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Ecriture· 10 min

Se remettre à écrire : le vrai déclic (pas les tips)

Tu t'es arrêté·e d'écrire et les conseils habituels ne marchent plus ? Découvre pourquoi se remettre à écrire demande un changement d'approche, pas juste de la motivation.

Illustration d'une cellule aux barreaux dorés, porte ouverte, carnet et stylo posés au sol baignés de lumière.

Se remettre à écrire : pourquoi les mêmes actions donnent les mêmes résultats

J'ai passé huit ans dans un monde qui ne me ressemblait pas. Ingénieur en sûreté nucléaire. Un bon salaire, un bon CE, des missions challengeantes. Une prison confortable.

La porte de cette prison était ouverte. Personne ne m'empêchait de sortir. Et c'est précisément ça qui rendait la sortie difficile. On sait toujours ce qu'on quitte. On ne sait jamais ce qu'on retrouve.

Un jour, pendant une séance d'écriture sur des thèmes aléatoires, je dois écrire mon éloge funèbre. J'écris : « Il aura été ingénieur et n'aimait pas ce métier. » Je le relis à voix haute. Quand une phrase comme ça sort de ta tête, tu ne peux plus faire comme si tu ne la connaissais pas.

J'en parle dans l'épisode 53 du podcast Ose Écrire, et la conclusion tient en une phrase : pour obtenir un résultat différent, il faut accepter de faire des choses différentes.

Si tu cherches à te remettre à écrire et que tu es tombé·e ici, tu as probablement déjà lu des articles avec des listes de tips. « Écris 10 minutes par jour. » « Relis ton manuscrit. » « Tiens un journal d'idées. » Et je parie que ça n'a pas suffi. Le problème n'est probablement pas là.

La prison dorée de l'auteur·rice en pause

Tu connais peut-être cette sensation. Tu portes un livre en toi depuis des mois, des années. Tu en parles parfois. Tu y penses souvent. Mais tu n'écris pas. Ou tu as commencé, puis lâché.

Le plus étrange : tu n'es pas malheureux·se. Tu as ta vie, tes habitudes, ton confort. Le rêve est là, en fond de tête, comme une musique qu'on entend à travers un mur. Présente, mais jamais assez forte pour te faire bouger.

C'est ça, la prison dorée de l'écriture. Le confort du « j'aimerais écrire un livre un jour » qui ne fait pas mal, qui fait même un peu rêver, et qui piège justement pour ça.

Le coût, tu ne le vois pas tout de suite. Il se révèle à 40 ans, à 50 ans, à 60 ans, quand le « un jour » devient « j'aurais voulu ». Quand la petite musique derrière le mur s'éteint doucement, faute d'avoir été écoutée.

Moi, j'ai mis deux ans à quitter la mienne. Deux ans entre le moment où j'ai su que je voulais écrire et celui où j'ai osé faire un geste concret. Quand j'ai enfin mis un pied dehors, tu sais ce que j'ai trouvé ? Tous les soucis que j'imaginais n'étaient pas là. À la place, une liberté bien réelle.

Pourquoi tu t'es vraiment arrêté·e d'écrire

Si tu t'es arrêté·e d'écrire, pose-toi d'abord la question du « pour quelles raisons j'ai arrêté », bien avant celle du « comment reprendre ».

Et la réponse honnête est rarement « manque de temps ». Le temps, c'est l'excuse qui ne remet rien en question. La vraie raison se cache plus profond.

Souvent, l'intention s'est brouillée. Le livre qui te faisait vibrer au départ est devenu une corvée, une obligation que tu t'imposais. Quand l'intention se brouille, le rythme s'effondre. C'est mécanique.

Parfois, tu t'es mis·e à comparer ton chapitre 3 au roman fini de quelqu'un d'autre. Et tu t'es dit que ça ne valait pas le coup, que tu n'avais pas le niveau, que tu n'étais personne pour seulement oser vouloir écrire un livre.

Parfois encore, la vie a pris le dessus. Un déménagement, un enfant, un changement de poste. Et l'écriture, qui n'avait pas encore assez de racines dans ton quotidien, a été la première à sauter.

Dans tous les cas, la racine est la même : une confusion. Sur l'intention (pourquoi j'écris), sur le rythme (comment j'organise l'écriture dans ma vraie vie), ou sur l'identité (est-ce que je m'autorise à être auteur·rice). Les 3 Clartés que j'utilise dans l'accompagnement Ose Écrire sont nées de ce constat, et elles s'appliquent autant à la reprise qu'au démarrage.

Le plus vicieux, c'est que ces confusions se nourrissent entre elles. Tu ne sais plus pourquoi tu écris, alors ton rythme s'effondre, alors tu doutes de ta légitimité, alors tu ne sais plus pourquoi tu écris. Le cercle vicieux tourne en boucle jusqu'à ce que tu décides de traiter la racine plutôt que de courir après les symptômes.

Se remettre à écrire commence par une question

Avant de recréer une routine, avant de bloquer 30 minutes dans ton agenda, avant d'ouvrir ton manuscrit, pose-toi une seule question :

Pour quelle raison ce livre est important pour toi ?

Si la réponse est floue, du type « j'aime écrire » ou « j'ai toujours voulu le faire », creuse. Ce n'est pas suffisant pour tenir quand la vie sera dure, quand le chapitre sera pénible, quand le doute cognera à ta porte.

Ta raison doit être viscérale, personnelle, spécifique à toi.

J'accompagne des auteur·rices dont certains portent leur livre depuis cinq, dix, quinze ans. Et quand on travaille le RÉVÉLATEUR ensemble, quand on va chercher les vraies raisons, les intentions profondes, il se passe toujours la même chose : les yeux changent, la voix change, l'énergie change. Et l'écriture reprend, sans forcer, quand l'intention redevient vivante.

C'est pour ça que se remettre à écrire commence par une question. La routine arrive après, une fois cette question débroussaillée. Sans cette intention, la routine ne tient jamais plus de trois semaines. Une fois l'intention ancrée, elle peut tenir des mois sans forcer (et si tu veux comprendre comment construire ton rythme à toi, j'en parle dans la fausse question du temps).

Le petit pas que tu n'as pas encore osé faire

Dans l'épisode 53, je partage une phrase de B.B. Jacques qui me travaille depuis : « On est lâche, on voulait être quelqu'un, on n'avait pas le courage d'être personne. »

Traduit dans le monde de l'écriture : tu rêves d'être auteur·rice (être quelqu'un), mais tu n'oses pas être la personne qui écrit 200 mots un mardi soir et qui trouve ça nul (être personne). Tu n'oses pas le premier pas imparfait, bancal, ridicule.

Et c'est normal. On n'ose pas parce qu'on se projette dans la version finale. On imagine le livre terminé, 300 pages, couverture magnifique, et on se dit « je ne suis pas à la hauteur de ça ». Alors on ne fait rien.

Sauf que pour finir ton roman, il faut d'abord accepter d'être personne : 200 mots bancals, un paragraphe qui sonne faux, un mardi soir en pyjama avec un déca froid et zéro inspiration. Ce mardi-là vaut de l'or.

Le mouvement, c'est la clé. Une vie où tu ne fais que réfléchir, tu ne la vis pas. Une vie où tu ne réfléchis pas, tu ne changes pas ce qui doit l'être. La boucle saine : s'interroger, oser agir, ajuster, recommencer.

Pour moi, ce premier pas a souvent eu la même tête : un mot posé sur une page en sachant qu'il serait mauvais. Dès que j'acceptais d'être personne sur ce geste précis, le verrou cédait. Et de là, tout le reste a suivi.

Le petit pas que tu n'as pas encore osé, c'est peut-être ouvrir ton manuscrit et écrire une seule phrase. Ou dire à quelqu'un « j'écris un livre ». Ou te poser vingt minutes avec un carnet pour répondre à la question du pourquoi.

Quel qu'il soit, fais-le aujourd'hui. Demain, c'est déjà un sursis.

Reprendre l'écriture après une pause : souffler n'est pas régresser

J'ai souvent devant moi des auteur·rices qui travaillent pendant des mois sur leur rythme, leur posture, leur texte. Et puis la vie met un coup derrière la nuque : un impératif, un imprévu, et le rythme s'arrête.

Et là, panique : « Sans ce rythme, je vais régresser. C'est retour à la case départ. »

Traduction : retour à l'ancienne version de moi que je n'ai absolument plus envie de redevenir.

Sauf que ta nouvelle identité d'auteur·rice ne dépend plus du rythme qui l'a construite. C'est le principe que je pose dans la Clarté de Rythme : ton rythme construit ton identité, puis cette identité vole de ses propres ailes. Un break n'efface pas des mois de transformation. Tu ne perds pas ton identité en posant ton stylo quelques semaines. J'ai écrit un post entier là-dessus un jour et la phrase qui résume tout c'est : « ta nouvelle identité n'est pas le processus… c'est juste toi. »

Il y a quand même une nuance à tenir entre souffler et s'installer dans l'immobilisme. Souffler, tu sais que tu reprendras. L'immobilisme, c'est le rêve qui s'éteint à petit feu sous un « un jour » qui se repousse.

Et la nuance tient en une chose : l'intention. Si tu sais pourquoi tu écris ce livre, si cette intention est claire et ancrée en toi, un break de trois semaines ne change rien. Tu reviendras. Si l'intention est floue, chaque pause devient une porte de sortie. Et la porte de sortie finit toujours par ressembler à une prison dorée (celle dont je te parlais au début).

Si tu lis cet article, c'est que tu es dans la catégorie « je veux reprendre ». Alors reprends, avec les moyens du bord, avec la fatigue du moment, avec l'imperfection qui va avec.

Quand on choisit de ne rien changer, de ne rien faire de différent pour aller vers son rêve, le coût de cette décision, c'est le rêve lui-même. Et ça, il faut oser se le dire.

L'audace de vivre ton rêve d'écriture

J'ai noté une phrase un jour d'enregistrement, comme ça sur un coin de carnet : « C'est fou ce que t'amène la vie quand tu as l'audace de la vivre. »

Elle me touche encore chaque fois que je la relis. Elle résume ce que j'observe, chez moi comme chez les gens que j'accompagne. Le jour où tu décides d'oser, où tu fais un geste différent de ceux que tu as faits jusqu'ici, la vie se met à bouger avec toi.

Tu te remets en mouvement. Tu réussis, tu échoues, tu rééchoues, tu réréussis. Tu avances. Et cette transformation que tu vis en écrivant, elle est indépendante du résultat final. Même si le livre ne voit jamais le jour (et il le verra, tu vas aller au bout), le chemin t'aura changé.

Les gens que j'accompagne dans Ose Écrire me le disent tous, à un moment ou un autre : « Ce qui a changé, c'est moi. » Avant même que le manuscrit soit terminé.

Écrire un livre, c'est un challenge quotidien. Et ce challenge, quand tu le conduis avec intention, il te transforme. La motivation seule ne tient pas la distance d'un livre. Ce qui te porte jusqu'au bout, c'est ta discipline, celle qui colle à ta vie et à tes impératifs, née de cette motivation transformée.

Se remettre à écrire après une pause, c'est moins retrouver une routine perdue que décider que ton rêve vaut un acte d'audace, aujourd'hui.

Si tu sens que tu as besoin d'un espace pour faire ce pas, pour clarifier ton intention, construire ton rythme et t'autoriser ta posture d'auteur·rice, c'est exactement ce qu'on fait dans Ose Écrire. Et si tu veux entendre l'épisode en entier (avec la prison dorée, Bébé Jacques, et Voltaire qui attend sa promenade en fin d'épisode), c'est l'épisode 53 du podcast Ose Écrire.

Résultat différent, action différente. À toi de jouer.

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Ecrit par Ybe

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