Conseil d'écriture
Deuxième jet = premier jet moins 10 %
Au bas d'une lettre de refus, un mot griffonné a fini en règle de réécriture.
Ce que dit le conseil
D'où viennent ces faits
« 2nd Draft = 1st Draft − 10% » : Stephen King cite cette formule dans On Writing (2000) comme le mot griffonné par un rédacteur de magazine au bas d'une lettre de refus, au printemps 1966, pendant sa dernière année de lycée. Le mot commençait par « Not bad, but PUFFY. » et King écrit qu'il ne sait plus qui en est l'auteur.
Dans un article écrit pour le magazine The Writer, Stephen King raconte que ses premiers jets de 2 500 mots sont devenus des deuxièmes jets de 2 200 mots.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
Combien de mots un manuscrit doit-il perdre à la réécriture ? À cette question de débutant·e, la formule répond par un calcul : le deuxième jet égale le premier, moins dix pour cent. Un texte de 80 000 mots repart à 72 000.
Un rédacteur de magazine resté anonyme l'a griffonnée au printemps 1966, au bas d'une lettre de refus : « Not bad, but PUFFY. », pas mal mais boursouflé, puis « Formula: 2nd Draft = 1st Draft − 10%. » Son destinataire, Stephen King, alors en dernière année de lycée, la cite dans On Writing (2000) et regrette de ne plus savoir qui a écrit ce mot.
Pourquoi on te le répète
Le destinataire de la lettre raconte ailleurs que ses textes de 2 500 mots sont devenus des deuxièmes jets de 2 200 mots. La formule séduit d'abord parce qu'elle se calcule. « Resserre ton texte » laisse dans le flou, quand un pourcentage fixe une cible et marque la fin du chantier. Elle repose sur un constat courant. On écrit un brouillon pour trouver son histoire, et ce tâtonnement laisse des redites, des scènes lancées trop tôt, des adjectifs par paires.
Et dans la vraie vie
Comment ce conseil peut mal tourner
La scène de la veillée a rendu ses quatre-vingts mots. Le feu qui baissait a disparu avec la question du grand-père, si bien que sa petite-fille répond à une phrase que personne n'a prononcée. Quand le pourcentage commande, les respirations du texte partent d'abord, faciles à enlever. Un nombre posé sur un manuscrit peut aussi faire écran. Une autrice que j'ai accompagnée redoutait de dépasser un nombre de mots qu'elle prenait pour le plafond des maisons d'édition. Derrière, il y avait la peur de ce qu'on pourrait dire. Une autre craignait l'inverse, un livre trop court, alors que son manuscrit dépassait 50 000 mots, le seuil où un roman commence pour moi.
Si ton premier jet fait 100 000 mots, ce conseil t'en fait retirer 10 000. C'est un non-sens, un conseil mathématique, un conseil de tête : je ne suis pas la cible. Tu ne peux pas savoir d'avance combien de mots vont partir. Quand tu es clair·e avec tes intentions et que tu fais confiance à ta réécriture, ça se fait tout seul. Ton texte final sera peut-être plus long que le premier jet, peut-être plus court, et c'est très bien dans les deux cas. En plus, ce calcul ne tient même pas compte de la diversité des auteur·ices. Certain·es écrivent vite, à l'instinct, puis rajoutent beaucoup. C'est mon cas : mes deux réécritures ont allongé La Sourde Alliance, et sur mon tome 3 je rajoute pas mal d'émotions et de descriptions. D'autres, plus architectes, prennent leur temps, s'étendent dans les descriptions, puis élaguent. Alors si tout le monde appliquait le moins 10 %, plein de livres extraordinaires n'auraient jamais été écrits.
Un contre-exemple
D'où vient cette anecdote
Selon le musée Balzac de Saché, « le manuscrit est une première trame » à partir de laquelle sont imprimées des épreuves, sur lesquelles Balzac procède « par ajouts, par amplifications de phrases ». La BnF a acquis en 2023 les épreuves corrigées de Melmoth réconcilié (1835).
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2023 : la Bibliothèque nationale de France acquiert les épreuves corrigées de Melmoth réconcilié (1835), de Balzac, et y relève des suppressions, des ajouts, des permutations. Le musée Balzac de Saché décrit sa méthode : « le manuscrit est une première trame », à partir de laquelle on imprime des épreuves, et l'écrivain procède sur ces feuilles « par ajouts, par amplifications de phrases ». Quand elles sont trop petites, il les découpe et les colle sur de plus grandes, pour faire de la place à ses corrections et à ses ajouts.
Donc y'a pas de solution miracle.
Mon verdict dans la tier list
Pour continuer
L'atelier offert
Quand tu sais ce que ton livre doit accomplir, tu vois quelles scènes étoffer et lesquelles raccourcir.
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