Conseil d'écriture
Ne montre ton premier jet à personne
Un avis donné sur deux chapitres pèse parfois sur les vingt qui restent à écrire.
Ce que dit le conseil
D'où vient ce conseil
« Write with the door closed, rewrite with the door open. » figure dans On Writing de Stephen King (2000), qui la rapporte comme un mot de John Gould, rédacteur en chef du Lisbon Enterprise, le journal où il a écrit ses premiers articles quand il était lycéen.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
L'envie de faire lire ton chapitre un à quelqu'un arrive tôt, parfois dès la dixième page. Le conseil te fait attendre : tant que ton brouillon n'est pas terminé, il reste entre toi et toi. Ton groupe d'écriture se réunit ce soir, tu écoutes les textes des autres et tes pages ne sortent pas du sac.
John Gould, rédacteur en chef du Lisbon Enterprise, l'a dit au lycéen Stephen King, qui débutait dans son journal : « Write with the door closed, rewrite with the door open. » Écris la porte fermée, réécris la porte ouverte. Devenu romancier, l'élève rapporte le mot dans On Writing (2000). La phrase compte deux temps. Le « à personne » qu'on lui ajoute la durcit, puisque la porte se rouvre dès la réécriture.
Pourquoi on te le répète
Ta meilleure amie lit ton chapitre quatre à sa pause de midi. Elle t'écrit : « J'adore, mais pourquoi il part sans dire au revoir à sa mère ? » Tu comptais répondre au chapitre vingt. Le soir, tu rouvres le quatre pour y ajouter des adieux, puis le cinq, qui ne suit plus. Une remarque sur un texte inachevé porte sur une moitié d'histoire et pèse sur la suite entière. La porte fermée te laisse le temps de savoir ce que raconte ton livre avant qu'un regard bienveillant le décide à ta place.
Et dans la vraie vie
Comment ce conseil peut mal tourner
La première fois que j'ai envoyé un texte à ma sœur, j'étais mort de trouille. Je ne prenais pourtant aucun risque : même devant un texte nul, elle ne me l'aurait pas dit. Je pense que la première relecture par quelqu'un d'autre est la plus dure, au point que cet envoi m'a demandé deux ans et demi. Pendant tout ce temps, ma porte restait fermée par peur, alors que de l'extérieur j'avais l'air de suivre le conseil. Une fois ce cap passé, mes textes sont partis par mail sans que j'y réfléchisse.
Le regard des autres pendant un premier jet, je l'ai testé : sur Twitch, j'ai tenu trois jours à écrire en direct celui de mon tome 3. La caméra allumée bridait complètement ma créativité, même si d'autres y trouveraient peut-être un élan. Je ne mets donc ce conseil qu'en A, puisque garder son brouillon pour soi ne vaut pas pour tout le monde. Ce que je conseille toujours, c'est une réécriture personnelle avant de montrer ton texte. Pour un premier livre, je te dirais de suivre les étapes : ton jet, ta relecture, sans rien corriger, puis ta réécriture, et seulement après tu fais lire. Entre-temps, tu as lissé toute la cohérence et travaillé ta posture d'auteur·ice. Du coup, tu arrives devant les autres avec une version où tu es confiant·e.
Un contre-exemple
D'où vient cette anecdote
Les Mystères de Paris d'Eugène Sue paraît en feuilleton dans le Journal des débats du 19 juin 1842 au 15 octobre 1843 ; pendant la parution, l'auteur reçoit des milliers de lettres d'inconnus, et des lecteurs lui proposent leurs propres scénarios.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
Eugène Sue fait paraître Les Mystères de Paris par épisodes dans le Journal des débats, du 19 juin 1842 au 15 octobre 1843. Le roman est encore en cours de rédaction quand des milliers de lettres d'inconnus parviennent à son auteur. Certains lecteurs lui proposent leurs propres scénarios.
Donc y'a pas de solution miracle.
Mon verdict dans la tier list
Pour continuer
L'atelier offert
La peur d'être lu·e a une histoire, qu'on retrace avec toi avant ton premier envoi.
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