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« Vers l'écriture » de Jeanne Benameur : le livre que j'aurais aimé écrire

Ma rencontre avec « Vers l'écriture » de Jeanne Benameur. Un livre sur l'écriture qui parle de foi, de questions et de ce qui nous rend vivants. Chronique Ose Lire.

« Vers l'écriture » de Jeanne Benameur : le livre que j'aurais aimé écrire

« Vers l'écriture » de Jeanne Benameur : le livre sur l'écriture que j'aurais aimé écrire

Il pleut. Voltaire dort sur le côté du canapé. J'ai mon thé, mon crayon de papier, et un bouquin que ma mère m'a offert il y a des mois.

Ce jour-là, je ne sais pas exactement ce que je m'apprête à vivre. Je sais juste que ça fait longtemps que je n'ai pas lu aussi longtemps d'une traite. Depuis le début de l'année, j'ai du mal à me poser pour lire. Entre Ose Écrire, le podcast, les coachings, mes propres livres en cours, le soir je m'endors au bout de trois pages. Et là, un samedi après-midi, je m'installe, j'ouvre « Vers l'écriture » de Jeanne Benameur, et je ne le lâche plus.

Une centaine de pages. D'une traite. Avec des pauses, oui, mais des pauses pour respirer, pour digérer une phrase, pour noter dans la marge ce qu'elle venait de remuer. (Et aussi pour une petite sieste, et je ne l'ai même pas coupé au montage ahaha.)

Si tu cherches un livre sur l'écriture qui ne soit ni un manuel, ni une liste de techniques, ni un énième « comment écrire un best-seller en 30 jours », tu es au bon endroit. Ce livre m'a mis des frissons et je vais te raconter pourquoi.


Comment ce livre sur l'écriture est arrivé entre mes mains

Il y a une petite histoire derrière. Ma mère m'a offert ce livre sans connaître le détail de ce que je construisais avec Ose Écrire. Elle savait que j'écrivais, que j'accompagnais des auteurs, mais elle n'avait pas idée à quel point un livre sur les ateliers d'écriture allait me toucher.

Jeanne Benameur décrit cette mécanique dans son propre texte : les rencontres. Ces moments où quelqu'un te met un livre entre les mains, sans savoir que ce geste va provoquer un bouleversement. Si je n'avais pas parlé avec ma mère de ce que je faisais avec Ose Écrire, elle n'aurait jamais pensé à ce bouquin. Elle n'aurait jamais pensé à me l'offrir. C'est dans ces petites synchronicités que se cache la beauté de nos vies.

D'ailleurs, pendant que je lisais, j'ai reçu un message d'Anaïs, une autrice que j'ai accompagnée pendant huit mois. Elle était au salon du livre et venait de croiser Élise Giraudau, une invitée de l'épisode 44 du podcast Ose Écrire. Deux personnes de mon univers qui se rencontrent au moment exact où un livre sur l'écriture est en train de me percuter. Le hasard, encore. Ou les rencontres qui font leur travail en souterrain, je ne sais plus très bien.


Ce que Jeanne Benameur dit de l'écriture (et pourquoi ça percute)

« Vers l'écriture » est un récit de transmission. Jeanne Benameur y raconte comment elle a développé, au fil de décennies d'ateliers d'écriture, une approche singulière. Le livre est structuré en étapes, mais ce qui frappe, c'est la profondeur de chaque phrase. Il y a des pages entières où j'avais envie de tout souligner.

Je vais te partager les passages qui m'ont le plus marqué, et surtout ce qu'ils ont réveillé en moi.

La censure de soi-même

La première claque, c'est celle-ci :

« Il faut aussi renoncer à être celui qui lit par-dessus sa propre épaule, censure son propre texte alors qu'il est en train de s'écrire. »

Benameur ajoute qu'il n'y a pas pire censure que soi-même. Et que cette censure naît d'un désir qu'on croit légitime : vouloir que ce soit mieux, tout de suite. Sauf que ce « mieux » est lié au regard supposé d'autrui, aux injonctions qu'on a intégrées au fil des études, des lectures, des retours qu'on a reçus. On a tellement absorbé tout ça qu'on finit par croire que c'est notre propre désir.

J'ai souri en lisant ça. Tu sais pourquoi ? Dans Ose Écrire, il y a une question que je pose systématiquement quand un.e auteur.e me dit « mon texte n'est pas assez bien » : « Assez bien pour qui ? » Et la réponse n'est presque jamais « pour moi ». C'est souvent le regard d'un prof, d'un parent, d'un ami lecteur, d'un auteur admiré. Benameur nomme exactement ça. Cette voix intérieure qui surveille, qui corrige, qui juge avant même que la phrase soit terminée. Et qui, à force, construit la fameuse page blanche. L'hydre a des têtes multiples, mais cette censure-là en nourrit la moitié.

Le pouvoir des questions

Ce qui m'a fasciné, c'est la manière dont Benameur structure ses ateliers. Après l'écriture, elle ne demande pas aux participants de relire leur texte. Elle leur pose des questions. Et chaque question ouvre un angle nouveau sur ce qu'ils viennent d'écrire.

Elle écrit : « Après chacune des questions, dans le silence fertile de l'atelier, chacun est amené à relire son écrit pour lui-même en le considérant du point de vue qu'ouvre la question. Il redécouvre son texte. »

Redécouvrir son texte. Par la question. Quand j'ai lu ces mots, j'ai posé le livre un moment. C'est le geste fondamental du coaching : permettre un recadrage par le questionnement. Poser la question qui ouvre un angle que la personne n'avait pas vu, plutôt que de donner la réponse ou de dire « fais comme ci ». Et soudain : « moi, c'est ça, j'écris comme ça. » C'est ce qui se passe dans le RÉVÉLATEUR, la toute première étape d'Ose Écrire : dix questions qui posent les fondations de tout le reste. Et en lisant Benameur, j'ai retrouvé la même conviction que la mienne, formulée autrement, nourrie par des décennies d'ateliers.

Les passeurs d'histoire

Il y a cette idée magnifique que Benameur développe à travers ses exercices : écrire sur ce qui a déjà été écrit. Elle invite les participants à écrire sur des journaux, à poser leurs mots sur des mots existants. Pour désacraliser l'acte, oui, mais surtout pour incarner cette notion de passeur d'histoire (ça ce sont mes mots, mais j'aime bien cette représentation symbolique).

On en fait notre tambouille, et hop, on le libère au monde.

Ça rejoint ce que Wajdi Mouawad m'avait partagé quand je l'ai rencontré : l'idée qu'on porte tous les histoires qui nous ont marqués, et qu'en écrivant la nôtre, on les passe au monde. De la répétition naît la différence, comme le dit Lacan que Benameur cite dans son livre. Quand tu passes dans les pas de quelqu'un d'autre, tu crées ton propre chemin de toute manière. La phrase est paradoxale, et pourtant profondément vraie.

Et c'est pour ça que chercher sa voix d'auteur n'a jamais été une question de technique. Ta voix, c'est toi. C'est tout ce que tu as lu, vécu, absorbé, qui traverse ta plume d'une façon qui n'appartient qu'à toi. La Clarté d'Identité dans Ose Écrire, c'est cette prise de conscience-là : ta voix est déjà là. Tu as juste besoin de la reconnaître.

L'intime qui s'invite

Il y a un passage qui m'a particulièrement touché. Benameur écrit qu'elle sait que l'écriture va débusquer ce qu'il y a de plus intime en nous. Mais qu'il faut y être prêt. Et que ce n'est pas parce qu'on vient dans un atelier qu'on l'est forcément. L'intime s'invitera de toute façon.

Je connais bien ce moment. Souvent, quand je commence un accompagnement, la personne en face de moi a une idée de livre, un début de manuscrit, peut-être même un premier jet. Et quelque part en cours de route, quelque chose de plus profond remonte : un souvenir, une blessure, un non-dit qui se glisse entre les lignes. En coaching, on appelle ça la Clarté d'Intention : savoir pourquoi on écrit ce livre, ce qu'il porte, et ce qu'on est prêt à traverser pour lui. Quand cette clarté manque, l'intime qui remonte fait peur. Quand elle est là, l'intime qui remonte nourrit le texte.

Avant qu'on commence à travailler ensemble, je ne demande jamais d'avoir déjà trouvé son rythme ou d'être au clair sur tout. Je demande juste : est-ce que tu es prêt.e à aller affronter ce qui va se lever ? À traverser ce qui gratte ? Et parfois, la réponse est non, et c'est normal. L'expérience fait son effet. (Je préfère dire l'expérience au temps, d'ailleurs, parce que le temps seul ne déclenche pas grand-chose. C'est l'action et l'intention qu'on met dedans qui comptent.)


Ce que ce livre sur l'écriture a changé dans ma pratique de coach

Quand j'ai refermé « Vers l'écriture », j'ai ressenti une confirmation très nette. Benameur et moi, on ne fait pas le même métier. Elle anime des ateliers d'écriture depuis des décennies, moi j'accompagne individuellement des auteur.e.s depuis un an et demi (j'écris ça en mars 2026 si jamais vous êtes dans le futur). Nos chemins sont différents. Mais la conviction qui nous porte est la même.

Elle l'écrit dans les dernières pages, et c'est la phrase qui m'a le plus secoué :

« Je suis une femme de foi sans église et sans dogme. Foi en l'être humain. Quelles que soient les horreurs dont il est capable et que je vois avec lucidité, tristesse et terreur, parfois encore se répéter. Je crois en la capacité humaine à soutenir l'amour et son corollaire, l'espérance. L'écriture est une façon de mener cette route dans ce monde tourmenté, c'est ma façon de vivre. »

J'ai eu des frissons en la lisant à voix haute. Cette phrase, c'est ma vision d'Ose Écrire condensée par quelqu'un d'autre.

Je vois dans l'acte d'accompagner les gens à écrire le même geste. On ne sait jamais qui on sauve en écrivant. Oser écrire, c'est tendre cette main et ne pas savoir qui va la prendre. Mais si on n'écrit pas, on ne la tend pas. Et potentiellement quelqu'un n'est pas sauvé.

Benameur le dit aussi, à sa manière : « Écrire élargi, écrire approfondi, écrire me rend mieux vivante. Si je n'étais pas convaincue que cette voie était ouverte à tous, je ne me serais jamais intéressée à l'atelier d'écriture. »

Ouverte à tous. Et ça, c'est ce que je vis chaque jour. L'écriture a surtout besoin que tu oses, peu importe si tu as fait khâgne ou lu tout Proust. Que tu oses commencer, que tu oses affronter ce qui remonte, et que tu oses mettre un point final. C'est le cœur de ce que je porte avec Ose Écrire, et c'est beau de retrouver cette conviction dans un livre écrit par quelqu'un que je n'ai jamais rencontré.

(Mais que j'aimerais rencontrer un jour. Si quelqu'un connaît Jeanne Benameur et lit ces lignes, faites le pont.)


Pour qui je recommande « Vers l'écriture »

Ce livre sur l'écriture ne va pas te donner une méthode pour structurer ton roman, un plan en douze étapes, ou des exercices de style. Si c'est ce que tu cherches, il existe d'excellents livres pour ça (et si tu ne sais toujours pas pourquoi tu veux écrire ce livre, commence peut-être par là).

« Vers l'écriture » de Jeanne Benameur te rappelle pourquoi l'écriture compte. Pourquoi les mots pèsent. Pourquoi les questions valent plus que les réponses. Et pourquoi oser écrire est un acte de foi envers l'humanité.

Tu le reconnaîtras si c'est pour toi : tu portes un livre en toi et tu as besoin de te reconnecter au sens profond de ce que tu fais. Tu veux te sentir moins seul.e dans cette quête. Tu veux lire quelqu'un qui a passé sa vie à accompagner des gens vers l'écriture et qui en parle avec une justesse à couper le souffle.

Et si tu veux me voir le lire en direct, avec mes réactions à chaud, mes frissons et mes digressions, c'est dans la vidéo Ose Lire #1 que ça se passe.

Quelques phrases à emporter avec toi :

« Par l'écriture nous nous offrons la profusion. »

« Il faut beaucoup d'amour pour bien regarder. »

« On avance toujours en prenant des risques avec soi-même. »

« L'émotion, elle est bonne à vivre si elle joue son vrai rôle, celui de nous mettre en mouvement. »

Et tu sais quoi ? En refermant ce livre, j'ai réalisé une chose assez dingue. Benameur parle d'ateliers où elle invite les gens à écrire directement sur des journaux, à poser leurs mots là où il y a déjà du texte. Et moi, pendant toute ma lecture, j'ai fait exactement ça : j'ai pris des notes dans ses marges, j'ai gribouillé mes réflexions sur ses phrases, j'ai écrit sur ce qu'elle avait écrit. Sans m'en rendre compte, j'ai participé à son atelier d'écriture grandeur nature. La boucle est bouclée.

Bonne lecture. Et surtout, ose écrire.

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Ecrit par Ybe

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