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Coaching· 11 min

S'autoriser à écrire : les 16 permissions à se rendre

Chaque blocage d'écriture cache souvent une permission qu'on ne se donne pas. La roue des permissions appliquée à ton manuscrit, axe par axe.

Ybelion (Samuel Le Parc), casquette rouge, écrit au stylet sur une tablette dans une bibliothèque éclairée en rouge.

S'autoriser à écrire : les 16 permissions à se rendre

Si tu as lu l'article précédent, tu sais d'où vient cette histoire. La formation de coaching, ma feuille avec la roue dessinée, la moue, et la poire molle qui m'a sauté aux yeux quand j'ai levé la tête de la feuille.

Ce que je n'ai pas dit la dernière fois, c'est ce que j'ai vu plus tard chez les auteurs et les autrices que j'accompagne dans Ose Écrire®.

Quand quelqu'un arrive en coaching avec un blocage d'écriture, on commence presque toujours par le décrire en termes techniques. « Je sais pas comment commencer. » « J'écris cinq lignes et je supprime tout. » « Je suis bloqué au chapitre 7 depuis huit mois. » Tout est exposé en termes de méthode, en apparence.

Mais quand on creuse, à chaque fois ou presque, il y a une permission derrière. Quelque chose que la personne ne se donne pas le droit de faire, d'être ou de ressentir. Et tant que cette permission reste fermée, aucune méthode au monde ne va débloquer la situation. Tu peux changer de plan, de logiciel, d'approche (Snowflake, NaNoWriMo, fiches personnages, peu importe), si tu es coincé en amont, tu te traînes à plat.

C'est pour ça que je voulais écrire cet article. Reprendre la roue de Gysa Jaoui, et passer ses 16 axes au crible de l'écriture. Quatre quadrants, quatre territoires de toi. Pour chacun des 16 axes, une raison précise pour laquelle ce manque de permission peut handicaper ton écriture, et une question ouverte à se poser pour commencer à entrouvrir la porte.

Je te propose ainsi seize mini-miroirs de coaching héhé.

Tu peux faire ta roue avant de lire (la version interactive du site dessine la forme en quelques minutes), ou bien la faire pendant. Tu peux aussi simplement lire et laisser certaines questions infuser. Ce qui compte, c'est que tu prennes le temps.


Moi & Moi : t'autoriser à occuper la place que ton livre va prendre

Ce premier quadrant parle de ton rapport à toi-même. Avant que ton livre rencontre un lecteur, il rencontre ce que tu acceptes (ou pas) d'être en l'écrivant. Si tu te fais tout petit dans ta vie, ton livre va se faire tout petit dans le monde, et ça se sentira sur la page.

Exister

L'écriture est probablement la forme la plus radicale d'existence. Tu signes. Tu poses ta voix. Tu dis « j'étais là, je pense ça, voilà ce qui me traverse. » Si ton axe Exister est bas, ton geste d'écrire va flotter. Tes phrases vont commencer par « peut-être que », tes idées par « je ne sais pas si... ». Le texte n'osera pas affirmer.

Qu'est-ce qui me ferait peur si je signais sans hésiter le manuscrit que je porte ?

Être en bonne santé

Écrire un livre est un marathon. Si tu maltraites ton corps, si tu sautes les pauses, si tu te couches à 2h pour finir un chapitre et que tu te lèves à 6h pour ton vrai travail, tu vas finir par t'effondrer. Et le livre s'arrêtera là. Le corps qui écrit a besoin d'être respecté, sinon il prend sa revanche.

Quelle place est-ce que je laisse à mon corps & ma santé les jours où j'écris ?

Être soi-même

Cet axe parle d'écrire avec ta voix authentique, sans la neutraliser, sans la maquiller. Beaucoup d'auteurs croient qu'il faut effacer leur voix réelle pour avoir l'air sérieux, alors que c'est l'inverse. Ton point de vue de femme, d'homme, ton vécu corporel, ton regard sur le monde, c'est exactement ce qui rend ton livre irremplaçable. Trouver ta voix d'auteur, c'est aussi assumer le corps depuis lequel tu parles.

Quels passages je n'ose pas écrire parce que ça révélerait trop qui je suis vraiment ?

Avoir du plaisir

J'ai longtemps cru qu'écrire devait être douloureux pour être valable. Que si je m'amusais, c'était que je n'allais pas assez profond. Je m'étais trompé en beauté. L'écriture qui ne te fait jamais sourire est un travail forcé, et ça finit toujours pareil : tu abandonnes. Le plaisir, c'est exactement ce qui te fait revenir à la table d'écriture le lendemain.

Quel est le dernier moment où j'ai eu vraiment du plaisir en écrivant, et qu'est-ce qui le rendait possible ?


Moi & mes Sentiments : l'énergie qui irrigue le texte

Un texte qui ne ressent rien ne fait rien ressentir au lecteur. Le quadrant des sentiments est ce qui transforme un récit correct en récit qui touche (cela étant dit, comme je n'aime pas les généralités, je suis intimement persuadé qu'on pourrait écrire un roman sans aucune émotion si cela servait l'intention du texte ahah). Quatre émotions de base, quatre robinets que tu peux laisser ouverts ou fermer à clé.

Joie

Il y a des manuscrits qui sont impeccables techniquement, mais où la joie est absente. Aucune étincelle, aucune scène où l'auteur a manifestement souri en l'écrivant. Le lecteur ne pleure pas avec un livre qui ne l'a jamais fait sourire ailleurs. La joie de l'auteur, même brève, donne au texte sa respiration.

Quand je relis ce que j'ai écrit cette semaine, est-ce que ça respire, ou est-ce que ça étouffe ?

Colère

Les bons textes ont presque tous une colère quelque part. Une indignation discrète, le plus souvent, qui leur donne leur tranchant. Sans colère, un livre est lisse. Et le lisse glisse, sans laisser de marque. Si tu n'oses pas la colère dans ta vie, tu vas l'éviter dans ton texte, et il en sortira affadi.

De quoi mon livre devrait-il avoir le courage de se mettre en colère, même tout doucement ?

Peur

Les meilleurs textes sont écrits avec la peur, juste à côté d'elle. L'auteur qui s'interdit de ressentir la peur va l'esquiver, et le texte va contourner ses sujets brûlants. Tu sens ça quand tu lis : ces livres qui passent à côté de leur propre puissance parce que l'auteur a eu trop peur d'aller au bout. La peur d'écrire reconnue est mille fois plus créative que la peur niée.

Quelle est la phrase que mon livre veut écrire, et que je redoute le plus de poser ?

Tristesse

Un personnage triste écrit par un auteur qui ne s'autorise pas la tristesse, ça sonne faux. Le lecteur le sent immédiatement, même sans pouvoir l'expliquer. Pour écrire la tristesse de tes personnages, il faut avoir laissé la tienne exister, ne serait-ce qu'un peu. Sinon, tu tapes à côté.

À quel moment de mon livre est-ce que ma tristesse est attendue, et que je la retiens ?


Moi & le Monde : la posture de celui qui écrit

Mon quadrant préféré ahahaha, celui sur lequel j'ai du le plussss travailler. Je le connais si bien aha ! Ce quadrant parle de ta manière d'occuper l'espace. Comment tu réussis, comment tu penses, comment tu sais, comment tu grandis. C'est ce qui se voit dans la posture de ton texte : assuré ou tremblant, pertinent ou ronronnant, curieux ou refermé.

Réussir

Si tu n'es pas autorisé à réussir, tu vas saboter, c'est aussi simple que ça. Tu vas écrire, et au moment où ton manuscrit s'approche du bout, tu vas tout reprendre. Tu vas trouver une bonne raison de ne pas envoyer aux bêta-lecteurs. Tu vas découvrir un livre qui ressemble au tien (et qui ne lui ressemble pas tant que ça en réalité). Le syndrome de l'imposteur prospère exactement dans cet axe.

Si je devais définir ma réussite pour ce livre sans regarder personne d'autre, ce serait quoi ?

Penser

Oser penser, vraiment penser, et oser le mettre par écrit. Les pensées qui te traversent à 2h du matin et que tu n'oses pas formuler en société, ce sont elles qui font les livres mémorables. Si ton axe Penser est bas, ton livre va passer à côté de ce qu'il a de plus précieux : ton regard.

Quelle pensée me brûle les doigts, et que je n'ai pas encore osé écrire telle quelle ?

Savoir

Cet axe travaille dans deux sens. T'autoriser à apprendre, à te documenter, à être curieux de ton sujet. Et t'autoriser à ne pas tout savoir. Beaucoup d'auteurs s'arrêtent parce qu'ils sentent qu'ils ne maîtrisent pas leur sujet à fond. Mais les livres qui marquent sont presque toujours écrits par des explorateurs honnêtes, indépendamment de leur expertise réelle.

Y a-t-il un sujet que j'évite parce que je n'ai pas l'impression d'en savoir assez, alors qu'en réalité c'est exactement par là que je devrais entrer ?

Grandir

Écrire un livre fabrique aussi quelqu'un, en chemin. Si tu refuses de grandir en cours de route, tu vas saboter le processus pour rester celui que tu étais avant. Beaucoup d'auteurs ne finissent pas leur manuscrit pour cette raison-là exactement : finir, c'est devenir quelqu'un qui a fini. Et parfois, cette nouvelle identité fait peur.

Qui est-ce que ce livre va me permettre de devenir, et est-ce que j'ai vraiment envie de cette personne-là ?


Moi & les Autres : pour qui ce livre va exister

Personne n'écrit dans le vide. Même quand tu écris pour toi, tu écris pour l'enfant que tu étais, pour l'ami que tu n'as plus, pour le lecteur que tu imagines. La qualité de ta relation à ces autres conditionne la qualité de ton texte.

Être un enfant

L'enfant en toi a accès à des choses que l'adulte a perdues. La candeur, la fantaisie, la liberté de ne pas se prendre au sérieux, la capacité à jouer avec les mots. Si tu écris en mode 100% adulte, ton texte va être maîtrisé mais (potentiellement) éteint. Les écrivains qui me font le plus rêver sont ceux qui ont gardé un accès clair à leur enfance créative.

Si l'enfant que j'étais à dix ans lisait mon manuscrit, qu'est-ce qu'il en penserait, et qu'est-ce qu'il regretterait que je n'aie pas osé y mettre ?

Être proche

Écrire à distance, en posture professorale, à l'abri derrière un « on » universel, c'est se priver du contact. Les livres qui touchent sont ceux dont l'auteur a accepté d'être proche du lecteur, presque inconfortablement proche par moments. Si tu n'oses pas être proche dans ta vie, tu vas écrire à distance dans ton livre.

Si je devais écrire chaque page comme une lettre adressée à une seule personne précise, qui serait-elle ?

Faire partie

Cet axe est massif chez les auteurs qui ne se considèrent pas comme légitimes. T'autoriser à faire partie de la communauté des auteurs, à dire « je suis auteur » sans rajouter immédiatement « enfin, j'écris... ». Tu n'as pas besoin d'avoir publié pour faire partie, ni de l'autorisation d'un éditeur pour exister comme auteur. Le geste d'écrire suffit.

De quel groupe d'écrivains est-ce que je rêverais qu'on me dise un jour : « tu es des nôtres » ? Et qu'est-ce qui me retient de m'y compter dès maintenant ?

Faire confiance

Faire confiance au texte qui veut sortir. Faire confiance au processus quand tu es au milieu du gué et que tu ne vois plus la rive. Faire confiance à ta voix d'auteur même quand le doute hurle. C'est sans doute la permission la plus difficile, parce qu'elle se travaille mot après mot, jour après jour, sans jamais être acquise. Les auteurs qui finissent leur livre sont ceux qui ont appris à écrire malgré le doute, pas sans lui.

Qu'est-ce que mon texte essaie de me dire que je n'écoute pas, parce que ça contredit ce que je voudrais qu'il dise ?


Et maintenant ?

Seize portes. Seize questions. Tu n'as pas besoin de toutes y entrer.

Si tu lis ces lignes et qu'une question (ou deux, ou trois) t'a fait tiquer, c'est probablement par là qu'il faut commencer. Pose-la sur ta table de chevet, telle quelle, sans chercher à la résoudre tout de suite. Reviens-y pendant tes séances d'écriture, dans ta marche du matin, quand tu fais la vaisselle. Les vraies réponses n'arrivent presque jamais en réfléchissant fort. Elles viennent de biais, par éclairs, dans les moments où tu n'attends rien.

Et si tu sens, en relisant ces seize cellules, qu'il y a un travail plus large à faire, un travail qui dépasse la lecture d'un article et qui demande un cadre, un accompagnement, des séances espacées dans le temps avec quelqu'un qui te tient la corde, c'est exactement ce qu'Ose Écrire est conçu pour faire. Un accompagnement individuel où on travaille ces permissions une à une, sur ton manuscrit, à ton rythme.

Ton livre n'attend qu'une chose, en réalité. Que tu te donnes le droit d'être l'auteur qui va l'écrire.


S'autoriser à écrire, c'est commencer ici.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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