Sous-genre
Roman d'apprentissage
De la première illusion à la dernière désillusion, un personnage apprend le monde et finit par savoir qui il est.
Ce que c'est
Le roman d'apprentissage, qu'on appelle aussi roman de formation ou Bildungsroman, suit un personnage jeune de ses illusions de départ à sa maturité. Il quitte sa famille ou sa province, se frotte au travail, à l'amour, à l'argent, à l'échec. Chaque épreuve corrige l'idée qu'il se faisait du monde et de lui-même.
Sa matière est le temps long d'une formation, des années parfois, dans un monde réaliste. Le young adult partage ses héros jeunes, mais se définit par le public adolescent qu'il vise et traverse tous les genres. Le voyage du héros est une structure, avec départ, épreuves et retour, qui ramène son personnage chez lui ; le roman d'apprentissage est un genre, libre de laisser le sien très loin de son point de départ.
Ce que le genre promet
La transformation se suit lentement, de l'intérieur : le personnage de la dernière page pense, aime et parle autrement que celui de la première. Chacun y retrouve ses propres années de formation : la paie qui rend libre, la chambre sous les toits, l'amitié qui ne survit pas au départ.
Si ton héros a raison dès le début, il n'a plus rien à apprendre. Quand le narrateur tire lui-même la morale de chaque chapitre, le roman devient un manuel.
L'anecdote historique
D'où vient cette anecdote
Karl Morgenstern, philologue allemand et premier directeur de la bibliothèque de l'université impériale de Dorpat, en Livonie, forge le mot « Bildungsroman » dans ses cours vers 1819-1820 ; Wilhelm Dilthey le légitime en 1870 et le rend courant au début du XXe siècle.
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Le mot « Bildungsroman » a été forgé par Karl Morgenstern, philologue allemand installé à Dorpat, en Livonie, où il fut le premier directeur de la bibliothèque de l'université impériale. Il l'emploie dans ses cours vers 1819-1820. Son adoption prend du temps : le philosophe Wilhelm Dilthey le légitime en 1870, puis le rend courant au début du vingtième siècle. Le mot, né dans les cours de Morgenstern, a patienté un demi-siècle avant qu'un philosophe le reprenne.
Ses tropes et ses procédés
Dès que ton héros découvre que son mentor triche, le roman d'apprentissage abat l'une de ses cartes favorites, à côté de la grande ville qui avale les ambitions et de l'amour au-dessus de sa condition.
Ce que j'en dis
L'épisode qui en parle
Un été, de passage chez mes parents, j'ai vu sur l'étagère « un livre orange fluo dégueulasse » : Martin Eden. Je ne l'avais que sur mon téléphone, où je n'avais lu que la première page. Je l'ai pris pour les vacances. C'est l'histoire d'un jeune marin qui veut devenir écrivain, écrit longtemps sans aucun succès et finit par y arriver. J'avais noté que la fin était « vraiment un uppercut » : ce qui achève Martin, c'est la réussite. Tout ce qu'il a écrit dans la misère se vend à prix d'or au moment même où il n'écrit plus. Au-delà de la persévérance, qu'on retient parfois de ce livre, j'y entends un avertissement : « si t'apprécies pas le chemin et que tu le fais pas pour la beauté du geste, en fait tu risques d'en souffrir ». Le roman d'apprentissage mène une formation jusqu'à son terme, puis demande ce qu'elle a fait de celui qui voulait tant arriver. Martin Eden pousse la question aussi loin qu'elle peut aller.
La Clarté qu'il éclaire
Si ton roman se vendait à prix d'or demain, quelle raison de l'avoir écrit resterait debout ? Cette lecture m'a conforté dans l'idée que je voulais écrire pour moi : j'ai envie que mon livre existe, qu'il soit là comme le témoignage de la personne que j'étais en l'écrivant. La Clarté d'Intention te fait chercher ta réponse avant le premier chapitre. Ton apprenti rêve de son nom sur une couverture. Il me récite le discours qu'il prononcera le soir de son triomphe. J'attends la phrase où il parle d'autre chose que des applaudissements.
Avant de l'écrire
- 1
Quelle illusion ton personnage emporte-t-il en quittant la maison ?
- 2
Quelle épreuve lui apprend ce qu'aucun mentor n'aurait pu lui dire ?
- 3
Que sait-il de lui, à la fin, qu'il ignorait en partant ?
Pour continuer
L'atelier offert
Une raison d'écrire qui tient sans promesse de succès te porte jusqu'au dernier chapitre.
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