Aller au contenu principal

Conseil d'écriture

Écris tous les jours

Une histoire à laquelle tu donnes quelques lignes par jour ne te quitte plus d'une séance à la suivante.

La discipline

Ce que dit le conseil

Le conseil tient en quatre mots et n'accorde aucun jour de relâche. Dimanches, vacances et jours de fatigue compris, tu écris. Vingt minutes avant le travail ou une demi-page le soir comptent autant qu'une matinée entière, pourvu qu'aucune journée ne reste vide.

Personne ne l'a inventé. Stephen King l'applique au livre en cours, dont les personnages se défraîchissent dans sa tête s'il saute un jour, quand Ray Bradbury l'étend à chaque jour d'une vie. L'ancêtre latin du conseil, « Nulla dies sine linea », vient de ce que Pline l'Ancien rapporte du peintre grec Apelle, qui ne passait pas une journée sans tracer au moins un trait. La « linea » était un trait de pinceau avant que les écrivains en fassent une ligne de texte.

Pourquoi on te le répète

Un manuscrit laissé un mois se rouvre à tâtons : il faut relire deux chapitres pour retrouver la voix, le prénom de l'aubergiste, la poche où dormait la lettre. Rouvert le lendemain, il t'accueille avec une dernière phrase encore tiède, qui appelle presque seule la suivante.

L'écriture quotidienne raccourcit ce trajet de retour. Entre deux séances rapprochées, l'histoire continue de travailler, sous la douche ou dans le bus. Les petites quantités s'additionnent et remplacent les longues séances. La décision d'écrire n'est plus à reprendre chaque matin.

Et dans la vraie vie

1

Comment ce conseil peut mal tourner

Six heures par semaine, en trois séances d'écriture de deux heures : une autrice que j'accompagnais avançait ainsi dans son premier jet. Portée par son roman, elle a voulu passer à une heure par jour, sept jours sur sept. Sauf qu'elle a écrit moins de mots qu'avant, dans une culpabilité permanente, pendant que ses séances tournaient à une obligation de plus. Quand elle a constaté que ce nouveau rythme ne lui allait pas du tout, elle est revenue à trois fois deux heures. Un auteur lancé dans un défi d'écriture quotidienne de trente jours a buté ailleurs. Certaines journées passaient à concevoir la suite de son roman, sans une ligne écrite. Comme il s'était promis d'écrire tous les jours, elles lui ont laissé un malaise.

Depuis le 1er janvier 2023, je n'ai pas passé un jour sans écrire une ligne. Je mets pourtant ce conseil au dernier rang, parce que, pour certaines personnes, il peut être très mauvais. On est là au cœur de la Clarté de rythme : savoir de quoi tu as besoin pour que l'écriture s'ancre dans ta vie sans tirer un trait dessus. Parmi les auteur·ices que j'accompagne, certain·es écrivent tous les jours, comme moi. D'autres ont leurs séances dédiées dans la semaine, d'autres n'écrivent que le week-end, six heures à chaque fois. Tous ces rythmes sont parfaits. Alors si tu imposes à quelqu'un d'écrire tous les jours quand ça va à contre-courant de sa vie, tout explose et il se perd. Évidemment, ce conseil apporte beaucoup de positif à la majorité des gens, mais aussi vraiment beaucoup de négatif à une petite partie. C'est pour ça que, balancé à tout va, sans contexte, c'est peut-être l'un des pires qu'on puisse donner.

3

Un contre-exemple

Les romans policiers de Fred Vargas ont été écrits surtout pendant ses vacances. Archéozoologue, elle a été chercheuse au CNRS à côté de ses livres. L'essentiel de son écriture s'est logé dans des périodes de congé, à bonne distance de la séance quotidienne.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

DOn va dire « pas la cible »
Et toi, tu le classes où ?

Pour continuer

L'atelier offert

On part de tes semaines réelles, créneau par créneau, pour voir où ton écriture peut revenir sans forcer.

Je découvre l'atelier