Conseil d'écriture
Laisse reposer ton manuscrit six semaines
Neuf ans chez un poète latin, six semaines chez un romancier américain : le repos d'un manuscrit a beaucoup raccourci en vingt siècles.
Ce que dit le conseil
D'où viennent ces faits
Dans On Writing (2000), Stephen King recommande de laisser reposer un premier jet au moins six semaines et écrit qu'on relira son livre « after a six-week layoff » comme une expérience étrange, souvent grisante.
Horace, au vers 388 de l'Art poétique, demande qu'on garde l'ouvrage jusqu'à la neuvième année : « nonumque prematur in annum ».
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
Un calendrier suffit comme outil. Le jour où tu poses la dernière phrase de ton premier jet, tu fermes le fichier, tu comptes six semaines et tu entoures la date. Fini le 1er mars, ton manuscrit se rouvre le 12 avril.
Ce repos précède la première relecture, et son chiffre est bien de Stephen King, qui recommande en 2000, dans On Writing, au moins six semaines d'arrêt, « a six-week layoff », et promet une relecture étrange, souvent grisante. L'idée a un ancêtre latin. Dans son Art poétique, Horace voulait qu'on garde l'ouvrage enfermé jusqu'à la neuvième année, « nonumque prematur in annum ».
Pourquoi on te le répète
Le soir même, un mur fraîchement peint se juge mal. La peinture brille encore, tu as le nez dessus et tu revois chaque coup de rouleau. Le lendemain, depuis l'autre bout de la pièce, les manques sautent aux yeux.
Un texte tout juste fini se relit de mémoire : tu lis ce que la scène devait dire, même quand la page dit autre chose. Quelques semaines plus tard, tu découvres ce qui est écrit pour de bon, le personnage qui change de prénom en cours de route, l'explication restée dans ta tête. Horace avait un autre argument, pour les textes qu'on publie : la parole lâchée ne sait pas revenir.
Et dans la vraie vie
Comment ce conseil peut mal tourner
Le jour de la reprise, le texte résiste et l'élan de la dernière page est retombé. Six semaines étaient peut-être plus que ce dont tu avais besoin. Mon chien Voltaire me l'a montré. Laissé près de deux semaines à mes parents, il m'a fait la gueule au début. Une autre fois, je l'ai laissé trois jours et il est tout de suite venu dans mes bras. Je trouve qu'un texte fait pareil : après une pause trop longue, il réagit difficilement au retour. Je l'ai vu chez une autrice que j'accompagne. Après deux mois sans écrire, elle voulait tout relire avant d'écrire la suite, et la reprise reculait d'autant. Elle a fini par la fixer au lendemain, par sessions de dix minutes.
Ce que j'en pense
Les épisodes qui en parlent
Entre le premier jet et la relecture, laisser reposer ton texte est une très bonne idée. Tu prends le temps de souffler, de poser le texte, de voir comment il infuse. Je le classe en A, même si les six semaines me laissent sceptique. Je conseille deux semaines au minimum, ça peut être quatre ou six, et six, c'est presque la limite haute, parce qu'au-delà je me demande si tu ne déconnectes pas totalement de ton processus. Moi-même, j'ai déjà fait moins : quand j'ai fini le premier jet de mon troisième roman, j'étais tellement excité que je l'ai rouvert au bout d'une seule semaine. Bref, ce que je répète souvent, c'est que tu as le droit de t'accorder des pauses. Elles n'enlèvent rien à ce que tu as accompli et ne détruisent pas l'identité d'auteur·ice que tu as construite avec ton rythme. C'est même très rassurant, puisque tu sais que tu pourras y replonger quand tu en auras envie.
Un contre-exemple
D'où vient cette anecdote
Charles Dickens publie The Pickwick Papers en livraisons mensuelles de 1836 à 1837, pendant qu'il l'écrit. Après la mort de sa belle-sœur Mary Hogarth, en mai 1837, il manque l'échéance et aucun numéro ne paraît en juin 1837.
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The Pickwick Papers est publié pendant que Charles Dickens l'écrit, sans manuscrit fini à mettre de côté. En mai 1837, sa belle-sœur Mary Hogarth meurt et il manque l'échéance. Aucun numéro ne paraît en juin. Le roman sort en dix-neuf livraisons étalées sur vingt mois, de 1836 à 1837.
Donc y'a pas de solution miracle.
Mon verdict dans la tier list
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