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Pochette de l'épisode 52 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 52AVEC INVITÉ1 OCTOBRE 202568 MIN

Discussion avec Thibault Lafargue

Clarté · Rythmestructure
00:001:08:03

FACE A — LES 28 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Comment tu sais que tu tiens enfin ton personnage principal ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Thibault Lafargue a mis vingt ans à répondre à cette question. L'idée du Bouffon de la couronne lui vient à treize ans, en refaisant ses lacets avant d'aller au restaurant. Suivent six à huit versions du livre, dont une qui faisait 1500 pages pour le seul tome 1. Son héros, pendant tout ce temps, était un pêcheur. Un archétype de fantasy, comme il le dit lui-même, cliché au possible.

Dans le même manuscrit vivait un bouffon, personnage secondaire, qui grossissait à chaque réécriture. Le jour où il fusionne les deux, tout se débloque. Son héros devient quelqu'un qui n'est pas bouffon et qui devra le devenir pour garder sa tête sur ses épaules.

Le signe qui ne trompe pas arrive juste après. En racontant ce pitch autour de lui, il voit les visages s'allumer. Ce que je trouve précieux là-dedans, c'est que la réponse était déjà dans son texte depuis des années, cachée dans un second rôle. Elle attendait qu'il regarde au bon endroit.

Dans cet épisode, on parle aussi des 48 secondes de dédicace avec Robin Hobb qui l'ont décidé à tout reprendre à zéro, de sa méthode de bêta-lecture chapitre par chapitre, et de la raison pour laquelle les rois avaient besoin de quelqu'un pour se moquer d'eux.

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Le bouffon, la couronne et le rire

Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 52e épisode d'Ose Écrire. Et aujourd'hui, je reçois Thibaut, auteur du Bouffon de la Couronne aux éditions ActuSF. Et on parle de son univers, de liberté créative et de structure. On parle de la place du rire dans l'humanité et la littérature, mais aussi de passion d'enfant et de bêta lecture. Sur ce, je vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à bientôt. Moi, c'est Sam Ybelion de Mon Nom de Plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple. Te donner inspiration, outils, motivation, discipline. Bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre. Ose Écrire. Et du coup, j'ai vu que tu étais dans le cinéma aussi. C'est trop cool. Ça m'a amené plein de questions. Je fais un bref partage. À l'époque, quand je découvre le livre qui est sorti en même temps que toi, c'est La Rose et le Serpent de Julie. Je me rappelle que vos deux livres m'avaient intrigué. Mais je ne pouvais pas lire les deux à l'époque. Donc, j'en avais choisi un. Moi, ce qui m'avait beaucoup interpellé dans le bouffon, c'est ce qu'il représente dans l'imaginaire. Tout de suite, je pense au Joker ou au fou dans La Sainte-Royale. Complètement. C'est toujours des personnages que je trouve assez intriguants. Du coup, j'avais été intrigué par ton livre. Ensuite, d'ailleurs, grâce à Julie, on l'embrasse, qui nous a mis en contact.

Un livre découvert grâce à Julie

Thibault Lafargue — Tu me suis dit...

Ybelion — Mais oui, on m'a envoyé un message. C'est adorable. Oui, c'est ça qui est trop cool. Et du coup, j'ai mis ton livre dans... Dans la liseuse, j'ai vu ça. Dans la liseuse.

Thibault Lafargue — Oui, ça m'a fait plaisir. J'ai vu ça.

Ybelion — Voilà. Je pars en vacances bientôt. Ah, tu te sens décalé. Oui, oui. Tu as raison. Exactement. J'en profite. En vrai, comme ça, c'est un peu plus peinard. Et donc, j'ai trop hâte. Et donc, je suis allé sur le site d'ActuSF juste avant. Et j'avais pas lu la quatrième de couverture. Ça m'a encore plus intrigué. Ton univers... Et j'aime beaucoup le mot de tierlangue que tu as inventé. Pour parler du bouffon. Qui sera très à propos, tu verras. Ouais, bah ouais. J'ai l'impression, tu vois, en lisant la quatrième de couverture. Et puis, la petite phrase que tu as mis de Victor Hugo au début du livre. Que l'humour, justement, va avoir un espèce de point central. Peut-être pas forcément classique, entre guillemets. Et je suis assez curieux. Je suis assez curieux de découvrir tout ça.

Thibault Lafargue — Trop bien. En tout cas, tu verras que c'est pas pour autant un roman humoristique, tu vois. C'est pas une comédie, comme on dit. Ça n'empêche pas qu'il y aura des percées d'humour. Mais ça me plaisait vraiment de le traiter de manière très réaliste. Enfin, très sombre aussi. Parce que c'est pas très drôle d'être dans les bottes de celui qui doit faire rire.

Ybelion — Ouais, exactement. Ah, c'est trop cool. Franchement, j'ai trop hâte, du coup. Ça m'a bien motivé. Bien motivé. Et c'est une... Tu m'as dit, du coup, que c'était passé en trilogie. Ouais. Le bouffon. Et c'est un livre que t'as commencé à imaginer il y a longtemps ou pas ?

« Mon héros n'est ni chevalier, ni magicien »

Vingt ans pour écrire ce roman

Thibault Lafargue — Oui, j'ai commencé à l'imaginer à l'âge de 13 ans. Donc, tu vois, j'en ai 32 aujourd'hui. Ça fait 19 ans. Enfin, on va dire 20 ans, pour arrondir. Mais attention, à 13 ans, il n'y avait pas du tout l'univers du bouffon. C'était très, très éloigné de ce qu'on a aujourd'hui. La seule chose qu'on avait en commun, c'était finalement le nom du personnage principal, Sébrun, qui est resté, et la volonté d'écrire une histoire médiévale fantastique, en quelque sorte. Mais je pense que les similitudes s'arrêtent là, puisque j'ai recommencé, recommencé. Et plus je grandissais, plus je mûrissais, plus je repartais à zéro, avec toujours la même envie. Mais je pense que je me cherchais un petit peu. Donc, j'ouvrais des portes, c'était pas les bonnes, je les refermais. Et c'est très tardivement, finalement, par rapport à toutes ces années de travail, ça a été sur le tard que j'ai trouvé la figure du bouffon. Où j'ai compris que mon personnage principal devait être un bouffon. Et à partir de là, ça a tout déverrouillé. Et ça s'est arrivé lors de la dernière mouture. Donc, en tant que tel, le roman qui est paru là en librairie, j'ai dû mettre un an, un an et demi à l'écrire environ, sans compter le retravaille derrière. Mais fort de ces 19 années qui l'ont précédé juste avant.

Ybelion — Putain, c'est fou. C'est beau de voir les idées d'adolescence qui, finalement, prennent vraiment vie.

Thibault Lafargue — Ouais, franchement, on peut le dire. Je le réalise pas encore tout à fait, mais c'est un vrai rêve. J'allais dire d'adolescent, mais j'ai l'impression que nos premiers rêves, ils commencent à l'adolescence. Enfin, on les conscientise vraiment à l'adolescence. Même si c'est vrai que dès qu'on est enfant, on peut aussi en avoir. Mais ouais, moi, je voulais à tout prix raconter. Alors, est-ce que je savais déjà que c'était cette histoire ? Je sais pas. Mais en tout cas, j'avais une folle envie. Mais comme souvent, quand je touche à une passion, que ce soit la littérature, j'aime les livres. Du coup, j'ai envie d'en écrire un. J'aime les films. Du coup, j'ai envie de faire des films. Donc souvent, j'ai une boulimie de la passion et j'ai du mal à me cantonner au rôle de ou lecteur ou spectateur. Ça me suffit pas. Du coup, j'ai besoin en parallèle de le pratiquer.

Ybelion — Ah, je comprends. Et est-ce que tu te rappelles à 13 ans, quand tu commences à conscientiser le rêve et l'idée ? Tu te rappelles du déclencheur ? Ou pas le... Ouais.

Harry Potter, Tolkien et la page 50

Thibault Lafargue — Ouais, oui, oui. Alors déjà, par rapport à beaucoup de lecteurs, je pense que j'ai été un lecteur assez tardif. Enfin, tardif avec des guillemets. Mais j'ai dû commencer à vraiment lire vers l'âge de 11 ans. Pas avant. Avant, je pense que j'étais plutôt la bande dessinée pour enfants, peut-être des très courtes histoires et encore. Donc c'est vraiment à 11 ans pour tomber dans le cliché, mais je l'assume complètement parce que c'est une superbe porte d'ouverture à la lecture. C'est Harry Potter, le premier tome. Bien sûr. Qui me paraissait être la Bible à l'époque, alors qu'aujourd'hui, on est capable de lire en deux jours. Mais à l'époque, je vois ça. Je me dis, mais c'est pas possible. Il n'y a pas d'image. C'est tellement... C'est la Bible. J'avais le sentiment. Et donc je l'ai lu, je suis tombé dedans. Et ensuite, je me suis dit, qu'est-ce que je pourrais essayer de lire ? Ah, forcément, tout le monde en était... On devait être quoi ? Ouais, ça devait être dans les années 2000. Donc, même pas... Ouais, à peine. Et on parlait beaucoup du Seigneur des Anneaux, déjà, qui allait être adapté. Donc je me suis dit, ah bah super, je vais commencer le Seigneur des Anneaux. Alors j'aimerais beaucoup te dire que je fais partie de ces gens qui, à 11 ou 12 ans, se sont dit, oh, le Seigneur des Anneaux, c'est parfait pour moi. Je me suis régalé, je l'ai dévoré. Malheureusement, non. Je l'ai lu, j'ai abandonné tragiquement la page 50. Je t'ai rejoint. Voilà, j'étais... Je me suis rattrapé depuis, attention, j'espère. Mais par contre, à l'époque, j'étais perdu. Je prenais pas de plaisir. Je m'infligeais le livre. Et c'est la pire façon de découvrir un roman. Du coup, je l'ai mis de côté. Mais l'ironie, j'aimais l'objet livre. C'était Folio Junior, je crois qu'il faisait ça. Tu vois, les couvertures très cultes. Et j'aimais l'odeur du livre. J'aimais tout dans le livre, mais pas encore l'histoire qu'il y avait dedans. Enfin, pas la manière dont elle était racontée. Et du coup, je pouvais pas m'empêcher. Je me souviens, à 13 ans, sans doute que je lisais d'autres choses à côté. Mais j'avais toujours ce livre sur mon bureau. Je le feuilletais, je lisais l'ouverture, je refermais. Et je pense que j'avais l'amour du livre. J'avais l'amour symbolique du Seigneur des Anneaux que j'avais découvert en film, dessin animé qui avait été fait dans les années 70. Mais j'avais pas encore l'amour, comme je t'ai dit, de ce texte-là. Mais ça vient de là, je crois, vraiment mon envie. Ça vient du Seigneur des Anneaux. C'est absurde, c'est Harry Potter que j'ai aimé. C'est le Seigneur des Anneaux devant lequel j'ai rendu les armes. Mais clairement, je me disais, en voyant le Seigneur des Anneaux, j'ai envie d'écrire un livre. J'ai envie d'écrire un livre à la manière du Seigneur des Anneaux, entre guillemets. Et du coup, c'est en allant au restaurant, je me souviens, j'avais 13 ans typiquement, et on allait au restaurant de nuit et je refais mes lacets. D'ailleurs, c'est ce que j'ai mentionné dans les remerciements du livre. J'ai cité cette scène, je sais pas pourquoi. Et en refaisant mes lacets, j'ai eu une image qui m'est venue. Et c'était la première image qui allait constituer plus tard l'univers du Bouffon de la Couronne. Même si à l'époque, ça s'appelait Ni le Bouffon, c'était très éloigné de tout ce que je pouvais imaginer. Mais ça a été mon phare dans la nuit. Une seule image que j'ai gardée en tête, gardée en tête, gardée en tête, et aujourd'hui, finalement, elle apparaîtra pas telle qu'elle dans le livre. Mais quelque part, on a un écho de cette image dans le roman. Donc voilà comment ça s'est fait. Et petite parenthèse sur le Seigneur des Anneaux, je me suis bien attrapé depuis puisque c'est devenu vraiment un livre de chevet aujourd'hui que j'ai dû lire une dizaine de fois et que je ne me lasse pas de lire, mais il a fallu vraiment plus de maturité chez moi. Je pense que c'est vers la vingtaine que j'ai vraiment apprécié les mots de Tolkien.

L'image qui lui vient en refaisant ses lacets

Ybelion — C'est hyper touchant, le partage que tu fais sur l'image qui t'a suivi toute ta vie. C'est comme une sorte de manifestation. Et quelque part, quand tu y penses tout le temps, c'est à un moment, ça finit par arriver.

L'inspiration n'est pas une muse

Thibault Lafargue — Et c'est marrant parce que, on en reviendra peut-être plus tard, en discuter de ça, mais il y a différentes manières de travailler. Tu le sais aussi, toi qui écris. Il y a différentes manières d'écrire et d'être inspiré en quelque sorte. Et pourtant, je ne fais pas du tout partie de ceux qui ont, entre guillemets, ou une muse, ou qui attendent l'inspiration. Mais alors, pas du tout. J'ai tendance à être aux antipodes de ça. Mais alors, pour cette image, je ne sais pas pourquoi cette image-là, mais en tout cas, elle est arrivée. C'est la seule fois où j'ai eu une manifestation littéraire, on va dire.

Ybelion — Je trouve que les deux se complètent assez bien. tu vois, tu as toujours des images très marquantes qui peuvent te suivre. Et au-delà de ça, je pense que le mythe de l'écrivain un peu génial qui n'écrit que parce qu'il est frappé par l'inspiration, par salve, un peu de pulsion, comme ça, c'est un peu un mythe, à mon sens. Et il y en a certains qui sont comme ça, évidemment. Il ne faut pas faire de généralité. mais on est beaucoup plus à construire aussi notre écriture, à construire nos univers et à construire nos histoires, tout simplement. Et puis ça découle... Pardon, excuse-moi, vas-y. Non, vas-y. J'allais rebondir sur autre chose.

Thibault Lafargue — Je voulais rebondir sur ce que tu disais, mais ça découle aussi d'une tradition qui voulait, dans les siècles passés, que l'artiste était un peu le réceptacle divin. D'où l'inspiration divine et que finalement, il n'était pas tant, je vais dire, propriétaire de son propre talent, mais il était le stylo, en fait. Il n'était pas la main. Et c'est vrai qu'on a peu à peu déconstruit ça quand même avec les années et les siècles et on a gardé parfois cette idée d'inspiration. Alors attention, certains la vivent comme ça, mais effectivement, elle est plus complexe que ça, je pense. C'est un mélange de travail, c'est un mélange de réflexion, c'est un mélange aussi d'ouverture sur soi et sur ce qui nous entoure. Et là, tout d'un coup, on peut avoir ce mélange qu'on appelle, je pense, inspiration.

Ybelion — Exactement. C'est de la curiosité et en fait, c'est en ce sens là, que pour moi, elle se travaille, cette inspiration, cette créativité, parce qu'en fait, en s'ouvrant à tout ce qui apparaît autour de nous, que ce soit les gens, les discussions, les livres, n'importe quoi, un graffiti sur un mur, un chien qui passe, bref, n'importe quoi. En fait, c'est en s'interrogeant sur pourquoi ça nous touche, qu'est-ce que ça nous fait ressentir, etc. Et tout ça, ce canalise en nous, et puis à la fin, tu le ressors. Et récemment, j'avais entendu le mot de passeur d'histoire pour les gens qui les écrivains, les artistes. J'aime beaucoup ce mot. Je trouve ça décrit un peu quand même ce côté, on est un réceptacle de tout ce qui nous arrive, et puis on en ressort juste, nous, le mélange qu'on en fait. J'aime beaucoup ce truc-là. et Tolkien, je suis d'accord avec toi, moi, je n'ai pas lu les livres petits vraiment. J'ai eu beaucoup de mal ensuite parce que, un peu moins sensible au côté descriptif qu'avait Tolkien. Et tu vois, tout récemment, grâce au livre qu'a sorti ActuSF, justement sur le guide de Tolkien, j'ai eu un autre regard sur ce qui était Tolkien. J'ai eu, tu vois, par exemple, sa sensibilité à la nature qu'on retrouve beaucoup dans les descriptions. Et en fait, j'ai pris un nouveau plaisir à le découvrir et à le lire. Et effectivement, malgré tout ça, tu as quand même, ce livre dégage une espèce d'aura de grandeur, de... c'est un peu mystique.

Thibault Lafargue — Exactement. Et c'est pour ça que j'aime autant ce livre, c'est qu'à chaque fois que je m'y plonge, j'insiste sur ce livre puisqu'à la base, la trilogie était un seul grand livre, à chaque fois que je m'y plonge, mais je suis hors temps. Et j'ai l'impression vraiment de plonger dans un univers qui a existé, voisin d'une autre, mais comme jamais j'ai retrouvé ça dans aucun autre livre. Donc, et ça vaut pour les deux traductions, que je trouve d'ailleurs la nouvelle très intéressante. J'ai eu beaucoup de mal au début à me lancer un peu trop, comment dire, sur mon avis, j'aimais beaucoup ce qu'avait fait le doux, le côté un peu 19e siècle de l'écriture du Seigneur des Anneaux, qui n'est pas très Tolkien finalement. Et j'ai trouvé qu'elle ne perdait rien en poésie, la nouvelle traduction au contraire. Elle est d'une fluidité, d'une douceur aussi. Donc, c'était une façon pour moi de le redécouvrir.

Tolkien : construire un monde sans oublier l'histoire

Ybelion — Tout à fait. Je fais une parenthèse à chaque fois que je parle de Tolkien parce qu'il a créé un univers immense. Et quand on le découvre, tout de suite, ce qui nous... Enfin, en tout cas, parfois, on est appelé par se dire « Ok, moi aussi, je vais créer un univers immense avec tout ce que j'ai envie de raconter. » Et Tolkien a quand même fait quelque chose d'exceptionnel, c'est qu'en fait, il a construit son univers tout au long de sa vie, mais ça ne l'a pas empêché d'écrire des histoires. Et je fais toujours ce rappel de dire construire son univers, c'est bien, mais n'oubliez pas que ce dont vous rêvez, c'est d'écrire des histoires et de raconter des histoires dans cet univers. Donc, faites les deux. Voilà. Chaque fois, je le rappelle parce que Tolkien, finalement, s'il avait attendu de construire son univers en entier pour écrire des histoires, on n'aurait jamais eu « Seigneur des Anneaux ». Et on n'aurait jamais eu, d'ailleurs,

Thibault Lafargue — et on n'a jamais eu officiellement le Silmarillion avec lui puisqu'il a fallu attendre son fils, sinon c'était resté au stade inachevé.

Ybelion — Exactement. Donc voilà, ne visons pas la perfection d'un univers pour le partager. Exactement. Et donc, dans ton cheminement, donc 13 ans, la première image qui est marquée, tu m'as dit que du coup, tu avais beaucoup d'itération. Qu'est-ce qui te fait à un moment de dire, en fait, ok, c'est le bouffon qui doit être le personnage principal et c'est sous cet angle-là que j'ai envie de le raconter ?

L'École de la Cité et les 1500 pages abandonnées

Thibault Lafargue — Je pense que ça a été mes études en scénario. Donc, j'ai fait l'école de la cité quand j'avais la vingtaine. On dirait que je suis un vieux maintenant. Il n'y a pas si longtemps, il n'y a pas si longtemps. Je l'ai fait il n'y a pas si longtemps. C'était hier, on va dire. Et en gros, j'ai fait la formation scénariste à l'école de la cité qui avait été fondée par Luc Besson. Et forcément, au cours de ces deux ans, j'avais appris beaucoup de choses passionnantes sur la manière d'écrire des personnages, sur construire une intrigue, garder le spectateur en haleine, etc. Et j'avais mis de côté, faute de temps, mon roman, qui devait être déjà la moitié du tome 2. En plus, c'était d'une longueur mais interminable. À côté, ce que tu as entre les mains, c'est une nouvelle. C'est-à-dire que la précédente version, papier, le tome 1, devait faire 1500 pages minimum. Le tome 2, je devais être à la page 900. C'était délirant mais on ne s'en rend pas forcément compte quand on écrit puisqu'on n'a pas le formatage papier finalement. On écrit sur Word ou sur Open Office et du coup, les pages, elles grimpent vite. Donc, pourquoi je te raconte ça ? Oui, d'où c'est venu le bouffon. N'ayant plus le temps de travailler sur mon roman, je m'étais dit tant pis. Écoute, j'ai mis un pied dans le cinéma, je me régale. Je faisais un peu l'autruche mais je faisais l'autruche pas tant parce que le temps me manquait que parce que j'avais peur de me confronter à cette ancienne version dont je savais qu'il fallait revoir à peu près tout. Le début n'allait pas, les personnages n'étaient pas construits comme il fallait. Donc, en fait, ça me faisait peur parce que je me rendais compte de la somme de travail que j'avais mis dedans et je me suis dit non, allez, tant pis. Donc, deux ans, ça a été deux ans d'abstinence d'écriture, en tout cas romanesque et il a fallu que j'assiste à un salon du livre à Paris auquel était invité Robin Hobb que tu dois très bien connaître aussi du moins ses écrits et comme toi, moi je suis un fan inconditionnel de l'Assassin Royal auquel je rends d'ailleurs hommage dans les remerciements et quand elle est là, j'assiste à sa masterclass que je trouve passionnante et j'en profite à la toute fin pour faire la queue et me faire dédicacer un exemplaire alors à l'époque, je crois que c'était les aventuriers de la mer et j'ai la chance d'échanger avec elle pendant environ 48 secondes je pense on est peut-être monté une minute mais j'en suis pas du tout sûr mais ça m'a suffi pour en sortant de là me dire ok très bien Thibaut, t'as autant envie de faire du cinéma que d'écrire des livres recommence tout à zéro du coup j'ai recommencé tout à zéro mais je savais que j'avais un gros problème c'est que mon personnage principal était cliché au possible c'était l'équivalent du fermier entre guillemets donc c'est vraiment l'archétype de fantasy depuis toujours donc j'avais besoin de lui trouver une couleur et il se trouve que dans la précédente version que j'avais abandonné du coup j'avais quand même un personnage de bouffon mais qui était secondaire il prenait plus d'importance au fur et à mesure du récit et je me suis dit ah bah voilà mon problème j'ai un personnage principal dont je me fiche maintenant et j'ai un personnage secondaire qui prend de plus en plus de place et si je faisais en sorte de mélanger les deux alors j'ai pas tant à garder le côté fermier mais de me dire c'est un personnage qui n'est pas bouffon et qui par la force des choses va devoir le devenir et c'est ça qui m'a tout décoincé je me souviens vraiment même j'en parlais autour de moi je lui dis ah tiens c'est l'histoire d'un tel qui devient bouffon et qui sera contraint de faire rire s'il veut garder sa tête sur ses épaules et je sentais que en tout cas dans la manière de le raconter les gens étaient interpellés et là je me suis dit ok je crois que je tiens mon héros c'est pas un chevalier c'est pas un mercenaire c'est pas un magicien c'est un bouffon merci Robin Hobb merci le fou à moi de créer mon propre univers

48 secondes de dédicace avec Robin Hobb

Ybelion — c'est trop intéressant ce que tu racontes merci beaucoup pour ce partage il y a un truc qui me marque et tu me diras si ça résonne un peu ou pas c'est vrai que assez naturellement on va vers des histoires plutôt classiques c'est à dire comme t'as dit le fermier qui en fait a des pouvoirs et puis devient roi de la terre quoi et quelque part c'est une manière aussi quand t'es adolescent de vivre ta propre histoire de fantasy parce que nous en étant à l'école au collège etc on est un peu lambda entre guillemets et je trouve que ce détachement t'as réussi cette prise de hauteur que t'as réussi à prendre en se disant ok mais en fait ce personnage là est pas fondamentalement intéressant je trouve que c'est aussi c'est très beau parce que c'est réussir aussi à déconstruire tout notre imaginaire et tout ce truc de dire en fait peut-être que ça va pas être totalement mon histoire l'histoire de moi qui a envie de vivre dans un monde de fantasy et bravo pour avoir réussi à passer ce enfin avoir cette prise de conscience et de dire ok en fait mon personnage intéressant c'est celui-là et du coup cet alignement aussi effectivement quand tu le racontes aux gens après ils le ressentent et tout de suite ça leur parle beaucoup plus

Thibault Lafargue — et je pense que c'est la différence entre l'adolescent que j'étais et l'adulte que j'étais devenu parce que ce jeune il était vraiment fermier je crois enfin non il était pêcheur c'est tout comme j'ai rien contre les pêcheurs d'ailleurs mais ce qui ce qui m'a frappé c'est c'était le rêve de l'adolescent en fait d'avoir ce stéréotype de personnages classiques dont on a l'habitude de voir les aventures que ce soit dans des dans des romans comme la roue du temps que ce soit éragone que ce soit tout ce qui a pu bercer notre adolescence mais ouais avec le recul on se dit bon qu'est-ce que je peux raconter et la seule chose dont j'étais sûr c'est que je voulais garder le côté roman initiatique donc je voulais surtout pas commencer avec un personnage qui était déjà bouffon la porte d'entrée du novice m'intéressait toujours autant donc c'était voilà une sorte de compromis

Ybelion — c'est trop intéressant c'est trop intéressant parce qu'effectivement souvent enfin en tout cas les deux exemples que j'ai cités Joker ou le fou dans Assassin Royale le sont déjà quoi quelque part donc mais justement

Comment devient-on bouffon ?

Thibault Lafargue — c'est ça ce qui m'a aussi motivé à aller dans cette direction ça a été le fou dans Assassin Royale est déjà fou on connait alors moi j'avais aussi quelques au cours de mes recherches des romans d'Alexandre Dumas qui traitait du bouffon que ce soit La Dame de Montsoro ou Les 45 bon là on est plus dans un bouffon de renaissance avec Chico mais c'était intéressant on a aussi Victor Hugo qui l'a traité dans Le Roi s'amuse c'est une pièce de théâtre sur Triboulet mais à chaque fois le bouffon est déjà bouffon et j'avais envie de comprendre quel était son entraînement parce que finalement la fantaisie c'est quoi l'un des pans de la fantaisie c'est quand même nous montrer l'entraînement du personnage que ce soit un guerrier que ce soit un magicien très bien il est bouffon mais comment on devient bouffon et donc j'ai dû mettre de côté cette fois la fiction pour vraiment plonger dans des écrits plus historiques dans des essais dans beaucoup de documentations qui étaient difficiles à trouver pour comprendre en fait les tenants les abusissants de ce métier en quoi ça consistait qui lui apprenait ça est-ce qu'il y avait qu'une seule manière qui était les bouffons artificiels les bouffons naturels enfin il y a tout un univers caché qui s'est ouvert à moi à ce moment

Ybelion — putain c'est génial ça donne envie de découvrir du coup c'est j'imagine que t'as que t'as rec fin c'est aussi ce qu'on va ce qu'on découvre ce qu'on découvre dans ton livre et oui

Thibault Lafargue — oui complètement même si je me suis forcément permis le petit pas de côté on va dire de fiction fantasy mais j'ai essayé d'être le plus proche et ça vaut pour beaucoup d'aspects du roman d'être le plus proche de la vérité et après de se permettre notre touche de fantasy

Ybelion — trop bien trop bien et c'est ce cette version au moment donc que tu décides que le bouffon devient le bouffon le personnage principal donc t'as du coup finalement un texte qui est déjà énorme tu gardes la structure de l'histoire ou tu changes vraiment quasiment tout tu gardes l'univers

Tout jeter, ne garder que trois personnages

Thibault Lafargue — pour le bien de la littérature j'ai tout changé j'ai vraiment tout changé rien n'allait enfin quand je dis rien n'allait c'était interminable les points clés on va dire les points de structure de base ne fonctionnaient pas alors on pourra toujours me dire oui mais certains fonctionnent sans point de structure et tant mieux pour eux je les admire vraiment mais la structure c'est pas tant pour être mathématicien que pour empêcher le lecteur de fermer le livre c'est pas pour rien qu'on a inventé enfin qu'on a créé la structure et d'ailleurs qui découle beaucoup aussi du cinéma aujourd'hui de la manière de le faire c'est que je sais très bien que structuré comme il était mais j'allais perdre mon lectorat très rapidement donc j'ai vraiment en refondre complète refondre complète je crois que j'ai gardé j'ai dû garder trois personnages trois personnages et tout le reste est passé à la trappe

Ybelion — ok trop intéressant est-ce que t'as dit sur la construction des histoires est très intéressante parce que effectivement il y a des structures classiques qui fonctionnent très bien l'analogie avec le cinéma les bouquins de Treby font très bien la liaison entre les deux et il y a quelque chose qui m'a interpellé dans ce que t'as dit c'est que en fait en apprenant toutes ces structures là tu t'es rendu compte que ton livre en manquait et quelque part oui effectivement il y a des gens qui vont réussir à fonctionner sans structure qui vont finalement contourner toutes ces règles là mais à mon sens le point commun de tous ces gens là c'est qu'ils ont conscience des règles pour jouer avec et c'est toujours ça en fait qui est intéressant c'est bien d'avoir les codes de se renseigner sur les codes et ça passe pas forcément par le fait de bûcher ou de lire des bouquins de comment construire des histoires etc parfois simplement par le fait de lire des histoires en fait inconsciemment on développe et on comprend ces tropes ces structures etc et une fois que t'as ça en tête bah là tu comprends en fait pourquoi ces trucs là existent et comment et aussi si t'as envie de les détourner quoi et donc ouais ce travail de faire les choses en conscience il est important pour justement explorer après la créativité et rajouter ta touche parce qu'à la fin c'est toujours ça tu vois la littérature l'art etc n'est qu'un finalement une suite de gens qui à un moment disent non mais en fait on a toujours fait comme ça mais moi je m'en fous quoi c'est un guide

Thibault Lafargue — c'est un bon guide la structure au début faut pas en être prisonnier encore moins en littérature c'est encore autre chose dans le cinéma mais en littérature faut pas en être prisonnier mais ça nous aide aussi à avancer moi j'aime beaucoup me fier à ma structure dans la phase de préparation de l'histoire quand je rédige le synopsis quand je fais un peu mes tirés de structure mon séquencier mais finalement quand je suis dans l'écriture même là j'y pense plus à la structure et si finalement je dois rajouter tel événement tel incident la décision du personnage finalement au lieu de prendre A il prend B et bien tant mieux là ça devient organique c'est génial mais pour créer de l'organique moi j'ai besoin de structure avant

Structure d'abord, organique ensuite

Ybelion — c'est le juste milieu entre quel niveau d'organisation et quelle place tu laisses à l'instinct et en parlant d'instinct qu'est-ce que justement toi dans ton écriture quelle place il tient ce côté un peu je me laisse posséder par ma plume elle m'emporte

Thibault Lafargue — bonne question je réfléchis en même temps c'est pour ça que j'essaie de gagner du temps t'inquiète ça n'est pas ce problème prends ton temps je pense que comme je t'ai dit dans la phase de préparation du roman c'est je veux dire c'est pas très excitant à voir parce qu'en fait c'est beaucoup de réflexion c'est beaucoup de tentatives tiens il se passe ça non ça fonctionne pas toujours partir du personnage en fait et après ça fait comme des cercles sur un lac tu vois quand tu jettes une pierre tu pars de ton personnage principal de la thématique qui va avec et t'élargis si le personnage est comme ça ok bah je vais créer une religion autour de lui qui est l'inverse de ce qu'il est comme ça crée du conflit donc lui il est censé faire rire très bien la religion sera la tristesse et de couche en couche j'en viens à créer mes autres personnages aussi tiens lui représente ça bah je vais mettre quelqu'un qui est à la fois une déclinaison de lui et en même temps son opposition donc petit à petit ça c'est dans la phase de préparation quand il s'agit de l'écriture à proprement parler heureusement tout le plaisir et le fait qu'on ne voit pas les heures défiler c'est qu'on se laisse aussi un petit peu aller heureusement mais je te dis c'est fort de la préparation d'avant que j'arrive à me laisser aller mais j'ai toujours dans ma tête je sais très bien que je dois arriver au point B par exemple je ne me dis pas quel sera le point B non je sais que je dois arriver à ce point B et il peut arriver en l'écrivant de me dire mince en fait ce point B il ne fonctionne pas là c'est intéressant aussi je repars en réflexion puis j'ajuste ou des fois j'écris un chapitre et emporté finalement par le clavier je dévie légèrement je ne m'en rends pas compte je fais lire à mon lecteur à mon bêta lecteur et qui me dit oui mais c'est marrant il s'est passé ça c'est pas mal je n'y attendais pas ou l'inverse pourquoi il s'est passé ça il m'arrive des fois de tenter des on va dire des improvisations sous le coup de l'inspiration et finalement je me fais taper sur les doigts aussitôt par le lecteur mon lecteur qui en plus ne savait pas forcément que c'était un provisant il me dit juste ça ne marche pas du tout je me dis mince bon là ça ne marche pas ça peut fonctionner donc quelque part je ne m'interdis jamais d'essayer et on verra ensuite si ça plaît ou pas pour être attentif aussi à ce que les gens en pensent parce que c'est vrai qu'on écrit une histoire pour soi mais on l'écrit aussi pour les autres et on n'a jamais le recul nécessaire sur sa propre histoire

Ybelion — j'aime bien le message que tu passes de s'autoriser à essayer et finalement d'être dans un processus itératif dire ce que tu écris n'est pas gravé dans le marbre et tu pourras toujours le changer c'est très cool dans ton fonctionnement tu as parlé des bêta lecteurs tu fonctionnes plutôt tu écris tout ton texte tu leur passes tu fonctionnes par morceaux peut-être que tu as un fonctionnement qui a évolué aussi peut-être au fil du temps

Faire lire chapitre par chapitre

Thibault Lafargue — non il est resté le même et j'aime beaucoup cette manière de travailler sans doute d'autres l'ont aussi mais moi je fais vraiment lire chapitre par chapitre

Ybelion — c'est intéressant

Thibault Lafargue — c'est pour moi inconcevable de finir le livre et de leur envoyer le pavé sur le bureau en leur disant on se revoit dans deux mois quand on aura tout lu parce qu'il suffit je te prends un exemple chapitre 2 il me fait remarquer je ne sais pas une évidence sur le personnage un détail un défaut qui ne va pas et là je me dis mince ça veut dire que ce défaut là qu'il a remarqué chapitre 2 il va falloir que je corrige ça chapitre 4 chapitre 6 ce défaut il a conduit à une décision qui a pris le personnage qui m'ouvre une ramification d'intrigue chapitre 10 etc et à la fin alors c'est comme ça qu'on fait aussi les histoires mais moi ça me paraît une montagne de travail décourageante donc j'aime beaucoup avancer on va dire à la manière feuilletonnante des auteurs français du 19ème c'est à dire je leur envoie un chapitre à la fois et c'est d'autant plus stimulant que j'ai le sentiment que le texte il est vivant parce que quand je l'écris je ne me dis pas à ce moment là oh là dans deux ans quelqu'un va lire ça non je me dis dans une semaine quelqu'un lit ça

Ybelion — et tout d'un coup

Thibault Lafargue — moi je me sens beaucoup plus proche de mon texte de mes personnages et je suis plus attentif à ce qu'ils disent ça me permet de retravailler dans la foulée alors je ne te cache pas depuis l'annonce de la trilogie dont on parlera tout à l'heure j'imagine depuis l'annonce de la trilogie j'ai dû changer un peu mon fusil d'épaule pour sortir le 2 aussi dans un délai raisonnable et du coup j'ai accéléré ce rythme ce qui fait que c'est toujours chapitre après chapitre que j'envoie en lecture mais je ne reviens plus sur les modifications là je les note dans un coin je mets de côté et j'enchaîne parce que mon but c'était vraiment d'arriver au bout du livre et pour la petite anecdote je comptais le finir hier mais je pense vraisemblablement que je finirai demain le deuxième roman puisqu'il doit me rester vraiment 4 pages je pense vraiment 4 pages à écrire on est vraiment à toute fin donc j'arrive dans cette période de charnière

Ybelion — trop cool je rebondis sur ta méthode de fonctionnement c'est hyper intéressant parce que ça rejoint tu vois moi j'étais assez partisan du tu fais ton premier jet et tu le fais relire tu vois parce que tu avais ce côté je trouve surtout sur les gens qui écrivent leur premier roman de boucle de perfection infinie tu vois où le temps que quelqu'un relise ton premier chapitre t'avances il te fait un retour tu modifies tout et en fait souvent alors de ce que j'ai pu observer parfois les gens commencent à rentrer dans des boucles de correction infinie et ça devient c'est fractal et ça explose et puis après montagne de travail et ça s'arrête tu vois et maintenant à force de travailler avec des auteurs je me rends compte qu'en fait cette vision elle est un peu elle est un peu centrée sur moi parce que c'est mon fonctionnement à moi même si j'ai pu l'observer chez certains et que c'est beaucoup plus intéressant justement de s'interroger sur la méthode dont ont besoin les gens et effectivement certains fonctionneront beaucoup mieux et verront le travail du livre comme moins gigantesque en fonctionnant par petites relectures et donc c'est hyper intéressant

Choisir ses bêta-lecteurs, et pas ses fans

Thibault Lafargue — mais là où tu as raison je me permets et je te rejoins aussi tu vas voir je ménage un peu la chèvre et le chou c'est que ce que tu dis notamment quand tu écris un premier livre si tu es à tes premières pages écrites etc je ne conseille surtout pas cette méthode pourquoi moi je me permets de la faire c'est que je me suis rendu compte déjà avec mon esprit je n'arrivais pas j'aimerais mais je n'arrive pas à continuer une histoire quand je sais que j'ai quelque chose à modifier je suis un peu un obsessionnel là dessus et c'est pareil en cinéma quand je suis sur un montage ou une écriture du scénario avec mon frère parce que j'écris avec mon frère dans le cinéma tout d'un coup on sait qu'on a quelque chose à changer on doit le faire aussitôt en revanche je me suis permis ce mode de fonctionnement chapitre après chapitre qu'à partir du moment où j'avais écrit déjà mais enfin avant j'avais déjà écrit des milliers de pages parce que toutes les versions dont je te parlais les 6 ou 7 qui ont précédé je ne les faisais pas lire chapitre par chapitre ce n'est qu'à peut-être la 8ème ou 7ème je ne sais plus à force version donc j'avais déjà une habitude d'écriture qui peut toujours se peaufiner évidemment mais effectivement si je ne sais pas ce que ça aurait donné si je l'avais fait lors de la toute première mouture je pense que j'aurais été peut-être tout simplement découragé parce qu'ils m'auraient ciblé le style ils m'auraient ciblé le fond les dialogues donc c'est pour ça je te parle vraiment à l'instant T moi c'est devenu ma méthode et je la trouve très efficace pour moi mais effectivement chacun doit trouver la sienne sans compter et je finirai là-dessus sur ce point c'est très important de bien choisir ces bêtes à lecteurs mais c'est d'une importance cruciale et je pense que tu le sais même mieux que moi c'est pas les personnes qui vont nous dire c'est incroyable ce que tu écris non c'est clairement pas il faut vraiment que la personne ait un esprit critique c'est important il ne faut pas non plus qu'elle te démonte parce que tout l'intérêt c'est pas de se faire décourager et surtout qu'elle cible les bonnes choses au bon moment typiquement je trouve quand on envoie une première version d'un manuscrit à lire s'il y a des problèmes de style des problèmes de longueur c'est peut-être pas là qu'il faut cibler les choses ça vient peut-être dans un second temps sans compter qu'on a un travail éditorial avec l'éditeur normalement mais c'est de vraiment s'attacher à est-ce que tes personnages fonctionnent est-ce que ton intrigue fonctionne est-ce que j'ai envie de tourner la page donc voilà je trouve qu'il y a différentes strates à étudier dans l'ordre pour ne pas s'éparpiller

Ybelion — ouais je suis tout à fait d'accord avec toi c'est pas forcément évident de faire de la bêta lecture en plus je pense qu'il faut une grande il faut une bienveillance et réussir à aussi se mettre dans les dans la peau de l'auteur en se connectant à quelle est l'intention qu'il a avec le roman quel lectorat il veut cibler pourquoi il l'écrit qu'est-ce que ça représente pour lui etc et ça permet de faire des commentaires qui sont beaucoup plus objectifs que simplement des commentaires de dire ah bah ce passage là j'aime pas trop ou je comprends pas trop parce qu'il y a aussi la sensibilité du lecteur quoi et effectivement tu contenteras jamais tout le monde donc effectivement c'est pas un travail évident il faut bien choisir de ton côté comment tu là quand tu l'envoies chapitre par chapitre t'envoies à plusieurs personnes ou

Thibault Lafargue — oui et non oui et non je vais souvent te répondre ça d'ailleurs c'est très bien oui et non avant je faisais ça pour le premier tome quoi que je te dis ça non en fait ça a toujours non j'ai toujours eu un premier lecteur je sais pas pourquoi je te dis ça pour le premier tome j'avais mon meilleur ami qui était mon bêta lecteur c'est quelqu'un dont j'estime beaucoup la vie la vie critique et très pertinent c'est un passionné de littérature et c'est lui qui lisait au compte-gouttes une fois qu'il a validé en quelque sorte là je faisais lire en parallèle à la fois à mon frère à la fois à ma copine je pouvais faire deux trois deux trois personnes à la fois mais j'étais déjà repassé sur le texte ce qui fait que les premiers les premières modifications avaient été faites pour le deuxième c'est un peu particulier puisque la vie fait que chacun est des fois plus occupé et j'ai écrit dans un rythme peut-être plus soutenu ce qui fait que là je n'ai qu'un seul lecteur pour l'instant c'est vraiment mon frère c'est lui qui au quotidien semaine après semaine me fait les retours sur le livre et là on va arriver maintenant dans la période où je vais le faire lire à d'autres bêta lecteurs mais ça n'est pas arrivé avant j'aime bien c'est vrai que privilégier en tout cas une personne au long cours mais la personne qui saura le mieux cibler les défauts de l'intrigue les défauts des personnages et ensuite je sais que telle autre personne sera peut-être plus sensible hostile une autre personne va peut-être être plus sensible à la manière de croquer les personnages féminins à la manière de croquer telle thématique donc voilà

Encaisser les critiques : « mince, il a raison »

Ybelion — très intéressant et comment tu de ton côté t'arrives à encaisser par exemple parfois les critiques qui peuvent être un peu un peu dures ou notamment au début tu vois les premières critiques que tu reçois est-ce que ça a été dur de les gérer entre guillemets

Thibault Lafargue — alors ironiquement les premières critiques que j'avais eues elles étaient très enthousiastes mais pas à raison du coup j'étais très content je me suis dit bon bah très bien et c'est vrai que j'avais reçu pas mal de louanges qui finalement étaient infondés enfin quand je dis infondés qui n'étaient peut-être pas tant méritées que ça parce que le lecteur me disait ouais c'est vraiment bien c'est vraiment bien mais le lecteur à l'époque et c'est le c'est le très bon lecteur dont je te parle mon meilleur ami mais à l'époque il avait 16 ans moi j'avais 16 ans mais on n'avait pas le recul donc à ce moment là on évoluait avec nos années et puis on se disait non enfin lui me disait c'est très bien il me pointait certaines choses c'est quand il a fallu revenir dans le texte même lui il a eu un nouveau regard et là j'ai senti qu'il avait évolué que j'avais évolué et que ce serait très bien pour le texte c'est toujours délicat en termes en termes d'ego mais c'est pour ça qu'il y a l'art et la manière moi je pense je suis prêt à quasi tout accepter à partir du moment comme tu le dis c'est bienveillant à partir du moment où c'est dit d'une manière abrupte au delà de l'ego c'est qu'on a tendance à se braquer on va imaginer peut-être de façon erronée que l'autre veut tout simplement un autre livre on aurait imaginé une autre histoire comme tu disais ça dépend de quel roman veut écrire l'auteur donc c'est délicat et souvent honnêtement je pense que beaucoup de gens sont dans mon cas c'est quand on nous fait un retour qui ne va pas ça tombe pas des nues on se dit mince il a raison et c'est ça le plus agaçant c'est le mince il a raison et c'est pour ça que je garde mon frère comme premier beta lecteur sur ce tome et le suivant il ne le sait pas encore mais oui c'est que à chaque fois qu'il me fait un retour ça m'agace mais ça m'agace mais ça m'agace parce qu'il a raison en fait parce qu'il a raison quand je l'écris des fois je me dis peut-être ça passera pas je conseille une chose quand vous écrivez quelque chose et que vous dites peut-être ça passera pas spoil alert ça ne passe pas enfin en tout cas moi de mon expérience tant mieux vraiment je me suis dit ça ne passe jamais et des fois au contraire je suis tout content de ce que j'ai fait et puis il me dit non mais là ça ne va pas pour telle et telle raison et après on en discute c'est ça aussi que j'aime beaucoup c'est que parfois il me dit juste ça ne fonctionne pas et des fois il va me dire viens on s'appelle ça c'est mauvais signe viens on s'appelle un mail ne suffira pas pour t'expliquer et du coup il a besoin de comprendre ce que je veux raconter je lui explique et ça nous arrive des fois de brainstormer un petit peu il me dit attends mais là donc t'es coincé à cet endroit est-ce qu'il ne pourrait pas se passer ça des fois c'est lui qui apporte l'idée des fois non mais il me permet de la trouver donc ce qui est génial aussi avec ces bêta lecteurs c'est d'avoir une dialectique c'est de discuter avec eux et pas juste se contenter de ah ok donc il a aimé le chapitre 1 le deuxième est un peu long le troisième ça va trop vite tu vois le

Ybelion — c'est trop c'est trop cool merci je veux souvent te remercier pour le part je ne veux pas dire de rien moi je ne suis content de discuter avec toi

Thibault Lafargue — de littérature on a commencé par parler de Tolkien moi je suis ravi ouais c'est trop cool

Ybelion — moi je me rappelle j'ai des souvenirs tu vois là quand t'as parlé de t'as mince il a raison c'est pas là ça fait mal et surtout parfois tu fais tu sais tu grinses des dents et puis effectivement à un moment je trouve que c'est pour ça que prendre les commentaires il faut toujours un peu les laisser processer aussi tu vois une fois que tu les as lus tu vas marcher dehors tu laisses le bruit des oiseaux tu vas taper dans un mur voilà exactement et après ça s'apaise et tu fais ok il a voulu dire ça peut être intéressant etc et s'autoriser aussi à avoir un nouveau un nouveau regard c'est vrai que parfois t'as la tête dans le guidon en fait et il y a des évidences que tu captes pas tu fais mais comment j'ai pu comment j'ai pu écrire ça tu vois à ce moment là

Thibault Lafargue — déjà c'est génial de se dire ça veut dire qu'on écrit déjà bien sûr en fait

Le premier jet a juste besoin d'exister

Ybelion — c'est exactement ça c'est exactement ça et c'est justement tu vois une des croyances sur lesquelles je travaille quasiment intégral avec tout le monde c'est le côté en fait le premier jet il a pas besoin d'être parfait il a besoin d'exister tu vois déjà une fois qu'il aura existé t'auras une base sur laquelle t'auras accroché pour discuter pour avancer etc et sortir de ce truc de dire ok là je vais écrire ce chapitre là et plus jamais je le toucherai tu vois

Thibault Lafargue — et d'ailleurs pour aller dans ton sens je crois que c'était Hemingway et qui disait que toute première version bon avec ses mots à lui mais c'est de la merde et il a raison enfin je pense à moins d'être vraiment un génie frappé par comment dire par un éclair divin mais c'est ça qui est aussi fascinant c'est le travail qu'on va faire étape après étape et heureusement qu'on a le droit de se planter qu'on se plante tous les livres qu'on lit et qui nous passionnent ils sont passés par des étapes qu'on n'imagine pas forcément et c'est tant mieux c'est génial les gens n'ont pas forcément à savoir tous les lecteurs n'ont pas forcément besoin de savoir tout ça mais heureusement on a le droit de se tromper c'est le meilleur moyen de réussir

Ybelion — exactement et ceux qui ont besoin de le savoir par contre c'est ceux qui ambitionnent d'écrire aussi exactement parce qu'en fait sinon t'as le point de comparaison mais tu compares quelque chose qui n'est pas comparable tu vois toi qui écris ton texte comme ça et un bouquin qui a été bétalé trois fois recorrigé deux fois il y a eu un travail d'édito et il faut comparer les choses qui sont comparables et c'est pour ça aussi que c'est intéressant d'entendre les auteurs en parler parce que ça tu vois ça te déculpabilise aussi tu dis ah mais c'est normal donc ok voilà il y en a d'autres qui sont passés par 6-7 version il y en a d'autres qui ont commencé à écrire jeune et qui à la fin arrivent à quelque chose de très beau

Thibault Lafargue — mais quand tu dis déculpabiliser j'aime bien parce que déjà il me faudrait le sentiment de culpabilité ne doit pas exister dans l'écriture puisqu'on écrit déjà c'est génial et l'autre chose c'est que il m'est arrivé de rencontrer des fois des auteurs où moi j'écris que le soir où moi j'ai besoin de faire 1500 mots par jour et je me dis c'est génial du moment qu'ils trouvent leur façon mais quelque part en fait on choisit les comment dire on s'impose un peu tu vois ces objectifs pour se motiver à écrire mais si tu arrives à écrire le matin le midi le soir que tu n'as pas besoin forcément d'être conditionné mais tant mieux c'est génial quoi on a créé tous ces objectifs pour pousser à l'écriture à partir du moment où tu es dans l'écriture et que ça coule tout seul moi je sais aujourd'hui ça ne veut pas dire que je vais parfois être bloqué évidemment comme tout le monde où je vais avoir un peu cette peur de la page blanche mais je peux très bien écrire le matin le midi le soir je n'ai pas de rituel ce n'est pas grave mon seul rituel c'est de retourner devant le PC en me disant ok bon on continue l'aventure donc tu l'as dit il n'y a pas à se sentir coupable même si je trouve une journée on a écrit 200 mots si ces 200 mots nous vont

Ybelion — oui c'est déjà ça

Thibault Lafargue — alors évidemment que si tu fais 200 mots tout au long tous les jours ce n'est pas que c'est mal c'est juste à toi de regarder le temps que ça te prendra et si tu es prêt à ça il n'y a pas de un livre on peut prendre 20 ans à l'écrire comme 6 mois ce n'est pas grave et ce qui est injuste aussi c'est que des fois un livre écrit en peu de temps peut être aussi meilleur qu'un livre qui a pris du temps et inversement écrivez enfin ouais je pense mais je regarde beaucoup ce que tu fais aussi et on va dans le même sens là dessus écrivons

Objectifs, 200 mots et temps d'écran

Ybelion — exactement juste ouais écrire c'est tout et c'est vrai tu soulignes quelque chose d'intéressant sur les objectifs certains tu vois ont peur de s'en fixer parce qu'il y a ce truc de quand tu te mets un objectif t'as ce truc de pression tout de suite sur les épaules tu vois et c'est à mon sens important de déconstruire aussi ce truc là l'objectif existe pour ancrer dans la réalité il n'existe pas pour te dire si t'as pas fini le 5 décembre t'es nul tu vois en fait que t'es fini que t'es pas fini on s'en fout le seul truc c'est que tu te sois ancré dans la réalité qu'ensuite t'agisses de manière congruente avec ce que t'as envie d'obtenir et le chemin voilà c'est ça qui compte finalement et c'est toujours le truc tu retombes sur le chemin est plus important que la destination ou l'objectif etc c'est des phrases très bateaux mais en réalité c'est très vrai et comme t'as dit un 200 mots c'est déjà 200 mots de plus que la version de toi qui n'aurait pas écrit donc tout béné

Thibault Lafargue — et puis on a tous aussi alors moi j'ai la chance aussi d'avoir un emploi du temps assez souple enfin quand je dis assez souple soit je travaille depuis chez moi soit je peux agencer à peu près mes rendez-vous mais on a tous à côté une vie que ce soit professionnel que ce soit privé ce qui fait que des fois moi j'ai rencontré les auteurs et je suis fasciné ils me disent ah non mais moi j'écris pendant ma pause de midi pendant 45 minutes et un petit peu le matin je sais pas comment ils font mais je suis très bien éiratif c'est génial donc en fait chacun doit trouver son temps la seule chose c'est et je crois vraiment en ça si on a vraiment envie d'écrire un livre il y a moyen c'est possible même si on a pas 4 heures de pause dans la journée on dit souvent j'ai pas le temps d'écrire c'est vrai alors soit occupé par les enfants soit occupé par la vie en général mais si on mettait j'en sais rien je vais pas je vais pas tirer une balle dans le vide comme ça mais déjà le temps qu'on passe sur nos téléphones si on le restreignait un petit peu on aurait tout d'un coup beaucoup plus de temps d'écriture donc qu'est-ce qu'on est prêt à donner comme temps effectif de qualité à notre journée

Ybelion — exactement c'est le grand travail initial c'est identifier le temps impératif c'est à dire les enfants dormir prendre soin de soi etc et puis après t'as tout le temps l'autre le temps libre et c'est sur ce temps là qu'il faut travailler souvent on se dit j'ai pas le temps au regard de ce qu'on a d'impératif j'ai pas le temps je travaille oui bah ça c'est normal de toute manière ça va pas changer en fait mais ce qui est important c'est ok t'as envie d'écrire un livre très bien interroge-toi sur le temps que t'as de libre et sur ce temps là dis-toi connecte-toi à ton intention à ton rêve tu vois et là tout de suite quand tu te connectes à ça passer ouvrir son téléphone et regarder Instagram ou TikTok ça paraît beaucoup moins important tu vois et hop tu te mets dans l'écriture et puis tu développes cette habitude après et après c'est une boule de neige quoi mais ces premières questions elles sont difficiles parfois parce qu'en fait tu vois ça devient une habitude en fait tu travailles bon t'ouvres ton téléphone et voilà et t'as dit il y a des routines d'écriture moi qui me fascinent j'ai reçu des autrices qui me disaient moi j'écris dans les transports tu vois effectivement 45 minutes de métro aller-retour ça fait quasiment 2h d'écriture par jour bah ouais c'est top et d'ailleurs

Lire, le carburant qu'on oublie

Thibault Lafargue — on n'a pas mentionné un point crucial et quand on parle d'écriture c'est la lecture et ce qui est vrai pour l'écriture est vrai pour la lecture même une personne on a tendance à se dire des fois mince j'ai pas le temps de lire aujourd'hui et c'est vrai des fois on a pas le temps et des fois on a peut-être qu'une petite demi-heure et la lecture elle est intimidante quand on n'a pas ouvert un livre depuis longtemps on se dit une demi-heure ça suffira jamais c'est déjà bien une demi-heure de lecture c'est très bien 20 minutes c'est pas grave et moi je sais que c'est comme je pense tous les auteurs c'est un carburant un carburant énorme la lecture si je ne lis pas en général je vais pas écrire enfin je vais moins bien écrire et du coup je me rassure beaucoup en compartimentant ma journée entre l'écriture et la lecture

Ybelion — je suis d'accord moi aussi la lecture prend une place importante c'est alors j'ai un peu des phases de boulimie ça dépend tu vois en écriture en lecture j'ai parfois du mal à trouver l'équilibre tu vois d'intégrer les deux mais ça c'est pareil encore une fois chacun son chacun son trouve midi à sa porte en ce qu'il y a et pour revenir sur la trilogie sur la trilogie quand même du bouffon donc là premier tome deuxième tome j'ai entendu 2026 mi-année septembre ouais

Le coup de fil qui a transformé le diptyque en trilogie

Thibault Lafargue — même un petit peu avant en gros la date exacte va être communiquée par la maison d'édition prochainement là ce qu'on peut dire et dont on est sûr c'est qu'il sera prêt pour mai 2026 puisqu'on va avoir le salon des imaginales en 2026 il sera prêt donc ce sera au plus tard fin avril début mai au plus tard peut-être avant

Ybelion — trop bien trop bien et du coup deuxième tome après le troisième t'as déjà un peu oui c'est ça ma question c'est au delà du planning est-ce que toute l'histoire tu la connais alors sans connaître peut-être précisément les événements mais au moins j'imagine que t'as peut-être ton intention finale oui

Thibault Lafargue — enfin même tu peux le dire quasi enfin je connais les grandes lignes de l'histoire du troisième aussi sûrement que je connaissais les lignes du deuxième quand j'écrivais encore le premier parce que c'est ce que je précisais dans le message que j'avais transmis sur les réseaux sociaux c'est que c'est pas tant que j'ai étiré le diptyque en une trilogie que le diptyque est revenu à son sa structure de base c'est à dire une trilogie parce que l'histoire je l'avais toujours pensé en trois arcs narratifs début milieu fin d'ailleurs je disais quasi que des trilogies donc c'était vraiment un schéma pour moi rassurant et puis logique mais quand il a fallu démarcher les éditeurs on m'avait conseillé à juste titre en plus on m'a dit fais attention c'est vrai que les éditeurs peuvent être un petit peu frileux et on les comprend à l'idée de signer un jeune auteur un primo auteur qui aurait une trilogie parce que forcément on n'est jamais sûr du succès que va rencontrer ou pas les livres et donc on m'a dit c'est vrai qu'en France on a tendance à privilégier le one shot ou le diptyque et quand j'ai signé avec Actu SF à ce moment là du coup pour valider ça je m'étais dit oui c'est un diptyque c'est un diptyque ouais et en fait ce que j'avais fait c'est que j'avais condensé l'histoire du 2 et du 3 en un synopsis que je leur avais envoyé alors à lire le synopsis ça tenait mais après t'as la théorie et la pratique et la pratique je m'en suis rendu compte mais tout récemment il n'y a pas deux mois de ça naïvement quand le premier tome est sorti je me disais bon bah le deuxième que j'étais en train d'écrire je vais aller au bout de l'histoire ce qui devait être mon troisième tome ouais oui sauf que bah partager entre le temps que j'accordais à la promo du premier et l'écriture du deuxième je réalisais pas un peu les pages qui défilaient et la structure aussi parce que j'avais repris une structure similaire au premier tome et c'est quand j'ai vu le nombre de pages que j'ai regardé tout ce qu'il me reste à raconter là pour la première fois j'ai un petit peu paniqué j'ai appelé mes proches en leur disant le problème que je rencontrais pour aussi prendre leur avis en tant que lecteur bêta lecteur et bah oui il s'est imposé un choix c'était d'appeler l'éditeur je lui ai raconté comme donc Jérôme que je crois tu connais en plus Jérôme Vincent

Ybelion — on a discuté avant

Thibault Lafargue — ouais qu'on peut saluer qui adorable et en plus très professionnel et sur le coup il m'a soutenu à 100% alors je pense que pas beaucoup d'éditeurs apprécient recevoir l'appel d'un auteur qui te dit finalement au dernier moment mon livre tiendra pas en deux tomes il faut en ajouter un surtout quand t'as communiqué là dessus auprès des libraires etc mais il m'a dit tout de suite bah écoute le bien de l'histoire avant tout si t'es sûr de toi il a voulu savoir aussi est-ce que réserver ce troisième tome plus en détail on en a discuté ensemble et finalement il m'a donné son accord et c'est absolument génial parce que moi j'ai presque le sentiment que rien n'a changé c'est juste que comme je lui disais bah l'avantage c'est qu'au lieu que le livre sorte j'en sais rien début 2027 le 2 bah là il va sortir plus tôt parce que je suis du coup à la fin moi et je m'en rends compte et ça aurait été alors que les gens apprécient ou pas le deuxième mais ça aurait été une erreur complète et totale que d'en faire un diptyque parce que j'aurais eu un livre tellement dense tellement long que finalement je pense c'est comme un gâteau avec trop de crème tu vois ce que je veux dire c'est hyper appétissant tu dis c'est génial je vais plonger et en fait t'es écœuré t'as juste envie de vomir donc voilà il va retrouver une harmonie je pense le texte comme ça

Ybelion — ouais c'est bien tu vas retrouver l'équilibre entre aussi le premier et du coup bah pas le deuxième mais le 2 et le 3 et ouais effectivement c'est toujours le paradoxe on a envie de mettre toutes nos idées dans un seul livre et en fait à un moment il faut trier et laguer en fonction de l'intention qu'on a initialement

Thibault Lafargue — exactement et quand on a cette chance qui a été mon cas de pouvoir être entouré et soutenu comme ça et donc de décliner son histoire en trilogie c'est génial parce que là même moi je vais pouvoir des éléments que j'avais retiré de l'intrigue parce que forcément de faire tout tenir en deux tomes c'était pas possible autrement ah là c'est génial je peux le développer en fait je peux m'amuser à gratter le troisième tome c'est un bac à sable un bac à sable énorme pour moi mais comme je te l'ai dit je vois où je vais je vois du A, B, C, D mais c'est juste les entre-scènes les entre-lignes voilà il y a plein de petites choses où je vais pouvoir m'amuser à creuser à gratter voilà mais c'est hyper stimulant

Tome 2 : l'effet des Deux Tours

Ybelion — ah trop bien et comment t'as fait j'ai vécu j'ai éprouvé l'écriture d'un tome 2 tu vois en ayant le début et grosso modo là où à peu près je veux arriver à la fin du 3 le tome 2 tu sais il y a toujours ce truc un peu d'entre-deux entre le 1 et la présentation de l'univers et passé on n'est pas totalement au climax vraiment final et au bouclage de l'intention qu'on a avec la trilogie et donc on est un peu dans cet entre-deux du tome 2 certains l'appellent l'effet des deux tours justement du Seigneur des Anneaux est-ce que t'as rencontré un problème particulier toi dans l'écriture de ce tome 2

Thibault Lafargue — ce qui est marrant avec ce que tu dis déjà c'est que c'est un problème aussi qu'on remarque beaucoup en cinéma je fais une petite parenthèse sur les structures de films souvent le plus faible c'est le deuxième acte je parle pas tant des trilogies que de la structure intrinsèque d'un film le deuxième acte c'est un peu embêtant parce que les enjeux doivent être plus élevés mais en même temps on doit pas en arriver à la fin du film et donc on a souvent le cul entre deux chaises et c'est là où souvent le spectateur ressent un ventre mou le ventre mou il est rarement ça peut arriver mais il est rarement dans les 20 premières minutes du film il est rarement dans la dernière demi-heure et souvent en plein milieu et pour revenir à la littérature sur ce livre là alors c'est pas tant ça le souci que j'ai rencontré que la peur de me répéter c'était plutôt ça parce que quelque part au début tu connais plus ton univers tu connais ton personnage donc ça glissait tout seul et le premier c'est un huis clos qui va se passer dans un château en gros c'est pas seulement un huis clos mais c'est principalement des intrigues de cours dans un château et je vais pas dire où se passera le deuxième même si on le saura bientôt mais je voulais garder le même principe mais dans un autre lieu et qui dit un intrigue de cours on dit attention à pas te répéter là dessus donc moi c'était plus la crainte de faire une pâle copie du premier au début et heureusement plus l'écriture s'est enclenchée plus finalement à la fois le décor à la fois les enjeux et les personnages tout changeait et ont fait que je me suis bien éloigné mais ça a été voilà moi c'était plutôt là ma crainte plus que la frustration de me dire je peux pas encore aller trop loin soit dans l'action soit dans les rebondissements parce que je suis pas encore au dernier tome

Ybelion — très intéressant tu vois il y a un truc toujours dans le osons écrire tu vois c'est que t'as cette peur parfois que tu as évoqué tu dis ah mince j'ai peur de me répéter et en fait c'est en écrivant que tu te rends compte ah mais non c'est pas le cas exactement

Thibault Lafargue — et après il me reste encore des corrections sur le texte et puis on verra comment les gens le reçoivent moi je te parle vraiment de mon ressenti à moi peut-être que les gens me disent la même chose ou d'autres diront au contraire ça n'a rien à voir pourquoi est-ce que t'as imaginé une seconde que c'était proche contrairement au premier j'ai pas de recul sur le deuxième forcément

La place du rire dans un monde austère

Ybelion — j'ai une question un peu ouverte pour parler de ton univers qu'est-ce que t'aimerais dire sur l'univers du bouchon qu'on retrouve nulle part ailleurs

Thibault Lafargue — alors je sais pas si on le retrouve nulle part ailleurs mais en tout cas et c'est ce vers quoi tendra la trilogie je vais pas révéler le fond même parce que c'est un peu la conclusion thématique de l'histoire mais c'est la place c'est la place du rire dans la société la place du rire dans un milieu assez austère et à quel point il n'y a rien de plus sérieux que le rire et en même temps c'est comme le disait Umberto Eco dans Le Nom de la Rose le rire est le propre de l'homme même le singe il n'y rit pas vraiment il fait ses grimaces mais le rire l'humour c'est typiquement humain et on ne trouvera aucun autre animal mammifère capable de faire ça et moi ça me fascinait c'est ce que je vais essayer de creuser dans le troisième encore beaucoup plus c'est à quel point on a besoin d'humour ça a toujours existi c'est quand même fascinant on est capable de rire de choses très sombres pourquoi on a tant besoin de ça l'humain il a besoin de deux choses j'ai l'impression que les autres espèces dont ils n'ont pas forcément besoin c'est des histoires on n'arrête pas d'en parler depuis une heure c'est à dire le besoin de se raconter des histoires pour mieux se comprendre c'est quand même fou déjà de se dire qu'un humain il adore les histoires des autres sans doute pour mieux se comprendre lui-même dans le fond et en même temps il adore rire enfin c'est très triste les gens qui n'aiment pas rire si tu connais une de ces personnes fuis là c'est sans doute une mauvaise personne si elle n'aime pas rire en tout cas voilà c'est ce rapport en tout cas consciemment à ce moment là c'est ce rapport au rire et le fait de créer un héros malgré lui qui n'a pas les attributs de force de magie ou des aptitudes comment dire colossales pour venir à bout des épreuves j'adore l'idée que ce soit un bouffon vraiment et ce qui me ferait plaisir c'est que à force si le livre finit par avoir une petite résonance c'est que les gens à chaque fois qui disent bouffon ils le prennent plus comme une insulte mais comme un compliment parce que quand on étudie de près ce métier là on se rend compte qu'il est très loin d'être l'idiot du village et que un bouffon c'est quelqu'un d'extrêmement intelligent pas toujours il y a eu des bouffons aussi qui étaient simples d'esprit mais c'est une figure en tout cas qui est fascinante voilà si on pouvait redorer le blason de bouffon voilà j'adore réhabiliter le mot bouffon ouais ce serait ma petite fierté j'en suis loin mais en tout cas à petite échelle déjà si les personnes qui lisent et j'ai déjà échangé avec des lecteurs et c'était passionnant qui me disent mais enfin je sentais dans leur manière de dire le bouffon ils le prononçaient avec respect et ça me touche beaucoup alors que c'est vrai on est même obligé parfois sur les réseaux quand on écrit bouffon de mettre une petite astérisque parce que ça peut être considéré comme vulgaire ouais bah appelons un chat un chat

Réhabiliter le mot « bouffon »

Ybelion — ouais c'est là tu m'as vraiment intrigué avec la place du rire je suis assez d'accord avec toi le rire dit beaucoup plus que simplement une blague c'est ouais il y a tellement de choses à dire moi tu vois il y a une la première chose qui me vient à l'esprit c'est que souvent dans mes résolutions de début d'année je sais pas pourquoi je dis souvent c'est tout le temps je me trouve rire plus tu vois parce que je sais pas je trouve qu'il y a un truc avec le rire qui est en plus c'est très communicatif ouais je sais pas c'est ouais ça représente tellement de choses et c'est très intéressant de faire de faire une histoire où c'est quand même au centre au centre et de le voir du coup un petit peu alors là tu vois je le partage j'ai pas lu j'ai pas lu et je réponds par rapport à ce que tu amènes de le voir presque comme soit comme une arme soit comme un bouclier tu vois et t'as toujours un petit peu ça en fait dans le rire certains à l'école ça sera leur plus grande arme d'être capable de faire des blagues d'autres bah c'est leur métier quand tu fais du stand-up de l'impro que tu construis des spectacles tout ça là tu étudies derrière donc t'as aussi t'as un truc très instinctif dans le rire et t'as un truc aussi construit t'as un peu des deux et c'est très intriguant

Thibault Lafargue — et c'est pour ça que ce que je te dis sur le rire c'est ce que j'ai vraiment envie de développer au long cours ça commence dans le premier c'est poursuivi dans le deuxième et ça verra finalement sa finalité dans le troisième et c'est ça qui m'intéresse parce que franchement oui de toute façon quelqu'un qui a un sens de l'humour à toute épreuve il est difficilement attaquable déjà entre guillemets

Ybelion — quand t'as l'auto-dérision tu vois c'est ce qu'on disait quand tu reçois des commentaires parfois c'est aussi à ça que ça sert tu vois l'humour sert à désamorcer aussi tu vois tu peux amorcer désamorcer c'est très versatile comme art l'humour quelque part

Pourquoi les rois avaient besoin d'un fou

Thibault Lafargue — et aussi pour revenir sur notre sujet du bouffon la raison pour laquelle les rois les rois de France les rois d'Espagne bref les rois qui nous ont précédés avaient besoin de bouffons est-ce que tu sais d'ailleurs pourquoi ils avaient besoin de bouffons c'était un moyen pour eux de pas perdre les pédales en fait parce que tu deviens fou je pense à un moment donné si absolument toute ta cour n'est constituée que de favoris de courtisans qui te font des courbettes à longueur de journée t'as tendance à te sentir évidemment comme un dieu et en fait les rois avaient besoin d'une personne déjà qui les tutoie c'était le bouffon et une personne qui se moque d'eux donc l'hier littéralement le bouffon a le droit de se moquer du roi c'est même conseillé et ça le fait rire ça le fait rire le roi donc tu vois il y a aussi ce besoin d'en parler du lien entre l'humain et le rire et ben c'est peut-être le dernier lien qui rattache un roi à son peuple c'est le rire

Ybelion — ah c'est super beau dit comme ça j'aime beaucoup ouais bah là tu vois j'ai envie de me plonger dans ton histoire bah parfait

Thibault Lafargue — écoute en espérant être à la hauteur de ce que t'en attends

Ybelion — non mais franchement trop bien je suis vraiment content c'est des personnages effectivement tu vois tu le ressens quand je repense à l'assassin royal t'as ce côté effectivement du fou qui se permet beaucoup plus de choses que tout le monde et du coup qui est presque le seul à être dans une sorte d'authenticité tu vois c'est le seul qui a pas de masque exactement alors que c'est le seul qui en porte un tu vois parce qu'il est toujours déguisé bah t'as tout résumé

Thibault Lafargue — de l'esprit d'un bouffon de cour tout le monde joue un rôle mais lui en reconnaissant ouvertement qu'il joue un rôle est le plus sincère du lot

Ybelion — putain c'est fou j'aime trop et tu viens de dire c'est fou ce qui est aussi le mot du bouffon ouais et la boucle est bouclée ah trop bien ah trop cool putain et si tu devais prendre quelques univers séries films pour qu'on essaie de voir ce qu'est le livre et l'univers du bouffon sans essayer de le faire rentrer dans une case mais

Les univers qui l'ont façonné

Thibault Lafargue — alors le premier je dirais même si l'univers est assez éloigné mais c'était le point de départ enfin l'un de mes premiers amours c'était l'assassinat royal de Robin Hobb on en avait parlé au début et moi c'était la figure du fou qui m'intéressait et ma frustration en lisant l'assassinat royal entre guillemets c'est que par rapport au fou ce personnage doré ou un autre personnage il évolue il est à plusieurs facettes et donc Lucas il y a eu cet univers là et surtout le fait que le personnage il est très loin d'être infaillible et il en prend plein la gueule si tu me permets l'expression et ça j'avoue que des auteurs qui malmènent un petit peu leur personnage j'aime bien pas parce que je suis sadique mais parce que aussi ça permet de tenir en haleine et de nous rappeler que le monde peut être cruel et que chaque action a une conséquence donc il y a un petit peu de ça peut être un petit peu l'austérité médiévale qu'on peut retrouver dans le nom de la rose j'en parlais tout à l'heure aussi voilà il y en a sans doute d'autres et plus des inspirations indirectes mais j'ai été beaucoup imprégné par Notre Dame de Paris qui reste mon roman préféré d'ailleurs le Quasimodo c'est quoi ? C'est un bouffon Quasimodo ça commence par le Carnaval des Fous au début donc il a littéralement les grelons on lui met il apparaît dans la rosace il y a pas mal d'occurrences comme ça au roman et je suis un fervent amoureux des Rogon Macard d'Émile Zola du 19ème beaucoup de littérature du 19ème j'en lis beaucoup et souvent je scie entre ça des univers de fantasy et de la littérature 19ème française que j'admire au plus profond de moi

Ybelion — C'est trop bien ça fait un beau mélange c'est ça qui est trop cool Ouais c'est ça Et dans on a parlé un peu rapidement de cinéma au début quand tu disais que t'étais scénariste réalisateur si je dis pas de bêtises j'aime bien quand les gens ont plusieurs passions comment elles se nourrissent entre elles tu vois

Cinéma et roman : show, don't tell

Thibault Lafargue — Alors bah déjà ça a commencé je te dis à partir du moment où tu apprends à construire un film en quelque sorte la frontière elle est très poreuse avec le roman d'ailleurs tu parlais de Truby qui avait aussi bien traité du roman il y en a d'autres il y a Saif de Kat il y a plein de livres Oui effectivement Déjà le fait de raconter des histoires souvent ça nous arrive de fermer un livre on se dit ça ferait un bon film mais c'est pas pour rien que je crois qu'aux Etats-Unis alors j'ai pas le chiffre exact mais bien 70 à 80% des films qui ont été faits des années 50 à peut-être même 2000 enfin c'était des adaptations de romans Les Dents de la Mer c'est un roman Les Kubrick c'est des romans donc c'est dire qu'il y a un lien qui est très fort entre les deux donc ça ne peut moi ça ne m'enrichit des deux côtés c'est à dire tout ce que j'apprends en cinéma indirectement ou directement je m'en sers dans ma plume typiquement dans le cinéma la première règle qu'on t'apprend c'est show don't tell montre ne dit pas parce que le cinéma est un art visuel avant tout et je trouve que c'est intéressant de l'appliquer à la littérature de caractériser un personnage visuellement de planter des images dans la tête du lecteur et inversement ce qu'on va apprendre en roman peut aussi nourrir dans les dialogues le cinéma donc j'aime bien faire des allers-retours même si je suis quand même plus libre en littérature parce que de fait d'écrire un monde médiéval coûte moins cher que de voir un monde médiéval donc il est certain que les films sur lesquels je travaille sont contemporains mais moi ça me permet de lâcher l'abri dans mon imagination en roman

Le droit de rêver d'une adaptation

Ybelion — très intéressant et t'as dit ça ferait un bon film t'aimerais qu'on dise des romans du bouffon qu'il ferait de bons films

Thibault Lafargue — on a le droit de rêver évidemment j'espère que ça ferait des bons films ce serait quand même si ça faisait des mauvais films ce qui est possible mais quelle ironie pour un scénariste c'est vrai quelle ironie donc

Ybelion — tu l'as dans un coin de ta tête je poserais la question différemment est-ce que quand tu connectes avec ta passion du cinéma pendant tes études aussi etc que tu te remets à l'écriture est-ce que tout de suite t'as le truc de dire un jour j'arriverai à lier les deux et vraiment à faire à transformer ce manuscrit en scénario évidemment

Thibault Lafargue — ça veut pas dire que ça arrivera mais c'est que je pense qu'on vit à chaque fois avec des rêves qui sont tellement grands qu'on est sûr de pas les perdre de vue c'est pas de moi du tout mais en tout cas je trouve ça très vrai et maintenant que ce livre est fait j'ai le droit de rêver donc maintenant ce serait quoi le rêve ok une adaptation pourquoi pas l'histoire je pense y prête largement et puis je te dis on a le droit de rêver donc ça n'arrivera sans doute jamais mais si ça venait un jour à arriver ce serait une belle surprise

Ybelion — c'est incroyable en tout cas je te le souhaite merci écoute merci Thibaut ça fait une heure et quelques c'est passionnant ce que je te propose c'est qu'on refasse un tour quand j'aurai lu le livre avec plaisir ça m'aurait inspiré plein de choses surtout vu la place que tu que le rire a dans l'histoire avec grand plaisir

Thibault Lafargue — très curieux de savoir ce que t'en penseras

Écrivez, lisez

Ybelion — merci beaucoup est-ce que t'aurais envie d'ajouter quelque chose sur l'univers du bouffon peut-être important qu'on n'aurait pas évoqué

Thibault Lafargue — je pense que si ça n'a pas entre guillemets convaincu les gens de plonger dedans ce que je rajouterais ne changera pas grand chose j'ai envie de dire non je pense qu'on a dit on a dit l'essentiel c'était naturel et franchement ceux qui ont envie d'écrire écrivez ceux qui ont envie de lire lisez

Ybelion — voilà

Thibault Lafargue — c'est une très belle conclusion merci beaucoup merci à toi en tout cas

Épisode 52 avec Thibault Lafargue

AU MICRO AVEC

Thibault Lafargue

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UN AU HASARD, ET LES DEUX D'À CÔTÉ

Ose Écrire, épisode 113

ÉPISODE AU HASARD · N°113

Discussion avec Julie Plasse

Épisode 113 avec Julie Plasse ! On parle d'écriture, d'orthophonie, de slam et d'un premier roman qui a mis trois ans à voir le jour. On évoque Décadence, ce livre intime inspiré de son premier amour, écrit pendant le confinement et terminé à l'aube de ses études d'orthophoniste. On aborde le rythme propre à chaque auteur·rice, la pression de la discipline qui ne fonctionne pas pour tout le monde, et cette idée que l'écriture peut s'attendre tranquillement quand on doit lui faire de la place. On parle aussi du slam et de la poésie comme nourriture créative complémentaire, des contraintes du temps court qui forcent à dire l'essentiel. On découvre la rencontre presque magique avec Marjorie au salon de Bondues, ce manuscrit envoyé puis oublié, et l'appel reçu trois mois plus tard. On évoque les retours bouleversants des lecteurs, la sœur qui pleure une après-midi entière, la grand-mère qui distribue 60 exemplaires à elle seule et Marc Lavoine qui achète vraiment le livre. On découvre enfin pourquoi l'écriture est inarrêtable, pourquoi on n'est pas moins auteur·rice après un seul livre qu'après quarante, et que la vie devient simplement plus belle quand on s'autorise à écrire.

Toi aussi, tu as une histoire à raconter ?

Les discussions du podcast sont ouvertes à celles et ceux qui osent. Viens partager ton chemin d'écriture au micro.

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