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Combien de temps pour écrire un livre : calcule ta date

Combien de temps pour écrire un livre ? Trois curseurs font apparaître ta date de point final, et les rythmes très différents qui mènent tous à ce jour-là.

Illustration d'une longue chaussée de pierre traversant un désert vers l'horizon, jalonnée de blocs rocheux

Combien de temps pour écrire un livre : calcule ta date à toi

« En fait, les livres, ça s'écrit en combien de temps ? »

Appelons-la Lucie. La question est arrivée au milieu d'une phrase, lors d'un premier rendez-vous, et elle ne s'est même pas arrêtée dessus. Je venais de lui demander pour quand elle aimerait voir son livre exister. Elle m'a répondu « dans l'idéal, un an au minimum, au maximum je sais pas trop », la question a surgi là, et elle a enchaîné aussitôt : « je suis toujours allée un peu à mon rythme, mais ouais, je me fixe à peu près un an ».

Elle s'était donc donné un an avant de savoir combien ça prenait.

Cet ordre-là revient dans presque tous mes premiers rendez-vous. On choisit une durée qui sonne bien, on la range dans un coin de la tête, et on avance en espérant qu'elle tienne. Je voudrais te proposer le chemin inverse, celui où la date sort de tes chiffres à toi.

Six mois pour écrire un livre, disent les moyennes

Cherche « combien de temps pour écrire un livre » et tu tombes sur des tableaux. Ils comptent quatre à six mois pour cent pages chez un débutant, neuf à douze mois pour trois cents pages, et une moyenne à cent quatre-vingts jours revient à peu près partout. Les articles enchaînent ensuite sur des conseils pour écrire plus vite.

Il y a du vrai dans ces chiffres, simplement une moyenne te donne la durée de quelqu'un d'autre, et tu ne peux pas faire grand-chose avec.

Une autrice m'a raconté un jour avoir écrit ses deux premiers livres en trois mois et quatre mois. Il y a de quoi se sentir tout petit, jusqu'à ce qu'elle précise la suite : « j'avais l'histoire dans ma tête du début à la fin, je les avais mûris des années ». Elle avait fait le travail avant, ailleurs, pendant des années que personne ne compte dans les tableaux, et ses doigts n'y étaient pour presque rien.

Alors quand la question arrive en rendez-vous, je commence par demander combien de temps ont pris les textes précédents, ce qui existe déjà, comment les semaines sont faites. Ce que je donne ensuite, ce sont les durées que j'ai vues chez les auteurs accompagnés, avec leurs écarts.

Les trois variables qui font ta date

Trois nombres décident du jour où tu poseras ton point final.

Ta vitesse d'écriture. C'est le nombre de mots que tu alignes en une heure d'écriture réelle, la vaisselle et les onglets ouverts non compris. Autour de 250 mots à l'heure tu écris en pesant chaque phrase, à 500 tu avances d'un pas régulier, et au-delà de 700 tu poses les mots sans trop revenir en arrière. Aucun de ces chiffres n'est meilleur que les autres.

Ton temps d'écriture hebdomadaire. En rendez-vous, ça donne presque toujours cette formulation : quand tu regardes tes semaines et les impératifs que tu as, à ton sens, sans te détruire la santé, tu penses que tu pourrais libérer combien de temps pour écrire sur une semaine ?

Une autrice m'a répondu : « bout à bout, peut-être cinq heures. Mais là, si je condense tout, je peux pas. Et puis cinq heures d'affilée, je sais que je n'y arriverai pas. » Je n'ai jamais eu de réponse aussi juste. Cinq heures existent dans sa semaine, à condition d'être découpées, et elle venait de décrire son rythme entier jusqu'à la taille de ses créneaux.

Le « sans te détruire la santé » compte aussi beaucoup dans cette question. J'entends parfois douze heures par semaine, annoncées par quelqu'un qui travaille cinquante heures et élève deux enfants. Ces douze heures-là tiennent rarement jusqu'à la rentrée, et j'ai fait exactement la même erreur sur mes propres plannings.

La longueur de ton premier jet. Une novella tourne autour de 30 000 mots, un roman autour de 50 000, un roman long autour de 80 000. Si tu n'en sais rien encore, pars sur 50 000, c'est le calibre le plus courant et tu ajusteras en route.

Si tu raisonnes plutôt en pages, l'usage de l'édition française tourne autour de 250 mots par page imprimée. Un roman de 200 pages pèse donc à peu près 50 000 mots, un roman de 300 pages autour de 75 000, et les 500 pages qui font rêver dans les comparatifs demandent 125 000 mots. Fais cette conversion avant de bouger le moindre curseur, parce qu'un projet qu'on décrit spontanément comme « un gros roman » double parfois la durée annoncée sans qu'on s'en rende compte. Le nombre de pages de la version imprimée dépend ensuite de la maquette, de la police et des marges, donc raisonne en mots aussi longtemps que tu le peux (je t'épargne le fonctionnement par caractère, parfois plus pertinent, à titre personnel je trouve simplement qu'il est moins parlant et moins concret, et si j'ai bien gardé un truc de mes études de physique c'est l'importance de se rendre compte des échelles et unités qu'on manipule... donc je préfère parler en mots héhé).

De ces trois variables, la longueur se décide en amont et la vitesse ne se force pas vraiment. Il reste donc un levier principal, et c'est le temps que tu libères chaque semaine.

Plusieurs rythmes, la même date

En construisant la frise de ton livre, j'ai vu trois réglages qui n'ont rien à voir afficher la même date.

Quelqu'un qui écrit vite, 700 mots à l'heure, et qui dégage trois heures trente par semaine, produit 2 450 mots hebdomadaires. À 250 mots à l'heure, il faut neuf heures quarante-huit pour produire ces mêmes 2 450 mots. Et à 500 mots à l'heure, quatre heures cinquante-quatre suffisent.

Ces trois personnes ont des rythmes qui n'ont rien à voir et posent leur point final le même jour.

Ce qui fabrique ta date, c'est le nombre de mots que tu produis dans une semaine. Il existe autant de façons d'atteindre ce total que de combinaisons entre ta vitesse et ton temps disponible, et tu peux passer de l'une à l'autre en cours de route sans rien casser.

Ça change la nature du sujet. Écrire lentement demande simplement un autre volume horaire. Et trente minutes par jour forment une combinaison parmi d'autres, qui arrive au même endroit que les autres. La question « est-ce que j'écris assez vite ? » perd beaucoup de son mordant quand tu vois trois réglages différents afficher la même date à l'écran.

La Clarté de Rythme commence là, dans ce nombre de mots hebdomadaires que tu tiens sans t'user, et tout le calendrier se déduit en partie grâce à lui.

Du premier jet au manuscrit terminé, quatre étapes

C'est ici que les chiffres qui circulent m'agacent le plus. Ils comptent « écrire un livre » comme un bloc unique, alors que le chemin se découpe en étapes qui ont chacune leur durée et leur nature.

Voilà comment je le découpe avec les auteurs.

Ça commence par une phase de structuration que j'appelle le RÉVÉLATEUR, et qui prend environ deux semaines. On y pose l'intention, la voix, le lecteur visé, le tempo. C'est la boussole avant le départ, et c'est ce qui évite de réécrire trois fois le même chapitre pour de mauvaises raisons.

Le premier jet occupe ensuite le gros du chemin, un peu moins de cinq mois pour la moyenne que j'ai pu observer chez les auteurs et autrices que j'accompagne (valable aussi pour moi, mon dernier premier jet c'est même 112 000 mots en 115 jours). Sa seule mission est d'exister, la perfection viendra chercher sa place plus tard.

Vient une première réécriture d'un mois et demi, où tu reviens au texte avec un regard neuf. Puis une seconde réécriture d'un mois et demi, une fois que tes bêta-lecteurs t'ont renvoyé ce qu'ils ont vu et que tu as trié ce qui résonne chez toi.

Mis bout à bout, ça donne les huit mois sur lesquels j'ai construit mon accompagnement, une durée que j'ai observée chez moi et chez les auteurs passés par là. Certains vont un peu plus vite, souvent grâce à l'organisation de leur vie plus qu'à leur talent, et d'autres prennent davantage parce que la vie en a décidé ainsi. Seul le premier jet dépend vraiment de tes curseurs, les trois autres étapes gardant à peu près leur durée, donc c'est lui qui fait bouger ton total.

Ce que ce calcul suppose

Reste à dire ce que ce calcul ne sait pas faire.

Un calcul de ce type suppose une régularité constante, semaine après semaine, du premier jour jusqu'à la dernière ligne. Cette régularité n'existe pas. La vraie vie fait des vagues, et elle en fera pendant toute l'écriture de ton livre. Il y aura un déménagement, une grippe, un mois où tout déborde, et une semaine où tu écriras trois fois plus que prévu.

Je ne te dis pas ça depuis la rive. Ma propre date, je l'ai ratée assez largement, et je continue à me fabriquer des calendriers trop optimistes. En mai 2023, j'ai posé une semaine de congés pour écrire cinq mille mots par jour, persuadé d'avoir trouvé la formule qui ferait tenir mon planning. J'ai tenu les sept jours, puis je suis resté trois mois sans rouvrir le manuscrit. J'ai mis des mois à admettre qu'un rythme qui ressemblait à une punition ne tiendrait jamais chez moi. Je raconte cette semaine-là en détail dans l'article sur comment finir son roman.

Une date calculée te donne une direction, un ordre de grandeur, une façon de savoir si ton projet tient dans ta vie. Elle ne promet rien, et elle se corrige au fil des mois.

La date qui s'affiche produit d'ailleurs presque toujours une réaction.

Le soulagement domine chez ceux qui portent un projet flou depuis des années. Ils s'attendaient à voir surgir une décennie, l'écran leur annonce un printemps dans dix-huit mois, et leur rêve redevient une affaire de calendrier ordinaire.

Il arrive aussi que le sol bouge un peu. Un mois de 2029 s'affiche et il faut s'asseoir. C'est le moment que je trouve le plus riche, et je réponds en général par une question : qu'est-ce qui te dérange dans cette date, sa longueur, ou ce qu'elle t'oblige à regarder de ta vie d'aujourd'hui ?

Ce vertige vient de ce que le calcul t'oblige à regarder, et là-dessus aucun curseur ne peut rien pour toi. Le nommer change déjà la façon dont tu regardes cette date.

Comment lire la frise de ton livre

Sur le site, j'ai construit une frise interactive pour rendre tout ça visible d'un coup d'œil. Tu bouges trois curseurs, ta vitesse, ton temps par semaine, la longueur visée, et la date se déplace sous tes yeux. Les étapes se déplient en dessous, chacune avec la sienne. Rien n'est stocké, tu peux jouer autant que tu veux.

Le temps hebdomadaire reste le curseur le plus honnête des trois, donc je démarre toujours par lui, sur une semaine ordinaire plutôt que sur la meilleure de l'année. La vitesse se surestime tout le temps, et une session chronométrée règle la question en vingt minutes. Reste la liste des rythmes équivalents, en bas de la frise, où se cache souvent la combinaison qui te va mieux que celle que tu t'imposes aujourd'hui. Note ta date à côté de la date du jour, et reviens-y dans deux mois : l'écart entre les deux en dit plus long sur un rythme réel que n'importe quelle moyenne.

Ton vrai rythme apparaît en cours de route

Reprenons Lucie et son année. Elle n'avait donné ni longueur ni vitesse, seulement une intuition de douze mois, alors prenons les valeurs par défaut : cinquante mille mots, cinq cents mots de l'heure. Sur ses cinquante-deux semaines, deux partent dans la structuration et treize dans les deux réécritures, ce qui laisse trente-sept semaines de premier jet. Environ mille trois cent cinquante mots par semaine, soit deux heures quarante.

Son intuition tenait donc debout, et c'est précisément ce qui m'intéresse dans son cas. Deviner lui avait donné un nombre juste et aucun plan. Elle ignorait que quinze de ses cinquante-deux semaines partiraient ailleurs que dans l'écriture du premier jet, elle ignorait la taille des créneaux à protéger, et elle n'avait aucun moyen de savoir, au mois de mars, si elle était en avance ou en retard sur elle-même. Sa date n'a pas été démentie par le calcul, elle a été rendue tenable.

Ce qu'aucune frise ne lui dira, c'est à quoi ressembleront ces deux heures quarante un mardi soir de mars. Ce rythme met plusieurs semaines à apparaître chez tous ceux que j'accompagne. On en essaie un, on regarde ce qu'il fait à la vie et au texte, on ajuste, et on recommence. Au bout de huit mois, tu écris sur un tempo que tu n'aurais pas su décrire au premier mois.

Lucie avait choisi un an. Son rêve est resté exactement le même, elle a seulement arrêté de deviner.

Et si ta date te paraît très loin

Je remarque souvent un dernier réflexe, et je te le raconte tel quel. En séance, un auteur m'a posé son horizon comme ça : dans dix ans, dans vingt, ça lui irait très bien. Je lui ai répondu que s'il se disait que dans dix ans ce n'était pas grave, il avait de bonnes chances d'y mettre dix ans, à force de se le répéter. Il l'a pris en riant, et il n'avait pas tort de le prendre comme ça. Certaines personnes ont tout le temps devant elles et le vivent très bien, quand d'autres sentent qu'une décennie serait une décennie de trop. Chacun trouve midi à sa porte, moi je refusai de passer un an de plus en ne pouvant pas écrire « écrivain » sur ma tombe car « ingénieur et n'aimait pas ce métier » n'était pas une option, et je ne savais pas de quoi demain serait fait.

La date que tu poses te dit à quel point ce livre compte pour toi maintenant, à cet endroit de ta vie. Ta valeur d'auteur se mesure ailleurs, et elle ne bougera pas d'un millimètre selon que l'écran affiche 2027 ou 2031. Évidemment, mais ça tu le sais si tu me suis déjà, la valeur d'auteur se construit en écrivant et si tu attends de l'avoir pour te lancer... 10ans de plus n'aideront pas.

Bouge les curseurs, et regarde le temps que ton livre réclame.


Si ta date s'affiche et que le soulagement ne vient pas, il y a matière à creuser, et c'est le genre de terrain qu'on explore ensemble dans un accompagnement.

Ybe

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