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Conseil d'écriture

Write what you know (écris ce que tu connais)

Vingt ans derrière un comptoir laissent dans une scène de bar des détails qu'aucune documentation ne fournit.

Avant d'écrire

Ce que dit le conseil

« Write what you know » : écris ce que tu connais. La formule t'envoie chercher ta matière dans ta vie, ton métier, ta ville, tes colères. Si tu as grandi dans une ferme, ton roman connaît l'heure de la traite et le prix d'un tracteur.

Son premier auteur reste inconnu. On la donne tantôt à Hemingway, que des écrivains citent de seconde main, tantôt à Mark Twain, sans référence. Twain a écrit autre chose, dans un fragment de lettre de mars 1891 : « I confine myself to life with which I am familiar when pretending to portray life. » Il s'en tient à la vie qu'il connaît quand il prétend peindre la vie. La phrase parle de son propre travail.

Pourquoi on te le répète

Devant son clavier, une ancienne infirmière écrit une garde de nuit. Elle n'a rien à vérifier : le bruit des sabots dans le couloir et la fatigue de quatre heures du matin lui reviennent seuls. Le conseil promet d'abord ces détails qu'on n'invente pas et qu'une personne du métier reconnaîtra. Twain, qui avait été soldat deux semaines et pelleteur dans une usine d'argent, tenait l'expérience personnelle pour le capital le plus précieux d'un romancier. Quand on débute, le conseil rassure en donnant un sujet qu'on possède déjà.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

« Je n'ai jamais été policier, je n'ai pas le droit d'écrire un commissariat. » Prise pour une frontière, la formule ferme les livres dont tu n'as pas vécu le sujet, ou t'envoie te documenter pendant des mois avant d'écrire. Le vécu trop proche bloque d'une autre manière. Une autrice que j'accompagne avait nourri ses personnages de personnes réelles. Quand ces liens se sont défaits, continuer à écrire ces personnages lui a donné l'impression de mentir. Une autre a corrigé ses chapitres dans l'élan, sauf un, tiré de sa propre histoire. Il lui résistait : il devait appartenir à son héros et il lui appartenait encore, à elle.

Si tu as l'impression de manquer de créativité, ouvre une photo au hasard sur ton téléphone. Je suis quasiment sûr que tu as une histoire à raconter dessus. Chez moi, c'est Voltaire, mon chien, qui joue dans la mer, et si je décide qu'il parle, je bascule dans une histoire fantastique. Écrire ce que tu connais ne t'oblige donc pas à faire du contemporain sur un trentenaire (a.k.a. moi). Pioche dans tout ce que tu as vécu, ce que tu aimes ou n'aimes pas, parce que mettre de toi dans le texte, c'est ça qui fait que le lecteur accroche et qu'il a envie de revenir. En fait, je ne suis pas sûr d'arriver à écrire un livre sans y mettre de moi, puisqu'on le fait même inconsciemment. Voilà pourquoi je le trouve masterclass, ce conseil, presque une vérité absolue. Il touche d'ailleurs à la Clarté d'identité, à ce que tu t'autorises. Par exemple, tu as ressenti une émotion, donc tu es légitime à l'écrire, même sans savoir l'expliquer.

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Un contre-exemple

De la Terre à la Lune paraît en 1865, en feuilleton dans le Journal des débats puis en volume chez Hetzel. Jules Verne y raconte un voyage vers la Lune, parti de Floride, à une époque où personne n'a encore quitté la Terre. Apollo 11 ne décollera que cent quatre ans plus tard. Sur le chemin du retour, le 23 juillet 1969, Neil Armstrong évoque le livre de Verne lors d'une émission télévisée.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

SEt paf, ça fait des Chocapic
Et toi, tu le classes où ?

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On y passe en revue ce que tu as vécu loin des livres, tes vraies raisons d'être l'auteur·ice du tien.

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