Conseil d'écriture
Ne corrige pas pendant que tu écris
Revenir au chapitre un à chaque nouvelle idée donne l'impression d'avancer.
Ce que dit le conseil
D'où viennent ces faits
John Steinbeck écrit dans une lettre de 1962 à Robert Wallsten, parmi six conseils d'écriture : « Never correct or rewrite until the whole thing is down. » Pour lui, réécrire en cours de route est en général un prétexte pour ne pas avancer.
D'après la Vie de Virgile transmise sous le nom de Suétone, Virgile, pour ne pas freiner son élan en composant l'Énéide, laissait des passages inachevés et en soutenait d'autres par des vers provisoires, qu'il appelait en plaisantant des étais (« tibicines »).
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
« Never correct or rewrite until the whole thing is down. » John Steinbeck l'écrit en 1962 dans une lettre à Robert Wallsten : il faut attendre que tout soit sur le papier pour corriger ou réécrire. Au chapitre huit, tu t'aperçois que le frère de ton héroïne devrait être médecin plutôt que soldat. Tu le notes dans la marge et tu poursuis comme s'il l'avait toujours été.
Steinbeck donne du conseil une version datée, et le geste, plus ancien, n'appartient à personne. D'après la Vie de Virgile transmise sous le nom de Suétone, le poète laissait dans l'Énéide des passages inachevés et des vers provisoires, qu'il appelait en plaisantant des étais, pour ne pas ralentir.
Pourquoi on te le répète
« Le capitaine parlait fort. » Tu passes vingt minutes sur cette phrase et elle ressort ainsi : « Le capitaine tonnait comme un canon mal arrimé. » Pour Steinbeck, réécrire en cours de route sert en général de prétexte pour ne pas avancer et gêne le flux comme le rythme. La retouche risque en outre de ne servir à rien. Plus loin dans le livre, l'histoire se passe de ce capitaine et la phrase disparaît avec lui, dans sa version soignée comme dans l'autre. Tant que la fin n'est pas écrite, tu ignores ce qui restera.
Et dans la vraie vie
Comment ce conseil peut mal tourner
Depuis un mois, plus une ligne ne s'ajoute au chapitre six. La règle a été appliquée à quelqu'un qui a besoin de relire ses pages de la veille pour écrire la suite. Moi-même, j'étais assez partisan du jet écrit d'une traite. Mais à force de travailler avec des auteur·ices, je me suis rendu compte que cette vision était un peu centrée sur moi, sur mon fonctionnement à moi. Certain·es fonctionneront mieux par petites relectures : le travail du livre leur paraîtra moins gigantesque. Si tu ne peux pas avancer sans te relire, c'est un vrai besoin, alors relis-toi.
Ce que j'en pense
Mon premier manuscrit, un roman de fantasy jamais publié, changeait de style d'un chapitre à l'autre, alors je repartais du début à chaque fois. C'est pour ça que ne rien corriger pendant que tu écris, je le classe en A. Pour moi, ça se prolonge au-delà de l'écriture. Dans mon déroulé des étapes, tu écris ton premier jet, puis tu fais une première relecture pendant laquelle tu ne corriges toujours rien. Tu mets tout à plat comme sur une carte mentale, avec tes personnages, tes temporalités, ta cohérence d'ensemble. Quand tu retournes dans un chapitre précédent, tu notes simplement en commentaire ce que tu ressens et ce que tu aimerais corriger. Ça t'évite de mettre le doigt dans un engrenage qui devient exponentiel et totalement fractal. J'en ai même fait un outil. Un soir où j'effaçais chaque phrase à peine tapée, j'ai commencé à fabriquer une page web où tu tapes sans rien voir.
Un contre-exemple
D'où vient cette anecdote
La Vie de Virgile transmise sous le nom de Suétone rapporte (« traditur ») que Virgile, quand il écrivait les Géorgiques, dictait chaque jour un grand nombre de vers composés le matin, puis passait le reste du jour à les réduire à très peu, en disant qu'il façonnait son poème comme une ourse lèche son petit ; elle compte sept ans pour ce poème.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
Une ourse lèche son petit jusqu'à lui donner forme : selon la tradition antique, Virgile décrivait ainsi son travail sur les Géorgiques. On rapporte qu'il composait chaque matin un grand nombre de vers, puis passait le reste du jour à les reprendre pour n'en garder que très peu. La Vie de Virgile déjà citée compte sept ans pour ce seul poème.
Donc y'a pas de solution miracle.
Mon verdict dans la tier list
Pour continuer
L'atelier offert
Relire la page de la veille t'aide ou te freine : on le vérifie avec toi, sur ton manuscrit en cours.
Je découvre l'atelier