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Ecriture· 10 min

Écrire 30 minutes par jour : la fausse question du temps

Le vrai sujet n'est pas combien de temps tu écris. C'est ce que tu choisis de faire de ton temps libre, en conscience, au regard de tes rêves.

Écrire 30 minutes par jour : la fausse question du temps

Écrire 30 minutes par jour : la fausse question du temps

Elle écrivait six heures par semaine. Trois séances de deux heures, réparties sur des créneaux qu'elle avait choisis avec soin. Les enfants étaient à l'école, le boulot pouvait attendre, et elle s'installait avec son café et son manuscrit.

Ça roulait.

Les mots venaient. Le premier jet avançait. Elle arrivait en coaching avec le sourire et des chapitres à me montrer.

Et puis un jour, elle m'a dit qu'elle voulait écrire plus. Tous les jours. Une heure par jour, sept jours sur sept. Parce que son roman la portait, parce qu'elle avait envie d'accélérer, parce qu'elle se sentait prête.

Sur le papier, c'était une super nouvelle.

En pratique, tout s'est grippé.

Moins de mots écrits qu'avant. Une culpabilité permanente (« je n'ai pas fait mes enfants goûter à l'heure », « j'aurais dû bosser au lieu d'écrire »). Et surtout, une écriture qui avait perdu sa saveur. Les séances n'étaient plus des rendez-vous avec elle-même. C'étaient des obligations supplémentaires dans un emploi du temps déjà saturé.

On a travaillé là-dessus en coaching. On a creusé d'où venait cette culpabilité. Et la prise de conscience est tombée assez vite : « en fait, mon nouveau rythme ne me va pas du tout. »

Elle est revenue à trois fois deux heures.

Et tout s'est remis à rouler.


Le piège du « plus c'est mieux »

Si tu tapes « écrire 30 minutes par jour » dans Google, tu vas trouver des articles qui te calculent que 30 minutes par jour, ça fait 182 heures par an, ça fait tant de mots, tant de pages, et qu'à ce rythme-là tu peux sortir un roman en huit mois. Les maths sont justes. Le raisonnement, par contre, il oublie quelque chose d'essentiel.

Il oublie que tu es un être humain avec une vie.

Écrire 30 minutes par jour, c'est une réponse à une question que personne ne se pose correctement. La vraie question, celle qui change tout quand on ose se la poser, c'est : qu'est-ce que je fais de mon temps libre, en conscience, au regard des rêves que je porte ?

C'est une question de congruence, pas de chronomètre.


Deux types de temps

C'est un truc que je répète souvent en coaching, parce que ça clarifie énormément de situations.

Ta vie est composée de deux types de temps. Le temps impératif : ton travail, ta famille, ta santé, tes animaux, tout ce à quoi tu ne peux pas déroger. Et le temps libre : celui qui reste, celui dont tu es pleinement responsable.

Le temps impératif, tu n'y peux rien. Tu peux l'optimiser un peu, gratter dix minutes ici ou là, mais fondamentalement c'est un socle incompressible. Et il est différent pour chacun. Une mère de trois enfants qui bosse à temps plein n'a pas le même temps libre qu'un étudiant célibataire. C'est comme ça. C'est la vie.

Et c'est précisément pour ça que les méthodes miracles ne fonctionnent pas. Quand quelqu'un te dit « lève-toi à 5h pour écrire avant le monde », il te partage SA solution à SON équation. Qui dépend de SES impératifs. Ça ne dit rien sur les tiens.

Ce qui t'intéresse, c'est ton temps libre à toi. Celui que tu as identifié, regardé en face, mesuré honnêtement. Pas celui que tu fantasmes (« si seulement j'avais plus de temps »). Celui qui existe, là, maintenant, dans ta semaine telle qu'elle est.

Et une fois que tu l'as identifié, la question devient limpide : au regard des rêves que je porte, qu'est-ce que j'ai vraiment envie de faire de ce temps ?

C'est une question qu'on ne se pose jamais quand on ouvre TikTok pour « cinq minutes » et qu'on en ressort quarante-cinq minutes plus tard. On ne se demande pas si c'est utile. On ne culpabilise pas. Mais quand il s'agit de s'asseoir trente minutes pour écrire, là, tout d'un coup, il faut que ce soit justifié. Il y a quelque chose de fascinant là-dedans, et de profondément révélateur.


La congruence avant les minutes

La Clarté de Rythme, c'est le deuxième pilier de ce qu'on travaille dans Ose Écrire. Et ce n'est pas « trouve 30 minutes par jour ». C'est : trouve TON rythme. Celui qui s'intègre à ta vie sans la déformer. Celui qui respecte tes impératifs ET tes aspirations. Celui qui te donne envie de t'asseoir devant ton manuscrit, au lieu de t'y traîner par devoir.

Ma coachée du début l'a appris à ses dépens. Trois séances de deux heures, ça marchait parce que c'était congruent avec sa vie. Les créneaux étaient naturels, protégés, attendus. Sept heures par semaine réparties autrement, ça ne marchait plus, parce que le rythme entrait en conflit avec ses impératifs de mère et de professionnelle.

Le problème n'était pas le nombre de minutes. Le problème, c'était l'alignement.

J'observe ça régulièrement. Des auteurs et autrices qui calquent le rythme d'un autre (celui d'un article, d'un podcast, d'une masterclass) et qui s'étonnent que ça coince. Quelqu'un qui écrit tous les matins à 6h parce qu'il a lu que c'est ce que font « les vrais écrivains ». Alors qu'il est couche-tard, fatigué, et que ses meilleures idées lui viennent à 22h devant une tisane. Le rythme copié, aussi brillant soit-il, est un costume qui n'est pas à ta taille.

Tu peux écrire 20 minutes par jour ou 4 heures le samedi matin. Ce qui compte, c'est que ce rythme soit le tien. Que tu puisses le tenir sans sacrifier ce qui est important pour toi, et sans te sentir coupable à chaque fois que tu t'y mets.

Parce que la culpabilité, c'est le vrai sujet.


La culpabilité qui gronde des deux côtés

Elle gronde quand tu écris (« je devrais faire quelque chose d'utile ») et elle gronde quand tu n'écris pas (« je n'avance jamais sur mon livre »). Tu ne peux pas gagner. Et c'est épuisant.

J'en parle longuement dans l'épisode 88 du podcast parce que c'est un sujet que je vois revenir constamment, et que j'ai vécu moi aussi.

Quand j'ai commencé à écrire mon premier livre, je me suis pris cette culpabilité de plein fouet. Chaque heure passée sur mon manuscrit, c'était une heure pas passée sur quelque chose de « rentable ». Et mon cerveau adorait me le rappeler. Sam, tu fais pas quelque chose d'utile. Mais c'est quoi, utile ? Utile pour quoi ? Utile pour qui ?

La valeur d'un accomplissement personnel ne se mesure pas sur un compte en banque. Le jour où j'ai tenu mon premier roman dans les mains, j'ai compris que tout était possible si ce rêve-là l'était. C'est ce livre qui m'a donné le courage de démissionner, de me former au coaching, d'adopter Voltaire. Rien de tout ça n'aurait existé si j'avais écouté la culpabilité qui me disait d'aller faire des choses « utiles ».

Alors si tu culpabilises d'écrire, écoute ce sentiment. Il cache quelque chose. Peut-être une croyance sur ce qui est « sérieux » et ce qui ne l'est pas. Peut-être une peur de réussir (oui, ça existe, et c'est un des blocages d'écriture les plus sournois). Peut-être une voix intérieure qui te dit que ton livre ne compte pas, alors que tu sais, au fond, qu'il représente quelque chose de profondément important pour toi.


S'arrêter de monter ne veut pas dire redescendre

Il y a un autre versant de la culpabilité que j'observe chez les auteurs qui ont trouvé leur rythme. Ceux qui roulent depuis des semaines ou des mois, qui ont ancré une discipline, qui sentent que ça avance. Et puis la vie fait la vie : un déménagement, un imprévu familial, un coup de fatigue, des vacances. Le rythme s'interrompt.

Et là, c'est la panique. « Si je m'arrête, je vais tout perdre. Je vais redevenir celui ou celle qui n'écrivait pas. »

C'est une peur que je connais bien. Je l'ai vécue avec le sport avant de la vivre avec l'écriture. Quand j'ai transformé mon corps en passant de 60 à 75 kilos grâce à la musculation, j'avais développé une routine de six à sept séances par semaine. Et le jour où j'ai basculé vers la préparation d'un marathon, donc des séances différentes, moins de salle, j'ai senti cette angoisse monter. Comme si ne plus soulever de fonte allait effacer tout ce que j'avais construit.

Sauf que non.

Parce que la transformation n'est pas le processus. Le processus m'a aidé à devenir quelqu'un d'autre. Mais cette identité nouvelle, elle ne dépend plus du processus qui l'a créée.

C'est comme monter un escalier. Tu montes une marche, puis une autre, puis une autre. Et si tu t'arrêtes pour souffler, tu ne redescends pas. Tu es toujours là où tu es arrivé. Le travail fait est fait. L'identité construite est construite. Reprendre la montée après une pause, c'est juste continuer à avancer, pas tout recommencer depuis le bas.

Alors si tu as construit un rythme d'écriture et que la vie te force à le mettre en pause, rappelle-toi : tu as déjà prouvé que tu savais le faire. Tu sauras le refaire. Et la personne que tu es devenue en écrivant ne disparaît pas parce que tu t'arrêtes quelques jours ou quelques semaines.


Ton rythme n'appartient qu'à toi

Je ne peux pas te dire si écrire 30 minutes par jour est suffisant. Personne ne le peut. Parce que la réponse dépend de ta vie, de tes impératifs, de tes rêves, de ton énergie, de la phase dans laquelle tu te trouves. Peut-être que 30 minutes c'est énorme pour toi en ce moment. Peut-être que c'est ridicule par rapport au temps libre dont tu disposes.

Ce que je peux te dire, c'est que la question du temps est rarement la vraie question.

La vraie question, c'est : est-ce que le temps que j'accorde à mon écriture est congruent avec la place que ce livre occupe dans mes rêves ?

Si oui, tu es sur la bonne voie. Que ce soit 20 minutes ou 4 heures.

Si non, ce n'est pas en rajoutant des minutes que ça va changer. C'est en regardant ce qui coince. En identifiant tes vrais impératifs et ton vrai temps libre. En travaillant la culpabilité s'il y en a. En trouvant le rythme qui te ressemble, celui que tu peux tenir sans te tordre, et qui te permet de finir ton roman sans sacrifier ta vie.

C'est ça, la Clarté de Rythme. Et c'est un des trois piliers sur lesquels on travaille dans le coaching d'écriture. Avec l'Intention (pourquoi tu écris) et l'Identité (qui tu es en tant qu'auteur). Les trois ensemble, c'est ce qui te permet d'avancer avec régularité, sans forcer, sans culpabiliser, et surtout sans copier le rythme de quelqu'un d'autre.

Ton rythme n'appartient qu'à toi. Et il est parfait tel qu'il est, du moment qu'il est le tien.


La culpabilité en écriture, le parallèle sport/écriture, et cette idée que s'arrêter de monter ne veut pas dire redescendre, j'en parle en profondeur dans l'épisode 88 du podcast Ose Écrire.

Et si tu sens que ton rythme d'écriture ne tourne pas rond, que la culpabilité gronde, ou que tu ne sais plus comment avancer, c'est exactement ce qu'on travaille ensemble.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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