Trouver son Ikigai : et si tu arrêtais de chercher ?
L'Ikigai se révèle dans l'action, les rencontres et ce que tu oses créer. Retour sur 8 ans de quête silencieuse, du nucléaire au stylo.

Trouver son Ikigai : et si tu arrêtais de chercher ?
Pendant huit ans, j'ai été ingénieur en sûreté nucléaire.
J'aimais mes collègues. J'étais bon dans ce que je faisais. Les journées avaient un cadre, un sens technique, une utilité claire. Et pourtant, il manquait un élan que même la fiche de paie ne pouvait pas combler. Un manque que je n'arrivais pas à nommer. Un vide, mais confortable. Le genre de vide qu'on peut ignorer pendant des années parce que, vu de l'extérieur, tout va bien. Le salaire tombe, les projets avancent, les gens autour de toi te disent « t'as une bonne situation et tu fais bien ton travail ». Et beh, si seulement ça suffisait.
Pour moi voilà ce qu'était ce vide : il grignote tranquillement, sans faire de bruit. Et un jour, tu te retrouves à regarder par la fenêtre pendant ta pause, parce qu'on t'a retiré ton téléphone et l'accès à internet sur ton lieu de travail, et ton esprit se met à vagabonder. Des idées arrivent. Des bribes d'histoires. Des personnages. Des images. Et là, tu te dis : tiens, ça faisait combien de temps que j'avais pas ressenti ça ?
C'était en juin 2020. Je ne le savais pas encore, mais c'était le début de mon ikigai. Sauf que je ne l'ai pas « trouvé ». Il s'est révélé morceau par morceau, et c'est toute la différence.
Le diagramme qui ment (un peu)
Si tu as déjà tapé « trouver son ikigai » sur Google, tu es tombé sur LE diagramme. Quatre cercles qui s'entrecroisent : ce que tu aimes, ce pour quoi tu es doué, ce dont le monde a besoin, ce pour quoi tu peux être payé. L'intersection magique au centre, c'est ton ikigai. Simple, propre, rassurant.
Le souci, c'est que ce diagramme est une invention occidentale. Le vrai concept d'ikigai (dans ma compréhension) n'a rien à voir avec un exercice qu'on remplit un dimanche soir avec un stylo et un thé vert. L'ikigai c'est plus proche de « ce pour quoi tu te lèves le matin ». Un geste simple, ancré dans le quotidien. La grand-mère qui cultive son jardin. Le pêcheur qui sort en mer à l'aube. Rien de spectaculaire. Rien qui ressemble à une « mission de vie » gravée dans le marbre.
Et pourtant, c'est cette version occidentalisée qu'on nous vend partout. Remplis tes quatre cercles, trouve l'intersection, et hop, voilà ta raison d'être (et surtout trouve la vite). Comme si une raison d'être se trouvait comme on trouve ses clés de voiture quand on les a perdu.
J'ai rempli ce diagramme, plus d'une fois. Et à chaque fois, je restais avec le même sentiment : j'avais coché des cases, mais rien n'avait bougé à l'intérieur. Quelque part, le diagramme me demandait de savoir avant d'avoir vécu... me demandait de nommer ma mission alors que ma mission était peut-être en train de naître dans un recoin de ma vie que je n'avais même pas encore regardé. L'équivalent de me demander de décrire le Cap Vert alors que j'y suis jamais allé mdr.
Je ne dis pas que le diagramme est inutile. Il peut ouvrir des portes intéressantes dans ta réflexion. Mais si tu t'arrêtes là, tu risques de confondre un exercice intellectuel avec une vérité vécue. Et ton ikigai, il a besoin de sueur, de doutes et de matins difficiles pour exister vraiment. Il ne tient pas dans quatre cercles sur une feuille A4 (et c'est bon signe, qu'un mot si puissant ne puisse pas être contenu à des cercles sur une feuille A4).
Trouver son ikigai : le vivre avant tout
Mon parcours, si je le regarde avec le recul, ressemble à tout sauf à un plan.
Ingénieur pendant huit ans. Un jour, privé de téléphone au boulot, je me remets à imaginer des histoires. Je note des idées sur des bouts de papier entre deux réunions. Pendant trois ans, j'avance à peine, j'écris des bribes, j'ai peur, je ne sais pas où ça va. J'avance suffisamment pour me dire que j'avance, mais pas assez pour avoir l'impression que ça avance vraiment. Et puis en janvier 2023, un déclic. Une phrase d'un rappeur que j'écoute en boucle : « te crois pas libre parce qu'il y a assez de place pour courir dans ta cage. ». Une amie qui me challenge. Tout ça me percute. Je décide de professionnaliser mon écriture. De passer du « j'aimerais bien » au « j'y vais ».
Ensuite, c'est une cascade. J'écris quotidiennement sur des thèmes aléatoires. J'invente Yb's City, une ville peuplée d'animaux anthropomorphes avec des histoires débiles bourrées de références que je m'éclate à écrire (notamment un petit poussin baron du crime qui s'appelle Don Poussino, Dr. Gre et Eazy-Oce, mais aussi Tiggy the Kid ou Agent Fox). J'ose du coup partager sous un pseudo. Et là, les rencontres s'enchaînent. Des gens qui me poussent à écrire, un premier livre, des anciennes formatrices qui me partagent : « tu devrais regarder du côté du coaching », une formation ICF, des premières sessions, des auteurs et des autrices qui me confient leurs manuscrits et leurs doutes... Tellement de choses que je pourrais résumer en : j'ose, j'apprends, je construis. Chaque étape révèle un morceau de mon ikigai, et aucune n'était prévisible.
Si on m'avait demandé en 2020 de remplir le diagramme, j'aurais mis « ingénieur » dans la case « ce pour quoi je suis payé » et j'aurais laissé les trois autres cases à moitié vides. Mon ikigai d'aujourd'hui (écrire, accompagner des auteurs, créer des univers), il n'existait pas encore. Il se construisait dans l'ombre, à chaque fois que j'osais un pas de plus.
C'est là que je bute contre la promesse du diagramme. Le diagramme suppose que tu peux trouver ton ikigai en réfléchissant. Mon expérience dit le contraire : tu le révèles en faisant, en testant, en partageant, en te plantant parfois (souvent en vrai j'en parle avec Cynthia dans l'épisode 109 du podcast) et en recommençant le lendemain.
Et c'est là que j'ai compris la pièce manquante de l'ikigai : les rencontres. La clé la plus sous-estimée de toute cette histoire.
Dans l'épisode 100 du podcast Ose Écrire, j'ai utilisé une image qui me plaît beaucoup : nous sommes des lumières, et les gens sont des boules à facettes. Chaque personne que tu croises te renvoie un reflet de toi que tu ne voyais pas. Un ami qui te dit « tu devrais écrire ». Une coachée qui te montre, par sa transformation, que tu es à ta place. Un inconnu sur les réseaux qui like ta première histoire et qui, sans le savoir, te donne la permission de continuer. Un gars dans le monde du web3 qui te pose une question sur ta passion de l'écriture et paf tu te retrouves à écrire une trilogie (qu'est ce que j'aurais fait d'ailleurs si jamais je n'avais osé écrire Baltem ?)... et en un clignement... tout à changer.
Aucune de ces rencontres n'était prévue. Aucune ne figurait dans un plan. Et pourtant, chacune a déplacé un curseur dans ma compréhension de ce que je fais sur cette terre.
Comment trouver son ikigai, alors, si le diagramme ne suffit pas ? En se mettant en mouvement, en partageant ce qu'on crée même si c'est imparfait, en écoutant les retours que la vie te renvoie quand tu oses sortir de ta cage. Trouver son ikigai, ça ressemble bien plus à ça qu'à un exercice solitaire avec quatre cercles.
L'écriture comme ikigai silencieux
Si tu me lis, il y a des chances que tu portes un livre en toi. Peut-être depuis des années. Peut-être que tu l'as commencé dix fois sans le finir. Peut-être que l'idée te réveille la nuit et que le lendemain matin, la vie reprend le dessus.
Ce que je vois en accompagnant des auteurs et des autrices, c'est que l'écriture est un des révélateurs d'ikigai les plus puissants qui existent (et je ne dis pas ça à la légère).
Quand tu écris, tu te confrontes à tes peurs, tes croyances, tes parts d'ombre. L'écriture te tend un miroir (c'est un thème que je ne me lasse pas d'explorer et qui me FASCINE de plus en plus). Chaque chapitre que tu couches sur papier, tu découvres une facette de toi que tu n'avais pas vue avant. Et cette facette, c'est un morceau de ta raison d'être que tu n'avais pas encore mis en mots.
Un de mes auteurs accompagnés m'a dit un jour : « Je suis venu pour écrire un roman, je repars avec une compréhension de ma vie que je n'avais jamais eue. » Ce n'est pas un cas isolé. C'est presque la norme. Le manuscrit avance, oui. Les pages s'accumulent, les chapitres prennent forme, le premier jet se termine et la réécriture commence. Mais en parallèle, un alignement se dessine entre ce qu'ils portent en eux et ce qu'ils posent sur la page. Comme si écrire était le chemin que leur ikigai attendait pour se montrer.
Le syndrome de l'imposteur en écriture, j'en ai parlé en profondeur dans un article dédié. Au sixième étage de ce syndrome (le plus profond), on touche à la question de la mission, du sens, du « pourquoi je suis là ». Autrement dit : l'ikigai. Et c'est souvent en écrivant, en se confrontant à cette question par le texte, que la réponse émerge.
Avec Ose Écrire, la première étape, c'est ce qu'on appelle la Clarté d'Intention : pourquoi tu écris ce livre, pour qui, qu'est-ce qu'il porte. Cette clarté, c'est le premier morceau de ton ikigai d'auteur... que tu révèleras en écrivant, en creusant, en accueillant les questions que personne n'ose se poser.
C'est pour ça que l'écriture transforme, et que des gens qui pensaient venir « juste écrire un livre » repartent avec bien plus. L'acte d'écrire te rapproche de ta raison d'être sans que tu l'aies planifié. L'écriture est un ikigai silencieux.
Et si ton ikigai ressemblait à un arc-en-ciel ?
Entre l'enregistrement de l'épisode 100 et le moment où j'ai écrit ces lignes, une image m'est venue : l'ikigai, c'est un peu comme aller au pied d'un arc-en-ciel. On n'y arrive jamais.
Tant mieux.
Si tu y arrivais, ça voudrait dire que tout est figé, que rien ne bouge plus, que la curiosité est morte. L'ikigai vivant, c'est celui qui évolue avec toi. Celui d'hier t'a mené ici. Celui d'aujourd'hui te pousse à te lever le matin. Celui de demain, tu ne le connais pas encore, et c'est exactement ce qui le rend excitant.
Moi, mon ikigai d'il y a trois ans, c'était « écrire mes histoires et les partager ». Aujourd'hui, c'est « accompagner des auteurs et des autrices à accomplir leur rêve d'écriture ». Demain, ce sera peut-être encore autre chose. Et je suis en paix avec ça. La seule certitude que j'ai, c'est que l'ikigai se construit en avançant, chaque matin, un geste après l'autre.
Si tu portes un livre, si tu sens qu'une voix gronde en toi sans savoir exactement quoi, si tu as essayé de remplir des diagrammes sans que ça change quoi que ce soit à ta vie réelle, peut-être que la réponse n'est pas dans un exercice de plus.
Peut-être qu'elle est dans le premier mot que tu oseras poser demain matin.
Je le dis souvent : plus il y a de gens qui accomplissent leurs rêves, mieux le monde se portera. Ton livre, c'est peut-être un morceau de ce monde meilleur. Et l'écrire, c'est peut-être le chemin le plus direct vers ton ikigai.
Ton ikigai t'attend au bout de ton stylo, bien plus qu'au bout d'un schéma.
Cet article est nourri par l'épisode 100 du podcast Ose Écrire où je parle en profondeur de ma vision de l'ikigai. Si le sujet te parle, je t'invite à l'écouter : c'est un épisode qui me tient particulièrement à cœur.
Et si tu sens que l'écriture pourrait être ton ikigai silencieux, que tu portes un livre depuis des mois ou des années sans arriver à le faire avancer, Ose Écrire est l'accompagnement que j'ai créé pour ça. Toi, ton livre, de A à Z.
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