Des horloges qui avancent à reculons
Juillet 2025, page 204. Je relis ce que j'avais écrit sur le temps. Huit mois plus tard, ces mots me disent autre chose.

Des horloges qui avancent à reculons
Juillet 2025. Page 204 de mon carnet. Six heures du matin.
J'écris à la main, comme tous les matins. Ce jour-là, le sujet m'est tombé dessus sans prévenir. Le temps. Mon rapport au temps. Cette sensation bizarre que j'ai depuis longtemps, que les horloges et moi on n'est pas toujours d'accord sur la direction à prendre.
Voilà ce que j'avais écrit :

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Vous connaissez mon rapport au temps.
C'est une construction mentale, libre à nous de la défaire. De la voir autrement, d'en faire autre chose.
Que se passerait-il si nous n'avions plus devant nous qu'un an ? Que se passerait-il si les secondes devenaient des heures ?
Peut-être que la réponse serait rien. Après tout un référentiel reste un référentiel.
Et lorsque le référentiel neuf se confronte à la vision par l'ancien.
Pendant un certain temps, parfois même plusieurs générations, nous avons un désaccord de paradigme.
Nous avons une vue d'esprit qui nous fait changer la vision que l'on a.
C'est sur ça que l'on peut jouer. Pour modifier, pour contrôler.
Ce qu'en pense le Sam d'aujourd'hui
Huit mois plus tard, je relis ces mots.
Et ce qui me frappe, c'est cette idée de reformater son référentiel. Comme si nous étions pleinement responsables du monde qui nous entoure.
Attention, ça ne veut pas dire de changer tout ce qui nous entoure et de vivre dans un monde parallèle. Ça questionne quelque chose de plus fin : où est-ce que nous sommes responsables ? Où est notre terrain de jeu, vraiment ?
Le temps qui passe, passe quoi qu'on fasse.
C'est une des rares certitudes qu'on a. Demain arrive, que tu écrives ou pas, que tu oses ou pas, que tu restes planté devant ton fichier Word vide ou que tu noircisses trois pages à la main dans un carnet à six heures du matin.
Le temps s'en fiche.
Mais ce qu'on y fait, ça, on le maîtrise.
Et c'est là que ça devient intéressant (pour reprendre mes propres mots de juillet). Cette confrontation entre l'ancien et le nouveau. L'ancien référentiel, celui qui te dit que tu n'as pas le temps, que c'est pas le moment, que t'es pas assez ceci ou trop cela. Et le nouveau, celui que tu es en train de construire, mot après mot, matin après matin. Changer de référentiel, au fond, c'est changer de posture. C'est commencer à se voir autrement, à habiter une version de soi qu'on n'a pas encore tout à fait rencontrée.
La confrontation entre les deux crée un inconfort. Parfois de la peur.
C'est précieux et j'aime le chérir.
Ça veut dire que la machine est en marche. Que quelque chose bouge. Que l'ancien référentiel sent qu'il perd du terrain et qu'il grogne un peu plus fort.
D'ailleurs, ça me fait penser à une chanson de Poupie que j'adore : « et mes heures sont des secondes car je les vis ».
Les actes déforment le temps.
Quand tu écris pour de vrai, quand tu t'assieds et que tu fais le truc, le temps change de texture. Une heure d'écriture alignée pèse plus lourd qu'une semaine à y penser sans s'y mettre. Parce que quand tu agis, le temps change de camp. Il bosse avec toi. Et c'est peut-être ça, la vraie réponse au « pourquoi écrire » : l'acte d'écrire te rend le temps ?
Ce qui ne semblait pas sous notre contrôle le devient. De par la personne qu'on décide d'incarner.
Et voilà, on y est. Le plein pouvoir.
Sur notre vie. Sur nos actes. Sur ce qu'on fait de ces heures qui passent, avec ou sans notre permission.
En juillet 2025, j'avais écrit « c'est sur ça que l'on peut jouer, pour modifier, pour contrôler ». Aujourd'hui je dirais que le mot « contrôler » me gêne un peu. On ne contrôle pas le temps. On ne contrôle pas grand-chose, en fait. Mais on choisit ce qu'on en fait. Et ce choix-là, personne ne peut te l'enlever.
Même pas toi.
(Surtout pas toi.)
L'Encre de Sam, c'est un format où je ressors mes pages manuscrites et je les relis avec mes yeux d'aujourd'hui. L'écriture manuscrite est mon terrain de jeu quotidien, l'endroit où je pense sans filtre. Si ces coulisses te parlent, tu peux retrouver d'autres réflexions dans la newsletter.
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