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Outils & WebApps· 13 min

Exercice d'écriture quotidien : dix minutes, un thème, c'est tout

Un thème par jour, le même pour tout le monde, dix minutes chrono. Pas de choix, pas de friction. Le cadre qui fait écrire tous les jours.

Carnet de poche ouvert avec une date inscrite à la main, stylo posé en travers de la page, lumière du matin

Exercice d'écriture quotidien : ce qui change quand tu écris tous les jours

Le 1ᵉʳ janvier 2023, je suis au téléphone avec A.

On s'échange nos vœux, on philosophe, on rigole. À un moment, je lui confie que j'ai toujours rêvé d'écrire. Je lui parle d'un livre que ma sœur m'a offert quand je suis allé la voir à New York : Writing Year : 365 Themes for Daily Writing. Un thème par jour pendant un an, et je n'y ai pas encore touché. Je lui dis que je m'y mettrai plus tard, quand j'aurai le temps, quand je serai prêt, quand les planètes seront alignées et le Mercure pas rétrograde. Tu vois le genre.

Elle m'interrompt, et me pose une question toute simple, qui paye pas de mine quand tu la lis là, posée à plat dans un article. Mais ce jour-là, avec sa voix à elle, ça fait clic (clic clic pan pan pan, pardon pour ça).

Qu'est-ce qui se passerait si tu le commençais aujourd'hui ?

« Le » : ce livre-là. L'exercice concret, imprimé, posé sur mon bureau, qui n'attendait que moi pour s'ouvrir.

Ce soir-là, j'ai posé le téléphone. J'ai ouvert le bouquin à la page du 1ᵉʳ janvier. J'ai lu le thème. J'ai écrit ce qui sortait. Et le lendemain, j'ai recommencé. Et le surlendemain aussi.

Depuis, je n'ai pas arrêté. TOUS. LES. JOURS.

C'est cet exercice quotidien, fait pendant des années, qui a fini par devenir une webapp. Elle est sur ybelion.com/theme-ecriture-aleatoire. Un seul thème, tiré chaque jour à minuit, identique pour tout le monde. Dix minutes. Tu ouvres, tu lis, tu écris. Je vais y revenir, mais le principe est là : l'exercice d'écriture quotidien le plus simple qu'on puisse proposer à un auteur.


Le 1ᵉʳ janvier 2023, une question au téléphone

Je raconte l'histoire complète de ce coup de fil dans ma page à propos, alors je ne vais pas tout reprendre ici. Mais deux choses méritent d'être posées, parce qu'elles sont le noyau de ce dont je veux te parler.

La première : A. n'a pas cherché à me rassurer ni à comprendre mes raisons. Elle m'a simplement renvoyé dans un temps qui n'existait pas encore, celui d'un présent où je me mettais à l'œuvre. Qu'est-ce qui se passerait si tu le commençais aujourd'hui ? C'est une question qui prend pour acquis que c'est possible. Qui court-circuite toutes les excuses en posant le geste comme évident.

La seconde : je n'ai pas attendu d'être motivé, d'avoir envie ou de recevoir un signe (même si, j'en conviens, d'aucuns pourraient débattre du signe qu'était A. ce soir là). J'ai juste commencé, avec le bouquin ouvert à la bonne page et un café froid. Le lendemain, je n'étais pas plus motivé que la veille. J'ai recommencé quand même.

C'est cette bascule-là qui compte. Le déclic émotionnel d'un jour de nouvel an, tout le monde le vit et il ne tient jamais plus de trois semaines. La vraie bascule, c'est celle qui installe un geste indépendant de ton humeur.

Depuis ce 1ᵉʳ janvier 2023, chaque jour, j'écris. Certains jours dix minutes, certains jours deux heures, certains jours trois phrases que je déteste. Mais j'écris. Et c'est précisément là que la transformation est venue.


Ce que trois ans de geste quotidien ont fait de moi

La première année, j'écrivais. C'est tout ce que j'en disais. J'essaie d'écrire. J'essaie d'avancer sur mon livre. Je travaille sur un projet d'écriture. Tu sens, dans la phrase, à quel point je prenais des pincettes. Je mettais du coton entre moi et le mot auteur comme on isole un fil électrique qu'on n'est pas sûr de savoir manipuler.

La deuxième année, les phrases ont commencé à se tenir droites toutes seules. J'écris. Plus simplement. Sans toujours préciser quoi, sans minimiser, sans ajouter mais bon, c'est un peu. J'écris. Point.

Un matin de la troisième année, je me suis présenté à quelqu'un que je ne connaissais pas, et je me suis entendu dire : Moi c'est Sam, je suis écrivain.

Je l'ai dit avant d'y penser. La phrase est sortie comme tombe une évidence quand elle est mûre. Sans hésitation, sans modulateur ( enfin, j'écris un peu ), sans démonstration derrière pour prouver quoi que ce soit. Je suis écrivain, et la phrase s'arrête là.

Et ce que j'ai compris à cet instant, c'est qu'aucun diplôme, aucune publication, aucun lecteur, aucun retour extérieur n'avait produit cette phrase. Ce qui l'avait produite, c'était l'addition très patiente de tous ces matins où j'avais écrit, sans jamais demander à quelqu'un si j'en avais le droit.

Le geste quotidien n'est pas juste un moyen d'écrire plus. C'est ce qui change qui tu es. À force de poser un acte, tu deviens la personne qui pose cet acte. Pas dans un tutoriel de développement personnel : dans ta réalité, dans ta manière de dire ton prénom à un inconnu.

C'est la Clarté d'Identité en action. Tu trouves ta voix d'auteur en écrivant, bien avant d'avoir tenté de savoir si tu en avais une. Les deux mouvements ne sont pas équivalents, et pourtant presque tout le monde fait le deuxième en pensant que ça va fonctionner.


Le problème, c'est rarement le talent

Quand un auteur vient me voir en coaching, la plupart du temps, il ne me parle pas de talent. Il me parle de régularité.

Les phrases reviennent en boucle d'un coaching à l'autre : je commence, je tiens trois semaines, et je lâche. Je voudrais écrire mais je ne le fais pas. Je me remets au livre deux fois par an et j'abandonne à la page quinze. Ça, c'est ce qui revient. Les questions de qualité, de mots justes, de doute sur son écriture existent, bien sûr, mais elles arrivent rarement en premier dans la conversation.

Ce qui ouvre la conversation, c'est la discontinuité. Le trou entre deux sessions d'écriture. Le fait de vivre avec l'écart entre ce qu'on voudrait être (quelqu'un qui écrit) et ce qu'on est effectivement (quelqu'un qui aimerait bien s'y remettre).

Tu peux trouver cinquante articles qui te disent d'écrire tous les jours. Ray Bradbury, Morning Pages, 500 mots, tu connais. Le problème se joue ailleurs, dans la friction entre l'envie d'écrire et le geste d'ouvrir le document.

Cette friction, elle est composée de micro-obstacles invisibles : choisir sur quoi écrire, ouvrir la bonne app, retrouver où on en était, se demander si on est légitime ce matin, se dire qu'on écrira mieux ce soir, scroller deux minutes, trois, dix. À l'arrivée, la fenêtre est passée. Demain peut-être.

Un exercice d'écriture quotidien ne cherche pas à te motiver : il enlève la friction.


L'exercice d'écriture quotidien : un thème, dix minutes, c'est tout

Je vais te décrire la webapp très vite, parce qu'il n'y a pas grand-chose à dire.

Tu vas sur ybelion.com/theme-ecriture-aleatoire. Tu tombes sur un thème d'écriture, unique, affiché au centre de la page, le même pour tout le monde aujourd'hui. Il n'y a ni liste ni menu ni choix à faire. Le thème a été tiré à minuit, automatiquement, et il changera à minuit prochain.

Tu lis le thème. Tu écris. Il y a un petit compteur de mots, un compteur de vitesse en mots par minute, et une barre de progression vers 200 mots. Quand tu as fini, tu peux exporter en .txt pour garder ton texte, ou en image format story pour partager ton exercice sur tes réseaux si l'envie te prend.

Et c'est tout.

Il n'y a pas de compte à créer, pas d'app à installer, pas d'abonnement, pas de gamification. Aucun badge qui te félicite d'avoir tenu sept jours, aucune notification qui te rappelle d'écrire, pas même un historique qui te rappelle que tu as loupé hier (la honte est le plus mauvais moteur du monde pour tenir un rituel).

Le pari de la webapp est simple : enlève le choix, et tu enlèves la friction. Enlève le choix de sur quoi écrire, et tu enlèves les dix minutes de flottement où tu te demandes quoi faire. Impose le même thème à tout le monde, et tu enlèves le sentiment de solitude (quelque part, aujourd'hui, d'autres auteurs écrivent sur le même thème que toi, et ça déplace quelque chose d'infime mais de réel). Cadre à dix minutes, et tu enlèves la peur de ne pas avoir le temps.

Ce qui reste, c'est exactement ce qu'il faut : toi, un thème, et le geste d'écrire.


L'échauffement du muscle de la voix

J'utilise souvent cette image avec les auteurs que j'accompagne : écrire est un muscle (c'est évidemment moi qui est inventé cette comparaison..........).

Un muscle, bien plus qu'une inspiration, un don ou une grâce. Un muscle qu'on chauffe, qu'on entretient, qui s'atrophie quand on ne s'en sert pas et qui se renforce quand on l'utilise tous les jours.

L'exercice quotidien proposé par la webapp est un échauffement. Dix minutes sur un thème imposé, ça ne remplace pas ton projet de livre, et ce n'est pas censé le faire. C'est l'équivalent des exercices du danseur à la barre avant la chorégraphie, des gammes du musicien avant la partition, de la corde à sauter du boxeur avant le ring.

Tu ne crées pas ton œuvre majeure pendant l'échauffement. Tu prépares le corps à la création, tu remets en route les fibres profondes, tu vérifies que le geste est toujours disponible.

Pour un auteur, ces dix minutes quotidiennes sur un thème imposé produisent trois effets que j'ai observés chez moi et chez la plupart des auteurs que j'accompagne.

Le premier : elles désarment le filtre du jugement. Quand tu écris sur un thème imposé, avec un compteur qui tourne, tu n'as pas le temps de te demander si c'est bien. Tu écris. Le jugement vient après, ou ne vient pas. Ce n'est pas grave, ce n'est pas l'objectif.

Le deuxième : elles produisent de la matière inattendue. Le thème du jour t'emmène souvent quelque part où tu ne serais pas allé seul. Tu découvres des angles, des souvenirs, des phrases dont tu ne soupçonnais pas l'existence dans ton catalogue intérieur. Une partie non négligeable de ce que tu écriras un jour dans ton livre sera née d'un échauffement sur un thème qui n'avait apparemment rien à voir.

Le troisième, le plus profond : elles construisent la Clarté d'Identité. Chaque matin où tu fais l'exercice, tu renforces discrètement la phrase intérieure je suis quelqu'un qui écrit tous les jours. Au bout de trois mois, cette phrase n'a plus besoin d'être défendue. Elle est vraie. Elle se voit dans ton agenda, dans ton corps, dans ta façon de te présenter.

C'est ça, construire une identité d'auteur. Une répétition qui finit par devenir évidence, bien plus qu'un tampon officiel décerné par qui que ce soit.


L'identité d'auteur n'est pas un diplôme

Je reviens sur ce point parce qu'il est central.

Dans à peu près tous les coachings que je mène, il y a un moment où l'auteur me dit (avec des variantes) : mais je ne me sens pas vraiment écrivain. Ou : je n'ose pas dire que j'écris un livre. Ou : je me sens imposteur quand je parle de mon projet.

Je comprends. Je suis passé par là, plusieurs années d'ailleurs. Et je ne crois pas qu'on s'en sorte en se répétant des affirmations positives devant le miroir (pas seulement en tout cas, parce qu'étant fan de Rasta Rockett je peux affirmer que les affirmations positives justement ont un effet salvateur). On s'en sort AUSSI par le bas, par le geste, par la répétition patiente.

L'identité d'auteur ne se prouve pas à un jury (qui l'aurait nommé d'ailleurs ?). Elle se construit par stratification, un matin après l'autre. Et à un moment, sans que tu saches dater précisément, elle est là. Elle n'a plus besoin d'être défendue, elle est devenue la base sur laquelle tu marches.

C'est pour ça que je n'aime pas le mot motivation. La motivation est une émotion météorologique, elle passe et revient sans prévenir. La discipline, elle, est un cadre. Elle tient même quand tu n'as pas envie. Elle tient surtout quand tu n'as pas envie, d'ailleurs, parce que c'est là qu'elle fait son vrai travail.

L'exercice d'écriture quotidien est un cadre. Un tout petit cadre. Dix minutes, un thème, rien d'autre. Si tu le tiens trois semaines, tu verras déjà un changement. Si tu le tiens trois mois, tu ne seras plus tout à fait la même personne. Et si tu le tiens un an, tu auras produit quelque chose comme 60 000 mots (j'ai écris ce chiffre au hasard, j'ai pas fait le calcul) d'échauffement, dont une partie non négligeable peut servir à nourrir ton projet de livre.

C'est toi qui écriras ton livre, évidemment. Mais c'est l'exercice quotidien qui te construira, jour après jour, comme la personne capable de le faire.

Si ce travail de fond t'intéresse et que tu veux aller plus loin que l'échauffement, c'est exactement ce qu'on fait en accompagnement.


À toi de jouer

Si tu es arrivé jusqu'ici, tu n'as plus besoin d'explications. Tu as besoin de faire l'exercice.

Va sur ybelion.com/theme-ecriture-aleatoire. Aujourd'hui, maintenant. Lis le thème du jour. Écris dix minutes, ni plus ni moins.

Demain, refais-le. Un thème nouveau t'attendra, tiré à minuit, identique pour tout le monde. Ce geste de dix minutes est la brique la plus simple que je connaisse pour commencer à être l'auteur ou l'autrice que tu veux être.

Tu peux aussi combiner cet exercice avec ta routine de trente minutes par jour sur ton projet principal : les dix minutes d'échauffement sur la webapp, puis vingt minutes sur ton livre. Ou autre chose. L'important c'est ce qui te correspond en fait.

Je termine par une idée qui revient souvent dans un de mes récents épisodes du podcast et qui résume tout mieux que je ne saurai le faire. Elle vient d'une chanson de BB Jacques que j'aime beaucoup : on voulait être quelqu'un, on avait pas le courage d'être personne...

C'est ce que A. m'a donné, sans le savoir, le 1ᵉʳ janvier 2023 : le courage d'être personne et un cadre tout bête avec un présent à habiter. Le reste est venu tout seul, au rythme patient des matins. Il vient toujours.


Tu fais l'exercice depuis quelques semaines et tu sens qu'il y a un livre qui pousse en dessous, mais tu ne sais pas par quel bout le prendre ? C'est exactement ce qu'on fait ensemble.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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