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Ecriture· 15 min

Comment écrire un livre : la réponse simple et le vrai chemin

Écrire un livre, c'est aligner 50 000 mots dans un doc. Et pourtant non. La vraie réponse : du courage, et savoir où tu vas, comment tu y vas, qui tu deviens.

Ybelion (Samuel Le Parc), costume gris et cravate rouge, sourit en regardant vers le bas lors d'une réception en extérieur.

Comment écrire un livre : la réponse simple et le vrai chemin

L'autre jour, je me suis fait avoir par ma propre question.

J'étais en train de réfléchir à cet article, celui que tu lis, et je me suis surpris à penser : « Attends. Au fond, écrire un livre, c'est quoi ? C'est ouvrir un document, aligner une suite d'à peu près 50 000 mots, mettre un point final, et voilà. C'est tout. »

Une seconde, j'ai presque eu envie de fermer l'ordinateur. Article terminé. Réponse livrée. Tu peux y aller.

Et puis... mdr quoi aha, je connais bien ce petit vertige. C'est exactement ce que je ressentais avant de commencer mon premier manuscrit (qui n'est pas mon premier roman d'ailleurs). Cette impression que c'est tout bête, que les autres en font tout un plat, qu'il suffit de s'y mettre. Sauf que si tu cherches comment écrire un livre, tu sais déjà, quelque part, que ce « voilà » cache quelque chose. Sinon ton livre serait déjà écrit.

Alors on va prendre le temps. Je vais te donner ma vraie réponse à « comment écrire un livre ». Mais d'abord, il faut qu'on règle un malentendu.

La réponse tient en une ligne. Et elle est vraie.

Commençons par l'honnêteté brute...

Écrire un livre, techniquement, ça consiste à poser une suite de mots jusqu'à former un texte cohérent d'une certaine longueur. Pour un roman, compte grosso modo entre 50 000 et 90 000 mots. Tu ouvres un document vierge, tu écris le premier, puis le suivant, puis encore le suivant, pendant des semaines ou des mois, et un jour tu écris le mot « fin ».

C'est ça. Il n'y a pas de formule secrète planquée dans un coffre quelque part. Pas de diplôme obligatoire. Pas de don réservé à une caste d'élus touchés par la grâce.

Je tenais à le dire, parce que beaucoup d'articles vont t'enfumer avec sept, douze ou vingt-trois étapes magiques. Trouver l'idée. Construire le plan. Définir les personnages. Choisir le point de vue. Et ainsi de suite. Ces étapes existent, elles ont leur utilité, on en reparlera dans d'autres articles. Mais elles te font croire que la difficulté est là, dans la technique, dans le « quoi faire ». Alors qu'elle est ailleurs !

Donc oui, la réponse courte est vraie : tu écris 50 000 mots, et tu as un livre.

Maintenant, pourquoi est-ce que presque personne ne le fait ?

Pourquoi ce n'est pas si simple

Parlons d'abord d'un marathon.

Courir un marathon, techniquement, c'est mettre un pied devant l'autre. À peu près 50 000 fois. Voilà la réponse complète. (Au passage, je trouve ça beau : 50 000 pas pour un marathon, 50 000 mots pour un roman. Le hasard a parfois de l'élégance.)

Est-ce que quelqu'un de sérieux te dirait que courir un marathon, c'est simple ? Que la vraie difficulté, c'est de connaître le mouvement « pied gauche, pied droit » ? Personne. Tout le monde sait que la difficulté n'est pas dans le geste, elle est dans la répétition du geste quand le corps et la tête te supplient d'arrêter. J'en sais quelque chose, et j'ai raconté ailleurs ce que le marathon m'a appris sur l'écriture.

Prends autre chose. Quand j'ai voulu prendre du poids et de la masse, à une époque où mon corps ne me convenait pas, on me répétait : « C'est juste des calories à manger et de la salle de sport. » Merci, vraiment. Si seulement ça avait suffi de connaître la formule. La formule, je la connaissais par cœur. Ce n'était pas l'information qui me manquait. C'était tout le reste : la constance, les jours sans envie, le découragement quand la balance ne bouge pas, le truc qu'on refait encore et encore parce que c'est la répétition qui paie, pas le savoir.

C'est exactement pareil pour un livre. Tu sais déjà qu'il faut écrire des mots. L'information n'a jamais été ton problème.

Et puis il y a tout ce qui ressemble à ça dans une vie. Arrêter de fumer, c'est « juste ne plus en acheter ». Construire un couple qui dure, c'est « juste rencontrer la bonne personne ». Élever un enfant, c'est « juste le nourrir et l'aimer ». À chaque fois, la phrase est techniquement vraie et profondément trompeuse. Le « juste » fait disparaître tout le chemin.

Et il n'y a que deux types de personnes qui te diront qu'écrire un livre, c'est simple : les vendeurs de rêve, qui ont un programme à te fourguer, et celles et ceux qui ne l'ont jamais fait. Quiconque est allé au bout d'un manuscrit sait que la difficulté n'est pas dans le « quoi ». Elle est dans le « tenir ».

Avant ma réponse, mon préambule

Avant de te donner ma vraie réponse à « comment écrire un livre », j'ai besoin de poser ma conviction profonde qui tient toute ma vie professionnelle debout.

J'ai la conviction profonde que tout le monde peut oser écrire son livre.

Voilà. C'est dit.

Pas « tout le monde devrait ». Pas « tout le monde en a le talent inné ». Juste : tout le monde en est capable, parce que la capacité d'écrire un livre ne dépend pas d'un gène littéraire, elle dépend de quelque chose qui se travaille et qui s'apprend. Je le vois semaine après semaine avec les auteurs et autrices que j'accompagne. Des gens qui arrivaient en disant « je ne sais pas faire, je ne suis pas légitime », et qui tiennent aujourd'hui leur manuscrit terminé entre les mains.

Si je ne croyais pas ça, je ne ferais pas ce métier. Garde cette phrase dans un coin de la tête pour la suite, parce que tout ce qui vient maintenant en découle.

La vraie raison : écrire un livre demande du courage

Alors voilà ma réponse. La raison pour laquelle tout le monde n'écrit pas son livre, alors que tout le monde le pourrait, c'est qu'écrire un livre demande énormément de courage.

Hola, baisse ton bouclier une seconde. Je ne suis pas en train de dire que les gens qui n'écrivent pas leur livre manquent de courage. Pas du tout. Je dis qu'ils choisissent, consciemment ou non, de mettre leur courage ailleurs. Dans leur famille, leur métier, un autre rêve, un combat qui compte davantage pour eux à ce moment de leur vie. Et c'est totalement OK. On a une quantité de courage limitée, et la dépenser pour ce qui compte vraiment pour soi, c'est de la sagesse, pas de la lâcheté.

Mais si toi, ton livre te hante, si tu te lèves avec lui et que tu te couches avec lui, alors la question devient : est-ce que tu es prêt à dépenser ton courage là ?

Et il va t'en falloir. Écrire un livre, c'est long. C'est rempli de doute. Ça te questionne sur ce que tu as à dire, sur ta légitimité, sur ce que les autres vont penser. Ça te touche dans des endroits que tu ne soupçonnais pas. Ça te demande de t'autoriser à prendre de la place et de t'affirmer, ce qui n'a rien d'évident quand une petite voix te répète depuis l'enfance de ne pas trop la ramener.

Et là, attention au piège. Beaucoup de gens entendent « il faut du courage » et serrent les dents. Ils transforment l'écriture en épreuve de volonté pure. Ils tiennent trois semaines, puis le réservoir de courage se vide, et ils abandonnent en se disant qu'ils ne sont décidément pas faits pour ça.

Le courage seul ne suffit pas. Il s'épuise. Ce qu'il faut, c'est de quoi le recharger en continu. Et c'est exactement là qu'intervient ce que j'appellerais, faute de meilleur mot, le secret.

Le secret tient en trois mouvements. Savoir où tu vas. Savoir comment tu y vas. Et devenir (rien de très secret en fait, ni de miraculeux).

Savoir où tu vas

Le premier mouvement, c'est l'intention. Le pourquoi. Savoir où tu vas, et surtout pour quelle raison profonde tu y vas.

Laisse-moi te raconter un truc qui n'a rien à voir avec l'écriture, en apparence. Pendant longtemps, j'ai fumé. Pas beaucoup, surtout en soirée, un peu l'été, le genre de fumeur qui dit qu'il a la clope sociale. J'ai essayé d'arrêter plusieurs fois, mollement, sans que ça prenne. Et puis un jour, je me suis rendu compte de l'impact que ça avait sur mes performances sportives. Là, quelque chose a basculé, mais pas sur le mode « c'est mauvais pour la santé », que je savais déjà depuis toujours. Ça a basculé sur un autre plan, beaucoup plus grand : j'ai tellement de choses à faire dans cette vie, tellement de livres à écrire, de projets à construire, de rêves à vivre. Si je m'abîme, comment je fais tout ça ?

Le déclic n'est pas venu de l'information. Il est venu d'une connexion à quelque chose de plus haut que la cigarette. À mon « où je vais » dans la vie. Et ce déclic, crois-moi, c'est un immense travail personnel et il se cultive.

Pour l'écriture, c'est identique. Tant que ton « pourquoi » est vague, tu écris sur du sable. Le premier jour de motivation, ça va. Le dixième jour de doute, tu lâches, parce que rien ne te tient et qu'un coup de vent reforme la dune. À l'inverse, quand tu sais vraiment pourquoi ce livre, en toi, ne te lâche pas, tu tiens même les jours gris. Ton intention devient le carburant qui recharge le courage quand il s'épuise.

C'est ce que j'appelle la Clarté d'Intention, le premier des trois piliers sur lesquels je m'appuie. Et c'est par là qu'on commence toujours, parce que sans cap, chaque direction se vaut et aucune ne mène nulle part. Quand l'intention manque, d'ailleurs, ça ne se voit pas tout de suite. Ça se traduit en symptômes : tu accumules les idées sans savoir laquelle écrire, tu commences trois chapitres et tu t'arrêtes, tu procrastines. Tous ces blocages qui paraissent techniques cachent souvent une intention pas encore au clair.

Savoir comment tu y vas

Le deuxième mouvement, c'est le rythme. Une fois que tu sais où tu vas, il faut savoir comment tu y vas, concrètement, dans ta vraie vie, celle avec un boulot, des enfants peut-être, de la fatigue et des imprévus.

Et là, je vais casser un mythe tenace : le rythme qui marche n'est pas le rythme le plus impressionnant. Ce n'est pas le sprint de cinq mille mots par jour pendant une semaine héroïque. J'ai essayé, ça m'a coûté trois mois de dégoût et de silence, j'en ai fait tout un article. Le rythme qui marche, c'est celui que tu peux tenir sans te détruire. Celui qui s'intègre à ta vie au lieu de la mettre en pause.

Trente minutes par jour valent infiniment mieux qu'une semaine de marathon suivie d'un effondrement. Et même, ça n'a pas besoin d'être quotidien. Ce qui compte, c'est que ton rythme soit le tien, pas celui d'un auteur que tu admires et dont la vie n'a rien à voir avec la tienne (on ne compare jamais le moteur des autres à sa carosserie).

Il y a un mot que je veux ajouter ici, parce qu'on l'oublie tout le temps quand on parle de discipline et de rythme : l'amour. L'amour régulier que tu as de l'écriture. Si tu construis un rythme uniquement avec de la contrainte, en serrant les dents, tu vas te lever chaque matin pour faire un truc que tu n'aimes pas. Et ça, sincèrement, je ne le souhaite à personne. Le rythme juste, c'est celui qui te reconnecte au plaisir d'écrire assez souvent pour que l'élan se renouvelle tout seul. Le courage te fait commencer. L'amour de l'écriture, lui, te fait revenir.

Devenir

Le troisième mouvement est le plus discret, et c'est sans doute le plus puissant. Il s'agit de qui tu deviens (et plus de ce que tu fais).

Une anecdote, encore. J'ai discuté un jour avec quelqu'un qui parlait de sa vie amoureuse, et qui m'a dit en substance qu'elle aurait aimé être directement au stade « ça fait vingt ans qu'on est ensemble ». Tout de suite. Sans les débuts, sans les ajustements, sans les disputes et les réconciliations. Juste, hop, la solidité tranquille des vieux couples.

Sauf que l'amour ne marche pas comme ça. On ne se téléporte pas à « vingt ans ensemble ». On y arrive en choisissant, chaque jour, de construire avec la personne qui partage notre vie. Le « vingt ans » n'est pas un point de départ qu'on pourrait s'offrir. C'est le résultat de milliers de petits choix quotidiens.

L'identité d'auteur, c'est pareil. Tu ne vas pas te réveiller un matin « écrivain », d'un coup, validé, légitime, débarrassé du doute. Tu le deviens en écrivant. Chaque séance d'écriture est un de ces petits choix quotidiens qui, mis bout à bout, finissent par construire quelqu'un pour qui écrire est devenu naturel. Au début, tu joues à être auteur. Tu te sens illégitime, imposteur, pas à ta place. Et c'est normal. Puis, à force, l'habit cesse d'être un déguisement. Il devient ta peau.

C'est la Clarté d'Identité, et c'est elle qui transforme l'écriture d'un projet ponctuel en une part de toi. Le jour où tu cesses de demander la permission, où tu poses tes mots tels qu'ils viennent, tu n'as pas trouvé ta voix d'auteur, tu l'as libérée. La beauté du truc, c'est que cette transformation déborde largement du manuscrit. Les gens que j'accompagne ne repartent pas seulement avec un livre. Ils repartent en sachant qu'ils sont capables d'aller au bout d'un projet qui compte. Et ça, ça ne s'oublie pas.

Et concrètement, par où commencer ?

Je sens d'ici la question. « D'accord pour le courage et les trois clartés, mais concrètement, je fais quoi demain matin ? »

Je vais te décevoir, et c'est une bonne nouvelle. Le premier pas pour écrire un livre n'est pas de trouver l'idée parfaite, ni de bâtir un plan en trente fiches, ni de choisir le bon logiciel. Tout ça viendra, et tu l'apprendras en marchant. Le premier pas, c'est de rendre l'acte réel. Aujourd'hui. Pas demain quand tu auras le temps, pas lundi quand tu seras inspiré.

Concrètement, deux gestes.

Le premier : écris un seul vrai paragraphe aujourd'hui. N'importe lequel. Une scène, un souvenir, une idée, peu importe que ce soit bancal ou que ça ne serve à rien au final. Le mouvement crée l'élan, jamais l'inverse. On n'attend pas d'avoir envie pour s'y mettre, on s'y met et l'envie suit. Un paragraphe écrit vaut mille paragraphes pensés sous la douche (tu peux te pencher sur les thèmes aléatoires d'ailleurs).

Le second : pose-toi la vraie question de départ, celle qui oriente tout le reste. Pourquoi ce livre, en toi, ne te lâche pas, et pour qui tu le portes ? Remarque qu'on ne parle même pas d'idée, ici. Des idées, tu en as sans doute déjà plusieurs qui se bousculent. On parle de sens. C'est une question simple en apparence, redoutable en profondeur, et c'est le travail qu'on déroule au tout début d'un accompagnement (en longueur et profondeur). Tu peux commencer à la creuser seul dès ce soir.

Le reste, le plan, la structure, les personnages, la réécriture, ce sont des techniques. Elles s'apprennent, elles s'enseignent, elles se trouvent dans mille manuels. Ce qui ne se trouve dans aucun manuel, c'est ta clarté à toi. Commence par là, et tu auras déjà pris une longueur d'avance sur la grande majorité des gens qui rêvent d'écrire sans jamais poser le premier mot.

Alors, comment écrire un livre ?

Reviens une seconde à mon vertige du début. « Un livre, c'est 50 000 mots dans un document, et voilà. »

C'est vrai. Je le maintiens. La réponse mécanique à « comment écrire un livre » tient en une ligne, et elle ne ment pas. Mais entre le premier mot et le point final, il y a un chemin, et ce chemin demande du courage. Un courage que tu rechargeras en sachant où tu vas (ton intention), en sachant comment tu y vas (ton rythme, nourri par l'amour de l'écriture), et en acceptant de devenir, petit à petit, la personne qui écrit ce livre.

Savoir où on va. Savoir comment on y va. Et devenir. Voilà mon vrai « secret », celui que je n'ai pas trouvé dans un manuel mais en le vivant, puis en le voyant se répéter chez des dizaines d'auteurs.

Si tu devais ne retenir qu'une chose, ce serait celle-ci : ne cherche pas la méthode parfaite. Elle n'existe pas, et la chercher est souvent une manière très élégante de ne pas commencer. Cherche plutôt ta clarté à toi. Le reste, les fameuses étapes, le plan, la technique, tu les apprendras en chemin, comme on apprend à courir en courant.

Tout le monde peut oser écrire son livre. Je te l'ai dit en préambule, et je le redis maintenant que tu sais ce que ça implique vraiment. La question n'a jamais été de savoir si tu en es capable. Elle est de savoir si tu as envie d'y mettre ton courage. Si la réponse est oui, alors tu as déjà fait le plus dur. Le premier mot peut être écrit aujourd'hui.


Si tu veux poser les fondations de ton livre, savoir où tu vas avant d'écrire la première ligne, c'est exactement le travail qu'on fait dans le RÉVÉLATEUR, la première étape de l'accompagnement Ose Écrire. Un cadre, les bonnes questions, et toi qui trouves ton propre chemin.

Ybe

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Ecrit par Ybe

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