Chez Julie Elles, la réponse est quatre. La Rose et le Serpent, publié chez ActuSF, est son cinquième roman écrit et le premier que quelqu'un peut lire. À vingt ans, elle écrit un livre entier uniquement pour faire ses armes, en appliquant méthodiquement tout ce qu'elle trouve sur la structure et la narration. Elle le sait impubliable, même retravaillé, et elle assume totalement d'en avoir eu besoin. Puis vient une trilogie complète dans le même univers, inédite elle aussi.
Les premières idées de La Rose et le Serpent datent de 2015. Deux ans pour le premier jet, puis des années de corrections. Dix ans entre le point de départ et le livre en main.
Ce que je trouve juste dans son parcours, c'est que rien n'est perdu. L'univers était déjà bâti dans les romans précédents, donc pour celui-là elle n'a plus eu qu'à travailler les personnages et l'intrigue. Les quatre romans que personne ne lira sont entièrement dans le cinquième. Le manuscrit est arrivé tellement abouti chez l'éditeur qu'il n'a demandé que des modifications de forme.
Dans cet épisode, on parle aussi du piège du worldbuilding qu'on montre sans que l'histoire le réclame, des bêta-lectures qui l'ont fait progresser là où les proches disaient seulement « c'est très bien », et de ses deux heures d'écriture chaque matin, en silence complet.
LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE
CAROUSEL À VENIR
Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Une couverture qui donne envie
Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 33ème épisode d'Ose Écrire. Et aujourd'hui, je suis ravi parce que j'accueille Julie, autrice de La Rose et le Serpent, des éditions Actu SF. Et on parle d'écriture. Et Julie nous partage sa quête, ses doutes, ses élans, mais surtout cette force intérieure qui pousse à créer malgré nos peurs. On évoque aussi son roman, l'art de se faire confiance, et le courage qu'il faut pour donner vie à ses rêves. Sur ce, je vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à bientôt. En fait, quand j'ai reçu ton livre, déjà, je l'ai trouvé super beau. Je ne sais pas si tu avais des idées en tête de ce que tu voyais comme objet physique, mais en fait, moi, j'ai presque su que j'allais l'aimer au moment où je l'ai reçu.
Julie Elles — Avec la couverture.
Ybelion — Oui, c'était franchement super beau. Un truc qui m'a fait rire, c'est que j'ai mis, je pense que j'ai dû lire deux tiers du livre avant de me rendre compte qu'au début des chapitres, il y avait soit La Rose, soit Le Serpent dessiné pour dire s'il était Soren ou Alana. Et j'ai remarqué ça à la fin. J'étais à putain, mais vraiment. On avait ajouté ça avec une des éditrices.
Julie Elles — On s'était dit, voilà, ça serait bien d'avoir des petites illustrations au début des chapitres. Je trouve que c'est sympa.
Ybelion — Oui, franchement, ça fait un petit plus. C'est vraiment très cool. Tu es en Angleterre, toi, c'est ça ?
Écrire en français depuis l'Angleterre
Julie Elles — C'est ça, oui, j'habite en Angleterre.
Ybelion — J'y ai pensé ce matin. Je me suis dit, mince, peut-être qu'on va arriver en décalé sur le fuseau vert.
Julie Elles — J'ai l'habitude, donc en général, je prévois. Je pense à leur français.
Ybelion — Tu es anglaise ?
Julie Elles — Non, simplement expatriée. Je suis née à Reims, donc française. Mais en Angleterre depuis 10 ans maintenant, 11 ans. À peu près 11 ans. D'ailleurs, j'espère que ça va aller avec mon français parce que comme je n'ai plus l'habitude de parler français au quotidien, c'est un peu rouillé, en fait, et j'ai du mal à m'y remettre. Mais bon.
Ybelion — T'inquiète, t'en fais pas. Non, il n'y a aucun problème. Et alors du coup, je ne savais pas que tu habitais en Angleterre depuis aussi longtemps. Et tu écris en français quand même ?
Julie Elles — Oui. J'ai essayé à un moment d'écrire en anglais, mais comme ce n'est pas ma langue maternelle, même si je parle couramment anglais, ce n'est pas la même chose, en fait. Je ne connais pas toutes les subtilités de la langue. Je fais quand même encore des erreurs, même de grammaire. Enfin, ce n'est pas parfait. Donc non, pour moi, puis comme j'écris depuis très longtemps en français, je continue. Enfin, j'ai acquis une habitude, en fait.
Ybelion — Ouais, OK. OK, je comprends. Je comprends. C'est vrai que l'envie parfois d'écrire en anglais, je ne sais pas, moi, ça m'a attiré aussi de temps en temps. Et puis, en fait, je me trouve vite confronté au fait qu'il y a des choses que je veux dire, je ne sais pas comment les dire, du coup. Oui, oui. C'est beaucoup plus compliqué.
Julie Elles — Je ne connais pas tout le vocabulaire. Ouais, c'est autre chose.
Ybelion — Et tu as écrit depuis combien de temps, du coup ?
« 10 ans entre l'idée et le livre »
Dix ans entre l'idée et le livre
Julie Elles — Donc, j'ai commencé à écrire vers l'âge de 12, 13 ans.
Ybelion — OK.
Julie Elles — Ouais, voilà, ado. Du coup, ça fait longtemps.
Ybelion — Et c'est La Rose et le Serpent, c'était une des premières histoires que tu avais imaginées ?
Julie Elles — Non, ça, c'est un peu plus tard, en fait. J'ai commencé à avoir les premières idées sur ce roman en 2015. Donc, il s'est passé environ, oui, 10 ans entre les premières idées et la publication. Donc, ça a été vraiment un voyage au long cours. Mais après, voilà, l'écriture du premier G, proprement dit, ça a pris deux ans à peu près. Après, il y a eu des années de correction. Mais oui, c'est quand même une longue période, en fait. Ouais. Mais sinon, voilà, au départ, quand j'ai commencé à l'âge de 12, 13 ans, donc, c'était plus des histoires un peu fantastiques, des petites nouvelles. J'ai fait pas mal de fanfictions aussi, voilà, pour commencer.
Ybelion — Et par curiosité, tu les faisais sur quoi, les fanfictions ?
Julie Elles — Je sais même plus, c'était il y a tellement longtemps.
Ybelion — Ça t'arrive de relire ce que t'écrivais vraiment il y a longtemps, quand t'étais...
Julie Elles — Oui, bah oui, oui. On voit qu'il y a quand même eu du progrès, heureusement. C'est amusant, mais...
Ybelion — Ouais, moi, je suis d'accord avec toi. À chaque fois, c'est... Je sais pas, j'ai... J'ai presque une certaine tendresse sur les tout premiers écrits que j'ai faits, parce que, objectivement, je trouve ça un peu nul, tu vois. Ça me fait... Ça a un côté un peu kitsch, très... Bah, très débutant, quelque part. Ouais. Mais en même temps, je me dis, putain, mais... Si à l'époque, quand t'avais écrit ça, t'avais trouvé ça nul, et que tu t'étais pas dit, bah franchement, t'es un génie, c'est trop bien, bah j'aurais peut-être pas continué, tu vois. Bah, c'est ça, oui, ouais. C'est pour ça, ça me fait toujours rire de retomber sur ces écrits-là, ces vieux écrits. Je trouve ça vraiment...
Julie Elles — J'y repense, en fait, aussi, en écrivait... Enfin, pour moi, c'était beaucoup plus facile, en fait, au début. On se posait pas de questions, c'est comme ça venait, en fait, au fil de la plume. Après, j'ai l'impression, au fil des années, quand on acquiert plus d'expérience, ça devient de plus en plus difficile, en fait, d'écrire, je trouve. Ouais, je comprends.
Ybelion — Difficile du point de vue... De quel point de vue, pour toi ?
Julie Elles — Peut-être parce que, voilà, on a lu beaucoup plus de choses aussi, on a une certaine attente, en fait, on sait ce qu'on veut dire, écrire, enfin, on a plus de... Comment dire ? Notre oeil, il est un peu plus acéré, en fait, au niveau de l'écriture, donc s'il y a des défauts, on s'en rend compte. Alors qu'avant, ça passe sous le radar, en fait. Donc, je pense qu'on devient de plus en plus exigeant avec notre propre écriture, au fil du temps. Parce qu'il y a une bonne chose, c'est comme ça qu'on progresse aussi.
Ybelion — Oui, c'est ça. C'est un peu toujours une espèce de boucle entre se trouver naïvement génial, et puis, à un moment, se remettre en question, en se disant, ouais, il y a des choses quand même que je peux améliorer. Mais quelque part, j'aime bien ce côté, je ne sais pas pourquoi, dans toutes ces aventures, que ce soit entrepreneurial, artistique, il y a un côté, naïvement, se trouver vraiment fort, c'est un peu un atout, parce que du coup, ça contrecare un peu la peur ou tous les blocages sur lesquels tu peux tomber.
Julie Elles — Oui, c'est important d'avoir confiance en ce qu'on écrit aussi, surtout au début, je suis d'accord.
Ybelion — Et donc, La Rose et le Serpent, tu as dit, donc, Premières idées 2015.
Julie Elles — Oui.
Ybelion — Et Premiers Gé, tu m'as dit deux ans, en vrai, c'est quand même... C'est quand même... C'est quand même rapide. Tu avais déjà écrit des choses avant... Enfin, des... Je veux dire, des... J'imagine que tu avais écrit plein de choses, mais des textes, des nouvelles...
Le roman d'entraînement qu'on ne publiera jamais
Julie Elles — Oui, en fait, en gros, oui, La Rose et le Serpent, c'est pratiquement le cinquième roman que j'ai écrit, enfin, le roman sérieux. Donc, il y en a quatre autres avant. Un premier que j'avais écrit, oui, à l'âge de 20 ans, en fait, où quand je me suis dit, vraiment, là, je veux écrire plus professionnellement, avec l'idée peut-être d'être publiée un jour. Mais voilà, quand je regarde après... Enfin, quand je relis ce roman, je me rends compte qu'il y a beaucoup trop de défauts. C'était vraiment, en fait, un roman d'entraînement. Parce que je commençais à apprendre un peu plus de choses sur la structure d'un roman, comment écrire, la narration, enfin, lire beaucoup de manuels, mais en ligne aussi. Et voilà, j'ai réussi à écrire un roman complet. Et c'était vraiment pour lui faire mes âmes, en quelque sorte. Donc, ce roman-là, il n'est vraiment pas publiable. Je pense qu'il ne le sera jamais, même si je le retravaillais. Mais j'ai vraiment eu besoin de l'écrire pour essayer différentes choses, des techniques que je commençais à apprendre. Après, il y a eu une trilogie que j'ai écrite. C'est dans le même univers que La Rose et le Serpent. Donc, c'est peut-être pour ça aussi que ça n'a pris que deux ans, le premier jet de La Rose et le Serpent, parce que j'avais beaucoup travaillé l'univers en amont, en fait. Donc, il ne me restait pratiquement plus que les personnages et l'intrigue à développer, à explorer. Mais l'univers, il était déjà établi avec ses romans précédents. C'est hyper intéressant.
Le piège du worldbuilding sans histoire
Ybelion — Il y a quelque chose qui m'évoque, parce que quand on écrit de la fantasy, généralement, on est assez fan de toutes ces constructions d'univers, tout ce qu'on peut rattacher au world building. Et moi, je tombe assez souvent sur des unge-auteurs qui, à mon sens, ont tendance à se perdre un petit peu dans la construction d'univers et qui, finalement, ne raconte pas d'histoire. À la fin, tu te rends compte qu'il n'y a rien d'écrit. Et comment tu as réussi, toi, à trouver le bon équilibre entre une justesse dans la construction de ton univers et aussi une précision, parce qu'il y a quand même beaucoup de détails, typiquement, dans La Rose et le Serpent, et quand même un moment, entre guillemets, tu as strein à écrire, à raconter des histoires et pas seulement une encyclopédie.
Julie Elles — Oui. Je pense que ça a peut-être aidé, en fait, de séparer les deux, de passer plusieurs années au départ à établir l'univers, à écrire d'autres histoires dedans, où peut-être j'ai beaucoup plus donné d'importance à l'univers. Et après, voilà, ce qui m'intéressait, que La Rose et le Serpent, ce n'était pas tant le contexte, l'univers, même s'il a son importance, mais c'était vraiment l'intrigue. Donc, je me suis vraiment concentrée là-dessus. Et l'univers était vraiment au service de l'intrigue et des personnages. Donc, voilà, je n'avais pas forcément envie de le mettre en avant sans que ce soit nécessaire. C'était vraiment plus... Voilà, oui, le contexte, en fait. Un peu comme un roman historique. Et c'est ce que j'ai essayé de reproduire un petit peu, parce que c'est quand même un univers assez réaliste. J'ai fait même pas mal de recherches historiques, parce que je voulais que ça soit crédible, en fait. Et donc, je l'ai pris un peu comme ça. Je ne sais pas si c'est forcément ce que tous les lecteurs recherchent, parce que c'est vrai que je trouve que l'univers est assez... Enfin, il est important, mais assez peu présent, en fait. L'importance est plus donnée aux personnages, je dirais, et à l'intrigue. Je ne sais pas si ça répond exactement à la question.
Ybelion — C'est super, super. En fait, tu vois, tu as dit quelque chose, et je me rends compte... Souvent, je fais le parallèle avec mes propres erreurs, et effectivement, au départ, j'étais au service de mon univers. En fait, j'avais envie de créer un univers, comme dans un jeu vidéo, ou comme dans les jeux de rôle auxquels j'avais pu jouer, et je n'étais pas du tout au service de l'histoire. Et c'est vrai que, en fait, la différence... Et tu vois, je ne l'avais pas verbalisé, mais du coup, tu viens de me faire prendre conscience de ça. C'est qu'à un moment, j'ai mis l'univers au service de l'histoire, et pas l'inverse. Et effectivement, c'est un super conseil, ça. C'est un super conseil. Et moi, je trouve, tu vois, que justement, ce que moi, je déteste... Je n'aime pas les livres pleins de descriptions. Tu vois, typiquement, c'est pour ça que j'ai un rapport assez conflictuel à Tolkien, par exemple. J'ai beaucoup de mal à lire Le Seigneur des Anneaux, parce que 300 pages de Prairie verte, je le dis de manière très caricaturale, mais voilà, ça m'a jamais... Je n'ai jamais trop réussi à rentrer. Et toi, je trouvais justement qu'il y avait une très bonne justesse. Justement, il n'est pas... Enfin, on sent qu'il est au service de l'histoire, justement. Et j'ai trouvé qu'il y avait une très bonne justesse dans ça. Et l'emphase est beaucoup plus mise sur, effectivement, sur les personnages. Et finalement, leur intégration dans l'univers et leur impact sur le monde dans lequel ils sont. Et ça, c'est super bien amené, franchement. Et donc, ouais, OK. C'est ça, tu vois, c'est un très bon conseil. Je le note dans un coin. L'histoire au service... Pas au service de l'univers, mais l'inverse, ouais.
Julie Elles — Ce que je pense, oui, c'est quand même le plus important, même en fantaisie. Un roman, en fait, on le lit pas tant pour l'univers, même si on aime la fantaisie, la science-fiction, les littératures de l'imaginaire, mais vraiment pour suivre des personnages et pour une histoire, en fait. Et le reste, même si, oui, ça a une certaine importance, et c'est ça qui donne l'ambiance, la saveur de l'histoire, mais ça reste secondaire, quand même, je trouve. Enfin, en tout cas, moi, en tant que lectrice, c'est plutôt, oui, les personnages qui vont m'accrocher, par exemple. Et le reste, même si l'univers n'est pas tellement développé, c'est moins important, en fait, pour moi. Après, c'est subjectif aussi, ouais.
Ybelion — Oui, c'est ça. Après, c'est vraiment les goûts et les couleurs, mais effectivement, j'ai pensé à trois trucs en même temps. Le côté... Enfin... En fait, il y a quelque chose aussi que je trouve important. Je ne sais pas où est le curseur, toi, de ce que tu aimes bien, mais laisser de la place au lecteur, de s'imaginer. Et tu vois, et donc, parfois, volontairement, ne pas décrire certaines choses, ou les décrire légèrement, de manière succincte, pour que toujours, le lecteur puisse se faire sa propre image. Moi, c'est quelque chose que j'apprécie. Je ne sais pas si c'est le cas pour tout le monde, mais moi, ça me touche beaucoup. Qu'est-ce que tu cherches, toi, quand tu lis un livre sur ça, justement ?
Décrire juste ce qu'il faut
Julie Elles — Non, je suis d'accord. Enfin, en même temps, moi, j'aime quand même beaucoup les descriptions. J'ai besoin qu'il y ait quand même assez d'éléments pour pouvoir visualiser. Mais après, voilà, il y a quand même une part d'imagination. Et c'est ça aussi. Enfin, c'est pour ça qu'on lit. La littérature, c'est différent des films et tout ça. Mais c'est vrai que pour décrire, je pense que le plus important, en fait, c'est de trouver des petits détails vraiment précis. Et après, le reste, c'est le lecteur qui imagine ou qui rassemble les morceaux pour avoir l'image totale. Je pense que c'est plus important qu'une description exhaustive, en fait. C'est vraiment trouver les détails significatifs.
Ybelion — L'élément fort qui définit très bien le personnage. J'étais en train de réfléchir, à me dire sur Soren et Alana, qu'est-ce qui m'a marqué, moi ? Je crois que c'est l'épée de Soren. Je ne sais pas pourquoi. Je la visualisais assez bien. Et Alana, c'est vrai que je ne sais pas trop. Ah si, son livre. C'est son livre impie. Et ça, tu vois, du coup, je voulais te poser d'autres questions, mais là, je pense à ça tout de suite. J'ai trouvé ça génial, l'intégration que tu fais de toute la philosophie, entre guillemets, de Zerlec. Parce qu'au départ, on ne sait pas du tout ce que c'est. Et donc, on s'attend à un truc un peu sombre. Et je trouve qu'il y a un espèce de contre-pied quand on découvre ses premiers aphorismes. où, ouais, j'ai eu l'impression, mais je dis ça de manière très positive, de lire un livre que j'aurais pu acheter, tu vois, sur le développement personnel, presque. Et j'ai trouvé ça. Et vraiment, quand je les ai lus au début, je me suis dit, ah ouais, c'est pas mal, c'est pas mal. Et c'est pour ça que je te disais par message, je me demandais, est-ce que tu avais, est-ce que tu as finalement ton petit livre de Zerlec à côté et que tu as pioché dedans ou tu as juste finalement construit juste ce qu'il fallait ?
Zerlec, la philosophie inventée
Julie Elles — J'ai pas écrit le livre en entier, mais oui, j'ai écrit plus d'aphorismes que l'on trouve dans le roman lui-même, en fait. Et c'est vrai que j'ai pioché, voilà, ce dont j'avais besoin au fur et à mesure de l'histoire. Donc, il y en a plus, ouais.
Ybelion — Ah, trop cool. Qu'est-ce qui t'a inspiré, Zerlec et sa philosophie ?
Julie Elles — Oui, bah, c'est plusieurs choses, en fait. Mais essentiellement, je dirais la philosophie antique, en particulier le stoïcisme, que je trouve assez intéressant, mais aussi les philosophies orientales, donc qui m'intéressent beaucoup. Et donc, voilà, j'ai un peu pioché à droite, à gauche, voilà. Et donc, c'est pour ça que j'ai écrit, enfin, moi-même, tous les aphorismes avant d'écrire, pour me donner une idée de cette philosophie, voilà, savoir ce que ça représentait un petit peu. Et après, voilà, en fonction des besoins de l'histoire, voilà, je les ai utilisés.
Ybelion — Ça se ressent, le côté stoïcisme, effectivement, se ressent beaucoup. Mais la version très... Je ne sais pas comment l'appeler. Parfois, dans le stoïcisme, il y a quelque chose qui m'a toujours un petit peu dérangé, c'est le côté, entre guillemets, très froid et un peu non émotionnel, comme s'il fallait mettre des barrières, tu vois, autour de son cœur. Et je trouve que, justement, ça invite plutôt à se laisser traverser par ses émotions, tu vois, et à savoir qu'elles sont là, et ouais, à les traverser. C'est le mot qui me vient de traverser. Plutôt que de les combattre ou les réfréner. Et ouais, du coup, effectivement, ça se combine bien avec la philosophie orientale que tu as dit, qui a un côté un peu spirituel. Ouais, franchement, moi, Zerlec, que j'aurais pu lire tous les aphorismes comme ça. Franchement, c'était une super idée. Une super idée.
Julie Elles — C'est intéressant que tu mentionnes ça, parce qu'en général, mais dans les critiques, les gens ne le mentionnent pas forcément, parce que ça reste quand même assez subtil, en fait, dans le texte. C'est un peu du sous-texte. Mais oui, c'est un thème qui m'intéressait beaucoup. Donc, ouais.
Ybelion — Je comprends. C'est vrai que moi, c'est parce que j'aime beaucoup avoir un prisme de lecture. En fait, j'ai toujours envie de récupérer, dans ce que je lis, des choses qui vont m'intéresser moi et qui pourraient être utiles dans ma vie à moi. Et même après, qui peuvent être utiles à partager aux gens. Et je trouve que c'est pour ça que Zerlac m'a tant marqué. Parce qu'en fait, c'est vraiment des trucs, tu peux les sortir du contexte totalement et te dire, OK, à partir de maintenant, je vais relire cet aphorisme tous les matins parce qu'en fait, ça va m'aider, tu vois. Et c'est ça que j'ai beaucoup aimé. D'ailleurs, le retour que j'ai fait, moi, sur le livre était plutôt orienté dans ça. Je trouve qu'il y a de très beaux messages. Il y a de très beaux messages. Et tout le rapport à la peur qui est évoqué au début, moi, j'ai trouvé ça génial. Surtout que ça boucle à la fin, parce que ça revient. Et ça, c'était vraiment top. Et puis, le sujet de la vengeance, moi, qui est celui qui m'a le plus touché. Alors, du coup, je te fais un partage personnel pour mettre un peu de contexte, pour te dire pourquoi ça m'a autant touché. Mais je pense que ce côté... Donc, je spoil rapidement. Rapidement, bouchez-vous les oreilles si jamais vous voulez pas être spoilé. Mais on sent que Soren a un truc en lui, quoi. Et que son moteur n'est pas du tout... Enfin, il est complètement extérieur, quoi. Il est drivé par quelque chose. OK, il veut se venger. Il veut que les gens soient punis, etc. Et en fait, on sent bien. Et je trouve que ça, c'est subtilement amené. On sent bien que s'il emprunte cette voie-là, il y a un moment où il va se détruire, quoi. Et moi, je fais le parallèle avec ma vie à moi où parfois, tu as envie de faire des choses pour prouver à d'autres. Et puis, en fait, tu te rends compte, même quand il arrive, qu'il y a un truc qui te laisse un espèce de vide horrible, quoi. Et donc, Soren vit ça pendant la grande partie du roman. Et puis vient la confrontation avec Katarina que je trouve géniale. Vraiment, ce passage-là, moi, c'est celui que j'ai préféré, je pense. Ça paraît bizarre. Je ne sais pas, tu me diras peut-être quel est le passage préféré des gens. Mais moi, celui-là m'a marqué. Et à ce moment-là, il prend conscience que justement, cette vengeance, je ne vais le mener nulle part. Et il arrive à faire la bascule qui est hyper dure de transformer un driver qui est externe à la vengeance en driver qui est interne de se dire, OK, en fait, j'ai envie de faire les choses pour moi et pour le peuple qui est autour, etc. Et ça, ça m'a profondément touché. J'ai l'impression de faire une analyse de prof de français. Je ne sais pas ce que tu en penses de tout ça.
La vengeance, ce moteur qui détruit
Julie Elles — Non, je trouve que ton analyse est très intéressante. Après, je ne veux pas trop commenter non plus parce que je trouve que c'est vraiment intéressant quand les lecteurs interprètent à leur façon, trouvent quelque chose. Et ce n'est pas à moi de dire forcément ce que je voulais faire.
Ybelion — C'est bien. Moi, je donne mon interprétation et puis les gens pourront se faire la leur sans qu'entre guillemets, tu leur dises. Non, c'est vrai. Et pour revenir un peu sur la construction de l'écrit, donc au moment de commencer le premier jet, comment tu t'es organisée avant de commencer à écrire ?
Synopsis puis découverte : ni jardinière ni architecte
Julie Elles — Donc oui, en général, avant de commencer à écrire, j'ai besoin d'un synopsis. OK. Donc vraiment planifier l'histoire, savoir comment ça va se terminer, en gros. Et j'ai besoin d'avoir aussi les personnages, d'avoir fait connaissance avec eux, connaître un peu leur personnalité, leur motivation, leur passé. Et ensuite, je me lance. Et là, c'est plus un travail de découverte, en fait, chapitre par chapitre. Donc je sais, en gros, qu'il faut aller du point A au point B, par exemple. Mais entre les deux, j'en ai aucune idée. C'est vraiment pendant que j'écris que je vais le découvrir. Donc pour revenir au système de jardinier-architecte, voilà, je suis un peu un mélange des deux, en fait. Donc au départ planifier, mais après vraiment découvrir comme ça vient. Et par contre, je pense, oui, que le côté planification, ça a été vraiment important pour moi pour réussir à terminer mes histoires. Au départ, quand je commençais à vouloir faire ça plus sérieusement, parce qu'il y a eu une grande période pendant mon adolescence où je commençais des romans, mais je n'arrivais pas à les terminer, parce que j'avais des idées, voilà, pour le début, puis au bout d'un moment, ça bloquait, en fait. Et quand je me suis dit, non, je vais vraiment structurer pour avoir un début, un milieu, une fin, ça a vraiment débloqué le processus. Mais après, voilà, pendant le premier G, il y a beaucoup de choses qui changent, en fait. En général, et je crois que ça a été le cas pour La Rosée et le Serpent, il n'y a plus rien à voir, enfin, le synopsis de départ n'a plus rien à voir avec l'histoire terminée. Parce que, voilà, les personnages peuvent m'emmener ailleurs, et voilà, je suis le fil, donc j'ai besoin de cette structure pour commencer, mais après, la structure, elle explose, en fait, en quelque sorte.
Ybelion — Ouais, t'as besoin de te fixer un cadre pour pouvoir en sortir et faire...
Julie Elles — Je pense que c'est juste rassurant, en fait, de savoir où on va, mais après, voilà, le plaisir, c'est aussi d'explorer et on ne sait pas vraiment où ça nous mène, en fait. C'est ça aussi, je pense, la créativité, voilà, d'aller avec le flow, en fait.
Ybelion — Ouais, je te rejoins totalement sur cet aspect un peu imprévisible de l'écriture où tu ne sais jamais vraiment trop où ça t'emmène, mais c'est toujours génial, en fait. Oui, oui.
Julie Elles — C'est intéressant, ouais.
Ybelion — Et qu'est-ce qui t'a le plus surpris de là où t'ont amené les personnages ?
Julie Elles — C'est difficile de dire. Je pense... Oui, même ce thème, en fait, dont tu parlais de la vengeance, je ne savais pas, en fait, dès le départ, à quoi ça allait mener, en fait. Donc j'ai vraiment suivi les personnages, bah, Soren, dans ce cas particulier, et c'est, voilà, au fur et à mesure, j'ai fait un chemin avec le personnage et ça aboutit à quelque chose. Enfin, le personnage a évolué, mais ce n'était pas forcément prévu au départ, en fait. J'avais juste une idée, voilà, il y a ce thème de la vengeance, mais je ne savais pas où ça allait mener, en fait.
Ybelion — C'est super beau parce que, en fait, je trouve que ça se sent dans le roman qu'il y a une vraie évolution humaine du personnage. Et quelque part, ça vient aussi du fait que je pense que tu te laisses porter par ton personnage et que c'est lui qui décide où il va. À mon sens, quand tu as un côté très rigide sur lequel le personnage doit faire ABCDEF, tu as un truc un peu mécanique et robotique parfois. Enfin, je pense que ça dépend probablement des auteurs, je n'ai pas envie de faire de généralité, mais en tout cas, moi, à mon échelle, je sens ce côté robotique quand c'est un peu trop défini. Ça se sent qu'il a une belle évolution qui n'est pas forcée, justement, je trouve. Et sur les deux ans du premier jet, ça a été quoi ta plus grande difficulté ?
Le premier chapitre comme fondation
Julie Elles — Je dirais le début, surtout, vraiment commencer le premier chapitre. Parce que j'ai vraiment besoin, quand j'écris, en fait, j'écris chronologiquement. Je sais que certains auteurs, en fait, écrivent plusieurs scènes puis après, ils rassemblent tout, alors que moi, j'ai vraiment besoin d'écrire un chapitre après l'autre. Et tant que le chapitre, le premier, ne se tient pas, je n'arrive pas à continuer, en fait. Il faut vraiment que ce soit solide, c'est comme une fondation, en fait, dont j'ai besoin. Donc, il y a eu plusieurs jets pour le premier chapitre. Et après, voilà, dès qu'il se tenait, j'avais l'impression que ça fonctionnait, j'ai pu continuer. Mais voilà, ça a demandé pas mal d'essais, en fait, des tâtonnements. Et ensuite, au cours de l'écriture, il y a eu des blocages, bien sûr, il y en a toujours. Donc, c'est vraiment continuer à faire confiance au processus. Et ça demande, oui, de la patience, bien entendu. Donc, ouais.
Ybelion — Et c'est le processus dont tu parles, tu peux en raconter un peu plus sur ton processus d'écriture ?
Julie Elles — Oui, enfin, quand je disais le processus, c'est plus faire confiance, en fait, à l'histoire, que ça va mener quelque part, suivre les personnages. Parce que quand tout n'est pas structuré, en fait, ça peut être parfois un peu effrayant. On se dit, oh, si ça se trouve, ça va mener nulle part. Ça n'est que ni tête. Mais je pense que, voilà, on apprend au fur et à mesure à faire confiance à ce processus créatif. Je pense qu'il se passe même quelque chose inconsciemment, en fait. Donc, l'histoire s'assemble au fur et à mesure. Mais il y a des moments, oui, où j'ai eu des blocages. Je ne sais plus exactement où. Mais ça peut durer, voilà, plusieurs jours, des fois, plusieurs semaines. je me suis rendue compte qu'il y a, en fait, deux types de blocage. Donc, il y a le blocage plus technique, narratif. Donc, c'est en quelque sorte quand il y a un problème avec l'intrigue ou le... Je suis allée dans la mauvaise direction. Enfin, je n'ai pas fait le bon choix avec le personnage, peu importe. Et quand j'arrive à résoudre ce problème, généralement, ça débloque le processus. Et je vais à nouveau, voilà, pour écrire la scène, peut-être avec une autre perspective, un autre point de vue. Et ensuite, il y a le problème, enfin, le blocage plus psychologique. C'est quand on se met trop la pression. On veut déjà écrire le premier jet parfait, qu'il n'y ait pas, voilà, trop de corrections après coup. On pense au résultat et c'est assez ça. En général, ça bloque aussi la créativité. et c'est quand on retrouve un peu, voilà, le lâcher prise en se disant, voilà, maintenant, je vais écrire... C'est qu'un premier jet, il y aura des corrections de toute façon au final. Donc, c'est pas grave, c'est mauvais. Il faut vraiment, voilà, continuer, finir l'histoire et après, on verra. Et voilà, si j'arrive à lâcher prise, après, voilà, ça débloque. Donc, en gros, voilà, je trouve que c'est les deux blocages et parfois, c'est difficile à savoir c'est lequel. là, voilà.
Les deux blocages de l'écrivain
Ybelion — Ah, c'est Yves, merci pour ton partage, c'est passionnant. Alors, du coup, j'ai beaucoup de questions qui me sont venues, mais sur le... plutôt peut-être sur le... le second blocage qui peut être plus, on va dire, dans la tête, entre guillemets. comment t'as réussi à le combattre, ce blocage-là ? Est-ce que t'as parlé ? Pardon, est-ce que t'as parlé ? T'as utilisé un mot que j'aime bien, c'est le lâcher prise, le côté avance et puis on verra. Et ça paraît extrêmement simple, dit comme ça, mais je trouve que c'est difficile de se le dire, parfois.
Julie Elles — Ah, c'est difficile, puis souvent, enfin, ce blocage, il revient régulièrement, en fait, parce que je suis assez perfectionniste. Donc, même si je sais que c'est un premier jet, j'ai parfois tendance à me dire, ah oui, mais ce serait bien quand même s'il n'y avait pas besoin de trop de corrections après coup et que ça puisse tout de suite, voilà, être parfait. Et donc, ça demande, nous, un travail mental à se dire, non, c'est qu'un premier jet et s'empêcher, en fait, de trop corriger le premier jet, je pense que c'est ça qui est important. Je le fais quand même beaucoup plus qu'avant, parce qu'avant, j'avais besoin, là, pour mon premier roman, par exemple, de l'écrire de A à Z avant de corriger quoi que ce soit, c'est ça qui m'a vraiment aidée à me lancer dans l'écriture. Mais aujourd'hui, en fait, même mes premiers jets, quand j'écris une scène, je peux repasser plusieurs fois dessus, enfin, je la retravaille beaucoup, même si je sais que c'est un premier jet et qu'il y aura encore des corrections après. Mais parfois, je le fais trop et ça, je le sens. Et dans ce cas, je me dis, non, c'est bon, là, c'est pas parfait, mais je vais quand même passer à la scène suivante et dans plusieurs mois, voilà, j'y reviendrai, peut-être que, voilà, je verrai les choses différemment. Et donc, c'est en gros, oui, accepter d'écrire un peu au fil de la plume, en fait, comme ça vient et pas trop se poser de questions pendant le processus. Mais c'est pas évident, oui, c'est pas évident du tout.
Ybelion — C'est super beau. Je sens qu'il y a eu le... sur ton premier roman, donc, du coup, si j'ai bien compris, tu t'es astreint, entre guillemets, à faire, à dire, OK, je fais le premier jet et puis je corrige rien du tout et après, comme ça, je corrige, etc. Et j'ai fait exactement la même chose. Et moi, je suis d'accord avec toi, c'est ça qui m'a permis de finir mon premier livre. Alors, je dirais pas qu'il est aussi bon que La Roselle Serpent, mais en tout cas, tu vois, le fait, j'ai réussi à l'écrire parce qu'à un moment, je me suis dit, je fais le premier jet et je corrige rien. Parce que je me connaissais et avant, je l'avais fait. Tu rentres dans une espèce de boucle de correction infinie où tu modifies un truc et puis ça te donne envie de modifier le chapitre 1 et puis, la laisse tomber, c'est une espèce de fractale qui explose dans tous les sens. Et puis, pour peu qu'au milieu, tu te sois dit, pour te rassurer, je vais le faire lire à ma mère ou à ma sœur. Là, c'est laisse tomber, ça devient encore pire. Et donc ça, j'ai trouvé ça super beau. Et en fait, au fil de l'eau, tu te découvres aussi, je pense, un petit peu. Et il y a un moment où inconsciemment, tu sais où est ta limite et d'ailleurs, tu l'as dit, tu sens parfois perfectionnisme. Et justement, maintenant, j'ai l'impression, en tout cas, quand tu le racontes, que tu as réussi à trouver un peu cet équilibre entre réussir à t'écouter en disant, non, là, j'estime que c'est quand même pas assez bien pour que je continue à avancer et puis justement, pas rester bloqué et pas lancer cette espèce de machine explosive de correction.
Julie Elles — Oui, bah oui.
Ybelion — C'est une question difficile, mais est-ce que tu arriverais à dire, c'est à ce moment-là que j'ai réussi à trouver un petit peu ma manière de faire, tu vois, ma manière d'écrire, tu vois, vraiment personnelle ?
Le créateur contre l'éditeur intérieur
Julie Elles — Ouais. Bah, je pense qu'elle évolue aussi avec le temps, donc chaque roman est différent. Mais là, en ce moment, oui, quand j'écris, donc mes premiers jets sont plus travaillés parce que j'ai vraiment besoin que ça se tienne dès le départ. J'ai aussi, voilà, peut-être moins envie de faire de corrections après, parce que je pense aussi quand on acquiert plus de compétences, on voit dès le départ si ça fonctionne ou pas, donc on peut plus, voilà, écrire ce qu'on veut dans le premier jet et moins avoir à corriger après. Mais c'est un équilibre à trouver en fait parce que si on fait trop ça, après, voilà, ça devient du perfectionnisme, ça bloque le processus créatif. En fait, il y a deux rôles, il y a le créateur, l'écrivain quand on écrit le premier jet puis après, il y a plus l'éditeur intérieur en fait qui va corriger. s'il se mêle trop, je pense qu'on étouffe quelque chose. Donc, c'est vraiment, voilà, trouver cet équilibre entre les deux et je pense que, voilà, je, oui, j'en suis plus proche aujourd'hui, mais c'est toujours, c'est toujours pas évident en fait.
Ybelion — Oui, et puis t'as raison, c'est en constante évolution, c'est comme de poser la question, est-ce que t'as trouvé ton style ? Le style, ça veut tout et rien dire, on est toujours nourri par tout ce qui nous entoure, ça évolue au fil de l'eau.
Julie Elles — Oui.
Ybelion — Et donc, le premier jet, quand tu le termines, c'est quelle émotion qui arrive ?
Julie Elles — Généralement, oui, c'est quand même un sentiment de satisfaction, on va dire, surtout quand ça a duré plusieurs années, donc, mais en même temps, je sais que c'est pas la fin, qu'il va y avoir des corrections, que je vais le retravailler, donc, oui, c'est, en général, je ressens rien de particulier, et j'ai généralement envie, en fait, de replonger dans l'histoire, donc, de m'y remettre assez vite, c'est souvent un effort, en fait, de plutôt mettre le projet de côté, c'est dire, voilà, on laisse reposer, je sais pas, quelques semaines, un mois, avant de s'y remettre, alors qu'en fait, oui, j'ai juste envie d'y retourner, de le retravailler, ouais.
Ybelion — c'est vrai que c'est très frustrant, de devoir laisser reposer un petit peu, mais, mais je pense que c'est bénéfique, quand même, de prendre un petit peu de recul, comment tu fonctionnes, toi, pour, une fois que t'as terminé ton premier jet, tu, ouais, c'est quoi les étapes d'après ?
La bêta-lecture qui change tout
Julie Elles — Moi, surtout, c'est la bêta lecture, donc, je trouve que c'est important, j'ai commencé à recevoir des bêta lectures, il y a cinq ans, j'ai découvert un forum en ligne, je sais pas si tu connais, Cocyclix, oui, j'ai vu le nom passer, ouais. Et ça, j'ai trouvé ça super, pour vraiment, progresser dans l'écriture, avoir des retours, parce qu'avant, voilà, je faisais lire mes proches, mais en général, voilà, c'était pas constructif, en fait, c'est très bien, c'est tout, donc ça permettait pas vraiment de progresser, mais quand, voilà, j'ai découvert la bêta lecture, et j'ai commencé à recevoir des retours, à la fois bienveillants, mais critiques aussi, voilà, pour remarquer les défauts, les faiblesses des textes, ça m'a beaucoup aidée à les retravailler, donc en général, c'est ça, les différentes étapes, je vais finir un premier G, ensuite, je vais quand même le laisser reposer quelques semaines, m'y remettre et le corriger de mon côté, en fonction, voilà, des idées qui me sont venues pour l'améliorer, et après, là, je l'envoie à des bêta lecteurs, voilà, qui vont lire le manuscrit, me faire les retours, et ensuite, j'y retourne, autre phase de correction, en fonction, voilà, des remarques que j'ai reçues, puis ça peut se faire plusieurs fois, après, si j'ai besoin encore de tester le manuscrit, après coup, j'ai essayé de trouver d'autres bêta lecteurs, qui peuvent me faire un retour aussi, jusqu'à ce que je sois, en fait, satisfaite du résultat, ouais,
Ybelion — donc, je comprends, je comprends, tu as le premier jet, ensuite, tu le corriges toi, pour faire ta cohérence, ton analyse, et après, là, l'étape des bêta lecteurs, et c'est là où tu peux indenter un peu plusieurs fois, en fonction du sentiment que tu as, que ça soit bien terminé,
Julie Elles — voilà,
Ybelion — et donc, ça, dans La Rose et le Serpent, j'imagine que c'est comme ça que tu as fonctionné, et après, quand tu l'envoies, quand tu l'envoies aux différentes maisons d'édition, une fois que tu as, derrière, en fait, c'est ça, parce que moi, je ne l'ai jamais vécu, donc c'est toujours quelque chose qui m'intrigue, à quel point le texte change, entre le moment où la maison d'édition te dit, ok, top, on y va, et le texte qui est final, à quel point ça change ?
Julie Elles — Je pense que ça dépend des romans, en fait, moi, ça n'a pas beaucoup changé, c'était surtout des modifications sur la forme, donc dès le départ, il m'avait dit, voilà, il n'y aura pas de gros changements, donc, mais je pense que ça dépend vraiment, voilà, du roman, du projet, ouais.
Ybelion — C'est vrai que c'est toujours, c'est des questions un peu, c'est vrai que ça dépend forcément, forcément du texte.
Julie Elles — Je pense que comme je l'avais déjà aussi, beaucoup retravaillé, à la suite des bêta lectures, c'était déjà assez abouti, je pense, donc ça dépend aussi de ça, des retours qu'on a eus, s'il y en a eu suffisamment, ouais.
Ybelion — Ok. T'avais fait combien de bêta lectures, par curiosité ?
Julie Elles — Donc, pour la première étape, il y a eu deux bêta lectrices, qui m'ont fait des retours, sur le roman entier, ensuite, je l'ai corrigé, il y a à nouveau deux personnes, qui ont relu la dernière version, mais ont fait des retours, ouais. Ok. Donc, en gros, quatre personnes.
Ybelion — Quatre personnes, ouais, c'est bien, c'est bien. Je pense qu'effectivement, au moins deux, c'est nécessaire, parce que ça te permet d'avoir au moins deux points de vue, enfin, trois avec le tien, et après, si tu en fais trop, ça devient un petit peu une espèce d'usine à gaz, ça peut être un peu compliqué, je pense.
Julie Elles — Après, on peut se disperser un peu trop, ouais.
Ybelion — Ok. Et le... J'aime beaucoup cette question. Quand tu reçois le livre, dans tes mains, là, qu'est-ce qui s'est passé, quand tu le vois la première fois ?
Tenir enfin son livre entre ses mains
Julie Elles — Oui, ça a été beaucoup d'émotions, en fait, c'était un rêve, quand même, qui se réalisait, et je pense que c'est la première fois, là, où j'ai vraiment réalisé que ça se faisait, en fait, parce que, au départ, même quand on signe le contrat, en fait, quand le roman était accepté, on ne réalise pas forcément, en fait, ça reste assez abstrait, et quand on reçoit le livre papier, tout à coup, c'est réel, en fait, donc, ouais. Ah, c'est beau. C'était quand même... Ouais.
Ybelion — Et... Ouais. Ouais, c'est... C'est à chaque fois... Moi, du coup, je me suis replongé, j'ai toujours, toujours beaucoup de mal à mettre des mots, moi, sur le sentiment que ça m'a créé. Je le dis à chaque fois, alors à force de le répéter, je commence justement un petit peu à en trouver. Moi, j'ai eu cette sensation que tout était possible. Je ne sais pas comment expliquer, mais comme toi, ça m'a paru vraiment pas réel jusqu'au moment où tu ouvres le carton et tu vois le livre. Et là, il y a un truc une espèce de fascination où on ne sait pas, tu te rends compte qu'en fait, ce rêve-là, il était réalisable. Alors, pourquoi pas tous les autres ? Moi, c'est ça un peu.
Julie Elles — Oui, c'est vrai. Oui,
c'est vrai.
Oui, oui.
Ybelion — Oui,
Julie Elles — c'est d'accord.
Ybelion — Et comment, un, deux, trois, du coup, je reviens, je reboucle quand tu as parlé du blocage un peu plus technique.
Julie Elles — Oui.
Ybelion — Quand tu te retrouves face à quelque chose comme ça qui peut te sembler être une incohérence ou un problème dans l'intrigue, etc., comment tu fais pour te débatouiller de ce truc-là ?
Julie Elles — Oui, je ne sais pas trop, en fait. Généralement, soit je m'éloigne un peu du texte ou je fais autre chose et le cerveau, il continue à y réfléchir en même temps. Je pense que c'est plus intuitivement. Soudain, l'idée, elle vient. Je m'en compte. Ah oui, ça, c'est le problème et c'est comme ça qu'il faut le résoudre. Mais j'ai l'impression, en fait, c'est plus, encore une fois, en lâchant prise qu'en essayant très activement de résoudre le problème. Plus, voilà, oui, en faisant autre chose et soudain, voilà, l'idée, elle arrive et on se rend compte quel est le problème, comment le résoudre. Mais je n'aurais pas, voilà, de réponse précise.
Débloquer par le lâcher-prise
Ybelion — J'aime bien la réponse du lâcher prise. Moi, ça m'évoque deux trucs. Moi, un truc que je fais beaucoup, c'est je coupe tout et je garde juste la grande question, tu vois. Ce n'est pas l'incohérence, par exemple, tel personnage ne peut pas être à cet endroit-là à ce moment-là ou je ne sais pas, n'importe quoi que ça peut être. Et là, après, je vais marcher dehors tout seul, sans rien, sans musique et comme toi, en laissant le processus inconscient parce que c'est comme si tu avais un petit nœud au cerveau et du coup, il travaille, il travaille pour se dire OK, comment je vais faire pour le démêler. Et à un moment, tu es un peu frappé par une espèce d'épiphanie de... Ouais, tu es frappé comme par la foudre et tu fais putain, mais en fait, c'est exactement comme ça que ça se résout. Et donc ça, cette idée-là et après, un truc qui marche bien aussi, c'est le... je ne sais pas comment on pourrait l'appeler en coaching, on appelle ça des recadrages de visualiser ce qui te bloque d'une autre manière. Par exemple, si tu écris sur ton ordinateur de changer la police, de changer la couleur, de l'imprimer, de le mettre par terre et de te mettre au-dessus. Ouais, que des choses comme ça. Moi, c'est des choses aussi qui te permettent de voir sous un angle différent. et parfois, c'est des tout petites... Comme ça, ça te... Ça paraît un peu bête dit comme ça, mais...
Julie Elles — Non, je fais la même chose aussi. Généralement, voilà, j'écris directement sur l'ordinateur mais s'il y a des blocages, parfois, je vais prendre juste du papier, un stylo puis aller dehors et le fait de changer de média, en fait, c'est... Ouais, ça peut débloquer aussi. Ouais. Ça permet de donner une autre perspective.
Ybelion — Et sur la thématique du lâcher prise un peu plus précisément, est-ce que... Enfin, ouais, comment t'as pu le travailler à force de... Enfin, en tout cas, pour t'autoriser à lâcher prise ?
Julie Elles — Je ne sais pas non plus exactement, en fait, c'est... Une habitude à prendre, en fait, je sais pas, on s'exerce et... Ouais.
Ybelion — Ok.
Julie Elles — Ouais.
Ybelion — Non, c'est... Je n'essaierai pas
Julie Elles — le décrire, forcément.
Ybelion — Je pose la question, j'ai... Quelque part, dans cette réponse-là, il y a la solution. Le lâcher prise, c'est tout sauf essayer de rationaliser le processus aussi. Oui, j'imagine. Donc, c'est vraiment être dans l'action, enfin, dans le corps, quoi, et pas dans la tête, ouais. Ça, je posais la question au cas où, mais c'est vrai qu'elle n'est pas forcément...
Julie Elles — Oui, je pense que c'est plus, voilà, ne plus suivre les pensées qui disent 30 000 choses et simplement, voilà, suivre, bah, si c'est pour un premier jet, par exemple, suivre le flow créatif, juste comme les idées viennent, mais sans se poser trop de questions, ouais. Sans suivre les pensées qui disent, oh non, c'est pas bien, ou oh, qu'est-ce que les gens vont penser ? C'est tout ça qui bloque, en fait, les pensées.
Ybelion — Et après La Rose et le Serpent, tu as continué à écrire ou t'as fait une pause ?
Julie Elles — Non, j'ai continué à écrire, bah, en fait, en ce moment, je travaille sur la trilogie que je mentionnais un peu plus tôt, en fait, que j'avais écrite avant La Rose et le Serpent, et j'ai décidé, il y a quelques années, de la réécrire complètement, de A à Z, parce que c'est un projet qui me tenait quand même à cœur, mais qui n'était vraiment pas abouti, à l'époque, voilà, beaucoup trop de défauts, donc, voilà, j'en suis maintenant à réécrire le premier jet du troisième tome, et je ne sais pas où ça va mener, si ça va aboutir à quoi que ce soit, mais bon, c'est un projet qui me plaît beaucoup, donc je prends beaucoup de plaisir à travailler dessus, ouais.
Deux heures chaque matin, en silence
Ybelion — Tu, tu as une routine d'écriture quotidienne, ou pas ?
Julie Elles — Euh, oui, donc, j'écris presque tous les jours, en fait, et en général, pour moi, c'est le matin, quand, voilà, j'ai le cerveau encore assez frais, et, ouais, donc j'essaye d'écrire, voilà, tous les jours, à peu près à la même heure, bon, après, ça peut être plus souple aussi, s'il y a des choses qui, enfin, voilà, j'ai besoin de faire d'autres choses, mais, ouais, pour moi, c'est vraiment, oui, un besoin tous les jours, en fait, c'est, ouais.
Ybelion — Et, il y a des moments où c'est, euh, comment formuler la question ? Est-ce qu'il y a des moments où, c'est l'heure à laquelle tu dois écrire, mais t'as pas, t'as pas envie ? Alors là, dans ces cas-là, comment tu, comment tu fais ?
Julie Elles — Euh, ben, ça arrive assez rarement, en fait, parce qu'en général, j'adore écrire, donc, puis je pense que quand c'est une habitude, c'est une routine, enfin, je me pose pas de questions, c'est juste l'heure d'écrire, donc, je commence, après, oui, c'est vrai que s'il y a, par exemple, je sais pas, du stress dans mon quotidien, enfin, c'est pas toujours facile non plus, et dans ce cas, ce que je fais, c'est que, ben, je vais relire peut-être un chapitre précédent, pour me remettre dans l'histoire, et après, dès que j'arrive à l'endroit où j'avais arrêté, ben, naturellement, ça reprend, en fait, enfin, c'est une astuce que j'ai trouvée, ou alors, je vais travailler sur, parce que des fois, si je suis trop fatiguée, parce qu'écrire, ça demande quand même beaucoup de concentration, je trouve, parfois, et il peut arriver, voilà, que je sois trop fatiguée, pour vraiment, voilà, travailler le premier gène, donc, dans ce cas, ben, je vais faire des choses plus à côté, par exemple, retravailler, je sais pas, des fiches de personnages, des cartes, ou peut-être faire des corrections, sur le début, quelque chose d'un peu plus léger, en fait, jusqu'à ce que je retrouve la motivation, et l'énergie, pour reprendre le premier gène, premier gène.
Ybelion — Ok, et c'est parce que, la routine que tu t'es créée, effectivement, je pense qu'à un moment, la discipline qu'on peut s'imposer au début, elle devient, elle devient une routine, puis à la fin, un réflexe, tu te poses plus tellement la question, tu te lèves, c'est le matin, tu te mets à écrire, tu as dû te l'imposer un moment, te dire, ok, il faut que j'écrive tous les jours, ou au moins, enfin, assez régulièrement, pour pouvoir avancer, depuis que tu as commencé, parce que, en plus, tu as commencé jeune, ou finalement, tu es juste animée par l'écriture, et tu ne t'es jamais posé la question, peut-être ?
Julie Elles — quand j'étais plus jeune, si c'était un peu plus chaotique, en fait, plus sporadique, j'écrivais quand j'avais envie, donc il pouvait y avoir de grandes périodes, je n'écrivais pas du tout, puis après 20 ans, quand j'ai commencé à écrire plus sérieusement, là, je me suis dit, non, je vais me tenir à une routine quotidienne, pour vraiment avoir le temps, voilà, de finir le roman, pour pouvoir progresser, donc c'est devenu plus conscient, en fait, plus structuré.
Le déclic des 20 ans
Ybelion — Ça a été quoi, le shift, là, sur les 20 ans, qui t'a dit, il faut que je professionnalise l'approche que j'en ai ?
Julie Elles — Je ne sais pas d'où ça vient exactement, c'est juste à un moment, je me suis dit, c'est vraiment ce que j'ai envie de faire, écrire des romans, et je veux le faire bien, donc je veux, voilà, me former, en quelque sorte, voilà, apprendre comment le faire, et pour toute chose, tout art qu'on veut perfectionner, je pense qu'il faut mettre le temps aussi, donc du temps, ça demande, voilà, c'est de la discipline, donc s'y mettre tous les jours, ouais, c'est devenu, voilà, une décision, voilà, que j'ai prise, à ce moment-là, ouais.
Ybelion — C'est super inspirant, je trouve, parce que, il y a, il y a un, il y a un moment où, du coup, tu t'engages, tu t'engages envers toi-même, en disant, bon, mon rêve, c'est ça, donc, il va falloir que je fasse abaisser, quoi. C'est ça, voilà, ouais,
Julie Elles — pour mettre les choses d'autre côté, ouais.
Ybelion — Et effectivement, c'est quelque chose que j'aime bien, j'aime bien répéter, répéter mordicus, que il faut, enfin, il faut, j'essaie d'éviter les termes en il faut, parce que c'est un peu des insonctions, mais, en tout cas, avoir des actions qui sont, au quotidien, congruentes avec les rêves qu'on a, c'est ça qui permet, finalement, d'avancer. Il ne s'agit pas d'y passer huit heures par jour, ou de tout abandonner le reste, pour faire ça, mais, mais au moins, de faire les choses en conscience, en se questionnant, sur le temps libre qu'on a, parce qu'on a toujours des impératifs.
Julie Elles — Oui,
Ybelion — bien sûr. Qu'est-ce que j'ai envie de faire, pendant ce temps libre ? Et c'est vrai que, à titre personnel, j'ai eu ce chiffre aussi, un petit peu comme toi, à un moment de dire, si je n'écris pas, je n'aurai jamais de livre. Et ça m'a fait un petit peu mal, et ça a été un petit peu compliqué, au début, de l'assumer. Il y a une espèce de posture d'ego. Je ne sais pas pourquoi, c'est une erreur, une erreur et une croyance que j'avais, mais que l'écriture, et l'art, de manière générale, étaient très liés au domaine du génie, de dire, soit tu as le don de l'écriture, soit tu ne l'as pas. Et la première étape, pour moi, a été de dire, mais si, j'ai le don de l'écriture. Tu vois ? Avant de me dire, mais en fait, peut-être qu'il faudrait que tu écrives tous les jours, pour pouvoir... Et donc, au moment où j'ai eu ce sif, je me suis rendu compte que le don, ça voulait tout et rien dire, que même si tu l'avais, en fait, que si tu n'écrivais pas, ça ne servait à rien. Et donc, à un moment, je me suis... je n'avais pas beaucoup de temps libre, mais je me disais, bon, bah, ok, on est dimanche matin, peut-être que plutôt que de regarder la télé, je vais écrire. Et ce truc-là, ça a été... Les premières fois, ça a été extrêmement dur, parce qu'effectivement, il faut se concentrer quand on écrit. Ouais. Je ne sais pas si toi, à force, tu t'es développé un petit écosystème, ou je ne sais pas, tu as ton café, ta musique, ou machin, machin. Mais moi, c'est vrai que... Moi, qui avais l'habitude de mettre toujours des fonds, tu vois, que ce soit des vidéos, des séries que je connais par cœur, et donc, j'écoute que d'une oreille. Ça, déconnecter ça, et me placer dans un espèce de silence, entre guillemets, ça a été vraiment difficile au début.
Julie Elles — Ouais. Oui, c'est pas évident. Pour toute discipline, je pense que ça prend du temps de créer de nouvelles habitudes, et je pense qu'on trouve une routine, après, qui nous correspond. Moi, je pense que ça se fait maintenant, automatiquement, en fait, quand, voilà, je m'assois à mon bureau le matin, et j'ai besoin, même pas de fond musical, ou quoi que ce soit, même pas de café, rien du tout, c'est juste, voilà, ça vient tout seul. Par contre, j'ai besoin de silence complet, ça, c'est le critère important, donc, ouais.
Ybelion — Et tu y passes, combien de temps, à peu près, par, sur une session ?
Julie Elles — Bah, quand je peux, j'ai la chance d'être à mon compte, en fait, voilà, dans mon travail à côté, enfin, en gros, sauf le week-end, donc, je peux vraiment organiser mon emploi du temps comme je veux, donc, j'essaye de faire 2-3 heures d'écriture, en fait, le matin, ouais, avant de passer à la suite.
Ybelion — c'est bien,
Julie Elles — parce que je pense que ça prend du temps de se mettre vraiment dans le bon état d'esprit, aussi, avec l'écriture, si on fait des sessions, parfois trop courtes, on n'a pas vraiment le temps d'aller assez profond, voilà, pour retrouver l'ambiance de l'histoire, en fait, d'être vraiment avec le flow, ouais.
Ybelion — Ouais, je comprends tout à fait ce que tu veux dire. c'est vrai que moi, du coup, alors, maintenant, j'ai plus de travail classique, dira-t-on, donc, je me sens un peu plus libre, et je m'autorise des sessions un peu plus longues, un peu comme toi, mais avant, du coup, je travaillais, enfin, j'avais des horaires classiques, d'ingénieur, donc, voilà, 9h, tu travailles, 18h, tu termines, alors, c'est vrai que du coup, j'avais très peu de temps, donc, j'écrivais que le matin, et à chaque fois, j'avais max une heure, quoi, et alors, du coup, effectivement, j'avais parfois cette sensation assez frustrante de dire, t'as mais t'as pas le temps de rentrer dans ton truc, que déjà, tu dois partir, et alors, du coup, pour le combattre, je me faisais des espèces de, sur papier, de, comme d'architecture, un petit peu, de ce que je voulais raconter dans les chapitres d'après, je faisais ça souvent le, le week-end, tu vois, je me disais, ok, bon, sur les 5 prochains jours, je vais probablement écrire ces 5 chapitres-là, et donc, je faisais une espèce de structure assez rapide, tu vois, pour essayer de, inconsciemment, mettre ce que j'allais avoir envie de raconter, et donc, quand je m'y mettais, j'étais tout de suite beaucoup plus facilement plongé devant, enfin, entre guillemets, j'avais préparé le terrain, quoi, pour essayer de ne pas, de ne pas toujours combattre, et être à la recherche permanente, permanente de temps, de temps, parce que ça, c'est vrai que c'est, c'est parfois extrêmement frustrant, de, je ne sais pas si au cours de, au cours de ta vie, tu as eu, tu as eu des moments comme ça, où, où tu disais, ah, c'est frustrant, j'aimerais écrire tellement plus,
Quand le travail tue la créativité
Julie Elles — oui, bah oui, tout à fait, quand j'avais pareil, un travail, voilà, d'employé, j'avais beaucoup moins de temps, il y a aussi des périodes dans ma vie, en fait, où j'avais, un travail tellement stressant, en fait, que ça avait complètement, tué ma créativité, je ne pouvais plus écrire, en fait, même en rentrant le soir, je n'avais plus l'énergie, et plus l'espace mental, je trouve que c'est ça qui est important aussi, donc, j'ai dû, voilà, un peu réorganiser, mon quotidien, pour, parce que pour moi, c'est important, l'écriture, donc, lui donner une priorité, et ce qu'il y a autour, bah, ça compte aussi, parfois, ouais.
Ybelion — C'est, c'est toujours des moments assez difficiles, je trouve, de, de réorganiser, sa vie, en fonction de ses impératifs, et de ses rêves, ouais. Parfois, j'essaie d'essayer de, de comprendre le processus, par lequel j'ai réussi à le faire, pour, pour aider, aider les gens aussi à le faire, de, de leur côté, c'est vrai que c'est pas, c'est pas forcément évident, mais je crois que quand même, du coup, je répète ce que j'ai dit juste avant, mais, faire la liste de ses impératifs, de ses temps libres, et après, sur les temps libres, s'interroger sur, ok, qu'est-ce qui est important pour moi ? Je pense que ça, c'est la première étape, c'est un truc assez, assez court, qui te, qui te demande de rien sacrifier, parce que bon, il faut, oui, effectivement, si t'as des enfants à aller chercher à l'école, tu vas pas sacrifier ce truc-là, en disant, non, mais, je fais pas ça,
Julie Elles — après sinon, c'est vrai que des fois, oui, dans notre quotidien, voilà, on fait des choses, voilà, on perd du temps, voilà, dans d'autres choses, qui sont pas forcément importantes, et qu'on peut, voilà, laisser tomber, ouais.
Ybelion — Je sais pas si c'est, enfin, je sais pas si tu voudras répondre ou pas, mais, qu'est-ce que tu fais comme, qu'est-ce que t'as fait comme métier ? Je commence, tu vois, là, c'est les questions de présentation, je les pose à la fin, je sais pas penser au début.
Du CAPES à l'Angleterre
Julie Elles — À la base, en fait, oui, j'ai fait des études d'anglais, pour devenir professeure d'anglais, et donc, je suis restée dans le métier que un an, en fait, donc, j'ai passé mon CAPES, et après, j'ai décidé de démissionner, parce que ça me correspondait pas du tout, l'enseignement, et c'est à ce moment-là que j'ai décidé aussi de, de revenir en Angleterre, où j'avais déjà passé quelques années, voilà, pour perfectionner mon anglais, et après, donc, j'ai fait plein de petits boulots, voilà, à droite, à gauche, en recommençant vraiment de zéro, et, aujourd'hui, voilà, je suis plus, enfin, à mon compte, en fait, avec mon mari, on tient une espèce de, de Airbnb, voilà. trop cool, voilà, puis en parallèle, je travaille aussi dans un, un magasin solidaire, le week-end, en plus, ouais.
Ybelion — Ah, trop bien. et, si, comment, toutes les expériences que t'as pu avoir, comme ça, dans ta vie, inspirent ton, ton écriture ?
Julie Elles — Euh, bah, comment, je ne sais pas, mais après, c'est sûr que ça, je pense que c'est une source d'inspiration, je suis pas mal voyagée, je trouve que, les voyages, découvrir d'autres cultures, d'autres mentalités, ça joue aussi, c'est important, en particulier pour créer un, un monde de fantaisie, euh, parce que, voilà, ça demande de, de voir les choses différemment, de, euh, d'imaginer d'autres façons de, de vivre, de penser, peut-être, euh, donc ça, ça m'inspire beaucoup, euh, et après, voilà, oui, au quotidien aussi, les différents, oui, boulots que, que j'ai fait, c'est, c'est toujours enrichissant, en fait, et ça permet de donner, euh, plus de profondeur à ce qu'on décrit aussi, euh, dans nos romans, euh, ouais, mais, en fait, je pense que cette inspiration, cette influence, c'est plutôt inconsciente, c'est pas quelque chose que je me dis, voilà, je vais mettre forcément dans les romans, mais ça ressort naturellement, euh,
Ybelion — oui, je partage, je partage, je partage ton avis, effectivement, c'est toujours, l'inconscient, il y a une grande place, dans, dans le processus d'écriture, je pense, ouais, hum, et, est-ce que, j'ai pensé, j'ai pensé tout à l'heure, j'ai, j'ai oublié après, c'est, euh, quelles, quelles ont été les, les inspirations, de, de La Rose et le Serpent, pour finir quand même sur ton, sur ton livre,
Dumas, la Renaissance et la trilogie à venir
Julie Elles — ouais, hum, en fait, voilà, j'avais envie d'écrire un roman de fantaisie, mais aussi de K.P. parce que j'aime beaucoup les romans de K.P. même d'Alexandre Dumas, je suis quand même une grande fan, donc j'avais envie de faire ça, mais de façon plus moderne, hum, donc ça a été une source d'inspiration, hum, mais aussi, hum, bah de, la Renaissance, que j'aime beaucoup à cette période-là, l'histoire en général, hum, après, pour le reste, je ne saurais pas forcément dire, voilà, en particulier, ce qui m'a inspirée ou influencée, comme je disais, c'est, c'est ressorti de différentes choses, différentes expériences, hum, oui, voilà, hum,
Ybelion — c'est trop, j'aime beaucoup, j'aime beaucoup parce que, je sens la place qu'a finalement, un peu l'inconscient, dans toute l'inspiration, hum, et, hum, et, je partage pas mal, pas mal cet avis, je pense que parfois, il faut pas, enfin, il faut, c'est, il faut s'écouter, ouais, se laisser porter par ce qu'on a en nous, ouais, et quelque part, c'est de, les inspirations viennent de là, et, ouais, c'est vraiment très beau, moi, ça m'a, au début, ça m'a fait un petit peu penser, euh, à, alors, ouais, non, si un peu à, à Robin Hobb, je trouve, parce que t'avais cette, en fait, je sais pas ce que je l'ai lu récemment, je pense, j'en ai fait un parallèle, j'en ai fait un parallèle, tu vois, mais, le, l'enfant, l'enfant bâtard, qui se retrouve un peu, très seul, entre guillemets, mais c'est un peu la seule, la seule ressemblance, mais ça m'a touché, à ce niveau-là, c'était quelque chose qui m'avait marqué, dans l'Assassin Royal, que j'avais beaucoup apprécié, et que j'ai retrouvé là, et que j'ai beaucoup aimé aussi, du coup, et, et si, le rapport à, mais ça j'aime toujours bien, à, le rapport à la magie, qui est toujours un petit peu nébuleux, on, quelque part, on, on comprend pas trop, et puis on sent qu'il y a quelque chose de très, lié à, au, au contrôle de nous, enfin, en tout cas, au lâcher prise, donc on est capable de faire preuve, ça j'ai, j'ai beaucoup aimé aussi, j'ai beaucoup, beaucoup aimé, et, et voilà, ouais, franchement c'était, c'était une super expérience, super expérience de lecture,
Julie Elles — du coup,
Ybelion — du coup, si j'ai bien compris, le, la trilogie, se passe dans le, dans le même univers,
Julie Elles — oui, voilà, ça se passe à 50 ans avant, l'histoire de Rose et le Serpent, ouais,
Ybelion — ok, donc on retrouvera, peut-être, certains, personnages, peut-être pas, mais en tout cas, peut-être des noms,
Julie Elles — oui, voilà, quelques références, ouais, ah,
Ybelion — c'est cool,
Julie Elles — c'est cool,
Ybelion — c'est cool,
Julie Elles — quelques personnages qui sont mentionnés, dans la Rose et le Serpent, et quand, à découvrir en fait, ouais, ok,
Ybelion — ok, ah bah ça, tu vois, j'ai hâte de, j'ai hâte de savoir, de savoir quelle partie tu vas, tu vas explorer, c'est trop cool, et, pour, pour finir, une question que j'aime bien poser, c'est, si t'avais là, un, une phrase, pas forcément un conseil, parce que, parfois, c'est pas un conseil qui nous vient, mais, quelque chose à dire, à, quelqu'un qui, ose pas encore, écrire son premier roman, tu lui dirais quoi ?
Se lancer, se faire plaisir
Julie Elles — Il faut se lancer quand même, et voilà, laisser de côté la peur, peu importe, se faire plaisir, et, ouais, vraiment, comme on a fait tous les deux, je pense, comme on le décrivait, pour, le premier roman, où là, on s'est vraiment débloqué, c'est vraiment écrire au fil de la plume, pas trop penser aux corrections, aux résultats, et, juste se faire plaisir,
Ybelion — j'aime beaucoup cette conclusion, se faire plaisir, ça recentre, ça recentre l'intention initiale, qui est souvent, celle d'accomplir un rêve, et pas de, de faire plaisir, à je sais pas qui, non, se faire plaisir d'abord, c'est, effectivement, ça libère beaucoup, ça libère beaucoup la plume, écrire quelque chose, qu'on aurait envie de lire, c'est ça,
Julie Elles — exactement, ouais,
Ybelion — j'aime beaucoup, j'aime beaucoup cette conclusion, merci beaucoup,
Julie Elles — je pense qu'il faut écrire pour soi-même, au départ, ouais, c'est le plus important,