Conseil d'écriture
La théorie de l'iceberg
Sous le silence d'un couple à table, on devine dix ans de mariage que la page ne raconte pas.
Ce que dit le conseil
D'où vient ce conseil
Ernest Hemingway formule l'image de l'iceberg dans Death in the Afternoon (Mort dans l'après-midi, 1932), au chapitre 16 : un huitième seulement dépasse de l'eau. Dans A Moveable Feast (Paris est une fête, 1964, posthume), il raconte avoir supprimé la vraie fin de sa nouvelle « Out of Season », où le vieil homme se pendait.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
La théorie de l'iceberg veut que tu ne montres qu'une petite part de ce que tu sais de ton histoire. Le reste existe, tu le connais et tu choisis de le taire. Deux anciens associés se croisent chez le notaire et parlent de la pluie, sans que la faillite qui les a fâchés passe dans une seule réplique.
L'image est d'Ernest Hemingway, au chapitre 16 de Death in the Afternoon (Mort dans l'après-midi, 1932) : « The dignity of movement of an ice-berg is due to only one-eighth of it being above water. » La majesté d'un iceberg en mouvement tient, écrit-il, à ce qu'un huitième seulement dépasse de l'eau. Il parle d'omettre ce que l'on sait, ce qui suppose de le savoir d'abord.
Pourquoi on te le répète
Hemingway donne son propre exemple dans A Moveable Feast (Paris est une fête, 1964) : il raconte avoir supprimé la vraie fin de sa nouvelle « Out of Season », où le vieil homme se pendait. L'auteur connaît cette mort, la page ne la montre pas.
Une histoire écrite ainsi paraît plus vaste que son texte. Les personnages semblent avoir vécu avant la première ligne, un dialogue de quelques répliques peut porter tout un passé. Chaque lecteur·ice comble les silences à sa façon et s'attache à ce monde qu'on lui laisse compléter.
Et dans la vraie vie
Comment ce conseil peut mal tourner
Si tu crois devoir bâtir tout ton univers avant d'en exploiter un morceau, tu tombes dans le piège du worldbuilding façon encyclopédie. Une de mes séances ressemblait à ça : une autrice clarifiait un personnage pour avancer dans son chapitre. Au lieu de rester sur le détail utile à la scène, elle tirait le fil, « et ça veut dire que et ça veut dire que et ça veut dire que », jusqu'à vouloir tout comprendre de lui. J'y ai vu une fuite devant l'écriture. Je l'ai arrêtée : de quelle information avait-elle besoin pour le prochain pas ? Elle a compris qu'elle en faisait trop, puis elle a fait une de ses plus belles sessions d'écriture.
Je ne sais pas trop quoi penser de ce conseil, donc je lui donne un B. Je le trouve bon quand il met ton univers au service de ton histoire : si tu l'appliques, c'est que tu t'es vraiment concentré sur ce qui sert tes intentions. Il te dit aussi que si ton monde est déjà vaste, déjà écrit, tu n'as pas besoin de tout raconter, ce qui t'évite l'info dumping. C'est ce que je fais avec Satomass et Nakazelle, deux personnages de Karnoa, qui ont un passé que je connais et que tu ne liras dans aucun de mes tomes. Mais c'est un conseil à bien cadrer, parce qu'il ne te demande pas d'écrire tout ton univers pour n'en exploiter qu'une petite partie. Tu peux très bien écrire un monde de fantasy en ne connaissant que la partie où se passe ton histoire, sans avoir encore exploré le reste.
Un contre-exemple
D'où vient cette anecdote
À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, paraît en sept tomes de 1913 à 1927, les trois derniers après la mort de l'auteur.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
À l'opposé du huitième d'Hemingway, À la recherche du temps perdu s'étend sur sept tomes, parus de 1913 à 1927, les trois derniers après la mort de Marcel Proust. Ce seul roman aligne sept volumes au-dessus de l'eau.
Donc y'a pas de solution miracle.
Mon verdict dans la tier list
Pour continuer
L'atelier offert
Savoir pourquoi tu écris ce livre te dit quelle part de ton histoire doit émerger et laquelle peut rester sous l'eau.
Je découvre l'atelier