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Genre littéraire

Littérature blanche

Le roman qu'aucun rayon de genre ne réclame mise sur une voix, un regard et des vies qui pourraient être les nôtres.

Ce que c'est

La littérature blanche désigne les romans que les librairies ne rangent sous aucune étiquette de genre ; on dit aussi littérature générale. L'histoire se déroule dans le monde tel qu'on le connaît, autour d'une famille, d'un couple, d'un deuil ou d'une ambition, et l'attention va aux personnages, à leur vie intérieure, à la langue qui les raconte.

Elle se définit par contraste avec les littératures de genre, polar, fantasy, science-fiction ou romance, qui annoncent leurs codes dès la couverture. La limite est poreuse : un roman de littérature blanche peut contenir un crime ou une histoire d'amour sans promettre pour autant une enquête résolue ou une fin heureuse. L'expression range des livres sur une étagère, au même titre que n'importe quel nom de genre.

Ce que le genre promet

La promesse se déplace des codes vers la voix : une façon de regarder le monde qu'on ne trouvera dans aucun autre livre. L'intrigue peut rester mince, une année de mariage, un été chez un père, un retour au village, si chaque page fait voir un peu plus juste des gens qui nous ressemblent. La fin a tous les droits, heureuse, amère ou laissée en suspens.

La langue qui se regarde écrire oublie ses personnages, puis l'ennui arrive. Trois pages superbes lassent vite si personne, dans le roman, ne désire rien.

L'anecdote historique

Chez Gallimard, la collection qu'on appelle la Blanche naît en 1911, avec les éditions de la Nouvelle Revue française. Son premier titre est L'Otage, de Paul Claudel. Elle doit son nom à sa couverture, qui est en réalité crème, bordée de filets rouges et noir. On rattache souvent l'expression « littérature blanche » à cette collection, par contraste avec le noir du roman policier, sans qu'une date vienne le prouver. Si l'explication est juste, des milliers de romans sont dits blancs à cause d'une couverture crème.

Ses tropes et ses procédés

Quand une narratrice raconte l'enterrement de son père avant de revenir, des décennies plus tôt, à leur dernière dispute, elle se sert des outils les plus visibles du genre : la voix qui raconte et l'ordre du temps.

Ses sous-genres

La saga familiale et le roman d'apprentissage en sont deux grandes branches, à côté de l'autofiction, qui mêle l'auteur·ice à son personnage, du roman épistolaire, écrit en lettres, et du roman choral, où les voix se relaient.

Ma grand-mère n'est pas du tout une lectrice de fantasy. Quand mon premier livre est sorti, elle a quand même eu la curiosité de le lire, en me prévenant avec son tact légendaire : « c'est pas du tout mon genre, donc je sais pas si je vais aimer ». Le livre fini, elle a confirmé qu'elle n'aimait pas trop la fantasy, mais qu'elle avait apprécié ma manière d'écrire et passé un bon moment. Ses lectures sont d'habitude beaucoup plus « ancrées dans la réalité » : une histoire d'ours et de taureaux qui utilisent la magie pour se taper dessus, ça ne lui parle pas. Les thèmes derrière ces bastons, le rapport aux différences, la balance entre liberté et sécurité, lui parlent bien davantage. Le deuxième tome creuse ces sujets, et je pense que c'est en partie pour ça qu'il lui a plu un peu plus. Ce qui a intéressé ma grand-mère sous ma magie, la littérature blanche le propose à découvert : des questions très actuelles portées par une voix, dans le monde tel qu'il est. À mon avis, le passage marche aussi dans l'autre sens : un livre de fantasy fait réfléchir à ces sujets des gens qui, au départ, ne s'y intéressaient pas.

La Clarté qu'il éclaire

J'ai longtemps vécu dans un rêve où écrire un livre ne valait le coup que s'il était édité par Gallimard. Le jour où je me suis dit « attends Sam, tu écris pour toi », ça m'a débloqué. Quel nom d'éditeur, quel prix ou quel diplôme attends-tu pour t'accorder le droit d'écrire ? La Clarté d'Identité raye la liste et te laisse signer l'autorisation toi-même. Pendant qu'elle me lit sa première page, ta narratrice s'excuse deux fois de n'avoir pas fait d'études de lettres. Je compte ses excuses dans la marge ; à la relecture, elle les barre elle-même.

Les 3 Clartés

Avant de l'écrire

  • 1

    Quelle vie ordinaire ton roman regarde-t-il d'assez près pour la rendre singulière ?

  • 2

    Si l'on cachait ton nom sur la couverture, quelle phrase de ta première page te trahirait ?

  • 3

    Quel désir fait avancer ton personnage en l'absence d'enquête ou de quête ?

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