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Pochette de l'épisode 109 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 109AVEC INVITÉ6 MAI 202687 MIN

Discussion avec Cynthia Raymond

Clarté · Identitéparcours personnelcélébration
00:001:26:36

FACE A — LES 27 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Et si terminer un livre était l'expérience la plus addictive que tu connaîtras jamais ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Cynthia Raymond, autrice de Théorème à deux inconnus chez Eyrolles, m'a partagé une phrase qui m'a retourné : elle se considère comme une addict du mot fin.

Elle court après cette sensation qu'elle a découverte sur son premier roman, celle qui ne ressemble à aucune autre. Cynthia parle d'une fierté très différente de celle qu'on décrit dans les magazines de développement personnel : plus profonde, plus organique. Le moment où tu réalises que la montagne que tu pensais infranchissable, tu viens de la gravir avec tes propres jambes.

Six ans pour terminer son premier roman. Six ans à effacer le travail des week-ends précédents, à recommencer, à douter. Et puis un confinement, une grossesse compliquée, un enfant qui va naître. L'impulsion qui arrive de cet endroit improbable, et le mot fin qui tombe enfin sur ce premier manuscrit.

Avec lui s'installe une dépendance dont personne ne te parle. Une fois que tu y as goûté, tu cours après cette sensation pour chaque livre suivant.

Si tu n'as jamais ressenti ça, écoute l'épisode 109. Cynthia te raconte ce qui t'attend de l'autre côté de ces trois petites lettres.

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LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE — CLIQUE UN SLIDE POUR L'AGRANDIR

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Tu cherches un passage précis ? La table d'écoute passe les transcripts de tous les épisodes au peigne fin.

Intro

Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans l'épisode 109 d'Ose Écrire. Et aujourd'hui, j'accueille Cynthia Raymond, on parle de son livre Théorème à deux inconnus, mais aussi du magnifique pouvoir des rencontres, de nos proches qu'on cache entre les lignes, de l'émotion du mot fin, de la vie qui est une succession de marches, et encore plein d'autres choses. Et Cynthia se définissant elle-même comme une gaie-luronne. Ah, je vous assure qu'on rigole beaucoup. Je vous laisse avec ce magnifique épisode. Moi c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach ICF, et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti, et bonne écoute.

Cynthia Raymond — J'ai une antenne de Télétubbies. Tu regardais la Télétubbies quand t'étais petit ?

Ybelion — Ouais, j'adorais les... Non, alors, non. Non, j'étais à la fois fan des Télétubbies, mais je crois qu'ils me faisaient un petit peu peur, les Télétubbies. Oui, moi aussi. Surtout l'aspirateur et le soleil avec un visage. C'était très bizarre aussi.

Cynthia Raymond — En fait, quand tu le regardes avec des yeux d'adulte, tu te dis, qui a pensé à ce concept ? Et est-ce que cette personne a déjà suivi une psychanalyse, finalement ?

Ybelion — Oui, exactement.

Cynthia Raymond — Oui, je suis d'accord.

Ybelion — C'est incroyable. Bon, écoutez, c'est le premier podcast que je fais avec une télé-opératrice, fan des Télétubbies.

Cynthia Raymond — C'est vraiment très bizarre. Mais peut-être si je fais ça, ça fait moins Télétubbies. Mais ça fait beaucoup plus, oui, service après-vente.

Ybelion — J'ai un problème sur mon abonnement orange, Cynthia. J'aurais besoin de tes antennes pour le réseau.

Téletubbies, opérateur orange et faux départs

Cynthia Raymond — Je me sens pousser des ailes.

Ybelion — Incroyable.

Cynthia Raymond — C'est pas grave.

Ybelion — Bon, écoute, au moins, on a résolu nos problèmes techniques. Donc, c'est top.

Cynthia Raymond — Oui, bravo.

Ybelion — Et je te rends la parole sur ce que tu partageais sur le salon de livre. Du coup, tu avais un super créneau et tu as eu plein de gens.

« Je suis devenue addict au mot fin »

Festival du Livre de Paris : la lectrice qui a fait son deuil

Cynthia Raymond — Oui, j'ai eu... Oui, alors en fait, ça fait très... Je ne sais pas comment le dire parce que je n'ai pas du tout envie de paraître... Enfin, ce n'est pas prétentieux ou quoi, mais j'ai toujours envié. Tu sais, quand on voit des auteurs en salon, il y a souvent les maisons d'édition qui filment les files d'attente en disant, oh, il y a déjà beaucoup de monde pour machin. Et puis toi, avec tes yeux d'auteur, d'autrice jeune, tu vois ça avec envie. En fait, l'envie, c'est un sentiment tout à fait louable, je trouve, au-delà de la jalousie. L'envie, c'est vraiment un moteur, quoi. Et donc, je m'étais toujours dit, j'envie ces gens-là vraiment. Et pour la première fois de ma vie, donc samedi au Festival du Livre de Paris, c'est ce qui m'est arrivé. Et c'est... Eh, j'ai les poils de l'émotion en parlant ! Mais c'était fou, quoi, de savoir qu'il y a des gens qui sont là parce qu'ils ont lu ton livre, ils ont aimé, ça leur a parlé. Et ils viennent te rencontrer parce qu'ils veulent un peu discuter. Enfin, c'était incroyable. Donc pendant deux heures, de 15h à 17h, j'ai dédicacé, j'ai parlé, j'ai souri, j'ai ri, j'ai pleuré aussi. Oh là là, c'était merveilleux.

Ybelion — C'est quoi qui a pu te faire... Qui a pu te toucher au point de te faire pleurer ? Si c'est pas indiscret, mais j'aime bien les émotions fortes comme ça.

Cynthia Raymond — Ah, en fait, mon premier roman s'appelle... C'est surtout sur le premier. Il s'appelle Les tournesols n'ont pas besoin de boussole. Et bon, je peux pas spoiler, mais ça aborde des thèmes qui sont... Alors, c'est toujours avec une plume. Moi, j'essaye toujours d'avoir une plume légère, optimiste, solaire. Mais ça peut aborder des thèmes un peu plus lourds. Et en l'occurrence, il y a un thème lourd que je ne spoilerai pas, donc je ne dirai pas quel est ce thème. Et quelqu'un a dû me voir en pleurant, parce que... En fait, elle m'avait dit, j'ai vécu ça. Et votre livre, je l'ai vu en librairie. Je ne savais pas qu'il abordait ce thème-là. Et je me suis dit, tiens, je vais le lire pour me changer les idées. La pauvre... J'ai ri, mais le livre l'a appelé. Et en fait, elle m'a dit, paradoxalement, c'est grâce à lui que j'ai réussi à faire mon deuil.

Ybelion — C'est incroyable.

Cynthia Raymond — Et voilà. Et en fait, ça, elle s'est mise à pleurer. J'ai pleuré aussi. On s'est fait un gros câlin. Enfin, il y a des émotions fortes qui sortent, quoi. Et puis de savoir qu'en fait, quand tu écris un livre, tu es toute seule devant ton ordinateur avec toi-même et des personnages dans ta tête. Enfin, c'est à la limite de la schizophrénie quand on y pense. Et de savoir que ces mots, après, touchent d'autres gens et ont un effet concret sur leur vie. C'est bouleversant. Enfin, ça a un effet bouleversant. Et c'est pour ça que j'adore les salons, en fait. C'est parce que tu as vraiment un... Cet effet-là, tu te le prends en pleine poire. Et tu comprends que ce que tu fais, ce n'est pas vain.

Théorème à deux inconnus et le parcours d'autrice

Ybelion — C'est vrai, oui. Ça devient... Il y a un vrai sentiment de réalité qui naît quand tu vois les gens et qu'ils te partagent qu'effectivement, ça les a vraiment touchés, quoi. C'est fou. Trop beau. Trop beau. Et donc là, tu étais avec Eyrolles, c'est ça ? Pour Théorème à deux inconnus.

Cynthia Raymond — Alors oui, Théorème à deux inconnus, c'est mon roman qui est sorti il y a... Quelle journée ? Oh, il y a deux mois ! Tout pile !

Ybelion — Quasiment deux mois.

Cynthia Raymond — Qui est sorti il y a deux mois. Et pour les tournesols n'ont pas besoin de boussole, qui est mon premier roman que j'ai sorti chez eux. Cette phrase est dure à dire. En juillet dernier. Avant ça, j'avais aussi sorti mon tout premier roman, qui n'est plus commercialisable, parce que je l'ai sorti dans une maison d'édition et j'ai repris les droits après. Je l'avais sorti chez City Editions. Et j'ai repris mes droits. Et du coup, il est dispo que sur Amazon, je crois, maintenant.

Ybelion — Ok. Et t'aimerais en refaire quelque chose de ce premier roman qui est plus dispo ? Ou quelque part, c'est...

L'émotion incomparable du mot fin

Cynthia Raymond — Ouais. Alors après, il a la maladresse du premier roman, je trouve. Je le regarde un peu avec nostalgie, parce que je l'ai écrit il y a six ans, sept ans. Et mon style a forcément évolué depuis. Donc, j'ai un peu... C'est pas du tout avoir honte de ça, parce que c'est mon tout premier, et je l'aime d'un amour intersidéral plus que mon propre enfant, presque, je dirais. Mais j'aimerais bien en faire quelque chose, ouais. Donc, je suis en train de réfléchir. C'est rigolo que tu parles de ça, parce que j'y ai pensé ce week-end, alors que j'y pensais pas du tout. Mais quelqu'un est arrivé avec ce roman-là, qui s'appelle « Qui m'aime me suive ? » et que j'avais pas vu depuis cinq ans, je crois, pour que je le signe. Et je me suis dit, ah, mais je l'aime tellement. C'est une comédie romantique complètement loufoque. Elle a Bridget Jones sur une fille de 30 ans qui retrouve son amoureux de maternelle, qui s'imagine des tas de choses, qui se fait des films. Et je raconte très mal. Alors, il faut savoir un truc, parenthèse, je ne sais pas pitcher mes romans. C'est un enfer sur terre. Je ne sais pas faire ça. Je suis nulle à résumer mes romans, parce que j'ai envie de tout dire. Et du coup, je me force à ne rien dire. Et donc, ça rend... C'est horrible. Il ne faut jamais me demander de pitcher mes romans.

Ybelion — C'est noté. Je ne te poserai pas la question.

Cynthia Raymond — Oh là là, parenthèse fermée. Mais oui, donc j'y ai pensé ce week-end, après avoir dédicacé ça. Et je me suis dit, c'est quand même dommage qu'il soit plus commercialisable et que plus personne puisse le trouver. Donc, je suis en train de réfléchir à peut-être le changer un peu et puis le reproposer chez Eyrolles. Je n'en sais rien. Je ne sais pas trop. Mais peut-être qu'il va avoir une nouvelle vie.

Ybelion — C'est marrant parce que c'est un sujet que j'ai abordé aussi avec une amie ce week-end. Et je vais te partager. Tu vas me dire ce que tu en penses. Mais on discutait des meilleurs romans qu'on aurait écrits. Et moi, mordicus, d'un coup, j'ai dit en fait, moi, mon objectif, c'est toujours que le roman que j'écris aujourd'hui soit meilleur que celui d'avant. Et donc, on discute machin machin. Et puis, à un moment, je prends conscience qu'en fait, il n'y a aucune émotion qui a égalé le jour où j'ai terminé le premier. Même le deuxième. Même là, j'ai commencé le troisième. En fait, je me rends compte que ce n'est pas pareil que le premier. Et du coup, ça a totalement changé ma vision que j'avais du premier. Ou même quand je le regarde encore aujourd'hui. Alors, il n'est pas si vieux que ça, mais je le regarde aujourd'hui. Je vois plein d'imperfections. Mais pourtant, cette émotion de terminer le premier est inégalable. Je ne sais pas ce que tu en penses, toi, par rapport aux trois que tu as pu vivre, du coup.

Six ans, un confinement et un enfant : l'écriture du premier roman

Cynthia Raymond — Parce que je suis comme toi. Oui, pareil. En fait, le premier, tu ne sais pas si tu es capable de le terminer quand tu es en train d'écrire le premier parce que c'est inédit. C'est une expérience inédite. Autant sur le deuxième et le troisième, tu as un peu plus confiance parce que tu sais que tu as réussi à la gravir une fois à la montagne. Donc, en fait, même si c'est compliqué, même si tu traverses des obstacles, des épreuves, machin, tu sais que tu as réussi une fois à aller au bout du truc et avoir le coucher, le lever du soleil en haut de la montagne. et que c'était tellement merveilleux que tu peux le refaire. Le premier, tu avances dans l'inconnu, tu ne sais pas du tout si tu vas y arriver. Et le fait d'écrire ces trois petites lettres, le mot fin, ça procure une sensation, en fait, une fierté. C'est vrai, moi, je pense que, peut-être, la première fois où j'ai vraiment été fière de moi, c'est quand j'ai écrit le mot fin sur mon premier manuscrit. Première fois où, véritablement, je me suis dit, je l'ai fait toute seule. Et j'ai réussi à gravir cette montagne. Parce qu'en fait, il ne faut pas se retourner. Quand tu commences à gravir la montagne, il ne faut jamais essayer de regarder le sommet pour te dire, mais il me reste tout ça encore à faire. Mais je ne vais jamais y arriver. Parce que si tu commences à prendre conscience de la difficulté que ça représente, je crois que c'est... Tu t'arrêtes, en fait. Tu es complètement dans le déni quand tu écris un manuscrit sur la difficulté que ça représente. Donc, j'ai complètement oublié le début de ta question, mais j'étais d'accord avec toi. Je ne sais plus.

Ybelion — Non, mais tu sais, ça m'a donné les frissons quand tu as parlé du mot fin sur le premier. Et cette sensation, plus ça passe, et plus cette sensation, j'ai parfois à la fois du mal à mettre des mots dessus et puis elle devient de plus en plus forte, j'ai l'impression. Mais ce truc de... Putain, mais ça, c'est possible. En fait, peut-être que tout ce que j'ai en tête est possible aussi, quoi. Oui, c'est exactement. Et c'est hyper particulier que ça naisse d'un acte aussi paradoxalement simple que d'écrire des mots sur une page, quoi.

Cynthia Raymond — Oui, c'est vrai. Oui, paradoxalement simple. C'est joli comme expression. Mais c'est complètement ça. Tu te dis, mais c'est bon, c'est à la portée de n'importe qui. Enfin, on tape sur un clavier et puis voilà. Et pas du tout. Et oui, c'est vrai que c'est une émotion indescriptible. Et une fois que tu l'as fait, ça ouvre un champ des possibles. Tu as raison. Tu te sens un peu tout puissant. Tu te dis, mais je peux tout faire dans ma vie, finalement. Tout est accessible.

Ybelion — C'est un peu trop en faire ou quoi. Mais en fait, plus j'y réfléchis et plus en fait, non, non. L'écriture a vraiment été un déclencheur. Terminer un livre, ça a vraiment changé quelque chose. Et du coup, à chaque fois, je suis content de voir des gens qui partagent aussi cet avis. Et du coup, ça me donne envie de te poser la question. Alors, on parlera évidemment de ton roman qui vient de sortir après. Mais là, vu qu'on est sur ce sujet-là, qu'est-ce que ça... Comment tu l'as vécu, cette écriture du premier livre où quand tu te lances dans l'inconnu et que tu te mets à gravir une montagne où tu ne sais pas... Tu sais juste que le sommet est loin. Et qu'est-ce que ça a changé quand tu es arrivé en haut ?

Cynthia Raymond — Moi, en plus, il est particulier. L'écriture du premier, elle est particulière parce que déjà, j'ai mis, je crois, six ans à l'écrire le premier.

Ybelion — OK.

Cynthia Raymond — Parce que je pense que je ne savais pas si j'en étais capable et parce que je n'avais pas envie de me dire que j'en étais capable et que je le faisais un peu les week-ends quand j'étais pas maman à l'époque. J'avais un temps fou de libre, en fait. On ne s'en rend pas compte quand on est... Et je me dis, oui, qu'est-ce que je faisais de tout ce temps ? Et donc, j'écrivais un peu les week-ends et puis le week-end d'après, je relisais ce que j'avais écrit et je me disais, non, c'est nul. Et donc, j'effaçais tout. Donc, je faisais vraiment... Je faisais trois pas en avant, deux pas en arrière. Donc, ça m'a mis six ans pour l'écrire. Et ce qui a fait que je l'ai terminé, c'est que, donc, 2020, je tombe enceinte. Il y a un problème. Enfin, je dois m'arrêter. Mon congé maternité commence très tôt. Confinement. Hey ! Et me voici, donc, confinée, donc, chez moi, dans mon lit parce que je ne pouvais pas trop bouger. Et en plus, comme on a tous connu, magasin fermé, plus de vie sociale, plus rien à... Et j'avais déjà commencé un peu l'écriture de ce premier manuscrit. Il vivotait, quoi. Et je me suis dit, allez, de toute façon, j'ai sept mois seule à ne rien faire dans ma maison. Je vais le terminer. Et je l'ai terminé à ce moment-là. Et il me restait, je crois, il ne me restait que quelques chapitres à écrire quand j'ai accouché. Et bizarrement, le fait d'avoir accouché alors que j'avais vraiment zéro temps pour moi, c'est ça qui m'a donné l'impulsion nécessaire pour le terminer. Il me manquait un petit quelque chose. Et je pense que le fait de me dire, ah, maintenant, j'ai un enfant, j'ai envie qu'il soit fier de moi, j'ai envie de me dire, j'ai terminé un truc et je pourrais lui dire plus tard, tu vois, quand tu commences les trucs, il faut les terminer et allez, tu le finis. Et ça m'a donné l'impulsion nécessaire pour le terminer. Et je travaillais dans l'hôtellerie, donc en fait, le secteur était toujours, enfin, les hôtels étaient fermés, on ne pouvait toujours pas travailler, quoi. Et donc, je l'ai envoyé dans un, je l'ai envoyé à plein de maisons d'édition, dont City Editions et en fait, j'ai eu une réponse dix jours après. Ça a été super rapide pour me dire, allez, ok, on y va. Et à ce moment-là, je me suis dit, ah, mais finalement, j'ai écrit un truc qui n'a pas l'air si mauvais puisqu'il y a quelqu'un, un professionnel qui veut publier mon roman. Et j'ai complètement oublié ta question initiale.

"C'est grâce à mon enfant que je suis devenue écrivaine"

Ybelion — Non, c'était franchement, c'était exactement ça, à savoir, qu'est-ce que t'as vécu pendant l'écriture de ce premier livre, tu vois, et qu'est-ce qui a été finalement les déclencheurs qui t'ont permis aussi de switcher. Parce que j'ai entendu quelque chose. Et alors, c'est là aussi que c'est ce que tu partages, je le trouve très inspirant. Parce que cette sensation d'avancer, de patiner dans la semoule, en le prenant plus ou moins au sérieux seulement les week-ends, puis surtout en effaçant ce qu'on a écrit le week-end de la veille pour recommencer. Ça, c'est un sentiment alors que j'ai connu. Et puis alors, les gens que j'accompagne et tous ceux qui nous écoutent ont dû le connaître aussi un jour. Et je trouve ça beau que... La vie est plein de paradoxes, mais je trouve ça beau que ça soit le moment où quelque part, tu aies le moins de temps. Puisque avoir un enfant, forcément, ça te prend beaucoup de temps, que ça te... Ouais, t'as une sorte de... Je sais pas, peut-être d'urgence, ou je sais pas. Mais en tout cas, je trouve que c'est le partage que t'as fait sur pouvoir le dire à tes enfants plus tard, j'ai fait ça, je l'ai terminé, et les rendre fiers. Je pense que... Ouais, ça c'est touchant, tu vois, de l'entendre franchement.

Cynthia Raymond — Oui, mais c'est vrai, c'est complètement paradoxal en fait, maintenant que j'y réfléchis. Parce que quand tu... Enfin, je sais pas si t'es papa, mais quand t'as un enfant, enfin vraiment, pour le coup, puis les premiers mois, en plus, c'est vrai que tu n'as... T'as plus de vie, t'as plus du tout de temps pour toi. Et c'est ce moment-là, mais je pense parce que je le voyais et je me suis dit, j'ai déjà fait... Ça, je ne ferai rien de plus beau dans ma vie. Enfin, tu le vois dormir dans son couffin, tu te dis, je ne ferai rien de plus beau dans ma vie. Ça, c'est une certitude déjà, que ce que j'ai réussi à pondre, je l'ai pondu lui. Mais en fait, là, tout de suite, tu projettes et tu te dis, j'ai envie qu'il soit heureux, j'ai envie de le rendre fier, j'ai envie de lui inculquer les bonnes valeurs. Et toi, au fond de toi, tu n'es pas fier de toi, parce que ce truc-là qui vivote depuis six ans, tu sais que c'est important, tu sais que tu as envie de le terminer, tu n'y arrives pas. Et je pense que, oui, il y a eu un... C'est complètement lui qui m'a donné... C'est grâce à lui que je suis devenue écrivaine, en fait. C'est grâce à mon enfant que je suis devenue écrivaine.

Ybelion — C'est magnifique.

Cynthia Raymond — C'est vrai, je pense. Il ne le sait pas. Il le saura un jour, je lui dirais.

Ybelion — Il le saura, oui.

Cynthia Raymond — Oui, il le saura.

Ybelion — C'est magnifique. Tu conseillerais quoi ? Parce que... Tu conseillerais quoi peut-être à une jeune maman ou une jeune future maman qui a ce rêve d'écrire un livre et qui ne l'a peut-être pas fait encore ?

Cynthia Raymond — Alors, il faut savoir que je suis nulle pour donner des conseils. Mais je suis vraiment, vraiment nulle pour donner des conseils. Moi, je suis là... Tu sais, dans un groupe, dans une bande, il y a toujours des tâches qui sont... Il y a un statut. Il y a une impression assignée à chaque personne. Moi, je suis la gaie-luronne. Moi, je suis la personne qui va un peu... qui va divertir. Je ne suis pas la personne qui donne les conseils et qui arrive à trouver les bons mots quand quelqu'un est triste et qui va consoler et qui va... Moi, je suis nulle à ça. Donc, partant de ce postulat...

La gaie-luronne (et les conseils qu'elle ne sait pas donner)

Ybelion — Exactement. En partant de ce postulat, je vais changer à peine ma question. C'est la gaie-luronne que tu es. Qu'est-ce qu'elle dirait à une jeune maman qui a envie d'écrire un livre ?

Cynthia Raymond — Qu'est-ce qu'elle dirait à une maman qui a envie d'écrire un livre ? Je... Je ne sais pas du tout. Qu'est-ce qu'elle dirait ? Elle dirait que... Elle dirait... Je n'en sais rien. Je ne peux pas répondre à cette question. Vraiment. Je ne sais pas parce que je pense que moi, ce que j'ai vécu, c'est... Enfin, c'était vraiment particulier comme situation parce qu'en plus, le contexte faisait qu'il y avait le confinement, j'avais du temps pour moi, j'étais en chômage technique, machin. Une maman qui est complètement... Parce que c'est un tel bouleversement quand tu as un enfant, tu es dépassée par tout. Enfin, je veux dire ça. Toi, tu ne comptes plus. Il n'y a plus que cette vie qui est entre tes mains. Tu te dis, je suis responsable d'un être humain. En plus, je suis responsable de la survie d'un être humain. C'est vertigineux quand tu réfléchis. Et donc, il n'y a plus que ça qui compte. Et je ne sais pas comment moi, j'ai pu me dire, non, il n'y a pas que ça qui compte. Je vais aussi terminer un truc et je vais réussir à prendre du temps pour moi pour le finir. Et donc, je pense que c'est vraiment une exception. je ne peux pas répondre à ta question. Je n'en sais rien du tout.

Ybelion — Tu sais, je me permets de faire un lien dans ton partage. J'ai entendu le il n'y a plus que ça qui compte et en même temps, tout à l'heure, le déclencheur a été justement c'est parce qu'il n'y avait plus que ça qui compte que l'écriture est devenue importante. Et là, en t'entendant, tu vois, peut-être que je réponds aussi à ma propre question, mais j'ai l'impression que c'est justement parce qu'il n'y avait plus que ça qui comptait que le reste est devenu important aussi. C'est cette sensation comme ça qui me vient. Je ne sais pas si elle est juste.

Cynthia Raymond — C'est joli ce que tu dis. Tu as déjà pensé à écrire des romans ?

Ybelion — Oui, peut-être. Un jour, je basculerai dans la réalité des sentiments et des émotions et je m'éloignerai des mondes de fantasy.

Cynthia Raymond — Et c'est quoi comme style ? Quel style tu écris, toi ?

Ybelion — C'est une très bonne question, en vrai. Je pense que, en fait, j'ai toujours été passionné du monde de fantasy. plus je le conscientise et plus j'y réfléchis et plus je l'explore, plus je me rends compte que c'était aussi une protection parce que c'est beaucoup plus confortable de parler de choses qui sont imaginaires plutôt que de choses que tu traverses toi-même. Et c'est la plus grande claque que j'ai prise dans le deuxième roman, tu vois, c'est de se rendre compte vraiment que, en fait, mes personnages imaginaires, en plus, tu vois, je suis dans un monde, c'est des animaux anthropomorphes, tu vois. Donc, il n'y a rien de plus, quelque part, éloigné de ce qu'on pourrait être dans la réalité. Et pourtant, ces personnages ont eu un courage que je n'ai peut-être pas eu, ont eu des émotions que je n'ai peut-être pas osé partager. Et je crois que c'est ça que... C'est vers ce style-là que j'ai envie d'aller dans celui de... Qu'est-ce que je ressens ? Qu'est-ce que le lecteur a envie de... Qu'est-ce que j'ai envie de faire ressentir au lecteur ? Sur quelles questions j'ai envie de l'interroger ? Voilà. Et donc, voilà, pour conclure, pardon, sur ta question, j'aurais envie de me diriger vers des sujets peut-être plus émotionnels ou en tout cas plus assumés émotionnels. Je ne sais pas si c'est très clair, mais voilà. si,

Catégoriser son style : du feel-good à la littérature populaire

Cynthia Raymond — si, ça peut l'être. En fait, ce que je comprends, oui, toi, tu as besoin d'avoir une liberté folle. Ton imagination, elle ne doit pas avoir de limite et tu as besoin de cette liberté de... Il n'y a pas de carcan, il n'y a pas de limite. Il y a des animaux qui parlent et il y a un monde... Ça, je trouve que c'est formidable d'imagination parce qu'en fait, quand il réfléchit, mes romans à moi, par exemple, le premier, je me suis beaucoup inspirée de ma propre histoire parce que c'était le premier et qu'avec le recul, je me dis, j'avais besoin de parler d'un sujet que je maîtrisais pour me rassurer parce que partir tout de suite sur un monde fantastique que j'imagine de toute pièce, pour moi, ce n'était pas concevable. Ce n'était pas à ma portée et donc, je trouve que c'est hyper courageux de ta part. De tout de suite, immédiatement, t'orienter vers un monde que tu crées de toute pièce et après, si c'était lecture, j'imagine que ça fait aussi... Tu t'es nourrie des lectures que tu avais quand tu étais enfant, ado, etc. Est-ce que tu connaissais les... Comment ça s'appelait ? Les livres dont vous êtes le héros ?

Ybelion — Oui, j'en ai deux, trois dans la bibliothèque. J'en avais plein

Cynthia Raymond — en fantastique. C'était génial, ça.

Ybelion — C'était génial. C'était vraiment l'exploration la plus pure, la découverte. J'ai toujours été assez fasciné des méandres qu'ils étaient capables de construire comme ça. Tu sais que tu parlais du courage, mais en fait, c'est marrant parce que moi, je trouve que ceux qui frontalement parlent ou y mettent beaucoup de leur vie, je les trouve beaucoup plus courageux. ça me...

Cynthia Raymond — C'est rigolo.

Ybelion — Je trouve que c'est vraiment courageux aussi. Tu vois, c'est pour ça que je parlais un peu de mécanisme de défense. entre... C'est plus facile de s'évader dans un monde imaginaire où c'est pas vraiment de tes problèmes dont tu parles. C'est ça qui est rigolo, en fait. C'est pour ça qu'il y a plein de styles d'écriture différents. Et du coup, toi, comment tu les caractériserais tes romans ou en tout cas ton style ? J'ai entendu la gaie-luronne tout à l'heure. Là,

Cynthia Raymond — Gaie-luronne. Je ne sais pas comment les catégoriser. J'ai beaucoup de personnes qui me posent cette question en salon, par exemple, qui ne me connaissent pas. Et la première question, c'est quel style, vous ? C'est quelle catégorie ? Et cette question me laisse... Enfin, je trouve que c'est très... C'est une des plus dures. Je trouve que c'est très compliqué d'y répondre parce que spontanément, je répondrais que c'est du feel good. Mais la catégorie feel good, j'ai l'impression que c'est une espèce... C'est un peu comme la catégorie autre des QCM, tu sais, c'est un peu le fourre-tout où en fait, tu te dis, bon, ça n'appartient à aucune de cela, donc on va en faire une globale et puis on va mettre pêle-mêle des trucs dedans et puis on va l'appeler feel good. J'aimerais bien avoir une vraie définition du feel good que ce soit cadré, carré, qu'on me dise, voilà, le feel good, c'est ça et je puisse savoir si je suis dedans ou pas. Donc, je ne sais pas si j'écris du feel good. Ma maison d'édition, le promeut mes romans comme étant du feel good. j'estime que ça peut tout à fait, enfin, ça correspond en même temps parce que je dirais que c'est des romans, je suis une gaie-luronne, j'aime beaucoup cette expression. Donc, c'est des romans optimistes, solaires, qui font du bien, c'est des romans ancrés dans la réalité, tu vois, ben voilà, avec des vrais personnages qui ont des émotions, qui sont confrontés à des problématiques ou à des enjeux que n'importe qui aujourd'hui peut ressentir, peut vivre. donc oui, c'est très moderne et en même temps, ça aborde des sujets qui sont parfois pas faciles parce que c'est la vie, quoi. Mais quoi qu'il arrive, il y a toujours de la lumière et c'est vrai que mes romans se finissent bien. J'avoue que je ne tue pas mes personnages par une lente et longue agonie à la fin. Généralement, ça se passe bien. Donc, je dirais que c'est du, je ne sais pas comment les catégoriser. J'aime bien dire, mon éditrice, Capucine a trouvé deux termes, des termes qui sont pas mal. Elle dit que ça s'apparente à de la littérature populaire et je trouve que ce n'est absolument pas un, voilà, je trouve que c'est, pour moi, c'est ça, c'est de la littérature populaire. J'aime bien ces mots-là.

Ybelion — Dans le sens qu'il parle à tout le monde ou qu'il peut toucher tout le monde, oui.

Cynthia Raymond — Oui, exactement, c'est ça. C'est une sensation de bien. Pardon.

Ybelion — Oui, non, je disais, c'est marrant parce que c'est, t'es, je ne sais pas, il faudrait que je compte les autrices de chez Eyrolles que j'ai reçues, mais toutes me partagent des petits moments de Capucine. Où à chaque fois, elle a toujours des très bonnes idées. Et ouais, ça a l'air, franchement, ça a l'air d'être une éditrice assez fascinante, et avec une vraie, une vraie vision de ce qu'est un livre. En tout cas, je ne lui ai jamais parlé donc je ne sais pas, mais en tout cas, ça me renvoie.

Cynthia Raymond — Ah, il faut, il y a un avant et un après quand tu parles à Capucine. Il faut parler à Capucine. En plus, elle a été élue éditrice de l'année par Véron il y a quelques semaines, donc énorme fierté. Et en même temps, tout le monde, enfin, tout le monde s'y attendait, toutes les autrices d'Eyrolles et les auteurs, parce qu'elle a aussi des auteurs, s'y attendaient. Parce que, comme tu dis, elle a vraiment une vision, elle arrive, elle est innovante, elle est extrêmement intelligente, elle a vraiment un regard très intelligent sur le monde de l'édition, sur les livres, sur les lectures, sur... Elle est bienveillante, elle est humaine, elle est extraordinaire. Honnêtement, je pense que c'est un robot, parce que je ne comprends pas quand est-ce qu'elle dort, quand est-ce qu'elle mange. Enfin, elle est dédiée, corps et âme, à ses auteurs, à ses autrices, à son métier. C'est un bonheur de travailler avec elle. Oh, il faut que tu l'invites, oh, il faut que tu l'invites à ton podcast, tu vas voir, il y aura un avant et un après. Ah oui, il faut. Je l'inviterai. Ça va être intéressant, ça va être formidable si tu l'invites.

Capucine, éditrice qui lit les humains

Ybelion — C'est, tu sais, moi, à chaque fois, c'est le, je ne sais pas à quel point elle a un regard aussi sur notamment le travail des couvertures, mais je trouve les objets livres vraiment très, très beaux à chaque fois. Et notamment, le tien en fait partie, celui de Coralie aussi en faisait partie, mais je trouve que c'est vraiment des beaux objets. Voilà, c'est-à-dire, ils attrapent l'œil et, ouais, il parle de quelque chose.

Cynthia Raymond — Non, c'est beau, surtout ceux de la collection solaire.

Six mois pour trouver la bonne couverture

Ybelion — Ouais, bah ouais, alors ça, c'est, ouais, je suis d'accord, je suis d'accord. Elle est directrice

Cynthia Raymond — de la collection solaire. Oui, pardon, c'est un petit décalage, du coup, à chaque fois que moi, je parle, tu parles en même temps parce que, je vais faire attention. Non, c'est moi, ce n'est pas toi. Elle est directrice de la collection solaire, donc le label Young Adult d'Eyrolles et les livres de la collection solaire ont un jaspage. Alors, je ne sais pas si les gens savent ce que c'est, mais comment décrire ce que c'est ? Donc, c'est le fait de colorier, enfin, voilà, de colorier aussi cette partie-là. C'est bon, je montre. Petite promo en même temps. Donc, de colorier cette partie-là. Et ça fait un vrai bel objet, quoi, un bel objet en plus du contenu, le contenant en lui-même est un objet à part entière. Et donc, c'est très intelligent d'avoir fait ça. Et moi, c'est rigolo que tu parles des couvertures parce que celui-là, je le montre quand même. Donc, Théorème à deux inconnus qui est le roman qui est sorti, mon dernier roman, la couverture, est un processus qui a duré vraiment long et douloureux. Ça a duré six mois, je crois, pour trouver cette couverture-là. Et moi, je suis quelqu'un qui, mais je pense comme en fait la plupart des gens, enfin, j'en sais rien si c'est vrai ce que je dis, mais je n'aime pas déranger. Je n'aime pas, moi, je suis, il ne faut pas, voilà, je ne parle pas trop fort. Je n'aime pas déranger. S'il y a quelque chose qui ne me plaît pas, je me dis, ce n'est pas grave en même temps. Voilà, ça ne va pas changer la vie. Et on m'a proposé plusieurs couvertures et j'ai beaucoup de mal à dire, non, je n'aime pas. Mais vraiment, je n'aimais pas. Et Capucine, elle a cette capacité à lire l'être humain et à me dire, toi, tu n'aimes pas. Et donc, effectivement, Capucine, elle a compris que ça ne me plaisait pas. Elle a compris que je n'osais pas dire que ça ne me plaisait pas. Et elle a œuvré pendant vraiment six mois, ce qui est énorme. Enfin, normalement, on fait vraiment, il n'y a pas beaucoup de propositions. Il y a des allers-retours, évidemment, pour prendre en compte les remarques des auteurs. Mais ça ne dure pas aussi longtemps. Et elle, elle a fait en sorte que ça dure très longtemps pour que j'ai la couverture que je voulais. Et elle a même continué à œuvrer en cachette alors que je ne le savais pas et que j'avais dit, allez, oui, on prend celle-là, ce n'est pas grave. Elle a continué à œuvrer en cachette et elle est arrivée un mois après en me disant, Cynthia, j'en ai une nouvelle, qu'est-ce que tu en penses ? Et en fait, c'est là que je me dis, mais je suis tellement reconnaissante de son travail, de sa manière de... Elle a une manière de lire l'être humain, les émotions qui est folle. Et donc, je suis très fière de cette couverture et c'est grâce à Capucine qu'elle est là, cette couverture. Ce n'est pas grâce à moi, en tout cas.

Ybelion — En tout cas, c'est un beau travail commun parce que l'objet est effectivement très, très beau. Et moi, il y a une autre chose qui m'intrigue sur cette couverture. C'est évidemment mon passé d'ingénieur qui me rattrape, mais c'est le théorème à deux inconnus. Qu'est-ce que... Alors, d'où vient le titre ? D'où vient le titre ? Je vais m'arrêter là.

L'anecdote derrière le titre Théorème à deux inconnus

Cynthia Raymond — Le titre, l'histoire, elle est trop rigolote. J'aime bien raconter cette anecdote. Donc, en 2024, je rencontre Capucine via Coralie, d'ailleurs, via Coralie Caujolle, autrice également chez Eyrolles, qui a sorti son roman Le loup qui te mangera il y a quelques mois. Lisez-le, il est extraordinaire. Je ne sais pas si tu l'as lu, mais moi, il m'a soufflé. Tout ce qu'elle écrit me souffle.

Ybelion — Je te fais une petite parenthèse dans ton histoire, dans ton anecdote. Je ne l'ai pas encore lu, mais pour le coup, en étant en podcast avec Coralie, elle m'a vraiment beaucoup, beaucoup donné envie de le lire.

Cynthia Raymond — Ah non, mais Coralie, ça fait partie de ces êtres vivants de qualité supérieure. Elle est extraordinaire en tant que personne et en tant qu'autrice. Vraiment, lisez-la. Tous ces romans sont des chefs-d'oeuvre. Parenthèse fermée. Donc 2024, grâce à Coralie, je rencontre Capucine et je lui envoie deux manuscrits. Donc, les tournesols n'ont pas besoin de boussole, mon roman qui est sorti en juillet, et celui-ci, qui s'appelait à l'époque 1, 2, 3, soleil. Et on signe les deux manuscrits en même temps et elle me dit on va sortir les tournesols en juillet 2025 et théorème, on le sortira à l'hiver 2026. Enfin, 1, 2, 3, soleil, on le sortira à l'hiver 2026. Elle organise une soirée de lancement pour les tournesols, donc en juillet, à la librairie Eyrolles. J'invite quelques amis, des auteurs, il y a des lecteurs qui viennent, très chouette. Et parmi ces amis que j'ai invités, il y a un auteur qui est merveilleux aussi qui s'appelle Gabriel Blancard. Il est auteur chez Maison Pop. Et après la soirée, on continue évidemment vers un bar. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération, mais qui vous dit qu'on n'a bu de l'alcool ? Personne, voilà. Donc on y va. Et là, je commence à parler de ce roman parce qu'avec Capucine, on est en train de réfléchir à un nouveau titre pour 1, 2, 3 Soleil. Et donc Gabriel, qui est à côté de moi, me dit vas-y, raconte-nous le résumé et puis on va faire un espèce de brainstorming parce qu'on était une dizaine d'auteurs. Je me dis bah oui, merveilleux. Donc je raconte, j'essaye de résumer avec perte et fracas car je ne sais pas résumer. On en revient au début de la conversation. Et les voilà qui partent un peu en brainstorming, machin, en fait, l'histoire de Théorème à deux inconnus, c'est, attention, je me lance dans le résumé, soyez indulgents, ok ? Ces deux enfants qui s'appellent Anna et Olivier qui entament une correspondance scolaire, donc ils s'écrivent des lettres dans leur école respective qui sont vraiment complètement éloignés l'un et l'autre en France. et voilà, ils commencent à s'écrire des lettres, ils deviennent correspondants mutuels et à la fin de cet échange, eux ont développé vraiment une belle relation ce qui fait qu'ils continuent à s'écrire à travers le temps, donc sans jamais se rencontrer, ils construisent une très belle amitié pendant dix ans, donc de leur six à leur seize ans. Et à seize ans, brusquement, Olivier arrête d'écrire à Anna sans aucune explication. Donc Anna fait le deuil de cette relation qui comptait beaucoup pour elle. Et des années plus tard, on retrouve Anna qui, par un concours de circonstances malheureux, est obligée de retourner vivre chez ses parents dans son village natal. Et Anna, elle adore les énigmes, Anna, elle adore les charades, les mystères, les mots fléchés. Et en retournant vivre donc chez sa mère, elle reçoit une lettre d'Olivier d'aujourd'hui qui lui dit je suis désolée, il s'est passé quelque chose dans ma vie quand j'avais seize ans qui a fait que j'ai arrêté de t'écrire, j'aimerais t'expliquer ce qui s'est passé. Mais pour pas que ce soit trop brutal pour toi, je vais te l'expliquer à travers cinq énigmes parce que je sais que t'adores les énigmes. Donc pendant cinq semaines, tous les lundis, je vais t'envoyer une énigme et au bout de cinq semaines, tu me diras si tu veux bien me pardonner ou pas. Et donc elle part dans cette résolution d'énigmes. Bon, je raconte ça, je sais pas si j'ai bien raconté, je raconte ça. Ah si, super bien. C'est vrai, merci, il faut que je vais prendre l'enregistrement et je vais l'apprendre par cœur. Donc je raconte ça à Gabriel. Et là, Gabriel, il tourne, il tourne dans sa tête. Et d'un coup, il me dit, mais donc Anna et Olivier, c'est des inconnus. Enfin, ils redeviennent inconnus, quoi. Je lui dis, bah oui, c'est vrai qu'au départ, ils redeviennent des inconnus l'un pour l'autre, quoi. Et il me dit, bah théorème à deux inconnus. Là, j'ai fait, waouh. Je suis tombée littéralement de ma chaise. J'ai trouvé que ça représentait, ça reflétait merveilleusement l'ambiance du film, du film, gros lapsus, du livre. Non, pas l'absurde. C'est que j'aime, je trouve que ça ferait un bon film. C'est pour ça que je pense que je mouline. Et je l'envoie à Capucine en me disant, en me disant, qu'est-ce que t'en penses ? Et là, Capucine, il était 23h, je crois. Enfin, on était en week-end, donc elle travaille pas normalement. Elle m'envoie 10 messages à la suite, en majuscule, avec plein de points d'exclamation. C'est formidable ! On adore ! Pourquoi j'y ai pas pensé plus tôt ? Je me suis dit, bon bah, c'est lui. de mon premier roman, enfin, de mon premier roman chez Eyrolles, que j'ai trouvé le titre du deuxième roman. Je trouve ça trop beau.

Ybelion — J'adore, j'adore. Je suis fan un peu, moi, de poésie et de synchronicité. Et de voir que c'est dans l'action de lancement du premier que d'un coup, comme une épiphanie, tombe l'évidence du deuxième. Moi, je trouve ça magnifique. Il y a vraiment un truc de... L'action appelle la créativité, qui appelle l'accomplissement personnel, quelque part.

L'escalier des rencontres

Cynthia Raymond — Et puis, je n'aurais pas trouvé toute seule, ce titre. Et en fait, c'est aussi... Les rencontres, toujours. C'est les rencontres. L'importance des rencontres. Mais alors, tu vois, ça, c'est rigolo parce que je le dis, c'est mon mantra. Je me dis l'importance des... Tout se fait à la faveur de rencontres. Pour moi, je visualise ma vie, c'est très bizarre ce que je veux dire, comme un escalier et avec plein de marches, que tu franchis à des moments de ta vie. Et en fait, sur certaines marches, il y a des gens qui t'attendent et qui vont te permettre de franchir la marche d'après jusqu'à arriver à ton objectif final, quel qu'il soit, que tu as défini ou pas. Et donc, moi, vraiment, en ce moment, ma vie, c'est un escalier et je le visualise hyper bien. Et tu vois, il y a eu Coralie sur une marche. Il y avait Coralie sur une marche. Coralie Caujolle, elle est sur une marche, c'est sûr et certain. Capucine, elle est aussi sur une marche. Je ne sais pas quelles sont les marches suivantes qui m'attendent, mais je le vois vraiment comme ça. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Ybelion — Si, très, très bien et je partage tout à fait ton avis. Je me permets un petit partage. Il y a un livre génial de Charles Pépin qui est un philosophe. Alors d'ailleurs, ça me fait rire parce que tout à l'heure, hier, tu as partagé 50% des jeunes pensent que les auteurs sont morts là. Enfin bref. Et du coup, Charles Pépin est un auteur qui est vivant, un philosophe qui est vivant et qui a écrit un livre sur la rencontre et qui, moi, m'avait beaucoup touché parce que ça renvoie exactement à ce que tu dis, à savoir que les autres sont vraiment des points sur lesquels nos vies peuvent vraiment prendre des directions différentes. Et ça m'a toujours assez fasciné de pouvoir imaginer qu'en fait, il y a des rencontres qui peuvent tout changer. Et parfois, ça peut être de juste se lever le matin et puis de dire finalement, je vais aller acheter mon pain et peut-être que c'est... Je ne sais pas, il y a un truc un peu fascinant d'inconnu, de hasard, je ne sais pas. J'ai du mal à mettre des mots dessus mais je trouve ça assez magnifique et puis ça transparaît dans ton histoire aussi. C'est ça qui est cool.

Cynthia Raymond — Personnellement comme professionnellement, en fait, c'est des rencontres qui bouleversent ta vie à des moments... Et c'est bien, j'aime bien parfois me dire, quand il s'est passé vraiment quelque chose de très important dans ma journée, où je me couche en me disant : ce matin, je n'aurais jamais pensé que ma vie allait être bouleversée aujourd'hui. J'aime bien me dire ça. Ça arrive, tu vois, peu, mais quand vraiment tu as un événement très important, quelque chose qui se passe professionnellement, personnellement, et où tu te couches le soir en te disant : ce matin, je n'aurais jamais pensé ça, et j'aimerais bien revivre cette journée en sachant qu'elle va être exceptionnelle.

Ybelion — C'est beau, c'est beau. Je suis d'accord avec toi. Je suis d'accord avec toi. Parfois, on passe trop vite sans faire attention au fait qu'on vient de passer une journée exceptionnelle. Ah, c'est magnifique, c'est magnifique. Ça me laisse rêveur, parce que j'aime beaucoup. Je suis aussi, de mon côté, extrêmement reconnaissant de tous les gens que j'ai pu rencontrer et qui, sans eux, je me rends bien compte que je ne serais pas là où je suis. Alors, j'encourage à chaque fois quand même à aussi reconnaître qu'on a eu le courage d'oser aller faire ses rencontres, pour quand même aussi se responsabiliser. C'est-à-dire, on est aussi responsable des belles choses qui nous arrivent. Et en même temps, les autres sont tellement précieux et le partage a une place centrale, à mon avis, dans l'accomplissement d'un individu. C'est un peu ça, la conclusion à laquelle j'étais en train d'arriver.

Tatouages et immortalité

Cynthia Raymond — J'ai envie de me faire tatouer cette phrase. Je trouve qu'elle est magnifique. Je ne sais pas sur quelle partie du corps, parce qu'elle est un peu longue.

Ybelion — En gros sur le torse. Pour changer un peu de sky is the limit, pourquoi pas.

Cynthia Raymond — C'est vrai. Est-ce que tu as des tatouages, toi ?

Ybelion — Non, non. C'est marrant que tu poses cette question, parce que j'ai toujours trouvé ça très, très esthétique. Tu vois ? Oui. Mais c'est un esthétisme qui te frappe d'un coup, et on parle de quelque chose qui reste. Et je trouve que l'art est toujours soumis à l'épreuve du temps, mais tu ne sais jamais exactement comment. C'est ça aussi qui est magnifique. Même dans l'écriture d'un livre, le regard que tu portes sur ton premier roman aujourd'hui n'est pas le même que celui que tu portais au moment où il est sorti. Ce n'est pas le même que celui qu'on portera dans 10 ou 15 ans. Et j'aime bien laisser cette liberté d'évolution. Et quelque part, le tatouage, c'est presque enfermer, tu vois, ce... Ou en tout cas le contraindre, sur un matériau qui, lui, bouge aussi, tu vois. Je ne sais pas, il y a un truc qui ne sonne pas tout à fait juste dans... Voilà.

Cynthia Raymond — Je comprends complètement ton point de vue. Moi, plutôt que ça, je dirais que c'est plutôt immortaliser quelque chose. C'est pour ça que moi, j'en ai un, par exemple, qui immortalise mon amitié très forte que j'ai avec deux personnes. Donc on a exactement le même, pas au même endroit, mais on se fait exactement le même tatouage. Et parce que pour moi, c'est une manière d'immortaliser quelque chose et de jamais l'oublier.

Ybelion — Alors, c'est effectivement... Je complète ma réponse : c'est aussi parce que moi, je n'ai pas trouvé de symbole qui mérite, quelque part, cette immortalité, tu vois. Ça, je comprends

Cynthia Raymond — Complètement.

Ybelion — Voilà. Et donc, tu vois, c'est des réflexions que j'ai eu beaucoup, notamment... Alors tu vois, je fais un partage, alors c'est... Voilà, tu vas comprendre où sont les réflexions. Notamment après ma première vraie rupture. C'était une nana pas forcément fan de tatouage, et donc, tu sais, un peu par opposition, tu te dis : bon, écoute, très bien, voilà.

Cynthia Raymond — Ah ouais ? Ah bah c'est comme ça, voilà. Je vois complètement.

Ybelion — Et le truc, c'est que du coup, après, t'as aussi cette réflexion de : ok, c'est bien beau, effectivement c'est très esthétique, mais qu'est-ce que tu vas faire, tu vois. Et à ce moment-là, tu vois, l'évidence de cette, quelque part, de ce symbole immortel m'est pas venue. Et donc c'est quelque chose que j'ai laissé de côté. Mais écoute, peut-être qu'un jour, effectivement, comme toi, comme toi, il y aura ce petit truc de partage qui fera : on y revient, on partage, en fait.

Cynthia Raymond — Mais toujours, mais toujours. C'est la clé de tout. Bah oui, exactement.

Ybelion — Et alors, on s'éloigne un peu, mais il y a quand même une question. Tu as parlé tout à l'heure, donc, le théorème à deux inconnus... Avant de rebondir sur ça, tu as parlé du fait que tu aimerais bien le voir en film. Est-ce que tu t'es imaginé, genre, certains acteurs pour jouer Anna ou Olivier ? Tu te dis : ah putain, c'est lui, c'est sûr.

Pierre Niney pour Olivier

Cynthia Raymond — Alors non, en plus. Non, mais moi je voue un culte... Je voue un culte à... Mais c'est pas du tout exceptionnel, enfin je veux dire, je pense que tout le monde lui voue un culte. Je voue un culte à Pierre Niney. Pierre Niney, c'est... Pour, enfin vraiment, je trouve ça... L'acteur français, c'est pour moi le meilleur acteur français. Donc moi, je voudrais bien Pierre Niney pour Olivier. Magnifique. Ok, dans mes rêves les plus fous. Ok, dans mes rêves les plus fous. J'ai fait moi-même beaucoup de théâtre quand j'étais jeune, je veux bien faire le rôle d'Anna si vraiment on me propose et que j'ai du temps. Non, mais en fait, j'ai dit film, c'est pas vrai. Mais j'ai dit film parce que c'est rigolo. C'est la première fois que... J'ai sorti trois romans, et c'est sur ce roman-là, donc, l'accueil est vraiment très bon. Et ça, c'est... Je veux dire que les commentaires sont vraiment positifs, et c'est tellement précieux, au départ, quand le livre sort, d'avoir ses premiers avis-là. Donc ils sont positifs et je suis extrêmement contente. Et c'est la première fois que j'ai autant de, deux points, ouvrez les guillemets, je le verrais vraiment... Pour moi, ce livre, c'est un film. Et tout m'a dit : quand je l'ai lu, je voyais des scènes de films ou de séries. Donc là, j'ai eu beaucoup de commentaires de : il faudrait que ça en devienne un film. Donc c'est pour ça que j'ai dit film, je pense, parce que je l'ai vraiment beaucoup... Et moi, j'aime bien penser mes romans, donc ça me fait plaisir que les gens l'aient compris comme ça. Moi, j'aime bien penser mes romans comme des scènes de films. J'ai un amour fou pour les dialogues. Déjà, les descriptions, ça me gonfle, j'ai vraiment du mal. Je le fais parce qu'il faut le faire, je n'aime pas ça, mais je le fais parce que, voilà. Mais moi, j'ai un amour fou pour les dialogues. D'ailleurs, je mets un point d'honneur à ce que chacun de mes... Je ne l'ai jamais dit, ça, je pense que personne ne s'en est jamais aperçu, après j'en ai fait que trois romans, mais tous mes romans commencent par un dialogue. Je veux que ça commence par ce que je préfère au monde, donc ça commence par un dialogue. Toujours.

L'amour fou pour les dialogues, la galère des descriptions

Ybelion — J'adore. Et je vais poser une question pas du tout intéressée, mais : comment on fait pour écrire des descriptions quand on déteste ça ?

Cynthia Raymond — C'est horrible, c'est horrible. Bah on accouche le truc, quoi, avec douleur, forcément. En plus, je suis un conseil de Marie Vareille, qui est une de mes autrices, si ce n'est l'autrice que je préfère au monde, qui a sorti là récemment Nous qui avons connu Solange, chez Flammarion. Je ne sais pas si vous l'avez lu. Si ce n'est pas le cas, allez-y, parce qu'elle est... Elle est merveilleuse, cette femme. Elle... Je pense que c'est la magicienne des styles. Elle fait tous les styles, tu vois, on en parlait tout à l'heure, elle ne s'enferme pas dans un style. Elle fait de la jeunesse, de l'historique, du feel good, du thriller, elle fait tout, elle est du dystopie, elle fait... Elle est incroyable. Et quand j'ai commencé à écrire, elle était encore peu connue, et elle faisait un blog où elle donnait des conseils d'écriture. Et elle a donné ce conseil-là, que je... que j'essaye de suivre encore. Elle dit : dans une scène, souvent, les auteurs ne se concentrent que sur un seul sens, à savoir la vue. Quand tu décris, tu décris ce que le personnage voit. Elle dit : mais il y a quatre autres sens qui sont aussi sollicités et qu'il faut mettre en avant. Et donc il faut aussi décrire ce que... ce que le personnage sent, ce que le personnage entend, ce que... Et donc j'essaye de suivre ça. Donc à chaque description, je suis là : bon, alors, ok, alors qu'est-ce qu'il entend, bon. Et en fait, j'essaye de me faire un espèce de plan pour les descriptions, ce que je ne fais pas du tout pour les dialogues. Ça me permet d'accoucher un peu plus facilement. Non, mais c'est pas vrai que je déteste, ça me plaît évidemment de faire des descriptions, j'aime écrire. Mais les dialogues, je m'éclate là-dedans, c'est ce que je préfère.

Ybelion — Ouais, bah c'est... Je suis un peu comme toi, donc effectivement. Je pense que spontanément, tu vois, je pourrais écrire un roman entier quasiment sans faire de description, tu vois. Mais à toi aussi ? Ouais. Je suis... Je sais pas, je sais pas pourquoi, mais ouais, c'est vrai. Je sais pas trop pourquoi, mais je suis pas très fan des descriptions, en fait. J'en suis pas fan déjà quand je le lis, et surtout c'est que j'y fais pas attention, en fait. Voilà, c'est... Les descriptions, je les lis vraiment en diagonale. C'est ce que j'allais dire.

Cynthia Raymond — J'allais dire : est-ce que tu fais partie de ces gens qui lisent en diagonale et qui savent que la description, elle va finir à la fin du paragraphe, et donc tout de suite tu vas au paragraphe suivant ?

Ybelion — Ouais, voilà, en fait c'est exactement ça, tu vois. Je le... je le balaye rapidement. Et alors ça donne des incongruités. Comme moi, tu vois, je lis... J'ai lu tout Hunger Games, j'étais persuadé que Peeta, il était grand, gros, héros. Bon, voilà, c'est absolument pas du tout comme ça qu'il est, mais dans mon imaginaire il était comme ça, tu vois. Et du coup c'est vrai que c'est un... Vas-y, je lève la main.

Le rythme dans l'écriture

Cynthia Raymond — Je sais pas pourquoi je lève la main.

Ybelion — Non, t'inquiète.

Cynthia Raymond — C'est pas une question, c'est plus une remarque. Pour quelqu'un qui écrit de la fantasy... Alors, j'ai pas lu beaucoup de fantasy dans ma vie, mais pour moi il y a quand même une énorme part de description dans la fantasy, justement.

Ybelion — Ouais, alors c'est... Alors c'est une très bonne question. Je pense que ça naît aussi d'un... parfois d'un écueil des auteurs de fantasy, qui est que ils inventent des mondes et ils ont envie d'en parler.

Cynthia Raymond — Voilà.

Ybelion — Et donc parfois, c'est pour ça que il y a parfois aussi beaucoup de descriptions. Je pense que la complexité d'un univers peut aussi passer par à la fois l'action et à la fois les personnages qui découvrent le monde dans lequel ils évoluent. Par contre, voilà, c'est... Au delà de ça, tu vois, je l'ai vraiment développé comme un tic d'écriture au début, où c'était très inconscient, tu vois. Dans le premier roman notamment, quand je le regarde maintenant, je trouve que ça se sent à certains endroits, que le fait qu'il n'y ait pas de description, plus qu'un choix, était aussi peut-être une... pas une faute, parce que c'est pas le cas, mais une inattention de débutant, quelque part. Et maintenant je le fais beaucoup plus en conscience, tu vois. Comme c'est écrit à la première personne, il y a aussi des choses que tu peux te permettre de ne pas dire, tu vois. Dans... En tout cas je parle vraiment pour moi. Et donc maintenant, j'essaie, au delà de vouloir rentrer dans un moule vraiment qui dit qu'il faut qu'il y ait tel genre de description ou quoi, c'est plus le faire en conscience, en sachant que : ok, là j'en mets pas, mais pour quelle raison ? En quoi ça sert à la fois le chapitre et le roman dans lequel il s'inscrit ? Et donc c'est plus cette logique là que j'essaie de développer maintenant. Et donc je me rends compte, un peu comme ce que tu partageais, qu'il y a des moments où en fait la description sert un dialogue, parce qu'elle met une cassure, elle détend le rythme, etc. Et donc en pratiquant, et en étant attentif, donc juste en mettant de la conscience sur cette pratique là, je me rends compte de ce à quoi servent les descriptions. Et je commence doucement à aussi les apprécier, de par, quelque part, le suspense qu'elles peuvent amener, en disant : par contre, déroule vite ta description, parce qu'en fait la suite du dialogue, elle m'intéresse quand même beaucoup plus. Voilà pour la petite digression autour de ta question.

Cynthia Raymond — C'est rigolo que tu parles de rythme. Enfin, c'est pas rigolo, mais j'en parlais il n'y a pas longtemps avec mon amoureux, qui est... qui est musicien entre autres, et on parlait de l'importance du rythme. Alors, que ce soit en fait dans, j'ai l'impression, n'importe quelle oeuvre : dans les romans, dans les films, dans les... En fait je le vois vraiment comme ça. Autant dans la musique, bon, voilà, le rythme, c'est connu, tout le monde sait qu'il y en a, etc. Je trouve qu'il y a aussi un rythme dans l'écriture, dans la lecture, et que quand tu le casses, enfin quand tu le suis pas, quand tu le respectes pas, ça se voit tout de suite. Et je sais pas comment expliquer ce que je veux dire, mais je trouve qu'il y a une vraie importance à suivre un rythme aussi. C'est un rythme que tu vois pas, que tu perçois, enfin que tu perçois mais que tu vois pas, dans l'écriture. Moi j'ai mon rythme à moi, et j'arriverai pas à le qualifier, enfin j'arriverai pas à concrétiser le truc. J'arrive pas du tout à me faire comprendre, je pense, mais tu vois ce que je veux dire. Ouais. Et il y a un rythme à respecter, comme il y a un rythme dans les films, dans tout ça, mais dans la lecture aussi il y a un espèce de rythme qui fait que tu vas être accroché ou pas.

Ybelion — C'est tout à fait vrai. Et je pense que c'est difficile à expliquer parce qu'en fait c'est très instinctif. Et les... et les... et les... Et je pense que parfois on tombe dans des erreurs de rythme parce qu'on... parce qu'on se déconnecte de ce pourquoi on est en train d'écrire, et on est un peu parfois attaqué par toutes les petites croyances limitantes qui peuvent être un peu partout. Et du coup on se dit : ah non, mais je peux pas écrire ça parce qu'il faut que machin. Dès qu'il y a un « il faut », tu vois, t'as une injonction. Et en fait, parfois, se rappeler de : ok, attends, l'intention de mon livre, c'est de raconter quoi exactement ? Pourquoi cette phrase là, elle doit exister dans le but de cette intention ? Et en fait c'est aussi, c'est ce, à mon sens, ce fil rouge d'intention qui transparaît dans toutes les pages de ton livre, qui donne un peu... C'est un peu le chef d'orchestre, tu vois, si on parlait de musique, qui vient donner ce rythme. Et après, et voilà, après c'est vrai que c'est très difficile à expliquer parce que c'est très instinctif, donc ça rentre dans des trucs un peu inexplicables, quoi.

Cynthia Raymond — Oui, c'est exactement ça, c'est complètement ça. Je me suis perdue dans mes explications, mais parce qu'en fait c'est inexplicable, t'as raison. C'est genre de trucs que tu ne peux que ressentir.

Quand sait-on qu'un texte est terminé ?

Ybelion — Exactement. Est-ce que toi... Tu parlais des dialogues et de ce ressenti là. Est-ce que tu lis tes dialogues à haute voix ?

Cynthia Raymond — Ah oui, ça arrive. Mais oui, surtout en période de correction éditoriale. Donc après, quand tu as soumis le manuscrit à ton éditrice, vient la merveilleuse et joyeuse période de correction, qui prend autant de temps que l'écriture, en fait, où elle te fait des remarques, elle demande à... voilà, toujours en... avec bienveillance, sans jamais imposer : voilà ce que moi je changerais, je pense que là il faut développer, ça tu peux l'enlever, machin, truc. Et une fois qu'on a passé cette étape là, donc il y a la lecture des épreuves, donc juste avant l'impression, elle... on envoie tout le manuscrit bien corrigé, tout bien, en disant : il faut que tu signes, et ensuite il part en impression. Donc c'est le moment très... C'est le moment très stressant, où tu sais que là, bientôt, cette oeuvre là ne t'appartiendra plus, et que tu ne pourras plus la changer. C'est horrible, ce moment là, parce que par définition, enfin, moi je... Une oeuvre, c'est toujours perfectible, en fait. Tu peux toujours l'améliorer, tu peux toujours revenir dessus et essayer de la changer en te disant : non, ça peut toujours être mieux. Quitte à peut-être faire que ces modifications successives là en feront peut-être perdre de la substance à cette oeuvre là. Enfin, je me dis, à un moment donné, il faut que ça s'arrête. Mais comment savoir ? Comment savoir quand est-ce qu'il faut que ça s'arrête ? Tiens, justement.

Ybelion — C'est une question.

Cynthia Raymond — Et je pense que le fait, pour moi en tout cas, d'avoir une éditrice, ça m'aide, parce que c'est elle qui dit : là, ça suffit. Et j'aime bien ne pas avoir à prendre cette décision, c'est elle qui le fait pour moi. Et donc au moment de ces épreuves là, il y a une relecture finale, et pendant la relecture finale, j'aime bien effectivement soit lire à voix haute, mais même les descriptions, juste pour me rendre compte un peu de la musique. Tiens, on y revient, la musique des mots, les dialogues, est-ce que ça sonne bien, est-ce que machin. Je le fais généralement à ce moment là.

Ybelion — Ok, c'est... Oui.

Cynthia Raymond — Quand est-ce qu'on met le point final ? Quand est-ce qu'on arrête de modifier quelque chose ? C'est une vraie question, ça, parce que en soi, effectivement, tu peux toujours l'améliorer, tu peux tout... te dire, estimer qu'elle est toujours perfectible.

Ybelion — C'est une très bonne question, que j'observe toujours avec... En fait, ça me fait beaucoup rire, parce que tu vois, dans... Je vais parler un peu de moi, mais dans les auteurs que je peux accompagner, tu vois, il y a vraiment la phase du début où ils sont un peu obnubilés par cette question du perfectionnisme. Tu vois, il y a quelque chose de : mais comment je vais savoir que c'est terminé ? Et puis en fait, tu as tout le processus d'écriture, et donc en fait, dans le fond, de transformation personnelle, de ton rapport à l'écriture, de ton rythme, de ton identité, de ce que tu peux t'autoriser, des injonctions avec lesquelles tu as pu grandir, et ça peut venir de n'importe où, tu vois. Et en fait, il y a un moment où j'ai l'impression que les gens, en fait... C'est pas j'ai l'impression, c'est un moment, ils trouvent ce... C'est comme s'ils étaient, tu vois... Là encore une fois c'est très instinctif, donc difficile à expliquer, mais ils ont cette certitude que là, c'est terminé. Et je pense que c'est un peu un alignement d'étoiles, à un moment donné, où la justesse entre la personne que tu incarnes désormais et le texte que tu as écrit est parfaite, est en miroir, quoi. Et donc à ce moment là, tu as ce sentiment de justesse. Et peut-être que, évidemment, tu vois, tu reviens dans deux ans, cette justesse a bougé, parce que ta personne bouge en permanence, et donc à ce moment là, évidemment que tu peux venir retravailler sur ton texte. Et c'est pour ça que c'est un piège qu'on ressent surtout notamment sur le premier roman, parce qu'en fait, plus on met de temps à l'écrire, plus on voit passer de version de nous, et plus on se décorèle de la justesse initiale, en fait. Et c'est ça qui est parfois compliqué. Et c'est pour ça, et là tu l'as dit, c'est avoir là le regard de quelqu'un aussi extérieur. C'est hyper précieux, parce qu'en fait, lui, comme ayant suivi... Là, en plus, dans le cas de Capucine, si j'ai bien compris, elle te suit quand même dans tout ce processus là, donc en fait elle voit aussi cet alignement là. Et à un moment elle sent, elle fait : bon, là, voilà. Et c'est ça qui est... C'est une très bonne question. Je pense que la réponse est très personnelle. Aussi très personnelle.

Cynthia Raymond — Sam, est-ce que je peux me permettre une confidence ? Non, une remarque. Bien sûr, bien sûr.

Ybelion — Je t'en prie.

Cynthia Raymond — Je te trouve... Je te trouve passionnant.

Ybelion — Ah, c'est gentil, merci. Je prends le compliment.

Cynthia Raymond — Voilà, merci beaucoup. Tu vois, très honnêtement, je te connaissais pas, c'est Coralie qui m'a parlé de toi, et là tu me donnes vraiment très envie d'aller lire ce que tu écris. J'ai envie de te connaître. Écoute, c'est gentil, c'est gentil, vraiment. Tu peux

4 mois, un an et demi, deux mois : trois rythmes différents

Ybelion — soit lire, soit écouter. Tu sais qu'il y a une question... Je te la partage là aussi en toute confidence. Il y a une question que je me pose parfois, c'est : est-ce que cette passion se ressent dans les textes ? Et je pense que c'est aussi... Ça rejoint la boucle qu'on disait au début, mon envie d'aller dans quelque chose peut-être de plus réel, et donc de moins fantasy. C'est parce qu'en fait je pense que j'ai envie que les gens sentent cette authenticité au-delà du masque de la fantasy, quelque part. Voilà, ça reboucle, ça reboucle avec ce que tu me disais au début. Ouais, merci beaucoup en tout cas, c'est gentil.

Cynthia Raymond — Mais avec plaisir. Non, vraiment, enfin, le podcast... J'ai l'impression que, je sais pas depuis combien de temps tu en fais du podcast, j'ai l'impression que c'est un format qui est aussi fait pour toi.

Ybelion — Ouais, j'adore ça, j'adore ça.

Cynthia Raymond — Ça se sent vraiment.

Ybelion — J'adore ça. Et c'est marrant parce que je prépare rien du tout, mais non, et en fait, tu vois, je sais... Alors évidemment j'ai regardé ce que tu faisais, j'ai quand même le nom de tes romans en tête, mais tu vois, évidemment, j'en reçois aussi, des auteurs, je peux pas prendre le temps de lire tout ce qu'ils font. Par contre la conclusion, c'est que évidemment tu es très à l'aise.

Cynthia Raymond — Tu rebondis, tu es très à l'aise, tu donnes... Eh, ah, il y a du talent là-dedans. Bah c'est

Ybelion — c'est vraiment un truc, un exercice dans lequel je m'épanouis beaucoup, ouais.

Cynthia Raymond — Ça, c'est ça.

Ybelion — C'est pour ça, c'est pour ça que ça tient aussi dans la longueur, dans la longueur. Donc voilà. Et d'ailleurs, il y a quelque chose que j'ai pas oublié, que t'as partagé et sur lequel j'avais envie de rebondir. J'ai compris du coup que le premier roman avait mis 6 ans à s'écrire, et qu'après, à la fois les tournesols n'ont pas besoin de boussole, c'est ça ? Oui, c'est bien. Ok. Et théorème à deux inconnus étaient du coup des livres que t'avais écrits, et c'est à ce moment là que tu rencontres Capucine, et donc tu lui montres les deux romans. Ces deux romans d'après, combien de temps t'as mis à les écrire ? Et ouais, tout simplement.

Cynthia Raymond — Les tournesols, je les ai écrits en 4 mois. J'ai reçu la réponse de City Editions pour me dire que mon premier roman était accepté le 23 novembre, je crois. 23 novembre 2020, je me rappelle, c'est le genre de date qui marque et dont tu te souviens. Bah tu vois, le genre de date, quand tu te réveilles le matin tu sais pas que ça va être une date qui va te marquer à vie, et t'aimerais bien revenir au début de la journée pour la savourer vraiment. Donc 23 novembre 2020, et je pense très honnêtement le 25 novembre 2020 j'étais en train de travailler sur le plan des tournesols. J'ai... De ça, c'était moteur, quoi. Ça m'a vraiment donné une envie de me dire : ok, là c'est bon, quelle est la suite ? T'as pas le temps de vraiment savourer, en fait, la bonne nouvelle, que déjà t'es projeté dans : quelle est la suite, comment je fais pour continuer pour eux ? Et donc j'étais en... C'est encore le confinement, j'étais en chômage technique, et donc j'avais du temps devant moi. J'ai eu de la chance, c'était vraiment une période très propice, et je me suis mise à l'écriture pendant, donc, 4 mois, sans m'arrêter. Donc lui, je l'ai écrit en 4 mois. Je sais pas quelle est la moyenne pour un auteur qui ne fait que ça. Je crois que je fais partie des gens qui écrivent lentement, mais je m'en fiche un peu, moi j'aime bien prendre mon temps. Donc en 4 mois. Et après, je me suis mise en freelance, je suis rédactrice web en freelance maintenant, chez moi, et il a fallu... Il a fallu ouvrir la société, trouver des clients, enfin il y a tout un... Et puis il y a mon enfant aussi dont je devais m'occuper, etc. Donc j'ai été un peu rattrapée par la vie et j'ai mis un peu de côté de l'écriture. Et théorème, j'ai mis beaucoup de temps à l'écrire. Je crois que j'ai mis, parce que je travaillais aussi à ce moment là, j'ai dû mettre un an et demi à l'écrire. Et vraiment, c'est... Et je m'en voulais, et je me dis... Et je faisais ce qu'on appelle la stratégie du petit pas, pour essayer de me donner l'illusion que je... C'était tous les soirs d'écrire un peu. Et vraiment, t'écris... Moi mes romans, ils font, à titre d'exemple, je parle en mots, ils font environ 75 000 mots. Et tous les soirs je me disais : allez, t'écris 200 mots. Tous les soirs j'essayais d'écrire 200 mots. Bon, ben voilà, ça met un peu de temps, mais c'est la stratégie du petit pas quand même. Tu avances telle une petite fourmi, mais tu avances, c'est le principal. Pas rester dans l'inaction, quoi. Je voulais surtout pas rester dans l'inaction. Et donc voilà, j'ai mis un an et demi. Et là je suis en pleine écriture de mon prochain, et j'ai pris une grande décision. D'ailleurs c'est rigolo, elle date d'il y a deux semaines, cette décision. C'est de me dédier, là, je passe deux mois entiers à faire ça. C'est à dire que pendant deux mois je n'accepte plus de mission, j'ai la chance de pouvoir le faire, donc j'accepte plus de mission en freelance, et je me dédie corps et âme à ce roman. Parce que ma stratégie des petits pas, que j'essaye de faire, d'appliquer depuis janvier, en fait, elle marche pas du tout. Enfin, je me rends compte que là elle marche plus, je ne sais pas pourquoi, ça ne marche plus. Donc là ça commence, c'est rigolo parce que ça commence la semaine prochaine. La semaine prochaine, pendant deux mois, je fais que ça. Voilà.

Ybelion — C'est trop cool. C'est marrant parce que quand tu parlais de cette stratégie des petits pas, elle est, alors, elle est diablement efficace, parce qu'en fait c'est aussi ça qui permet d'ancrer et d'avancer malgré toute la vie, la vie extrêmement difficile et chargée qu'on peut avoir. Mais par contre, quand tu le disais, je sentais une vraie frustration de : putain, il n'y a que 200 mots, moi j'ai envie d'en pondre 2000, quoi.

Cynthia Raymond — C'est ça, c'est ça. T'as l'impression de ne pas avancer, en fait, c'est extrêmement frustrant. Mais en même temps, tu instaures une espèce de réflexe. C'est bien aussi, de tous les soirs j'écris un peu. Même si j'écris pas beaucoup, j'écris un peu, parce que c'est pas ça le principal, en fait, tu vois. Juste, même si t'écris rien, bah tu t'es pas dans l'inaction et tu continues. À ton corps, il a ce réflexe là, fond de toi, d'écrire toujours, quoi. Après, c'est un muscle, donc tu l'entretiens.

Ybelion — C'est exactement ça. Le réflexe de l'écriture vient aussi de cette répétition. Et au début, quand on commence, on aimerait un peu déjà être la version qu'on idéalise de l'auteur qui, comme ça, peut poser deux mois et puis, et puis pondre un chef d'oeuvre, etc. Mais en fait, ce qu'on oublie, c'est qu'il y en a, des comme ça, mais généralement ils ont passé énormément de temps sur des pages blanches, à écrire des trucs moyens, des trucs pas terribles, etc.

Cynthia Raymond — Bien sûr. C'est important, en fait, de passer par l'échec, c'est hyper formateur. Enfin, l'échec... Moi je suis... Je me réjouis d'avoir échoué dans ma vie. Enfin, c'est tellement... C'est hyper important d'échouer, quoi. Puis ça te remet un peu à ta place aussi. Moi je me réjouis de mes échecs, je les prends, je les câline comme ça, je les berce tous les soirs. Mais non, c'est important, les réussites, effectivement, de réussir à, comme tu disais, réussir à conscientiser, enfin, prendre conscience du fait que dans ta vie il y a des choses que tu as réussi à faire par toi-même, c'était pas collectif. Et la réussite aussi, ta part individuelle de réussite, elle est là, quoi, il faut la conscientiser. C'est grâce à toi que tu as réussi des trucs. Mais il y a des échecs aussi, et qu'il faut, voilà, dont il faut se réjouir. Je m'en réjouis.

Pourquoi se réjouir des échecs

Cynthia Raymond — Voilà.

Ybelion — Est-ce que, tiens, est-ce qu'il y a un échec, alors, lié au domaine de l'écriture, mais un échec qui aujourd'hui tu te dis : Dieu merci je l'ai vécu, sans ça je serais pas, je serais pas là où je suis ?

Cynthia Raymond — Je pense que je suis très contente... Je pense que je suis très contente de pas avoir connu un succès fulgurant dès mon premier roman. Un peu comme Mélissa Da Costa, par exemple, qui a écrit Tout le bleu du ciel, qui a explosé immédiatement. C'est génial, merveilleux, elle a une carrière formidable. Moi je sais pas si j'aurais... Je pense que je n'aurais pas eu les épaules pour supporter un succès flamboyant, international comme ça, dès le, dès le premier roman. Je pense que j'aurais pu complètement, j'aurais pu complètement vriller. C'est vrai, je pense que j'aurais pu. Je suis ce genre de personne qui peut, qui vit tout très intensément. Moi je vis vraiment tout très intensément, tout est une... Qui c'est qui dit ? C'est Paul Éluard qui dit : ce qui érafle les autres me déchire, je crois. Moi c'est un peu ça, voilà. Et donc je pense que j'aurais extrêmement mal vécu le fait d'avoir vécu, un premier roman, un succès fou. Et je suis contente de voir que, alors, encore on est sur mon petit escalier, encore une fois, donc je gravis marche après marche, mais je les ai gravies, les marches. Donc marche après marche, livre après livre, je gravis une nouvelle marche, et je suis très contente que ça se fasse progressivement. Donc tu vois, ça, par exemple, ça fait partie des choses que j'aurais peut-être pas aimé vivre dans ma vie, je crois.

L'objectif (assumé) de vivre de l'écriture

Ybelion — Ouais, je comprends. C'est joli aussi, c'est une... C'est plein d'humilité, je trouve, quelque part.

Cynthia Raymond — Et je suis très humble. Je fais des belles liaisons aussi, c'est vraiment ma marque de fabrique, ça.

Ybelion — T'as réutilisé l'histoire de l'escalier. Est-ce que tu vois tes romans comme des personnages qui sont sur certaines de ces marches ?

Cynthia Raymond — Ah, c'est une bonne question, c'est une très bonne question. Alors non, c'est vrai que je visualise que des, que des vraies personnes sur ces marches là. Mais en fait, ça pourrait complètement... Ils ont complètement leur place sur mon escalier, t'as complètement raison, parce qu'encore une fois, c'est grâce à eux que... C'est grâce à eux que j'arrive à... En fait, je me suis définie un objectif qui est au bout de l'escalier. Mon objectif, c'est... Et j'ai mis longtemps à le, comment ça, à l'assumer. J'ai mis longtemps à l'assumer parce que j'ai l'impression que c'est un peu... Mon objectif, c'est de vivre de l'écriture. Voilà, c'est mon objectif. Et je me disais : c'est beaucoup trop ambitieux pour tes petites épaules. Et donc j'ai mis beaucoup de temps à l'assumer. Là je l'assume, je le dis, j'en suis même fière. Je crois que c'est important, en plus, de le dire vraiment à haute voix, manifestée. Donc je voudrais vivre de l'écriture, donc c'est mon objectif, c'est ma dernière marche. C'est pas forcément à vendre des millions, je m'en fiche, mais simplement me dégager un salaire décent tous les mois qui me permettrait de me dédier complètement à l'écriture et de ne faire plus que ça. Et donc ces livres là, effectivement, ils ont complètement leur place sur les marches, parce qu'à chaque livre... Là, je le vois sur le théorème, ça a été flagrant pour moi : je gagne en confiance, déjà, et ça c'est quand même extrêmement précieux, et je gagne en lectorat aussi. Et je l'ai vu au salon du livre de Paris, là, quand j'étais ce week-end, je l'ai vu concrètement, parce que tout ça est très abstrait, en fait, quand t'es devant ton ordinateur et que t'écris. Et de voir concrètement qu'il y a des gens avec, dans leurs mains, ton livre, qui l'ont lu et qui, voilà, qui viennent t'en parler, et j'ai vu qu'il y avait du monde, quoi. Et donc je me dis : à chaque livre, allez, on gagne un peu plus en lectorat et on se rapproche de l'objectif. Donc ouais, ils ont complètement leur place dans mon escalier, t'as raison.

Ybelion — Trop cool, trop cool. C'est un très bel objectif. Et puis ce qui est marrant, c'est que tu parles pas de rêve mais d'objectif. Donc ça veut dire qu'il y a un vrai ancrage dans la réalité aussi.

Cynthia Raymond — Ouais. Oui, bah oui, la réalité, on se prend en pleine face, ouais. Il faut pas l'oublier, la réalité, malheureusement elle est là, elle fait tout. Mais t'as raison, oui, t'as même pas fait exprès, alors que moi je suis une grande rêveuse, vraiment. On me le dit toujours, que j'ai la tête dans... la tête dans la lune. C'est pas ça l'expression, si ?

Ybelion — La lune... La tête dans les nuages.

Cynthia Raymond — La tête dans les nuages.

Ybelion — J'ai un doute. Bah moi aussi.

Cynthia Raymond — Moi je suis, alors, je suis la première à mélanger les expressions, je sais, j'adore. C'est pas la tête dans la lune, avoir la tête... Cool. Non, bon, bref, attends. Je suis une grande rêveuse, ouais.

Ybelion — Donc c'est rigolo.

Cynthia Raymond — Oui, je sais pas pourquoi j'ai utilisé objectif et pas rêve, mais tu as raison, c'est parce que je pense que j'ai conscience du poids de la réalité.

Olivier, la serpillère et le pari tenu sept ans plus tard

Ybelion — Je pense que tu... Du coup, tu t'incarnes vraiment le fait d'assumer aussi que c'est ça ton objectif. Et c'est vraiment parce que c'est aussi, c'est aussi devenu mon métier de faire attention à ces, à ces, à ces choix sémantiques que font les gens. Mais tu vois, ça, à mon sens, ça en dit beaucoup aussi, quand on passe de « mon rêve c'est » à « mon objectif c'est », de manière inconsciente. Il y a un truc. Ça veut dire qu'il y a eu un petit... un déclic. Exactement. C'est beau, c'est beau, c'est beau. Et le théorème, alors, je trouve que du coup tu l'as quand même... Tu as été un peu dur avec toi, parce que je trouve que tu l'as très bien, tu l'as très bien vendu comme livre. Tu as raconté aussi la petite anecdote sur le, sur comment le titre était né. Est-ce que tu aurais un autre truc un peu cocasse à raconter sur son écriture ou sur ce qu'il y a dedans ?

Cynthia Raymond — Ah, j'ai la meilleure anecdote. Est-ce que vous êtes prêts ? Prenez un café, prenez du popcorn, installez-vous, ça va durer longtemps. Parce que je... Parce que quand je raconte, mon récit, j'utilise des adverbes et tout. Donc voilà, installez-vous. Donc il y a... On est... Nous sommes en 2019, nous sommes en septembre 2019. Il fait froid ce jour-là. Mon meilleur ami soutient sa thèse. Mon meilleur ami s'appelle Olivier, il soutient sa thèse après cinq années passées enfermé dans ses études, à ne pas avoir un seul semblant de vie sociale. Enfin, il a vraiment tout mis entre parenthèses. C'est la fin, c'est la journée qui symbolise la fin de ses études et le début de sa liberté retrouvée. C'est une journée extrêmement importante pour lui. Donc il... La thèse est ouverte, son oral est ouvert au public. Je m'y rends évidemment, parce que c'est mon meilleur ami, je suis là pour le soutenir. Et comme je suis très immature, je... Voilà, moi je suis très immature, et je... Vraiment, je le revendique, je veux garder cette immaturité toute ma vie. Plutôt que de lui envoyer le fameux « courage, tu vas y arriver » ou « allez, on pense à toi », je lui écris, euh, Olivier... Alors il faut savoir que j'étais en train d'écrire le, mon premier manuscrit, j'étais vraiment... Les gens savaient que j'écrivais, lui évidemment le savait. Donc je lui ai dit : Olivier, virgule, si tu arrives pendant ton oral le plus important de ta vie à placer le mot serpillère à un moment donné, sache que je m'engage sur l'honneur à écrire un livre qui parlera de toi à un moment donné. Et je lui envoie juste ça. Il me répond pas, je vois qu'il voit, qu'il lit, là, il répond pas. On arrive à l'oral, moi je commence un peu à culpabiliser, à me dire : quand même, c'est pas cool ce que t'as fait, parce que bon. L'oral se passe, c'est dur, une heure en plus c'est long, c'est dur, le pauvre. Et dans les 5 dernières minutes de l'oral, je sais plus à quel moment, il balance le mot serpillère. Je sais même plus comment il a réussi à faire ça. En plus il faut que je me taise, parce que évidemment je veux pas le déconcentrer, mais intérieurement je fais la danse de la joie. Je me dis : mais c'est pas mon meilleur ami pour rien. Bref, il balance le mot serpillère. Et à la fin de l'oral, évidemment, je le félicite, je le prends dans mes bras, et il me souffle à l'oreille : maintenant tu l'écris, ce livre. Juste ça. Donc il m'a fallu 7 ans, parce que j'avais d'autres trucs en attendant, etc, mais je l'ai fait. Et donc j'ai écrit un livre qui est truffé de clin d'oeil à mon meilleur ami. À titre d'exemple, le nom du village dans lequel vit Anna, qui est un village fictif, c'est une anagramme de son prénom et de son nom. Je me suis dit : je vais faire un truc un peu joli, comme Anna en plus elle aime les anagrammes, donc j'ai fait une anagramme de son nom et prénom. Et il y a donc tous les noms des personnages secondaires, tout ça. Alors l'histoire est romancée, mais c'est truffé de clin d'oeil à lui. Et donc je l'ai fait. Ce livre est né d'un pari incluant du coup une serpillère et un oral. Voilà.

Ybelion — C'est trop cool. Tu sais qu'au-delà de tous les pitchs ou de tous les « ok, quel style » et machin, etc, moi je trouve que c'est ce genre d'anecdote qui donne plus que tout envie de découvrir des livres, en vrai. Parce que c'est... Il n'y a rien de plus attirant que l'authenticité, tu vois. C'est fou. Qu'est-ce qu'il en a pensé quand le livre est sorti, là, en février ?

Cacher ses proches entre les lignes pour les immortaliser

Cynthia Raymond — Alors déjà, je lui ai envoyé en avant première, évidemment, voilà. Et je lui avais fait lire avant. Et quand le livre est sorti, je lui ai demandé de venir à la soirée de lancement, alors il n'a pas pu, j'étais vraiment dégoûtée parce qu'on avait prévu tout un truc avec lui, évidemment, au dernier moment il n'a pas pu venir à cause de son travail. Il est évidemment très fier, il en parle à tout le monde. Et je pense que ça nous a... On était déjà, on était déjà très proches, mais ça nous a encore plus, ça nous a encore plus rapprochés. On partage un truc juste lui et moi maintenant, qui n'appartient qu'à nous. J'aime bien, de toute façon, de manière générale, rendre hommage aux gens que j'aime. Les tournesols, par exemple, les 5 personnages principaux existent dans la vie. Je n'ai pas touché leur personnalité. Ces 5 personnes, elles existent, ce sont mes amis, et elles existent vraiment. Je n'ai... Alors l'histoire, encore une fois, est complètement inventée, romancée, mais leur personnalité, j'ai fait, c'était important pour moi, je n'y ai pas touché. Elles ont choisi leur prénom. Olivier aussi, d'ailleurs, regarde, t'as vu ce mégalo, il choisit son propre prénom. Tu as dit, penser, lui a choisi son prénom. Mais mes amis dans les tournesols n'ont pas besoin de boussole ont choisi leur prénom. C'est une manière pour moi d'immortaliser cette amitié et de leur rendre hommage. C'est trop important pour moi, l'amitié. Je ne veux pas juste écrire un livre. Si j'écris des livres, parce que j'adore raconter des histoires aux gens, mais j'écris aussi des livres parce que je veux immortaliser les gens qui comptent pour moi.

Ybelion — Ça me fait sourire, parce qu'il y a cette notion d'immortalité dont on parlait un peu avant, avec le tatouage. Et c'est marrant parce que tu fais... Tu vois, moi je pense, une des craintes aussi que j'avais en écrivant sur le réel, c'était aussi : mais que vont penser les gens qui vont se reconnaître ? Tu vois, que ça soit des proches avec qui tu es encore en contact, ou que ça soit des gens avec qui tu n'es plus en contact. Et c'est fou parce que ça ne transparaît pas du tout dans ce que tu partages, tu as cette peur là. Il y a beaucoup plus cette notion de, en fait : vous êtes des gens importants qui méritaient, quelque part, aussi d'avoir une place quelque part. Et c'est super beau de cacher les gens entre quelques lignes comme ça. Je trouve ça, ouais, ça donne envie d'écrire sur le réel beaucoup plus que... Ouais, c'est...

Cynthia Raymond — Allez, lance-toi, c'est parti.

Le futur roman de Sam sur les ingénieurs et les émotions

Ybelion — Ouais, non mais...

Cynthia Raymond — Ouais.

Ybelion — En fait, j'ai une idée en particulier. J'ai... On la partage, très personnelle aussi, mais de toute manière ça sera probablement dans un livre. Donc, j'ai grandi dans une famille d'ingénieurs, tu vois, et j'ai un parcours d'ingénieur très classique, et donc voilà, très tête, tu vois, très orientée rationnelle, ok, on pèse, balance, risque, reward, tout ça, tu vois. Et c'est très bien, et ça permet énormément de choses, et sans cette, sans tout ce qu'on m'a appris de ce point de vue là, j'en serais pas là où j'en suis aujourd'hui, ça c'est sûr. Et en même temps, ça m'a pendant très longtemps coupé des émotions surtout qu'on pourrait appeler désagréables, parce que je pense qu'elles sont pas négatives, mais notamment tout ce qui peut être la colère et poser ses limites, la tristesse et exprimer notre déception, ou tout simplement la peur aussi, tu vois. Et en fait, ce sont surtout des choses qui me sont apparues dans les relations avec des gens qui comptaient beaucoup pour moi, où c'était, c'est très difficile, enfin, en tout cas ça l'était pour moi, de parler, de partager tout ça avec des gens qui comptaient, et surtout dans des relations avec des femmes que t'aimes, en fait. Et donc ça m'a tout de suite... J'ai toujours été habité par cette envie d'écrire un livre sur le rapport, notamment, des hommes aux émotions et à l'amour, en fait. Et ça m'a, en fait, c'est de ça, je suis sûr que c'est ce livre-là que j'écrirais dès que je basculerais dans le réel. Parce que tu vois, je le sens qu'il m'appelle et qu'il revient, et quelque part c'est comme un, c'est un truc un peu lancinant, tu vois : tant que tu le fais pas, il y a toujours un truc qui s'ajoute à, tu vois, il faut que tu le fasses. Et pas au sens de l'injonction, au sens de l'appel, tu vois, vraiment, de profondément je sens que j'ai besoin d'écrire sur ce sujet-là, autant pour moi que pour ce que ça permettrait peut-être à d'autres. Et donc voilà. Donc ouais, je sais, tu vois, j'ai très envie de parler de ce sujet-là. Je le disais avec beaucoup d'humour au début, parce que, parce que je me disais : tiens, écrire une comédie romantique sur le monde de l'ingénierie nucléaire, il y aurait plein de jeux de mots à faire, c'est super drôle. Et plus j'ai conscientisé ça, et plus j'ai essayé de le construire, et plus je me rends compte qu'en fait, moi j'ai envie d'un truc qui va creuser un peu plus, peut-être, en profondeur, que simplement se cacher aussi derrière l'humour, tu vois. En le disant, je reconnais, hop, le mécanisme de défense revient : et si on se cachait pas derrière un truc qui a fait un peu rigoler, tu vois. Et donc voilà. Et donc c'est ça qui me parle plus que tout, je pense.

Cynthia Raymond — Donc tant que, tant que tu l'auras pas couché sur le papier, il va rester dans ta tête, ce projet là.

Ybelion — Ouais, c'est sûr et certain, tu vois. Et là, faut y aller. Et puis tu vois, ça a été la seule décision que j'ai prise, c'est... Je m'étais lancé dans cette trilogie de fantasy, c'est celle que j'ai commencé, le troisième tome là, donc il sera fini, voilà, le premier jet, je pense, au milieu de l'année. Et le prochain, ça sera l'autre, tu vois. Et voilà. Et donc là maintenant, toute l'astuce, tu vois, c'est ce que je déconstruis moi en tant que coach avec les gens, c'est... Ça va être de faire attention aussi à tous les signaux inconscients et tout ce que tu construis inconsciemment pour te ralentir, pour pas aller te confronter au livre d'après, tu vois. Et ça, je suis bien au courant, et j'ai un petit Sam intérieur qui est très attentif à : arrête de te cacher derrière des trucs, derrière des trucs. Sur ton défaut. Exactement. Voilà, pour répondre à ta question.

Cynthia Raymond — Tu mets combien de temps pour écrire, du coup ? Là tu penses, le tome 3, tu vas mettre combien de temps ?

Ybelion — Bah en fait, c'est assez... Je pense qu'en moyenne, sur les... En fait, le premier, comme toi, ça a été un vrai, un truc comme il fallait que ça sorte. Et malgré, à l'époque j'étais encore ingénieur, je commençais à lancer moi mon activité autour de l'écriture, j'étais blindé de trucs, et pourtant j'ai réussi à l'écrire super vite. J'ai dû mettre, pareil, 4, peut-être 4 mois pour le premier jet, et puis après, avec les corrections, 7, tu vois. Le deuxième, là j'étais déjà dans... C'était encore plus poussé, donc c'était beaucoup plus long, et là je comptais vraiment sur : ok, Sam, tu sais comment tu fonctionnes, ton process, tu t'y mets le matin, comme ça t'y penses plus. Ça a été beaucoup plus long, enfin, beaucoup plus. En tout, avec correction, relecture, etc, j'ai dû mettre un an, un an et un mois, quelque chose comme ça, ouais. Et là, le troisième, c'est marrant parce que je me détache un peu de la rigidité du rythme que j'avais. Je reste dans ce besoin de, d'assiduité quotidienne, mais je m'écoute beaucoup plus à l'instinct. Et donc là, tu vois, avant qu'on démarre, j'ai écrit 600 mots, et je sens que j'en réécrirai un petit peu cet après-midi. Et voilà. Et je sens que ça va, du coup, être beaucoup plus rapide. Je pense que, je pense que fin juin j'aurai un premier jet peut-être déjà quasiment terminé. Et après, voilà, il y aura relecture, réécriture, bêta lecture, seconde réécriture, correction, et puis ça sera terminé. Et ce qui est marrant, c'est que quand je concatène tout ça, j'arrive vraiment sur, aller, en moyenne, d'avoir un truc, ça me prend huit mois, tu vois. Et je pense que c'est aussi pour ça que c'est ce chiffre là qui m'a appelé quand je me suis dit : ok, sur combien de temps j'ai envie d'accompagner les auteurs, tu vois, pour qu'ils écrivent leurs manuscrits ? Et je trouve que c'est un truc, je pourrais arrondir à neuf, tu vois, ça serait presque effectivement comme mettre au monde, un accouchement, tu vois. Il y en a plusieurs qui me font la réflexion, je me dis : putain, c'est vrai, j'y avais pas pensé. Et voilà. Donc assez, peut-être un peu rapide, celui-là, parce que je pense, en fait, tu vois, je rebondis, désolé, je fais que parler, mais je rebondis sur ce que tu disais de : j'ai besoin de la suite. En fait, la suite m'appelle tellement fort que j'ai... Et sauf qu'en fait, je sais aussi ce que ça, ce que ça implique, de pas clôturer des chapitres. Donc j'ai besoin de clôturer cette trilogie pour attaquer la suite. Et donc l'impatience de la suite est tellement forte que, ce... Je suis très appelé par ce, par ce troisième tome, déjà, tu vois.

Cynthia Raymond — Et moi, j'ai peur de développer une addiction, tu vois, par rapport à ça. J'ai peur de développer une addiction aux trois petits mots, aux trois petites lettres, au mot fin. Est-ce qu'à un moment donné on n'a pas une addiction à cette sensation, cette adrénaline, ce truc fou qu'on est peu à connaître, en fait ? Enfin, je me dis, c'est pas donné à tout le monde de connaître cette sensation là.

L'addiction au mot fin

Ybelion — Non.

Cynthia Raymond — Et une fois que tu l'as connue, est-ce que tu développes pas une espèce d'addiction, de genre : je veux ma dose, je veux ma dose annuelle, il me la faut ? Et je me suis déjà fait la réflexion, à me dire : je crois que je suis une espèce d'addicte du mot fin.

Ybelion — Ouais, c'est super, c'est super joliment dit. Et c'est un truc que j'ai vécu dans le domaine sportif, puisque j'ai couru mon premier marathon la semaine dernière, tu vois. Mais arrête !

Cynthia Raymond — Tu es de Paris ?

Ybelion — Ouais.

Cynthia Raymond — Mon amoureux y était !

Ybelion — Ah bah voilà, tu vois.

Cynthia Raymond — Tu l'as fait en combien de temps ?

Ybelion — 3h18.

Cynthia Raymond — Mais arrête ! 3h18 !

Ybelion — Et j'ai clôturé, et j'ai clôturé avec cette sensation très bizarre que j'en veux plus, tu vois. Il y a vraiment, et ça rejoint ce que tu disais, je sais pas si on, si on s'habitue à, et si on n'en veut pas toujours plus. Mais du coup, ce que ça m'a fait dire, c'est vraiment ce truc de : soyons reconnaissants, tu vois. Ça rejoint ce que tu disais sur : j'aurais aimé me rappeler que cette journée est exceptionnelle. Soyons reconnaissants de pouvoir encore une fois mettre le mot fin, ou encore une fois passer une ligne. Et donc assez rapidement, cette sensation un peu, en passant la ligne, de solitude, ou de dire : putain, mais en fait je l'aurais pu faire mieux, elle a été assez vite balayée par : tu te rends compte de ce que tu viens de faire, quand même. Et voilà. Et donc j'ai l'impression que c'est un peu ça aussi, le mot fin. Mais bon, tu me tiendras au courant de quand ça sera le 4ème, le 5ème, etc.

Cynthia Raymond — Figure-toi que je pense le terminer fin juin aussi. Ah bah voilà, on va le finir le même jour. Bah écoute...

Ybelion — Je me tiens au courant. Et c'est bien, parce que ça me donne un petit côté de : je suis redevable, tu vois. Enfin, pas redevable... Putain, j'ai à chaque fois le mot qui m'échappe.

Cynthia Raymond — Mais je vois tout à fait.

Ybelion — Tu dois rendre des comptes à quelqu'un, tu vois, quelque part. C'est : ah putain, ok, je note, je note, sur fin juin. Voilà. Je me suis un peu accaparé la fin de la, fin de discussion, mais qu'est-ce que t'aurais envie d'ajouter sur théorème à deux inconnus, pour amener peut-être une conclusion ?

Cynthia Raymond — Une conclusion... Qu'est-ce que je pourrais dire ? Je pourrais dire qu'en ces temps, en ces temps troublés, j'ai l'impression que plus que jamais on a besoin, on a besoin de, on a besoin de rire, on a besoin d'histoires qui font du bien, on a besoin de positif et d'optimisme, et de se dire que la vie n'est pas que sombre, et voilà, qu'il y a autre chose que l'augmentation des prix du gasoil et des galères et de tout ce qui va pas. Et c'est vrai que le contexte actuel plombe, quoi. Enfin, je le vois sur les gens, je le vois, là, en ce moment c'est compliqué. Et donc je pense que plus que jamais on a besoin de s'évader, on a besoin de, voilà, de lire, et de lire des histoires qui font du bien. Et en ça, bah je suis fière d'avoir écrit théorème à deux inconnus, et qui sort, et qui sort maintenant, parce que je crois qu'il sort à point nommé. Et voilà. Donc j'espère que, en tout cas si jamais les gens le lisent, ça leur fera du bien. C'est les retours que j'ai, et je peux, tu peux pas savoir comme ça me touche et ça me fait plaisir. Des gens qui me disent : je vais vraiment pas bien, et vous m'avez aidé à aller mieux. Et je me dis : mais j'ai tout gagné, en fait, dans ma vie, je fais un métier utile. Et je m'en rendais pas forcément compte. Voilà. Donc je suis, je suis fière de lui. Et puis j'espère que, si jamais vous le lisez... Les gens voient la vidéo ou pas ? Parce que je le montre.

Les livres sauvent le monde

Ybelion — Ouais, sur youtube ils voient la vidéo.

Cynthia Raymond — D'accord. Et bien, si jamais, voilà, j'espère que, en tout cas, ça vous fera, ça vous fera passer de bons moments, loin de tout cette, ce contexte très anxiogène. Voilà.

Ybelion — Les livres sauvent le monde. Voilà, c'est ma conviction.

Cynthia Raymond — Les livres

Ybelion — sauvent le monde.

Cynthia Raymond — Et non, il n'y a pas que des auteurs morts, comme 50% des jeunes le pensent d'après France Inter. Oui, qui a fait une étude, c'est ce dont on parlait tout à l'heure. Une étude qui dit que les jeunes de 12 à 19 ans, 50% d'entre eux pensent que tous les auteurs sont morts. Figurez-vous que non : moi et Sam, et moi sommes bien vivants, et comptons le rester. Finalement, exactement.

Ybelion — Ouais, voilà. Touche de la peau de singe, comme on dit.

Cynthia Raymond — Voilà. Donc non, c'est fou ça, quand même. Non, il n'y a pas que... Voilà.

Ybelion — Donc allez découvrir cette auteure bel et bien vivante qu'est Cynthia, avec les liens que je laisserai en description. Et merci beaucoup pour ton authenticité, Cynthia, c'était extrêmement inspirant et très rafraîchissant. Merci beaucoup.

Outro

Cynthia Raymond — Ça fait plaisir. Merci beaucoup de m'avoir invitée, et je m'en vais voir ce que tu as fait, parce que vraiment, encore une fois, tu fais partie de ces gens passionnants qu'on a envie d'écouter pendant des heures. Il n'y en a pas beaucoup, des gens comme toi. Enfin, moi j'en ai pas rencontré beaucoup dans ma vie. Bravo, vraiment. Et mesure ce talent que tu as, il est précieux.

Ybelion — Ah, c'est gentil, merci beaucoup. Merci d'être là, épisode après épisode. Si ce podcast t'inspire, t'aide ou te met du baume au coeur, t'abonner, mettre 5 étoiles et le partager, c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux. Parce qu'après tout, plus il y a de livres écrits, et mieux le monde se porte. À très vite, Ose Écrire.

Épisode 109 avec Cynthia Raymond

AU MICRO AVEC

Cynthia Raymond

Cynthia Raymond est rédactrice web indépendante et autrice chez Eyrolles. Théorème à deux inconnus suit Anna et Olivier, correspondants depuis leurs sept ans, brutalement séparés à seize, et cinq énigmes envoyées des années plus tard pour expliquer le silence. Elle revendique la littérature populaire et écrit deux cents mots par soir quand la vie déborde.