Conseil d'écriture
Kill your darlings (tue tes chéris)
Couper la demi-page que tu relis avec fierté rend parfois sa vitesse à toute la scène.
Ce que dit le conseil
D'où vient ce conseil
La formule d'origine est « Murder your darlings » : Arthur Quiller-Couch la prononce à Cambridge dans sa leçon « On Style », datée du 28 janvier 1914 et publiée dans On the Art of Writing (1916). Slate recense les auteurs à qui elle a été prêtée, dont William Faulkner, et désigne Quiller-Couch comme la plus ancienne source connue. Stephen King écrit « kill your darlings » dans On Writing (2000).
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
« Kill your darlings », tue tes chéris en français, demande de supprimer les passages que tu préfères quand ils ne servent pas le livre. Le chéri peut être une métaphore dont tu es fier·e, une réplique brillante, un chapitre entier. Quinze lignes sur la lumière d'octobre ouvrent une scène de rupture. La lumière est réussie, la rupture attend.
La formule vise la belle page écrite pour être admirée. Elle circule sous le nom de William Faulkner, à tort : sa forme d'origine, « Murder your darlings », a été prononcée par Arthur Quiller-Couch dans une leçon de 1914 à Cambridge, « On Style », publiée en 1916 dans On the Art of Writing. Il y recommande de céder à l'envie d'un morceau exceptionnellement beau, puis de le supprimer avant d'envoyer le manuscrit à l'impression.
Pourquoi on te le répète
Ton héroïne poursuit un voleur dans un escalier. Au troisième palier, une demi-page décrit le vitrail, dans tes plus belles phrases de l'année. Pendant cette demi-page, plus personne ne court. Une fois le vitrail retiré, la poursuite retrouve son souffle et qui lit ne remarque pas qu'il manque une fenêtre.
On juge mal ce qu'on aime. L'attachement à un passage vient du plaisir de l'avoir trouvé ou de la peine qu'il a coûtée, deux raisons invisibles sur la page. En 2000, Stephen King reprend la formule et l'écrit trois fois dans la même phrase d'On Writing.
Et dans la vraie vie
Comment ce conseil peut mal tourner
Un soir de relecture, tout paraît raté et la formule tombe à pic. Puisqu'il faut tuer, autant tout tuer. En pleine tempête émotionnelle, on se dit « je supprime tout, c'est nul ». Les chapitres partent à la corbeille avec des pages qui servaient le livre.
La formule ne dit pas non plus pour qui tu écris. Un passage que tu aimes répond à l'intention d'écrire pour toi ; celle d'être publié·e par une maison d'édition te dit plutôt de le retirer.
Ce que j'en pense
Les épisodes qui en parlent
Être auteur, c'est relire son premier jet en négociant avec soi-même pour ne pas tout supprimer. Évidemment, tu ne vas pas tuer tous les chapitres que tu aimes bien. Mais quand ils ne servent pas le livre, là, c'est du grand S. C'est un peu cash, mais ça dégage, on n'a pas le temps pour ça. Avant de publier, j'ai retiré comme ça des arcs de personnages qui ne servaient pas mon intention. Toi aussi, tu en as une, et si une scène ne la sert pas, ça n'a pas de sens de la laisser. Elle est peut-être géniale, ta scène, tu es peut-être trop fier·e de l'avoir écrite. Supprime-la quand même et range-la dans un dossier Trop fier d'avoir écrit. Tu t'en resserviras plus tard, ou tu la reliras un jour où tu ne te sens pas bien.
Un contre-exemple
D'où vient cette anecdote
Dans Les Misérables (1862), Victor Hugo ouvre la deuxième partie, « Cosette », par un livre entier intitulé « Waterloo », en dix-neuf chapitres, et intitule « Parenthèse » le livre septième de cette partie, consacré aux couvents.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
La deuxième partie des Misérables (1862), « Cosette », s'ouvre sur un livre entier intitulé « Waterloo », soit dix-neuf chapitres sur la bataille avant que Victor Hugo revienne à ses personnages. Dans la même partie, le livre consacré aux couvents porte un titre qui annonce la couleur : « Parenthèse ».
Donc y'a pas de solution miracle.
Mon verdict dans la tier list
Pour continuer
L'atelier offert
Tes intentions, une fois posées, servent de filtre à chaque page que tu hésites à couper.
Je découvre l'atelier