C'est Lydie Tabarin qui le dit, et elle a plusieurs romans signés. Briseuse de Marbre est sorti chez Solleyre, Devosia et Le Crépuscule des Légendes suivront, trois sorties en douze mois. Elle a mis deux ans à caser Briseuse de Marbre. Solleyre était son tout dernier envoi.
Pendant ces deux ans, elle a continué d'écrire. Elle a terminé un autre roman, puis en a commencé un troisième. Sa logique tient en une phrase : le seul objectif dont tu maîtrises tous les tenants et les aboutissants, c'est de terminer ton manuscrit. Le reste appartient à des gens qui bouclent déjà leur calendrier 2028.
Et quand elle raconte comment elle tient sur la durée, elle parle de volley. Elle joue centrale. Quand son équipe encaisse cinq points d'affilée contre plus fort qu'elle, elle ne crie jamais « allez les filles, on remonte, on va chercher le set ». Elle dit simplement « juste une balle, la prochaine ». Une réception, une passe, une attaque. Le score ne bouge pas encore, et les têtes se relèvent déjà.
En écriture, la mécanique est identique. Ce manuscrit-là ne trouvera peut-être pas son éditeur, alors ce sera le prochain, ou celui d'après. À force d'en terminer, il y en a bien un qui passera, et tu seras devenu quelqu'un qui sait écrire des livres entre-temps.
C'est de la Clarté d'Intention à l'état pur : savoir ce que tu attends vraiment de ce que tu fais, et le ramener à ta portée. Ton rêve peut rester grand. Donne-lui juste un objectif à ta taille pour aujourd'hui.
Épisode complet à écouter là où tu écoutes tes podcasts.
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L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Tu cherches un passage précis ? La table d'écoute passe les transcripts de tous les épisodes au peigne fin.
Introduction
Ybelion — Hello les amis, aujourd'hui j'accueille Lydie qui a récemment sorti Briseuse de Marbre, avec une couverture absolument magnifique d'ailleurs. On discute de ses méthodes d'écriture, de ses inspirations mythologiques, de comment elle intègre des messages sociétaux et politiques dans des romans young adultes, et aussi de comment ses processus évoluent avec les projets et les réflexions personnelles. Je vous laisse avec cet épisode plein d'inspiration et je vous souhaite une très bonne écoute. Moi c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach ICF et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention, c'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi, parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute. En fait je t'avais découvert la première fois quand Soler a annoncé la sortie de Briseuse de Marbre, et alors en voyant sur Insta, la couverture était très belle, tu vois. Et quand je suis allé en bibliothèque et que je l'ai revue, j'ai flashé de fou en fait. Elle est vraiment, en tout cas elle est folle, vraiment.
Briefer sa propre couverture et garder un droit de regard
Lydie Tabarin — Moi quand j'ouvre mes mails, je suis en mode, waouh, mais waouh. Mais en plus, en fait je fais mes briefs pour les couvertures.
Ybelion — Ouais.
Lydie Tabarin — Et donc du coup j'avais proposé des illustrateurs et illustratrices, du coup j'ai eu l'illustratrice que je voulais. Et après je propose des concepts de couverture. Et celui-là, tu sais c'est un peu, c'est inspiré de l'ange déchu de Cabanel.
Ybelion — Ok.
Lydie Tabarin — Tu vois le tableau ?
Ybelion — Non, je le voyais pas, mais du coup, incroyable.
Lydie Tabarin — Il y a des gens qui ont été en mode, ah je sais pas si c'est une ref, je suis en mode, c'est une ref, c'est ce que je voulais. Et je savais pas si l'illustratrice pouvait le faire. Ah ouais. T'as vu, c'est un tableau qui est très horizontal et ma couverture est très verticale. Et je suis en mode, je sais pas si tu peux le faire, mais si t'arrives à me caser genre une petite pose, une petite ref, genre l'ange déchu, etc. Qui a l'épée et tout, je serais grave contente. J'ai vu les croquis, je suis en mode, bah ouais. Il y a eu 4 propositions, j'ai vu ce qu'on qui j'ai fait, bah en fait c'est lui, ouais.
Ybelion — C'est évident, ça m'étonne pas, elle est hyper réussie. Et puis en plus, tu retrouves le jaspas qu'il y a toujours sur les collections solaires, qui donne vraiment un petit peps en plus.
Lydie Tabarin — Oui, le petit serpent. Je sais pas si t'as vu, ils ont aussi ressorti mon premier en poche. Ah non, j'ai pas vu. Love Jalive, attends, je vais te le prendre parce que je l'ai. Donc du coup, mon premier était sorti chez Hachette Romance, c'était Les Fleurs les plus dangereuses, non pas d'épée. J'ai le grand format quelque part, mais il est pas ouf. Et ils ont, solaire, à ressorti en poche.
Ybelion — Ah oui, ok.
Lydie Tabarin — Donc il est incroyable, c'est la même illustratrice. Et elle a fait en poche, et regarde le jaspage.
Ybelion — Ouais, ça tue. Ah oui, avec le T et tout.
Lydie Tabarin — Le jaspage, t'as genre la théière, t'as genre le T, et t'as la cuillère en dessous.
Ybelion — La cuillère en dessous, ah putain.
Lydie Tabarin — C'est ça, mais je le regarde de profil, je suis obsédée par ça. Et les couleurs, etc. J'en m'en mets, incroyable quoi.
Ybelion — Ils font vraiment un travail exceptionnel, solaire, depuis qu'ils ont lancé. C'est assez impressionnant, franchement.
Lydie Tabarin — Oui, aussi en termes de collaboration avec les auteurs, tu vois, parce que, ben, c'est pas que je suis la dictatrice non plus. Mais maintenant, je demande des clauses de droit de regard sur mes couvertures. Donc en gros, j'ai fait le brief, et après, eux, ils voient. Mais au moins, ils savent ce que moi, j'attends. Et généralement, ils le savent aussi. J'ai fait des études en métier du livre, j'ai été journaliste. Je suis pas là pour être, tu sais, la meuf obsédée parce que je veux absolument mon personnage dans la couverture. Mais il y a des justifications derrière. J'ai une idée très claire de ce que je veux par rapport au marché. Donc on m'écoute. En tout cas, pour l'instant, mes capucines pour solaire, tu vois, sur ça, elle m'a écoutée de fou. Je crois, en plus, pour les fleurs, j'avais... En plus, pour les fleurs, elle avait... Je crois que c'était même pas obligé qu'elle me demande parce qu'ils ont racheté les droits à achète. Donc c'était même pas obligé que j'ai mon mot à dire. Et on m'a quand même laissé faire le... Enfin, j'ai quand même décrit les personnages. J'ai juste décrit les personnages, c'était quoi, leur caractère, à quoi ils ressemblaient, etc. Et j'ai laissé carte blanche à l'illustratrice. Pareil pour le jasper, j'ai dit, fais ce que tu veux. Et ouais, au fil des propositions, ça a des couvertures assez ouf, quoi.
Ybelion — Ouais, c'est clair. Tu le vois, toi, vraiment comme une extension de ton texte, la couverture. Tu l'as réfléchie comme ça, en tout cas.
« 4 mois sans écrire et tout va bien »
Voir la couverture avant d'avoir écrit la première ligne
Lydie Tabarin — Absolument. Mais il y a des livres. J'ai même pas encore commencé à les écrire. Je sais comment sera la couverture. J'ai une sortie... Bah, tu sais, j'ai annoncé deux signatures il y a quelques jours. Pour le crépuscule des légendes. J'avais la couverture en tête, l'illustrateur en tête, avant même de commencer. Après, c'est un illustrateur américain, donc je l'aurais probablement pas. Parce que généralement, les maisonnitions françaises privilégient les artistes européens, pour des raisons de paperasse, en fait. Mais ouais, j'avais la vibe en tête. J'avais la couleur de la couverture en tête, avant de commencer. Et ça a influencé l'écriture. Parce que c'est pour le crépuscule des légendes. Et en fait, dedans, t'as une société secrète de légendes urbaines dans les souterrains de la Cité Universitaire Internationale de Paris.
Ybelion — Ok.
Lydie Tabarin — Et du coup, en fait, les souterrains, c'est une sorte d'immense cathédrale souterraine. T'as un énorme vitrail. Et en fait, il est luminescent. C'est-à-dire, derrière, t'as une sorte de lumière bleue luminescente, un peu fluorescente, qui inonde toute la cathédrale. Et j'avais, en fait, ce bleu luminescent dans la tête, avant même de commencer à l'écrire. Je t'en bats la couverture, il y aura le vitrail et il y aura mon personnage. Ce sera comme le poster de mercredi pour Netflix, tu vois, avec le vitrail, etc. Sauf que moi, c'est un vitrail bleu luminescent, il y aura mon personnage. Et ce sera ça. Donc, d'ailleurs, faut que je fasse le dossier, le brief pour cette couve. En fait, il faut que je fasse le brief pour mes trois prochains projets. Mais je ferai ça quand j'aurai terminé mon tome 2. C'est pas prio.
Ybelion — C'est incroyable. Il y a beaucoup de projets en cours, du coup, qui sont dans des stades différents chacun.
Pourquoi tous ses romans font 90 000 mots
Lydie Tabarin — Ouais. Alors là, du coup, les fleurs ressorties en poche, c'est bon. Briseuse de marbre, c'est bon. Là, je vais en sortir le tome 2 de Briseuse de marbre. OK. Donc, je devrais participer au mot-triarcat d'Olivia Gomez pour le terminer, je pense. Mais ouais, il me reste, je suis à 50 000 mots et quelques, je crois. Il doit m'en rester 30 000, 40 000. OK. En fait, ça m'embête parce que Briseuse de marbre est le seul de mes romans qui passe la barre des 100 000 mots. Il fait 110 000 mots. Et en fait, tous mes romans font... Comme j'ai une structure très établie dans ma tête, dans mon processus, tous mes romans font systématiquement la même taille. Donc, tous mes romans font 90 000 mots et quelques. Donc, genre là, si je peux te le retrouver... Je suis bête, je dis pas Briseuse de marbre. Mais le crépuscule des légendes, il fait... Taki-taki-taki... 93 000 mots. Devosia, dont j'ai annoncé aussi la signature, il nous fait 92 000 mots. Et les fleurs... Il fait aussi, je crois, il avait été étoffé 97 000 mots. Et tous mes romans font dans les 90 000. Et là, je galère parce que je pense que je vais encore atterrir dans les 90 000. Sauf que ça va faire 20 000 mots d'écart entre les deux bouquins. Et je crois que... C'est pas joli, mais je peux pas allonger un livre juste pour l'allonger esthétiquement. Donc, on verra.
Ybelion — Comment ça se fait ? Tu disais, j'ai une structure en tête, ta méthodologie. Est-ce que tu peux en parler un peu pour voir comment t'arrives à retomber toujours ? Parce que c'est, pour le coup, assez fascinant. Tu vois que tu retombes toujours sur cette fourchette de 90 000.
Save the Cat, le désert francophone et la structure qu'on finit par intégrer
Lydie Tabarin — En tout cas, les éditeurs sont très contents parce qu'ils ont pas déprimé. Mais en fait, quand j'ai commencé à sérieusement écrire... Donc moi, j'ai fait le classique bac L. Ensuite, comme je savais que je voulais être journaliste, mais je savais aussi que j'étais assez libre de mes trois premières années d'études sup. Donc, j'ai fait un DUT, mettez du livre parce que pourquoi pas ? J'ai recommencé à écrire à ce moment-là grâce à une prof d'écriture créative. Et en fait, quand je me suis posé la question de comment écrire un roman, il y avait... c'était quoi ? C'était 2018. Je suis entrée en DUT en 2017. Parce que j'ai eu mon bac en 2017. Donc, ouais, à peu près 2018-2019. Et en termes de ressources françaises sur l'écriture, il n'y avait que dalle.
Ybelion — Ouais, à l'époque, c'est vrai qu'il n'y avait pas grand nombre.
Lydie Tabarin — C'était le désert. Et du coup, j'ai dû apprendre du côté des anglophones. J'ai pas le choix. Dieu merci, j'avais fait de l'anglais renforcé au lycée. Je pense honnêtement, une bonne capacité de mon anglais aujourd'hui vient justement de YouTube et compagnie. Mais du coup, j'ai saigné YouTube et toutes les vidéos d'auteurs américains, anglais, ce que tu veux, qui parlaient de structure narrative. J'ai lu les blogs. T'avais les cours en ligne de Coursera, Edix, etc. J'ai tout fait. J'ai tout fait. J'ai littéralement saigné le Internet écriture de l'époque. Et je me suis arrêtée sur ce qui finalement a marché pour moi. C'est la méthode Save the Cat.
Ybelion — Ouais. Tu vois, il y a le bouquin quelque part derrière.
Lydie Tabarin — Je l'ai, je l'ai. Et du coup, j'avais Save the Cat, Write a Novel. Et du coup, j'ai utilisé la structure sous forme de tableau Excel. OK. Donc, c'est avec les petits pourcentages, etc. Et je draftais, en fait, mes romans dans la structure pour m'assurer de suivre à peu près tous les points, en fait. Et je ne le fais plus. Mais j'ai intégré la structure. Je peux le... Je n'ai pas besoin de l'Excel. Genre, si je déroule la structure de mon roman comme ça, maintenant, je fais au lieu de dérouler ça dans Excel. Ça m'arrive parfois de vérifier pour la fin que je suis bien calée et que je ne traîne pas trop, que c'est pas... Voilà. Que c'est efficace en termes de rythme. Mais aujourd'hui, quand je drafte... Du coup, moi, maintenant, avant d'écrire, je fais un synopsis d'écriture. Donc, ce n'est pas un synopsis en une page. C'est juste un synopsis, mais complètement plus long. Qui peut faire au choix 5 000, 15 000 mots, peu importe. Ou en gros, je dis, OK, machin, fais ça, machin, fais ça, machin, fais ça. Et inconsciemment, j'arrive à suivre les bits de Save the Cat. Du coup, je retombe plus ou moins toujours sur mes pieds. Et aussi, je pense que ce qui contribue, c'est que comme j'ai une formation de journaliste, j'ai une écriture synthétique. Donc, je ne vais pas te pondre un pavé pour te pondre un pavé. Si tu veux faire une saga en 5 tomes, ce n'est pas moi que tu dois venir voir. Parce que je ne peux pas écrire autant. Je n'ai pas autant de choses à dire sur un seul sujet. Et donc, du coup, j'arrive à avoir une écriture assez concentrée. Ce qui fait que je retombe plus ou moins toujours sur les mêmes tailles de manuscrits, un petit peu.
Ybelion — Ce que je trouve vraiment cool dans ton partage, c'est que tu es allé te nourrir aussi d'outils formatifs. Typiquement, Save the Cat, tu es très bien. On parle aussi beaucoup de Trebi. Bref, il y a plein de choses. Mais tu n'es pas resté dans le truc de « Ok, il faut que j'apprenne encore plus, encore plus ». À un moment, tu l'as mis à l'épreuve. Tu es tout de suite allé tester. Et puis après, finalement, c'est un peu ce que tu dis. C'est que tu t'en libères de cette structure-là. Tu l'as en tête. Et puis à force, ça déroule.
Le moment où la structure bloque et où il faut la jeter
Lydie Tabarin — C'est ce qui s'est passé, je crois. C'est à partir... Je crois Briseuse de Marpe, ça a été le dernier. Après, j'ai commencé à l'écrire en 2021. Donc, ça a été... Ouais, je crois 2021-2022, je l'ai arrêté de l'utiliser dans l'Excel même. Mais au bout d'un moment, en fait, tu te rends compte que quand tu commences à penser structure avec ligne par ligne, ça te bloque et tu as besoin de le tèj et de faire ton truc. Mais au final, c'est... En fait, c'est pas... Je pense pas qu'il y a une... Il n'y a pas la bonne structure, mais il y a la structure qui te parle et qui fait tilt dans ta tête et qui fait que tu peux dérouler ton histoire. Et moi, ça a marché avec Save the Cat parce que c'était très calé. Peut-être qu'il y en a d'autres. Si tu leur donnes juste trois étapes, tu leur dis début, milieu, fin, c'est OK.
Ybelion — En fait, c'est ça qui est assez fascinant chez les auteurs. C'est que la seule question qui prime, c'est de quoi j'ai besoin pour écrire là maintenant. Et pour certains, ça sera... J'ai besoin de travailler une structure narrative, j'ai besoin de poser un plan. Et d'autres, ça sera... En fait, franchement, j'ai une intention claire, un personnage, let's go, quoi. Et c'est marrant parce que vraiment, chacun trouve sa méthode. Et voilà, l'objectif étant d'écrire des livres, c'est pour ça, à mon sens, la question la plus importante, c'est... OK, quel est le petit pas que je dois faire aujourd'hui pour aller écrire ? Qu'est-ce qui me manque ? Qu'est-ce qui me manquerait ? De quoi j'aurais besoin, etc.
Lydie Tabarin — Je pense que tu as l'intention d'écrire qui joue pas mal aussi.
Ybelion — Oui, ça, c'est de toute façon, toujours le premier pas, savoir où tu vas, parce que sinon, c'est l'équivalent de se retrouver dans une jungle et puis de faire... Très cool.
Faire un plan comme un guide touristique prépare son itinéraire
Lydie Tabarin — Mais surtout, je dois savoir pourquoi tu le fais. Parce que moi, la raison pour laquelle... Moi, je sais pourquoi je fais un plan. Je fais un plan parce que je considère que j'amène mon lecteur dans une aventure et je ne veux pas amener mon lecteur quelque part que je ne connais pas. C'est comme quand tu es guide touristique. Tu connais la zone. Tu ne peux pas juste débarquer en mode « Yolo, je vous fais découvrir, les gars. » Genre non, tu connais la zone et du coup, tu sais par où passer si tu veux aller un peu plus vite. Tu sais par où passer si tu veux prendre la route scénique. Et c'est pour ça, moi, je fais un plan parce que je suis en mode « En fait, si j'emmène les gens avec moi, j'ai besoin de savoir par où passer et je vais vous faire passer par les endroits les plus cools. » Et tu as des gens qui ne sont absolument pas dans cette mentalité, qui sont en mode « Je veux me découvrir moi, donc je n'ai pas de plan, etc. » Je ne peux pas faire ça. Mais c'est parce que j'écris aussi avec la publication en tête, avec le fait d'être lui en tête. Donc, on ne se projette pas du tout de la même façon dans l'écriture aussi. Donc, ça vient influencer la façon dont on écrit.
Ybelion — C'est trop cool de voir... Tu vois, moi, tous les auteurs avec qui je peux accompagner, j'entends que la principale difficulté, notamment au début, surtout les primo-auteurs, c'est cette dissonance entre la raison pour laquelle tu fais, pourquoi tu écris et le résultat que tu en attends. Et je trouve que c'est agréable de voir, notamment toi, quand tu dis « Ok, moi, mon objectif, c'est d'être publié, d'être lu. » Et donc, effectivement, quand ça t'éclaire, ça te permet de rentrer dans ton processus de manière beaucoup plus facile et d'être beaucoup plus efficace et d'aller vraiment là où tu veux aller. Et donc, c'est top. Bravo.
Lydie Tabarin — Merci.
Ybelion — Et...
Les processus évoluent parce que la raison d'écrire évolue
Lydie Tabarin — C'est cool aussi de comprendre que les processus ne sont pas figés justement parce que ta raison d'écrire n'est pas figée non plus.
Ybelion — Exactement. En tout cas,
Lydie Tabarin — ça se trouve, je vais me dire « Je vais écrire pour moi et j'écrirai un truc sans plan. » J'avais un projet, j'ai un projet de l'IT plus adulte, pas forcément de l'imaginaire, un peu adjacent quand même. Ok. Et lui, je sais que je ne peux pas l'écrire avec un chapitrage normal parce que ça ne fonctionne pas dans ma tête, parce que je sais que je n'écris pas pour l'histoire, l'histoire elle-même, mais j'écris pour les thèmes et je pense que je vais devoir aborder ça de façon thématique et faire peut-être un chapitre, un thème ou une poignée de chapitres, un thème. Enfin, je vais devoir retravailler toute la façon dont je fais une structure pour ce roman. Donc, voilà, c'est important, je pense, de garder en tête aussi que oui, les processus évoluent, c'est ok. Exactement. Ce n'est pas rassurant tout le temps, mais c'est ok.
Ybelion — Ouais, c'est ça, tu vois, c'est mouvant avec la vie, c'est cool aussi, c'est un jeu auquel on peut continuer à jouer tout le temps, tu vois, c'est trop bien. C'est trop bien, c'est ça qui est fascinant avec l'écriture. Et alors, tu parlais de thématiques, de chemin cool à faire visiter, Briseuse de marbre, c'est quoi, tu dirais, la thématique principale et les endroits cools où tu emmènes le lecteur ?
Briseuse de Marbre, trouver sa place dans une société qui ne t'attendait pas
Lydie Tabarin — Thématique principale, je pense qu'en vrai, j'ai toujours plus ou moins les mêmes thèmes dans mes romans. Dans Briseuse de marbre, ça va vraiment être le fait de trouver ça à place et se trouver soi-même dans la société, dans une société dont les règles n'ont pas forcément été conçues pour nous. Donc, c'est pour ça, il y a une double lecture que beaucoup de gens voient entre le, comment dire, la situation des héros versus les monstres et le racisme et les discriminations, etc. Je pense que c'est le thème qui sous-tend littéralement tout le roman et le tome 2 d'ailleurs. et j'emmène les lecteurs un peu partout. Je ne peux pas dire parce que je n'ai pas envie de spoiler, j'ai envie de garder à petite découverte. Mais ouais, je dis souvent que c'est un peu Percy Jackson mais plus young adult. Donc, on va partout les gars, on va partout. Putain,
Ybelion — tu sais que ça, là, tu touches à mon cœur d'enfant, d'ancien de Percy Jackson. D'ailleurs, ils sont aussi là quelque part dans la bibliothèque. Et putain, c'est trop cool. Mais c'est tout ça, je voyais aussi dans tes présentations où tu disais que tu étais fasciné par tous les mythes et tous les folklores. Et effectivement, c'est trop cool de se les réapproprier aussi. Là, du coup, j'imagine parce que du coup, je ne l'ai pas lu encore. Je l'ai au chaud je ne l'ai pas encore lu. J'imagine que notre très chère Méduse a une place plus ou moins particulière.
Méduse en héroïne, et ce qu'on décide d'appeler un monstre
Lydie Tabarin — Oui, c'est comme Médeline et la réincarnation de Méduse, elle est l'héroïne. Et du coup, en fait, c'est ça tout l'intérêt. C'est que pour une fois, elle n'est pas le monstre. Elle est l'héroïne. Après, ce qui est cool, c'est que dans la mythologie grecque aussi, les héros ne sont pas toujours irréprochables. Ils sont loin d'être irréprochables. D'ailleurs, c'est... c'est ça qui est intéressant dans la conception des héros grecs versus occidentaux américains, je dirais. C'est que les héros américains, ils sont irréprochables, ils font tout pour le bien commun. Les héros grecs, ils sont très humains, mais justement, ils représentent certaines valeurs. Certaines valeurs, là, tu vois l'odyssée de Christopher Nolan avec Ulysse. D'ailleurs, il faut que je fasse un poste dessus. Mais du coup, je vois Ulysse c'est très américanisé par rapport à ce qu'il est dans les livres. Dans les livres, il est malin. Genre, il est flûté, il piège, il y a même quelque chose de drôle, tu vois, quand il dit au Cyclope je m'appelle personne et le Cyclope il crie personne m'a fait mal. il y a de la malice dedans et c'est un truc que tu ne retrouves pas du tout dans le film de Nolan où il est très sérieux, très traumatisé de ses propres actes en très vétéran américain. Oui, oui. Et du coup, c'est intéressant aussi de jouer sur les conceptions qu'est-ce qu'un héros, qu'est-ce qu'un monstre. Tu vois, dans le cas de Medlin, elle a été étiquetée monstre dès le départ. Ça a toujours été le cas, ça fait des siècles pour toutes les réincarnations et elle n'est pas d'accord avec ce constat et surtout qu'elle va rencontrer des héros qui sont pires qu'elles, qui ont des actions bien plus monstrueuses que les siennes et leurs actions, à eux, ne sont pas remises en cause par l'autorité suprême qu'est l'Olympe. Et du coup, j'aime bien jouer avec tout ça, avec qui sont les héros, qui sont les monstres, qui ont raison, qui ont tort. Je ne pense pas qu'il n'y a pas de réponse blanche ou noire sur ce genre de sujet mais c'est intéressant de discuter les nuances et surtout pour de la littérature young adulte, tu vois tout le monde, pour l'instant, le retour que j'ai qui est assez unanime, c'est que, voilà, il y a des personnes qui ont aimé mais elles ont trouvé que c'était effectivement très ado. Et je suis en mode, oui, c'est des young adultes, ça fait pour être lu par des lycéens. mais, et ouais, c'est le principe d'amener ces thématiques-là vers un public jeune et en plus, j'essaye vraiment de faire, alors selon le young adulte que j'écris, parce que je peux écrire plus dans la tranche basse du young adulte ou plus dans la tranche haute, mais j'essaye vraiment de faire des livres qu'on veut lire ado. Donc voilà, il y a toutes les personnes qui veulent me lire, si vous attendez à une héroïne de 19 ans ultra mature, non, mon héroïne a 17 ans, elle passe le bac et elle n'est, ouais, c'est compliqué, c'est compliqué d'être.
Écrire pour des lycéens sans les prendre pour des imbéciles
Ybelion — Elle est en chemin, quoi, normal pour quelqu'un de 17 ans, quoi. C'est aussi intéressant de replacer ça, je dirais, dans la cohérence d'aujourd'hui, parce que tu vois, tous les héros de 17 ans ultra mature qu'on a pu avoir dans les anciens bouquins ou parfois les anciens films,
Lydie Tabarin — ouais, tu es en mode d'un nouveau à moins de 17 ans, ouais.
Ybelion — Ouais, voilà, tu vois, on n'était pas, donc c'est ça qui est cool aussi, c'est ça qui est cool aussi, forcément.
Lydie Tabarin — Je m'estimais mature, moi, je m'estimais grave mature au lycée et même avec le recul, tu vois, je pense que j'avais vraiment une maturité que d'autres n'avaient pas mais parfois, tu lis certains bouquins de Young Adult et tu es en mode ouais, mais quand même,
genre,
Six of Crows, ils ont 16-17 ans, à quel moment Cass Breaker a 17 ans ? Je ne sais pas si tu as lu Six of Crows.
Ybelion — Non, je ne l'ai pas lu, ma soeur l'a lu, elle m'en a beaucoup parlé mais je ne l'ai pas lu.
Lydie Tabarin — C'est génial, c'est génial, c'est honnêtement panthéon de ce qui se fait de meilleur en Young Adult, je pense. C'est en termes de rebondissement et d'intrigue, je pense que tu vas adorer les personnages, ils sont géniaux mais quand tu vas lire, tu vas dire, il n'y a aucun moyen que les personnages aient 16-17 ans. Genre, il n'y a aucun monde où Cass Breaker, ce mafieux, a dit quoi ? Genre, ce n'est pas possible. Genre, j'aurais été généreuse sur 19, tu vois, mais 17.
Ybelion — 17, c'est trop, ouais.
Lydie Tabarin — Non, non. Mais du coup, j'essaye, j'avais fait une newsletter dessus aussi sur justement les critiques des Young Adult trop jeunes et sur le fait que, voilà, il faut arrêter de s'insérer dans certains espaces de lecture qu'on n'est pas prêt pour ça, quoi.
Ybelion — Oui, ça, c'est le, c'est le fameux, tu as un lectorat cible quelque part, si le lecteur n'est pas dans ce lectorat cible, c'est difficile, c'est normal qu'il ne s'y reconnaisse pas, tu vois. Et donc, c'est aussi, je veux dire, en tant que, quand tu portes un regard critique sur un texte, c'est important de se mettre au courant de ça forcément parce que ça change ta lecture.
Lydie Tabarin — Tu as beaucoup de gens qui restent dans Young Adult parce que c'est ce qu'ils ont toujours lu et du coup, quand ils sortent sur quelque chose qui n'est pas aussi mature et sombre que ce qui peut se faire, ce qui peut être traduit depuis les Etats-Unis, l'Angleterre, etc., ils vont dire ah, c'est trop jeunesse, c'est trop jeune. Oui, tu l'as trouvé dans un rayon ado, tu l'as trouvé dans un rayon Young Adult, c'est génial. il faut que ce soit accessible à des lycéens, en fait.
Ybelion — Et pour toi, comment tu places ton curseur pour réussir à écrire pour plutôt quelqu'un qui serait au lycée et qu'est-ce que ça a de différent, par exemple, en gros, ma question n'est pas claire, je la répète, mais comment tu fais pour placer le curseur pour t'adresser vraiment à des lycéens et pas que ça devienne trop compliqué ?
Lydie Tabarin — Déjà, je pense qu'il ne faut pas prendre le lycée à port des imbéciles. Il ne faut pas prendre son lecteur à port des imbéciles. C'est un reproche que je vais avoir pour certains bouquins ados qui prennent vraiment le lecteur pour un jeune naïf qui doit apprendre la vie. C'est quelque chose qui m'agace pas mal, mais moi, je l'ai du Young Adult depuis que je suis au collège, donc depuis que je suis en quatrième. Donc, il y a des bouquins qui sont recommandés Young Adult, je les ai élus, j'avais 14 ans, j'avais 13-14. Donc, je sais que je peux tous les niveaux de difficulté en termes de... Après, je n'ai pas des intrigues ultra complexes et je reste majoritairement sur du one shot. Briseuse de Marre va exceptionnellement une suite qui n'était pas prévue quand j'ai commencé à l'écrire, mais il y aura une suite qui sera plus tome compagnon que suite d'ailleurs, mais qui sera un mix des deux. mais je pense ne pas prendre le lecteur déjà pour un idiot et chercher à ultra expliquer des choses ou à sous-expliquer des choses, etc. Et ouais, je pense que c'est les thématiques. Tu vois, dans Briseuse de Marre, Medline, elle est au lycée, tu vois, donc j'ai un peu... Il y a quelques scènes dans son lycée au tout départ et après, c'est surtout sa famille et d'autres... Du coup, un camarade, son ex, etc. J'ai un autre bouquin d'Evosia à la fantasy que j'ai annoncé il n'y a pas longtemps qui, elle, se classe plus dans le haut du young adult parce que les héros ont 18... Enfin, le héros a 19 ans, je crois. Je ne sais plus. Mais je sais qu'il est... Je crois il a 19 ans et la Love Interest a 20 ans. Mais on est sur une thématique où, tu vois, il n'y a pas le côté scolarité et c'est vraiment... Pareil, c'est trouver sa place mais c'est trouver sa place dans une société dans laquelle on ne se reconnaît pas, on ne partage pas les valeurs et du coup, c'est beaucoup plus subtile. Comme il y a un sous-propos politique, c'est aussi un peu plus... un peu plus complexe de ce côté-là et aussi la manière dont je l'écris. Briseuse de Marre, il a été écrit parce que c'est ce que j'aurais voulu lire à dos t'as un peu d'humour, t'as des dieux, t'as des monstres, etc. T'as de la baston. Genre, si t'aimes la baston... Ça, c'est un truc que je reproche beaucoup aux young adultes, c'est que quand tu passes du middle grade aux young adultes, t'as plein de bastons et de trucs fous qui disparaissent. C'est des bastons très sérieuses, tu vois. C'est vraiment dans une royale au couteau, etc. Et Sherman, mais où est genre Possédon qui intervient pour créer un tsunami ou quoi ? Je trouve, on perd en grandioses, tu vois.
Ybelion — Voilà,
Lydie Tabarin — et du coup, ça, j'ai voulu le ramener parce que je trouvais ça fun. Et oui, c'est de l'épopée comme on aime en lire quand on est ado. Tandis que pour d'autres, pour Débosséa, c'est un peu plus sérieux, il y a beaucoup moins d'actions, c'est beaucoup plus de l'intrigue de cours, c'est beaucoup plus des complots, des machins, etc. Et pour Le Crépuscule des Légendes, qui est mon premier roman écrit à la première personne, ce que je crie qu'à la troisième personne, et j'ai eu une petite fantaisie avec Le Crépuscule des Légendes, je l'ai crée à la première. Pareil, il n'a pas énormément d'actions non plus, mais grâce à l'héroïne, il y a un ton spécifique, je pense, qui tombera plus près de Briseuse de Marbre, justement, parce que tu as une héroïne de 17-18 ans qui vient de sortir du lycée. En fait, le résumé du Crépuscule des Légendes, c'est que tu suis une jeune fille qui s'appelle Aliana, qui est une grosse nerd, passionnée d'astronomie, excellente à l'école, excellente au lycée, qui a eu son bac avec je ne sais plus combien, mention, etc. excellente élève et elle se fait bolo sport-parcoursup et elle se retrouve accidentellement dans une école de Légendes urbaines. Sauf que elle, c'est une scientifique dans l'âme, elle est en mode, ça ne peut pas exister, soit vous êtes une secte, soit il se passe un truc, tu vois, et au départ, elle veut partir et elle passe un pacte avec le directeur de l'établissement qui n'est autre que Slenderman qui lui dit, on a des relations, si tu restes, ne serait-ce qu'un an, on te décroche l'établissement que tu veux, on te décroche l'université que tu veux, en France, aux Etats-Unis, ce que tu veux et elle, elle est en mode. Ok, c'est pour moi. Ok, mieux que Parcoursup. Et donc du coup, elle va rester, voilà, il va y avoir plein de choses, elle va mener l'enquête, etc. Mais dans le ton et aussi, tu vois, dans l'âge de l'héroïne et dans cet univers très, ça se passe à Paris, quoi, je sais que, voilà, je vais cibler plus jeune et enfin, plus jeune, que je vais cibler vraiment ma cible à plus 14, quoi, comme Briseuse de Marbre alors que Devosia, bon, il sera peut-être un plus 15 et peut-être plus pour des lecteurs qui lisent déjà de la fantasy, etc. Parce qu'il est un peu différent, mais ouais, je le sais au personnage, aux thématiques abordées, à l'ambiance aussi parce que je sais qu'en fantasy, comme j'ai un peu plus de liberté en termes de plume, je vais avoir tendance à écrire un peu plus un peu plus élaboré entre guillemets que je ne le fais pour Briseuse de Marbre ou Le Crépuscule où j'ai la première personne qui me cadre, quoi.
Ybelion — Et c'est intéressant, tu disais, donc tu écris principalement la troisième personne, tu t'es fait un petit kiff première personne, qu'est-ce que ça a changé à la fois dans ton écriture et dans le ressenti du livre ?
La première personne, la voix d'Aliana et le bond d'écriture
Lydie Tabarin — Déjà, en fait, j'avais un personnage qui, pour le coup, a une personnalité assez forte. Du coup, ça aurait été ultra stupide de ne pas le faire à la première. Parce que pour le coup, Aliana, comme j'ai dit, c'est une passionnée d'astronomie, donc c'est son intérêt spécifique parce qu'elle est autiste, donc elle voit tout à travers l'astronomie, c'est tout ce qui l'intéresse et ce dans quoi elle veut. Elle voulait aller à la fac pour faire de l'astronomie et de l'astrophysique de base. Et elle a un ton... Ce n'est pas une héroïne qui manque de confiance en elle. Tu vois, c'est un truc qu'on retrouve énormément dans l'une adulte. C'est les héros qui n'ont pas confiance en eux qui doivent trouver conscience. Moi, je suis autiste aussi. Je n'ai pas eu... Enfin, j'ai eu il y a très longtemps en tout cas la phase où je n'ai pas confiance en moi mais je n'ai jamais été en mode oh là là, je suis insecure, etc. Et du coup, je me suis dit je veux une héroïne qui a confiance en elle. Et son problème, ce n'est pas... Voilà, son problème, ça ne va pas être de passer de pas confiance à confiance en elle. Ça va être d'avoir confiance en elle et de réussir en même temps à s'adapter au monde autour d'elle, à s'ouvrir aux autres parce qu'elle est aussi très fermée par rapport aux autres à cause de son passé parce que, voilà, sa mère est morte d'un cancer, elle-même a eu une sémie, etc. Et donc, voilà, elle a un passé très difficile avec les gens et en fait, son but, ça va être de s'ouvrir aux autres tout en restant telle qu'elle est et voilà, c'est des enjeux qui sont différents et elle a aussi, elle a une voix qui est très... Elle voit tout pour ce que c'est en fait. Elle ne se laisse pas avoir par... par les apparences, par... Oh là là, les gens sont super gentils, elles sont magnifiques, elle est très méfiante, elle est très cynique. En fait, elle est un peu dans la lignée de Mercredi Adams. Je ne vais pas mentir, le crépuscule, je l'écris parce que je n'aimais pas la direction de la série. J'adore la famille Adams, tu vois, j'ai grandi avec les films, avec les vieux films, avec Rulia, etc. et surtout les valeurs de la famille Adams qui est mon préféré et j'ai revu la famille Adams en rediffociner il n'y a pas longtemps et c'est... J'ai aussi prévu de faire une lettre sur ça, dans ma nouvelle newsletter mais c'est une famille que j'adore parce qu'en étant anticonformiste, en vrai, elle expose en fait toutes les failles de justement de ce qu'on estime normal dans notre société. On estime que c'est une famille bizarre alors que non, les parents, ils s'aiment, ils aiment leurs enfants, ils les soutiennent dans leur hobby et dans le film, tu as des familles où les couples se disputent, les enfants sont ignorés, etc. Ils passent pour bizarre alors que c'est littéralement la famille la plus saine de tout le film, ils se soutiennent les trois et j'ai vu la direction de prenait la série, j'ai vu qu'ils ont donné un love interest à mercredi dans la saison 1, j'ai fait... Non.
Ybelion — Non, c'est vrai.
Lydie Tabarin — Non, c'est pas... Ce personnage n'en est pas là. Tu vois ? Du coup, c'est pour ça que dans le crépule, il n'y a pas de romance parce que le personnage n'en est pas là en fait. Son challenge, c'est pas le love interest, c'est de se faire des amis dans un premier temps. Déjà, il faut aborder ça dans un premier temps, c'est de se faire des amis et j'ai vu ça, j'ai vu la direction de Sapronet et j'ai fait... Je peux pas... Vous pouvez pas faire ça. Du coup, j'ai fait un personnage qui est un peu dans sa vibe pour des raisons différentes qui est noir aussi parce que j'écris que des persos noirs dans mes persos principaux une exception au tome 2 de Briseuse de Marbre. Exclusivité. Yes. Mais j'écris que des personnages en persos principaux et du coup, tu avais aussi l'enjeu d'avoir un personnage qui est noir, qui est handicapé, qui est autiste et qui a cette vision du monde un peu cynique, un peu sceptique et du coup, comme j'avais une voix super intéressante à travailler, je suis partie sur la première personne et honnêtement, mon écriture a évolué de façon stratosphérique à partir de ce roman. Il y a clairement avant et après Crépuscule. Genre, très clairement, je le vois... Je vois ce que j'ai écrit avec Les Fleurs, avec Briseuse de Marbre, etc. Juste après, j'ai écrit Le Crépuscule et ouais, j'ai progressé de fou, en fait. Ça m'a fait envisager, je pense, la narration d'une façon totalement différente parce que je narre comme mon héroïne donc je ne peux pas me permettre des envolées lyriques, etc. parce qu'elle ne fera pas ça. Je dois vraiment garder en tête sa voix, son référentiel, etc. Et pareil, j'ai aussi cette habitude depuis pas longtemps d'avoir des ouvertures de chapitres un peu fancy. Je ne sais pas si tu as failleté Briseuse de Marbre ou pas.
Ybelion — Non, pas encore. J'ai le secret total.
Ouvrir chaque chapitre par une citation ou une étoile
Lydie Tabarin — En gros, tu le verras sur le premier chapitre, en gros, je commence mes chapitres par une citation d'une oeuvre classique grecque qui fait référence à la mythologie grecque. Ça me permet de faire une petite intertextualité entre ce qui a été écrit et ce que moi je fais. Comme ça, tu vois, j'ancre mon récit par rapport aux autres et je montre que non, ce n'est pas moi qui ai décidé de faire ce que je voulais. Je pioche énormément dans les sources et dans le crépuscule, j'ai fait à peu près pareil. C'est-à-dire que chaque chapitre a un nombre d'étoiles et chaque chapitre commence par une brève description de l'étoile. Évidemment, je n'ai pas choisi les étoiles au hasard selon les chapitres. Il y a des personnages qui sont associés à des couleurs qui vont être associés à des étoiles. Parfois, c'est le nom de l'étoile qui donne un indice. En fait, je fais un peu du foreshadowing à chaque ouverture de chapitre. Je le fais pour Briseuse de Marve avec des citations. Je le fais pour le crépuscule avec des petites descriptions d'étoiles. Je ne sais pas quelle partie de tout ce process m'a fait progresser, mais quand je suis passée à Devosia, ma plume avait évolué mais de façon stratosphérique et je me relisais. Je suis en mode « Ok ? » « Ok ? » « Ok ? » Du coup, c'est pour ça que quand je suis sans le tombe d'Etoile de Briseuse de Marve et j'ai un peu plus de mal parce que ça me fait revenir à une écriture que je n'ai plus vraiment. Du coup, j'essaye de me dire « Du premier jet, tu verras la réécriture pour unifier, machin, tout ça, etc. » Mais je trouve qu'en termes de la manière dont j'aborde des thèmes, la manière dont j'écris, je rythme, etc., ça m'a énormément fait progresser d'écrire à une autre personne et je n'ai pas de projet pour l'instant de réécrire à la première personne mais j'aime bien faire des... En fait, changer de perspective comme ça, faire... Je pense que même faire du multipoint de vue ou des choses comme ça, ça peut te faire... Ça peut te débloquer un truc dans ta tête, dans ta manière d'écrire et c'est très cool en tout cas.
Faire passer un message politique sans gros sabots
Ybelion — Oui, c'est hyper intéressant de t'entendre parce que déjà, on sent que tout est bien réfléchi et puis ta créativité s'ancre aussi un peu partout, tu vois, dans les débuts de chapitres jusqu'à la couverture. C'est trop cool et je suis assez d'accord. Alors, si, ce qui est assez impressionnant aussi, c'est que tous tes choix sont aussi drivés par le fait que tu as envie de raconter une bonne histoire qui est cohérente. typiquement, le fait d'avoir un personnage qui est effectivement pas mal dans sa tête et de choisir de prendre le point de vue d'une première personne, ça permet d'être pleinement dans sa tête et donc de se concentrer sur ce qu'il y a dans sa tête. Et donc, j'entends que c'est pas mal drivé par aussi tout à fait ce qu'on disait au début, à savoir que l'intention, le pourquoi est important et donc tu as envie de raconter une histoire et donc tu te poses la question, ok, comment moi, je gère mes paramètres d'écriture quelque part pour que ça soit une bonne histoire et c'est trop cool. Et alors, la question qui m'est venue et qui est repartie aussi vite, donc je vais la retrouver, c'était, je vois aussi que même si tu écris du young adult, tu prends le temps aussi de passer des messages qui sont peut-être un peu plus, je dirais, sociétaux ou politiques. Comment tu fais, toi, déjà peut-être quels sont les messages qui sont importants pour toi et que tu as envie de transmettre, tu vois, et aussi comment tu fais, tu vois, pour trouver le bon équilibre et pas que ça soit, je trouve que ce qui est toujours compliqué parfois, c'est que ça soit tout en subtilité, tu vois, et pas que ça soit, genre, tu racontes une histoire et puis au milieu, il y a un gros panneau et voilà. Parce que tu vois, j'ai trouvé aussi, pardon, j'étends ma question, tu vois, par exemple, tu avais fait un post sur tout le teint à marque, on fait certains sur le fait que qu'il y avait des personnages noirs dans l'Odyssée, là, et je trouvais que tu avais justement un point de vue très intéressant sur ça et qui va, quelque part, que je ne m'attendais pas à trouver chez une autrice de Young Adulte. Et je ne dis pas ça du tout d'un point de vue, ce n'est pas du tout une critique, au contraire, j'ai été vraiment, ton post était vraiment hyper pertinent. Voilà, petit partage, petit bravo et puis petite question sur comment tu fais.
Lydie Tabarin — C'était l'aspect historique que tu avais retenu ou les aspects, les différentes heures, etc.
Ybelion — Je dirais plutôt l'aspect historique et en fait, il y a aussi le fait que ton post, je l'ai lu en entier parce que, en fait, moi, tu vois, c'est le genre de, personnellement, c'est le genre de sujet qui ne m'intéresse pas trop dans le sens où je suis très content que chacun fasse son interprétation de ce qui a pu arriver avant et je ne comprends pas trop les gens qui sont mordicus à dire c'est incohérent parce qu'il y a un personnage qui est noir. Je ne comprends pas ces gens-là, tu vois. Et donc, tu vois, je survolais ces postes-là, je dirais, et le tien, je les trouvais vraiment très pertinents. Et donc, il y a aussi ce côté, tu vois, tu racontes de bonnes histoires même dans un poste et j'ai trouvé ça trop cool.
Lydie Tabarin — Ouais, mais en plus, ça, c'est un sujet qui me démangeait depuis longtemps parce que je travaille sur Brise aux Demars depuis 2021 donc j'en ai poncé deux, bon, un peu exclusivité mais j'ai des personnages justement, comme Hélène de Troyes et ses frères, etc., qui sont dans l'histoire. Donc, je suis dedans, en fait, tu vois, et je ponce la page d'Hélène depuis des semaines parce que j'écris sa réincarnation, tu vois, et je suis en mode mais je... Généralement, je suis en mode je dis rien, je dis rien, je dis rien et je suis tellement sous les doigts de dire n'importe quoi et je suis en mode oh, je peux pas, je peux pas. Mais ouais, en fait, c'était important. j'avais déjà fait un post sur les contes sur la petite sirène il y a quelques années quand le remake de Disney est sorti.
Ybelion — Ah oui, ouais, pareil.
Il n'existe aucune version canon d'un mythe
Lydie Tabarin — Justement que c'est... Enfin, il est très bas du coup dans mon feed mais en gros que justement c'est le fait de réinterpréter... Enfin déjà qu'il y a pas de version canon des contes. Pareil que les mythes, les légendes, il y a 20 000 versions. Genre, si je te demande c'est quoi la fin du petit chaperon rouge, je suis sûre que t'as une fin différente de celle que j'ai en tête, tu vois. Je pense que on a tous entendu donc t'as des gens qui vont dire ah bah oui, le loup, il mange la grand-mère, le petit chaperon et ensuite ils ouvrent le loup, ils lui mettent des pierres et ils le coulent dans une rivière, tu vois. Et t'as des gens qui vont dire mais pas du tout, tu vois. Enfin, il y a plein de versions et c'est justement ça qui est intéressant, c'est le fait que toutes ces versions, elles convergent autour d'une seule oeuvre et du coup autour des thématiques de ces oeuvres. Et c'est pour ça que mon point de vue sur l'Odyssée de Nolan, tu vois, c'est pas que c'est bon ou pas bon, c'est que c'est une réécriture et qu'en soi, ça alimente la conversation autour d'une oeuvre qui traversait le siècle pour de très bonnes raisons.
Ybelion — Ouais, c'est clair.
Lydie Tabarin — Et ce qui m'énervait du coup, pour Hélène de Troyes, c'est la manière dont on vient gommer les particularités de certaines périodes de l'histoire.
Ybelion — Ouais.
Lydie Tabarin — C'est-à-dire qu'il y avait, tu vois, j'ai expliqué en loin en large en travers que, en plus, j'ai personne, j'ai des gens qui sont venus me contredire en dème parce que j'ai fermé les commentaires au bout d'un moment, je suis en mode je suis pas là pour faire la modo. Les gens sont très désagréables.
Ybelion — Ouais, sur ces sujets-là, c'est infernal.
Lydie Tabarin — J'ai des gens qui venaient me contredire mais ils contredisaient pas mes arguments. Ils me disaient pas non mais là, t'as faux parce que telle date ou tel peuple, etc. Non, ils me répétaient leurs mêmes arguments en boucle. J'avais déjà présenté des preuves factuelles qui est que si tu ouvres l'Odyssée, les Éthiopiens, ils sont cités, genre je crois c'est le quatrième paragraphe parce que c'était les seuls peurs, c'était le seul peuple avec qui les dieux aimaient bouffer parce qu'ils étaient grave cool. On te dit qu'ils sont magnifiques, t'as un roi éthiopien qui est dans l'Iliade qui rejoint justement Hector pour, enfin, il y a des preuves, il y a des écrits, il y a tout. En plus, en plus, le débat est lunaire parce qu'on parle d'une meuf qui est née dans un œuf. Alors, qu'est-ce que tu veux que je fasse à partir de là ? Non, mais Hélène était... Hélène est née dans un œuf. Elle n'a pas existé parce que les humains ne naissent pas dans des œufs. Je suis désolée.
Ybelion — C'est là, tu reprends les cours de SVT de seconde, tu fais, moi, alors attends, regarde.
Lydie Tabarin — Le débat est lunaire, tu vois, alors qu'on peut avoir plein d'interprétations que c'était une période extrêmement diverse. S'il vous plaît, les gars, allez à l'Institut du Monde Arabe ou au Mucem parce qu'il y a plein d'expos sur la Méditerranée, les villes méditerranéennes, etc. Enfin, c'est... On le montre, il y avait énormément d'échanges dans la Méditerranée et moi, c'est aussi pour ça que j'ai voulu reprendre la mythologie grecque justement parce que c'est quelque chose avec lequel on a tous grandi et moi, j'avais des avis sur certaines choses et je me suis dit, attends, on a toujours des réécritures, des héros, des machins, etc. Moi, je vais prendre Méduse et en plus, pour Méduse, c'est né d'une nouvelle de base qui était pour le concours de rageaux qui s'appelle Nos Identités et en fait, j'ai eu l'identité de Méduse parce que moi-même, bon là, tu vois, j'ai des lox aujourd'hui comme Edeline mais quand j'étais plus jeune, j'avais des nattes, etc. Évidemment, à l'école, j'ai eu droit à tous les surnoms possibles dont, tu vois, tout ce qui est poulpe, Méduse, etc. Et j'ai eu un flash devant mon numéro et j'ai fait, mais c'est bien sûr, Méduse est noir, pou pou. Et du coup, j'ai écrit autour de ça mais ouais, c'est des débats très lunaires alors que justement, c'est super fun de réinterpréter
Ybelion — les mythes
Lydie Tabarin — qu'on connaît tous et surtout avec un angle absolument différent. Tu vois, c'est un truc que j'ai beaucoup entendu, c'est que mon livre était très différent de ce qui se fait et je t'abattais, bah merci, mais en même temps, vous n'avez pas, en même temps, j'ai un peu la seule héroïne guadeloupienne du rayon donc je me doute mais oui, j'avais envie de proposer un truc différent et je crois que j'ai oublié ta première question d'ailleurs.
Ybelion — Non t'inquiète, c'était dans cette lignée-là, c'était quelque part les messages importants pour toi que tu véhiculais et là j'entends que dans Briseuse de Marbre, déjà rien que le fait que ça soit un personnage noir qui incarne un des monstres les plus célèbres de la mythologie, quelque part, c'est déjà dans cette lignée-là.
Le thème que tu essaies d'éviter est celui de ton livre
Lydie Tabarin — Tu poses une situation où t'es obligé de parler du rapport de pouvoir en fait, entre les monstres, les héros, les dieux, t'es obligé et je dirais aussi que c'est impossible d'écrire un livre qui n'a pas de message politique. J'ai essayé, à chaque fois ça a été l'enfer pour les corrections éditoriales parce qu'on se dit ah je vais écrire une petite fantasy, tout est beau, tout est joli, etc, ça va être de l'ambiance, etc, il n'y aura pas de gros thèmes politiques, machin, etc. T'écris et tu vois à la réécriture qu'il manque quelque chose et t'essayes de mettre le doigt dessus et en fait le doigt dessus c'est le truc que tu sais d'éviter en fait. comme l'a fait pour les fleurs, les fleurs au départ il y avait, les fleurs les plus dangereuses n'ont pas d'épines, il n'y avait pas un tel propos sur la colonisation au départ, sur le fait d'être, de grandir ailleurs que sur nos, les terres d'origine de nos parents, grands-parents, etc, il n'y avait pas ce propos et en fait à la réécriture je n'ai pas eu le choix que de l'ajouter parce que c'était une des couches qui donnait toute son épaisseur au roman et pareil pour Devosia qui est une fantasy avec des miroirs enchantés qui se passent sur une presqu'île qui ressemble au Mont-Saint-Michel tout en vert. J'étais en mode je vais écrire une fantasy où c'est beau, où c'est enchanteur, etc. Et là je m'en suis rendue compte à la fin, je n'ai pas encore fait de réécriture sur ce texte mais je m'en suis rendue compte justement c'est ce que je te disais, tu vois c'est tout en propos politique sur le fait de grandir dans une société dans laquelle on ne se reconnaît pas, dont les valeurs ne nous correspondent pas, qui a évolué de telle façon qu'on a l'impression de participer à un système qui est néfaste. Tu vois, c'était pas le propos au départ. Moi au départ c'est en mode je vais écrire un truc avec des miroirs et ça va être joli et tout et à la fin je me suis dit bah ouais mais en fait je peux pas passer à côté de ça parce que c'est ce qui sous-tend en fait toute la quête des personnages, la raison pour laquelle ils se trouvent, etc. J'ai voulu omettre ça, j'étais en mode de vas-y pas de gros messages, je fais de la fantasy très simple, etc. Mais en fait non, je peux pas parce qu'on voit qu'il y a un trou dans mon texte, tu vois, moi je le sens comme ça, je vois qu'il manque quelque chose qui vient faire un peu le lien du texte qui vient ouais je veux dire consolider l'ensemble et je pense aussi ma lecture du monde, j'ai toujours, je suis plus ou moins la politique depuis le collège, j'ai toujours été très intéressée par le fonctionnement de la société, c'est ma grille de lecture, je peux pas, je peux pas me détacher de ma grille de lecture en écrivant, c'est impossible, c'est mon regard, je peux pas prendre les yeux de quelqu'un d'autre, c'est impossible et du coup, bah du coup, dévociage, je vais devoir le retravailler en gardant en tête ce propos là qui du coup n'apparaît, enfin tu le vois en filigrane en fait mais tu sens que, ouais, je sens qu'il manque un truc, tu vois, il faut un truc pour le consolider et en fait, c'est ça, c'est le propos, enfin c'est le thème, c'est le message que t'essayes d'éviter où tu te dis où je vais y aller doucement sur le message etc, bah non tu peux pas, tu peux pas, c'est ton regard, c'est aussi pourquoi t'écris le livre, tu vois, tu te dis ouais j'écris le livre pour cette raison, c'est faux, c'est faux, t'écris pour une autre raison que t'as pas encore accepté etc, et du coup, c'est pour ça que maintenant je suis en mode je n'écris plus un seul bouquin tant que je sais pas c'est quoi le véritable thème qui sous-tend le bouquin parce qu'à chaque fois tu te retrouves piégé en fait, je trouve c'est grave dur, tu sais, je m'en suis rendu compte c'est vraiment en écrivant je crois les 20 derniers pourcents je me suis dit bah bien sûr, bah bien sûr et tu te retrouves, tu te retrouves, parce que c'est tellement subtil tu vois, c'est pas un problème de rythme, c'est pas un mauvais personnage, c'est un thème qui est en filigrane et toi t'essayes de le décrypter à travers tes propres mots et c'est infiniment plus dur que d'écrire dès le départ comme ça, tu vois, t'es là en train, en fait tu te cherches à travers les lignes,
Ybelion — exactement,
Lydie Tabarin — et tu galères dessus parce que ben, si c'est un travail d'introspection etc, et t'es en mode je suis venu pour écrire pas pour faire de l'autopsychologie, tu vois, mais c'est...
Ybelion — bah ouais, tu vois, mais c'est ça qui est toujours fascinant, c'est que, alors déjà t'as ce côté, effectivement, quand ton message est pas clair, bah c'est vraiment, on retombe dans ce qu'on disait au début, c'est-à-dire, tu pars en vacances mais t'as pas mis de GPS, bon bah super, tu prends des routes et puis tu tournes en rond quoi quelque part, et puis...
Lydie Tabarin — Ah ben c'était ça, fallait que je prenne la route et la route !
Ybelion — Et puis après t'as ce côté, en fait c'est ça aussi que les gens sont sensibles à ce que tu mets toi dans un livre, et donc si tu viens pas aussi te confronter aux propres enjeux que tu peux avoir ou aux propres messages vraiment que t'as envie de passer, en fait, quelque part, tu... tu auras toujours cette espèce de sentiment un peu d'inachevé quoi. Et moi, je vois tout, je vois très souvent et en fait je dis très souvent parce que des formations professionnelles, j'aime pas les toujours et les jamais, mais en vérité, dans 99.9% des cas, le vrai switch dans le processus d'écriture, c'est quand tu te rends compte de ce que tu traverses toi-même en écrivant. Et à partir de là, il y a vraiment un truc où tu te sens beaucoup plus libéré et là, bizarrement, tous les problèmes de j'ai pas le temps, peut-être que mon personnage, il est si, machin et tout, tout ça s'efface parce qu'en fait, tu retrouves une vraie clarté et tu traverses le vrai enjeu que de se faire vivre ce livre. Et ça, c'est vraiment magnifique.
Le miroir cassé de Sapporo et le refus de la complexité
Lydie Tabarin — Il ne faut pas avoir peur de la complexité aussi parce que quand j'ai commencé à écrire des vociages, j'étais juste en mode, j'ai eu l'idée parce que j'ai fait un PVT d'un an au Japon et c'était en septembre 2024, je travaillais dans une auberge de jeunesse à Hokkaido, donc à Sapporo. Donc en gros, je faisais avec d'autres volontaires comme moi, en fait, on était hébergés, on était nourris les midis qu'on travaillait, les soirs qu'on travaillait et en gros, du coup, on faisait les ménages, les changements de lits, etc., la routine d'une auberge de jeunesse et moi, à un moment, je m'occupais d'un étage où je faisais tous les lits, la partie évier, etc., et il y avait un miroir qui était cassé et je pense que les Japonais n'ont pas les mêmes superstitions que nous en France mais moi, ça me dérange, je veux un miroir cassé, tu vois, et je l'essuyais, etc. Et en plus, à l'époque, quand je travaillais, j'écoutais des podcasts d'écriture. J'écoutais tous les podcasts d'écriture francophone, anglophone qu'il est possible d'écouter, en tout cas, la plupart, et j'écoutais, je sais même plus ce que j'écoutais, c'était un podcast sur l'écriture en anglais, peut-être Ville Schwab, et j'ai nettoyé le miroir et je me suis dit, tu sais, j'ai nettoyé le miroir parce que j'ai pas le choix et je suis en mode, j'essaye de pas me regarder dans la partie qui est fissurée, tu vois, j'essaye de pas me, tac, de croiser la fissure et j'ai eu cette idée d'un monde avec des miroirs ou des miroirs enchantés ou si le miroir se brise, si toi, t'es dans la trajectoire du miroir, le miroir, il te fait la même chose. Voilà, donc, et je te vois, ben voilà, ça va être très enchanté, ça va être très beau, un peu cruel, tu vois, j'aime bien tout ce qui est enchanté et cruel, un peu comme ce que fait Oli Black avec tout ce que fait le prince cruel et ses fées, tu vois, ses fées sont superbes et c'est des fous furieux, tu vois, ils sont cruels, ils sont horribles, ils vont te regarder mourir avec un sourire et ils sont magnifiques et j'aime bien ce côté où t'as vraiment le beau et le cruel qui se côtoient et je me suis dit faire un truc, voilà, qui est beau, qui est un chanteur, etc., il y aura du faire des miroirs, nanana, et ouais, en fait, non, je me suis retrouvée piégée parce que c'était pas ça le propos, tu vois, tu veux faire facile, tu veux faire simple mais les êtres humains ne sont pas faciles, les êtres humains ne sont pas simples et donc voilà, en fuyant la complexité, je me suis rajouté une autre complexité qui était de comprendre c'était quoi le vrai propos de mon roman et donc maintenant, je l'ai, donc c'est cool, je peux le retravailler beaucoup plus facilement et si j'avais eu ça dès le départ, j'aurais peut-être moins galéré au fil de l'écriture et ouais, en fait, ça n'a rien de fuir le complexe, de toute façon, si un propos, autant le mettre, si l'histoire le sert correctement, ce ne sera pas, voilà, ce ne sera pas, comment dire, ce ne sera pas à porter avec des gros sabots, tu vois, genre si l'histoire suit le propos, enfin, il va de soi, en fait, alors c'est vraiment, si ça sort de nulle part, d'accord, on se dit, enfin, en fait, si ce n'est pas préparé en amont, on se dit, ouais, c'est bizarre, mais si on voit le propos qui est tissé en filigrane tout au long du roman, quand il y a un message un peu plus important qui arrive, ça, voilà, on ne se dit pas, oh là là, c'est grave politique d'un coup, enfin, on le voit venir, quoi, ne pas fuir la complexité, ne pas vouloir faire simple, moi, maintenant, je sais qu'à chaque fois, je sais que je ne dois plus me dire, ouais, ça peut être simple si je prends conscience de mes thèmes dès le départ, mais je sais que ça veut, que dire, je fais un truc simple où il n'y a pas de gros messages, non, c'est faux, ça ne marche pas, il y aura un message et je vais galérer à le trouver et après, je vais galérer à réécrire tout mon livre.
Ybelion — Et on parlait là de, quelque part, de ce qu'on apprend sur nous en écrivant, aussi au travers de ces thèmes qui sont importants pour nous, toi, c'est quoi la, peut-être la plus belle chose ou la chose la plus précieuse que tu as apprise sur toi-même dans les écritures de tes romans ?
Une compétence par roman, comme un arbre de talents
Lydie Tabarin — Ah, c'est dur ça. Je ne sais pas si, je serai là tout de suite, je ne saurais pas dire en mode, oh, j'ai appris ça sur moi-même, mais je sais que à chaque fois que je termine un roman, je me sens beaucoup plus capable par rapport à mes prochains projets et surtout qu'en plus, je les sélectionne de façon à ce que mon prochain projet soit à ma portée, donc je puisse l'écrire, mais qui est une part de challenge pour me faire progresser. Et du coup, oui, en fait, c'est ça qui est cool, c'est qu'à chaque fois que je termine un roman, à chaque fois que, c'est pour ça que j'aime le retravaille aussi, enfin, je préfère le retravaille au premier jet, parce que du coup, j'ai une matière, c'est, là, le premier jet, tu vois, je galère parce que tu dois sortir la matière première du néant, tu vois, c'est infiniment plus dur qu'avoir déjà quelque chose et le modeler à ta façon. Et c'est pour ça que j'aime le retravaille, parce que du coup, je peux dire, ah bah oui, j'ai envie que ça ait cette forme, etc. Enfin, c'est beaucoup plus amusant et à chaque projet terminé, tu prends confiance, en fait, pour les projets suivants, pour des projets plus complexes, tu te dis, j'essaye en plus de bosser généralement une capacité un peu par roman, tu vois, pour Le Crépuscule, c'était ma capacité à faire naître une voix, parce que du coup, j'étais à la première personne, donc la capacité à interpréter un personnage. Pour Devocia, c'était plus en termes de plumes, pur et simple, de ma façon d'écrire, comment, si j'y vais à fond dans ce que je suis capable de faire en termes de langue, en termes de phrasé, etc., qu'est-ce que ça donne. Prochain projet, je ne sais pas encore. J'ai du mal à trouver un truc qui va me challenger par la suite, j'hésite entre de la science-fiction, parce que je n'en ai jamais fait, également de la première personne, donc ça pourrait être intéressant, ou peut-être une fantasy plus classique, plus romantique, parce que j'ai un projet de réécriture de ballet qui me traîne dans la tête depuis un bout de temps. Mais du coup, je trouve que c'est ça le plus intéressant, en tout cas, c'est la confiance qu'on gagne en terminant des projets et sa capacité, justement, à aller chercher d'autres projets. C'est un peu comme les arbres de compétences dans les jeux vidéo,
Ybelion — tu vois. Tu sais que depuis tout à l'heure, je me dis, elle gamifie son écriture de fou.
Gamifier l'écriture avec 4TheWords quand on a un TDAH
Lydie Tabarin — Je sais pas ce que je suis une gameuse, en fait.
Ybelion — C'est ça, en fait.
Lydie Tabarin — Même pour écrire, j'utilise un site qui s'appelle For The Words.
Ybelion — Ouais.
Lydie Tabarin — Tu connais ?
Ybelion — Je connais de nom, mais je ne l'utilise pas.
Lydie Tabarin — Voilà, tu vois, c'est une plateforme d'écriture où tu bats des monstres en écrivant, tu vois. Et comme j'ai un TDAH aussi, je suis un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, pour ceux qui ne connaîtraient pas. Comme j'ai aussi un TDAH, du coup, tu vois, ça m'aide à me lancer, tu vois, parce que je ne suis pas en train d'angoisser, de procrastiner devant ma page. Je suis en mode... En plus, il y a des événements très récurrents, donc je suis en mode « Ah, il y a un événement, il faut que je batte telle montre pour avancer dans l'histoire où c'est aussi l'aspect jeu que je trouve très chouette dans l'écriture. Et ouais, je vois ça comme un arbre de compétence de jeu vidéo. Tu vois, une fois que j'ai gagné un peu en compétence dans la partie, par exemple, personnage, je peux me dire « Allez, je vais bosser un peu à la partie univers avec un univers beaucoup plus complexe ou la partie écriture avec une plume un peu plus élaborée, etc. » Et j'essaye, voilà, de me lancer des channels qui me permettent de toucher à tout parce que si je ne fais que des romans à la première personne non-stop, juste pour le plaisir de les faire à la première personne, ce n'est pas intéressant. Je préfère... C'est intéressant s'il y a un autre genre qui vient dans l'histoire, s'il y a plusieurs points de vue, si je vais dans des univers qui n'ont pas été trop faits auparavant. Mais ouais, le but, c'est de se challenger et de progresser. Tu gagnes en compétence et plus tu peux faire de nouveaux projets. C'est comme le sport, ce que je fais du sport.
Le volley, le snowboard et le plaisir qui vient avec le niveau
Ybelion — Ouais, je vous avais vu dans tes descriptions et effectivement, le parallèle entre le sport et l'écriture est assez flagrant. C'est cet aspect qui pourrait être un peu meilleur tous les jours et c'est ça qui te fait...
Lydie Tabarin — Tu vois, je fais du volleyball, tu as plein de personnes, leur souvenir de volet, c'est collège, c'est lycée et c'est théorique pour eux parce que c'est dur de faire une manchette. Ah,
Ybelion — les manchettes là, putain, ça claque.
Lydie Tabarin — Je n'aime pas les manchettes, je déteste ça mais en plus, j'ai un poste qui fait que j'en fais moins et que je suis plus amenée à faire des... Enfin, bref.
Ybelion — Tu joues plus devant du coup. Mais ouais, je suis centrale. Mais centrale.
Lydie Tabarin — Non, IQ, tu vois, je suis comme Inata, je suis devant. Je ne joue quasi pas derrière donc j'ai moins besoin de faire des manchettes mais tu vois, si je dis aux gens de penser à leur souvenir de volet, du collège et du lycée, ils vont se dire c'était l'horreur. Mais c'était l'horreur parce que vous étiez débutant, parce que vous n'aviez que quelques semaines pour apprendre les règles et comment jouer décemment alors que moi, je fais de la compétition donc j'ai deux entraînements par semaine, j'ai des matchs le week-end donc forcément, j'ai des compétences qui sont un peu au-dessus de ce que j'avais au lycée et je m'éclate beaucoup plus parce que j'ai beaucoup plus de choses dans mon arsenal parce que je sais que je ne vais pas avoir toute mon énergie centrée sur passer la balle. Je sais que je vais pouvoir faire telle attaque, telle feinte et c'est ça en fait, plus tu, et je le vois aussi avec les équipes masculines de mon club parce qu'on a des équipes jusqu'en élite donc sur les plus hautes divisions françaises, je le vois, ils font des trucs de zinzin, tu les vois jouer, t'es en mode mais comment ça se fait que tu sautes et tu restes dans les airs pendant 5 secondes genre. Moi, je saute et je retombe après, tu vois. Et tu vois, j'ai progressé sur ça maintenant quand je saute, j'arrive à avoir ce petit moment où je suis figée avant d'attaquer et oui, en fait, plus tu progresses et plus tu as d'outils à t'apporter et plus tu peux faire des choses cool en fait. Et c'est pour ça que oui, les débuts, c'est dur parce que tu ne sais rien faire, tu n'as rien, tu rames mais plus tu progresses, plus tu gagnes en compétences et plus tu peux faire des choses fun et plus tu peux t'amuser en fait. Donc, tu vois l'écriture aussi comme un jeu quoi.
Ybelion — Carrément, carrément. De toute façon, à mon sens, c'est toujours cet objectif de mettre toujours le kiff au centre. Écrire, c'est long. Tu ne finis pas d'écrire en une semaine donc si tu n'aimes pas le processus, vas-y, on n'est pas là pour souffrir. Et donc effectivement, mettre le kiff mais tu vois, ce qui m'impressionne dans ton partage, c'est que j'ai la sensation que tu vois l'obstacle et le fait de ne pas savoir comme un carburant toi-même et de dire putain, ce truc-là, je ne l'ai jamais vraiment fait. Ça serait trop cool d'essayer pour être capable de le faire. Et c'est vraiment une mentalité trop cool. Et bravo de voir ces nouveaux défis comme des carburants. Parce que tu vois, c'est aussi pour ça que je suis hyper content de t'avoir du coup là encore plus que ce que je disais au début. Parce que très souvent, chez les auteurs débutants, c'est ça qui coince. Tu vois, c'est, ah mais il y a un truc que je ne sais pas faire, du coup, j'abandonne. Mais en fait, tu vois, là, tu partages justement que, mais c'est trop cool, il y a un truc que tu ne sais pas faire, c'est-à-dire que tu vas avoir un peu de temps à le faire. Et c'est trop bien. C'est trop bien.
Lydie Tabarin — Mais en plus, je pense que ça va, je fais ça dans la vie pour tout, tu vois, mais je conseille aux gens vraiment de, ça m'a pris du temps parce que je faisais de l'anxiété sociale quand j'étais au lycée. Et quand j'étais à la fac, je me suis mise à faire des choses. Par exemple, j'ai intégré le conseil régional des jeunes villes de France. Donc du coup, on avait des plénières, on travaillait sur des sujets pour la jeunesse francilienne, etc. Et c'est terrifiant au départ. Ça te sort vraiment de ce que tu sais faire. Tu rencontres des, Valérie Pécresse, un peu inévitable, mais voilà, tu rencontres des gens qui sont politiquement bien placés, qui bossent sur des dossiers, etc. Et c'est terrifiant au départ, mais plus tu, ouais, plus tu sors de ça et plus tu te dis, mais en fait, il y a plein de choses qui sont trop cool là dehors, en fait. Genre, c'est trop bien. Je peux faire un milliard de choses. Moi, c'est mon emploi du temps. Si les journées ne faisaient pas 24 heures, je ferais encore plus de choses que j'en fais déjà. Mais c'est aussi pour ça que j'ai commencé à faire pas mal de sport quand je suis entrée à la fac. Là, tu vois, quand j'ai fait mon permis vacances de travail au Japon, rien que ça, pour les gens, j'ai l'impression que c'est le truc de ouf alors que j'avais planifié mon année. On dirait que je fais les choses à l'improviste, mais en fait, je planifie de fou. Et après, comme ça, je profite le moment venu. Tu vois, mais mon année au Japon, tu vois, c'est un truc de fou furieux pour beaucoup de gens alors que moi, je l'avais planifié. Donc moi, je suis en mode, ça va, c'est dans les clous. Tu vois, et après, sur place, tu découvres, quand j'y étais, j'ai travaillé dans une station de ski parce que je voulais apprendre à faire du snowboard parce que j'ai toujours trouvé ça trop cool. Tu vois, je trouve ça beaucoup plus cool que le ski visuellement. Et j'en avais jamais fait parce que les sports d'hiver en France, c'est cher. Et du coup, tu sais quoi, au Japon, je vais bosser dans les stations et je vais apprendre, tu vois. Et littéralement, la première fois que j'ai pris un snowboard, j'ai pris mon snowboard, j'ai pris mes bottes, on m'avait montré comment le mettre. J'étais en haut de la montagne, je me suis attachée à mon snowboard et j'ai fait, bon, on va voir. On va essayer de descendre, tu vois. Donc maintenant, je sais faire du snowboard. Mais tu vois, le début, ça a été, je prends un snowboard, je vais en haut d'une montagne, tu vois. Et puis,
Ybelion — tu descends sur les fesses parce que au début, le snow, c'est super bien.
Lydie Tabarin — Je me suis allé sur les genoux parce que je n'arrivais pas à me relever sur les fesses. Du coup, j'étais en mode, j'essaye de tourner. Enfin, j'ai galéré un peu, je me suis retrouvée, la première fois, je me suis retrouvée dans un brouillard, on ne voyait rien. C'était ma première fois à la montagne. Est-ce que je suis encore sur la piste parce que c'était bas, donc il y a des arbres. Est-ce que je suis encore sur la piste ou est-ce que je suis en dehors, qu'est-ce qui se passe ? Où sont les gens ? Je ne vois personne. Je suis arrivée à la remontée mécanique, ils étaient à 10 minutes de la fermée. Je me suis dit, mais à tout moment, j'allais être oubliée, etc. Mais pareil, tu vois, la fin juin, pour mes vacances, j'ai fait un séjour en voilier avec l'UICPA.
Apprendre à naviguer pour écrire une dystopie maritime
Ybelion — Ok.
Lydie Tabarin — J'avais jamais navigué et j'ai un projet de dystopie maritime type Vendée Globe qui me trotte dans la tête, pareil, depuis 2021. Et j'étais en mode, tu sais, j'avais visité la cité de la voile à Lorient, mais je n'avais rien compris. Enfin, j'avais écrit plein de trucs, j'avais pris en photo plein de trucs, mais tu vois, le fait de comprendre, il y a une différence entre savoir et comprendre vraiment ce que ça implique, les termes que tu vois. Et je n'avais pas compris grand-chose et du coup, je me suis dit, tu sais quoi, je vais aller naviguer, je vais aller faire un séjour sur un voilier, j'aurai les bases, tu vois, les bases pour comprendre les termes, etc. Et du coup, j'ai passé une semaine sur un voilier, du coup, lever la grande voile, faire les nœuds, amarrer sur des bouées, amarrer au port, faire les petites manœuvres pour jeter l'encre dans une petite crique, etc. Naviguer avec différents types de vents, tu vois, on a tout fait et du coup, les termes que j'avais notés il y a cinq ans, tu vois, je me suis dit, bien sûr, oui, je comprends maintenant, je sais, je comprends le babor à mur, le triboire à mur, je comprends le grand larg, les différentes positions de voile, je comprends en fait parce que je l'ai fait et je trouve que c'est cool de, je pense, la vie de manière générale, il y a un milliard de choses à apprendre et c'est vrai que je vois pas mal l'écriture comme une extension un peu de ce qui me rend curieuse dans la vraie vie donc c'est pour ça que, ouais, je trouve que c'est grave fun d'apprendre, enfin, il y a tellement de choses là dehors, genre, apprenez des choses, genre, même si c'est pas l'écriture, apprenez à faire des choses après, on pouvait écrire dessus, dessiner dessus, faire ce qu'on veut mais, ouais, je pense, c'est important aussi de, voilà, de pas se dire, oh là là, je sais pas, je vais me tromper ou quoi, genre, non, tranquille, vas-y, c'est fun, de toute façon, il y a des débutants tout le temps, il y a des débutants dans tout,
Ybelion — on est toujours débutant de quelque chose, et, oui,
Lydie Tabarin — et en plus, tu sais, en plus, au fil des années, pareil, tu vois, au volet, moi, je suis arrivée, je savais pas faire grand chose, on m'a mis dans l'équipe compétitive de DEP1, où toutes les filles étaient ultra calées, carrément, elles me faisaient des exercices pour que je m'améliore, je me suis améliore à vitesse grand V, parce que j'étais avec des filles qui étaient très bonnes dans leur sport, et j'ai vu des personnes arriver dans le club entre temps, et aujourd'hui, elles jouent, elles jouent tout aussi bien, tu vois, et tu vois les gens, oui, on a tous été débutants, on a tous été nuls, c'est ok, il faut, en fait, ouais, il faut passer ce stade de trop se voir et de se dire je suis nulle, genre oui, t'es nul quand tu débutes, c'est le principe de débuter, mais si tu débutes pas, tu sauras jamais le faire.
Ybelion — Ouais, c'est clair, c'est, c'est hyper inspirant ce que tu partages et c'est très important, il y a toujours, il y a une phrase récemment qui m'a marqué, c'est les rêves se font la courte échelle et je trouvais que ça, ça rappelait bien ce que tu disais avec tes projets, tu vois, de dire j'ai certains projets, j'ai la sensation que je suis pas encore, ils me paraissent un peu trop grands et ça m'a fait écho à cette phrase.
Un rêve fait peur, un objectif s'atteint
Lydie Tabarin — J'ai les notes dans mon téléphone, j'ai des dizaines de projets et là, je sais, je suis en mode, bah lui, je pense que l'univers est encore trop complexe et il va te demander trop de recherches, lui, je pense que c'est trop historique, faut que tu fasses un truc tout aussi historique mais un peu moins impressionnant, un peu moins spécifique pour te dire que voilà, tu peux le faire, c'est aussi comme ça qu'on prend confiance, tu vois, genre si tu te lances dès le départ dans un truc extrêmement compliqué, etc., forcément, tu vas te décourager, tu vas beaucoup plus ramer alors que si tu as des projets un peu intermédiaires tu vois, en plus, c'est pour ça que j'aime pas, c'est pour ça que je parle jamais de rêve en plus, tu vois, je dis jamais, ah là là, mon rêve, c'est de, parce que je trouve ça donne une, déjà ça donne beaucoup d'importance à ce dont tu parles, tu vois, de dire, mon rêve c'est de publier un livre, bah forcément, si tu vois ça comme un rêve, comme le truc,
Ybelion — une immense montagne,
Lydie Tabarin — voilà, c'est impressionnant de fou, tu t'auto, tu t'auto fais peur alors que si tu dis, bah mon objectif, c'est ça, bah c'est beaucoup plus atteignable, un objectif, tu l'atteins, tu vois, alors qu'un rêve, je trouve, ça a une portée, ça a une portée, enfin vraiment, t'as une part de chance énorme, tu vois, mon rêve c'est de gagner à l'euro million, tu vois, genre je suis pas responsable de ce que je vais faire pour gagner à l'euro million, tu vois, peut-être un jour, c'est de la force, toi.
Ybelion — C'est vraiment tout l'enjeu de, ok, tu peux avoir un rêve, mais comment je fais pour l'ancrer dans la réalité pour que ça devienne un objectif, donc il y a toujours ce fameux truc, bien l'avoir atteint et après, bon ok, elle est là, qu'on l'atteigne, qu'on l'atteigne pas, mais c'est vraiment, ok, aujourd'hui, qu'est-ce que je peux faire pour aller dans la direction de cet objectif ? Et quelque part, quand on découpe cette montagne en suite de petites marches, tout devient un peu moins oppressant aussi. T'as moins cet effet vertigo d'être devant un truc où tu te dis, bordel, comment je vais me retrouver en haut de ce truc alors que j'ai mes deux petits petons et qu'il me faudrait un jetpack, quoi.
La peur des deadlines et le luxe de pouvoir bloquer tranquillement
Lydie Tabarin — Par contre, moi j'ai peur des dates, tu vois, j'aime pas les dates, j'aime pas les deadlines, genre c'est, ça me met une pression, tu vois, c'est pour ça que je sais que ça m'intéresse pas de vivre de ma plume où, en fait, ouais, si je bloque sur un roman, j'ai envie de pouvoir bloquer tranquillement, tu vois, j'ai pas envie de bloquer en sachant qu'il y a un éditeur qui attend le manuscrit dans trois mois. Là, tu vois, j'ai une deadline pour le tome 2, ça m'agace. Déjà parce que j'ai procrastiné, donc c'est entièrement ma faute, c'est entièrement ma faute, j'en prends toute la responsabilité, mais tu vois, quand je, là, tu vois, j'ai pas écrit depuis plusieurs jours, deux semaines, je pense, alors que ma deadline est dans deux semaines, justement, et que je suis au deux tiers du roman, mais tu vois, je me dis, ouais, tu sais, j'aime bien quand je bloque, bah tu sais, juste pouvoir, en fait, que le blocage ne soit pas le centre de mon existence, tu vois, que je me dise pas, oh là là, mon roman est bloqué, non, genre, c'est ok, genre, je bloque, peut-être dans un jour, j'aurai genre une épiphanie où je vais comprendre le pourquoi, du comment, j'ai ralenti, etc., mais ouais, j'aime pas les dates, c'est de la pression, mais tu vois, oui, le fait de décomposer en petites étapes, et c'est pour ça que, bah voilà, on propose de faire des synopsis d'écriture, des chapitrages, etc., c'est moins impressionnant de voir ça comme des petits trucs, des petits morceaux, plutôt que de se dire, oh, un roman !
Ybelion — Tu sais que ça me fait, ça titille ma casquette de coach à chaque fois, de voir quand les gens aiment pas les dates, alors, en vérité, tu vois, toi, quand je t'entends, j'ai pas la sensation que t'es besoin de dates, en fait, parce que t'es déjà, tu vois, dans un processus d'écriture, tu sais déjà comment arriver au bout, en fait, quelque part, t'as presque pas besoin de ça, et ça peut devenir, effectivement, après, tu vois, c'est ça, il faut jamais être absolutiste dans les conseils qu'on peut donner. En fait,
Lydie Tabarin — surtout que ça se met en travers de mon processus, c'est ça.
Voilà,
Ybelion — exactement. En fait, ça t'ajoute une pression que t'as pas besoin d'avoir, et à contrario, certains, ils ont besoin de cette pression, tu vois, pour se mettre un truc, se mettre en mouvement. Et donc, c'est aussi un peu ça, le danger des conseils tout faits en écriture, c'est qu'en fait, il y en a certains qui vont te contrecarrer plutôt que t'aider, quoi. Et après, oui, tu vois, les blocages, effectivement, il y a ce côté, quelque part, il faut lui donner l'espace pour pouvoir parler au blocage. Donc, tu vois, ça peut passer par le fait de poser son truc et d'aller faire autre chose, de passer deux jours déconnectés, d'en parler à quelqu'un, ça peut passer par plein de manières différentes, mais effectivement, le garder au centre et puis juste penser au blocage, généralement, tu fais que, c'est comme quand t'as un nœud et que tu fais que tirer dessus en espérant d'un coup que ça se défonce.
Lydie Tabarin — Ouais, mais c'est pour ça, tu vois, c'est pour ça que je trouve la perspective de vivre de mon écriture extrêmement angoissante, tu vois.
Ybelion — Moi, je partage ton avis, c'est pour ça que tu es...
Lydie Tabarin — Ouais, j'ai pas la liberté. En fait, tu vois, j'aime aussi me dire que si ce projet, je me rends compte que ça le fait pas ou que j'ai pas trouvé le bon ton ou le bon truc, tu vois, genre, je peux le laisser de côté, c'est tranquille, tu vois, y'a pas quelqu'un qui l'attend juste derrière, tu vois. C'est vrai. Je peux partir, quoi. Moi, c'est aussi ça, j'aime bien être libre et j'aime bien être libre d'abandonner un projet, de commencer autre chose. Après, tu vois, genre, le seul point de discipline en écriture où je suis très stricte avec moi, c'est que je commence
Ne jamais commencer un projet avant d'avoir terminé le précédent
Ybelion — qu'interminé.
Lydie Tabarin — C'est exactement ça et c'est pour ça que, tu vois, d'un côté, tu vois, je te parle de choses que je vais écrire après, y'a des choses, j'ai déjà pris des notes, etc. J'ai des pistes pour ce que je vais écrire après mais dans tous les cas, je sais que je peux pas commencer, genre, je peux prendre autant de notes que je veux mais je sais que j'ai pas le droit de poser une ligne tant que j'ai pas terminé mon projet actuel. Donc, j'ai pas de routine d'écriture en mode, je me lève tous les matins à 6 heures et j'écris pendant 2 heures et non, déjà, je me lève plus vers 13 heures que à 6 heures mais, ouais, j'ai pas de routine d'écriture stricte, de temps d'écriture par jour stricte même si je pense que là, je devrais peut-être y aller sérieusement mais, ouais, là où je suis stricte, tu vois, c'est que je commence pas un nouveau projet tant que j'ai pas terminé l'ancien, ça évite le syndrome de l'objet brillant et au pire, ça me fait une carotte, tu vois, genre, si je suis pas motivée par mon manuscrit en cours, ça arrive, t'as des choses que t'aimes, t'es pas motivée, tu vois, j'adore le volet, il y a des fois, j'ai juste la flemme, genre, il y a des fois, je sais que j'ai entraînement, je vois la météo dehors, je vois la journée que j'ai passée, je suis en mode, oh, genre, non, genre, j'adore jouer, genre, vraiment, je suis, c'est littéralement mon, ma personnalité dans l'équipe, tu vois, je suis, je suis ok avec le fait de perdre, si on perd contre une bonne équipe, tant que tu es sur le terrain, tu vois, moi, je suis grave contente, tu vois, mais t'as des jours où t'as juste pas envie, et c'est pareil pour l'écriture, genre, j'aime ça, mais t'as des jours, tu veux juste pas, donc, même si, voilà, j'ai pas la foi, j'ai pas motivée, etc., il y a un truc que j'ai grave envie d'écrire derrière, donc, je vais m'y mettre, je vais me booster, etc., mais, ouais, je pense retrouver l'équilibre entre la discipline et le fun, tu vois, mais je pense que moi, si j'avais des contrats, des livres signés sur Synopsis, ça m'angoisserait de fou, tu vois, là, je suis contente parce que Devosia et Le Crépuscule, ils sont écrits, tu vois, ça va être du retravail, tu vois, ça va être de la récriture, je vais pas avoir d'écriture sous pression, etc., en plus, tu vois, enfin, là, en l'occurrence, je sais un peu pourquoi je bloque, je bloque parce que, ben, j'avais planifié mon roman jusqu'à la fin, mais je pense que mon cerveau a besoin de temps pour process, vraiment, le scène par scène, tu vois, genre, je sais où je vais, mais je pense que j'ai besoin de me projeter et ça prend un peu de temps de me projeter, de me dire, ok, ouais, c'est ça, je vais l'écrire, je vais l'écrire, tu vois, c'est, mais ouais, les forces aux auteurs qui écrivent des romans sous contrat parce que, non, c'est terrifiant, ouais, tu dois me rendre ton roman dans 8 mois, oh !
Ybelion — C'est marrant parce que, tu vois, il y en a vraiment certains, sans ça, ils écrivaient pas, tu vois, et c'est ça, moi, qui me fascine dans l'écriture, et tu vois, c'est pour ça que j'adore recevoir des auteurs dans le podcast parce que, tu vois qu'en fait, chacun a sa manière de mettre du fun dans l'écriture, chacun a sa manière de trouver sa discipline qui devient pas une contrainte pour la vie, chacun traverse des blocages ou des enjeux spécifiques et c'est trop cool de voir comment tout le monde se dépatouille de tout ça, tu vois, parce que,
Lydie Tabarin — il y en a qui se rendent compte de leur processus en faisant des burn-out aussi parfois, tu vois, c'est le côté un peu négatif de la chose.
Ybelion — Bien sûr, oui.
Lydie Tabarin — Il y a des gens qui se disent ouais, je veux trop en vivre, je veux trop, etc., qui signent des contrats, qui doivent écrire des suites, etc., qui bloquent, qui galèrent parce que la vie, tu vois, genre, il y a plein de raisons dans la vie qui font que tu écris beaucoup moins. Moi, tu vois, j'ai partagé mes statistiques d'écriture for the world il y a deux, trois jours. Ah ouais,
Ybelion — putain, ça, c'était impressionnant, ça, il y a une année, là, t'as...
Lydie Tabarin — 2021, je sais pas, j'avais quoi ?
Ybelion — Manger du lion, c'était incroyable.
161 000 mots en 2021, 33 000 en 2025
Lydie Tabarin — Je sais pas ce qu'on m'a donné, faut que je le retrouve, faut que je retrouve la recette, tu vois, mais j'ai écrit 161 000 mots en une année, tu vois. Pour moi, c'est un roman et demi, si ce n'est un peu plus, c'est quasi de roman. C'est quasi de roman. C'est un roman. Et tu regardes les années suivantes, j'ai écrit... Je crois, c'était combien ? C'était peut-être 50 000, je crois ? Mais ouais, pareil, j'écris pas... J'écris pas tous les jours, j'écris certainement pas toutes les semaines non plus. Ouais, c'était 162 000 mots en 2021. Insane. 95 000 en 2022, 85 000 en 2023. C'est du un roman par année. Et le temps, c'était mes années de master. Tu vois, c'était mes années de master. On était encore dans le Covid. J'étudiais à une heure de chez moi, aller seulement, donc deux heures aller-retour, tu vois. Et à côté, j'avais de l'alternance, etc. Et ouais, je tape lesquels d'un roman sur l'année. Par contre, tu vois, 2024, j'étais principalement au Japon, j'ai écrit 37 000 mots. Donc, tu vois, beaucoup moins, c'est un tiers, c'est un tiers, si ce n'est une moitié de roman.
Ybelion — Et en même temps, c'est déjà 37 000 mots. Ouais.
Lydie Tabarin — Mais tu vois, je pense qu'il y a des gens qui ont aussi des préjugés quand t'es auteur publié que voilà, t'écris non-stop, t'écris plein de trucs, etc. Tu vois là, un an, pareil 2025, 33 000 mots, tu vois. Genre, sur deux années consécutives, j'ai écrit à peine un tiers de roman. Je vois, il y a des gens qui se disent quand t'es auteur publié, tu dois écrire plein de bouquins, machin, machin. Non.
Ybelion — Et puis en fait, c'est aussi oublier qu'à un moment, il faut recharger les batteries créatives. Tu vois là, moi j'ai fini le premier jet du troisième roman. Et là, cette semaine, je n'ai pas écrit. Oh, quel bonheur. Tu vois, c'est trop bien. Tu vois, j'ai juste mes petits thèmes aléatoires que je fais tous les jours, tu vois, juste pour rigoler. Mais pas d'écriture sérieuse, tu vois, pas de truc qui t'oblige à te poser et à rentrer dans ton rythme, même si je l'adore ce rythme-là. Mais ça, c'est du bien, tu vois. Et là, tu me caches pas d'autre chose. Exactement. Et du coup, c'est trop cool et tu te retrouves un peu parfois, tu es sur ta chaise, tu fais, ah, en fait, j'ai beaucoup de temps là.
Lydie dans le train, la newsletter qui montre l'envers du décor
Lydie Tabarin — Tu peux faire plein de trucs. Je peux faire plein d'activités. En plus, moi, j'ai un milliard de choses que j'aime faire. Là, tu vois, c'est aussi pour ça que j'ai une newsletter. Tu vois, j'ai une newsletter qui s'appelle Lydie dans le train où je raconte, c'est un petit compte rendu mensuel de ma vie. Donc, à chaque début de mois, je fais un petit bilan du mois précédent. On mettra le lien
Ybelion — dans la description.
Lydie Tabarin — Ouais, je fais un petit bilan de ce que j'ai fait, de où j'en suis en écriture. Là, tu vois, toute la première moitié de l'année, c'était je n'ai pas écrit. On se revoit le mois prochain.
Ybelion — Allez, à plus.
Lydie Tabarin — J'ai une petite partie qui s'appelle Derrière le clavier où je débat un peu d'un sujet proche écriture, proche culture qui n'est pas forcément lié à mon processus. J'ai une petite partie où je reviens sur ce que j'ai lu, ce que j'ai vu au ciné, etc. Du coup, j'ai un abonnement au ciné, donc je suis en mode alors, j'ai vu, tout ça. Et j'ai une petite partie où après, je parle aussi de ce qui arrive le mois suivant. J'ai pas mal de personnes qui me disent merci pour ta newsletter, je trouve ça cool de voir l'envers du décor, de voir que tu n'écris pas tout le temps, etc. Et je pense que les gens aussi, ça les rassure, ça leur enlève des complexes par rapport à leur rythme d'écriture, parce que tu vois, quand tu commences dans l'écriture, tu vois, toutes ces citations d'auteurs en mode, ces processus d'auteurs célèbres qui se lèvent tôt le matin, qui écrivent pendant deux heures, ou qui n'écrivent toute la journée, qui ne quittent pas leur bureau tant qu'ils n'ont pas écrit tant de mots, tu vois. Il y a beaucoup de gens qui se disent oh là là, si je vais être auteur, je dois faire comme eux, je dois avoir une routine, etc. qui s'angoissent autour de ça. Et moi, derrière, j'arrive, je suis en mode, écoute, je vais avoir trois romans qui vont sortir en 12 mois à partir de l'année prochaine. Je n'ai pas écrit pendant quatre mois, là. On est good. D'abord, j'ai la flemme.
Le mythe de l'auteur qui écrit tous les matins à 6 heures
Ybelion — C'est hyper important ce que tu partages parce que ça, pour le coup, tu vois, c'est les fameuses croyances autour des auteurs. Je me bats contre ça tous les jours, mais tu vois, le mythe du mec dépressif qui met du whisky dans son café le matin pour écrire, celui qui s'enferme six mois sans parler à personne, tout ça, c'est des mythes qui ont la peau dure, mais en fait, la vie d'un écrivain, ce n'est pas ça. Et surtout, c'est que... On est au XXe siècle. Oui, exactement. Et puis, c'est un truc que, comme on dit depuis le début, tu es censé kiffer. Si tu es obligé de tirer un trait sur toute ta vie pour faire ça, il y a comme un souci, tu vois. Et c'est pour ça que c'est vraiment important de se remettre au centre du projet, quelque part, et de savoir...
Lydie Tabarin — Si ça t'angoisse,
Ybelion — ah bah ouais, carrément.
Lydie Tabarin — Si tu sais que ça t'angoisse, ben, c'est peut-être pas la bonne méthode, en fait.
Ybelion — Exactement.
Lydie Tabarin — C'est pour ça, là, mes sorties... Bah là, du coup, il y a... En dehors du tome 2 de Briseuse de Marbre, j'ai Devosia qui devrait sortir l'automne 2027. Attends. J'ai Devosia qui devrait sortir à l'automne 2027 et le Crépuscule qui devrait sortir début 2028. Et avec le tome 2 de Briseuse de Marbre, tu vois, ça va me faire trois sorties en 12 mois. Tu vois, parce qu'elles vont sortir sur deux années différentes, mais très rapprochées. et je pense, les gens, ils vont se dire, mais oh là là, elle est trop limite, elle a écrit plein de trucs. Non, les gars, le Crépuscule a été écrit en 2024, Devosia a été écrit en 2025 et Le Briseuse de Marbre 2 a été écrit en 2026. Enfin, c'est... C'est de l'écriture très morcelée. En plus, c'est des bouquins que j'écrivais... Je crois, j'ai vraiment mis, ouais, à peu près 12 mois pour chacun, en tout cas pour les autres parce que, tu vois, je suis une ancienne du NaNoWriMo, du coup, c'est non, ils sont terminés. Genre, je suis obligée. Genre, psychologiquement, dans ma tête, je suis psychorigide sur ça, je suis obligée. Mais du coup, ouais, c'est des vieilles années d'écriture et encore là, tu vois, je le vois dans mes stats, le gros de mon écriture, c'est pas du tout le moment où sera publié. Tu vois, genre, le gros de mon écriture, ça a été 2021, 2022, 2023. Le Crépuscule a été écrit en partie en 2023 aussi. Tu vois, il va être publié que sur début 2028. Tu vois, enfin, c'est... et j'en profite justement pour prendre des breaks, faire autre chose, faire ma vie. Parfois, j'ai pas le temps. Parfois, j'ai la flemme, ce qui est normal. Puis, je vais commencer un nouveau métier très prenant à partir de septembre. Donc, tu vois, je sais que j'aurai moins le temps, donc je vais devoir ralentir un peu, etc. Mais c'est OK pour tous les gens qui se mettent des pressions sur leurs chiffres d'écriture.
Ybelion — Voilà, un autre mode de fonctionnement.
Lydie Tabarin — C'est un tiers de roman sur une année. C'est chill.
Ybelion — Ouais, puis les belles choses prennent du temps aussi. Tu vois, c'est ce que tu disais, un texte que tu as écrit en 2021 qui est publié en 2027 ou 2028. Bah ouais, c'est comme ça aussi parfois que ça se passe. c'est...
Lydie Tabarin — Ça a du temps. Tu vois, Briseuse de Marbre, il est sorti là en 2026. J'ai commencé à écrire en 2021 et terminé en 2023, à peu près, de mémoire.
Ybelion — Et...
Lydie Tabarin — Je sais plus, je ne sais plus, 2022, 2023, 2023. Et tu vois, ouais, le temps, il y avait des éditeurs dans le processus, donc ça m'a un peu ralenti.
Ybelion — Bien sûr.
Écrire porte fermée, sans alpha ni bêta-lecteur
Lydie Tabarin — J'écris porte fermée, moi, en fait, j'aime pas qu'on intervienne dans mon écriture, j'ai pas d'alpha lecteur, j'ai pas de bêta lecteur. Tu me lis pas, genre. C'est des éditeurs qui me lisent. Il doit y avoir peut-être deux, trois personnes qui doivent me lire avant pour que j'ai un avis global, mais j'ai pas de lecteur. Pareil, tu vois, ça aussi, tu vois, la pression d'avoir des alpha lecteur, bêta lecteur. Je pense que j'ai aussi la chance d'avoir une vision artistique suffisamment aiguë pour savoir si mon roman va là où je veux qu'il aille sans forcément avoir besoin de dix personnes, dix bêta lecteurs qui me lisent. J'ai des romans qui sont passés de moi à l'éditeur directement. Genre, ils ont pas été relis entre temps, personne ne connaît le contenu. Je suis la seule.
Ybelion — Jusque vous.
Lydie Tabarin — Voilà, tu vois, t'as un peu cette pression aussi. C'est OK, chacun sa méthode. Moi, je sais que si je commence à avoir des gens qui me lisent pendant l'écriture, ça va me... Les rares fois où c'est arrivé, ça m'a freinée.
Ybelion — Oui, c'est ça.
Lydie Tabarin — J'écris dans mon coin. Après, éventuellement, je fais lire. Là, je suis au stade où je balance direct à des éditeurs parce qu'il y en a que je connais. Il y en a qui viennent me chercher aussi parfois. Mais, ne pas s'angoisser sur son rythme d'écriture. En plus, c'est grand drôle parce que si tu lis ma newsletter, vraiment, je crois de janvier à avril, c'est tout. Ouais, j'écris ce mois-ci. Je n'ai pas écrit... J'écris le mois suivant. Je n'ai pas écrit ce mois-ci. C'est vraiment les gens me disent mais le running gag, en fait. Genre, chaque newsletter se termine par ouais, j'espère, j'ai commencé à écrire, nanana. Et le mois suivant, j'arrive en mode je n'ai pas écrit, mais... C'est ok. Genre, ouais, parfois, voilà. J'essaye de ne pas me... Je trouve que la clé, déjà, pour écrire, réussir à terminer ses romans et aussi durer en tant qu'auteur, en termes de carrière, c'est de ne pas se mettre la pression, de ne pas... Parce qu'en fait, ouais, c'est tellement rapide d'arriver au burn-out créatif, de se bloquer, d'être à un stade où tu ne peux même plus ouvrir ton fichier texte. Et je vois plein d'autres histes, tu vois, faire des... justement, faire des burn-out créatifs, se mettre la pression, etc. Parce qu'une fois que tu es publié, en fait, tu as envie d'avoir un peu une sortie par an. Parce qu'un livre en librairie, c'est trois mois, tu vois, c'est la vie d'un livre. Ouais, ouais. Et tu as envie d'être régulièrement en librairie parce que tu as envie de construire une carrière. Et tu as des autrices qui se mettent de... Enfin, parce que c'est surtout des autrices que je connais qui se mettent de fou la pression, tu vois, pour écrire et publier, etc. Et ça les angoisse, c'est quand ils n'y arrivent pas, ben voilà, tu as un burn-out créatif, tu en as trop fait, tu n'y arrives plus, tu n'as plus confiance en toi. Et moi, je suis en mode, c'est OK, je suis là pour the long game. Tu vois, donc le but, ce n'est pas de me cramer dès le départ. Tu vois, il y a eu deux ans entre mes parutions, là, bon. Voilà, ça arrive. Deux ans, du coup, pendant deux ans, j'étais un peu invisible. Mais c'est OK, une carrière, ça se construit sur le long terme. Le but, c'est de ne pas se frustrer. Et je pense qu'on écrit bien mieux quand on se sent libre de jouer avec l'écriture, de partir sur des projets un peu inhabituels. Je trouve qu'on écrit bien mieux dans ces conditions-là que quand on se met la pression pour publier ce que le marché attend, ce que les gens attendent, ce que les gens veulent lire ou qu'on veut publier dans des deadlines, sachant qu'en plus, le temps dans l'édition, c'est une autre sphère temporelle.
Le temps de l'édition, un oui en quatre jours ou en un an
Ybelion — Ah oui, c'est clair. Je ne sais pas si c'est la salle du temps, mais c'est différent.
Lydie Tabarin — Tu te dis, ouais, si j'en vois là, qu'on me répond là. Non, ton manuscrit, moi, mon oui le plus rapide, ça a été quatre jours. C'était mon premier roman. Mon oui le plus long, ça a été un an et je connaissais l'éditrice. Je connaissais l'éditrice, c'est elle qui est venue me chercher et ça a été des allers-retours. Ça a été un an d'allers-retours avec l'éditrice sur mon roman, sur des versions, sur le synopsis, sur machin. Ça a été un an. Ça aurait pu être conclu beaucoup plus vite selon moi, mais en plus, à la fin, je suis tellement frustrée, je suis à ça de refusé. Mais j'ai dit oui. Mais ouais, le temps de l'édition, c'est absolument autre chose. Donc, si on se met la pression en mode, j'aimerais publier avant telle date, non, ne faites pas ça, ne faites pas ça. Les maisons d'édition ne fonctionnent pas comme nous.
Ybelion — Ou alors, choisir un... Enfin, si tu sais que tu le fais pour toi, tu peux choisir un chemin différent, l'auto-édition, bref, n'importe quoi. Mais effectivement, c'est vraiment toujours, encore une fois, de ne pas avoir de dissonance entre la raison pour laquelle tu fais les choses et le résultat que tu en attends. Parce qu'effectivement, si tu dis, je vais commencer mon livre là et il sera publié en maison d'édition l'année prochaine à la date dans un an, c'est quasiment impossible. Parce qu'à partir du moment où tu as terminé tout ton processus d'écriture, ça, ok, ça peut être fait 8 mois, 9 mois, même parfois un peu moins, ok, tant mieux. Mais après, ce n'est plus entre tes mains. Et donc là, tu deviens plus responsable du temps qui te reste.
Lydie Tabarin — C'est pour ça que les objectifs, généralement, je conseille d'avoir des objectifs qui dépendent de ta propre volonté. Ah ouais,
Ybelion — le contrôle plus tard.
Lydie Tabarin — C'est finito, même si tu es très confiant sur ton roman. Tu vois, Briseuse de Marbre, moi, je le trouvais très chouette et pendant des mois, je me suis en mode pourquoi personne ne me le prend ? Parce que ça m'a mis deux ans à le caser et Solaire était mon dernier envoi. Tu vois, je suis en mode après, les autres maisons d'édition, ça ne m'intéresse pas d'aller plus petit ou d'aller plus indépendant, etc. C'est Solaire qui venait d'ouvrir, tu vois, j'ai envoyé, genre vraiment dans la foulée et pouf, je connaissais les crises aussi. On se connaissait Twitter parce qu'on était des grosses tweetos toutes les deux, tu vois. C'est vrai,
Ybelion — avec Capucine ?
Lydie Tabarin — Ouais. Ah, je ne savais pas
Ybelion — que c'était une tweetos aussi.
Lydie Tabarin — Bien de Twitter, ouais. Incroyable. Je suis passée en privé, je pense après quand j'étais au Japon parce qu'en fait, dès que je tweetais, en fait, je faisais, au bout d'un moment quand on compte un certain nombre d'abonnés, notamment des abonnés qui ont beaucoup d'abonnés, dès que tu tweets un truc, ça top tweet, tu vois. Et c'est insupportable parce que moi, je faisais pas mal sur le racisme, les discriminations, la politique, etc. Et du coup, j'avais des tweets qui prenaient mes 10 000, 20 000, 20 000, tous les 4 matins.
Ybelion — Ça devait être un bon cas.
Lydie Tabarin — C'est folklorique, tu as des racistes de tous les coins de la planète qui sont dans tes mentions. Et au bout d'un moment, je suis juste passée en privé parce que je trouvais aussi que ça me bouffait du temps de répondre. Alors, vraiment, j'ai passé mes... En fait, tout le militantisme en moi a été épuisé par Twitter depuis mon adolescence, tu vois. Ouais, vraiment... Tu vois, Hélène, c'est exceptionnel, mais sinon, je réagis pas. Je suis en mode, j'ai plus le temps, j'ai plus la foi, je laisse d'autres personnes qui ont encore de l'énergie militante se charger. Et moi, je viens de Twitter, je suis genre une grosse tweetos. Et du coup, tu vois, Briseau Zemar, pendant 2 ans, je comprenais pas parce que je suis en mode, non, mais il est bien, mais en vrai, toutes les maisons d'édition avaient de la mythologie grecque. Et quand Solaire est ouvert, je suis en mode, eux, ils en ont parti. Tu viens de rire, tu peux pas me dire que t'en as, tu peux pas me dire que t'en as, ne me manque pas. Du coup, Capucine s'est rappelé ma tête quand je lui ai envoyé le manuscrit. En plus, elle m'a envoyé un DM sur Twitter le week-end pour me dire qu'elle le lisait parce que j'envoyais ça un vendredi. Et j'ai vu son DM, mais genre, 3 jours après, parce que j'ai pas mis d'autres Twitter, enfin, mon Twitter bug, et je suis en mode, ah, juste, je lui réponds et tout, mais du coup, elle m'a fait confiance, tu vois, mais parfois, ouais, t'as un très bon roman dans lequel tu crois. Pour moi, Briseau de Marble est un bon roman à dos, tu vois, genre, j'en suis convaincue. Genre, c'est vraiment ce que j'aurais voulu lire quand j'avais 14-15 ans. Mais, voilà, ça a mis du temps à trouver son éditeur. Et pourtant, le oui a été rapide, tu vois, ça a été un oui en quelques jours, une fois de plus. Parce que Capucine était au taquet, alors que t'as d'autres romans, t'es là pendant un an à discuter, à refaire des versions de ton synopsis, etc., c'est impossible de prédire si ton roman sera pris, même si tu connais les éditeurs, même si tu connais plein d'éditeurs, parce que du coup, j'en connais plein et j'en ai envoyé partout, etc. Mais, voilà, les objectifs, c'est bien d'avoir des objectifs dont on maîtrise tous les tenants et aboutissants plutôt que de commencer à dire j'aimerais trop être publié pour genre 2028, 2029, sachant que là, ils sont déjà en train de faire les calendriers 2028. Il y a beaucoup d'éditeurs qui commencent déjà à bosser leur calendrier 2028. Donc, ouais, c'est...
Se fixer des objectifs dont on maîtrise tous les tenants
Ybelion — C'est vraiment, c'est essentiel d'avoir le contrôle sur l'objectif qu'on se fixe et parce que sans ça, en fait, tu en sors forcément, en tout cas, il y a un risque que tu en sortes avec une frustration et ce n'est pas le but. C'est très important d'être au clair sur ce que tu attends de ce que tu fais et ça, tu vois, moi, je le dis, petit détour professionnel, mais pour moi, c'est aussi, tu vois, extrêmement important. J'accompagne des gens à écrire. Je suis toujours très clair en leur disant, moi, ce que je peux te promettre, c'est de t'aider à finir ton manuscrit. Par contre, tu ne peux pas te promettre d'être édité ou de vendre des livres. Ça, ce n'est pas entre mes mains. Et tu vois, à mon sens, c'est très, très important d'être très au clair sur ces promesses-là parce que c'est ça, souvent, qui manque aux gens, en fait, c'est clarté dans les promesses qui se font à eux-mêmes et il n'y a rien de pire que de se faire une promesse et de ne pas pouvoir la respecter parce qu'elle ne dépend même pas de toi. Oui,
Lydie Tabarin — tu vas dire, mon rêve, c'est d'être édité. En fait, non, ce n'est pas entre tes mains. Par contre, entre tes mains, c'est terminer son roman
Ybelion — et après,
Lydie Tabarin — en terminer un deuxième et en terminer un troisième jusqu'à ce qu'il y a un éditeur qui... jusqu'à ce que tu... jusqu'à ce que tu continues à progresser et qu'il y a un éditeur qui dise oui, en fait. Tu ne peux pas faire autre chose que terminer des romans. Donc, dire, mon rêve, c'est d'être publié et non, ton rêve, c'est peut-être d'être publié mais en attendant, ton objectif, c'est de terminer un roman et quand tu l'auras terminé, ce sera de terminer un deuxième roman puis un troisième. C'est rarement les premiers romans qui sont publiés. Généralement, tu en as toujours... Je crois, Les Fleurs, c'est mon deuxième terminé et mon quatrième commencé. j'en ai eu deux avant que je n'ai pas terminé. J'en ai eu un que j'ai terminé qui était plus jeunesse mais qui était mauvais. Très simplement. Et Les Fleurs, en plus, les fleurs, il ne fallait jamais être terminé parce que je l'ai écrit. Je me suis arrêtée à un chapitre de la fin et je l'ai bazardée dans mon tiroir.
Ybelion — Et je me suis sorti
Lydie Tabarin — un an plus tard quand pour Briseuse de Marbre on m'a dit il y a un problème de focale dans ton écriture et j'ai dit de focale ? Genre, ok ? Et du coup, j'ai repris Les Fleurs qui avaient trois personnages dont tu suivaient les points de vue et j'ai réorganisé tout le roman point de vue par point de vue parce que de base c'était juste de sauter d'une tête à l'autre. Genre, head-hopping quoi. Et du coup, j'ai réorganisé tout le roman, j'ai retravaillé tout le roman en faisant un chapitre, un point de vue. Et c'est comme ça que je l'ai terminé. Je l'ai envoyé sur un coup de tête. C'est passé. Sur un malentendu, ça passe. C'est exactement ça.
Ybelion — Oui, exactement.
Lydie Tabarin — Je l'ai envoyé quitte à être terminé. Bah ouais, effectivement, oui. Et du coup, Briseuse de Marbre, je l'ai continué après avec une meilleure focale parce que ça m'a servi d'entraînement. Les Fleurs, c'est un roman d'entraînement mine de rien. Et je trouve ça important de ne pas se dire qu'on écrit oh là là, c'est mon chef-d'oeuvre.
Non,
c'est pas ton chef-d'oeuvre. Dans cinq ans, tu verras, c'est pas ton chef-d'oeuvre. C'est genre... C'est... Des années après, c'est... Non, c'est pas ton chef-d'oeuvre. Mais si tu peux apprendre au moins une compétence d'écriture par roman, c'est bon. Tu vois, genre, les Fleurs, ça m'a appris à gérer plusieurs points de vue parce que du coup, parfois, j'avais des personnages dans la même pièce. Le point de vue suivant, tu vois, c'est un autre personnage qui est dans cette pièce et qui voit les choses différemment. Donc, Les Fleurs, ça m'a appris à gérer plusieurs points de vue. Briseuse de Marbre, je dirais que... Ouais, c'est un roman assez global qui m'a permis d'apprendre à gérer tout simplement un roman à troisième personne à travers les yeux d'un personnage. Voilà, de manière globale. Le Crépuscule, ça m'a appris à maîtriser une voie narrative. Devosia, ça m'a appris justement à pousser justement ma plume pour aller chercher plus loin d'un point de vue littéraire. Et je dirais, Briseuse de Marbre, tome 2, pareil, il m'apprend un peu à mettre tout ça en commun pour faire... C'est un projet un peu plus spécial mais du coup, ouais, toutes ces autres compétences me servent pour faire un roman qui est bon quoi et après, je verrai ce que je cherche à apprendre par la suite mais ouais, je pense que vouloir être publié, c'est pas le bon objectif. Le bon objectif, c'est terminant un roman et apprendre quelque chose en le faisant. Et pareil pour le roman suivant et ainsi de suite. Il y a forcément un moment, tant que je me dis, pour Briseuse de Marbre, c'est pour ça, genre je galère à le caser et j'ai continué d'écrire, tu vois, d'ici à ce que... Le temps que je signe Briseuse de Marbre, j'avais déjà terminé un autre roman et j'en avais commencé un autre, tu vois, donc j'avais littéralement un deuxième roman, enfin deux romans depuis. Je vois, je me suis dit, si c'est pas celui-là, ce sera le prochain. Si c'est pas celui-là, ce sera le prochain. Il y a forcément un moment où ce sera suffisant, enfin ce sera bon et au point qu'un éditeur ne peut pas me dire non, tu vois, genre je peux pas... Je peux pas m'arrêter, tu vois, enfin...
Ybelion — C'est une très belle vision de l'écriture, progression continue et puis en fait, inéluctablement, ce qui est plus en ton contrôle peut le devenir parce qu'en fait, tu t'es vraiment concentré que sur ce que toi, tu maîtrises et effectivement, c'est terminé des manuscrits.
Lydie Tabarin — Bah oui, au final, le temps que... En plus, je crois, ils ont été signés... Non, ils ont pas été signés de manière rapprochée, j'ai vraiment signé Briseuse de Marbre de son côté mais tu vois, ça m'a permis de signer le tome 2 sur Synapses, tu vois, je me suis... Tu sais, je me suis pas obstinée, je me suis pas dit oh, je fais un tome 2 dans la foulée. J'ai compris au bout d'un an à peu près de soumission qu'il y aura un tome 2, tu vois, c'était pas l'objectif de départ mais je me suis dit bah, la fin est quand même vachement ouverte donc autant continuer mais je me suis pas pour autant dit ah, vas-y, j'écris un tome 2 parce que t'imagines j'écris deux tomes mais t'en as aucun qui sort. Genre, je me suis dit j'aurais perdu, je pense, un temps d'écriture que je pourrais consacrer à un autre roman qui, lui, a des chances d'être publié. Donc, chacun a sa méthode. Je sais qu'il y en a qui écrivent tout dans la foulée. Tant mieux, moi, j'avais pas, j'avais pas, comment dire, l'état d'esprit qui faisait que j'étais prête à écrire un roman dont le tome 1 n'était pas publié ou n'avait pas de piste d'être publié. Je pense que ça m'aurait un peu démoralisé personnellement. Tout le monde n'est pas comme ça parce qu'on écrit pas pour les mêmes raisons tout simplement.
Ybelion — Exactement.
Lydie Tabarin — Quand t'écris pour toi, c'est facile de sortir ta trilogie. C'est pour toi, c'est fun. Mais moi, comme j'écris aussi pour être lu, tu vois, si je me dis j'écris un tome 2 ou pour l'instant le tome 1 s'est fait recaler de partout, c'est un peu... Ouais, tu vois, c'est pas que ça ne sert pas à grand-chose mais c'est pas la prio, tu vois, alors que je peux partir sur un projet original et j'ai bien fait avec Le Crépuscule parce qu'il a eu une bourse du CNL. Du coup, ça m'a servi à une petite financière. À un moment, j'en avais très besoin et ouais, du coup, j'ai écrit Le Crépuscule et c'est un mode pareil, j'ai pas eu des retours. Du peu de retours que j'ai eus, c'était pas des retours très positifs. Enfin, je crois que je l'ai soumis à deux maisons d'édition. Il y en a une qui m'a dit que mon héroïne était désagréable. D'où l'intérêt de la première personne parce que tu imagines que tu as un personnage un peu antipathique à la troisième personne, c'est dur. Alors qu'à la première personne, tu as une proximité qui fait que voilà, t'es plus subtil de t'y attacher mais voilà, entre autres. Et Devosia, ouais, il a été chopé dès l'écriture par un éditeur donc il n'a vu aucun autre éditeur. mais ouais, tu vois, je me suis dit bah ouais, si je suis la pape à plier, j'écris le suivant et tu vois, j'étais très cool avec le fait que le crépuscule soit pape à plier. J'étais en mode j'ai conscience qu'il est très différent. Moi, je l'ai trouvé fun et je me suis grave éclatée donc on verra peut-être un jour. Tu sais, je me dis toujours en plus, un jour, si je suis grave célèbre, les éditeurs, ils prendront ce que je veux. Non mais tu vois, je pense qu'Amélie Nothomb pourrait soumettre le truc le plus moche possible à son éditeur. Il dirait, bah vas-y, il y a ton nom dessus donc franchement.
La règle du volley, juste une balle, la prochaine
Ybelion — Oui, là c'est quand quelque part ça dépasse le simple texte mais effectivement, de toute façon, ça se construit aussi manuscrit après manuscrit donc quelque part. Je me dis,
Lydie Tabarin — à force d'écrire, il y en a bien un qui va passer, tu vois. À force d'écrire et de m'améliorer, il y en a bien un qui va être publié, il y en a bien un qui va marcher. C'est ne pas s'arrêter à un manuscrit. J'ai eu beaucoup de respect pour les personnes qui sont sur leur manuscrit depuis énormément de temps et qui cherchent à ne caser que lui. Parce que moi, je me dis, bah non, au bout d'un moment, t'es un peu moi, ça me démoraliserait. Je me dis, ok, c'est parce que lui-là, c'est le prochain. C'est comme, encore une fois, la métaphore volleyball. Ce que je dis à mon équipe, parce que comme moi, je suis à l'avant, il y a des choses sur lesquelles je n'ai pas le contrôle. Par exemple, la réception. Quand il y a un service en face, je n'ai pas de contrôle sur la réception parce que je joue avant. Donc, ce n'est pas moi qui m'en occupe. Et quand on rate, quand on enchaîne des points, etc., il y a un truc que je dis systématiquement, c'est la prochaine. Juste une balle. Juste un point. Je ne demande pas à ce qu'on gagne le 7. Je n'encourage pas en mode, allez, les filles, on va gagner le 7 alors qu'on est en train de s'enchaîner, on est en train de manger des points à la chaîne. Je ne dis pas, allez, les filles, on remonte, on fait la remontada, on va chercher le 7 même s'il y a 10 points d'écart. Le but, ce n'est pas d'aller gagner le 7, c'est au moins pour nous la prochaine balle. Juste une balle. Il faut juste une réception, une passe, une attaque. Juste une balle. La prochaine. C'est la balle suivante. On ne vise pas tout le 7, on ne vise pas tout le match, surtout qu'on est contre des équipes très fortes. Quand tu faisais une équipe qui te met une raclée, tu vois la différence de niveau, tu es en bas de barre.
Ybelion — Oui, tu sais que tu peux répéter on va gagner, on va gagner. Non, déjà un pas après l'autre, un point, c'est bien.
Lydie Tabarin — Elles sont fortes, mais tu le fais pour toi. Tu le fais pour ne pas être juste en train de traîner sur le terrain en mode je suis trop nul. Moi, je trouve que c'est un privilège de jouer contre des équipes fortes. Tu vois de nouvelles techniques de jeu, de nouvelles organisations et tu t'entraînes sur des balles beaucoup plus dures que ce que tu peux avoir à l'entraînement. Donc, j'essaye de donner ça au fil de mon équipe, sachant que ce n'est pas moi qui suis capitaine, je suis juste la meuf qui est contente d'être là, tu vois. J'essaye de leur dire non mais c'est ok, elles sont fortes, on prend ce qu'on a à prendre, même si on perd, tu vois, genre c'est de l'expérience et ouais, ne pas se manger des 7 25 0, tu vois, genre pour l'honneur, pour l'honneur, tu vois, pour l'ego, tu vois, même si on sait qu'on ne va pas gagner, on sait comment on donne tout et comme ça, on a une véritable idée de notre niveau et quand tu enchaînes, quand tu prends une série des filles d'en face, juste une balle. C'est ce qu'il faut se dire, c'est pareil, quand tu écris, ok, c'est pas ce livre, ce sera le prochain, d'accord, c'est de l'expérience, c'est bon à prendre, on passe à la suite, voilà, c'est, faut pas se mettre des gros objectifs, faut voir la marche d'après, faut pas voir la montagne.
Ybelion — Exactement, c'est, non mais c'est très important, ce que tu partages là et en l'occurrence, la métaphore du volleyball où tu joues un set est très parlante parce que ce qui est effectivement, ce qui est important, c'est le prochain point quoi, c'est pas les trois sets qui vont venir.
Lydie Tabarin — Bien sûr, oui, on se mange, oui, on se mange une série et oui, on va être en 3-0 comme elles ont mis à toutes les autres équipes qu'elles ont rencontrées mais est-ce qu'on pourrait au moins essayer d'aller les embêter, tu vois, d'aller les embêter sur le score, d'aller rattraper des choses qu'elles pensent qu'on peut pas rattraper, ne serait-ce que pour nous, que pour l'ego, tu vois, et pour sortir en plus parce que tu sais, quand tu prends une série, c'est aussi pour ça, c'est très psychologique, le sport, quand tu prends une série, psychologiquement, tu commences à spirale en fait,
Ybelion — tu commences à plonger
Lydie Tabarin — et moi, je le vois sur le terrain, tu vois, ça devient dur de motiver une équipe où t'as tout le monde qui est déprimé comme mode, on est en train de se prendre dans la clé, tu vois tout le monde qui a un mout qui est en train de plonger et t'as un mode, non mais, on le sait, elles sont fortes, c'est ok, c'est ok, c'est de la technique, elles ont de meilleures techniques, elles ont une meilleure organisation, voilà, fair, tu vois, alors nous, ce qu'on peut faire, c'est ne pas se laisser plonger, ne pas se laisser couler, etc., et y aller en fait, genre c'est juste un point, juste un point, juste une balle, juste histoire de dire, bah oui, on peut le faire, on a ça à l'entraînement, genre, même si c'est pas le match, juste ça, tu vois, genre c'est aussi comment, comment tu tiens psychologiquement, dans l'adversité, dans la défaite,
Ybelion — ouais, ça c'est, c'est quelque chose que tu retrouves aussi beaucoup, en écriture, comme on disait, le processus est long, donc t'as toujours des, des ups et des dons, quoi, donc, c'est long,
Lydie Tabarin — t'as des refus, t'as des, en fait t'as des refus qui sont un peu, un peu rudes, tu vois, tu sais, on m'a dit que mon, ma protagoniste était désagréable, j'étais en mode, je pense pas qu'elle soit désagréable, je pense qu'elle a du mal avec les gens, mais je vois, enfin, elle est, enfin, t'as des protagonistes, qui, tu sais, le protagoniste du personnage féminin badass, tu vois, ces filles-là, elles sont vachement plus désagréables, tu vois, moi la mienne, elle insulte personne, tu vois, elle est juste très réservée, dans le jugement, tu vois, mais elle va pas venir t'insulter, elle va pas venir te menacer, ou te dire d'aller te faire voir, etc., elle est juste très renfermée, tu vois, on m'a dit qu'elle était désagréable, puis t'es en mode,
ben,
je suis pas d'accord, tu vois, genre, t'as un autre personnage, dans votre, vous avez un autre personnage dans votre catalogue, qui je trouve infiniment plus agréable que ça, sans aucune raison, d'accord, et ouais, t'as des, enfin, t'as des retours, où t'es en mode,
ben,
ouais, mais c'est ok, tu vois, enfin, faut pas, moi je t'ai dit, comme, au volet comme en écriture, je suis la meuf qui est juste contente d'être là, tu vois,
le kiff,
tant que t'es content d'être là, tu vois, peu importe ce qui se passe, tant que t'es content d'être là, c'est good, tu vois, moi sur le terrain, on perd, ok, on a perdu, mais elles avaient de super joueuses, et franchement, c'était grave fun d'essayer de contrer des attaques de bâtard, tu vois, j'ai pas souvent l'opportunité, en plus c'est en tant que centrale, justement, mon taf au volet, c'est de bloquer,
Ybelion — c'est de bloquer,
Lydie Tabarin — et j'ai pas l'opportunité, parfois, de bloquer des centrales comme moi, qui sont très fortes, parce que c'est un poste un peu négligé à notre niveau, plus tu montes en niveau, quand une équipe a des bonnes centrales, tu sais que c'est une bonne équipe, mais du coup, j'ai pas l'opportunité très souvent, de jouer contre de très bonnes attaquantes, et de très bonnes centrales, quand ça arrive, je suis en mode, bah c'est cool, tu vois, parce que du coup, ça me permet de tenter des trucs, d'essayer de me caler, d'essayer d'organiser ma stratégie, avec mes coéquipières, même si on perd, tu vois, genre, j'apprends, j'expérimente, et je suis sur le terrain, et je passe un bon moment, tu vois, genre même si je perds, bah, je viens de passer deux heures à courir, et à sauter partout, peut-être que dans les deux heures, j'aurais fait une bête d'attaque, dont je vais me souvenir toute ma vie, et je vais me dire, waouh, c'était digne d'IQ, tu vois, genre, mettez ça dans un animé, tu vois, rien que les petits trucs, bon, parfois t'as des matchs vraiment sans, c'est de l'expérience, t'étais là, c'est le plus important, genre, c'est pareil en écriture, c'est pas rose tous les jours, parfois tu traverses de longues périodes, sans savoir, si tu seras à nouveau publié, ou quoi, tant que tu continues d'écrire, tant que t'es là, bah, il n'y a pas de raison que, après, ça peut arriver aussi, que le système de l'édition traditionnelle ne convienne pas à certains manuscrits, à certaines plumes, c'est...
Ybelion — Mais c'est pour ça que maintenant, il y a la chance d'avoir plein de circuits alternatifs, où parfois, il y a des auteurs tout aussi bons que ceux qui peuvent être publiés, et c'est ça qui est trop bien, c'est que ça se libère aussi sur ça, et c'est cool, parce que chacun trouve ce qu'il veut, et chacun peut accéder à son objet livre comme il le veut, avec les intentions qu'il a, et franchement, c'est ça le principal.
Lydie Tabarin — Le marché du livre est un marché, donc il opère sur des raisonnements différents de l'art de manière générale.
Ybelion — Bah ouais, c'est l'éternel débat, l'équilibre, art marketing, et bon voilà, c'est les règles avec lesquelles on est obligé de jouer, mais c'est ça qui est cool.
Lydie Tabarin — Le marché du livre
n'est pas représentatif de l'excellence littéraire, c'est juste représentatif du marché, du livre, de ce que les gens sont prêts à acheter, de ce qu'on va se marquer, de voilà, c'est pas représentatif de ce qu'on sait faire, c'est aussi le garde en tête.
L'anecdote du château d'If et les questions très suspectes
Ybelion — Et pour boucler sur tes romans, il y a une question que j'aime bien poser à la fin, c'est, alors là, je te laisse choisir Crépuscule, Briseuse de Marbre, un peu comme tu veux, est-ce que tu aurais une anecdote un peu loufoque ou rigolote sur le processus ou sur le livre que tu racontes pas forcément, mais voilà, qui est un peu décalée, qu'est-ce qui te vient ?
Lydie Tabarin — Pour Briseuse de Marbre, en fait, j'aime bien essayer d'écrire en étant aussi réaliste que possible, aussi vraisemblable que possible et du coup, c'est pour ça que quand je voyage, j'ai tendance à pas mal voyager sur des lieux où j'écris ou en tout cas me reposer sur Google Maps mais du coup, dans Briseuse de Marbre, tu as une partie qui se passe à Marseille assez brièvement et tu as surtout une scène qui se passe sur le château d'If, sur l'île d'If, c'était l'ancienne prison, compte de Monte Cristo, voilà, tout le monde connaît et j'ai une scène qui se passe là-bas, une scène qui se passe de nuit et du coup, j'avais été, genre vraiment, en plus, c'est vraiment le jour où je vais prendre mon TGV pour partir donc c'est vraiment la course, mes petites photos, le petit dépliant, machin, etc., bien examiner où iraient mes personnages, etc. Et tu as deux grandes portes qui barrent l'accès au château qui sont ouvertes, du coup, en journée et du coup, j'avais été trouver quelqu'un qui travaille là, tu vois, qui connaît l'histoire du monument, etc. et tu sais, je posais des questions du coup, pour moi, pour écrire, mais qui pourraient paraître grave suspectes quand tu sais pas que la personne écrit un bouquin, tu vois, genre, ah, du coup, il n'y a plus de gardien de nuit, d'accord, et les portes là, elles sont fermées la nuit aussi, ok, bon à savoir, bon à savoir, et ok, tu sais, les questions un peu, tu te dis, mais la meuf, elle va nous combler, il n'y a rien à faire, elle est là-bas, tu vois, mais tu sais, la meuf qui est en train de demander cette porte, est-ce que tu as fermé ? Celle-là aussi ? Ok, il y a un gardien, non, c'est automatique, ok, bon à savoir, ouais, ok, mais tu as des petites questions un peu, mais j'ai besoin de savoir, j'ai besoin de savoir, si les personnages doivent défoncer la porte ou s'ils peuvent passer, tu vois, on essaie d'être réaliste,
Ybelion — c'est incroyable, ouais, franchement, tu vois, j'adore cette question, à chaque fois, elle fait sortir des petites anecdotes bien rigolotes, et ouais, c'est ça parfois, quand tu es auteur, tu te poses des questions, tu sais, c'est des fameux, taper sur Google, quelle est la dose de poison pour tuer quelqu'un, ce genre de choses ?
Lydie Tabarin — Les plus dangereusement pas d'épines, c'est une histoire de poison, et du coup, j'avais les avertissements Google, si vous avez besoin d'aide et tout, je suis en mode, non mais t'inquiète, je bosse juste sur un roman, mais si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas à appeler le numéro de la ligne anti-suicide, etc., je suis en mode, non mais c'est pas pour moi,
Ybelion — je vous jure, je vous jure,
Lydie Tabarin — c'est parce qu'il y a des poisons, parce que c'est une histoire de poison, et qu'il y a plein de plantes, etc., genre c'est juste pour ça, c'est pour être sûr de si c'est vraisemblable, etc., mais ouais, j'ai eu ça pas mal pour les fleurs les plus dangereuses, non pas d'épines, parce que ouais, c'est que c'est du complot, c'est du poison, machin, et je crois que c'est le seul pour lequel j'ai eu des trucs un peu flippants comme ça, sinon pour le crépuscule des légendes, j'avais aussi, c'était quand j'étais étudiante et que j'avais encore les tarifs réduits d'étudiante, j'avais aussi étudié à la bibliothèque de la Cité Universitaire Internationale, parce qu'en vrai, le lieu est très ouvert, parce que c'est un campus étudiant qui n'est pas rattaché à une fac, c'est un lieu de vie, de manière générale, que je conseille, parce qu'il y a plein d'événements, très souvent, t'as des concerts, t'as des pièces de théâtre, etc., c'est très vivant, et j'avais étudié à la bibliothèque là-bas, j'avais fait des visites guidées aussi, qui permettent d'entrer dans les maisons, du coup, j'étais déjà entrée dans celle où se passe l'histoire, et j'ai réussi aussi à dénicher les plans des résidences, du coup, pour savoir à l'intérieur comment c'est, tu vois,
Ybelion — parce que, bah oui,
Lydie Tabarin — j'ai besoin de savoir, j'ai pas encore chopé quelqu'un pour dire fais-moi entrer en scred, je pourrais, mais ouais, j'ai réussi à trouver les plans de la résidence avec les photos, etc., parce que j'ai besoin de savoir, en fait, tu vois, mon héroïne, elle a aussi un handicap physique, et j'ai envie de savoir si c'est accessible pour qu'elle puisse s'en plaindre, tu vois, parce que, tu vois, on te le dit pas que quand tu ouvres la porte, il y a deux petites marches devant, etc., bon, j'ai déjà vu des gens y rentrer, donc je vois un peu à quoi ressemblent les entrées, les portes sont très lourdes aussi, tu vois, enfin, c'est des petits trucs, tu vois, mais du coup, j'ai un côté un peu fouineur quand j'écrive, parce que, bah, j'ai besoin de savoir, en fait, donc, j'allais me glisser, mais il faut que ce soit vraisemblable, tu vois, genre, je me dis, imagine un jour, il y a une adaptation cinématographique, et on se rend compte des petits de la merde, tu vois, on va se dire, on ne fait pas du tout ça à l'intérieur, mais, si, mais, ouais, plein de trucs comme ça, où, bah, parfois, je suis amenée à poser des questions un peu suspectes, c'est pour le bien de vivre,
Ybelion — ça rejoint bien, je trouve, ce que tu partageais au début, sur aussi, le fait d'essayer, de sortir, de tester des activités, ça rejoint tout à fait ça, en fait, en fait, t'explores, quoi, t'explores toujours, en exploration.
Du voilier au moulin à pigments, écrire comme on explore
Lydie Tabarin — C'est vraiment, mes romans, c'est un peu une extension de ce qui m'intéresse dans la vraie vie, tu vois, genre, là, mon dernier post Insta, c'était sur mes vacances d'une semaine à Amsterdam, j'avais déjà été l'année dernière avec une amie australienne qui visitait, et j'avais eu une idée de roman à ce moment-là, en octobre dernier, et là, du coup, j'ai profité d'une semaine de vacances pour revenir faire plus de recherches, et chercher vraiment plus des petits détails, des petits trucs, etc., et c'est des choses sur lesquelles tu tombes un peu au hasard, tu vois, genre, je suis tombée sur le dernier moulin à peinture au monde, c'est un moulin où on broie les pigments, on broie les pigments pour faire des peintures à l'huile, t'as aussi des moulins qui produisent de l'huile, justement, de l'huile de lin, etc., pour la peinture, du coup, j'ai acheté du pigment et de la peinture, du coup, on va voir ce que ça donne, quand je me lancerai, parce que ça fait un bout de temps que j'ai envie de faire de la peinture à l'huile aussi, on m'a toujours dit c'est très compliqué, très impressionnant, du coup, j'attendais, là, tu vois, j'ai de la peinture, enfin, j'ai du pigment et de l'huile qui viennent de moulins néerlandais, comme le faisaient les peintres du 17e siècle, c'est trop cool ! C'est un projet que je compte écrire dans un bout de temps, mais je me suis dit c'est cool d'en profiter pour faire des recherches et, ouais, étendre un peu mes intérêts, parce que moi, ça m'intéresse de savoir comment les choses fonctionnent, parce qu'on dit qu'il y a, je crois, c'était 5 millions de peintures qui ont été faites à l'époque, je crois, c'est le 17e siècle néerlandais, ouais, c'est de la folie !
Ybelion — C'est de la matière, c'est de la matière !
Lydie Tabarin — Où est-ce qu'ils trouvent les pigments, l'huile, etc., bah ouais, ils avaient des milliers de moulins, en fait, à quelques kilomètres d'Amsterdam qui produisaient, je crois, t'avais une cinquantaine de moulins de pigments, je crois, peut-être une centaine de moulins qui produisaient de l'huile, tu vois, tu sais, c'est vraiment intéressant de voir comment ça fonctionne, comment c'était pour eux aussi, parce que, tu sais, nous, romantistes, on va dire, oh, le moulin est beau, il est dans le paysage, ouais, mais il y a pas mal de gens qui sont morts dans ça, parce que les moulins à farine, ça explosait, c'était au bord de l'eau, c'était grave dangereux, enfin, c'est grave intéressant, et ouais, je trouve, c'est, je pense que la littérature, pour moi, en tout cas, l'écriture, c'est une manière d'exploiter la curiosité que j'ai déjà pour tout ce qui m'entoure de manière générale, que ce soit l'histoire, la société, et c'est juste une manière de pousser ça, tu vois, il y a un peu la mode des personal curriculum en ce moment, c'est les gens qui veulent continuer d'apprendre, qui se font des listes, j'ai pas de personal curriculum, c'est mes livres, tu vois, j'ai un livre sur un thème et je vais m'en trouver à explorer ce thème de manière très prononcée, un coup, ça va être la mythologie grecque, un coup, ça va être les légendes urbaines, le côté un peu dark academia, un peu creepy, après, ça va être de la science-fiction post-apo, enfin, voilà, ça me permet d'exploiter un peu tous mes intérêts comme je le souhaite, de manière un peu libre, sans me mettre des règles, quoi, c'est fun.
Conclusion
Ybelion — C'est une très belle, une très belle vision de l'écriture et une très belle, très belle conclusion. Merci beaucoup, Lydie, d'être venue partager à la fois ton univers et puis aussi tes processus d'écriture, parce que je trouve que ça permet justement de moins se mettre la pression sur plein de choses et on mettra les liens en description à la fois de tes livres, de ton Insta et puis de ta newsletter aussi. Merci beaucoup, merci beaucoup d'être venue.
Lydie Tabarin — Merci pour l'invitation, ça faisait un bout de temps que j'avais pas parlé de comment j'écris en plus de mes nouveaux, en plus avec des nouveaux projets que j'ai annoncés, etc., donc ça me permet d'en faire plus. Donc c'est pas cool.
Ybelion — Merci. Merci d'être là, épisode après épisode. Si ce podcast t'inspire, t'aide ou te met du baume au cœur, t'abonner, mettre 5 étoiles et le partager, c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux. Parce qu'après tout, plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte. A très vite. Ose Écrire.
AU MICRO AVEC
Lydie Tabarin
Lydie Tabarin écrit de l'imaginaire pour la jeunesse. Après Les fleurs les plus dangereuses n'ont pas d'épines chez Hachette, elle signe Briseuse de Marbre : tous les cent ans, l'Olympe rejoue ses mythes, et Médeline, réincarnation de Méduse, est condamnée d'avance à mourir sous l'épée de Persée. Sauf qu'elle refuse le rôle. Sa Méduse est noire et guadeloupéenne.
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?