Conseil d'écriture
Write drunk, edit sober (écris bourré, corrige sobre)
L'élan qui remplit la page et le regard qui la trie travaillent mal à la même heure.
Ce que dit le conseil
D'où vient ce conseil
Aucune trace de « Write drunk, edit sober » n'a été retrouvée chez Hemingway. La phrase la plus proche figure dans Reuben, Reuben (1964), roman de Peter De Vries, où un personnage de poète dit : « Sometimes I write drunk and revise sober, and sometimes I write sober and revise drunk. »
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
Mot à mot, « Write drunk, edit sober » dit d'écrire ivre et de corriger à jeun. Prise comme une image, la formule sépare deux moments, un premier jet lancé sans retenue, puis une relecture à froid. Un soir, tu laisses une scène de dispute filer jusqu'au bout, répliques trop longues comprises. Trois jours plus tard, tu reviens en rayer la moitié.
On prête cette formule à Hemingway, chez qui les enquêtes sur la citation n'en trouvent aucune trace : la phrase la plus proche vient de Reuben, Reuben (1964), un roman de Peter De Vries, où un personnage de poète déclare « Sometimes I write drunk and revise sober, and sometimes I write sober and revise drunk. » Ce poète de fiction parle de lui, dans les deux sens, tantôt ivre puis à jeun, tantôt l'inverse. Le raccourci n'a gardé qu'un sens, changé en consigne.
Pourquoi on te le répète
Tu écris une phrase, tu la juges, puis tu l'effaces pour la reprendre. En fin de matinée, la page compte deux lignes sans défaut et la scène n'a pas commencé.
Inventer et juger se gênent quand on les mène de front. La formule leur donne à chacun son heure : l'élan d'abord, qui remplit la page sans se retourner, le regard froid ensuite, qui trie. Elle accorde aussi au brouillon le droit d'être trop long, trop appuyé, mal rangé, puisqu'une relecture est déjà prévue.
Et dans la vraie vie
Comment ce conseil peut mal tourner
Séparer l'élan et la relecture, la formule a raison de le demander. Elle se trompe sur le moyen. Au premier degré, elle fait dépendre la séance d'écriture d'un verre, comme d'autres habitudes la font dépendre du carnet idéal ou du silence complet. Quand la condition manque, la page reste blanche. Au figuré, elle laisse croire qu'un texte écrit sans regarder où il va contient forcément de l'or, qu'il suffira de ramasser. Le lendemain, la relecture trouve vingt pages et cherche la scène à garder.
Je n'ai jamais écrit une page de roman après avoir bu, et au sens strict je ne te le conseille pas : un brouillon écrit totalement saoul, ce n'est pas terrible. Je préfère lire la formule dans une version plus moderne, où tu ne retravailles ce que tu as écrit qu'à la fin du premier jet. Lue comme ça, c'est un génie intemporel, ou presque. Presque, parce qu'avec un livre derrière toi, quand tu commences à bien te connaître, que tu as conscience de tes blocages et de ce qui te ralentit, tu peux arriver à d'autres processus. Certain·es auteur·ices font lire leurs chapitres au fur et à mesure. D'autres fixent les dix chapitres du début pour bien ancrer leurs personnages, puis ne corrigent plus rien jusqu'à la fin. Passé le stade de primo-auteur·ice, le conseil n'est plus forcément vrai.
Un contre-exemple
D'où vient cette anecdote
Dans un entretien avec Edward Stafford publié en 1964 dans Writer's Digest, Hemingway, à qui l'on demande s'il monte écrire avec un pichet de martinis, répond : « Have you ever heard of anyone who drank while he worked? You're thinking of Faulkner. »
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
L'auteur supposé de la formule a répondu à une question voisine. Dans un entretien avec Edward Stafford, publié en 1964 dans Writer's Digest, on demande à Hemingway s'il monte écrire avec un pichet de martinis. Il répond : « Have you ever heard of anyone who drank while he worked? You're thinking of Faulkner. » Il renvoie la question à un confrère, d'une pique, après s'être étonné qu'on puisse boire en travaillant.
Donc y'a pas de solution miracle.
Mon verdict dans la tier list
Pour continuer
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