Procédé narratif
Le narrateur non fiable
La voix qui raconte a ses raisons de tordre les faits, et on les découvre en chemin.
Ce que c'est
Un narrateur non fiable raconte l'histoire d'une manière qu'on ne peut pas prendre au pied de la lettre. Il ment pour se protéger, se trompe de bonne foi, oublie ce qui l'arrange, ou perçoit le monde de travers. La personne qui lit suit une version en la prenant pour les faits.
Le trope repose sur un contrat trahi en douceur : on fait confiance à la voix qui nous parle, jusqu'au détail qui fissure le récit.
L'anecdote historique
D'où vient cette anecdote
Agatha Christie attribue l'idée du Meurtre de Roger Ackroyd à son beau-frère James Watts ; en 1924, Lord Louis Mountbatten lui écrit aussi une prémisse proche, qu'elle reconnaîtra en 1969.
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Pour Le Meurtre de Roger Ackroyd, paru en 1926, Agatha Christie attribue l'idée de départ à son beau-frère, James Watts, qui imaginait un coupable dans le rôle du fidèle témoin. En 1924, Lord Louis Mountbatten lui avait aussi écrit spontanément pour lui proposer une prémisse proche. Christie écrit sa propre version, qui fait scandale chez certains lecteurs. Bien plus tard, en 1969, elle répond à Mountbatten et reconnaît son rôle : le coup de théâtre d'Ackroyd avait deux parrains, et Christie a fini par le dire.
Pourquoi ce trope marche
On relit la première page après la dernière : chaque phrase change de sens. Le narrateur non fiable offre ce plaisir rare : deux livres en un, celui qu'on a cru lire et celui qui était écrit.
Il flatte aussi notre vigilance, puisque les indices étaient là, sous nos yeux.
Quand ça rate
Si la révélation s'appuie sur un fait que la voix n'a jamais laissé filtrer, même de travers, la personne qui lit en veut à l'auteur·ice plus qu'au narrateur. Un mensonge bien mené laisse des traces dans ses propres phrases : une date qui ne colle pas, un silence, un détail corrigé trop vite.
Ce que j'en dis
L'épisode qui en parle
Je n'arrive pas à me rappeler quand j'ai fini le premier jet de mon tome 2, ni ce que j'ai ressenti ce jour-là. Je crois que c'était au début de 2025. À l'époque, je le voyais surtout comme la preuve, une seconde fois, que ma méthode marchait ; mes personnages, en plus, me saoulaient. Ce qui m'amuse, c'est que la vidéo épinglée sur ma chaîne dit peut-être autre chose. Je suis le narrateur non fiable de mon propre premier jet : ma mémoire a peut-être réécrit la scène, et seule la vidéo de l'époque peut trancher.
La Clarté qu'il éclaire
La Clarté de Rythme a une parade simple contre ce trou de mémoire : noter tes victoires et tes émotions à mesure que tu écris. Le journal de bord, ton narrateur non fiable le refuserait sans doute en séance : il aurait trop à perdre si quelqu'un comparait ses pages avec son récit.
Avant de l'écrire
- 1
Pourquoi ton narrateur déforme-t-il les faits : peur, honte, intérêt ou folie ?
- 2
Quel indice laisses-tu dans le texte pour qu'une relecture le démasque ?
- 3
À quel moment la personne qui lit doit-elle commencer à douter de lui ?
Pour continuer
L'atelier offert
Tes victoires d'écriture s'effacent si tu ne les notes pas : on y installe l'habitude de les garder.
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