Ep 60 · Ghana, vêtements usagés : bienvenue dans Tissus d'espoir00:00
Qu'est-ce que fabriquer quelque chose de ses mains change en toi ?
CE QUE RACONTE CET ÉPISODE
Chloé Cohen est journaliste. Elle a passé des années sur les enjeux sociaux et environnementaux de l'industrie textile, puis elle en a tiré un premier roman, Tissus d'espoir, sur les femmes qui portent au Ghana les balles de vêtements que nous ne portons plus.
Ce qu'elle raconte dans l'épisode 60 dépasse largement le textile. Dans son travail, elle a croisé des associations qui utilisent la couture, la peinture ou l'écriture pour aider des femmes ayant vécu des violences à reprendre le pouvoir. Sa conviction en découle : la confiance est indispensable quand on veut mener des combats engagés. Sans elle, on renonce avant même de commencer.
Le plus beau, c'est qu'elle en parle de l'intérieur. Elle dit partir de moins dix mille sur la confiance en soi. Tenir ses mille mots par jour pendant six mois, aller au bout, y prendre du plaisir malgré les phases de « c'est nul, je sais pas écrire » : voilà ce qui a changé, bien plus que le livre lui-même.
Dans cet épisode, on parle aussi de sa méthode et de son droit au jour sans, du sujet dont personne ne parle dans la fast fashion, et de sa volonté farouche de ne pas écrire un livre qui culpabilise.
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Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Tu cherches un passage précis ? La table d'écoute passe les transcripts de tous les épisodes au peigne fin.
Ghana, vêtements usagés : bienvenue dans Tissus d'espoir
Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 60e épisode d'Ose Écrire. Et aujourd'hui, j'accueille Chloé, avec laquelle on parle de son livre qui raconte l'histoire de porteuses de vêtements usagés au Ghana. Quant au message du livre, écoutez, tout est dans le titre. Tissus d'espoir. Je vous laisse avec ça et je vous souhaite une très bonne écoute. Moi, c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach, et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple. Te donner inspiration, outils, motivation, discipline. Bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre. Ose Écrire. Du coup, j'étais ravi parce que Adeline m'a transmis ton livre. Et en fait, j'ai été hyper touché par le sujet. Alors, je n'ai pas tout lu encore. Et je me suis même étonné à être pris dans le livre. Parce que moi, j'avoue que je ne consomme pas forcément des livres. Enfin, en ce moment, en tout cas, je ne consomme pas beaucoup de livres qui traitent de sujets de société. Et le tien m'a happé. Et je me suis... Alors, ça m'a évoqué quelques idées, tu vois, quelques thématiques. Mais je pense que je te laisserai d'abord les développer un peu. Et je te partagerai peut-être après mon ressenti. Et je n'ai pas pu m'empêcher, tu vois. Alors, je sais que ce n'est pas bien. Mais moi, j'aime bien faire ça. Je n'ai pas pu m'empêcher d'aller lire les deux, trois chapitres de la fin, tu vois.
« Ton livre m'a happé » : la confession du lecteur pressé
Chloé Cohen — Je fais ça, moi aussi. Je sais qu'il faut... Enfin, c'est dommage parce qu'on se spoil un peu. Mais ça m'arrive aussi de faire ça avec des livres.
Ybelion — Exactement. Et du coup, tu vois, j'en ai tiré... Il y a quelques très belles phrases à la fin qui, je trouve, en plus, dépassent le cadre du sujet que tu traites. Et je pense que je les partagerai aussi. Mais voilà. Et du coup, je voulais commencer aussi. J'ai vu que c'était ton premier roman. Donc, bravo d'être arrivé au bout du premier roman. Parce que ce n'est pas forcément évident. Et je veux bien, d'ailleurs, on peut commencer par là. Partage-moi cette aventure du roman. Comment ça t'est venu ? Et qu'est-ce qui t'a amené à écrire sur ce sujet aussi ?
« Je pars de moins dix mille sur la confiance »
Du podcast au roman : comment l'idée est née
Chloé Cohen — Oui, bien sûr. Alors, l'idée d'écrire un livre et un roman, ça fait très longtemps que c'est dans un coin de ma tête. Après, entre le rêve qu'on a et la réalité, il y a quand même un énorme gap. Donc, en fait, moi, j'ai fait... Enfin, j'ai un parcours de journaliste. Je suis journaliste. Et pendant mes années en tant que journaliste, j'ai découvert le sujet, en fait, des enjeux de l'industrie textile, les enjeux sociaux environnementaux. Et j'en ai créé un podcast. C'était en 2017-2018. Ça remonte un peu. À l'époque, j'étais aux États-Unis et je suivais la présidentielle de la première... Le premier mandat de Donald Trump. Et bon, c'était chouette. Mais j'avais aussi besoin d'avoir quelque chose d'un peu plus engagé, d'un projet un peu à moi. Donc, c'est comme ça que c'est né. Enfin, que ce podcast est né. Et une chose en entraînant une autre, finalement, c'est devenu mon activité principale. Je suis rentrée en France. Et j'ai continué jusqu'en 2024, si je ne dis pas de bêtises, voilà, à animer ce podcast sur ces enjeux-là. Et c'est au cours de toutes ces années que j'ai découvert la problématique que j'évoque dans le roman. Donc, sur cette surproduction textile et ce gaspillage, ces vêtements de seconde main qu'on envoie dans plusieurs pays, dont Ghana, dont je parle dans le livre. Et ça m'a vraiment... Enfin, voilà, ces histoires et puis ces femmes qui, sur place, portent ces énormes balles de vêtements, ça m'a vraiment chamboulée. Ça m'a vraiment touchée. Je me suis dit que c'était un peu lunaire comme système, enfin, vraiment qu'on marchait sur la tête. Et le moment où je me suis décidée, je me suis dit, bon, voilà, ce podcast, je pense que je suis arrivée au bout de ce que j'avais envie de dire avec. J'ai cette idée de roman. Pourquoi pas essayer de, à travers une histoire, à travers la fiction, de parler de ce sujet-là. Donc, c'est un peu comme ça que je me suis lancée. Voilà, c'est cette histoire-là, finalement, qui m'a beaucoup touchée. Et comme le podcast, j'étais plus très motivée, voilà, avec... Je pense que j'étais arrivée au bout d'un cycle. Je me suis dit, peut-être qu'en créant des personnages, en créant une histoire, la fiction, ça peut peut-être toucher d'autres sensibilités et amener les gens à, voilà, à se questionner sur cette problématique. Loin de moi, l'idée de faire changer les mentalités, c'est pas du tout le but, ce serait très prétentieux, mais c'était plus d'amener à la discussion, à, voilà, à évoquer ce sujet d'une autre façon, quoi. Donc, voilà comment j'ai... J'ai débuté l'écriture de ce roman.
Pourquoi la fiction plutôt que le reportage
Ybelion — C'est passionnant. Et d'ailleurs, je trouve que ça rejoint un des messages que tu mets à la fin. Enfin, un des messages c'est pas spoilant pour le coup, je trouve que c'est un message un peu général, de dire que toutes les petites actions comptent finalement. Et dans ta démarche de vouloir parler de ce sujet, finalement, il y a le podcast et puis après écrire un livre et aussi une manière de véhiculer ce message-là. Et par la fiction, effectivement, ça touche peut-être un peu moins et ça permet de se projeter plus dans les sujets aussi. et donc, bravo de t'attaquer à des sujets aussi, pour le coup, assez brûlants parce que l'idée de la fast fashion avec... Là, on est en plein dedans. On est en plein dedans. Donc, c'est vraiment dingue. Et tu vois, ce qui est hyper touchant en plus dans cette histoire qui se passe au Ghana, c'est que... En fait, c'est un effet induit de la fast fashion. On parle toujours de la fast fashion comme étant nocif, par exemple, pour l'écologie. Mais on n'en parle jamais pour les personnes qui vont devoir porter les vêtements qu'on ne porte plus nous, tu vois, et porter au sens sur leur tête. Donc, ouais, bravo. Et ça a été un processus qui a duré combien de temps, ton processus ?
Six mois, mille mots par jour : la fabrique du premier jet
Chloé Cohen — En fait, ce qui s'est passé, c'est que, donc, étant journaliste, j'écrivais des articles et je me suis dit, pour écrire de la fiction, c'est quand même un exercice qui est complètement différent. Et donc, j'ai... Avant de me lancer dans l'écriture du roman, j'ai voulu reprendre un peu les bases. Et donc, j'ai suivi des ateliers d'écriture avec l'école d'écriture Les Mots pour essayer de me plonger un peu dans ce qu'est l'écriture de fiction, comment on construit une histoire, comment on construit des personnages. Donc, ça, déjà, ça a duré, je ne sais pas, quelques mois, pour avoir au moins deux, trois bases sur la fiction. Et après, je me suis imposé une routine d'écriture pour... Parce que je savais... C'était la première fois, c'est mon premier livre, donc je ne savais pas trop comment ça allait se passer, si j'allais m'essouffler, comment j'allais terminer. Et donc, je me suis dit, il faut que tu écrives mille mots par jour. OK. Voilà. Donc, j'écrivais grosso modo tous les jours. Alors, j'ai une petite fille aussi, donc forcément, les week-ends et tout, c'était plus compliqué. Mais en tout cas, j'ai essayé de m'y tenir. Je n'écrivais pas forcément mille mots, je n'y arrivais pas toujours, mais j'essayais de m'en rapprocher. Alors, parfois, je dépassais un peu quand j'étais très inspirée et parfois pas du tout. J'arrivais à 500 de façon très laborieuse et je me disais, tant pis, ce n'est pas grave, aujourd'hui, c'est un jour sans. Va plutôt t'aérer pour essayer d'être à nouveau créative. Mais grosso modo, sur une moyenne, j'ai essayé de tenir cette routine-là et ça a duré bien six mois, je pense, pour écrire le premier jet du livre. Après, j'ai tout repris, j'ai changé des passages. Le livre, il ne commençait pas comme ça. Le début, je l'ai mis un peu plus tard. Enfin, voilà, donc j'ai réécrit. Donc ça, ça m'a pris un peu quelques temps. Et après, j'ai à nouveau fait appel à l'école Les Mots où j'ai envoyé le livre, enfin la version que je considérais comme à peu près terminée à leur service éditorial. Et donc, il a été relu. La personne qui est en charge s'appelle Charlotte Milandry. Et donc, j'ai eu un rendez-vous avec elle, on a discuté. Elle m'a fait retravailler notamment deux scènes dans le livre pour aller encore plus loin. Elle m'a fait retravailler le personnage de Ambre qui n'était pas à ce point-là présent dans la version que j'avais pu écrire. Ça, ça a bien pris plusieurs mois supplémentaires. Et après, j'ai envoyé la version finale. Et là, ensuite, a commencé le processus de démarcher des maisons d'édition et de rentrer dans cette table-là. Mais donc, ouais, ça a six mois de première écriture, quelques mois de réécriture par moi-même, puis à nouveau quelques mois de réécriture avec les mots.
Le regard éditorial qui change tout
Chloé Cohen — Donc,
je n'ai pas calculé exactement précisément, mais c'était long.
Écrire n'est pas un sport solitaire
Ybelion — Ouais, et ce qui est, encore une fois, hyper intéressant, c'est que tu n'es pas toute seule dans le processus. D'ailleurs, au début, il y a des remerciements pour plusieurs personnes et tu remercies aussi l'école Les Mots. Et ouais, l'écriture est vue comme quelque chose de très solitaire. Et en fait, c'est dommage parce qu'il y a plein de gens qui peuvent te soutenir, que ça soit d'ailleurs pas forcément backé par quelque chose de financier, mais il y a plein de gens qui peuvent te soutenir et c'est important parce que c'est long. Le processus d'écriture, tu l'as dit. Premier jet en six mois, franchement, c'est un beau, une belle, c'est plutôt bien. bravo.
Chloé Cohen — Je me suis dit, je pense que si ça traîne trop en longueur, il y a moyen que je m'essouffle et que je n'arrive pas au bout. Donc, c'est pour ça que je voulais... Voilà.
Ybelion — Non, c'est vrai,
Chloé Cohen — c'est toujours un enjeu.
Les jours sans : que faire quand les mots ne viennent pas
Ybelion — Mais tu vois, j'ai noté quelque chose dans ce que tu as dit qui est hyper positif, c'est que tu t'es imposé un objectif, mais tu ne t'y arrêtais pas. Tu vois, tu disais, parfois, je ne faisais pas mille mots. Et d'ailleurs, c'est... Qu'est-ce que ça te faisait quand tu ne faisais pas mille mots ? Comment tu te sentais ? Je ne sais pas si tu vois la question, mais je sais. Oui,
Chloé Cohen — je vois très bien la question. Forcément, il y a un peu de déception. On se dit, oh là là. Et puis, il y a un truc de, j'ai vraiment galéré aujourd'hui à écrire. Et puis, un petit peu un lâcher prise en se disant, écoute, en même temps, personne ne va aller vérifier si tu as écrit mille mots. Donc, c'est vraiment toi avec toi-même. Donc, ce n'est pas si dramatique que ça de ne pas y être arrivé. Et puis, ça arrive d'avoir des jours sans, voilà, au-delà de la créativité de façon générale. Parfois, on n'est pas du tout productif dans n'importe quel travail. Donc, je me disais un peu ça. Je me disais, ben voilà, c'est comme un travail. Et ben parfois, on n'est pas du tout productif. Et ce qui rattrapait, en fait, c'est que parfois, j'arrivais à dépasser. Je me sentais bien plus créative et j'avais bien plus d'idées. Et du coup, cet équilibre-là fonctionnait plutôt bien. ça me permettait de ne pas être trop déprimée. Parce qu'effectivement, si pendant un mois, j'arrivais à écrire que 200 mots par jour, là, peut-être que je me serais posé des questions. Mais là, ce n'était pas le cas. C'était assez équilibré. Il y avait des jours où j'écrivais peu parce que je n'y arrivais pas. Donc, j'en profitais pour faire des recherches, pour peaufiner un peu les recherches sur le sujet et sur le livre. Et puis, d'autres jours où j'étais prise... Alors, ça ne veut pas dire qu'à la fin, j'ai gardé ce que j'avais écrit. Mais en tout cas, ça fait du bien d'arriver à écrire, à dépasser un peu son objectif.
Ybelion — Oui, je comprends. Je comprends. Et c'est... C'est très inspirant aussi pour les gens. Et du coup, je me permets une parenthèse. C'est vrai que quand on se fixe un objectif de 1000 et qu'on atteint, je ne sais pas, même 200, on se dit, putain, merde, en fait, ce que j'ai fait, ce n'est pas bien. Ce qu'on oublie, c'est qu'on met quand même 200 mots à la version de nous qui n'en aurait écrit que zéro. Donc, en fait, il faut un peu écouter son instinct, tu vois, de dire, ah, mais j'ai... Voilà, quand même, si je l'ai quand même fait, j'ai quand même lâché prise sur ce truc-là, j'ai quand même avancé. Et c'est ça qui permet aussi après de développer des moments, comme tu dis, où là, tu te sens en créativité, quoi. C'est tous les moments où c'est galère qui font qu'après, il y a des moments où c'est trop bien. Oui,
Chloé Cohen — ça fait partie du processus et puis ça permet aussi de se dire, bon, ce n'est pas grave, là, je ne peux pas écrire, mais peut-être que je peux réfléchir à de potentielles scènes qui pourraient se passer ou faire quelques recherches sur le livre ou détailler un peu mes personnages, les approfondir un peu, faire d'autres choses, en fait, qui permettent peut-être le lendemain, effectivement, d'être bien plus créatif, quoi.
Ybelion — Je comprends. Je comprends. Et dans la démarche de création de la fiction et de l'histoire, tu l'as construit comment et surtout comment... Enfin, quels étaient, je dirais plutôt, quels étaient les thèmes qui étaient importants pour toi, sur lesquels tu t'es vraiment accrochée pour construire toute ta fiction ?
Surproduction, gaspillage, droits des femmes : les trois piliers
Chloé Cohen — En gros, il y avait... Le message principal, c'était vraiment essayer de parler de cette surproduction textile et des conséquences que ça avait sur des gens à l'autre bout de la planète dont on n'a pas forcément conscience. En fait, j'avais vraiment envie de parler, ce qu'on parle beaucoup, comme tu disais tout à l'heure, de l'avant, de la fabrication du vêtement, de tout ça, qu'il y a des impacts sur les ouvrières qui travaillent pendant des heures super mal payées, les conséquences environnementales, mais j'avais vraiment envie de parler de l'après. Une fois que le vêtement, on ne le porte plus, en vrai, qu'est-ce qu'il devient ? Parce qu'il ne va pas disparaître. Donc, c'était vraiment le message principal que j'avais envie de faire passer. Et après, les thèmes qui étaient importants, surproduction, gaspillage, c'était vraiment ça qui m'a guidée et les droits de ces femmes-là aussi sur place. C'était un peu trois grandes thématiques qui, pour moi, m'ont guidée dans l'écriture du livre.
The OR Foundation et le syndicat venu du Bangladesh
Ybelion — Et d'ailleurs, les droits des femmes au Ghana dont tu parles, comment tu découvres ce sujet-là et comment tu te renseignes après aussi sur ça ? Parce que moi, typiquement, tu vois, c'est quelque chose... En fait, c'est vrai que nous, en France, d'avoir des syndicats, ça paraît logique. Et du coup, je vais vous dire que je ne m'étais même pas posé la question, en fait.
Chloé Cohen — Alors, en fait, le sujet en tant que tel, c'était après la lecture d'un article, je ne sais plus dans quel média, où j'ai vraiment découvert le sujet. Et en lisant cet article, j'ai découvert qu'une association dont je m'inspire dans le livre existe dans la vraie vie. Ça s'appelle The OR Foundation. Et eux, sur place, font tout un travail justement pour accompagner ces femmes, ces porteuses, mettre en place plein de choses sur place pour essayer d'alerter, d'informer et tout ça. Et en fait, j'ai pu faire une interview avec une responsable de cette association pour avoir plein de détails en fait, voilà, de comment ça se passe sur place exactement, leur travail, tout ça. Donc, tout ça, c'était avant que j'envisage d'écrire le livre, mais tout ça a alimenté après l'écriture de ce roman. Et pour le coup, le reste, alors, il y a pas mal de choses de fiction aussi quand même, des choses que j'ai inventées. Et cette histoire de syndicat, ça vient d'un film que j'ai vu qui s'appelle Made in Bangladesh et qui raconte l'histoire de la création d'un syndicat de femmes ouvrières du textile, donc sur la chaîne de fabrication en fait, en amont. Et je trouvais ça hyper fort de voir à quel point ces femmes, en se mettant ensemble, avaient réussi à obtenir plus de droits, plus de reconnaissance. Et ça aussi, quand j'avais vu ce film, ça m'avait beaucoup touchée et j'avais eu la chance de pouvoir faire l'interview de la réalisatrice. du film. Et donc, quand j'ai écrit ce livre, je ne sais pas, ça m'est revenu, ça s'est un peu imposé assez vite. je ne sais pas du tout s'il existe des syndicats de porteuses au Ghana ou si c'est des projets ou des choses qui peuvent être mises en place. Là, pour le coup, c'est vraiment de la fiction et ça vient d'une autre inspiration que j'ai voulu transposer dans ce livre-là.
Ybelion — Écoute, c'est magnifique parce que je dis souvent que l'effet papillon des livres qu'on écrit, on ne le maîtrise jamais vraiment et tu vois, ce n'est pas impossible que ton livre donne une idée à quelqu'un justement. Soit c'est peut-être des projets en cours ou soit peut-être en fait, quelqu'un se dira mais putain, c'est fou pourquoi personne y a pensé. C'est vrai que c'est une bonne idée et c'est ça que je trouve trop cool dans les livres de manière générale. Ils ont ce pouvoir un peu de création. Oui,
Chloé Cohen — c'est vrai, c'est vrai, tu as raison.
« Elle n'a pas le look de ses hobbies » : voler des phrases au réel
Ybelion — C'est marrant aussi parce que du coup, il y a des inspirations qui viennent d'un peu tout. Tu as évidemment tout ton travail de journalisme et puis aussi les films, etc. Il y en a d'autres des inspirations ? Par exemple, quand tu écris le livre, il y a un auteur qui t'inspire ? Alors,
Chloé Cohen — c'est vrai que j'adore lire donc je lis beaucoup et généralement quand on parlait de panne un peu ou quand j'avais du mal, je lisais pour essayer de me remettre dedans et essayer de m'inspirer. Donc, j'ai envie de dire l'inspiration, ça va être aussi un peu en fonction du livre que je lis du moment. Il n'y a pas forcément un auteur ou une autrice parce que je n'avais pas non plus envie d'être trop influencée puisque malgré moi, de me dire j'ai envie de reproduire un certain style ou voilà, ça aurait été forcément moins bien que l'auteur ou l'autrice originale donc ça, je n'avais pas trop envie mais j'essayais de lire, enfin je lis toujours beaucoup donc le fait de lire ou de commencer la journée en lisant quelques pages, ça pouvait aussi me permettre de refaire travailler l'imagination et après sur ce qui m'inspire, c'est vraiment un peu tout, enfin il y a des choses dans le livre, ça va être des phrases qu'on a pu me dire, donc je suis toujours avec mon, soit mon téléphone en train de noter, même en soirée, voilà, c'est où il y a quelqu'un qui va dire une phrase et je me dis, waouh, enfin je n'y aurais jamais pensé et ça ferait un très bon, enfin ça irait très bien dans la bouche d'un personnage, donc, ou alors des scènes que je vis dans la rue, dans le métro, voilà, des choses que je peux noter, des petits bouts par-ci, par-là, et qui ensuite, je remets dans, que j'ai pu remettre dans le roman, quoi, donc c'est vraiment un peu tout, l'inspiration, ouais. Ah,
Ybelion — c'est trop cool, c'est trop cool et ça combat une idée reçue que du coup, c'est trop bien que tu l'amènes, c'est que l'auteur doit être un ermite qui s'enferme pour écrire et en fait, c'est oublié que toute ton inspiration vienne du fait que tu vis à côté et tu vois, typiquement, toi tu parlais, tu disais que tu avais une fille si je ne dis pas de bêtises,
Chloé Cohen — ouais, c'est ça, exactement.
Ybelion — Du coup, forcément, ça c'est un impératif, tu es obligé de composer avec mais une fois que tu comprends que c'est un impératif, tu composes justement avec et ça te nourrit après et ça, c'est génial et ça m'a fait perdre mon fil de pensée parce que ça m'a fait penser à autre chose et je voulais rebondir dessus mais tant pis, tant pis, ça me reviendra à dommage.
Chloé Cohen — Ça reviendra peut-être au cours de la discussion sur les inspirations
Ybelion — et... Oui, c'est ça, les inspirations, tu disais j'entends des phrases, ça me fait, putain c'est fou, ça noterait bien et du coup, ça m'est venu, est-ce que tu l'aurais, par exemple, celle qui t'a le plus marquée tu vois ou à laquelle tu penses encore que t'as justement mis un peu dans ce roman ?
Chloé Cohen — Une phrase qui m'a vraiment marquée, oui, c'est quelqu'un qui m'a dit, enfin, qui me décrivait une personne que je ne connaissais pas et qui me disait elle n'a pas le look de ses hobbies et je trouvais ça génial en fait pour décrire le physique de quelqu'un et ça, je l'ai remis dans le livre pour parler du personnage de Ambre parce que je trouvais ça trop bien en fait pour décrire un personnage voilà, donc ça, ça m'a vachement marquée quand on m'a dit ça.
Ybelion — Putain, tu vois, c'est hyper, déjà je trouve que c'est une manière vachement plus actuelle de parler, de dire l'habit fait pas le moine, tu vois ?
Chloé Cohen — Ouais, exactement.
Ybelion — C'est trop bien trouvé et en plus, c'est un beau clin d'œil au fait que tu parles quand même de fast fashion donc on est dans le thème et c'est vrai que tu vois, même dans un processus d'écriture, de construire une description de personnage qui va parfois, qui peut aller à l'encontre de ce qu'il fait peut être une manière de surprendre le lecteur et j'y avais pas pensé, tu vois ça, je le note dans un coin de tête. Ouais, c'est ça,
Chloé Cohen — je trouvais la phrase, enfin et puis c'est marrant, voilà, je trouvais ça, puis du coup ça permet de faire vachement travailler l'imagination, voilà, je sais plus, elle me parlait d'une personne je crois qui adorait sauter en parachute ou un truc comme ça et qui était ultra BCBG, enfin voilà, où on aurait, enfin jamais on aurait pu dire qu'elle aimait sauter en parachute et elle m'a dit ça, voilà, elle a pas le look de ses hobbies et je trouvais ça drôle.
Ybelion — C'est trop bien, c'est trop bien, c'est pour ça, après il faut, soyons attentifs à tout ce qui se passe autour de nous.
Chloé Cohen — Exactement, c'est vrai, voilà, ça nous nourrit énormément, ça je suis bien d'accord.
Ybelion — Carrément. Et t'as parlé du personnage de Ambre, c'est lequel ton personnage préféré ?
Nabia, la porteuse warrior, et l'amitié féminine
Chloé Cohen — Je pense que c'est Nabia, parce que c'est la porteuse, enfin l'une des porteuses mais la principale du roman et j'avais vraiment envie de construire un personnage hyper fort, enfin une femme qui a vécu des choses, une jeune femme en plus qui a vécu des choses terribles et qui baisse pas les bras, quelqu'un de, voilà, de très puissante, un peu warrior et qui en plus a ce côté a envie d'accompagner les autres, enfin il y a ce côté un peu amitié féminine aussi que j'ai eu envie de glisser dans le roman parce que, enfin moi en tout cas, plus jeune, j'ai vachement été bercée par les clichés des amitiés ou entre femmes on se tire dans les pattes ou on aime le même mec, enfin tu vois, des trucs un peu que ça soit dans les livres ou dans les films et j'avais envie d'autres choses, j'avais envie de raconter vraiment comment c'est l'amitié féminine et je trouve que Nabia elle le représente bien dans ses interactions avec les autres donc je pense c'est celle j'ai pris le plus de plaisir à être avec elle quoi, ouais.
Ybelion — Ouais, je comprends,
Chloé Cohen — je comprends.
Ybelion — C'est vrai qu'elle a l'air d'un, tu vois tu disais qu'elle était dans le partage etc. et du coup en ayant lu la fin c'est exactement le, c'est ça qui renvoie, du coup je peux pas trop dire mais c'est effectivement une sensation
Chloé Cohen — voilà c'est ça,
Ybelion — Exactement, mais c'est une sensation que j'ai eue. Et finalement, ouais, t'as ce deuxième message qui se greffe au premier. Et ouais, c'est... Encore une fois, c'est très touchant. Je trouve que c'est des sujets qui méritent d'être écrits et réécrits.
Chloé Cohen — Ben merci, c'est gentil. Et le...
Ybelion — Et dans le... Et après, il y a le personnage de Pia. Déjà, je dis pas mal son nom ? Ouais, c'est ça.
Chloé Cohen — Non, c'est ça.
Ybelion — Tu verras, j'ai pas encore osé prononcer le... comment on appelle les porteuses au Ghana.
Chloé Cohen — Ouais, je sais. Bon, il y a pas... enfin, il y a pas vraiment de mauvaise façon de dire, de toute façon. C'est une langue, mais oui.
Combien de Chloé y a-t-il dans Pia ?
Ybelion — Et le personnage de Pia, du coup, qui est journaliste elle aussi. Je sais que toi, t'as été journaliste, comme tu le disais. À quel point t'as mis un peu toi dans Pia, si c'est le cas ? Peut-être.
Chloé Cohen — Oui, j'ai mis un peu de moi dans Pia, mais au final, j'ai fait un peu un mix de plein de gens. Donc c'est pas... c'est pas vraiment moi. Mais j'ai... je suis allée chercher des petits trucs, effectivement, qui... voilà, des souvenirs qu'elle a pu avoir qui sont à moi, ou ce genre de choses. Mais un peu sur le côté. Je pense que ce qui me ressemble, on va dire, c'est un peu le côté elle a envie de vivre de sa passion. Mais donc elle est photographe, elle va faire un documentaire, donc il y a un peu ce photographe journalisme. Elle a envie de vivre de ça, et en même temps la réalité la rattrape, c'est hyper compliqué. Le côté recherche de l'engagement aussi qu'elle peut avoir, parce que donc au début elle est photographe de mode, mais donc elle passe sa vie à photographier des fringues qui seront jetées après. Elle s'en rend compte, de tout ça. Et donc je dirais que ce côté là, un peu, d'avoir envie de vivre de sa passion et d'essayer de trouver un sens à son métier, ça vient plus de... ça vient de moi, enfin voilà. Après, sur le reste, elle a des réactions, des choses qui sont... qui me ressemblent pas du tout. Dans sa famille aussi, pareil, ses parents, j'ai mis 2-3 trucs de ma famille, mais c'est pas vraiment... voilà, c'est pas... c'est pas mon environnement familial. Elle a pas de frères et soeurs, moi j'en ai, enfin tu vois. Voilà, il y a quand même plein de choses qui sont... qui sont très différentes. Mais voilà, il y a 2-3 choses effectivement qui viennent soit de choses que j'ai pu vivre, ou de souvenirs. Mais je dirais que la caractéristique principale, c'est plus autour de son métier. Ouais, ça me... ça me ressemble.
Ybelion — Et justement, là, cette question du sens, c'est ça aussi qui t'a... qui t'a amené à passer dans le côté écriture ? De dire, enfin... J'avais l'impression que c'était un peu ce que tu disais au début, mais j'ai pas envie de déformer tes propos.
Chloé Cohen — Ouais, ben c'est vrai que c'est un peu un... enfin, c'est une envie que j'avais depuis hyper longtemps, d'écrire un livre. Et j'avais aussi envie que ce premier livre reflète un peu tout le travail que j'avais pu faire avant, sur essayer d'avoir un mode de vie un peu plus engagé. Donc j'ai, voilà, vraiment essayé de combiner les deux. Effectivement, c'est vrai que l'écriture d'un roman, c'était... ouais, c'est quelque chose que... dont je rêvais un peu sans vraiment y croire, depuis pas mal de temps. Donc ouais, c'est un peu ce côté de vivre de sa passion, quoi. Voilà.
Ybelion — Ouais, je comprends.
Faire avec ses mains pour reprendre le pouvoir
Chloé Cohen — Je comprends, ouais.
Ybelion — Et il y a... il y a un sujet, alors, qui m'a... qui m'a touché sur la fin, c'est le rapport à la... à la créativité. Et comme je te disais, comme j'ai pas lu encore tout le livre, mais du coup là j'ai de plus en plus envie de vraiment... de vraiment tout lire. Il y a ce rapport à la créativité à la fin, où Nabia, elle les observe, du coup, j'imagine, faire quelque chose de créatif. Et qu'est-ce que... Comment je pourrais poser la question ? Selon toi, qu'est-ce que ça permet, la créativité, dans ce genre de combat ? C'est très philosophique peut-être comme question.
Chloé Cohen — Non, mais c'est pas... C'est un message que j'ai mis effectivement à la fin du livre, donc voilà. Je pense, enfin en tout cas c'est un des messages de fin du livre. Je pense que la créativité, ou en tout cas faire quelque chose avec ses mains, faire quelque chose par soi-même, ça peut vraiment permettre de reprendre confiance en soi et d'avoir envie de mener certains combats. C'est vrai que on parle parfois d'écriture thérapeutique, ou de l'art quand on a des problématiques de santé ou psychologique. Même chez les enfants, il y a pas mal d'art-thérapie ou ce genre de choses. Et je pense que de faire quelque chose avec ses mains, déjà ça permet d'être vachement centré, d'être très dans le moment présent, de laisser aussi son esprit partir et pouvoir imaginer des choses qu'on aurait envie de faire. Et ça permet, je trouve, en tout cas, de reprendre confiance. Et la confiance est indispensable quand on a envie de mener des combats engagés. Dans le livre, on voit que Nabia, elle recherche un peu le soutien aussi autour d'elle, parce qu'elle a pas forcément confiance en elle, c'est pas évident d'aller au bout de ses idées. Et je trouve que, voilà, de pouvoir... Donc là, en l'occurrence, sans spoiler, mais c'est autour de la couture, parce que bon, c'est le thème forcément principal du livre. Mais voilà, c'était un peu le message que j'avais envie de faire passer aussi, parce que ça existe déjà finalement, voilà, même pour des femmes qui sont en souffrance, qui ont vécu des violences physiques, psychologiques, ce genre de choses. Il y a quand même pas mal... il y a pas mal d'associations qui utilisent le fait de faire avec ses doigts, alors soit de la couture, soit de la peinture, soit de l'écriture, pour reprendre un peu le pouvoir et reprendre confiance en soi, quoi. Donc c'est un peu le message d'espoir à la fin aussi que j'avais envie de faire passer.
Ybelion — Bah ouais, ça touche direct. Parce que ouais, tu vois, j'ai juste lu cette phrase et c'est exactement ce message là que tu reçois. Et du coup ça prend d'autant plus sens avec ce que tu racontes et ce que je vais découvrir quand moi je vais finir de lire.
La transformation est dans le processus, pas dans le livre fini
Chloé Cohen — Et...
Ybelion — Et je valide à 200%. Tu vois, c'est marrant, parce que c'est vraiment ma conviction profonde depuis que moi j'ai commencé à accompagner les auteurs. Mais en fait, je suis toujours absolument bluffé des transformations que vivent les gens au fil du processus d'écriture. Et quelque part, on se dit toujours que c'est quand on tient livre à la fin qu'on se transforme, et en fait c'est vraiment... C'est dans le processus, quoi. C'est en l'écrivant que tu te transformes. Et c'est... Et vraiment ça m'hallucine, tu vois. J'ai beau dire, notamment au début, parce que effectivement les gens parfois ont peur de se lancer, c'est normal, c'est dur, de leur dire non mais trust the process, tu vois, t'inquiète, genre lance-toi, laisse-toi porter, fais-moi confiance, je serai là pour être la rigole d'autoroute. Mais tu verras la transformation à la fin, je peux même pas dire ce que ça sera. Je peux même pas dire ce que ça sera.
Chloé Cohen — Non, c'est clair, je suis entièrement d'accord avec ça. C'est l'écriture ou toute forme d'art. Exactement.
Ybelion — C'est vrai, parce que là je parle de l'écriture, mais t'as raison, ça marche pour... Et puis même, tu peux aller plus loin. Je pense que ça marche pour toute action que tu peux faire, tu vois. Peut-être ne serait-ce qu'aller courir, ne serait-ce que se faire à manger. Bref, ça peut être plein de choses, en fait, simplement d'être en action, quelque part. Tu vois, c'est souvent le mouvement crée l'émotion. Bon bah voilà, c'est un peu ça. C'est un peu ça.
Chloé Cohen — Peut-être un peu dans le moment présent aussi, tu vois. On est souvent pollué par tellement de choses, enfin on vit tous dans des vies qui vont trop vite, où on se met la pression, où on court après le temps. Et je trouve que, voilà, de faire quelque chose pour toi et de s'arrêter sur le moment présent, ça permet aussi de se poser les bonnes questions sur ce qu'on a envie, ce qu'on a pas envie, dans la vie de façon générale. Donc ça aussi, ça aide à évoluer, quoi.
À quel point l'écriture l'a changée ?
Ybelion — Ouais, totalement. Et toi d'ailleurs, dans ce processus d'écriture, à quel point t'as changé finalement ?
Chloé Cohen — C'est une très bonne question. À quel point j'ai changé... Il faudrait que je demande aux gens autour de moi, alors. À quel point... À quel point je suis une personne différente ? Je dirais que ça m'a redonné confiance. Je suis quelqu'un qui n'a pas du tout confiance en moi, j'ai beaucoup de mal à avoir confiance, à me dire que je suis capable, que je peux y arriver. Et je pense que le fait d'être, tu vois, de m'être fixé la consigne des mille mots, de m'en être rapprochée, voilà, enfin de façon... sur une moyenne, d'avoir réussi à tenir ça, d'avoir réussi à aller au bout de ce projet, d'avoir pris du plaisir. Parce que vraiment ça, j'ai pas... que j'ai pas douté ! Le nombre de fois où je me suis dit c'est nul, j'y arriverai jamais, je sais pas écrire, c'est cata... Évidemment que j'ai eu toutes ces phases là de doute. Mais j'ai quand même pris énormément de plaisir à écrire ce livre. Tout ça fait que aujourd'hui j'ai un peu plus confiance en mes capacités. Tu vois, là je suis en pleine écriture du deuxième roman. Je dis pas que je ne doute pas, évidemment que tous les jours je doute, et voilà. Mais il y a quelque chose d'un peu, où j'ai... ouais, où je pense que j'ai pris un peu plus confiance en moi. Et pour moi ça c'est énorme, en fait, le changement, parce que vraiment je pars de moins dix mille sur la confiance. Donc le fait d'avoir gagné ne serait-ce qu'un tout petit peu, de me dire bah en fait si, je suis capable, je suis capable de le faire. Alors ça marchera peut-être pas pour cette deuxième fois, mais ça, je pense que c'est un gros changement. Un gros changement pour moi, ouais. Et aussi peut-être, tu vois, j'ai toujours l'impression d'être un peu tête en l'air, de ne pas avoir de mémoire, de ne pas être suffisamment concentré parfois sur les petites choses du quotidien. Et en fait, de me dire bah finalement si, parce que t'arrives à mettre quand même des choses qui t'inspirent de la vie de tous les jours dans le livre, de te souvenir de... Et peut-être être plus attentive, voilà, aux choses qui se passent autour de moi parfois, et de ne pas toujours être dans mes pensées. J'ai tendance à très vite à pouvoir décrocher et à partir dans ma tête, quoi. Aussi peut-être parce que j'écris, et du coup je pense au livre, je pense au personnage, donc parfois je m'évade un peu. Mais je trouve, voilà, avec ce premier exercice de livre, où je me dis bah finalement c'est aussi tout ce qui se passe autour de toi qui t'a inspiré, et t'as pu t'en servir pour créer ce livre. Donc de s'ancrer un peu dans la réalité, c'est pas mal aussi. Je pense que sur ces deux aspects là, c'est peut-être les deux plus gros changements que je peux voir sur moi grâce à l'écriture de ce roman.
« Je pars de moins dix mille sur la confiance »
Ybelion — Déjà, bravo. Et c'est vrai qu'on retrouve... on retrouve une thématique que t'as dit tout à l'heure, tout le rapport au moment présent. Et c'est marrant, parce que on fait pas forcément le parallèle entre l'acte d'écrire et se dire en fait ça va nous connecter d'autant plus à la réalité. Mais c'est vraiment... J'ai pas réussi à mettre de rationalité là-dessus, mais je pense que c'est parce que peut-être qu'il faut pas forcément en chercher.
Chloé Cohen — Mais il y a bien...
Ybelion — Je suis d'accord avec toi. Et moi c'est quelque chose que je vis aussi, toujours. On en découvre toujours au fur et à mesure de ce qu'on écrit. Mais ouais, cette connexion au moment présent devient de plus en plus forte, et rien que pour ça... C'est pour ça que je dis aux gens d'oser écrire, parce que rien que pour ça c'est incroyable. Et la transformation, tu vois. Il y a quelque chose aussi que j'adore dans ce que t'as partagé, c'est de dire... Tu te dis bon, ok, je vais me lancer dans l'aventure d'écrire un livre, on fait, on voit, et puis voilà. Et puis en fait t'es dans la démarche d'en écrire un deuxième, et je trouve ça génial, tu vois. Que juste des trucs, d'un rêve que t'avais au début, et dire mais en fait ça va peut-être être beaucoup plus grand que juste ce que j'avais imaginé. Et donc quand t'atteins ce premier truc, ce premier rêve, après, pouf, tu te dis mais en fait attends, il y a plein de choses que je peux faire.
S'autoriser à rêver plus grand
Chloé Cohen — C'est s'autoriser un peu à rêver, tu vois, à rêver un peu plus grand, à pas... Parce qu'on sait, ok, c'est un rêve, enfin oui, ok, mais écrire un livre, bon, plein de gens essayent, on n'y arrive pas toujours. Enfin, on est sur nos propres limites, en fait on se pose nos propres limites, on a des pensées ultra limitantes, et voilà. Et c'est vrai que ça m'a peut-être permis aussi de dégager ça, et d'oser rêver un peu plus grand, quoi. Ça donne... Mais ouais.
Ybelion — C'est un super message. Ça me fait penser... Je te fais un partage perso au milieu de tout ça, mais hier je discutais de ça avec ma soeur. Et d'un truc, tu sais, d'une posture un peu très marketing, je lui dis oui mais tu comprends, il y a 90% des auteurs qui abandonnent, tu vois. Et avec ma soeur, à chaque fois qu'on sort des chiffres comme ça, il y en a toujours un qui dit bon attends, vas-y, arrête, va fact checker ton truc, tu vois. Et du coup on est allé vérifier. Et en fait il y a certaines études qui disent que il y a 97% des gens qui ne finissent jamais, d'autres te disent que c'est 70. Donc en fait la vérité est un peu partout, mais finalement au doigt mouillé, tu vois. Et donc tout ce que tu as expliqué avant, et aussi une impulsion qui te fait tenir et qui va faire que tu vas faire, plutôt que d'aller rejoindre les 10%. Faisons en sorte que ça augmente, faisons le passer à 20, 30, etc.
Trouver sa discipline, écouter son plaisir
Chloé Cohen — Ouais, voilà, c'est ça. Je pense qu'il... voilà. Et il ne faut pas... Je sais que c'est très dur, parce que se relire, c'est comme se réécouter, c'est terrible. Enfin vraiment, je trouve qu'il n'y a rien de plus difficile. Ou de se regarder, enfin tu vois, je trouve que c'est horrible d'être confronté à soi-même comme ça. Mais si on arrive à passer le cap de bon, ok, allez, je fais abstraction de ça et je continue, je ne m'arrête pas sur j'ai l'impression que c'est nul. Bah peut-être c'est nul, mais peut-être pas, peut-être pas non plus. Et donc je pense que voilà. Et peut-être en se mettant un peu une routine. Bon, moi c'était le nombre de mots, ça peut être le nombre de signes, ça peut être le nombre d'heures dans la journée. Mais peut-être avoir une routine un peu comme ça, et en essayant de faire abstraction à ce qu'on relit ou ce genre de choses, ça peut permettre peut-être d'arriver. En tout cas moi, c'est ce qui m'a permis d'aller au bout sans trop me décourager.
Ybelion — Ouais, totalement, je partage. Et je me permets de rajouter une toute petite chose, parce que tu as dit quelque chose de très juste. Ça peut être le nombre de mots, le nombre de signes, le nombre d'heures, etc. Et ça peut... J'invite les gens à aussi, parce qu'on réfléchit, on a des profils très têtes, surtout en France, et j'invite les gens à s'interroger sur le coeur et le corps, l'action, l'émotion. Parce que parfois ça peut donner des mesures qui sont vraiment des trucs de discipline qui fonctionnent avec certaines personnes. Par exemple, juste la sensation de se dire franchement j'ai passé un bon moment. Tu as écrit 10, tu as écrit 100, tu as écrit 10 000 mots, ça change rien. Et ça, je le répète souvent, parce qu'en fait moi je me suis beaucoup enfermé dans ça aussi. Comme j'ai dit, ancien ingé, tu vois, donc tête, il n'y a que ça. Et au début, quand j'accompagnais les gens, justement, j'étais un peu naturellement... tu les pousses vers ça. Et après, moi, tout l'apprentissage de coach et de la posture de coach m'a appris aussi à aller écouter ce que vont chercher les gens. Et en fait chacun a sa mesure perso. C'est pour ça que j'invite tout le monde à trouver leur discipline et pas à copier la discipline de quelqu'un. Et c'est pour ça que c'est trop cool que tu partages la tienne, parce que ça donne un panel, un peu, de toi. Tout le monde a une manière de fonctionner, et c'est trop bien.
Chloé Cohen — Et tu as entièrement raison sur le plaisir. Moi, ça a été aussi un des critères, en fait. Évidemment que si je n'avais pas éprouvé de plaisir dans le processus d'écriture, j'aurais fini par arrêter, je pense. Donc ça, c'est hyper important, de se dire à la fin de la journée, bon, est-ce que, même si j'ai écrit que trois lignes, est-ce qu'au moins ça m'a fait plaisir d'écrire ces trois lignes, quoi. Exactement. Parce que si ça a fait plaisir, autant continuer. Et puis ça prendra le temps que ça prendra, même si c'est écrire trois lignes par trois lignes, au bout d'un moment ça fera un livre. Donc exactement.
Le caillou dans la chaussure de l'auteur
Ybelion — Exactement. Et d'ailleurs ça rejoint... Tu parlais de l'amour de l'écriture, j'ai une question pour toi après sur ça. Je finis juste sur cette histoire. Effectivement, écrire un livre, c'est long. Si tu as un caillou dans ta chaussure pendant tout le trajet, ça fait super mal. Et c'est pour ça que se connecter à ce qu'on ressent... Et à un moment, du coup, tu vois, tout le monde a des cailloux dans la chaussure, et donc d'attester que tu as un caillou et d'aller chercher, en disant bon, ok, qu'est-ce qui me frustre là, pourquoi je n'arrive pas à avancer, pour quelles raisons je n'arrive pas à me sentir à l'aise, etc. Et là après tu vas creuser. Et moi c'est tout ça que j'aime bien avec les auteurs, c'est d'aller voir le caillou qui gratte. Et toujours tu découvres un truc, pour chacun il y a un caillou. C'est trop intéressant. C'est trop intéressant.
Chloé Cohen — Bref, parenthèse...
Ybelion — Désolé, je déborde parfois, c'est hyper intéressant, je me laisse emporter. Mais donc, tu parles de l'amour de l'écriture. Ça a été quoi, le déclic qui t'a... qui t'a connecté, enfin, que tu t'es rendu compte ok, là j'aime vraiment bien écrire ? Peut-être que tu l'as toujours eu aussi, mais...
Poèmes en CM2 et parents scientifiques
Chloé Cohen — C'est une très bonne question. Alors, déjà aimer lire, je pense que ça a été hyper important. Voilà, déjà aimer les livres et aimer lire depuis toute petite, ça, je pense que ça m'a quand même beaucoup connecté aux livres et à l'écriture. Après ça, j'ai le souvenir d'avoir toujours aimé écrire. Enfin, disons qu'à l'école, quand j'étais petite, en CM2, j'écrivais des poèmes, alors qui sont certainement ratés, enfin, que si je relis aujourd'hui, c'est... là. Mais bon, c'était, voilà, j'avais 10 ans, quoi. Donc, mais donc je pense que j'ai toujours plus ou moins aimé écrire. C'est vrai que quand je me projette, quand j'étais plus jeune, au primaire, au collège ou ce genre de choses, mes matières préférées, c'était ça en fait, c'était soit le français, soit vraiment là où il fallait, où il fallait écrire, quoi. Je suis pas du tout, je suis pas trop une personne... enfin, tout ce qui est maths, tout ça, c'est vraiment pas, c'est vraiment pas mon truc. Et pourtant j'ai été élevée dans ça, j'ai été élevée dans vraiment le modèle typiquement français, où il faut exceller en mathématiques, il faut exceller dans les matières scientifiques. J'ai des parents tous les deux scientifiques, donc c'était hyper important. Et les matières littéraires, bon, c'est bien, c'est cool que t'aimes ça, mais c'est pas, voilà, c'est pas ça qui va te... qui va te permettre d'avoir un métier plus tard. Donc peut-être aussi que ça m'a permis, finalement, de pas me mettre de pression sur ça, et que ça reste un vrai plaisir. Parce que c'était un peu comme si de toute façon j'avais pas le droit de rêver à un métier autour de l'écriture. Bon, finalement j'y suis arrivée, mais après moult rebondissements. Mais peut-être que ça a fait partie aussi du côté bah je me mets pas trop de pression, de toute façon, puisque c'est pas si important que ça d'être bon dans l'écriture, dans ce genre de matière. Donc je sais pas, je me mettais beaucoup plus de la pression pour les matières scientifiques, quoi. Donc peut-être ça m'a dégoutée, parce que il y avait une exigence d'excellence là-dedans que j'avais pas du tout pour le reste, et ça restait un plaisir. Donc peut-être ça vient de là. C'est vrai que c'est difficile à expliquer, enfin à dater précisément le moment où j'ai commencé à aimer. J'ai l'impression que ça a toujours été plus ou moins là, quoi. Et je pense ça passe vraiment par les livres, par le fait que j'aime lire.
Ybelion — C'est très beau, parce que du coup t'as vraiment ce côté, en fait, quand inconsciemment t'as ce rêve d'écrire quelque chose, il revient toujours toquer à la porte, un moment. Et ça prend... ça prend le temps que ça prend, mais à la fin il revient toquer.
Chloé Cohen — Il m'a jamais lâché, ça a toujours été là.
Ybelion — Et après, je partage aussi, j'ai comme toi grandi dans des environnements très maths, enfin technique, et effectivement la créativité a pas grande place, tu vois. C'est... ça me touche beaucoup, ce que tu dis, parce que moi j'ai eu tendance à le vivre très négativement, en disant, en n'autorisant pas la créativité à apparaître. Bon, là où j'en suis maintenant, ça prouve bien que j'ai réussi à déconstruire tout ça. Mais ce que je veux dire, c'est que ce que j'ai trouvé vraiment beau dans le message que tu partages, c'est que toi, justement, ça t'a retiré la pression, de dire bah en fait si c'est pas si important que ça, bah en fait je vais juste pouvoir kiffer, quoi. Et tu vois...
Chloé Cohen — J'y suis arrivée au fil des années, mais sur le moment j'étais aussi comme toi, j'étais frustrée, enfin voilà. Moi, j'aurais rêvé de faire, enfin, si on m'avait laissé le choix, j'aurais fait... Alors c'est tout ça aujourd'hui, mais j'aurais fait bac L, j'aurais fait khâgne, enfin vraiment je serais partie là-dedans, c'était sûr et certain, c'était vraiment ce que j'aimais. Donc sur le moment, il y a quand même eu de la frustration, et un peu une incompréhension qu'on m'oblige à partir du côté scientifique. Mais je me dis, tu vois, avec le recul, je me dis peut-être que finalement ça m'a enlevé cette pression là, je ne sais pas.
Ybelion — Ouais, c'est... Non, mais c'est beau. Et puis comme ça permet peut-être aussi... Ça donnera peut-être une clé à quelqu'un qui écoute et qui se dit attends, mais c'est vrai, en fait c'est peut-être pas si négatif que ça d'avoir été poussé à faire autre chose. Donc c'est plutôt bien.
Chloé Cohen — Exactement, ouais.
Les Porteuses est devenu Tissus d'espoir
Ybelion — Et pour revenir sur Tissus d'espoir, c'est... Alors pour moi, ça me paraît, avec tout ce dont on parle, ça me paraît évident, mais j'aimerais bien que tu me parles un peu du titre, du coup, tu dises comment il t'est venu, à quel moment tu l'as choisi. Et ouais, je te laisse.
Chloé Cohen — Ah, le titre, grande histoire. Le titre, c'est pas moi qui l'ai trouvé, c'est la maison d'édition, c'est mon éditrice qui l'a trouvé. Je suis très nulle en titre, toujours. Mais je veux dire, dans les articles journalistiques et tout, ça a toujours été la cata, je n'arrive pas à trouver de bons titres. Il faudrait avoir des cours de Libération, je pense, pour avoir des bons titres, parce qu'eux ils sont vraiment très doués à chaque fois pour faire des unes hyper impactantes. Mais moi, ça a vraiment toujours été laborieux pour moi. Donc mon livre s'appelait Les Porteuses, initialement, très basiquement. Et en fait, donc l'éditrice, quand on a échangé et tout sur le titre, donc déjà elle me demande à quel point j'y suis attachée à ce titre, est-ce que je serais d'accord de le changer. Moi je dis mais bien sûr, enfin...
Ybelion — La question semi-ouverte : est-ce que vous êtes prêt à le changer ?
Chloé Cohen — Pour le coup, j'y suis attachée, non, pas plus que ça, c'est juste que je ne savais pas quoi mettre comme titre. Donc il n'y a pas de soucis, je me dis d'accord, on va essayer de réfléchir à autre chose, de quelque chose peut-être un peu plus, un peu plus dans l'émotion, un peu plus impactant. C'est vrai que Les Porteuses, ce n'est pas forcément parlant, puis ça peut évoquer plein de choses en fait qui n'ont rien à voir avec le livre. Donc quand elle m'a présenté Tissus d'espoir, je me suis dit ah mais oui, mais c'est trop chouette comme titre, parce qu'en fait il y a tout dedans, il y a tout ce que j'avais envie de raconter. Tissu, qui veut dire plein de choses, voilà, qui parle des liens, qui parle de textile évidemment. Et je n'avais pas envie de faire un livre trop plombant, parce que le sujet est quand même assez dur, et à l'intérieur il se passe des choses quand même pas très gais pour les personnages. Mais la fin, j'avais envie de terminer sur une note un peu d'espoir, et donc je trouvais ça chouette de le retrouver dans le titre. Donc voilà, donc ce n'est pas du tout, ce n'est pas du tout moi qui l'ai trouvé, mais j'en suis plutôt très contente. Quand elle m'a proposé ce titre là, j'ai dit oui tout de suite.
Ybelion — Chacun sa force. Et puis tu vois, ça prouve bien que tu n'atteins pas la perfection, à un moment tu partages, et c'est aussi de ça que naît la perfection. Enfin, en tout cas, voilà. Évidemment.
Chloé Cohen — Il y a un moment, on ne peut pas s'arrêter. Ce n'est pas grave, le titre, on s'en fout s'il n'est pas tip top, il faut quand même envoyer le livre. Les maisons d'édition, c'est leur métier, les éditeurs, les éditrices, ça fait aussi partie de leur métier, de trouver le bon titre au bon livre. Donc il faut leur faire confiance aussi. Exactement.
Ybelion — Et je trouve d'ailleurs, que tu l'as dit, mais ça se boucle très bien avec la fin, parce qu'il y a tout ce moment là justement où Pia voit un petit bout de vêtement, et elle dit justement que ça véhicule plein de choses. Et ça aussi, c'est une des phrases qui m'a marqué, tu vois. Je l'ai écrite, je me suis dit putain, ça je le retiens, parce que c'est vraiment super touchant comme message. Et c'est vrai à plein d'égards, c'est vrai avec toutes les petites babioles qu'on peut garder, elles aussi c'est toutes des porteuses d'histoire, quelque part. Et on retrouve le mot porteuse, voilà. Finalement, c'est trop beau, c'est trop beau. Et il y a une question que j'aime bien poser aux auteurs sur leur livre, c'est si tu devais dire quelque chose d'un peu insolite sur ton livre, ou que tu dirais, que tu dis pas forcément au premier abord, mais voilà, qu'est-ce que tu dirais sur Tissus d'espoir ?
Quatrième de couverture et couverture : lâcher prise
Chloé Cohen — Sur le contenu, tu veux dire ? Ou pas forcément le contenu ?
Ybelion — Sens-toi libre. J'ai... ouais.
Chloé Cohen — Ok. Je pense... je dirais deux choses, tu vois, de façon générale insolite, sur... peut-être pas forcément que sur mon livre. Mais c'est par exemple la quatrième de couverture, j'ai toujours trouvé ça très étrange. Donc c'est pas moi qui l'ai écrit, encore une fois, comme le titre, c'est pas moi qui l'ai écrit, la quatrième. Et je me dis c'est fou, parce que du coup c'est ça qui est censé donner envie aux gens de lire ton livre. Parce qu'il y a les gens qui me demandent, et c'est pas moi qui l'ai écrit. Donc ça, c'est vrai que je le dis pas forcément si on me demande pas, mais voilà, encore une fois, c'est l'éditrice, c'est la maison d'édition qui a écrit cette quatrième, qui est censée donner à voir de mon écriture et donner envie de lire le livre, mais ça vient pas de moi. Donc ça, je trouve ça assez insolite, de façon générale. Je sais pas comment ça se passe pour d'autres auteurs, mais moi ça a été le cas. Et peut-être la couverture, c'est pareil, en fait. Quand on m'a demandé, en fait, qu'est-ce que t'aimes bien comme couverture, je savais pas trop. Mais c'est vrai qu'en réfléchissant, j'ai tendance à être plutôt attirée par des livres assez sobres, des couvertures assez neutres, où limite il n'y a que le titre, en fait. Et donc quand on a la maison d'édition, enfin France Loisirs, ils essaient d'avoir une cohérence globale, ils ont un même graphiste pour que les couvertures se ressemblent, comme chaque maison d'édition finalement. Et donc quand ils me l'ont proposé, j'ai... je sais pas, enfin tu vois, j'ai eu du mal à me dire est-ce que j'aime, est-ce que j'aime pas, je sais pas trop. Et donc j'ai fait changer deux trois trucs, les couleurs notamment, voilà, qui ont été, qui ont été modifiées. Et après je me suis dit bon bah je vais leur faire confiance, s'ils pensent que c'est la bonne couverture, c'est que c'est la bonne couverture. Mais j'étais ni, enfin tu vois, j'étais ni en mode ah c'est un coup de coeur, ni j'aime pas du tout, je savais pas trop quoi. Et après j'ai eu de bons retours sur la couverture, donc je me suis dit bon bah c'est qu'ils ont bien fait, encore une fois, c'est qu'ils connaissent bien leur métier. Mais voilà, l'histoire de la couverture, je sais pas, j'avais peut-être projeté plein de choses dessus, enfin je... voilà, je sais pas trop. Mais du coup j'étais un peu, au début j'étais un peu sur la retenue, sur la réserve, j'avais peur que ça corresponde pas non plus à l'univers exactement de ce qu'il y avait dans le livre. Je crois que j'ai vachement intellectualisé le truc, beaucoup trop, je me suis posé beaucoup trop de questions sur cette couverture, alors qu'en fait, voilà, je pense qu'il faut faire confiance aussi aux éditeurs, aux éditrices, qui maîtrisent, qui maîtrisent leur sujet. Mais je crois... je l'ai... ou alors j'ai projeté trop d'attentes, enfin je sais pas, il y avait quelque chose d'un peu, voilà. Je sais pas si ça répond exactement à la question.
Ybelion — C'est trop bien, j'aime bien, parce que justement ça fait partie d'un des chemins, tu vois, on sait jamais trop où on va. Et moi, déjà, je la trouve très belle, la couverture, donc tu vois, preuve est qu'ils ont fait vraiment du bon travail. Et il y a quelque chose d'extrêmement inspirant dans ce que tu partages, c'est que, tu vois, finalement là tu m'as parlé de tout ce qui englobe le livre, et ça t'a pas arrêté dans ton processus d'écriture. Et c'est extrêmement important de faire les choses dans l'ordre, parce que ça m'arrive de discuter avec des auteurs qui me parlent d'édition, ils ont pas écrit le texte. Et je veux pas être, tu vois, je le dis toujours de manière un peu provocante mais c'est toujours bienveillant, c'est de dire écris ton texte, et tu te poseras la question de comment tu vas écrire la quatrième de couverture, qu'est-ce que t'auras sur la couverture. Tu te les poseras après. Soit ça vient, t'es frappé par une épiphanie un moment, bah là oui, prends des notes, etc. Mais si ça vient pas, concentre-toi sur ce qui est important maintenant. Et quelque part, dans ce partage un peu insolite que tu fais, je trouve que ça transparaît, et justement ça veut dire que t'as écouté ton coeur d'autrice, en fait. Et c'est le principal, tu vois. Et je trouve que ça me donne d'autant plus envie de découvrir le livre. Voilà.
Chloé Cohen — Bon bah tant mieux.
Ybelion — C'est trop cool. Bah on est quasiment, on a quasiment une heure, donc...
Chloé Cohen — Oui, je vois ça.
Ybelion — C'était passionnant.
Chloé Cohen — C'était passionnant, ouais.
Ybelion — Merci beaucoup.
Chloé Cohen — Peut-être que...
Le mot de la fin : surtout pas un livre moralisateur
Ybelion — Si tu veux passer un dernier message sur Tissus d'espoir, je te laisse, je te laisse la conclusion.
Chloé Cohen — Bah écoute, je réfléchis, mais on a quand même balayé pas mal de sujets autour de ce livre, non ? Peut-être le dernier message, c'est... voilà, j'espère avoir réussi le pari que ça soit pas un livre moralisateur, où on sort de là rempli de culpabilité, à se dire que vraiment on consomme hyper mal, c'est cata, je sais pas comment on va faire, comment on va s'en sortir. C'est pas du tout l'objectif du livre. Le livre, c'est vraiment juste d'être, à travers une histoire et des personnages, de nous faire prendre conscience de certaines problématiques, mais de garder l'espoir qu'on va pouvoir y arriver, quoi. Pour moi ça c'est important, parce que je trouve que si on est trop, si c'est trop, enfin, j'espère en tout cas que c'est pas le cas, mais c'est trop moralisateur, trop dans le négatif, on a tendance à plus avoir envie de faire bouger les choses, à plus avoir envie de rien faire, parce que c'est hyper paralysant, quoi, c'est hyper déprimant. Donc voilà, c'était plus de dire, parce que je sais que la thématique, elle peut être paraître un peu lourde, quoi, de se dire oh là, on va nous parler de pollution, de gaspillage, de femmes exploitées et tout. Oui, bon, déjà à travers des personnages, à travers une histoire, c'est pas un truc trop brut. Et surtout j'espère, voilà, à la fin, que les gens pourront sortir de là avec une petite lueur d'espoir, en se disant bah si, on peut arriver, à notre petit niveau, à faire des choses, à faire évoluer, à faire bouger les choses, et à avoir un monde le plus juste possible, quoi. Voilà.
Ybelion — C'est une très belle conclusion. Et d'ailleurs je pense que le fait que tu dises que t'espères que ce soit pas moralisateur prouve que t'as inconsciemment eu le recul pour que ça le soit pas. Donc le fait que tu le partages à mon sens... est à mon sens extrêmement positif. Donc bravo pour ce premier livre, et puis j'invite tout le monde à découvrir Tissus d'espoir, du coup. Voilà, je finirai là-dessus.
Chloé Cohen — Bah merci beaucoup en tout cas de m'avoir donné la parole. Avec plaisir. Hyper intéressant. Bon...
AU MICRO AVEC
Chloé Cohen
Chloé Cohen est journaliste indépendante. Pendant cinq ans, elle a enquêté sur l'envers de l'industrie textile dans son podcast Nouveau Modèle. Elle en a tiré Tissus d'espoir, une fiction ancrée dans le réel : au Ghana, l'amitié entre Pia, photographe française, et Nabia, porteuse de vêtements usagés. Le livre dit ce que les chiffres de la fast fashion ne racontent jamais.
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?