Aller au contenu principal

Conseil d'écriture

Ne lis rien pendant ton premier jet

La voix d'un roman qu'on lit s'attrape comme un accent, parfois jusque dans les phrases qu'on écrit le soir même.

La discipline

Ce que dit le conseil

Le jour où tu commences ton roman, tu glisses un marque-page dans celui que tu lisais. Il n'en bougera plus jusqu'au mot « fin » de ton brouillon. La consigne ferme les livres des autres pendant tout le premier jet, les romans en tête.

Des romancières et des romanciers la déclarent comme une pratique, sans texte fondateur. Dan Brown, interrogé par un lecteur sur Goodreads, recommande de « not read other novels while writing your own novel », de laisser les romans des autres pendant qu'on écrit le sien. Anne Korkeakivi borne la règle à la fiction et à une période, « at least during the intense period of creating a first draft », où elle lit essais, poésie et périodiques.

Pourquoi on te le répète

Un air entendu le matin à la radio se fredonne encore le soir. La prose d'un romancier fait le même trajet. Lue au petit-déjeuner, elle revient l'après-midi dans le rythme d'une phrase ou dans une façon de finir un paragraphe. Un roman qui commence cherche encore sa cadence. Selon Dan Brown, moins on lit pendant qu'on écrit, plus l'esprit s'emploie à créer. Une voix distincte, ajoute-t-il, sort mieux du silence que de la cacophonie. Anne Korkeakivi ne veut pas entendre les cadences des autres tant qu'elle cherche la voix de son livre.

Et dans la vraie vie

1

Comment ce conseil peut mal tourner

« Je lirai quand j'aurai fini. » La phrase se tient tant que l'élan dure. Mais un roman s'écrit lentement, et pendant ce temps la pile des livres à lire monte. Le plaisir de lire se met en veille par précaution. Les questions de métier qu'un autre livre aurait résolues en passant (où placer un retour en arrière, combien de temps garder un secret) attendent elles aussi. La consigne s'étend ensuite d'elle-même : après les romans, les nouvelles, puis l'essai qui aurait nourri l'histoire, puis le manuscrit qu'une amie voulait te faire lire.

Je ne savais même pas que c'était un conseil, ne rien lire pendant son premier jet. Je vois l'idée, éviter de se laisser polluer, mais je le range en D sans aucun remords : jamais je ne dirais ça à quelqu'un qui me demande, dans la rue, un conseil pour écrire son livre. À mon sens, c'est plutôt une conclusion à laquelle on arrive en tirant un fil. Imagine une personne très sensible au regard d'un auteur qu'elle adore, par livres interposés. Elle attend tellement de lui ressembler que ça parasite sa propre écriture, jusqu'à la page blanche. En creusant, elle décidera peut-être de ne pas lire cet auteur pendant qu'elle écrit. Moi, je lisais encore les premiers tomes de L'Assassin royal en écrivant mon tome 2, sans jamais retrouver dans un brouillon une tournure du livre que j'avais en cours.

3

Un contre-exemple

« My writing desk is covered in open novels. » La phrase appartient à « That Crafty Feeling », une conférence que Zadie Smith donne le 24 mars 2008 à des étudiant·es de l'université Columbia. Sa table de travail, dit-elle, est couverte de romans ouverts. Elle y lit quelques lignes pour trouver une note ou se corriger. Ses lectures lui servent de régime : quand ses phrases deviennent trop baroques, elle réduit David Foster Wallace et reprend du Kafka, en guise de fibres.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

DOn va dire « pas la cible »
Et toi, tu le classes où ?

Pour continuer

L'atelier offert

Dire à voix haute ce que tu veux écrire, toi, rend les voix des autres moins encombrantes.

Je découvre l'atelier