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Conseil d'écriture

Fais un plan avant d'écrire

Certains romans partent avec un classeur de trente pages, d'autres avec quinze lignes de trame qu'on redessine en route.

Avant d'écrire

Ce que dit le conseil

Décide où va ton histoire avant d'en écrire le premier mot. Sur une feuille, tu poses le début, les tournants et la fin. Ta contrebandière sera arrêtée à la frontière dans la dernière scène, et tu le sais avant d'avoir rédigé la première.

Deux textes d'avril 1846 réclament déjà ce plan. Pour Edgar Poe, dans « The Philosophy of Composition », une intrigue doit être élaborée jusqu'à son dénouement avant qu'on prenne la plume. Baudelaire, dans ses « Conseils aux jeunes littérateurs », compare le texte à une toile, qui doit être « couverte » en esprit au moment d'écrire le titre. L'image des architectes, qui dessinent tout, et des jardiniers, qui sèment pour voir ce qui pousse, est de George R. R. Martin. Lui se range parmi les jardiniers.

Pourquoi on te le répète

La veille d'une étape de montagne, un cycliste étudie le parcours pour garder des forces au dernier col. Un plan rend ce service à un roman : avec la fin en vue, chaque scène peut préparer la suivante. Poe y voyait le seul moyen de donner à une intrigue son air de conséquence, de causalité. Baudelaire avance une raison plus pratique : « Pour écrire vite, il faut avoir beaucoup pensé ». Le plan protège enfin de la panne du milieu, ce matin où le manuscrit compte vingt mille mots et plus aucune direction.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

Dire à quelqu'un de bloqué de faire un plan, c'est facile. Alors oui, ça lui donne l'impression d'avancer, sauf que c'est encore pire : de la procrastination active. Je sais ce qu'un plan peut cacher, moi qui me pensais architecte au début, convaincu qu'il me fallait de l'ordre partout. Derrière cet ordre, il y avait simplement une peur terrible de me jeter dans l'écriture, une peur que je refusais de regarder en face. Aujourd'hui, quand quelqu'un met trois mois à faire un plan qui pouvait se faire en deux jours, je le vois.

Que tu sois côté architecte ou côté jardinier, l'intention compte toujours. S'il s'agissait seulement d'avoir cette intention, de savoir où tu vas, ce serait un S. Mais on te dit de faire un plan avant d'écrire. Dans sa version extrême, tu détailles tout, le chapitrage, les scènes, chaque étape, alors que mon plan à moi tient en quelques grandes étapes, qui ont bien changé en route pour mon tome 3. Pris comme ça, je suis catégorique, je le mets en D, parce que je suis convaincu que c'est un faux conseil pour énormément de gens : il correspond à la moitié des écrivains au maximum, peut-être. Aux autres, il ne va pas du tout. Il en paralyse même certains, il met à d'autres une pression qui appuie sur leurs peurs et leurs limites.

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Un contre-exemple

« I had never been to Bree. » Tolkien l'écrit au poète W. H. Auden, dans une lettre du 7 juin 1955 sur l'écriture du Seigneur des anneaux. Il n'était jamais allé à Bree avant d'y conduire son histoire. Il y a trouvé Grands-Pas, assis dans un coin de l'auberge, sans savoir mieux que Frodon qui était cet homme : « Strider sitting in the corner at the inn was a shock ».

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

DOn va dire « pas la cible »
Et toi, tu le classes où ?

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