Conseil d'écriture
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
Passé en maxime, ce vers de Boileau se cite sous une forme que son auteur n'a pas écrite.
Ce que dit le conseil
D'où vient ce conseil
Le vers exact de Boileau, au chant I de L'Art poétique (1674), est « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, / Et les mots pour le dire arrivent aisément. » La forme « Ce qui se conçoit bien » est une déformation courante.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
Une idée nette trouverait ses mots sans effort : le conseil en tire un ordre de travail, penser d'abord, écrire ensuite. Quand une phrase s'embrouille, il situe le défaut en amont, dans une idée encore floue. Tu butes depuis une heure sur un paragraphe ? Selon ce conseil, tu ignores encore ce qu'il doit dire.
Boileau écrit ce vers au chant I de L'Art poétique (1674), sous une forme qui diffère de celle qu'on cite : « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, / Et les mots pour le dire arrivent aisément. » La tournure « Ce qui se conçoit bien » en est une déformation courante. Trois vers plus haut, il donne la consigne : « Avant donc que d'écrire apprenez à penser. » La clarté d'un texte se joue, pour lui, avant la première ligne.
Pourquoi on te le répète
Demande à quelqu'un de te raconter son roman en cours. Si la réponse dure dix minutes et commence par « c'est compliqué », le manuscrit risque de s'embrouiller de la même façon.
Une phrase confuse cache souvent une décision qui n'a pas été prise : qui parle, ce que la scène doit changer, ce que le paragraphe veut montrer. Retoucher les mots n'arrange rien tant que la décision manque. Le vers envoie chercher la panne au bon étage, celui de l'idée. Il épargne des heures passées à polir une phrase qui n'avait rien à dire.
Et dans la vraie vie
Comment ce conseil peut mal tourner
À chaque reprise de son manuscrit, un auteur que j'accompagne voulait une première phrase parfaite avant d'en écrire une seule. Son énergie passait à comparer des phrases qui n'existaient pas encore. Le vers est ici poussé à bout : concevoir si bien qu'on n'énonce plus rien. L'auteur est reparti avec un exercice : écrire trois à cinq débuts, accepter que deux soient nuls, puis choisir à la sensation, quitte à trancher au dé.
Ce que j'en pense
Elle est très joliment dite, cette formule de Boileau, et je l'aime beaucoup. C'est plutôt bien, mais elle m'enferme trop dans une logique d'architecte, alors que des phrases très claires sortent parfois toutes seules, sans avoir été conçues. J'ai connu ça avec les idées, sur le premier jet de mon tome 3, où il m'en tombait dessus comme la foudre, des idées que je n'avais pas deux secondes plus tôt. Peut-être que ce qui s'énonce clairement est bien conçu, c'est l'œuf ou la poule, je ne sais pas. Mais tu peux dire une phrase très juste sans avoir tourné dix minutes ta langue dans ta bouche. Donc cette formule te coupe de ton instinct, elle te fait rester dans la tête, alors que l'épiphanie vient parfois du corps et du cœur.
Un contre-exemple
D'où vient cette anecdote
Dans son essai « Why I Write » (1976), Joan Didion écrit : « I write entirely to find out what I'm thinking, what I'm looking at, what I see and what it means. »
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
Dans son essai « Why I Write » (1976), Joan Didion part des mots pour arriver à la pensée. Si elle avait eu le moindre accès à son propre esprit, prévient-elle d'abord, elle n'aurait eu aucune raison d'écrire. Elle poursuit : « I write entirely to find out what I'm thinking, what I'm looking at, what I see and what it means. » Elle écrit, dit-elle, uniquement pour découvrir ce qu'elle pense, ce qu'elle regarde, ce qu'elle voit et ce que cela signifie.
Donc y'a pas de solution miracle.
Mon verdict dans la tier list
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Pourquoi ce livre, pour qui, pour dire quoi : tes trois réponses se cherchent à voix haute.
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