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Ecriture· 9 min

Comment finir son roman quand on a tout essayé

Tu as essayé les sprints d'écriture, les méthodes, les objectifs de mots. Et ton roman n'est toujours pas fini. Voici ce qui manque vraiment.

Comment finir son roman quand on a tout essayé

Mai 2023. Je décide de poser une semaine de vacances pour boucler le premier tome de mon univers de fantasy.

Le plan ? Écrire TOUS les jours de 8h à 12h et de 14h à 17h. Au moins 5 000 mots par jour. Un sprint héroïque. La méthode du guerrier. Le grand saut.

Et je l'ai fait.

Sauf que derrière cette semaine de productivité insane, il y a un détail que je ne raconte jamais dans la version "inspirante" de l'histoire : je n'ai plus écrit pendant trois mois. Ha ouais tout de suite c'est moins sexy.

Trois mois. À ne pas toucher mon manuscrit. À ne même pas vouloir l'ouvrir. À ressentir un mélange de dégoût et de fatigue à la simple idée de retrouver mon texte. Et pourtant je devais bien y retourner puisque ce que j'avais fini... ce n'était que le premier jet.

J'étais au plus loin possible de ce que j'aimais. Et j'étais en pleine confusion.


Le mythe du sprint d'écriture

C'est la première chose qu'on essaie quand on veut finir son roman. Le coup de collier. La semaine intensive. Le NaNoWriMo. Le "cette fois je m'y mets vraiment, 3 000 mots par jour, c'est parti."

Et parfois ça marche... sur le moment. Les mots sortent. Le compteur monte. On a l'impression d'avancer.

Mais le sprint ne résout pas le problème. Il le masque. Parce que l'effort, en général, tu l'as déjà. Ce qui manque c'est autre chose.

Et donc pour résumer : à la fin tu ne finis pas la course mais tu es essouflé.e.

Si tu lis cet article, il y a de grandes chances que tu ne manques pas de volonté. Tu as probablement déjà essayé. Peut-être plusieurs fois. Des méthodes, des objectifs de mots, des apps de suivi, des livres sur l'écriture. Et malgré tout ça, ton roman n'est toujours pas terminé.

Tu as assez essayé. Largement. Ce qui manquait, c'était la clarté.


Ce qui manquait dans mon sprint de mai 2023

Quand je repense à cette semaine-là, avec le recul, je vois exactement ce qui clochait.

J'avais une chose : une clarté d'intention. Je savais pourquoi j'écrivais ce livre. J'avais bossé mon trio d'intentions : pourquoi ce livre, pour qui, quel message. Mes thématiques étaient limpides.

Mais un trépied avec un seul pied... bimbadabadaboum ça tombe.

Je n'avais aucune clarté de rythme. Aucune. "5 000 mots par jour pendant une semaine" n'est pas un rythme, c'est une punition mdr. Un rythme, c'est quelque chose de soutenable, qui s'intègre à ta vie, que tu peux tenir sur des mois. Pas un sprint suivi d'un effondrement avec bonus position lattérale de sécurité dans le caniveau.

Et en dessous de tout ça, il y avait quelque chose de plus profond que je n'osais pas regarder : je n'avais aucune clarté d'identité. Je ne me sentais pas auteur. Je me sentais comme un ingénieur nucléaire qui jouait à écrire un livre de fantasy. L'illégitimité, bonjour bonsoir mon Sam.


Ce que le sport m'a appris sur l'écriture

Quand je me suis attaqué à mon deuxième projet d'écriture à la fin de l'été 2023 (parce que oui, je n'avais pas le courage de retourner sur le texte qui m'avait dégoûté, même si je l'aimais d'amour), j'ai décidé de me questionner profondément sur ma manière de fonctionner.

Mais par où commencer ?

Simple basique, comme dirait l'autre. Je me suis tourné vers ce que je maîtrisais : le sport.

Pour le contexte : à la fin de mon école d'ingé, je faisais 60 kg tout mouillé pour 1m86. Je détestais mon corps. Et le jour où cette douleur a été supérieure à l'inconfort d'aller en salle de sport... j'y ai foncé.

Je me suis butté. Pendant des mois, j'y suis allé quasi 7 jours sur 7, je faisais 4 repas par jour et j'achetais désormais mon riz en sac de 20kg... Et en parlant de kilos... j'en ai pris presque 15 ! Puis j'ai stabilisé. Et j'ai continué des années, avec une assiduité qui s'est décalée sur le marathon aujourd'hui.

Le sport est devenu une partie de moi.

Et c'est là qu'il y a une parenthèse importante (qui est peut-être la chose la plus utile de cet article) : parcourir un chemin qui nous permet de devenir quelqu'un d'autre ne signifie pas que lorsqu'on quitte ce chemin, on perd cette identité. Le chemin nous permet de construire notre identité. Mais une fois qu'on l'a, elle ne dépend plus du chemin.

C'est ÇA que je voulais pour l'écriture.


Assiduité, progression, combat d'ego

Alors c'est exactement ce que j'ai fait. Le transfert du sport vers l'écriture, avec trois piliers :

L'assiduité. J'écrirais tous les jours. Le matin, parce que j'en pouvais plus de me dire toute la journée que j'allais écrire le soir (et de ne pas le faire). Cette win streak quotidienne m'excitait profondément : chaque jour coché était une victoire.

La progression. Je suivrais ma progression avec ce que mon âme d'ingénieur aime : des tableaux Excel qui monteeeeeent en flèche. Des mots comptés. Des courbes. Des chiffres qui prouvent que j'avance, même les jours où j'ai l'impression de patiner.

Le combat d'ego. Tout ça me permettrait de mettre une distance avec le Sam qui ne se bougeait pas. Ce Sam qui procrastinait, qui se trouvait des excuses, qui préférait consommer du contenu plutôt qu'en créer (btw ça m'a rendu incollable sur Gossip Girl, The Big Bang Theory et How I Met Your Mother mais je vous en reparlerai).

Pour mon premier livre, ça a tellement bien marché que j'ai cru avoir trouvé une méthode miracle.

(Spoiler : non).

Mais le résultat était là. Premier jet terminé en mars 2024. Livre publié en septembre 2024. Et entre les deux, une transformation que je n'avais pas vue venir : cette habitude avait ancré en moi une nouvelle identité. Je n'essayais plus d'écrire. J'étais écrivain. J'allais écrire un livre après l'autre, avant tout pour qu'ils existent. Qu'importe les ventes si j'avais la transformation et ce qui matérialisait mon art.

Elle était là, la clarté d'identité. Et je ne l'avais pas cherchée, elle était venue en marchant.


Et pourtant, aucune méthode miracle (c'est une bonne nouvelle)

Pour mon second livre, commencé en octobre 2024, j'ai fait pareil. Et c'était tout aussi intense. Sauf que cette fois, je le faisais en quasi-inconscience : l'habitude et le rythme étaient clairs, ancrés. C'est la différence entre quelqu'un qui se force à courir et quelqu'un qui est coureur.

(J'ai d'ailleurs quasi tout filmé pendant l'écriture de ce deuxième livre et j'ai ici un making of intime de toute la transformation, si ça t'intéresse.)

Rétrospectivement, je suis halluciné de l'efficacité du transfert sport → écriture. Mais au-delà de ma manière de fonctionner, c'est la clarté sur moi-même qui a tout fait marcher. La clarté. Tout le reste en découle.

Et c'est précisément là que c'est intéressant pour toi.

Ça te fait une belle jambe de savoir que j'écris de 6h à 9h si tu n'es pas du matin. Les méthodes miracles, les techniques secrètes, les livres sur les dessous des best-sellers : tout ça c'est du bruit. La vraie question elle est ailleurs : pour qui écris-tu, déjà ? Et pour quelle raison profonde ?

Et plutôt que de rajouter des trucs, enlèves-en. Sois lucide. Précis. UN objectif, UN chemin : celui qui mène droit à ton rêve.


Ce dont tu as vraiment besoin pour finir ton roman

Je vais le répéter parce que c'est la seule chose que j'aurais aimé qu'on me dise en mai 2023, avant mon sprint kamikaze :

Quand on a tout essayé et qu'on veut terminer son roman, on a besoin de clarté.

Clarté d'intention — savoir pourquoi ce livre doit exister. La vraie raison, celle qui brûle. Tant que cette intention n'est pas posée, chaque direction se vaut et aucune n'avance nulle part. Et puis... vouloir aller à Toulouse et à Paris en même temps en partant depuis Bordeaux... bah ça marche pas.

Clarté de rythme — trouver TON rythme, pas celui d'un.e auteur.e que tu admires. Celui qui s'intègre à ta vie, à tes impératifs, à ton énergie. 30 minutes par jour valent infiniment plus qu'une semaine de sprint suivie de trois mois de silence. Ça n'a pas à être quotidien d'ailleurs, mais ça aussi on en reparlera.

Clarté d'identité — s'autoriser sa posture d'auteur.e, celle qu'on a profondément envie d'incarner mais dont on sait qu'on ne l'est pas encore... et c'est ok, parce que la question qui en découle est incroyable : quel premier petit pas tu aurais envie de faire pour aller vers cette posture ? Et je te parle bien d'un pas que tu as envie de faire et pas d'un pas qu'il FAUT que tu fasses. Punaise encore une chose dont je vais devoir reparler ahah.

Les trois ensemble forment un cercle : clarté → confiance → action → résultat → fierté → clarté. Enlève un pied et le trépied s'effondre. C'est aussi simple et aussi difficile que ça.


Et maintenant ?

Si ça fait des mois ou des années que tu tournes autour de ton manuscrit, oublie "quelle nouvelle méthode essayer." Demande-toi plutôt : sur laquelle de ces trois clartés tu manques le plus ?

Si c'est l'intention → ton livre n'a pas de cap. Commence par là. Si c'est le rythme → tu te punis au lieu de construire une habitude. Change d'approche. Si c'est l'identité → tu attends d'avoir "le droit" d'écrire. Personne ne te le donnera.

J'explore ces sujets en profondeur dans le podcast — notamment dans l'épisode 88 sur la culpabilité et le parallèle sport/écriture, dans l'épisode 82 sur le marathon et la discipline, et dans l'épisode 20 sur la hiérarchie réflexe > discipline > motivation.

Et si tu sens que la clarté ne viendra pas toute seule : que tu as besoin de quelqu'un pour t'aider à démêler ce qui te bloque — c'est exactement ce que je fais avec Ose Écrire.

Le meilleur moment pour commencer, c'est celui où tu arrêtes de chercher la méthode parfaite et où tu te regardes toi.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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