Ep 127 · Intro : les multiples vies qu'on explore en écrivant00:00
Combien de vies tiennent dans une seule ?
CE QUE RACONTE CET ÉPISODE
Gabriel Blancard a perdu sa mère il y a dix ans, renversée par une voiture. Dix ans plus tard, il a réécrit l'histoire, du point de vue de cet inconnu au chevet que sa famille connaissait à peine. En écrivant, il a exploré chaque décision, chaque fin possible. Et il a découvert qu'aucune des vies parallèles qu'il aurait pu mener ne lui convient mieux que la sienne.
C'est peut-être ça, le vrai cadeau de l'écriture : elle te laisse traverser les chemins que tu n'as pas pris, et revenir apaisé du voyage.
Dans cet épisode, on parle aussi de Tolkien et de son œuvre au service de ses langues, de Barcelone qui est une femme, du premier jet qu'il déteste et du château de sable qui vient après, et de ces traductions qui envoient ses romans vivre leurs propres vies à l'étranger.
Un échange qui n'a qu'un seul défaut : être trop court.
LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE — CLIQUE UN SLIDE POUR L'AGRANDIR
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Intro : les multiples vies qu'on explore en écrivant
Ybelion — Hello ! Aujourd'hui j'accueille Gabriel et on parle des multiples vies qu'on explore en écrivant. On parle de Tolkien, on parle d'être traduit et lu à l'étranger. Et on parle aussi de cette mystérieuse femme qu'est la ville de Barcelone. Je vous laisse avec cet épisode qui n'a qu'un seul défaut, d'être trop court. Bonne écoute ! Moi c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach ICF et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous, inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute ! Ça c'est passionnant ça. Quand tu dis écrivain public, qu'est-ce que c'est exactement ?
Écrivain public : impôts, CV et chanteuse d'opéra
Gabriel Blancard — Écrivain public, c'est... Alors tu as surtout un public qui vient vers toi, qui n'est pas très à l'aise dans les démarches administratives. Donc on va dire que 80% de ton public, c'est ça. 80% de ton public, c'est des personnes qui ont besoin de répondre aux impôts, qui ont besoin de préparer un CV, qui ont besoin d'un document. Et que ChatGPT n'existait pas encore. Et donc ils viennent te voir pour... J'avais des gens qui voulaient faire des relances de courrier, des relances d'impayés, etc. Donc il faut être à l'aise avec pas mal de choses. Alors moi j'étais déjà avec mon mari. Et en plus il est avocat, donc c'était plutôt cool. Il pouvait m'aider là-dedans. Et après tu as aussi quelques personnes. J'avais rencontré un monsieur très singulier. Moi j'avais 25 ans, j'étais le petit jeune. Qui était très riche et qui voulait écrire l'histoire de sa rencontre avec sa femme. Une histoire d'amour un peu folle. Et donc je lui avais proposé un premier G. Et un premier chapitre qui m'avait dit non j'aime pas du tout. C'est sympa. Voilà. J'ai retrouvé le texte il n'y a pas longtemps et que je l'ai trouvé très beau. Mais bon, il n'a pas aimé, il n'a pas aimé. Ce n'est pas grave. Et j'avais rencontré un autre homme qui voulait, et j'ai fait, qui voulait écrire un petit livre. Il travaillait à l'école de la Boulle. L'école des métiers d'art de Paris. Ça a 12 ans ça. Je crois que c'est l'école de la Boulle. J'ai un doute. Je trouve fou. Mais l'école des métiers d'art. Et il voulait, oui c'est ça l'école Boulle pardon, pas la Boulle. École Boulle. C'est une école supérieure des arts appliqués. Et il voulait écrire un petit guide un peu comme un carnet d'orientation. En disant, si tu veux, voici tous les métiers qui existent. Et voici toutes les voies pour y parvenir. Donc ça, ça avait fait pas mal de recherches. Et la dernière personne que j'ai accompagnée sur cette période-là en écriture, c'était une femme, une chanteuse d'opéra lyrique, qui essayait de transposer son art en écriture. Et en fait, je pense qu'elle payait plus les moments pour être avec moi que vraiment le retour sur écriture, parce qu'elle avait un besoin, enfin elle était très seule cette femme. Elle était très gentille au demeurant. Elle n'était pas du tout preneuse de mes retours. A chaque fois, je disais, si le but est d'éditer ton texte, si le but est de le publier, malheureusement, en l'état, ça reste, je ne suis pas éditeur, mais ça reste très compliqué. Elle essayait vraiment de chanter des textes. Elle jouait beaucoup sur les onomatopées, sur les allitérations, etc. L'histoire ne voulait rien dire, mais ça devait être très beau en chanson. Et puis après 20, 25 rendez-vous, j'ai décidé d'arrêter avec elle, parce que je me suis dit que ça servait à... Enfin, qu'on n'irait nulle part, quoi. Il faut savoir arrêter aussi.
Ybelion — Oui, c'est clair. Et du coup, tu as été vraiment baigné dans l'écriture depuis le début, en fait.
Gabriel Blancard — J'ai toujours aimé ça. C'est marrant parce que tu en parles dans la plupart de tes interviews. À chaque fois, ça m'interroge moi-même sur depuis quand est-ce que j'écris.
Ybelion — Oui.
« Je déteste écrire le premier jet »
Des romans auto-édités au deuil transposé en fiction
Gabriel Blancard — Moi, j'écris des chansons. Mais oui, parce qu'il n'y a pas un moment où je... Mon premier roman officiel, publié, etc., c'était en 2019. Mais en 2012, donc j'avais 23 ans, j'auto-éditais mon premier texte, qui s'appelait « De nevers à votre cœur », qui est un roman épistolaire qui se passe en 1881 lors de la libération de la presse. Vraiment un truc que tu te dis... J'avais 18 ans quand je l'ai écrit. Et quand je le lis aujourd'hui, avec le recul et avec beaucoup d'égo, je le trouve encore assez bon. Je me dis, j'ai ouf. Gabriel, de 18 ans, qui publie un texte sur la loi de l'affichage en 1881 avec une histoire d'amour au milieu, qui se passe dans la Nièvre, à Nevers, où je n'ai jamais mis un pied. C'est assez curieux de le voir. Et il y a des phrases que j'avais écrites dedans, que je réutilise assez souvent. J'ai remarqué qu'il y a des phrases que je mets dans tous mes romans. Donc, je trouve que ça se casse ça. Il y a des phrases que je mets souvent dans mes textes. Je dis, il faut que j'arrête de les utiliser du coup. Mais je ne sais pas, ça fait partie de mon langage. Et donc, mon premier texte, je l'ai auto-édité en 2012 via Amazon KDP, qui a connu un succès très modeste. Amazon, quoi. Sans publicité, sans rien de tout ça. Après, j'ai publié un texte qui s'appelait Le quotidien de certains, qui était l'histoire d'une femme battue en 2014. Pareil, auto-édition. Et puis, j'ai travaillé un texte qui s'appelait Cela n'aurait pas changé de monde. De la chanson On s'est aimé, n'en parlons plus. Et la vie continue. Ça ne va pas changer le monde, etc. Et c'est l'histoire d'un homme qui arrive à la retraite et qui commence à s'ennuyer. Il est veuf. Sa fille est grande. Elle est partie. Et du coup, il cherche un peu à combler son temps. Et il rencontre, via une application de rencontre, Aurore, qui est libraire. Pareil, elle est proche de la retraite. Elle n'y est pas encore. Mais elle est divorcée. Ses enfants sont grands. Et c'est un début d'histoire d'amour assez fou. Ça se passe à Marseille. C'est ma ville de naissance. Donc, j'aime beaucoup décrire les endroits. Ce qui m'a amené à écrire dans la collection Voyage, voyage plus tard. Et sauf qu'il se rend compte, c'est idyllique. Ça dure deux, trois semaines. Et elle se fait faucher par une voiture. Et l'hôpital l'appelle lui. En disant, monsieur, il faut prévenir toute sa famille. Parce qu'elle va certainement mourir. Et sauf que lui, il ne les connaît pas. Lui, il a juste vécu cette petite parenthèse idyllique. Il ne les connaît pas. Et donc, il doit les appeler. Il doit les contacter pour les informer. Il les rencontrait aussi à son chevet. Sauf que quand il les rencontre à l'hôpital, eux, ils n'ont pas du tout envie qu'ils soient là. Il y a un inconnu dans la chambre d'hôpital. Ce n'est pas très apprécié. Et à la fois, lui, il n'a pas envie de la lâcher si jamais elle se réveille. Et cette histoire, c'est le contre-pied du décès de ma mère. Parce que ma mère, elle s'est fait renverser par une voiture. Et c'est son copain qu'elle venait de rencontrer qui nous a prévenu. Et ça faisait à peine deux semaines qu'ils étaient ensemble. Donc vraiment, on y apportait peu d'intérêt. Et quand elle est décédée, déçue de cet accident, et quand elle est décédée, je me suis dit qu'en fait, on n'a pas été très sympa avec cet homme qui clairement avait quelque chose avec elle. Il n'était pas là par plaisir. Personne n'était pas plaisir dans une chambre d'hôpital. Et ce n'est pas qu'on n'a pas été gentil non plus. Mais juste, on était en famille. Et lui, on ne le connaissait pas. Et du coup, je me suis dit je vais réécrire l'histoire pour avoir son point de vue à lui puisque son point de vue à lui est certainement fascinant. Et le plus difficile dans tout ça, et tu le sais certainement parce que tu écris aussi, c'est que quand tu réécris cette histoire, tu as le pouvoir de vie ou de mort du coup sur ton personnage. Oui. Et du coup, à la fin, c'était vraiment genre elle se réveille ou elle ne se réveille pas. Qu'est-ce que j'en fais de... Qu'est-ce que je fais de cette histoire ?
Ybelion — Et donc, ce roman... C'est hyper intéressant parce que quand tu commençais à raconter le déroulé de cette histoire, je me disais c'est fou, j'ai l'impression qu'il arrive à écrire sur des sujets qui ne sont pas tout à fait personnels. Et hop, tu as fait le lien avec l'accident de ta maman. Et je me dis ah ouais, ok, putain, incroyable. J'écris toujours sur des sujets personnels. Oui.
Gabriel Blancard — Moi, j'écris... Et là, c'est marrant, du coup, ça va faire 10 ans qu'elle est partie maintenant. Mais 10 ans après, il y a des choses qui ont un impact sur une vie, forcément. Et 10 ans après, dans mon roman actuel, j'ai un personnage qui est devenu un peu psychorigide et qui vit sa vie comme si elle était... comme si elle était prête à partir demain, comme si elle était prête à mourir. Et parce qu'il y a un truc qui m'a beaucoup marqué, c'est que ma mère, elle a laissé son appartement, que mon frère et moi, on a dû ranger, etc. Mais elle a dû laisser son appartement en revenant de vacances. Donc, dans l'appartement, il y avait sa valise ouverte, quelque part. Il y avait du linge devant la machine. Elle avait prêt à tourner, quoi. Elle a laissé sa vie en cours. Voilà. Et du coup, je trouve cette image assez marquante de se dire... Enfin, la valise ouverte, pour le coup, est très cinématographique et très littéraire. Et donc, voilà, ça, c'est quelque chose que je rajoute encore dans le texte que je suis en train d'écrire aujourd'hui. Je pense qu'il y a des choses qui te marquent.
Ybelion — le texte, celui qui t'es en cours d'écriture, c'est ça ?
Gabriel Blancard — Exactement,
Ybelion — qui sortira en 2027. Ouais, OK. Voilà, donc ce roman-là... Pardon. Non, t'inquiète, j'allais dire, c'est hyper touchant. Et effectivement, ce pouvoir de vie et de mort, là, il est très particulier parce qu'il peut être aussi très paralysant. Quand tu te rends compte, c'est très inconscient aussi, notamment dans les mécaniques de deux, et comme ça, qui sont liées à l'écriture, de se rendre compte qu'on a le pouvoir, quelque part, d'écrire une histoire différente et qu'en fait, c'est exactement celle qu'on aurait envie de raconter. Et puis là, t'as la dissonance avec le présent et ça devient quelque chose de très, très particulier à vivre et à, quelque part, à surmonter. Je crois que c'est souvent
Le pouvoir de vie ou de mort sur ses personnages
Gabriel Blancard — le moment où j'ai une grosse pause dans l'écriture, le moment où vient ce moment où je dois prendre la décision et il me faut deux semaines, deux mois avant de l'apprendre. J'ai eu ça dans un autre roman aussi qui était « Je nous ai attendus si longtemps », qui était mon troisième texte et qui raconte l'histoire d'une femme qui retrouve par hasard son amour de jeunesse alors qu'elle est mariée, qu'elle a ses enfants, qu'elle a sa vie et que tout va bien dans sa vie, elle n'avait pas de une vie classique, quoi. Et elle se chamboule tout et décide d'aller le retrouver. Et pareil, vu que mon mari sait que je m'inscrire souvent du réel pour écrire, vient un moment où tu dois prendre ta décision, est-ce qu'elle retourne avec lui ou est-ce qu'elle décide que la vie bien rangée ce n'est finalement pas si mal. Ce n'est pas du tout mon histoire, oui, c'est inspiré de faits réels, je n'ai jamais revu mon amour de jeunesse, je suis très heureux aujourd'hui, etc. Mais il vient quand même un moment où tu dois prendre cette décision et en plus, j'étais très mal à l'aise vis-à-vis des autres, vis-à-vis de ce que mon mari pourrait lire, qui est mon premier lecteur à chaque fois. Mais il y a vraiment ce pouvoir de réécrire l'histoire et de pouvoir changer de point de vue. Alors pour les lecteurs, ce sera juste une histoire, toi tu sais que c'est toi qui l'as écrite et qu'elle parle forcément de quelque chose.
Ybelion — Ce que tu me dis, ça me fait écho à... Alors du coup, j'ai plusieurs questions, je te fais mon fil de pensée et tu vas me dire. Moi, il y a un livre par lequel j'avais été beaucoup touché et en fait, c'est le titre de celui que tu as partagé, désolé qu'il m'est déjà passé, mais qui m'a fait penser au livre de Philippe Besson. Je trouve qu'il a des titres aussi très... Je ne sais pas, qui sonnent très poétiques quelque part. Oui. Et un qui m'avait énormément touché, c'était Arrête avec tes mensonges, où il raconte justement son histoire d'amour, de jeunesse et qu'il retrouve son fils à la fin. Enfin bref, voilà. Et je me suis toujours demandé, alors du coup, c'est marrant parce que tu amènes ce sujet-là, comment tu gères, tu vois, ce partage du passé avec le présent que tu vis toi, tu vois. Comment tu arrives à le... Ouais, à quelque part à faire fi du regard qu'on pourra porter sur ce passé-là. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
Écrire pour explorer les vies parallèles
Gabriel Blancard — Oui, je crois que je comprends ta question. Moi, je transpose totalement mon histoire. Et en vrai, j'ai l'impression quand je l'écris que je m'en sépare. Donc ça m'aide aussi dans un processus de deuil. Mais quand je l'écris, je m'en séparais. Aujourd'hui, quand je parle de l'accident de voiture, tu vois, je n'ai pas une larme qui me monte, c'est devenu un roman. Et toute cette histoire d'hôpital qui a été très, très compliquée parce que un coma et puis une décision de savoir si on doit la débrancher ou pas parce qu'elle ne peut plus s'alimenter, elle ne peut plus respirer toute seule. Enfin voilà, toutes ces décisions-là qui ont été très lourdes pour le jeune homme de 25 ans que j'étais à cet âge-là, je les ai transposées, ce n'est plus les miennes, ce n'est plus mes décisions, ce n'est plus mes personnages. Enfin si, ça devient celle de mes personnages justement. Et moi, je me sépare. Et pareil pour cette histoire de je nous ai attendus si longtemps, cette histoire d'amour de est-ce que je dois le retrouver ou est-ce que je dois m'y mettre. J'ai l'impression d'avoir exploré toutes les possibilités de ce qui aurait pu se passer si j'avais pris ces décisions-là et du coup, ça me conforte dans le choix que, même si je n'ai pas eu de décision à prendre parce que, encore une fois, tout va bien, même si je n'ai pas eu ces décisions, je vois que j'ai exploré tout ce qui était possible et qu'en fait, il n'y a aucune des vies parallèles que j'aurais pu mener qui me convient mieux que celle que j'ai aujourd'hui. Mais je pense que vraiment, j'écris pour... Ça va être très beau en tagline ça. Mais je pense que j'écris pour explorer les vies parallèles que j'aurais pu avoir et découvrir ce que j'aurais pu vivre.
Ybelion — Ouais, j'adore. Ça, je partage tout à fait. C'est très, très bien résumé. Et c'est assez, tu vois, cette question, j'aime bien la poser parce que je me rends compte que chacun, tu vois, trouve sa manière de, quelque part, devenir OK avec ce qu'il a pu vivre et réussir à le transmettre. Je trouve que c'est vraiment peut-être la plus grande preuve de, tu vois, quelque part, je suis OK avec ce que je suis devenu, tu vois. Et je trouve ça très beau, ouais, explorer les vies parallèles qu'on aurait pu avoir. Ça donne envie, tu vois, d'aller plonger un peu plus dans le, je dirais, l'écriture contemporaine, plus réelle que... T'as moins ça dans la fantaisie ou dans la science-fiction. Différents, c'est marrant que tu dises ça.
Tolkien : les aigles sont des aigles
Gabriel Blancard — C'est marrant que tu dises ça parce que tu en parlais, je me suis dit, mais je crois que toi, t'écris majoritairement de la fantaisie, je suis d'avoué ne pas t'avoir lu encore. Je trouve que il sera certainement réparé et corrigé bientôt. Mais je me suis posé, moi je suis un grand fan de fantaisie. J'en lis beaucoup. Notamment le Seigneur des Anneaux et tout le lore du Seigneur des Anneaux, C'est le Marion, etc. Moi vraiment, je suis un grand fan de Tolkien. Mais, alors tout le monde a cherché à faire des allégories avec l'œuvre du Seigneur des Anneaux en se disant mais c'est parce qu'il revient de la Somme. Il était combattant pendant la Première Guerre mondiale sur la bataille de la Somme et tout le monde a cherché à dire en fait les aigles c'est les avions américains, les bombardiers c'est en réalité l'œil de Sauron, etc. Et Tolkien a écrit une lettre là-dessus en disant pour tous ceux qui pensent que c'est une allégorie, etc. Arrêtez. Les aigles, c'est des aigles. Sauron, c'est Sauron. Stop. Il n'y a pas d'histoire, rien. C'est une histoire, c'est tout. Et c'est presque décevant de se rendre compte qu'il n'y a pas toute cette profondeur là-derrière, même si son œuvre est complexe et profonde bien entendu. Mais de se rendre compte que oui, son allégorie s'arrête là et en fait il n'y en a pas et ce n'est pas une transposition de son vécu, c'est une histoire. Et donc dans la fantaisie, je me pose souvent la question est-ce qu'il y a des choses qui sont inspirées ou pas ? Et effectivement, peut-être moins que dans le roman contemporain.
Ybelion — Alors tu vois, c'est marrant parce que je dis ça et en même temps, je suis assez convaincu que tu explores peut-être un petit peu moins en conscience, je dirais, des réalités beaucoup plus alternatives que tu n'as probablement pas vécues. Mais par contre, de manière très inconsciente, tu viens déposer des choses peut-être parfois très personnelles et qui quand tu le remarques te frappent d'autant plus fort parce que généralement, tu choisis aussi la fantaisie pour t'évader, tu vois. C'est quelque chose même que tu lis ou que tu écris pour ça, tu vois. Et donc, quelque part, je trouve ça toujours assez intéressant de voir comment à la fois comment les gens écrivent de la fantaisie et comment ils la consomment et de voir qu'il y a des niveaux de conscience qui ne sont pas forcément les mêmes, qui sont OK pour chacun. Et moi, ça me touche beaucoup. Pour le coup, j'ai choisi la fantaisie parce que c'est ce que je préfère lire, c'est ce qui m'évade, mais je me rends compte que en fait, tous mes personnages de fantaisie, ça a beau être des animaux anthropomorphes ou des gros guerriers, en fait, ils portent des problématiques que moi, je vis au quotidien.
Gabriel Blancard — Ils ont les blessures d'humains, ils ont tes blessures, ils ont tes rêves, bien sûr. Ça ne me surprend pas, en tout cas. C'est ça.
Ybelion — Et je trouve justement que c'est ça qui est fascinant, c'est que ce n'est pas surprenant, mais parfois, tu as ce choc quand tu le vis, quand tu l'écris, de dire, mais merde, tu as même moi qui pensais échapper à toutes ces questions introspectives, en fait, pas du tout. Et c'est presque plus surprenant, tu ne t'y attends pas et ça peut bousculer peut-être un peu plus parfois.
Nos œuvres de fantasy fondatrices
Gabriel Blancard — C'est quoi ton œuvre phare, ton œuvre majeure de la fantaisie, pas que tu aies écrite, mais que tu aies lue
Ybelion — et que tu aies donné envie de... Putain, tu sais que c'est une magnifique question et en fait, je crois que j'ai deux réponses. Je pourrais dire Tolkien, mais en fait, pas tellement, parce que moi, je suis une génération, en tout cas, j'ai découvert surtout avec les films et ça a été... Le lire, ça a été assez particulier parce que j'ai eu deux phases. La première, c'est que je n'ai pas du tout aimé parce qu'en fait, je n'aime pas trop les descriptions. Moi, j'aime bien les dialogues surtout et donc, il décrit beaucoup. Et donc, quand tu as bouffé 100 pages de Herbes vertes de la comté, tu vois, c'est... Et en même temps, après, j'ai lu un bouquin sur la vie de Tolkien et le rapport, notamment, qu'il avait à la nature ou aux langues, etc. Et ça m'a donné un niveau de lecture différent et ça m'a fait apprécier ces descriptions de manière différente. Donc, tu vois, je l'ai pris dans un second temps beaucoup plus dans un aspect, OK, je commence à comprendre à quel point l'intériorité de l'auteur a une importance sur le texte. Ça donne une sensibilité différente. Et tu vois, c'est ce que je retrouve quand je discute avec toi, avec Juliette, avec n'importe qui. Ça me permet de toucher une sensibilité différente qui me fait apprécier vos textes différemment. Donc ça, c'est la parenthèse Tolkien. Et ensuite, moi, il y a deux œuvres qui m'ont vraiment marqué. La première, c'est la Belgariade de David et Leith Hedding qui n'est pas très connue, mais tu vois, c'est le bouquin de fantasy que j'ai lu quand j'étais petit, quoi. La Belgariade ? Ouais, Belgariade, B-E-L. La Belgariade, c'est bon,
Gabriel Blancard — je l'ai.
Ybelion — Et c'est le bouquin de fantasy que j'ai lu quand j'étais petit, quoi. D'accord, oui, forcément, il y a un impact. Et voilà, il y a un truc, c'est la première fois que tu découpes ça, quoi. Et rien de ça, rien que d'en parler, j'ai des frissons, tu vois. Et d'ailleurs, c'est vraiment
Gabriel Blancard — une couverture de l'époque, c'est vraiment une couverture
Ybelion — des années 80, 90. Ouais, carrément. Et puis, c'est une saga, il a donc la Belgariade, la Malorée, puis après, tu sais, il a exploré, bref, différents arcs, mais c'est un fan il a écrit un bouquin sur la manière dont il a construit son univers, qui est bourré de conseils fantastiques, du genre, 80% de ce que vous allez écrire est nul, mais c'est pour ça qu'il y a les 20% géniaux qui existent après. L'importance, tu vois, des noms dans la fantaisie. Il dit, bon, si Perceval, ça ne plaît pas Perceval, mais Jean-Charles, ça n'aurait pas le même impact. Voilà, il parle de beaucoup de ça, il est très taquin aussi en disant, s'attaquer à écrire de la fantaisie, ne le faites pas pour gagner de l'argent parce que c'est d'abord une aventure personnelle et tellement longue qu'il faut le faire pour les bonnes raisons. Et donc, il véhicule beaucoup de messages qui m'ont marqué aussi très vite quand moi, je me suis reconnecté à l'écriture plus tard, qui fait que ça m'a vraiment, ça m'a marqué. Tu vois, c'est un texte de fantaisie qui, je pense, si on l'analyse avec un œil d'expert, qui porte beaucoup de tropes très classiques, qui porte des mécaniques très classiques, qui est, voilà, mais qui est vraiment, moi, vraiment m'a énormément marqué. Et le deuxième, c'est tout le cycle de J de Grimbert qui, pour le coup, est français. Et ça, notamment, le premier cycle du secret de J, ça, ça tabasse. Ça, j'aime beaucoup. Ça, c'est... J-I.
Gabriel Blancard — D'accord. Le cycle du secret de J, d'accord. Je n'ai jamais entendu de... Je regarde la couverture, peut-être, ça peut parler avec la couverture. Non, ça ne me parle pas du tout. C'est beau aussi,
Ybelion — les visuels sont très beaux. Ça, c'est très cool. C'est un peu plus récent.
Gabriel Blancard — C'est des visuels, là, je vois la collection que j'ai lue sous les yeux, ça me fait penser à L'Assassin Royal.
Ybelion — Ouais, c'est un peu... Ouais, il y a des similitudes, effectivement. Et puis, c'est très... Le... En fait, tu vois, en fait, c'est marrant, c'est que j'ai du mal à détacher une oeuvre du moment où je l'ai lue. Tu me diras si toi, ça te fait ça aussi, mais moi, tu vois, le secret de J, c'est aussi un truc que... Enfin, plutôt la Belgariade, c'est aussi un truc que j'ai relu quand j'étais en prépa, tu vois. Prépa, c'était méga dur, et en fait, le seul moment de déconnexion, j'avais deux moments de déconnexion, c'était League of Legends le samedi après-midi et la lecture de la Belgariade le soir, tu vois, parce que c'était vraiment le truc, je me retrouvais comme un adolescent et puis, voilà, t'as ce petit garçon qui tombe avec quelque part ce pouvoir qui doit apprendre à utiliser, je me disais, c'est un peu pareil que la prépa, allez, on va à la guerre, quoi. Donc, c'est toujours, tu vois, des époques qui m'ont marqué et donc, avec les livres associés, tu vois. Et ça, je pourrais continuer énormément, tu vois.
Devenir lecteur à Londres et le projet fantasy d'une vie
Gabriel Blancard — C'est fascinant de parler des lectures qui nous ont impactés. Moi, je pense que j'étais pas un grand lecteur adolescent et je me suis devenu... Je suis devenu pour moi... J'ai quitté la France quand j'avais 18 ans, dès que j'ai eu mon bac en poche, je savais pas quoi faire et du coup, je suis parti vivre en Angleterre et en fait, c'est là-bas. La langue française me manquait. J'étais cahier des Anglais, je vis des cahiers des Anglais, etc. Et la langue française me manquait et du coup, c'est là où j'ai trouvé mon refuge dans la lecture et je crois que j'ai lu à ce moment-là Les souffrances du jeune Weber de Goethe et... que j'appelais Goethe à l'époque, de Goethe, mais qui... qui m'a marqué énormément et c'est là où j'ai commencé à écrire mon premier roman épistolaire de Nevers à votre cœur. Mais avant, j'étais pas un grand lecteur mais c'est vrai que maintenant, aujourd'hui, que tu m'en parles, les romans, je les associe énormément... Enfin, ce que je lis, mes lectures, je les associe énormément au moment où je les ai lus et je suis convaincu qu'il y a des bons moments pour lire certains textes et des mauvais moments. Hier soir, j'ai commencé un texte que j'ai pas du tout accroché. J'ai lu au moins trois chapitres quand même Histoire 2. C'est pas pour autant que je le jette ou que... voilà, je le garde mais peut-être qu'un autre jour, dans d'autres circonstances, je prendrai du plaisir. Là, j'en ai pris aucun. Après, il passe après une lecture que j'ai adorée et il passe... donc c'est toujours un peu compliqué de passer après des coups de cœur, d'ailleurs. C'est marrant parce qu'on parlait de fantasy. Moi, j'ai un projet de fantasy. J'ai commencé il y a un... Mais je pense que c'est un projet que j'aurais sur ma vie entière et que je ne l'aurais jamais écrit. Mais j'ai une histoire que j'ai depuis 15 ans en tête et qui trotte et qui est là. mais je pense que c'est trop grand pour moi. Je ne sais pas ce que je veux dire, je pense. Mais quand tu commences dans la fantasy, il faut créer une magie et il faut créer une géographie, il faut créer tout ça, etc. Et d'ailleurs, ça me fait penser parce que tu parlais de description de Tolkien. Tolkien, il n'a jamais écrit des descriptions pour le Seigneur des Anneaux. C'est l'invent. Il a écrit le Seigneur des Anneaux pour ses descriptions. Tolkien, il dit toujours que le Seigneur des Anneaux est juste l'histoire pour faire vivre la géographie qu'il a créée. D'abord, il a créé des langues. Il était étymologue, il était linguiste, son plus grand truc, c'était ça. C'était créer des langues. Il a créé des langues puis il a créé, il s'est rendu compte que pour avoir un impact, en fait, c'est la géographie qui nous entoure qui a un impact sur nos langues et donc, il a créé tout cet univers et en fait, il a juste créé l'histoire du Seigneur des Anneaux pour que les gens découvrent son univers. Mais ce n'est pas la description qui sert l'histoire, c'est l'histoire qui sert la description. Donc, c'est vrai que je le lis aussi différemment parce que je sais que le point de vue, c'est celui-là. Le point de vue, c'est de prendre une carte et de regarder, ah, ils sont là, ils sont là, etc. Moi, ce qui me fascine dans Tolkien, c'est toute la complexité de l'œuvre. Si tu lis, si tu en as lu plusieurs, si tu as lu que Le Seigneur des Anneaux, ce qui est le pas d'entrée, bien sûr, après, tu as la Tapsie de Marion, tu as l'Atlas de la Terre du Milieu, tu as plein de choses. Et en fait, tu te rends compte dans Le Seigneur des Anneaux qu'il n'y a pas une phrase qui est anecdotique. À chaque fois, il fait des références à des blagues de l'autre, il fait référence à des histoires de l'autre. Et en fait, tu te dis, mais c'est hyper complexe et c'est hyper beau. C'est ça qui me fascine. Et moi, j'ai la prétention de dire que, et je pense aussi que c'est pour ça qu'on écrit, on écrit parce que on aime ce qu'on écrit, on aimerait le lire. Et moi, j'aime lire des histoires qui s'entrecroisent comme ça où tout se rejoint, mais qui prendraient une vie à écrire, je pense. Donc voilà, j'ai commencé par écrire le lore, du coup, tout l'univers autour. Donc, j'ai des histoires secondaires, mais je n'ai pas encore mon histoire principale. Et je pense que je ne l'aurai peut-être jamais, mais j'ai un vieux carnet en cuir avec la première histoire où j'ai, pour le coup, c'est très drama. La fantasy, je l'écris presque à la plume, mais en tout cas, je suis au stylo à l'encre noire. J'ai presque envie de... Attends, je regarde si je l'ai juste là. J'ai presque envie de se montrer parce que je crois qu'il est là, sinon il est à l'étage. Quand tu ne sais même plus où il va être à l'étage, quand tu ne sais même plus où il va être encarné, c'est que ça fait un moment
Ybelion — que tu n'as pas posé dessus. C'est exactement ça. Et c'est là, moi, c'est ça qui m'a impressionné quand j'ai découvert la vie de Tolkien, c'est qu'il a vraiment, il est l'exemple même de... OK, il avait une passion, les langues, et en fait, ça a été le déclencheur de tout. Et je pense qu'une très grande partie du succès de Tolkien est que c'est avant tout partie de quelque chose qui lui tenait plus que tout à cœur. Et après, moi, c'est ça qui m'impressionne aussi, c'est que c'était un créateur d'univers, mais il a quand même écrit des histoires au travers de ça. Et il ne s'est jamais perdu, justement, et d'ailleurs, il est mort avec... On a toujours des incertitudes sur certaines parties de son mort. Il y a des contradictions aussi. Exactement. Et ça lui a malgré tout pas empêché d'écrire ces histoires. Alors, je n'ai pas tout en tête, mais il me semble qu'il y a une grande partie aussi qui est aussi du assez proche et du fait qu'il écrive le Hobbit, notamment pour ses enfants ou ses... Je ne sais plus exactement. Et donc, j'aime bien, tu vois, il est vraiment l'exemple de, OK, il y a la passion, il y a les proches et puis il y a ce truc d'un moment où oser partager et puis il y a beaucoup de hasard dans la vie de Tolkien, notamment sur les premières éditions. Enfin bref, il est un peu le centre de tout ce que, à mon sens, l'écriture est.
Gabriel Blancard — Tu retrouves un peu la success story à la Harry Potter, c'est pareil, il a issu des refus et puis un jour, il y a quelqu'un qui parlait sur lui et ça marche. Mais effectivement, il écrit pas mal Le Hobbit, c'était pour ses enfants et après, il a aussi écrit, parce que tu penses à ses proches, mais il a aussi écrit, il a transposé sur l'histoire d'amour avec sa femme dans une nouvelle qui s'appelle Beren et Luthienne. Ah voilà, c'est ça. Ça, c'est l'histoire d'amour avec sa femme. En vrai, quand tu le lis, si tu ne le sais pas, c'est quand même une femme qui s'est pourchassée par un loup. Je pense qu'on écrit tous sur ce qu'on connaît, on écrit tous sur nos proches et c'est juste à quel point tu le lis, tu y es ou pas dans un roman. Il y en a qui font de la biographie. Moi, je pense que la biographie, ça ne marche pas aussi. Les gens ne vont pas lire la biographie de quelqu'un qui n'est pas connu. C'est quelque chose que tu retrouves souvent en l'atelier d'écriture où tu as des gens qui viennent en étant persuadés que moi, j'écris ma biographie et je vais chercher un éditeur. Malheureusement, ça n'intéressera personne.
Écrire pour soi ou pour être lu : la question de l'intention
Ybelion — Oui, c'est effectivement avec les gens que je peux croiser, ceux que j'accompagne ou ceux que je n'accompagne pas. Je remarque qu'effectivement, quand les gens viennent avec la volonté d'écrire sur leur vie, là, je suis très attentif à bien éviter cette dissonance de résultats attendus. Ok, tu veux écrire mais parce que c'est important pour toi ou parce que tu as envie que ton histoire soit lue. Et en fait, ce n'est pas du tout la même chose. Et quand tu écris sur ta vie avec la volonté que ça soit lu, en fait, tu n'écris plus vraiment sur ta vie. Il y a plein de choses que tu dois couper il y a plein de choses que tu dois un peu romancer et donc c'est là que ça devient très important d'être très au clair sur ça. Et effectivement, ce n'est pas évident parce que c'est personnel aussi. Mais là, après, c'est le rôle aussi d'un accompagnant.
Gabriel Blancard — Un facilitateur. Je suis d'accord. C'est une question. C'est quoi la finalité de ton texte ? Moi, ça me fait penser quand j'écoutais Juliette qui disait qu'elle a ce roman-là et qu'elle n'en changera pas un mot parce que c'est son histoire, etc. Moi, j'écris pour être lu. Bien sûr, j'écris thérapeutiquement. Il n'y a pas de débat. Mais j'écris pour être lu et je vais écrire ce qui va se vendre aussi. Et ce n'est pas un vilain mot. C'est vrai qu'on a un peu sacralisé l'écriture et on a tous débat aujourd'hui. Est-ce que c'est un roman ? Est-ce que c'est un produit ? Ça reste un produit. Il faut le vendre. Il faut faire du marketing. Il faut faire des vidéos sur Instagram. Il faut le vendre. Il faut faire du lobbyisme auprès des libraires. Il faut aller prêcher sa paroisse. Et à la fois, il faut aussi être bien dans ce qu'on a écrit, être confiant avec ce qu'on a écrit. Mais on ne peut pas séparer aujourd'hui, en tout cas, si on écrit pour être lu, on ne peut pas séparer le fait qu'il faut aussi écrire skisement. Et donc, moi, je faisais plein de gens qui me disaient que j'ai envoyé mon roman à plein de maisons d'édition, etc. Oui, mais en fait, je cherche la maison d'édition qui te correspond. J'ai écrit de la fantaisie, j'ai envoyé ça à Albain Michel. Alors déjà, tu vas te citer. J'avais une jeune femme qui m'a dit ça la semaine dernière, qui avait écrit un texte fantaisier et qui l'a envoyé partout. Elle me dit est-ce que tu peux l'envoyer à ton éditrice ? Tu peux l'envoyer à mon éditrice si tu veux, mais elle n'en fera rien. Elle ne le lira même pas. Elle n'écrit pas de fantaisie. Elle ne publie pas de fantaisie. Et puis, elle n'en lit pas. Donc, elle serait peut-être aussi de mauvais conseils. Il ne faut pas dissocier le fait que c'est devenu un produit commercial. Il faut savoir le vendre. Il faut savoir le marketer. Il faut savoir se mettre en avant. Il faut faire tout ça. C'est moins facile qu'avant peut-être. En tout cas, c'est plus ouvert à tout ceci.
Ybelion — Je pense que, oui, c'est ça. Ce que j'allais dire, c'est qu'effectivement, après, tu peux débattre de la santé du monde, du livre, de tous les enjeux qu'il peut rencontrer, de tous ces dysfonctionnements aussi. Une fois que tu as dit ça, c'est aussi des choses sur lesquelles on n'a pas forcément le contrôle ou en tout cas, pas tout de suite. Et donc, à mon avis, c'est là que tu ressens sur toi ce que tu attends de ce livre-là. Si tu attends pour être lu, effectivement, la première question, c'est OK, tu as envie d'être lu, mais alors du coup, par qui ? Et je ne veux pas, oui, mon histoire touchera tout le monde. OK, tout le monde, mais il y a qui dans tout le monde ? C'est quoi les thématiques ? Et puis, au contraire, c'est intéressant de creuser. Et puis, même ce que tu l'as dit sur les maisons d'édition, à mon sens, parfois, si tu sais déjà que tu as envie d'être lu, réfléchis tout de suite à la maison d'édition que tu as envie de cibler. Et tu vois, pour l'occurrence, la collection Voyage-Voyage est un très bon exemple parce que si tu as une idée vraiment fixée sur une ville avec une histoire, etc., bon, très bien, tu peux aussi commencer à construire ton histoire comme ça. mais ouais, c'est important de savoir...
Gabriel Blancard — Ça peut penser à deux choses. Vas-y, finis par là, je me suis dans la tête et je suis dans ce genre.
Ybelion — J'allais conclure en disant que c'est important d'avoir cette intention personnelle vraiment claire parce que sinon, la dissonance, à la fin, elle te fait arrêter au milieu, en fait. Trop dur de suivre deux chemins à la fois.
Gabriel Blancard — Je pense aussi, un autre des biais que tu rencontres souvent avec les personnes qui écrivent, c'est que tu leur dis du coup, ton texte, il ressemble à quoi ? Il ressemble à qui ? Ils disent, ah non, ce que j'écris, c'est comme personne, c'est une histoire qui n'existe pas, etc., je ne peux pas me comparer. Et du coup, personne ne rentre dans une librairie pour aller voir le libraire et lui dire, je veux lire un livre qui ne ressemble à aucun autre. Non. Tu vas voir le libraire en disant, j'ai aimé Virginie Grimaldi, je veux un truc qui ressemble, j'ai aimé lire Les Sept Sœurs, je veux un truc qui me fait voyager, j'ai aimé la Belgariade, je veux quelque chose qui y ressemble. C'est bien d'avoir des comparaisons. On ne peut pas arriver sur le marché et dire, ce que je fais, c'est nouveau. Il y a forcément une histoire, il y a forcément quelque chose auquel raccrocher et surtout, si tu dis ce que je fais, c'est nouveau, les gens n'aiment pas tant que ça la nouveauté. On dit qu'il n'y a que trois histoires qui existent, l'histoire d'amour, l'histoire de la quête, confortable d'aller dans un livre et d'avoir quelque chose que l'on connaît. Et la deuxième chose, c'est parce que, effectivement, j'ai écouté ton podcast qui est à fait avec Juliette Elamine sur le voyage et sur Naples, notamment, parce qu'elle, en premier, elle avait Naples et après, elle a eu son histoire. Moi, ça ne fonctionne pas comme ça. Moi, la ville est forcément un personnage principal mais elle le devient pendant l'écriture, elle le devient pendant mes recherches. Moi, j'ai un autre point de départ qui est plus l'histoire. Il y a plein de villes sur lesquelles j'avais envie d'écrire. j'aime beaucoup qui est très, très belle. Je ne sais pas si tu connais personnellement ou pas.
Ybelion — Pas du tout, non. Barcelone, en l'occurrence, on en parlera. Oui, tu connais bien.
Lisbonne : la reine Amélie et le bouquet de fleurs
Gabriel Blancard — Mais sauf que ces vies, je n'ai pas trouvé d'histoire. Donc, j'avais la ville mais j'ai cherché les événements historiques, j'ai cherché ce qui pouvait s'y rattacher et je n'ai pas trouvé. Quand j'ai commencé dans la collection Voyage, j'étais à l'archipel avant en tant qu'auteur et mon éditrice, Virginie Fuertes, a décidé de quitter sa maison d'édition pour créer sa propre maison. Et c'est ainsi qu'est né Voyage Pop, Maison Pop, avec la collection Voyage, Voyage. Et en plus, ce qu'elle me dit à ce moment-là, c'est moi, je vais écrire une collection sur les voyages, sur les villes, etc. Et je le dis un peu comme les sept sœurs, la saga des sept sœurs, elle ne se lui parlait pas du tout. Donc, moi, je veux des histoires passées présentes ou en double temporalité avec des événements du XXe siècle, des faits historiques. Elle me dit, un peu comme le Titanic. Là, ça me parle. Le Titanic, je suis un grand fan du Titanic. Du coup, je dis, ok, ça me parle, c'est ce que j'aime, c'est ce que, très bien. Mais d'abord, moi, il y a eu le cahier des charges. Donc, il faut écrire sur la double temporalité avec se raccrocher à des faits historiques ou des faits culturels, mais quelque chose qui a vraiment existé et avoir un peu tes personnages qui se baladent dans la ville, que tu puisses, voilà, qui puissent se voyager, découvrir des endroits, etc. Mais sans que ce soit un guide touristique, bien sûr. Et donc là, moi, il est venue la quête de l'événement historique dont je pourrais parler. Et pour faire ceci, j'avais en tête que je voulais faire le Portugal parce que j'aime bien les pays du Sud et j'aime bien la péninsule ibérique. Et je me suis dit, regardez tous les secrets d'histoire de Stéphane Lerne qui parlait de ces événements-là. Et en plus, c'est dommage parce que, au bout de l'an, je présente un projet à mon éditrice. Je le lis. Elle est toujours de très bons conseils. Et elle me dit, ton texte est bien, mais il manque l'arrière-plan. Il manque vraiment l'arrière-plan. Elle me dit, si on reprend notre exemple de Titanic, tu as une histoire d'amour, tu as la lutte des classes et derrière, tu as un paquebot qui coule. Mais ce n'est pas l'histoire principale. L'histoire principale, c'est la lutte des classes, cette histoire d'amour, etc. Et elle me dit, toi, il te manque ton arrière-plan. Je dis,
oui,
je dis, ok, c'est très vrai. Et cette soirée-là, vraiment, à chercher et à regarder des secrets d'histoire, à le mettre dans le fond, etc. Et là vient l'histoire de la reine Amélie d'Orléans, que je ne connaissais pas vraiment à ce moment-là, reine de France, mais qui vit au Portugal, du coup, épouse de Don Carlos III, roi du Portugal. Et un jour, elle est en promenade avec son mari et ses deux enfants, donc ses deux princes héritiers. Et des révolutionnaires viennent, tuent son mari, tuent le prince héritier. Et elle, elle est là et elle se défend avec ses deux mecs qui ont des pistolets, avec son bouquet de fleurs qu'elle a dans les mains qu'une jeune femme vient de lui donner. Et du coup, je me suis dit, c'est fascinant cette histoire, je veux écrire l'histoire de la jeune femme qui lui a donné le bouquet de fleurs. Et donc, forcément, elle sera témoin de ce régicide, etc. C'est le point culminant du roman, sans que ce soit un spoil, parce que c'est l'histoire. Et je ne connaissais pas cette histoire du Portugal, que voilà, en février 1908, il y a un renversement, il y a des révolutionnaires qui se disent, bon, en fait, le faste de la monarchie, ça suffit, on va buter le roi. Et ils y arrivent. Et derrière, s'installe la première république. À ce moment-là. Et donc, voilà, je raconte l'histoire d'une jeune paysanne qui arrive à la ville, qui découvre tout cet environnement-là de la ville, de l'aristocratie, qui va travailler pour une famille de notables et puis qui va travailler pour la monarchie. Et elle tombe amoureuse d'un révolutionnaire. Elle, elle travaille pour la monarchie et en même temps, elle est amoureuse d'un révolutionnaire. Et c'était pour jouer sur les deux tableaux. Mais moi, j'ai d'abord eu le fait historique et c'est ce fait historique qui m'a dit, ok, on va aller à Lisbonne. Et après, Lisbonne, par chance, je connaissais déjà. Et c'est le paysage, c'est le décor. Je ne suis pas là pour dire que c'est le personnage principal. J'aime bien la personnification des villes, bien sûr, mais ce n'est pas le personnage principal pour moi. C'est l'histoire d'une paysanne et ça se passe ici, dans ce décor-là, dans ce cadre-là. Et le but, c'est bien sûr de donner envie de voyager dans ces villes-là, que ce soit Lisbonne ou Barcelone par la suite. L'envie de voyager, j'adore les voyages. Quand les voyages peuvent réunir ma passion d'écriture, de la littérature, c'est formidable.
Ybelion — C'est le meilleur, oui. Tu sais, ce qui m'a le plus fasciné dans ton partage, c'est le moment où tu dis qu'elle se défend avec le bouquet de fleurs et le moment où tu fais le parallèle en disant, attends, qui lui a donné le bouquet de fleurs ? Et ça, je trouve ça, tu vois, ça, c'est vraiment le cœur de la créativité, c'est qu'en fait, tu peux partir de n'importe quel événement extraordinaire, ordinaire et puis en faire une histoire de dingue. Ça, c'est trop cool.
Gabriel Blancard — Bien sûr, et puis, tu n'es pas obligé de te raccrocher à un événement historique. Pour autant, tu vois, je pense à, dans la même collection, Revoir Palerme, Magali Discours, elle, elle se raccroche à l'histoire d'une couturière sur le tournage du film Le Guépard de Visconti dans les années 60, je ne veux pas dire de bêtises. Et c'est ça son point de départ. Donc, il n'y a pas d'événement historique formidable à Palerme, c'est juste un film qui est tourné sur place et l'histoire de cette couturière-là qui tombe amoureuse, etc. Il y a une histoire autour d'un parfum. Il est très beau, ce roman. Mais oui, les gens vont se dire que le Guépard a été tourné à Palerme, etc. C'est vrai. Mais derrière ce film-là, il y a des gens qui ont travaillé sur le film et chacune de ces personnes avait une histoire. En fait, c'est de commencer à prendre le fil et de découdre un petit peu et de se dire derrière n'importe quoi, tu as toute une histoire.
Ybelion — Tu as des histoires.
Gabriel Blancard — C'est la manière de le raconter.
Ybelion — Et d'ailleurs, ça fait très bien le lien avec ce que tu disais avant avec le côté j'ai envie que mon histoire soit parfaitement unique, extraordinaire, etc. En fait, les meilleures histoires sont celles qui sont ordinaires parce que c'est dans celles-là aussi que les gens se reconnaissent. Et c'est ça qui fait qu'on est de très beaux passeurs d'histoire. Parce qu'on a tout qui nous vient et puis avec notre petite vie, on arrive à des trucs qui sont très uniques.
Traduit à l'étranger : le livre ne t'appartient plus
Gabriel Blancard — On espère naître. Là où je trouve ça cool, c'est que ça commence notamment avec les héritiers de Lisbonne. Ils sont cédés à l'international. Et donc là, on commence à avoir les premiers retours. Donc là, il y a les couvertures. J'avais les couvertures qui étaient validées déjà pour les Pays-Bas. Donc ils sont chez HarperCollins aux Pays-Bas. Là, ils sont sortis en Grèce. Ils sortent en Italie, ils sortent en Hongrie, ils sortent en Arabie Saoudite. Incroyable. Incroyable d'avoir cette traduction-là. Mais moi, ce que j'angoisse, c'est de savoir est-ce que les gens vont être réceptifs aussi parce que bon, je ne sais pas comment c'est traduit déjà. Je ne lis pas le néerlandais et je vois les premiers retours. Donc dès que j'ai un retour, déjà, je ne le comprends pas. Donc heureusement qu'il y a à voir la traduction sur les chroniques Instagram. Mais du coup, je vois que ça réussit à passer la barrière de la langue et c'est vraiment l'histoire qui prime. Ce n'est pas la langue parce qu'on parle de la poésie de la langue, on va parler du style littéraire, etc. Mais je ne sais pas comment c'est traduit. Moi, je lis beaucoup de livres en VO. Mon expérience en Angleterre me permet de lire en VO Le Seigneur des Anneaux, par exemple. Je l'ai dit beaucoup en VO et j'essaie de lire un livre, en tout cas pour l'anglais. Quand le livre existe en anglais, je le lis en anglais. Je le lis dans la langue d'origine. Parce que la traduction, j'y perds toujours. Il y a plein de succès qui ont fonctionné, même dans la romance, dans les romans contemporains, etc. où je n'ai pas accroché vers la version française et dès que je le lis en anglais, là, j'aime mieux. Donc, je trouve qu'on perd forcément en traduction et c'était ma plus grande crainte. Enfin, il y a des traductions qui sont meilleures qu'originales et inversement. Je ne veux pas faire de généralité. Ma plus grande crainte, c'était que la traduction ne soit pas bonne ou autre. Et puis surtout, il y a eu le travail de la traductrice, quand même. Je pense avec la version néerlandaise qui m'a contacté à plusieurs reprises pour me dire, ça, moi, je ne suis pas d'accord. Ah bon, d'accord ? La petite paysanne en 1907 qui se maquille pour sortir, ce n'est pas sa classe sociale de se maquiller pour sortir. D'écoute, je suis là. OK. Alors, j'apprécie le retour. J'ai fait mes recherches, vieilleur toi, que. Et donc, on se maquille depuis la nuit des temps. Déjà, les femmes de la préhistoire se mettaient de la terre sous les yeux, etc. Donc, on se maquille depuis la nuit des temps. On mettait du sang sur les lèvres pour les rendre rouges. Donc, oui, ça fait partie d'un héritage social. On a gardé le maquillage léger quand même. Et pareil, pour la narratrice audio, ça me fait penser, je ne sais pas pourquoi, la comédienne qui a lu ce roman me dit, tiens, à la fin, elle nous contacte et elle me dit, je suis désolé, mais je lis le texte et à la fin, elles se sont vouvoyées tout le long du roman, la dame de maison et la jeune paysanne qui devient gouvernante pour cette maison-là. Elles se sont vouvoyées tout au long du roman et je pense qu'il y a une coquille puisqu'à la fin, elle lui dit tu. Et je dis, ah ben non, justement, ce n'est pas une coquille, il faut que tu me l'accentues. se tuent parce que c'est le moment pour montrer que la barrière s'effondre et les masques tombent et en fait, on s'apprécie. Et donc là, j'ai écouté la version audio et effectivement, maintenant, elle lui dit à la fin, je te souhaite un bon voyage. Et il est important ce passage au tutoiement pour moi pour montrer que justement, finalement, elle s'apprécie. Mais voilà, je trouve ça marrant de se dire qu'une fois que le livre, il est sorti, il ne t'appartient plus
Ybelion — et il n'est plus à toi.
Gabriel Blancard — Les lecteurs vont forcément avoir un point de vue et puis tous les autres professionnels de la chaîne formidable qui est la chaîne du livre ont aussi quelque chose à dire ou à apporter ou parfois à modifier. Il y a des modifications qu'on peut accepter, il y a des corrections qu'on peut faire avec le temps aussi et je trouve ça très important de voir que le livre, ça y est, il vit sa vie.
Ybelion — Il vit et puis il vit ses mille histoires. En tout cas, pour chaque personne qui va être en contact avec, il y aura une histoire différente. C'est ça qui est trop cool. C'est incroyable que ça commence à être traduit et tu as eu des retours de quel pays pour l'instant ? Alors,
Gabriel Blancard — il est sorti en Grèce et en... Et en Hollande. Et en gros, Amsterdam, aux Pays-Bas. J'ai eu des retours des Pays-Bas mais je pense que c'est parce qu'on a le même Alphabé. Et... Enfin, pour écrire mon prénom, il faut le taguer mon prénom. Enfin, il faut le taguer le Gabriel Blancard pour que je le voie ou il faut que je passe en recherche, etc. J'ai des Google Alerts, bien sûr. Je suis très friand de tous les retours. Je les appréhende beaucoup mais je les cherche quand même. Et du coup, oui, je... J'ai vu que des retours sur les Pays-Bas. Je crois que je n'ai pas vu de story ou quoi que ce soit encore avec celui de la Grèce. Pourtant, il est sorti là en juin. Mais je... Peut-être qu'il marche moins bien en Grèce aussi, si possible. Pour le coup, aux Pays-Bas, ils n'ont pris que les héritiers de Lisbonne et sous les vagues de Barcelone d'ailleurs, qui va sortir aussi aux Pays-Bas. Mais l'année prochaine, je pense. Alors qu'en Grèce, ils ont pris toute la collection. OK. Donc, il y a Palerme déjà, il y a Vienne et il y a Lisbonne, ceux qui sont sortis l'année dernière. Donc, je pense qu'il y a aussi un effet collection qui marchera bien en librairie. Mais pour l'instant, je n'ai pas vu de retour.
Ybelion — C'est... Effectivement, c'est une belle collection en plus. C'est ce que je disais à Juliette à la fin. Non, justement, je l'avais dit en off parce que j'avais oublié, mais je la trouve jolie, la collection et puis avec les petites photos à la fin aussi. Oui, bien sûr. Ça m'a rappelé... Ça m'a rappelé... Pour le coup, ça m'a bien rappelé Barcelone, notamment le petit lézard en faïence. En faïence, là. Ouais. Et puis, bon, la Sagrada, forcément, mais... C'était ça, mon point de départ. Et le bâtiment de Gaudi aussi, là. Ouais, c'est très, très beau.
Gabriel Blancard — Mon point de départ, c'était la Sagrada.
Ybelion — Ouais.
Gabriel Blancard — C'est vrai que j'ai... Vas-y, je t'en prie, pardon.
Ybelion — Non, j'allais dire... J'allais dire... C'est... C'est une... Non, attends, je te parlerai de ce que je me rappelle de Barcelone. D'abord, je te passe la balle. Du coup, le point de départ, la Sagrada. Est-ce que c'était... T'avais cette idée depuis longtemps, Barcelone, ou c'est venu vraiment...
Barcelone : la Sagrada, l'anarchisme et le libraire
Gabriel Blancard — Non, j'avais pas d'idée de Barcelone. C'est venu au... Tu sais, il y a ce choix de se dire, OK, chacun peut écrire sur la ville qu'il veut. Alors, on est tous en train de... Il commence à y avoir pas mal d'auteurs dans cette collection, l'air de rien. Je crois qu'on est à peu près une dizaine. Il y a Georges qui a fait sur la Grèce, il y a Emmanuel qui sort Londres en septembre, il y a Marie Rouleau-Dugage qui a fait Vienne et qui sort sur Récavic, il y a... Je suis à Thélamine qui a fait Naples, il y a Magali Discours qui a fait Palerme, moi j'avais fait Lisbonne, donc on commence à être 6-7. Et chacun réserve un peu ses destinations à l'avance. On a tous envie d'écrire sur certaines villes. Moi, j'aurais aimé faire Londres parce que j'y ai vécu et à la fois, je n'avais pas l'histoire. Donc, quand on me dit il y a Emmanuel qui va faire Londres, est-ce que ça te va ? Oui, très bien, pas de soucis. Il y a des villes comme ça que j'ai envie de faire. J'ai envie de faire Edimbourg mais je n'ai pas encore l'histoire. J'ai envie de le faire. Mais du coup, j'ai une petite punaise dessus, j'ai dit à Virginie, si quelqu'un veut faire Edimbourg, c'est non. Tu vois avec moi d'abord. Ça ne se passe pas exactement comme ça, mais oui. Par exemple, Magali a réservé Amsterdam mais alors qu'elle n'écrit pas sur Amsterdam pour l'instant, c'est pour celui encore d'après. Et puis, elle a réservé aussi Florence pour encore après. mais peut-être que ça va changer. C'est juste qu'on me dit j'ai une idée pour. Et moi, j'ai des idées pour j'avais Edimbourg, j'avais Séville mais je n'ai pas trouvé l'idée encore. Et du coup, c'est vrai que je résonne aussi en se disant mais c'est quoi les villes les plus marquantes pour les gens ? Donc, je regarde aussi où les gens vont en tourisme. Voilà, je regarde aussi tout ça. Il ne faut pas se mentir, ça reste un produit et c'est aussi une collection autour du voyage. Donc, où est-ce que les gens voyagent ? Et je pense que ce qui m'a freiné dans Edimbourg, c'est que le tourisme à Edimbourg est assez faible alors que c'est une ville que j'aime beaucoup. Et du coup, j'ai regardé un peu et il y avait Barcelone et Barcelone, c'est une ville que je connais très bien et en plus, ça se couplait avec la fin de la Sagrada cette année et dont forcément il allait y avoir de la presse autour de ça. Ça allait éveiller un petit peu la curiosité des gens sur la Sagrada, sur ce monument. C'était le centenaire de la mort de Gaudi aussi en 2026. Donc, je me suis dit en fait, en 2026, c'est l'année de Barcelone, il faut sortir quelque chose là-dessus. Et après, là, c'est le travail éditorial qui a commencé parce que j'ai mon histoire. J'en parle à mon éditrice et à chaque fois, elle me dit mais il faut creuser, tu ne peux pas juste avoir ce point de vue-là. À chaque moment que j'écris, je me rajoute une contrainte technique. L'histoire, c'est bien, mais en plus, je veux un défi d'écriture. Moi, j'aime assez bien le challenge. Donc là, par exemple, sur Prague, que j'écris pour 2027, mon défi technique, c'est que chaque chapitre alterne passé-présent et je veux que, géographiquement, le chapitre se termine là où commence celui du passé. Oui, trop bien. Donc, par exemple, en 2027, puisque j'écris sur les années où sortent mes romans, donc en 2027, Barbara prend l'avion, je veux que le chapitre d'après qui est en 1967, 60 ans plus tôt, commence dans l'avion. Oui. Du coup, tu as un fil conducteur, certes, tu as un passé présent, mais géographiquement, tu as le même lien. Donc, je me rajoute une petite contrainte technique. Pour Barcelone, la contrainte technique est différente. Elle vient, elle spoil le texte, donc je n'en parle pas trop. Mais à chaque fois, je me rajoute une contrainte technique. Et mon éditrice me dit, mais tu ne peux pas, ça ne peut pas être ça, ton texte. Tu ne peux pas, c'est quoi l'intention ? Ah, c'est que je me lance un défi d'écriture. Il me faut une histoire derrière, il me faut quelque chose. Et vient toujours la question de c'est quoi l'intention ? Que pour cette fois-ci, c'est moi qui ai posé à Juliette, je suis là parce que j'écoutais le podcast hier soir. Et donc, effectivement, on a travaillé avec mon éditrice, elle me dit, non mais ça, ça ne suffit pas. Et donc, j'ai creusé, j'ai creusé. Parce que la force avec cette collection et avec la relation éditoriale qu'on a avec Virginie, c'est que le roman se construit avec elle. C'est-à-dire que moi, je signe mon contrat et j'ai mon avaloir sans avoir écrit un mot. Et c'est chouette. Il y a des gens qui passent leur vie entière à travailler un manuscrit dans nous, c'est très différent. On signe, on dit, voilà ce qu'on veut faire. Elle nous dit, OK. Et après, on travaille ensemble. Mais quand on écrit, on n'a pas cette crainte d'être publié, on n'a pas ce... Voilà. Mais à la fois, on n'a pas cette liberté d'écrire ce qu'on veut dans le sens où on a l'édiction. C'est différent. C'est un contrat. C'est une commande. Voilà. Et du coup, avec Barcelone, c'était super parce que j'ai pu faire le travail avec elle. Et je suis... Je pense que ce qui a tout débloqué, c'est que je suis allé voir mon libraire. Allez voir vos libraires, s'il vous plaît. Je suis allé voir mon libraire de quartier, La vie immédiate à Charenton. Et je lui dis, qu'est-ce que tu as sur les révolutionnaires ? Parce que je voulais parler forcément de 1936 à Barcelone. Qu'est-ce que tu as sur les révolutionnaires ? L'anarchisme à Barcelone. Il me dit, OK, j'avoue que je n'ai rien en tête, mais on va chercher. Et donc, il cherche les ressources qu'il a en ligne. Et il me trouve une thèse d'une femme qui a écrit L'anarchisme en 1900 à Barcelone. Je dis, OK, prends-le. C'était chiant à mourir. C'est une thèse. C'est une thèse. Ça m'étonne à moitié. Mais derrière, ça a semé les graines pour plein de choses. Et du coup, j'ai découvert tout le point historique et architectural de Barcelone que je connaissais assez peu. Oui, bien sûr, on connaît Gaudi, on connaît tout ça, mais le contexte dans lequel Gaudi a créé son œuvre était inconnu. Pour moi, Gaudi était celui qui avait commencé la Sagrada pas du tout. Il a récupéré le projet. Et voilà, il y a plein d'architectes qui ont travaillé dessus. Ce n'est pas lui tout seul. Et c'était l'ère des expositions universelles. J'aime beaucoup. Je suis très fasciné par les expositions universelles. C'est quelque chose qui me plaisait bien. Et en plus, quand j'ai commencé à en parler avec mon éditrice, on était au Grand Palais pour le Festival du Libre de Paris. Et quand je commence à lire ce texte-là sur les anarchismes, bien les expositions universelles. En 1901, il y a le Grand Palais qui fait partie de l'exposition universelle de Paris. Du coup, j'étais là, ok, on a quelque chose. Il y a l'art déco, il y a l'architecture, il y a les expositions universelles. Il y a quelque chose. C'était le point de départ. Et après, est venue l'histoire, l'histoire d'amour qui se greffe. Toute cette histoire, tout le roman est venu après, après l'intention, en tout cas. Voilà.
Ybelion — C'est passionnant. Et du coup, je te pose la même question qu'à Juliette. Même si tu m'as dit que la ville devenait un personnage au fil de l'histoire, Barcelone, ce serait quoi ? Elle ressemblerait à quoi ? Ou elle ressemblerait à quoi ?
Barcelone est une femme
Gabriel Blancard — Je réponds à... C'est une question que se posent mes personnages. Et il y a un paragraphe de réponse là-dedans. Mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de villes où on cherche le genre. Tu vois, par exemple, Paris, tu vas avoir des expressions féminines sur Paris. C'est vrai. Et tu auras aussi, par exemple, plein d'expositions qui disent le Paris des années 20, le Paris de l'art nouveau, etc., qui le masculinissent. Et donc, c'est une vraie question. Et pour le coup, Barcelone, pour moi, il n'y a pas de débat, c'est une femme de par ses courbes. Et de base, le roman devait s'appeler Les Courbes de Barcelone. Parce que, notamment, si on veut parler de Gaudi et de l'art nouveau, en opposition à l'art déco, l'art nouveau, c'est vraiment la courbe, c'est vraiment l'inspiration du végétal dans l'architecture. Et si tu vas admirer Gaudi, rien n'est droit. Il n'y a pas d'envoi droit. C'est fantastique.
Tu vas croire
que le mec n'a pas une équerre. Oui, c'est clair. Tous ces bancs sont fonds. Tu regardes le banc du parc Gouët, tout en courbe. Toutes les maisons du parc Gouët, tu as l'impression qu'elles fondent sur elles-mêmes. La Sagrada, tu as l'impression que c'est des stalactites ou des stalagmites, je ne sais pas, stalagmites, mon temps. Stalagmites, voilà, qui ont été formées par le calcaire et par la terre. Tu as l'impression que tout est courbe et il n'y a vraiment pas d'angle droit et d'architecture classique derrière. Donc vraiment, pour moi, la courbe, et pour moi, la courbe est très féminine pour le corps féminin. Mais pas que, tu vois, moi quand je pense en Barcelone, je pense, et parce que mes personnages aussi, mais je pense à la danse, je pense au flamenco, à Barcelone, quand j'étais pour finaliser mon roman, je l'écris toujours de chez moi, ou dans les frances, de chez moi en tout cas, je l'écris toujours et à la fin, une fois, je retourne sur place et je vérifie si tout ce que j'ai dit est cohérent. Alors bien sûr, tu peux faire tes recherches avec Google Maps, tu peux faire tes recherches avec, aujourd'hui, je suis très friand l'IA pour les recherches. Il y a des choses que je demande, des anecdotes, je demande des choses que je ne peux pas connaître. Il faut cette base de données-là et c'est vrai qu'aujourd'hui, sur Google, tu as une recherche par mot-clé et donc tu vas taper Barcelone, etc. Alors qu'avec l'IA, tu as une recherche par intention. Mais si tu tapes dans Google, donne-moi des anecdotes sur ça, tu auras très peu de résultats alors que l'IA t'ouvre en champ des possibles avec vraiment des intentions de recherche et je trouve que ça vient pas mal nourrir notre... Je ne l'utiliserai pas pour autant pour l'écriture en elle-même. Je trouve que pour tout le pan de la recherche, le pan de la correction, tout ça, pourquoi pas. Mais le pan de l'écriture, après, il faut garder un plaisir aussi et ne pas jamais écrire.
Ybelion — C'est le fameux... Je fais la petite parenthèse dans ta description de Barcelone, mais tu vois, on a inventé le vélo, il n'a jamais été outil important de courir un marathon, tu vois. C'est tout l'effort que tu décides de vivre, le parcours que tu décides de traverser qui rend l'accomplissement intéressant et qui porte aussi quelque chose que les lecteurs perçoivent. Et voilà, après, ça, c'est mon avis, tu vois, par rapport à ça. Mais bien sûr. Et bien sûr, moi, je suis d'accord avec toi, c'est un outil qui est très utile au demeurant, ne serait-ce que, je ne sais pas, pour des anecdotes comme ça, la recherche par intention, c'est très vrai, la correction, même des synonymes, bon, bref, plein de choses, quoi. Bien sûr. Et c'est marrant d'en parler
Le tabou de l'IA et la deadline du 11 novembre
Gabriel Blancard — parce qu'il y a vraiment un tabou là-dessus. On est encore... Ça se démocratise un peu, mais on est encore dans une ère où tout le monde fait de l'IA. Il n'y a pas de débat, tout le monde fait de l'IA. Mais personne n'ose le dire. On est dans le texte, mais personne n'ose le dire. C'est-à-dire qu'on connaît les postes faits par l'IA, on les voit, les carrossels générés par... Enfin, on connaît tout ça. Ou en tout cas, moi, je les connais, j'ai peut-être un biais parce que j'en fais beaucoup de par mon travail aussi. Je suis dirigeant d'un centre de formation à côté. Et donc, on travaille aussi avec l'IA au quotidien, on forme nos élèves à l'IA. Et donc, je les vois un petit peu les biais de l'IA. Peut-être que le commun des mortels, même si je ne me sépare pas pour autant, les gens moins aguisés ne le voient pas. En tout cas, on les voit, ces biais-là. Mais tout le monde, tout le monde se cache en disant non, moi, je n'en fais pas. Alors qu'aujourd'hui, sur Instagram, un post sur cinq est généré par un humain. Je crois que c'est quatre postes sur cinq qui sont générés par des IA. Ça va être écrit en tout cas ou été par des IA. Ça ne m'étonne pas non plus. Et à la fois, maintenant, il faut peut-être l'accepter. Et donc, voilà, dans Barcelone, il y a cette... Je ne sais plus, c'était quoi mon film. En tout cas, il y avait cette... Pour moi, Barcelone est une femme. Ah oui, c'est ça. Quand j'ai surtout tourné, du coup, en octobre 2025, c'est l'étape où j'ai déjà... Non, je n'ai pas encore envoyé mon manuscrit. Moi, je rends mes manuscrits. Mes romans sortent toujours en avril et je rends mes manuscrits le week-end du 11 novembre. Donc, soit le week-end du... À chaque fois, elle me donne comme deadline le week-end du 1er novembre et je sais systématiquement depuis 3 ans que je travaille avec elle qu'en réalité, je peux grappiller le week-end de 3 jours suivant du 11 novembre. En tout cas, les jours fériés sont toujours tombés sur des week-ends de 3 jours qui m'aident à finaliser. Je travaille extrêmement bien sous la deadline et moi, c'est ma contrainte. Là, tu vois, je sais que tu dois rentrer le 11 novembre. Je suis large.
Ybelion — Oui, oui.
Gabriel Blancard — Et donc, je retourne et je vais vérifier tous ces lieux. Je vais vérifier et quand j'y étais cette fois-ci en octobre 2025, quelque chose m'a frappé, c'est que les gens dansent dans la rue. On était d'abord au parc de la Ciutadella. Ciutadella, je n'ai pas l'accent espagnol. Et il y avait des gens qui avaient sorti une radio et il y avait une quinzaine de couples qui dansaient. Et puis, dans les parcs, les gens dansent et puis devant la Sagrada, des gens dansaient. C'est fou, on ne danse pas à Paris. Et pour moi, la danse était assez féminine. Et donc, j'ai inclus ce pan-là aussi dans le roman. J'ai travaillé pour inclure la danse dans le roman. Mais oui, Barcelone est une femme. Et voilà, pour moi, il n'y a pas de débat là-dessus.
Contrainte et régularité : ce qui te ramène à la page
Ybelion — J'ai pensé à quelque chose, ce que tu disais tout à l'heure que tu te mettais des challenges d'écriture. Là, tu parlais de la contrainte de la deadline. Et tu vois, j'aime bien de capter ces petites choses parce que tu vois, ça prouve bien les moteurs qu'on peut avoir quand on écrit. On n'est pas tous pareils sur ce qui nous ramène le lendemain à l'écriture. Et là, je notais ça. Et...
Gabriel Blancard — Toi,
Ybelion — tu écris mieux sous la contrainte ou pas ? Ouais. Il prend un carré aussi. Ouais, une espèce de contrainte. Mais tu vois, il faut qu'elle soit court terme. C'est-à-dire que, ok, tu vois, je sais qu'un manuscrit, ça va prendre longtemps. Mais typiquement, moi, j'écris le matin. Et là où je suis le plus efficace, c'est quand je sais que, genre, j'ai un rendez-vous à 9 ou à 10 heures. Bon, bah là, généralement, je suis très productif sur une demi-heure. J'arrive à... Donc, quelque part, j'arrive à systémiser ce sentiment d'urgence qui me connecte vraiment à ce côté très instinctif de l'écriture, tu vois, et où ça coule tout seul. Et après, moi, ce que j'aime beaucoup, c'est la régularité. Tu vois, j'aime bien voir que tous les jours, j'y ai posé une petite pierre. C'est ça qui m'apaise beaucoup, en fait. Et qui, du coup, balaye la frustration de, ok, ça peut prendre 4-5 mois d'écrire un premier jeu. c'est pas grave parce qu'en fait, je vois que tous les jours, je mets une petite pierre. Voilà. Et...
Gabriel Blancard — Je suis entièrement d'accord avec ça. On en parle beaucoup avec Juliette et Cynthia Raymond qui est notre très bonne amie à nous. Mais effectivement, on est convaincus que 20 minutes par jour, enfin, il vaut mieux faire 20 minutes par jour et fractionner ton parcours d'écriture plutôt que... Enfin, il faut avancer tous les jours.
Ybelion — En l'occurrence, ça marche très bien. Après, tu vois, maintenant, je le dis toujours avec moins de certitude parce que je vois aussi des gens qui ont des fonctionnements différents, tu vois. Bien sûr. Mais ce que je remarque malgré ces fonctionnements différents, c'est qu'il y a toujours une régularité. C'est-à-dire qu'il y a des gens que ça soit tous les jours, c'est pas tellement important. Par contre, il faut que, par exemple, sur une semaine, il les fait tous les deux jours. Ok, d'accord. Il y a toujours des cycles de régularité. Et en fait, c'est ça qui est... Je commence de moins en moins, ou en tout cas, j'en ai très peu observé, des gens qui sont purement instinctifs dans leur écriture. Au sens où, un jour, ils se lèvent, enfin voilà, pendant trois mois, ils n'écrivent pas. Puis un jour, ils sont frappés par la foudre de l'inspiration et ils se mettent à écrire pendant trois jours. Ça, j'y crois de moins en moins. Et je pense que quand tu as l'objectif de vouloir écrire un livre, que ce soit pour toi ou pour être lu, en fait, tu es obligé de te placer dans... Enfin, tu es obligé. J'invite les gens à se placer sur comment j'ai envie de fonctionner et qu'est-ce qui me fait revenir à l'écriture. Qu'est-ce qui fait que le matin, j'ai envie d'écrire. Tu vois, chez toi, j'ai entendu la contrainte du deadline, le fait d'avoir les recherches, le petit challenge d'écriture. La recherche, je pense qu'il y a. Voilà. Ça, on en reviendra parce que je me rappelle, tu me l'avais dit avant et j'avais envie de t'en parler. Ah ouais ? Mais... Je suis d'accord.
Gabriel Blancard — Je suis d'accord dans ce que tu... Enfin, je suis d'accord avec toi, bien sûr. Mais je pense que quand je dis qu'il faut travailler 20 minutes par jour dessus, ce n'est pas forcément écrire. Tu vois, ça peut être réfléchir au sujet, c'est retravailler la structure, faire des recherches, lire un texte en rapport avec ce que tu es en train d'écrire. Et ce que tu me dis me fait penser à la romantisation du métier de l'écrivain où on a cette image de l'homme en robe de chambre qui est écrit à la chandelle. Ça reste un travail. Enfin, vraiment, il faut un travail, c'est-à-dire qu'au bout d'un moment, il faut y aller. Oui, on a notre idée en tête, mais au bout d'un moment, il faut y aller, il faut faire ses recherches, il faut prendre son texte, il faut l'écrire, il faut corriger ses photos d'orthographe, il faut l'envoquer. Enfin, il y a quand même un travail derrière. Et ce n'est pas juste « Ah, c'est trop chouette, tu écris des textes, etc. » Oui, c'est vrai que j'aime ce que je fais. Mais j'aime aussi mon métier de chef d'ensemble de formation. J'aime aussi mon métier quotidien que les gens ne sont pas forcément passionnés par leur métier et sur certains métiers, ça peut s'entendre. Pour l'écriture, tu ne peux pas écrire si tu n'es pas passionné de un, par ton sujet et de deux, par la procédure de l'écriture.
Ybelion — Sinon, c'est horrible. C'est long. Du coup, c'est horrible de devoir faire un truc que tu n'aimes pas tous les jours. C'est clair.
Le ventre mou de l'écriture
Gabriel Blancard — Et surtout, ce qu'on appelle, moi j'appelle, mais je reconnais plusieurs, le ventre mou de l'écriture, les 30% à 70%. Le début, tu es toujours trop content, tu as ta nouvelle histoire, tu te jettes dedans. La fin, tu es content parce que tu arrives à la fin, tu vois le nombre de mots qui correspond à ce que tu veux sur ton manuscrit. Alors, le ventre mou, après les 30%, où tu es vraiment dans le creux de l'histoire, justement, c'est là qu'il faut trouver quelque chose, il faut un rebondissement, il faut des intrigues supplémentaires, c'est le moment où les personnages secondaires deviennent importants. Il y a une architecture aussi, une architecture du roman, de l'arc narratif qu'il faut travailler. Moi, j'ai beaucoup aimé l'anatomie du scénario comme guide d'écriture, je suis beaucoup aimé ce texte-là, mais ça reste un travail.
Ybelion — Tu l'as aussi ? Oui. Ah oui, je le vois, au milieu, à côté du rouge. Oui, c'est ça, exactement. Je l'ai en français et je l'ai en anglais aussi. Ok. Mais oui, je suis d'accord avec toi, c'est un processus qui, de part sa longueur, oblige à l'aimer quelque part et le ventre mou est très vrai parce que, moi, le parallèle avec le marathon me parle énormément. Je trouve que le pire, c'est quand tu as commencé le début, que la motivation s'essouffle mais que tu n'es pas suffisamment proche de la fin pour qu'elle reprenne le truc. Et c'est vraiment, à mon sens, dans ce ventre mou là que c'est le plus important de... C'est là, à mon avis, que les plus gros enjeux apparaissent. En tout cas, moi, tu vois, des parcours que j'ai pu accompagner, je remarque toujours que le début, forcément, tu vois, accompagnement, nouvelle clarté, tu vois, tout roule, c'est trop bien. Donc, c'est... Voilà, c'est l'émulsion. Et puis, au milieu, tu as tout le moment où tu doutes, il n'y a plus de motivation, puis tu remets tout et puis tu as le à quoi bon et puis bref, après, tous les fameux listes de blocage qu'on peut faire, tu vois.
Gabriel Blancard — C'est là où le travail devient important. C'est là où c'est plus qu'une passion et c'est un travail et c'est une discipline.
Ybelion — C'est pour ça que, tu vois, je dis toujours, les gens, ils viennent avec leur peur, leur blocage, tout ça, tu vois, c'est normal. La question n'est pas tellement savoir s'ils sont capables de les régler tout seuls en claquant des doigts, mais plus s'ils sont prêts à les traverser parce que l'écriture va faire sortir tout ça. Quand tu vas apparaître, quand tu vas commencer à être dans ce ventre mou, tu vas te retrouver confronté à tout ce que toi, tu peux avoir peur de traverser, tout ce qui peut te coincer, toutes les injonctions avec lesquelles tu as pu grandir. Enfin bref, là, la liste est très longue. Et ouais, c'est là que ça devient effectivement quelque chose sur lequel on doit travailler.
Gabriel Blancard — Exactement. Ah ouais, je trouve ça hyper intéressant. Et c'est vrai qu'après, chacun travaille différemment. Je travaille mieux sous la contrainte, mais on travaille aussi. Je travaille mieux avec un cadre, même si c'est à moi de le créer. En tout cas, je travaille mieux avec un cadre. Et là, quand mon éditrice me dit le cahier des charges, c'est ça, ok, je vais trouver l'histoire et je vais rentrer dans le cadre. Et pour autant, la collection Voyage Voyage, je sais que tu reçois beaucoup de livres, je ne sais pas si tu en as lu certains encore ou pas.
Ybelion — Le Voyage Voyage, j'ai le tien du coup là. Oui, t'as le mien,
Gabriel Blancard — Juliette, t'as pas celui de Juliette ?
Ybelion — Pas encore, non.
Gabriel Blancard — Ah là là. Ah là là. Je corrigerai ça. Tu corriges. On peut demander, on te fera parvenir. Mais tu as un cahier des charges et pour autant, derrière, tu vois que t'as des auteurs. C'est vrai que c'est une collection qui est mise en avant et il y a tout un débat auquel on réfléchit en ce moment. Mais t'as, c'est une collection qui est mise en avant et les gens, au final, ils s'intéressent plus à l'aspect vie, les collections que l'aspect de l'auteur qui est derrière. Par exemple, on va dire, ah bah tiens, j'ai lu celui sur Lisbonne, j'ai lu celui de Palerme, j'ai lu Naples. Mais derrière, ils ne se rendent pas compte que chacun des romans est en réalité différent de par son traitement de la contrainte. Oui, il y a la même contrainte, bien sûr, mais il y a un traitement différent de par la plume de l'auteur aussi. et c'est la preuve que tu peux donner le même cahier des charges à 10 personnes différentes et chacun te fera quelque chose de très différent. Et tu as Gérard Collard, libraire, chroniqueur, personne assez influente dans le monde du livre, qui l'a dit, parce qu'au début, il avait beaucoup aimé revoir Palerme de Magali Discours, donc il avait un peu encensé, mis en avant dans sa librairie, etc. Après, il a lu Les héritiers de Lisbonne, qui est celui-là, Les héritiers de Lisbonne, du coup, qui est sorti en 2026, toujours dans la même collection. Il l'a mis en avant, mais en fait, Gérard Collard, c'est assez incroyable, il aime le roman, moi je regarde sur sa librairie, il en commande 75 pour mettre en avant dans son magasin. C'est quand même 75, c'est beau dans une librairie.
Ybelion — Oui, c'est clair.
Gabriel Blancard — Et cette année, du coup, on l'a envoyé sous les vagues de Barcelone et de Naples, et il a fait sa chronique à la radio en disant je ne comprends pas comment cette collection y arrive, mais chaque roman est très nouveau dans son traitement. On n'est plus dans le... On utilise un carnet pour passer du passé au présent, là où des nombreuses personnes ont fait ça. On essaie de trouver des nouveaux subterfuges pour pallier cette contrainte. Et lui-même le disait, en fait, c'est incroyable avec cette collection parce que chaque traitement de la contrainte est nouveau. Et là où on pourrait dire que c'est une collection de guides touristiques, mais en fait, pas du tout. Et il y avait des vraies plumes derrière. Et on était très contents de cette chronique-là qui reconnaissait un peu le travail.
Ybelion — J'aime bien cette idée de contraintes qui fixent des règles, mais en fait, c'est justement avec ce quelques cadres que tu t'autorises beaucoup plus de liberté. Ça te donne simplement une direction vers laquelle canaliser ta créativité. J'aime bien... Ça me fait penser
Ateliers d'écriture, lettres et cartes postales
Gabriel Blancard — aux ateliers d'écriture qu'on fait parce que c'est très parlant. Donc là, je peux en parler parce que je pense que l'épisode ne sera pas monté pour demain. J'espère pas. Mais en tout cas... Non, effectivement. Je te le souhaite pas. Du coup, l'atelier, c'est demain et donc à chaque fois vient le moment où on doit trouver une contrainte sur ce sur quoi on va écrire. On va les faire écrire plutôt. Donc forcément, dans cet atelier, on parle du voyage intérieur et du voyage extérieur. Donc il fallait... On cherche... Nous, on a des textes qui parlent du voyage. Alors, t'as plusieurs types de voyages, bien sûr. T'as le voyage à proprement parler, t'as le voyage dans le passé, t'as même le voyage dans les émotions. Aujourd'hui, tu penses à Disney avec Vice Versa. Il existe aussi la même chose en livre, notamment avec... Je pense à Mélodie Angevin et sa saga Psychiagona qui parle... Personnes qui arrivent à se plonger au cœur de leurs émotions. T'as le voyage. Moi, je prends un extrait. Il est là du coup parce que j'ai pas encore fait ma valise. Les cinq personnes que j'ai rencontrées là-haut, c'est un mec qui meurt et qui du coup va rencontrer cinq personnes dans l'au-delà. Mais ça reste aussi un voyage. T'as... Il y a plein de voyages et du coup, on voulait les faire travailler là-dessus. Et donc demain, le thème de l'atelier d'écriture, ce sera au travers d'une lettre. On veut un format quand même assez court, un peu épistolaire. Il faut écrire un voyage mais il faut que la dernière phrase de cette lettre nous fasse tout remettre en question ce qu'on vient de lire précédemment. Et on veut pas de... Et je me suis réveillé. Ouais, ouais. Ça va, ça sort de question. Que tu te rendes compte que c'est le méchant qui écrit. Enfin, je sais, il faut que la dernière phrase... Et je suis convaincu qu'on va découvrir des choses très différentes avec tous nos participants et que personne va écrire la même chose.
Ybelion — Ouais, ouais. Tu sais que ça me fait penser aux cartes postales. Pourquoi ? Parce qu'il y a du coup cette thématique du voyage là et j'ai un ami qui écrit aussi que je salue s'il passe par là et qui m'avait toujours raconté que ce qu'il aimait dans les cartes postales, c'est qu'elles sont visibles par tout le monde. C'est-à-dire que quand tu postes une carte postale, n'importe qui peut la lire, tu vois. C'est vrai. Et tout l'enjeu du message de la carte postale est de justement faire passer un message à la personne à qui tu l'envoies sans que les personnes qui puissent le lire comprennent vraiment, tu vois. Et je trouve que du coup, tu as cette espèce de double niveau de lecture très poétique que j'ai toujours trouvé très, très amusant, tu vois, dans ces mécaniques.
Gabriel Blancard — Très drôle. C'est très vrai. C'est très vrai. Quand je suis parti vivre à Londres, j'écrivais toutes les semaines à ma meilleure amie qui était restée à Marseille. Et c'était dans des enveloppes, pas dans des cartes postales pour le coup. Mais à chaque fois, je mettais des petits dessins derrière. Et des fois, j'avais 18 ans, donc des fois, je faisais des dessins ridicules, tout ce qu'on peut imaginer qu'un garçon de 18 ans peut faire sur une enveloppe. Et à chaque fois, je mettais un petit PS coucou le facteur. Et oui, tu as raison, il y a quelqu'un qui peut le lire s'il le veut. Après, ça fera penser à la censure, ça peut penser à la Seconde Guerre mondiale, à la Première Guerre mondiale, bien sûr, où le courrier a été censuré.
Une ville, deux visages : Barcelone passé et présent
Ybelion — Et là, tu peux faire des beaux liens, tu vois, comment ils faisaient passer les messages à ce moment-là et tout ça. En fait, c'est tellement, tu vois, juste en partant d'un truc, tu peux tout de suite pop, c'est incroyable. C'est incroyable, l'imaginaire. C'est fou, tu peux passer, enfin moi, je pourrais passer ma vie à faire ça, franchement, c'est trop cool. C'est incroyable. Et je reboucle sur ce qu'était quand tu parlais de Barcelone. Moi, c'est marrant parce que je la vois, je suis tout à fait d'accord avec ce que tu disais sur... En fait, je trouve qu'il y a comme une espèce de presque bipolarité chez Barcelone, tu vois. Tu as cette espèce de ville chargée d'histoire où il y a tellement de choses à voir, tellement de choses historiques à découvrir et puis tu as cet aspect très festif. Effectivement, tu as toujours des gens qui font la fête, qui dansent dans la rue et tu vois, c'est marrant comme deux choses qui peuvent paraître totalement séparées, arrivent à cohabiter et à faire une unité. Et moi, ça m'a vraiment marqué parce que j'y suis allé une fois avec mes parents et donc là, tu vois, très... OK, on découvre la Sagrada, tout le travail de Gaudi, etc. Et puis, j'y suis retourné avec mes potes, on sortait d'école d'ingé et bon, la seule chose qu'on a visitée, c'est le Razmatas, parce qu'on était là et il paraît que c'est une des plus grandes boîtes d'Europe. bon, voilà, tu vois, et tu vois, tu vois deux choses totalement différentes et pourtant, c'est la même ville et je trouve ça fascinant et c'est marrant parce que je la vois pas encore totalement, tu vois, moi. Autant, il y a certaines villes, tu vois, j'ai une espèce d'image précise et Barcelone, j'ai l'impression qu'elle s'autorise à être elle-même mais de plein de manières différentes, tu vois. Et je ne sais pas, il y a un truc comme ça... C'est très vrai.
Gabriel Blancard — Ça me parle beaucoup ce que tu dis. parce que dans l'écriture, je me suis bien rendu compte de cette bipolarité, de ce contraste et j'ai décidé de le traiter de manière à ce que le présent, donc Bianca qui vient à Barcelone pour faire des recherches, etc., soit très festif et dans le présent, il y a de la danse, il y a la mer qui a une école de flamenco, on va manger des tapas sur des rooftops, on va dans le quartier qui a été construit pour l'Olympique en 92 près de la mer, etc. Il y a une Barcelone très vibrante alors que dans le passé, en 1901, là où il y a la révolution, etc., j'ai voulu quelque chose de très sombre. C'est sale, c'est poussiéreux, c'est en train de se construire et c'est surtout à Barcelone qui a inspiré, je ne sais pas si tu avais lu les livres de Carlos Ruizafon, je ne sais jamais le prononcer, mais Carlos Ruizafon, le cimetière des livres pliés, il a fait trois livres qui se passent à Barcelone entre 1900 et 1930 que j'ai relu justement pour mes recherches et c'est un Barcelone très sombre, très brumeux, très crasseux, poisseux presque. Et en fait, c'est vrai que c'est le début de Barcelone à ce moment-là, tout est en chantier. Au début du XXe siècle, il y a le plan Cerda qui est en train de se mettre en place, il y a tous les parcs qui sont en train de se construire, la ville est en train de s'étendre, on parle du quartier gothique et on essaie de l'étendre mais tout est en chantier, tout est poussiéreux, c'est assez parlant. Et donc du coup, j'ai un vrai contraste entre le passé et le présent qui reflètent un petit peu cette bipolarité comme tu le disais.
Ybelion — C'est assez cool, je suis content de voir que tu l'as capté aussi parce que tu vois, quelque part, quand tu réfléchis, tu te dis, attends, mais c'est bizarre quand même que j'ai l'impression de voir deux villes. Effectivement, Paris ne me fait pas cet effet, je suis d'accord avec toi, il y a plein de choses à Paris mais il y a moins quelque part cette espèce de cassure entre les deux. Je suis d'accord,
Gabriel Blancard — je devrais écrire sur Paris, je ne saurais pas faire,
Ybelion — enfin pas aujourd'hui en tout cas, je n'ai pas de... Alors là, pour le coup, tu vois, là tu me dis ça, là il faudrait faire un gros travail d'intention parce que j'ai l'impression que je pourrais partir dans tous les sens. Tu peux partir de tellement de points, tellement de choses à raconter à Paris, c'est fou. Après, j'ai ma grand-mère qui était prof d'histoire et puis qui habitait en région parisienne donc tu vois, on est beaucoup allé au Louvre avec elle et puis elle te raconte plein de choses et donc ça te donne une matière, enfin puis à chaque fois qu'elle passe dans des rues, elle peut te raconter des trucs et en fait, c'est infini quoi et tu pourrais, chaque morceau pourrait être une histoire entière. C'est fantastique. Et là,
Prague : écrire sur une ville qu'on ne connaît pas
Gabriel Blancard — j'écris sur Prague pour l'année prochaine et c'est la première fois que j'écris sur une ville que je ne connais pas.
Ybelion — Ok. Qu'est-ce que tu en penses ? Qu'est-ce que ça change entre écrire sur ce que tu connais et ce que tu ne connais pas ?
Gabriel Blancard — Je pense que, autant Barcelone, elle est très mise en avant mais après, c'est ce que je voulais. Barcelone, ce que je voulais, c'était parler de l'architecture de Barcelone. Prague, c'est très différent. Je raconte l'histoire, une histoire d'amour entre une Américaine en 1967 qui vient pour faire un semestre universitaire à Prague parce qu'elle étudie le Slav et le Tchèque et donc elle vient faire un semestre universitaire sauf que Prague à ce moment-là est sous la coupe du communisme et vient le printemps de Prague où les chars, enfin voilà, il y a une période un peu d'euphorie où on se sépare du communisme et en 1968 les chars soviétiques reviennent et disent non, on revient au vrai communisme, il y a une vraie cassure, une guerre civile et en fait mon histoire c'est d'abord je vais raconter une histoire d'amour d'abord je vais raconter une histoire d'amour qui par la force politique et la force des événements va devoir être rompue ça c'était mon point de départ et du coup je l'écris à Prague mais pour l'instant Prague n'a pas du tout la place que les villes peuvent avoir dans la collection donc c'est un très beau paysage c'est un très bel arrière-plan mais je n'ai pas encore toutes les anecdotes croustillantes je n'ai pas encore le goût des pâtisseries je n'ai pas encore ce qui va te faire au final voyager par le goût par l'odeur par le toucher j'ai l'histoire et Prague viendra après parce que du coup forcément j'y vais là j'y vais en août pour compléter pour argumenter tous mes détails donc tu sauras quand tu verras mes stories sur Instagram en août parce qu'en fait ce n'est pas juste des vacances c'est du travail c'est aussi du travail je ne passe pas en note de frais mais que je
Ybelion — ça reste du travail ah là ouais non c'est à la fois tu vois c'est je en fait ça dépend de plein de choses mais il y a un côté ça peut être aussi plus facile parce que tu n'es pas parasité parce que tout ce que représente la ville pour toi oui à la fois ce qu'elle représente ça peut être une matière à exploiter et parfois c'est tout le fameux truc entre ce qui est pour toi et ce qui est pour les autres tu vois ça peut aussi parasiter un peu tout ça donc ouais belle expérience de tenter une ville
Gabriel Blancard — que tu ne connais pas
Ybelion — et pour boucler sur Barcelone la fameuse question que j'aime bien poser que tu n'as pas du coup encore entendu la réponse de Juliette mais quelque chose d'insolite tu vois autour de ce livre de sa création de ce que tu as pu mettre de ce que tu as pu découvrir dans tes recherches d'ailleurs j'ai oublié de parler de ça et je te posais la question juste après
« Je déteste écrire » : du sable au château de sable
Gabriel Blancard — sur les recherches quelque chose d'insolite sur le livre c'est fou parce que j'ai l'impression que tout le processus d'écriture en lui-même est insolite un peu comme la ville un peu comme la ville mais c'est vrai que moi j'ai une particularité en tant qu'écrivain c'est que je déteste écrire la phase d'écriture c'est pas que je déteste ça mais c'est là où pour moi la partie discipline et travail entre en compte le premier jeu j'aime pas ça j'aime pas ça moi c'est bourré de doute du début à la fin je suis très architecte dans ma manière de construire un livre je pense d'abord à la structure j'ai mon plan scène par scène etc et il y a la phase où je dois écrire mot pour mot etc et cette partie là m'agace alors que une fois que mon premier jeu est là c'est là que je m'amuse vraiment je vais échanger de l'ordre des choses je vais retravailler la psychologie des personnages je vais rajouter plein de trucs moi j'ai l'habitude de dire que créer du sable ça me plaît pas mais une fois que j'ai le sable le transformé en château de sable ça m'amuse et la partie d'écrire purement la matière faire du sable ça me plaît pas une fois qu'il est là ça me plaît et pour Barcelone la tendance est un peu inversée parce que j'ai pris pas mal de plaisir à écrire le premier jeu et d'ailleurs il y a très peu de différence entre mon premier jeu et la version publiée sur ce texte là ça s'est vu visiblement c'est très peu de retravail il y a juste un chapitre qui a été rajouté de par une conversation assez intéressante avec Virginie mon éditrice mais sur la plus insolite que ça je suis très content d'avoir été retourné vraiment le côté présent et un peu d'allégresse un peu de douceur un peu de laisser vivre parce que du coup quand on y est retourné en octobre c'était nos premières vacances sans notre enfant parce que du coup on a un fils qui a deux ans maintenant et quand on y est retourné on avait laissé l'enfant aux grands-parents et du coup le côté présent il est plein de rooftops de soirées dans les bars de tapas etc parce qu'on a pu aussi peut-être que si on habita avec notre enfant au final j'aurais rajouté un enfant dans le roman et on aurait eu un Barcelone différent mais il est un peu plus festif parce qu'au moment où je l'ai fini il y avait cette partie festive aussi de vacances sans enfant
Ybelion — c'est trop cool c'est trop cool et le c'est marrant ça tu vois tu parlais de tagline tout à l'heure le fait que tu détestes écrire ça serait marrant aussi c'est quoi que tu apprécies particulièrement dans la phase de les recherches tu en as parlé un petit peu mais dans la phase de réécriture surtout tu vois
Apprendre, l'entonnoir et les anecdotes de Prague
Gabriel Blancard — moi j'adore apprendre moi je pense que vraiment j'adore apprendre et même dans mon travail je suis chef d'entreprise dans le centre de formation j'adore apprendre souvent je connais plein de choses enfin j'ai plein de sujets sur lesquels je touche à tout je connais les RH je connais la comptabilité je connais du commerce je connais du marketing je connais plein de choses sur les formations qu'on fait on vend 32 diplômes et 32 programmes de formation aujourd'hui et j'ai pour habitude de dire que quand je lis un cours si moi j'apprends rien c'est prétentieux de dire ça mais c'est que c'est nul tu vois expliquer en comptabilité que ça c'est débit ça c'est crédit bon d'accord ça n'importe qui peut te l'apprendre tu vas sur Google tu l'as tu demandes à une IA tu l'as il me faut que j'ai quelque chose en plus il faut que j'apprenne quelque chose en plus il me faut que le formateur me raconte une anecdote qui me parle d'un vécu qui me parle de voilà on forme des formateurs pour adultes alors c'est bien quand tu formes un formateur tu lui expliques c'est quoi une compétence qu'est-ce qu'il y a dans une compétence comment on crée un objectif de formation d'accord mais il me faut qu'il me raconte quelque chose il me faut qu'il me fasse vivre sa matière avec une anecdote personnelle avec quelque chose que j'apprenne j'adore apprendre et je pense que dans l'écriture aussi et ça se ressent surtout dans la phase de recherche parce que oui on connait Barcelone oui je connais plein de choses mais il faut que je découvre la ville et que je connaisse des anecdotes si moi-même j'arrive pas à donner des anecdotes à mes lecteurs des vrais trucs un peu authentiques bah j'ai l'impression d'être passé à côté et donc dans la phase de recherche c'est le moment où j'apprends c'est le moment où je vais venir chercher ces anecdotes là qui vont venir rajouter de l'authenticité dans le texte et moi j'aime beaucoup la phase de recherche parce que j'aime beaucoup apprendre des choses j'ai souvent en référence au dîner de con j'ai souvent envie de dire vous m'invitez à un mercredi soir sur n'importe quel sujet je peux vous raconter des anecdotes toute la soirée là tu m'invites sur Prague je peux te parler de Prague alors que j'ai jamais mis un pied tu sais il y a plein d'anecdotes à Prague où il y a un parlementaire assez célèbre qui un jour est en plein audience et a eu peur enfin s'est laissé littéralement à l'issé sa vessie a explosé et il est mort comme ça c'est horrible c'est horrible c'est horrible et du coup maintenant dans le langage populaire à Prague pour dire qu'on va aux toilettes on utilise le nom de cette personne en disant je veux pas faire comme lui donc je quitte la table ça veut dire je vais aux toilettes t'as putain c'est la
Ybelion — la manière tu sais on se demande toujours qu'est-ce que qu'est-ce que les gens retiendront de moi bon dommage
Gabriel Blancard — voilà
Ybelion — on a pas tous
Gabriel Blancard — quel est l'héritage qu'on laisse celui-là tu vois ils sont très mauvais dans leur vin Prague qui va surtout pour boire des bières et du coup quand tu demandes c'est quoi votre meilleur vin à un serveur la réponse la plus courante à Prague c'est une bière pour vraiment dire que leur vin est mauvais t'as plein de choses que tu auras t'as plein de détails comme ça d'anecdotes qu'il faut creuser et moi j'aime apprendre ces trucs là j'aime apprendre ces détails là et pareil sur l'histoire sur le plan de 67-68 sur le communisme finalement ça a amené ces recherches m'ont mené à la seconde guerre mondiale parce que le communisme qui est arrivé juste après il s'est construit sur la seconde guerre mondiale du coup je suis dans toutes les histoires pareil je suis allé voir mon libraire et je lui demandais un livre il m'a passé un livre qui s'appelle Mendelssohn non et sur le toit Mendelssohn est sur le toit Mendelssohn est sur le toit Mendelssohn c'est un compositeur juif forcément de Prague qui a fait des musiques que tout le monde connait aujourd'hui mais que c'est de la musique classique on s'en rend pas très bien compte et Mendelssohn est sur le toit ça raconte l'histoire d'un SS qui Hitler a demandé d'aller retirer la statue de Mendelssohn parce qu'il veut pas que sur l'opéra de Prague il y ait un juif et donc c'est ce SS qui monte la nuit et qui il sait pas à quoi ça ressemble en fait un juif il y a 25 statues tu me demandes de retirer le juif alors par cliché il cherche lui quel nécro je suis eu et puis il se rend compte que non et du coup il retire la mauvaise statue et derrière t'as toute une histoire qui parle de ça après t'as forcément beaucoup de déportations etc mais j'aime énormément cette phase de recherche où ça me nourrit avant de pouvoir restituer et de filtrer j'ai l'impression d'être un entonnoir où je prends plein de choses je me nourris de plein de trucs et à la fin je restitue ce qui me semble moi essentiel au travers de petits détails sensoriels de petites anecdotes de petites histoires
Ybelion — j'adore ce partage sur l'apprentissage que tu fais déjà ça fait un beau parallèle tu vois entre le métier que t'as et puis ce que tu retrouves aussi toi dans l'écriture et surtout c'est que moi je trouve quand même que quoi qu'on fasse dans la vie avoir cette curiosité d'apprentissage elle est importante parce qu'en fait c'est ça qui perpétuellement te fait avancer tu vois ou progresser ou bref utilisons le mot qu'on veut mais quand tu commences à être pétri de certitude quelque part c'est là que tu commences que tout s'étiole un petit peu et je trouve que t'entendre le partager ça permet aussi de relativiser sur nos propres doutes quand évidemment qui dit apprentissage dit on se pose des questions on dit qu'on peut avoir des doutes etc et ça arrive aussi en écriture et c'est pour ça aussi qu'à la fin ça devient cool parce qu'on apprend j'aime beaucoup ce partage que tu fais sur l'apprentissage
Gabriel Blancard — c'est beau ce parallèle final sur l'écriture c'est aussi un apprentissage c'est vrai
Ybelion — ouais tu vois parce que ça rejoint un peu tout l'imaginaire qu'on peut avoir autour de l'écrivain qui serait frappé par l'inspiration qui doute jamais qui fit son premier jet puis qu'il est parfait et que c'est un best-seller c'est pas ça l'écriture la réalité c'est que c'est pas ça il y en a peut-être comme ça qui sont comme ça mais la réalité c'est très loin de la réalité en fait et donc voilà j'aime bien tous ces partages parce que c'est justement ça met ça en valeur comment t'aimerais conclure cet échange ?
Conclusion : apprendre en permanence et s'adapter
Gabriel Blancard — je pense que c'est une très belle manière de me définir et de conclure là-dessus de parler enfin vraiment ce parallèle entre l'apprentissage l'écriture la formation c'est mon métier l'apprentissage transmettre c'est mon métier aussi et se rendre compte que oui en fait en tant qu'écrivain t'apprends toujours tu découvres toujours que ce soit sur le style sur la forme et puis il y a une adaptabilité constante parce que on écrit aussi pour un marché il faut arrêter de se leurrer le marché évolue le marché change et du coup il faut aussi adapter par quoi ça fonctionne je pense en tout cas tu vois tu pourrais écrire j'adore écrire comme au Moyen-Âge bah vas-y écris-le écrit dans un français médiéval mais ça ne sera pas lu donc ça dépend de la finalité aussi il faut s'adapter au marché il faut voilà il faut vraiment apprendre en permanence et bah maintenant voilà on en parlait tout à l'heure il faut apprendre à utiliser les outils d'IA parce que bah ouais on va passer par là tu peux plus avoir un outil enfin un manuscrit bourré d'incohérences dire moi hier soir j'ai envoyé mon texte je voulais tester quelque chose et j'envoie mon texte et je lui demande c'est quoi les incohérences de ce texte là et il me relève trois incohérences en me disant bah là tu peux pas dire que lui il est né là alors que dans ce passage là il n'existe pas encore là elle est enceinte alors lui me dit là elle est enceinte mais elle fume genre oui je sais c'est parce qu'en 1967 on s'en foutait donc après t'as aussi à toi de juger et je sais bien il dit voilà
Ybelion — c'est ça c'est exactement ça c'est à dire qu'il va relever plein de trucs et après c'est comme des commentaires éditoriales ou des commentaires de bêta lecture tu restes l'auteur et aligné avec la première intention vendre pour toi enfin voilà chacun son truc mais à la fin bah tu restes l'auteur et t'intègres ce que tu veux intégrer tu vois mais ouais c'est effectivement il y a bien tout ça
Gabriel Blancard — la concordance des temps aussi il me dit bah t'as une partie ton roman qui est au présent et une partie qui est au passé je sais j'ai changé d'avis en cours de route je le sais merci de le signaler il n'y a rien de plus j'ai changé d'avis pour le point de vue narratif donc finalement j'ai écrit à la première personne et pas à la troisième et j'ai changé d'avis pour le passé présent ça c'est
Ybelion — tu as tout changé du coup effectivement la cohérence
Gabriel Blancard — demande moi si j'aime écrire mes premiers jets la réponse c'est bien sûr que non je déteste ça j'ai plein de doutes mais au moins je suis content du produit final c'est tout c'est carrément tu vois
Ybelion — j'aime bien cette conclusion le premier jet c'est pas toujours la partie la plus agréable mais bon voilà ça fait partie du processus et on apprend à l'apprécier tu vois en l'occurrence par l'apprentissage que t'en tires tu vois c'est ça aussi qui est beau c'est que t'arrives à apprécier quelque chose que tu détestes tu vois dans le fond c'est vrai
Gabriel Blancard — et je te remercie au passage du coup pour conclure là-dessus je te remercie pour cette invitation
Ybelion — c'était avec grand plaisir Gabriel c'était trop cool et très inspirant merci d'être là épisode après épisode si ce podcast t'inspire t'aide ou te mets du baume au coeur t'abonner mettre 5 étoiles et le partager c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux parce qu'après tout plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte à très vite ose écrire imientos