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Conseil d'écriture

Le premier jet est toujours mauvais

Entre la page écrite ce matin et le roman en librairie, il y a des mois de travail que personne ne voit.

Le premier jet

Ce que dit le conseil

Écris ton brouillon jusqu'au bout en sachant qu'il sera raté. Le conseil annonce des dialogues raides, un milieu qui flotte, une fin expédiée, puis renvoie la qualité aux versions suivantes. Ta scène de marché tient en quatre lignes plates et tu passes quand même au chapitre d'après.

En anglais, la formule est plus crue : « The first draft of anything is shit. » Elle porte le nom d'Hemingway et ne figure dans aucun texte qu'il a publié. Arnold Samuelson, qui a travaillé sur son bateau en 1934, la rapporte dans ses souvenirs, With Hemingway: A Year in Key West and Cuba, parus en 1984, après la mort des deux hommes. Anne Lamott intitule « Shitty First Drafts » un chapitre de Bird by Bird (1994).

Pourquoi on te le répète

Un romancier boucle son chapitre douze en sachant que le dialogue central sonne faux, puis il ouvre le treize. Dans deux mois, il aura une conversation boiteuse à réparer. S'il avait attendu la bonne réplique, il en serait encore au chapitre douze, devant un écran vide. Une page ratée donne une prise à la réécriture, ce qu'une page blanche ne fait jamais. Le conseil retire au brouillon l'obligation d'être bon. Anne Lamott s'en sert ainsi : « All good writers write them. » Tous les bons écrivains passent par des brouillons exécrables, assure-t-elle, pour arriver à de bons deuxièmes jets.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

La page s'arrête au milieu d'une phrase. Au-dessus, six paragraphes portent chacun la même note entre parenthèses, « mauvais ». L'auteur·ice a pris le conseil pour un verdict à rendre pendant l'écriture, ligne après ligne. Je pense, au contraire, qu'il faut parfois la naïveté de se trouver génial sur le coup, puis l'honnêteté de se dire après que ça ne l'était pas tant que ça. Sans cette naïveté, on reste bloqué dans une boucle de perfection. Le septième paragraphe n'a toujours pas de point final.

Un premier jet est toujours mauvais, et tant mieux. C'est presque une évidence, et je trouve la phrase très rassurante : si ton brouillon était bon, il s'appellerait version finale, prête à publier. Le rendre meilleur, c'est le travail d'après. Les miens passent par une réécriture, une bêta-lecture, puis une deuxième réécriture. Ça ne m'empêche pas d'être content quand j'en termine un, avec l'impression d'avoir dit ce que je voulais dire. Alors oui, c'est un S, à tartiner partout, sans aucune parcimonie. Je te le donnerais même sous une autre forme : fais en sorte que ton premier jet soit mauvais, ça voudra dire qu'il est terminé.

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Un contre-exemple

Le Joueur (1866) a été dicté en moins d'un mois. Un contrat obligeait Dostoïevski à remettre un roman à l'éditeur Stellovski avant le 1er novembre 1866, faute de quoi celui-ci pouvait publier ses œuvres pendant neuf ans sans rien lui verser. Il le dicte à une sténographe, Anna Snitkina, puis le remet à temps.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

SEt paf, ça fait des Chocapic
Et toi, tu le classes où ?

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