Coaching d'écriture : ce que c'est vraiment (et ce que ça change)
Le coaching d'écriture, ce n'est pas du conseil littéraire. C'est un processus qui t'aide à comprendre ce qui te bloque vraiment. Voici comment ça marche, de l'intérieur.

Coaching d'écriture : ce que c'est vraiment (et ce que ça change)
Novembre 2025. Point bi-hebdomadaire avec une coachée. Elle arrive avec un sujet que je connais bien.
« Je m'ennuie quand j'écris. Je n'ai pas d'idées. »
J'aurais pu commencer par « t'as essayé de faire ci ? » ou bien « à ta place je ferais ça » ou encore « facile, voilà comment régler le problème ».
Mais ce n'est pas du coaching.
Et au fond, c'est un peu inutile. Parce que la personne bloquée n'a pas besoin qu'on calque notre propre réalité sur la sienne en croisant les doigts pour que la méthode qui marche pour nous marche aussi pour elle. Si elle ne marche pas, ça ne fera que renforcer le magnifique cercle vicieux de la confusion, celui à cause duquel 90% des auteurs et autrices abandonnent.
Alors plutôt, je lui demande : « S'ennuyer, c'est quoi pour toi ? »
Puis : « De quoi tu as besoin ? »
Des paillettes dans l'écriture
On déroule le sens des mots. On explore la spécificité du besoin. On guette le non-verbal, l'énergie. Et elle verbalise simplement :
« J'ai besoin de paillettes dans mon écriture. »
Ok. Un objectif précis et spécifique.
Mais mon rôle, c'est qu'on avance maintenant, pas qu'on espère qu'elle avancera plus tard. Alors on précise.
« Et aujourd'hui, avec quoi tu aimerais repartir pour pouvoir ensuite mettre des paillettes ? »
La question est simple. La réponse aussi.
« Avec des clés de compréhension. J'ai besoin de comprendre d'où viennent les paillettes. »
Voilà. Là, on a de quoi savoir à la fin si on a effectivement avancé. Alors on explore le monde des paillettes.
On met des mots sur des activités qui en font naître. On creuse. Et naturellement, on explore les sensations en écriture. La rigidité. La froideur. La surorganisation. Tout ça orchestré par une petite voix dans la tête qui demande à ce que tout soit parfait.
On se rend compte que cette voix place une rigueur paralysante. Elle retire le lâcher-prise et la folie de l'art au moment exact où la coachée en a le plus besoin.
Mais que veut-elle exactement, cette voix ?
Je vois au non-verbal que c'est une question à laquelle elle n'a jamais répondu.
« Elle veut que le livre soit le plus beau, le plus artistique, le plus moi possible. »
Silence.
(C'est important le silence. Il fait l'espace pour le développement de la lumière.)
« Je viens de le réaliser. Mon perfectionnisme veut tellement atteindre un art qui me représente qu'il m'empêche d'agir pour que je puisse l'atteindre. »
Là.
Voilà la prise de conscience. Le chavirement de la réalité. La bascule du monde connu. Le saut au-dessus de la barrière.
Alors on ancre cette prise de conscience. Mais ce n'est pas suffisant parce que, concrètement, qu'est-ce qu'on en fait ?
C'est la dernière étape : on explore les options et on s'engage en en choisissant une. La coachée repart avec ses clés de compréhension et surtout une nouvelle vision de son univers, qu'elle va mettre en place et déployer d'ici à ce qu'on se revoie.
Le coaching d'écriture, c'est ça.
Ce que le coaching d'écriture n'est pas
Si tu tapes « coaching écriture » dans Google, tu vas tomber sur beaucoup de choses. Du coaching littéraire. De l'accompagnement éditorial. Des formations avec des modules vidéo. Des ateliers d'écriture en groupe. Des relectures de manuscrits avec des annotations dans la marge.
Tout ça peut avoir de la valeur. Et si tu cherches un accompagnement pour écrire ton livre, il y en a pour tous les goûts. Mais ce n'est pas du coaching.
Le coaching d'écriture, ce n'est pas quelqu'un qui lit ton texte et te dit quoi corriger. Ce n'est pas un prof de creative writing qui t'apprend la technique du show don't tell. Ce n'est pas un éditeur qui réorganise tes chapitres.
Et surtout, ce n'est pas quelqu'un qui te donne des conseils.
Je sais, dit comme ça, ça semble contre-intuitif. On imagine un coach comme celui qui a la réponse, qui sait, qui montre le chemin. Mais un coach (au sens ICF du terme, la fédération internationale qui encadre la profession), c'est quelqu'un qui part du principe que TU as les réponses. Que ton blocage, ta confusion, ton ennui, portent en eux l'information dont tu as besoin pour avancer.
Mon boulot, c'est de créer l'espace pour que cette information remonte à la surface.
Et crois-moi, j'ai appris ça dans ma propre chair. Quand j'ai commencé à accompagner des auteurs, mon réflexe d'ancien ingénieur me rattrapait sans cesse : analyser le problème, proposer la solution, repartir satisfait. Les premières fois, je balançais des « essaie ça » et des « à ta place je ferais ci » à tout va. Résultat ? Ça marchait une fois sur deux. Et l'autre moitié du temps, je voyais la personne en face de moi acquiescer poliment, essayer, échouer, et se sentir encore plus nulle qu'avant. C'est moi qui alimentais le cercle vicieux. Le jour où j'ai compris que fermer ma bouche et ouvrir mes oreilles était infiniment plus puissant que le meilleur conseil du monde, tout a changé. Pour les auteurs que j'accompagne. Et pour moi.
Si je m'étais contenté de dire à ma coachée « pour retrouver du fun, essaie d'écrire à la main » ou « change d'endroit » ou « écoute de la musique quand tu écris », est-ce qu'elle aurait découvert que son perfectionnisme voulait tellement atteindre un art à son image qu'il la paralysait ? Non. Elle aurait essayé une technique. Si ça avait marché, tant mieux. Si non, un cran de plus dans le cercle vicieux. Un cran de plus vers l'abandon.
Ce qui se passe vraiment dans une séance de coaching d'écriture
Ce que je viens de te raconter avec les paillettes, ça ressemble à de la magie. Mais c'est structuré. John Whitmore a théorisé ce processus dans Coaching for Performance sous l'acronyme GROW, et c'est le squelette de chaque séance que je fais en tant que coach d'écriture.
Tu te souviens ? On a d'abord défini un objectif clair pour la séance. On commence toujours par là : pas un objectif de vie, un objectif de maintenant, celui avec lequel tu veux repartir dans 45 minutes. Ensuite, on explore ta réalité. Ce qui se passe vraiment. Les sensations, les croyances, les petites voix, le non-verbal. C'est là que les prises de conscience naissent, dans cet espace où on regarde ce qui est sans le juger.
Puis on ouvre le champ des possibles. Qu'est-ce que tu pourrais faire, maintenant que tu vois les choses autrement ? On brainstorme, on sort du cadre, on joue avec les options. Et enfin, on s'engage. Tu choisis une action. Concrète. Avec un quand et un comment.
Quatre étapes. Goal, Reality, Options, Will. Et si tu relis l'anecdote des paillettes, tu retrouveras chacune d'entre elles.
Mais le modèle ne capture pas tout. Ce qu'il ne dit pas, c'est ce moment précis où la personne en face de toi voit sa réalité sous un angle qu'elle n'avait jamais envisagé. Où quelque chose bascule. Où le nœud se défait. Ce moment-là, il ne se commande pas, il se laisse advenir. Et c'est là que tout bascule. Quand la personne comprend quelque chose sur elle-même qu'aucun conseil n'aurait pu lui donner.
Les sujets « bêtes » qui ne le sont jamais
Le plus fou dans tout ça, c'est que les sujets qui arrivent en coaching paraissent presque toujours insignifiants. Et ils sont tous le contraire.
« Je m'ennuie en écriture. » Ça paraît banal. Ça cachait un perfectionnisme qui nourrissait le feu qu'il souhaitait éteindre.
« J'ai la page blanche. » C'est tellement commun qu'on l'ignore. Alors que cette simple phrase peut cacher un souvenir dont on n'a pas fait le deuil, ou dans lequel on n'a pas envie de se replonger. Les vraies causes du blocage sont rarement celles qu'on croit.
« J'ai trop d'idées. » C'est une si bonne nouvelle qu'on en oublie que c'est un piège. Un piège qui peut souligner une dissonance d'intentions paralysante, celle dont je parle quand j'évoque la clarté d'intention et le fait de vouloir aller au bout de son roman sans savoir lequel écrire d'abord.
La liste est longue. Et si ça t'intéresse, j'en déroulerai à l'avenir.
Mais tu ne te reconnaîtrais jamais tout à fait dans ces exemples. Pourquoi ? Parce que le coaching est hautement personnel. Une seule question obtiendrait autant de réponses différentes que de personnes à qui je la poserais. Le sujet de l'ennui de ma coachée n'a rien à voir avec ce que l'ennui signifie pour toi. C'est exactement pour ça que le conseil générique ne marche pas, et que le coaching fonctionne.
Permettre, pas diriger
Il y a une phrase que je pourrais tattouer (juste à côté du logo Voltaire, bien sûr) : le coaching, c'est permettre au coaché d'aller vers le futur qu'il désire profondément en lui permettant d'identifier ses forces, ses croyances et ses valeurs.
Permettre. Pas diriger. Pas enseigner. Pas prescrire.
C'est la posture qui fait toute la différence. Je ne suis pas au-dessus, je suis à côté. Je ne sais pas mieux que toi ce dont tu as besoin pour écrire ton livre. Par contre, je sais poser les questions qui te permettront de le découvrir toi-même.
Et la beauté du truc, c'est que ce que tu découvres dans une séance de coaching d'écriture dépasse presque toujours l'écriture. Le perfectionnisme de ma coachée ne se limite pas à son manuscrit. La page blanche de cet auteur n'est pas qu'une affaire de chapitres. La confusion d'idées de cette autrice n'est pas qu'un problème de plan.
Écrire est un miroir. Ce qu'on rencontre en écriture, on le rencontre dans la vie. Et quand on démêle un nœud en écriture, c'est tout un pan de notre réalité qui se réorganise.
C'est pour ça que dans Ose Écrire, on travaille sur trois axes que j'appelle les 3 Clartés : la Clarté d'Intention (pourquoi tu écris ce livre), la Clarté de Rythme (comment tu l'écris au quotidien) et la Clarté d'Identité (qui tu deviens en l'écrivant). Les trois forment un trépied. Enlève un pied et tout vacille. Pose les trois et l'écriture avance.
Le coaching d'écriture est le véhicule qui permet de poser ces trois pieds. Le livre est le projet. La transformation est le voyage.
Et si tu portes un blocage « insignifiant » ?
Je ne peux que t'encourager à explorer ces blocages qui paraissent insignifiants. Mon avis, c'est qu'ils ne le sont pas.
Derrière « je m'ennuie », il y avait un perfectionnisme caché. Derrière « je n'ai pas le temps », il y a souvent une peur qu'on n'ose pas nommer. Derrière « mon histoire n'est pas assez intéressante », il y a une question d'identité qui attend d'être posée.
Tu n'as pas besoin que quelqu'un te dise quoi faire. Tu as besoin que quelqu'un t'aide à entendre ce que tu sais déjà.
Ma coachée de novembre, celle des paillettes ? Elle a mis en place ce qu'elle avait décidé en séance. Quand on s'est revus, elle écrivait avec une énergie que je ne lui avais jamais vue. Pas parce que je lui avais donné une astuce. Parce qu'elle avait compris quelque chose sur elle-même.
Et si tu sens que pourquoi écrire un livre te parle mais que tu n'arrives pas à traduire cette envie en pages, c'est peut-être le signe que la clarté ne viendra pas toute seule.
J'explore le coaching d'écriture en profondeur dans l'épisode 80 du podcast Ose Écrire où je réponds aux questions les plus fréquentes sur l'accompagnement.
Et si tu sens que tu as besoin d'un espace pour démêler ce qui te bloque vraiment, c'est ce que je fais. Un miroir, les bonnes questions, et toi qui trouves tes propres réponses.
Ybe
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