'à la fin du tome 3 héhé).

Je n'avais pas du tout fait le lien en l'écrivant. Honnêtement, sur le moment, je ne savais pas que mon héros me ressemblait à ce point. C'est en regardant ma roue que j'ai compris que j'étais en train d'écrire mon propre travail à travers la fiction. Si tu veux creuser ce parallèle, j'en parle dans le making-of vidéo de ce tome 2. C'est sans doute l'un des moments où je suis le plus honnête sur ce que l'écriture m'a fait vivre.

Une heure d'exercice. Une moue de scepticisme au départ. Et tout un mouvement de vie qui s'est éclairé.

C'est ça que j'aime avec cet outil. Il ne te raconte rien que tu ne saches déjà : il te le montre. Et l'effet sur toi est complètement différent.

Faire ta roue, concrètement

Maintenant, à toi.

Sur le site, j'ai construit une version interactive de la roue des permissions. Tu cliques dans la zone qui correspond à ton niveau, axe par axe, et la forme se dessine sous tes yeux. Quand tu as fini, tu exportes une image carrée de ta roue, que tu peux garder dans ton journal, venir travailler avec moi ou comparer dans six mois.

Quelques conseils pour la faire vraiment sans te raconter une histoire à toi-même.

Va vite. Ne réfléchis pas trop sur chaque axe. La roue marche par ressenti. Si tu te demandes « bon, alors techniquement, est-ce que je m'autorise à 6 ou à 7 sur la joie ? », tu rates l'exercice. Tu n'es pas un comptable. Tu te poses la question, tu écoutes ce qui monte, tu cliques. Premier instinct, premier niveau.

Ne te juge pas. Ce n'est pas un test. Tu n'as pas à avoir une roue idéale car la roue parfaite n'existe pas, et même si elle existait... il y aurait quand même des choses à apprendre. Une roue avec des creux, des pics, des asymétries, c'est rien de plus qu'une roue. Une cartographie de toi à cet instant.

N'essaie pas d'interpréter à chaud. Quand tu vois apparaître ta forme, regarde-la. Reste avec elle. Ne te précipite pas pour décoder. La roue agit lentement. Elle infuse pendant des jours, parfois des semaines, et c'est dans ce silence-là qu'elle fait son vrai travail. La mienne a mis plusieurs mois à me livrer son secret complet.

Refais-la plus tard. Dans trois mois, dans six mois. Tu verras alors ce qui a bougé. Ce qui s'est ouvert. Ce qui s'est rétracté. Et là, le contraste devient un vrai indicateur. Après tout, la roue est un outil sur la durée !

Et après ?

C'est la question que la plupart des gens se posent à la fin. « OK, ma roue est tordue, et maintenant ? »

Déjà, ça veut dire quoi tordue pour toi ?

Aha, j'arrête les questions de coach et voilà ma réponse honnête : tu fais ce que tu veux.

Tu peux juste regarder. Sentir ce que ça te fait de voir ta forme. Tu peux refermer la page et y revenir dans quelques jours, sans rien décider, juste pour laisser infuser. Tu peux choisir un seul axe parmi ceux qui te paraissent les plus bas et te poser la question : « qu'est-ce qui m'empêche de m'autoriser plus, là-dessus ? Qui m'a dit, à un moment, que je n'avais pas le droit ? » Tu peux en parler à quelqu'un de confiance, à ton thérapeute si tu en as un, ou en coaching si tu travailles déjà avec quelqu'un (et si ça t'intéresse tu sais ou me trouver).

Ce qu'il vaut mieux éviter, en revanche, c'est de te dire « bon, allez, demain je m'autorise la colère à 9 ». Les permissions se travaillent et s'apprivoisent... Y'a pas vraiment de décrets qu'on signe du jour au lendemain et hop tout est réglé. Y'a un chemin derrière et c'est rarement un sprint ahah, plutôt une longue marche où tu reviens parfois en arrière avant de redescendre du col.

Si tu veux que ce soit utile, garde l'image que tu as exportée. Date-la. Range-la quelque part. Et reviens-y dans six mois pour faire la nouvelle, sans regarder la première. Ensuite, compare. C'est là que tu verras ce que tu as déplacé en toi.

Cette roue, je la dois à Gysa Jaoui, et à la formatrice qui a osé nous la mettre dans les mains ce jour-là, malgré ma moue. Je n'imaginais pas qu'un dessin allait pouvoir m'éclairer autant. C'est précisément ce que font les bons outils d'introspection, en vérité. Ils ne t'apprennent rien. Ils te montrent ce que tu sais déjà mais que tu ne regardes pas.

Alors va, regarde.


Va faire ta roue, clique, ressens. Et si en la faisant, tu sens que ce sont les permissions d'auteur que tu es venu chercher (s'autoriser à écrire, à se montrer, à oser exister sur la page), je te raconte tout ça dans le prochain article.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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