Ingrid voit arriver des auteurs avec des questions très avancées. Les contrats d'édition, les juristes, la cession des droits audiovisuels. Leur premier manuscrit n'est pas fini. Sa réponse tient en une image : n'organise pas de concerts, fais tes gammes.
Personne ne réserve une salle le lendemain de sa première leçon de guitare. L'écriture donne l'illusion inverse, parce qu'on a l'impression qu'il suffit de poser des mots sur un clavier. Les dix mille heures existent aussi pour les auteurs.
Ce que ça révèle, à mon sens, c'est qu'on vit son présent depuis la version projetée de soi. L'écrivain publié, traduit, récompensé. Et tant qu'on habite là-bas, tout ce qu'on fait ici paraît minable. Reconnaître honnêtement où on en est aujourd'hui libère plus que ça ne déprime, parce que la montagne redevient une suite de marches et qu'il ne reste qu'une question : qu'est-ce que je peux faire aujourd'hui ?
Cet épisode se construit entièrement à partir de punchlines de rap. On parle de Ben PLG et de la débrouille qui remplace la chance, de Népal et de ce qu'on se cache à soi-même, de Nahir et du choix de tout miser sur une seule voie. Et Ingrid raconte la phrase qu'elle a écrite un soir dans un bar parisien sans y penser, et qui disait exactement ce qu'elle refusait de voir.
LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE — CLIQUE UN SLIDE POUR L'AGRANDIR
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Tu cherches un passage précis ? La table d'écoute passe les transcripts de tous les épisodes au peigne fin.
Deux plumes, des punchlines de rap
Ybelion — Yo yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 36e épisode d'Ose Écrire, et aujourd'hui je re-reçois Ingrid de
J'écris un roman, toujours un plaisir, et franchement on s'est tapé un petit kiff, on a pris des citations de
rap qu'on aimait bien et on a disserté autour de l'écriture, autour de ces citations. Voilà voilà, sur ce je
vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à très très vite. J'ai noté plein de citations aujourd'hui.
Ok. J'ai noté, enfin j'ai essayé de prendre des artistes, j'ai pris un peu de plein d'artistes. Et alors j'ai
pris des trucs, je ne sais pas trop ce que ça veut dire. Ok, je l'ai accepté. Je me suis dit, on va voir, on
va voir. Je ne fais pas d'introduction, je pars direct dedans. Vas-y. J'en ai noté une, elle m'a inspiré,
c'est une de Luv Resval. Je ne sais pas si tu m'as écouté un petit peu. Il dit, on chute, virgule, la lumière
écarte les ombres. Oh j'adore, c'est beau. Parce que Luv Resval, en plus, il est hyper inspiré par les trucs
genre Star Wars, les films et tout. Oui, exactement. C'est très visuel. Exactement, mais je crois que autour
tu as des phases sur Dark Vador ou des trucs comme ça justement.
« La lumière écarte les ombres » : la résilience en procès
Ingrid — Moi, je vois Star Wars quand tu dis ça, genre tu es, je ne sais pas, tu vois le personnage avec la lumière qui
est braquée sur lui. Et du coup, la lumière de ta chute écarte les ombres.
Ybelion — Comment tu l'interprètes ? J'ai essayé dans mon interprétation, je me suis dit il y a un truc, et là j'aime
bien parce que je me comporte comme un prof de français. Quand tu chutes, genre quand il se passe des trucs
mauvais dans ta vie, tu vois, de manière générale, tu as genre toi, ta lumière, ton unicité qui écarte tout le
mauvais, tu vois. Je pense que c'est ça ce qu'il dit.
Ingrid — Par contre, est-ce que je suis d'accord avec ça ? Je ne sais pas. Ça veut dire que chuter, ça ne t'atteint
pas, et que résilience, et que tu es un superman qui va quand même y arriver, à écarter les ombres, tu vois.
Ouais. Bon, c'est ce qu'il dit. Je ne sais pas si je suis d'accord avec ça, tu vois. Je dirais, enfin, c'est
une belle image. Tu vois, j'ai des amis qui ont un groupe de rap qui s'appelle First Rage, et à un moment il
dit, on ne peut pas, enfin un truc du style, quitte à éviter la chute, on peut juste apprécier la vue. Et en
fait juste, juste tu te plantes parfois, tu vois, mais après, y a la vue. Ouais, c'est vrai. Et je trouve que
c'est peut-être quelque chose que je préférais, tu vois, un truc un peu plus nuancé. En fait, j'ai un peu du
mal avec le côté résilience à toutes les sauces, et si tu te plantes c'est super, ça va te faire rebondir et
tu vas être génial. Le truc hyper stoïcien dans l'âme, en mode j'encaisse tout quoi qu'il arrive. Et si, tu
deviens plus fort et machin. Et en fait non, des fois juste tu te plantes et ça se passe pas bien et tout ça.
Et c'est ok. Ouais, enfin, c'est ok. Et tu vas galérer, mais ça fait partie de la vie, quoi.
Ybelion — C'est arrivé comme ça, à un moment, de genre un plantage où je me suis dit, ouais, c'est un plantage. Ouais.
Tu veux en parler ou pas ?
Ingrid — Il y en a un qui est un peu trop récent pour que j'en parle, mais sinon je pense que pas vraiment, dans une
globalité, tu vois, mais... Tu vois, que ce soit en entrepreneuriat, en écriture ou quoi, je me suis
engouffrée dans des cul-de-sac en disant, ben, j'ai quand même appris quelque chose. Pour autant, ouais, si
j'avais pu m'épargner un an de galère sur un projet, sur un roman aussi, je me suis bien embourbée sur des
trucs. Et en fait, des fois, juste, bah, c'est juste dommage de t'être embourbée, et t'as pas forcément de
résilience et d'apprentissage incroyable que tu en sors.
Ybelion — Ouais, pas forcément de grosses leçons, à part le fait d'accepter que ça soit arrivé, quoi. Ouais. Je... Je...
À chaque fois je cite ce livre-là, je trouve que je cite genre littéralement un épisode sur deux. Mais c'est
Les Vertus de l'échec, de Charles Pépin. Et il est genre passionnant. Ouais. Ouais, ça donne une dimension un
peu différente à l'échec. Et justement, sans verser dans cette espèce de stoïcisme un peu relou à force, tu
vois. Et il dit un truc, que j'ai écrit d'ailleurs là-bas, qui est genre, euh, euh, euh, en gros qu'il faut
pas chercher à trouver une espèce de justice dans la vie, tu vois. Qu'elle est juste, la vie, et que c'est
déjà bien suffisant. Et j'étais là, j'ai lu ça, j'ai fait, ah ouais, ok. Ouais. Et il dit un truc, il dit, il
faut apprendre à, à, à, à voir les événements de la vie et les encaisser, et puis d'arriver à dire, genre,
euh, ah, c'est comme ça, tu vois. Ouais, ouais. Mais c'est comme ça, pas, euh, pas blasé, tu vois, juste un
bon, c'est la vie, c'est comme ça, tu vois. Ouais, j'aime bien. J'aime bien ce côté un petit peu, ouais,
accepté qu'il y a des trucs, parfois c'est genre un cul-de-sac et puis tu fais demi-tour, quoi.
« Fais tes gammes, n'organise pas de concerts »
Les vertus de l'échec, ou l'absence de leçon
Ingrid — C'est ça. Il y a pas longtemps, là, enfin, je suis en train de lire Le Problème à trois corps. Moi, j'ai
chaleureusement conseillé plusieurs fois. Et il y a une citation qui m'a vraiment marquée, parce que c'était,
euh, euh, tu dois être comme l'eau, couler encore et encore malgré les remous de la vie, tu vois. Et surtout
par rapport à la période que j'ai traversée là, ces derniers mois, je me suis pris ça un peu en frontal, en
disant, mais en fait, c'est juste ça. Y a pas besoin d'avoir du sens et des messages merveilleux et des
apprentissages derrière tout. Et, euh, et ça m'a bien plu, ouais. En plus, ça m'inspire beaucoup, cette suite.
Trois corps, Victor Hugo et l'éloge de la digression
Ybelion — Tu sais que le coup là de la leçon, c'est marrant, parce que je fais le bilan de la semaine à chaque fois. Et
cette semaine, je rentrais du coup, au week-end de mariage et tout. La semaine un peu chaotique, tu vois. Et
j'ai passé genre une heure devant, dans ma feuille, en disant, putain, mais qu'est-ce que tu as appris cette
semaine, tu vois. Ah, t'as quand même voulu faire une vidéo. Bah, j'ai quand même voulu, tu vois, je me suis
dit, t'es un, c'est fou, mais j'ai quand même réussi à dire un truc. Et à un moment j'ai fait, en fait,
parfois y a pas de leçon en tirer, c'était juste une semaine de kiff. Et c'est tout. Y a zéro leçon. Et en
vrai, les gens ont fait, en mode, ouais, c'est vrai, parfois y a pas. Et j'étais là, ouais, ok, je retiens.
Maintenant, c'était un peu ma solution, c'est ma sortie de facilité. En mode, la leçon, c'est qu'il y a pas de
leçon. Mastermind.
Ingrid — Ouais, mais en même temps, je sais que quand tu accompagnes les gens et que tu dissèques des trucs d'écriture.
Tu te forces à beaucoup analyser les choses, et tu tombes pas facilement dans le « j'analyse tout et tout est
un truc que je vais retenir » et tout ça. Et c'est vrai que, enfin, moi, j'ai bien aimé, puis ça.
Ybelion — Voilà, pas de leçon. J'approuve. Et Le Problème à trois corps, t'en es où là ? Premier tome ? Ouais. Ok, tu
l'écoutes en audio, toi ? Ouais. C'est cool, non ? J'aime bien.
Ingrid — Ouais. Il y a des longueurs quand même dans ce bouquin, mais je suis contente d'avoir vu la série avant,
mais... J'aime beaucoup quand même. Mais j'ai bien noté que c'était le 2 et le 3 qu'il y avait plus, à moi.
Moi, moi, moi. Oui.
Ybelion — Après, tu vois, j'en ai parlé avec des potes qui disaient aussi, en vrai, ils ont trouvé qu'il y avait des
grosses longueurs dans le 2 et le 3 aussi, parfois. Ok. Et c'est vrai qu'en fait, en y réfléchissant et en le
refeuilletant, effectivement tu as des passages un peu qui fait… Ouais, mais en fait, c'est à moi, j'ai
tellement été marqué par tout le reste que quelque part j'ai eu un peu zappé tous ces trucs-là.
Ingrid — Et en même temps, c'est hyper décomplexant, parce que des fois il passe… C'est un peu… Moi, ça me fait penser
à Victor Hugo, parce que j'adore Victor Hugo, et Victor Hugo, c'était complètement son style. C'était de faire
des digressions sur un truc hyper drôle. Genre il partait un chapitre, il fait… En plein milieu des
Misérables, il fait un chapitre où il explique la bataille de Waterloo, pourquoi c'était une catastrophe. Ça
n'a vraiment aucun rapport avec quoi que ce soit. Et en fait, vraiment, il s'en fout, et ça fait un peu sa
vibe, tu l'imagines qu'il est là sur le canapé en train de te parler et de partir en roue libre, tu vois. Et
du coup, Le Problème à 3 corps, il y a un peu cette vibe-là aussi, des fois il part avec Newton et des trucs
comme ça. Ouais. Et vraiment c'est… Ok, je me laisse porter, et en fait je ne suis pas obligé d'avoir un
scénario ficelé au millimètre, avec aucun truc qui dépasse et tout, quoi. C'est assez cool à lire aussi.
Ybelion — Je serais trop curieux, tu vois, j'ai pas… Je ne sais pas s'il y a des interviews de l'auteur ou ce genre de
choses, mais je serais trop curieux de savoir un peu son process créatif, parce que… C'est à la fois
extrêmement complexe, et effectivement, et aussi dans le 2 et dans le 3, t'as des passages comme ça où t'as
juste le personnage qui réfléchit, tu vois, en toute sorte. Et t'as un peu ce sentiment, tu vois, de… le mec
lâche prise, et t'as l'impression qu'il se fait embarquer par son personnage et que ça mène à des endroits… Et
c'est assez… ouais, t'as raison, j'aime bien, c'est assez rafraîchissant en vrai, parfois, de… de séparer d'un
espèce de plan un peu complexe.
Ingrid — Après, je dis ça, mais le scénario tel que nous on a l'habitude, on le connaît, c'est la version un peu
occidentale. En fait, les films et livres asiatiques n'ont pas les mêmes modèles de scénario. Et euh… alors
y'en a quand même, oui, tu vois, genre Old Boy, qui est coréen, qui est calqué sur un truc occidental, mais
sinon y'a des films japonais ou coréens ou hongkongais où justement la narration nous déroute complètement.
Moi, j'aime beaucoup les films de Wong Kar-wai, et euh… niveau scénario, y'a… si tu compares à ce qui est
marqué chez Truby, y'a rien qui va, mais en fait c'est… justement, c'est une expérience aussi. Alors, c'est
des films, donc c'est différent, un film tu peux aussi complètement reposer sur l'atmosphère et tout, mais
euh… mais euh… ça, c'est aussi rafraîchissant pour ça, d'aller, euh… se plancher sur d'autres cultures…
d'autres… Je l'ai jamais fait, ça. Effectivement, euh… ouais, ça c'est intéressant. Pour moi, ça décomplexe.
Ybelion — T'as raison, parce que tu vois, c'est euh… un des livres… le seul livre japonais que j'ai lu, c'est euh… Avoir
le courage de pas être aimé. Ok. Euh… qui est un… qui est un excellent livre de développement personnel.
Peut-être celui qui m'a le plus marqué, mais qui, dans la forme, est extrêmement particulier. C'est un
dialogue entre un gars, euh… un peu paumé, et un philosophe. En fait, le philosophe lui explique, euh… ce
qu'ils appellent, je crois, la… la… la philosophie adlérienne, enfin, qui vient d'Adler, du coup. Ok. Qui est
un peu une… enfin, en tout cas, moi je l'ai interprété comme ça, une déclinaison de… il était psychiatre, tu
vois, donc un peu une déclinaison de la manière dont il avait d'analyser les gens, tu vois. Et euh… qui est
extrêmement intéressante, et du coup le livre, euh… est très particulier dans la forme pour un livre de
développement personnel, mais extrêmement puissant. Effectivement, c'est… il est japonais. Et euh… ouais.
Ingrid — Alors, rien que les livres japonais qui sont un peu à la mode en ce moment, là, t'as… Tant que le café est
encore chaud. Ok. Rien que ça, c'est assez marrant à lire, parce que c'est pas du tout des scénarios concrets.
Ybelion — Ouais. Bon, ça reste assez léger, mais… Ouais. Moi, j'avais lu le, euh… les, euh… les… les carnets de je sais
plus quoi d'un beau gosse nécromant… Ouais. Un truc comme ça. C'était un… je crois que c'était une autrice ou
un auteur coréen, et c'était un espèce de policier un peu décalé et vraiment très sympa. Hum. Avec un ton un
peu, euh… ouais, qui était différent. Franchement, c'était assez rafraîchissant aussi. Moi, j'ai eu un polar
japonais aussi y a pas longtemps, qui s'appelle La Maison Noire.
Ingrid — C'est pareil, c'est pas pareil que les polars que t'as l'habitude de lire, du coup c'est, quand t'as
l'habitude de lire des polars et des thrillers, t'es vraiment un peu… C'est comme la romance, c'est un peu des
tropes, quoi. Tu dis, ah ouais, lui… ah, il se passe ça. Pas du tout, il te… tu pars dans la mauvaise
direction à chaque fois, c'est… ça s'intéresse pas à lui.
Ybelion — Mais c'est ça qui est, en vrai, c'est ça qui est cool. C'est pour ça, c'est bien de connaître les règles et
puis après de se faire son truc à soi… Sans respecter rigoureusement tout ce que dit Truby dans ses livres, tu
vois. Même si tout ce qu'il dit est extrêmement pertinent. Hum hum. Voilà, première, première citation, avec
une belle digression. On est parti. C'est à ton tour. C'est à ton tour. Alors… J'ai du mal à choisir. Je suis
prise par surprise, mais… T'inquiète. J'aime bien.
Ingrid — Donc c'est une citation de Laylow dans… je sais plus laquelle, c'est Nacré je crois. Où il lui dit : « Si là
je m'arrête, qu'est-ce qui se passe ? Qui va parler de moi ? Quel sera le poids de mon existence ?
Laylow : « quel sera le poids de mon existence ? »
Ybelion — Pourquoi je jacte depuis tout ce temps ? » Pourquoi j'y crois comme un gosse ? Mais en gros… C'est beau, hein ? Ah ouais, c'est beau. C'est… Vas-y. Qu'est-ce qu'il se passe ? J'étais un été que ça… moi, c'est le… je
pense que je l'aurais lu il y a deux trois ans… j'aurais tout changé beaucoup plus vite, en vrai. Ouais. Parce
que c'est… Il faut se prendre des murs comme ça. Ouais. Ça, c'est des vrais murs, en vrai. Ouais. Parce que…
Moi, c'est déjà l'équivalent de la question… à chaque fois que je raconte… genre, qu'est-ce qu'on racontera à
ton éloge funèbre ? Je me souviens, de t'avais dit ça, ouais. Et là, quel sera le poids de mon existence ?
Ouais.
Ingrid — Et je trouve ça beau parce que lui, c'est un rappeur, et du coup derrière il y a l'œuvre d'art qu'il fait, qui
est… bah, ses textes… et son univers, en fait, parce que lui il a quand même un univers particulier. Mais en
fait, ça marche pour tout, et je trouve ça intéressant parce que ça pose une question de transmission aussi.
Comment tu transmets ce que… la personne que c'était.
Ybelion — C'est vrai. Et tu vois, de manière un peu provocante, parfois je dis qu'on se souvient pas de toutes les idées
de livres qu'on a, mais on se souvient des livres qui existent, tu vois. Ouais. Et en vrai… bah… On se
souvient pas non plus des bonnes résolutions qu'on a prises, mais on se souvient des trucs qu'on a fait.
Ouais. C'est clair. Et… C'est… c'est… non mais ça, c'est vrai, en vrai. Il faut… et puis il faut… en fait, le
truc, c'est que quand t'entends des gens te dire ça, je trouve que ça marche. Enfin… c'est un impact
différent, tu vois. Mais quand il y a un jour tu prends un mur comme ça et que tu te regardes dans le miroir
et tu dis… Et là, après, c'est…
Le livre, prolongement rectangulaire de soi
Ingrid — Il y a un truc que j'aime bien, c'est un… Édouard Baer, il a écrit un livre, mais un truc hyper léger, je sais
plus… je crois c'est un petit roman. Et en fait, j'avais lu le début, et le début, il faisait une espèce de
petite préface où il expliquait pourquoi il l'avait écrit. Il disait « mais j'ai écrit un livre, c'est un
prolongement rectangulaire de moi », un truc rigolo comme ça. Et sur le coup, j'ai bugué, parce que je lui dis
« mais en fait, c'est ça, c'est… enfin… c'est un petit objet qui contient toi ». Enfin, c'était un peu ça ce
qu'il disait, lui, tu vois. Et en fait, c'est la trace que tu laisses, surtout, bah… selon si tu… enfin, si
t'as pas d'enfant et que c'est la seule trace que tu comptes laisser et tout. Je crois que c'était son cas
aussi, moi c'est le cas, enfin… et en fait, tu vois le côté écriture complètement différemment. Moi aussi, je
vois le côté transmission complètement différemment, le fait d'avoir choisi d'aider les autres. Bah, ça fait
partie de tout ce que tu transmettras, quoi. Et ouais, pareil, on se souvient pas de tous les murs que tu te
prends avec l'entrepreneuriat et machin. Mais tu te souviens de toutes les personnes… enfin, moi je me
souviens de toutes les personnes que j'ai aidées, tu vois. Et du coup, je trouve que… enfin, la citation est
pareille, quand je l'avais lue j'ai vu le côté transmission au sens large aussi, quoi.
Ybelion — Comment t'impactes les gens dans ta vie, quoi. Ouais. Et en fait, la trace que tu mets sur les gens est encore
plus forte que même dans tes livres, je trouve. Et c'est extrêmement vrai avec… alors déjà, je trouve qu'avec
le milieu de l'écriture, tu vois. Parce que le livre, c'est quand même un objet qui existe depuis des… depuis
la perpète, tu vois. Ouais. Il y a toujours une… en tout cas, je le vois comme un objet extrêmement
particulier. Même, tu vois, maintenant tout est digital, machin, etc. Mais en vérité, le livre physique reste
un truc, tu vois. Ouais, c'est clair. Et c'est un des rares objets qui peut impacter quelqu'un maintenant ou
dans genre 150 ans, tu vois. Et tu sais pas à quel moment se passera ce truc de transmission. Mais moi, je
suis assez convaincu que chaque livre, un jour, trouvera peut-être un lecteur à qui ça changera vraiment la
vie, tu vois. C'est sûr. Et… et donc il y a ça, et puis après, effectivement, aider les autres… Quand tu vois
quelqu'un qui avance, que t'aides à faire avancer, parce que bon, le coaching, c'est quand même très… Tu
forces pas les gens, tu vois, tu mets pas un flingue sur la tempe de la personne. Tu l'aides à trouver ses
solutions pour avancer. Et le moment où tu vois qu'il y a un truc qui… qui switch là… Il y a un espèce de… là
tu fais, putain, ok, je comprends pourquoi tu fais ça. Ouais. Je vais continuer. Et c'est ce moment-là ?
Ingrid — Et je trouve que ce moment-là ? Ouais, voilà, ce moment-là, il efface toutes les galères que tu vois. Ouais,
exactement ça, tu oublies tout.
Ybelion — Et du coup, tu vois, typiquement, moi je me pose plus la question, tu vois. Ouais, alors bon, voilà, on touche
de la peau de singe, hein. Mais moi, je meurs demain, je sais que mon éloge funèbre, tu vois, je serais
content. C'est un mec qui accomplit des trucs quand même, tu vois. Et plus… et plus… putain, je sais plus
comment, j'avais trouvé ça trop rigolo, l'extrait à mourir de rire. J'ai dit, je sais plus, j'aurais écrit sur
ma tombe « a été ingénieur et n'aimait pas ce métier », tu vois. Oui, je me souviens, ça. Et j'étais là, en
mode, putain, mais là tu peux pas, ça c'est fini. C'est hors de question que ça se termine comme ça. L'enfer,
quoi. Ouais, quel sera le poids de notre existence. C'est pour ça qu'il faut se connecter à ce qu'on a envie
de faire. C'est un peu brutal, je sais pas si c'est brutal ou pas de le dire comme ça. À mon sens, ça fait du
bien aussi. C'est une bonne prise de conscience.
Ingrid — Bah, je trouve aussi, parce que en plus… Bon, lui, il le dit au travers de lui, « moi je m'inquiète, qui va
parler de moi ? », « Quel sera le poids de mon existence ? » Mais la réponse, ça peut être que ce que tu as te
convient, et que les personnes qui vont parler de toi, ça sera tes proches. Et que le poids de ton existence,
ça sera celle que tu as là. Mais c'est vrai que là, vraiment, c'est quand tu as une volonté de changer ou un
truc qui va pas, tu lis ça.
Ybelion — Je pense que c'est bon, c'est ça. C'est clair, tu fais, tu te dis, ok, ça va, peut-être que le prix de la
patience, de sauter dans le vide, c'est bien aussi. Ouais. C'est vrai. Ouais, j'avais une autre idée en plus,
mais je l'ai oubliée. J'ai oubliée. Donc c'est pas grave. Je vais passer à une autre. Laquelle ? Ah, celle-là,
c'est très classique, mais je l'ai écoutée ce matin, je me suis dit, c'est un bon rappel. C'est Ben PLG qui
dit « je connais la débrouille, je connais pas la chance ». Moi, j'aime beaucoup ce truc-là. J'aime pas trop,
j'essaie de le rappeler aux gens quand ils me disent « mais j'ai eu de la chance ». Je l'ai dit à mon meilleur
pote, il n'y a pas plus tard qu'il y a une semaine. Il me disait « ouais mais tu vois », il est intermittent
du spectacle, il bosse dans le cinéma, il fait de la prod notamment. Et il disait « ouais mais j'ai eu de la
chance, machin et tout ». J'ai fait « mais tu te rends pas compte en fait, la détente que tu as quand tu
parles, le côté avenant, le fait que tu sois dispo, machin et tout ». C'est ça qui te crée la chance que tu
penses avoir. Alors, j'aime pas trop non plus tomber dans l'absolutisme de dire « en vrai, travaille comme une
brute et t'inquiète, il y a toujours de la chance ». Mais je suis assez convaincu quand même que la chance, ça
se provoque un petit peu.
Ben PLG : la chance se provoque, le talent se fabrique
Ingrid — Ouais, tu l'as créée, c'est exactement ce que j'allais dire. Je trouve que, j'aime beaucoup, il y a la même
chose avec le talent. Il y a pas longtemps, il y avait Pauline Gallois, qui est illustratrice, qui disait « ah, t'as beaucoup de talent, je sais pas quoi ». Elle disait « le talent », et tu la voyais faire des dessins,
ses dessins à 6 ans, 8 ans, [?] à notre âge. Et en fait, vraiment, tu voyais que ce talent, elle l'a créé
elle-même de toute pièce. Au début, c'était juste un goût, quoi. Et que la chance, c'est un peu la même chose,
c'est toi qui va bosser, bosser, bosser. Et donc provoquer petit à petit des moments où tu auras peut-être de
la chance. Mais si t'avais pas bossé, ça serait jamais arrivé, en fait. C'est ça, c'est-à-dire que la chance
ne sourit jamais aux gens qui font rien. Ouais, ouais, c'est pas possible que quelqu'un te propose un contrat
d'édition si ça a pas commencé, si le livre est pas fini, tout ça.
Ybelion — Le rêve, comme ça un jour, un matin tu te réveilles et t'as genre, je sais pas, Hachette qui est en mode « on
aimerait vraiment que t'écrives un livre ». C'est pas qui t'aime mais pourquoi ?
Ingrid — Et c'est vrai que je trouve que c'est quelque chose que, en écriture, on a encore un peu ce côté « ouais, mais
il y a des gens qui ont un espèce de talent inné, qui vont envoyer un manuscrit premier coup », et ça existe,
mais c'est tellement rare. Ouais. Et c'est vrai que je sais plus pour qui je m'étais fait cette réflexion,
mais quelqu'un qui avait eu aussi un prix assez tôt, je me demande si c'est pas… j'ai un truc de mémoire, mais
le nom de l'auteur, c'est Mohamed Mbougar Sarr. Ok. Et bah, c'était plus ou moins un primo romancier je crois,
avec un… et en fait, effectivement, tu voyais qu'il avait un style très très beau, etc. Et donc tu te dis,
même si c'est son premier roman et tout, ça a de la chance, le style, il l'a pas inventé, il l'a travaillé
sûrement de… comment… enfin, de quelques manières, même si c'était pas forcément en écrivant des tas de livres
avant, c'était peut-être en lisant, c'était peut-être en ayant une sensibilité particulière à ça et tout,
enfin, tu sais pas comment les gens ils ont travaillé, mais… Comme ça, j'aurais tendance à dire qu'ils ont
travaillé, quoi. Ceux qui ont pas travaillé, très rares, ça m'étonnerait. Non, bah, y'en a à mon avis…
Aujourd'hui, c'est impossible. J'ai du mal à concevoir ça. Mais il y a toujours des exceptions, je pense. Mais
en vérité, à un moment, faut se pencher sur le fait que pour publier des livres il faut écrire, tu vois. Bah
ouais. Pour rester dans ce truc-là. Et en fait, y'a… y'a aussi… pardon, je te coupe, mais… ce que j'aime bien
comme concept, c'est le truc des dix mille heures. Mais pour moi, c'est vraiment pas anodin. Ouais, je sais
plus d'où vient ce concept. Je sais plus d'où ça sort, mais effectivement, si tu te mets à la guitare là, tu
vas pas faire des concerts demain. Y'a un process, ça s'apprend, c'est une discipline, enfin… je trouve que…
et… l'écriture, on a tendance à se déconnecter parce qu'en fait, on a l'impression que tu mets juste des mots
sur un clavier et que c'est facile. Ouais. Mais dès que tu compares à une autre discipline artistique, là tu
te remets un petit peu les pendules à l'heure. C'est vrai. Et à chaque fois, moi je disais ça, je disais, t'es
pas en train d'organiser des concerts. Et tous les gens qui viennent me voir en me parlant de contrat
d'édition et de maison d'édition, et est-ce qu'il faut que j'aille voir un juriste parce que c'est peut-être
en rapport avec ton histoire. Je dis, finis le premier jet d'abord. Ouais, c'est vrai. N'organise pas de
concerts, fais tes gammes. Et en fait, ça permet un peu de remettre les pieds sur terre. Et les 10 000 heures,
c'est ça, les 10 000 heures, c'est… Théoriquement, faut que tu aies bossé 10 000 heures pour être excellent
dans cette discipline, on va dire. Ou avec un niveau correct, je sais même plus. Et en fait, ben, 10 000
heures, c'est beaucoup, quoi. Et c'est normal, heureusement. Ça serait bizarre que là, d'un coup, en deux
secondes, t'aies fini. Tu sois un auteur de génie. Ouais, c'est comme ça, habituel là, hop. On s'ennuierait,
quoi, tu sais pas.
Fais tes gammes, n'organise pas de concerts
Ybelion — Et c'est un truc que je sais pas pourquoi, mais synchronicité, en ce moment je le répète tout le temps, c'est
d'être… En fait, on se… on vit notre présent dans la version projetée qu'on aimerait être. Et il y a un moment,
il faut avoir l'honnêteté intellectuelle de reconnaître que la version qu'on aimerait être, on l'est pas
aujourd'hui. Et donc l'écrivain publié, multi-récompensé qu'on a envie d'être, c'est pas celui qu'on est
aujourd'hui, tu vois. Mais néanmoins, pour moi, se rendre compte de ça, c'est extrêmement porteur d'espoir.
Parce que c'est regarder, entre guillemets, le présent en face, tu vois, et vivre dans le présent. Et de se
dire, ok, qu'est-ce que je peux faire aujourd'hui pour aller chercher cette version un peu plus, tu vois. Et
en fait, quand tu te connectes à ça, tu dis, bah en fait, faut juste que j'écrive. Et là, ça devient… là,
le process devient beaucoup plus facile déjà. Parce que tu découpes la montagne, sinon tu vis dans une
perpétuelle frustration. De dire, en fait, je suis pas à cet artiste de génie et ça marche avec la musique,
comme tu disais. Ça marche avec le foot. En étant petit, tu rêves que tu seras le futur Kylian Mbappé, tu
vois. Et en fait, après, tu joues pas au foot. Donc, bon, quelque part, l'un dans l'autre, c'est logique,
quoi. Et puis, je ne me souviens pas le Kylian Mbappé.
Sortir de sa version projetée
Ingrid — C'est intéressant ce que tu dis parce que je trouve que la vision… enfin, on en a déjà parlé, mais que la
vision qu'on a, effectivement, peut t'aider à faire tes choix du quotidien. Si tu veux être un auteur publié,
il faut que tu écrives aujourd'hui. C'est ça. Ma journée, c'est ma vie. Ou alors demain. Enfin, je ne sais
pas. Ou cette semaine. Enfin, ce que tu es censé faire. Et c'est vrai que ça, c'est quelque chose que j'ai
beaucoup pratiqué et prêché, de dire c'est ta vision qui te permet. Aujourd'hui, je suis moins comme ça. Je
suis plus dans le système, dans le… justement, qu'est-ce que je peux faire aujourd'hui ? Qu'est-ce que je veux
faire aujourd'hui ? Et ma vision, bah ouais, peut-être. Mais parce que c'est vrai que ça peut être source de
pression et de frustration aussi. Quand tu vois d'ailleurs ce qu'on me disait au début, là, avec la chute, par
exemple. Et du coup, je suis plus sur ce côté quotidien. Mais c'est sûr que dans tous les cas, quel que soit
notre système et notre façon de raisonner, qu'est-ce qui va nous faire écrire cette semaine ? C'est ça que
j'aime bien. Comment je me motive, moi ? Qu'est-ce qui me fait vibrer, moi ? Et en fait, moi, je suis partie
de cette histoire de vision que j'ai complètement abandonnée. Et moi, mon objectif, c'est juste d'écrire
régulièrement. C'est quelque chose que je ne fais d'ailleurs pas en ce moment, mais c'est un autre sujet.
Est-ce que, à ton sens, qu'il y ait toujours un peu cette frustration, c'est pas aussi bon signe ? Ouais,
alors je disais frustration, là, pour des gros trucs. Ouais, des gros trucs. Tu t'engloutis dans un espoir et,
en fait, c'est juste du négatif. C'est vrai que non, je suis d'accord. En vrai, dans la vraie vie, c'est ce
qu'on disait au début, je trouve toujours aussi du positif. Et justement, un peu de frustration et de te
rappeler qu'on est plein à vouloir publier notre livre, ça, ça fait des fois du bien aussi, quoi. Mais...
Ouais, je sais pas. C'est une bonne question.
Ybelion — Un peu quand même. Je pense, je sais pas. Naïvement, je dirais peut-être qu'il y a quand même un truc de...
L'amour de l'écriture est quand même un truc, à mon sens, un peu obligatoire, parce que c'est un process qui
est tellement long que si t'aimes pas faire ça, c'est pas possible. C'est comme l'équivalent de dire j'aime
pas courir et de vouloir courir un marathon, tu vois. Et quelque part, la frustration née du manque
d'exploitation de cet amour-là, et quelque part, quand t'as toujours un peu cette frustration de dire putain
merde, faut que je m'arrête, quoi. Putain merde, il faut que j'aille bosser, putain merde, faut que j'aille
prendre mes chiens. Bah peut-être que tu vois, c'est bon signe aussi. Oui, bien sûr, cette frustration-là, par
contre. Après, si tu vis dans une frustration permanente, c'est... Bon voilà, il y a toujours une notion
d'équilibre à trouver.
« On n'est pas venus ici pour souffrir »
Ingrid — C'est vrai que c'est quelque chose que je combattais beaucoup, et encore un peu maintenant, c'est de dire par
contre, on est pas venus ici pour souffrir. Ouais. Et il y a des gens que j'ai accompagnés pour qui l'écriture
était synonyme de frustration, parce que oui, ils aimaient écrire, mais il n'y avait pas le temps dans la
semaine, et du coup, c'était toujours un combat de trouver du temps et tout ça. Et c'est vrai que j'ai fait du
mieux que je pouvais pour expliquer que pour moi, ça ne doit pas être comme ça. Bah tant pis, t'écriras moins.
Oui, je suis d'accord. Et tant pis, ça sera différent pour ton cas, et chacun est différent. Mais c'est vrai
que si c'est juste de la lutte, c'est dommage. Alors, à voir, peut-être que toute cette lutte vaut le coup une
fois que tu es devant ta page, mais si tu as une vie de famille, machin... Vraiment, tu luttes justement pour
mettre ces cinq minutes d'écriture, et peut-être qu'il faut vraiment relâcher un peu ce que tu veux faire
aussi. Qu'est-ce que tu dirais quand même, comme ça, à quelqu'un qui, sans que ce soit forcément le cas, tu
vois, mais qui a cette frustration, qu'elle n'arrive jamais à, je sais pas, à trouver le temps, tu vois, ou à
se dire j'ai suffisamment avancé. C'est deux cas très différents par contre. Oui, c'est vrai. Il y a des
romans qui ont mis des dizaines, des quinzaines d'années à être écrits.
Ybelion — J'ai quelques exemples, je te les enverrai. Et c'est pas grave.
Ingrid — Alors ouais, on a l'impression que quand on regarde les réseaux sociaux, tout le monde signe des contrats
d'édition à tour de bras tous les jours. Mais peu importe, c'est ton roman à toi. Toi, tu veux qu'il soit
terminé, qu'il soit le mieux possible, etc. Bah tant pis si, ça prend plus de temps et autres. Et par contre,
pour le côté frustration, ça, de jamais réussir à faire ce qu'on veut, etc. C'est quelque chose qui me tient
vraiment à cœur, quoi. Le fait de bien choisir les objectifs qu'on a. Et c'est pour ça que tous les lundis, je
demande aux gens de choisir l'objectif et que je viens leur répondre, t'es sûr de cet objectif-là ? Et
derrière le choix des objectifs, il y a beaucoup de choses. Il y a la pression qu'on se met. Trouver des
excuses, parce que si l'objectif, il était trop gros, c'est une excuse en or pour le louper. C'est pas de ta
faute, c'est la faute de l'objectif. Et en fait, il y a beaucoup de choses qui se jouent à ce moment-là, tout
bêtement, le lundi. Et du coup, ça fait, je crois, 4 ou 5 ans que je fais ça, de dire le lundi, tu vas faire
quoi ? Et même, je pourrais faire que ça. Mon job sur la terre, ça serait OK.
Le rituel du lundi et le piège des gros objectifs
Ybelion — Moi, je pense que c'est extrêmement important de se poser la question et de réussir, paradoxalement, à se
détacher de cet objectif. En fait, ce qui est important, c'est ce que tu fais pour aller l'atteindre, pas
l'objectif en lui-même. C'est ça. Mais tu vois, le fait de se fixer l'objectif, ça te fait bouger. Parce que,
inconsciemment, tu ancres quelque chose de différent dans ta tête. Et quelqu'un qui se dira jamais, j'ai envie
de publier mon livre cette année, grande chance qu'il ne l'écrive jamais, en fait. Parce que quand tu n'as pas
de deadline, la deadline, c'est jamais, en fait. C'est pas facile.
Ingrid — C'est un équilibre à trouver. C'est un équilibre à trouver.
Ybelion — C'est-à-dire qu'il faut composer aussi avec la personne qu'on est. Enfin, il n'y a pas de jugement de valeur
dans ça, mais on résiste tous de manière différente à la pression. Certains, quand elle est trop forte, c'est
bloquant. D'autres, quand elle n'est pas assez forte, c'est bloquant. Et donc, il faut réussir à apprendre à
se connaître. D'où, je suis un grand partisan de ça, mais d'où l'importance du coaching typiquement. Parce
qu'en sachant qui tu es, tu sais quel niveau de pression te mettre à force. Et quand tu sais quel niveau de
pression te mettre, tu sais quel objectif te fixer. Il devient smart, c'est toujours le truc que tu rappelles
aussi. Et là, la vie est différente.
Ingrid — Ouais, et en même temps, tu parles des objectifs smart. Et justement, en pure théorie, il ne marche pas pour
la moitié de la population. Puisqu'il y a une moitié de la population qui s'en fout du côté planning, voire
que ça va stresser. Alors que moi, je suis du côté, si tu as une date, machin, organisé. Et ça, c'est quelque
chose qui m'a beaucoup, petite parenthèse, mais quand j'ai commencé la communauté, des Terminauteurs que
j'anime, j'avais la moitié, parce que c'est statistique quoi. Je fais un peu référence au MBTI ou les lettres
que tu as, mais qui n'était pas du tout rassuré par les plannings. Donc par les objectifs de la semaine. Donc
par un petit peu tout ce que moi je connaissais très bien. Et du coup, il fallait trouver d'autres manières de
mettre l'écriture en priorité, sans parler de planning. De se dire justement comment on fait un objectif à
long terme avec une vision. De se dire comment je vais me discipliner au quotidien, justement avec une
histoire peut-être de choix, de thème, sur ta journée, des trucs comme ça. Et en fait, c'était passionnant
quoi. Et là, tu te rends compte, ça fait complètement vaciller ton point, tout ce que tu dis, bah on va faire
comme ça, etc. Et je trouve que c'est intéressant de ne pas oublier ça. Et justement, du coup, de ne pas
oublier que gros objectifs, objectifs smarts et tout ça, déjà, en fait, il y a 50% de la population qui va
juste.
Ybelion — C'est intéressant le côté changer l'aspect temporel par une autre métrique. Ouais. Et c'est marrant parce que
dans le... Alors, moi qui venais de l'ingénierie, au début, enfin dans toutes les séances de coaching, tu dois
avoir une mesure pour voir si l'objet de ce que la personne a envie de travailler avance dans la séance.
Ouais. Et enfin, en construction très tête, tu as tendance à dire, ok, il faut une mesure, un vrai truc, tu
vois. Ouais, tout à fait. Et en fait, à force, tu te rends compte que parfois, un ressenti, ça suffit, tu
vois. Et donc juste travailler en se disant, ok, ma mesure, ça va être le ressenti. Par exemple, juste la
libération que je ressens à la fin de la semaine. Mais en fait, ça peut suffire. Et c'est vrai que c'est un...
c'est bien parce que c'est effectivement des trucs qui ont été créés, je pense, je ne vais pas vérifier, mais
par des... par des gens très process, très... très carrés, très renta, très machin, et donc très tête. C'est
vrai qu'essayer de le rabattre sur du corps ou du cœur, c'est intéressant.
Ingrid — Tu vois, tu disais, qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un qui est tout le temps dans la frustration ? Et bien
justement, dans les objectifs de la semaine, quand la personne est touchée par ça, sinon c'est un peu
autrement qu'on échange,
Ybelion — mais mon objectif, c'est qu'ils arrivent, qu'ils réussissent cet objectif. Vraiment. Je raconte ça depuis
quatre ans et je n'arrêterai jamais.
Ingrid — C'est, je m'en fiche que ton objectif, ça soit écrire un mot ou une ligne ou quoi. Le mot « avancé » est banni
parce que pour moi, ça ne veut rien dire. Mais par contre, le but, c'est d'aller sur une réussite. Et en fait,
justement, comme tu dis, des fois, c'était en fait mon objectif, c'était ça. J'ai fait autre chose, mais je
suis super content. Ça arrive tout le temps. Les terminauteurs, la moitié des gens, c'est en fait du coup,
non, mais j'ai fait ça. Et du coup, j'étais trop content, etc. Réussite. Et du coup, tu as envie de t'y mettre
la semaine d'après et tu repars. Et en fait, je trouve que ça, ça vaut tous les fins. Toutes les visions long
terme du monde.
Ybelion — Le fait d'avoir juste le dimanche une sensation de fierté sur ce que tu as fait de la semaine. Et de le
reconnaître après. Ça, je le répète beaucoup, beaucoup en ce moment. Mais de fêter ses petites victoires, de
prendre le temps parce que, évidemment, il y a toujours plein de trucs qu'on peut faire mieux ou qu'on a
envie. Mais c'est important quand même de prendre un peu de recul. Je regarde beaucoup sur ça, mais pour moi,
c'est vraiment très, très important.
Se récompenser : la tasse comme carburant
Ingrid — Je suis d'accord, moi, je demande si des fois, pas toujours, mais s'il y a une récompense, pour quand tu auras
atteint ton objectif ? Pour quand tu l'auras atteint ?
Ybelion — C'est ça. Oui, c'est ça.
Ingrid — Tu sables le champagne après, pas avant. Du coup, on me dit des fois, la fierté d'avoir réussi. Alors oui,
mais il n'y a pas encore une... Et moi, j'ai beaucoup fonctionné aux récompenses pendant une période. Et en
fait, vraiment, enfin, alors, j'ai un cerveau qui aime bien la récompense et tout ça. Mais vraiment, il y a
quelque chose de hyper satisfaisant. Typiquement, pour le côté sportif et aussi un peu écriture, mais surtout
sportif, je me mettais, je me disais, ah, mais en fait, je m'achèterais ça quand j'aurai réussi tel objectif.
Qu'est-ce que t'es content de le faire, en fait ? Et on a oublié parce que ça fait un peu enfantin un peu de
dire, ah ben, c'est un peu, tu reçois un cadeau quand t'as été sage. Enfin, et en même temps, je me suis rendu
compte que moi, ça me faisait vraiment du bien. Et en fait, c'est un petit cercle vertueux parce que c'est un
truc qui va t'encourager sur ta voie. Alors, je veux dire, je faisais tout ce qu'en rapport et tout, et du
coup, t'es encore plus content après. Et on a un peu perdu, je trouve, ce côté un peu enthousiasme.
Maintenant, il ne faut plus acheter des trucs, tu vois. Mais je trouve qu'il y a quand même des choses qui
font du bien. Et typiquement, je mettais mes récompenses de l'écriture, il y avait une nouvelle tasse, un
chauffe-tasse, des trucs comme ça. Qu'est-ce que t'es content de faire une session d'écriture avec tes deux
récompenses sous le nez, en fait ? Ouais, c'est vrai, ça change tout.
Ybelion — Ça change tout. Et ça permet de, quand c'est difficile, de regarder ce qui s'est bien passé aussi. C'est
toujours aussi un peu un combat, parce que c'est difficile quand même, tu vois. Je veux dire, écrire un livre,
à part quand t'es vraiment extrêmement rapide, t'en as, a priori, pour quelques mois. Quelques mois, c'est pas
linéaire. Donc, il y aura toujours des moments où ça sera compliqué, quoi. Ouais, et puis selon ta vie, ça va
te nécessiter vraiment des choix compliqués. Des impératifs ou du hasard qui fait aussi... Ouais, on a bien
digressé sur celle-là. Pourtant, elle était extrêmement basique. Est-ce que plus elle est courte, plus il y a
digression ? Ah, j'aime bien. Vas-y.
Ingrid — Pour savoir que je sais pas qui c'est, c'est une phase de Népal. La vérité se trouve dans le son d'une voix
quand elle ment.
Népal : la vérité quand on se ment à soi-même
Ybelion — Ah putain, tu sais que j'ai des citations de cette chanson. J'ai l'introduction en phrase japonaise, c'est
marqué là-bas. Et j'ai une autre phrase aussi à un moment de... Le premier couplet de Népal, là, il est
exceptionnel. C'est ma chanson de bio Instagram. Oh, ok. La vérité se trouve dans le son d'une voix quand elle
ment. Je vais te dire la suite, dans les yeux ou dans les mouvements, c'est juste en face. Ouais. C'est juste
en face. Qu'est-ce que t'en penses ? Ce son-là est une masterclass... Enfin, le couplet de Népal est vraiment
exceptionnel. Népal est quelqu'un de très très très précis, qui véhicule vraiment des choses hyper
pertinentes. Je pense que tu peux prendre tous ces sons, il y a toujours quelque chose à en tirer. Et... La
vérité se trouve dans le son d'une voix quand elle ment. Dans les yeux ou dans les mouvements, c'est juste en
face. Je trouve que, tu vois, je vais volontairement aller faire le prof de français. Il y a le côté un peu,
entre guillemets, classique de la citation, tu vois, qui est instinctivement, quand tu parles à quelqu'un et
qui te ment, tu vois, ça se voit. Enfin, je veux dire, tu le sens dans le ton de la voix, dans le regard. Il y
a quelque chose comme ça. Tu vois, parfois, ton instinct, il te crie, il te fait, il est en train de me
baratiner, tu vois. Ouais, ouais, c'est clair. Et moi, j'aime bien le voir un peu aussi de manière très
personnelle, tu vois. Dans toi, ton rapport à toi, tu vois. À quel moment tu te mens à toi. Parce que
finalement, c'est un peu la même chose. C'est instinctivement, tu le sens quand tu te mens à toi. Quand tu te
justifies, quand tu te dis non, mais c'est normal que tu vois, je te parlais des déménagements et tout. Et des
raisons logistiques à pas changer d'endroit, je peux en trouver plein, tu vois. Ah bah oui. Et quelque part,
quand tu es attentif aussi à tout ce que tu peux dégager. Ou en tout cas, tous les signaux que peut renvoyer
ton corps. Tu vois. C'est comme... Après, on y croit, on n'y croit pas. Mais tu vois, parfois, tu te bloques
le dos ou t'as mal ou machin. Toujours quand... Et il se trouve que ça signifie quelque chose. C'est jamais
trop anodin, tu vois. Les petites blessures ou les petits trucs récurrents. Surtout si c'est souvent un
endroit.
Ingrid — Ouais. La gorge, c'est la communication.
Ybelion — Ouais. J'ai des angines à répétition pendant un moment de temps. Ouais, ouais. C'est fou ça.
Ingrid — C'est fou. Alors moi, en kinésiologie, c'est théorisé, je pense que dans d'autres disciplines aussi. Mais
c'est vrai que du coup, je suis d'accord en fait. J'aime bien justement le fait qu'il dit, ça se trouve dans
le son de ta voix quand tu mens. Mais du coup, si tu te mens à toi-même, tu t'en rends moins compte. Tu vas te
rendre compte indirectement, doucement. Tu vas prendre ton temps à te rendre compte aussi. Et c'est vrai que
du coup, tu peux facilement te raconter des bêtises en surface. Et un jour, soit tu te prends dans un mur ou
tu te racontes d'une manière ou d'une autre. Justement quand tu es seul, que ça ne marche pas. Et du coup, je
voulais dire par rapport à ça que ce printemps, j'ai assumé une nouvelle partie de moi qui était un peu le
côté poétique que je n'avais jamais publié nulle part en me disant « Allez, c'est bon, maintenant j'ai publié
mes textes. Hop, c'est parti ! » Et ça a été trop bien reçu, donc j'étais très contente. Et à un moment,
justement parmi mes différents remous de la vie du printemps, à un moment, j'ai pris un stylo à Paris dans un
bar et j'ai écrit « Je suis celle qui reste quand cesse le bruit. » Et je ne me suis pas rendu compte. Et à un
moment, je l'ai publié et il y a des personnes qui m'ont dit « Mais en fait, c'est dingue ton truc ! » C'est
très très beau. Et en fait, vraiment, c'était ça. Moi, je m'étais raconté des conneries pendant plusieurs mois
sur certaines choses. Et d'un coup, cesse le bruit en fait. Tu te retrouves seul dans un contexte. Et même
moi, j'ai dû me retrouver seule plusieurs fois. Il fallait que j'aille chercher un peu cette couche-là, je
pense. Et d'un coup, tu te dis « Mais en fait, ok, maintenant je comprends, je me suis enlevé tout le bruit,
le bruit a cessé. » Et en fait, la vérité, elle est là. Elle est juste en face. Elle était juste là. En fait,
c'était évident une fois que tu as réussi à te défaire le truc. Et je trouve que justement, le problème qu'on
a quand, typiquement, on essaye d'écrire dans un quotidien chargé, etc. C'est qu'on a beaucoup de mal à avoir
ce recul-là. On a beaucoup de mal à se remettre sur la bonne voie si on est en partie dans une mauvaise
direction ou ce genre de choses. Et moi, mes coachings, c'est beaucoup ça. C'est beaucoup remettre sur la
bonne voie parce qu'en fait, on s'est égaré, parce qu'on a du mal à avoir cette réflexion, ce recul. On a déjà
du mal à écrire. Donc en fait, c'est pas facile de mettre le truc de côté, de vraiment se poser, de dire « Attends, c'est ça que je voulais écrire comme ça ? » Et tout ça, je trouve que ça fait tout un brouhaha. Et en
fait, on peut l'enlever.
Ybelion — Et le rôle du coach, en tout cas moi je le vois comme ça, t'es pas garant du résultat mais du processus, t'as
un rôle de, on peut appeler ça comme on veut, de phare, de guide, de rigole sur l'autoroute, ce genre de
choses. Et ouais, et c'est, et ça, tu vois, typiquement, ça apprend aussi à s'écouter, tu vois, quand tu te
retrouves dans ces choses, dans des situations comme ça, t'en tire toujours un petit peu des, enfin en tout
cas, tu commences à comprendre et tu vois des signaux un peu faibles entre guillemets, tu vois, comme des
petites alarmes qui se déclenchent. Et c'est effectivement, à chaque fois, c'est hallucinant comme c'est
vraiment juste en face. C'est pas caché, y a pas de… Et effectivement, tu as parlé de ça tout à l'heure, y a
un effet très recadrage aussi, prise de vue différente dans le coaching qui fait que parfois tu dis juste « Ok, cette situation que t'as analysé comme ça, qu'est-ce qu'elle pourrait vouloir dire d'autre ? » Hop, t'es
devant, tu te mets juste de côté, tu vois. Ouais, tu fais pas de côté. Et tu fais « Ah putain, c'est vrai. »
Et ça, parfois, c'est juste suffisant. Et c'est juste en face, tu vois, c'est à chaque fois. Moi, je suis
halluciné, mais tu vois, je le dis parce que ça m'arrive, ça m'arrivait hier, j'étais en séance justement avec
un coach, et t'arrives à une conclusion et tu te dis « Mais comment c'est possible que j'ai besoin de
quelqu'un pour me le faire dire, tu vois ? » Et en même temps, peut-être, tu vois, c'est ça qui est dingue,
c'est que si je m'étais dit « Oui, je vais le trouver tout seul », j'aurais peut-être mis, je sais pas, à une
petite dix mois, un an, deux ans, jamais peut-être aussi. C'est ça. Et ouais, ça permet de voir la vérité en
face. Je n'ai pas le…
Le coach accélérateur : six mois en une heure
Ingrid — C'est un peu la magie du coaching, c'est qu'en fait, pour moi, tout le monde a les réponses et elles sont
parfois pas si profondément cachées derrière toute la tonne de bruit. Là, je parlais vraiment de changement de
vie profond, en fait, pour moi, mais sinon, en général, c'est là. D'ailleurs, pour la réécriture, moi, c'était
un peu ça. C'était d'habitude, je me laissais le temps, justement, parce que je savais que j'allais trouver.
Et je finissais toujours par trouver. Mais le coach, c'est ton accélérateur, en fait. Et moi, j'ai juste
l'impression d'être ça, juste l'impression d'accélérer les choses. Et en fait, c'est beau parce qu'au début de
mon activité de coach, les gens ne connaissaient pas du tout ce métier. Et c'était en mode « Mais est-ce que
t'écris le livre à ma place ? Est-ce que tu me donnes des idées ? » Et moi, j'étais là en mode « Alors, pas du
tout, en fait. C'est ton livre. » Et moi, jamais, déjà, même en faisant de la bêta lecture, en faisant des
commentaires, j'ai parfois l'impression que je fais trop. Et du coup, je rajoute des justifications en mode « Oui, et je mets du conditionnel, tu le sais. » Vraiment en disant « C'est pas moi, c'est toi. » Et du coup,
c'est vrai qu'aujourd'hui, les gens ont quand même, je pense, pour la plupart, compris qu'on n'allait pas
faire ça. On était là pour les aider. Mais en fait, c'est beau parce que tu te dis « Mais c'est juste toi et
moi, juste, j'accélère. » Et parfois, j'accélère six mois, un an, sur une heure. Et c'est tellement beau de
tout ça, tu vois. C'est incroyable. Et vraiment, rien que d'en parler, là.
Ybelion — Moi, j'ai une coachée qui m'a fait un compliment. Elle m'a dit « Tu es un empêcheur de tourner en rond. » Et
j'étais là « Arrêtez, j'aime beaucoup. » J'aime beaucoup cette formulation. C'est clair. Et c'est fou,
parfois. Des questions toutes bêtes font un effet. Et oui, en plus, on n'a pas de méthode hyper compliquée.
Souvent, c'est du « Tu vas demander pourquoi tu fais les choses. » Je veux dire, la trousse à outils est
énorme et avec peu, tu arrives à vraiment faire émerger. Il y a beaucoup d'impact. C'est assez fou. Je me
demande comment je suis passé à côté de ce métier aussi longtemps. Quelque part, tout ce que j'ai vécu m'a
amené là, tu vois. Mais tu dis « Putain, certaines entreprises, on en aurait bien besoin. » C'est vrai. Je ne
citerai pas de nom, bien évidemment. Ouais, j'en ai plein. J'en ai plein. Ça, c'est intéressant. Parce que je
ne sais pas si c'est bien ou pas. Tu vas me dire. Ouais. C'est Nahir qui dit « J'ai vu toutes les voies
possibles qui paraissaient plausibles. » Ok, voilà, il y a plein d'options. « T'as vu ? J'ai mis tapis parmi
les voies, j'en ai pris qu'une. » J'adore.
Nahir : mettre tapis ou assurer ses arrières
Ingrid — Alors moi, je fais tout le temps des comparaisons avec la finance, donc c'est parti. Et ouais, en fait,
j'adore parce que justement, moi, ça me parle beaucoup. Parce que tu as toujours cette dissonance-là, et tu
l'as pour ta vie, et tu l'as pour l'écriture. Et bon, en finance, il y a quelque chose qui est vraiment… C'est
théorisé, c'est pas le money management, c'est justement de ne pas faire ça, de mettre toutes tes données dans
le panier, de diversifier, etc. Et en même temps, tu ne deviens pas riche en faisant ça. Les gens qui sont
riches ont fait autrement. Ils ont mis tapis, comme il s'appelle le milliardaire, là.
Ybelion — Enfin, tous. Ouais, quasiment tous. Celui qui est vieux, là, je sais plus. [?] Oui, voilà.
Ingrid — Et puis pareil, il a mis tapis, surtout comme un probable, c'est comme ce qui est devenu. Ah ouais. Mais du
coup, en fait, tu peux difficilement faire un juste milieu. C'est soit t'es prudent, soit tu l'es pas, quoi.
Et ça marche pour tous les projets auxquels tu consacres du temps et de l'énergie. C'est la même chose. Tu
mets pas de l'argent. Enfin, si, ça peut même être de l'argent. Tu vas miser, tu vas investir dans ce
projet-là. Et du coup, comment tu fais maintenant ? Et je trouve qu'effectivement, moi, ça me parle beaucoup
de se dire, t'auras toujours un peu le regret d'avoir peut-être pu avoir d'autres options et de ne pas les
avoir choisis, quoi. Et je dis ça en ayant choisi de devenir coach pour auteur et d'ailleurs écrivain. Très,
très tard. Et après avoir hésité avec prof de yoga, que je suis d'ailleurs. Et en me disant vraiment, est-ce
que... Et je savais très bien que c'était l'un ou l'autre. Je n'allais pas m'amuser à faire les deux dans les
proportions qu'a pris l'écriture, quoi. Et du coup, tu te dis, ma vie... Et je me dis parfois que ma vie
aurait été très différente si j'avais fait cette voie de prof de yoga. Sans doute plus calme et sereine.
Différente, ouais. Différente. Et en même temps, c'est aussi la beauté du truc. On ne peut pas tout faire. On
choisit, quoi. Et ça te dit qui tu es beaucoup plus que... Tu sais, c'est Harry Potter, là. Tes actes disent
plus que tes réflexions.
Ybelion — Ou je ne sais plus que c'est la citation. C'est vrai.
Ingrid — Et en même temps, c'est sûr que... Tu as peut-être des parties de toi où tu te dis, ah, j'aurais pu consacrer
plus de temps à ça. Et ça, ce n'est pas forcément facile. Et moi, typiquement, j'ai aussi ce regret-là pour
l'écriture. Parce que j'en avais parlé dans le podcast avec toi, là, où je disais, moi, je me suis consacrée à
l'écriture. Mais du coup, j'ai écrit cinq romans. Alors que j'aurais pu... Enfin, cinq. Fin 2023, j'en avais
écrit genre quatre. Et j'aurais pu me concentrer sur l'écriture dans le chaos, le terminer, en être fière et
le publier. Je n'ai pas fait ça. J'ai fait le deuxième, j'ai fait le troisième. C'est un peu ce qu'on te dit
souvent. Quand tu discutes avec les éditeurs, il dit souvent, alors, il est où, le deuxième ? Et ils aiment
bien quand tu as plusieurs romans.
Ybelion — En fait, c'est logique. Ouais. Du coup, moi, un de mes buts vraiment profonds, c'était que mon grand-père lise
le livre. Et il ne l'a jamais lu, du coup.
Ingrid — Et c'est vrai que je trouve que... Ouais, c'est un vrai... Je suis là-dessus, j'ai ça. Tu as les pieds de
chaque côté un peu. J'ai la prudence et j'ai all-in. Et en même temps, ben... All-in, c'est pas facile.
Ybelion — Non, il y a un truc hyper grisant dans le... Dans le all-in. Je suis assez partagé aussi. Je suis assez de
nature plutôt prudente. J'ai du mal à... Je crois assez bien à la théorie de la chaise, là. Tu sais, qui dit
que... En fait, quand tu as un pied qui saute, c'est bien que si tu en restes trois, donc tu tombes pas, tu
vois. Ouais. Mais en même temps, tu sens bien que... Si tu allais que dans une voie et que tu y mettais 100%
de ton énergie, ça serait totalement différent, quoi. Et...
Ingrid — C'est un peu ce que tu fais. Ben, en vrai, ouais.
Ybelion — Mais tu vois, je pourrais le faire encore plus. C'est-à-dire que... Tu pourrais dire tous les trucs... Tu
vois, si t'es vraiment absolutiste, tu dis, par exemple, en vrai, le sport est quelque chose qui n'accompagne
pas ma vision. Hop, tu pourrais le squeezer. Et tu pourrais faire plein de trucs comme ça, de dire, bon, ben,
tous les trucs artistiques que je m'amuse à faire, ce qui serve ma vision. Peut-être pas. Et donc, tu pourrais
comme ça, recentrer vraiment et choisir qu'une seule voix.
Ingrid — Ouais, j'ai tout qui... Et en même temps...
Ybelion — J'ai tout qui se fait au rouge. Ouais, ouais, c'est ça. C'est quand j'entends ça. Exactement. Et en fait, je
pense qu'il y a quand même un équilibre de santé mentale qui se trouve au-delà de ça. Et qu'il ne faut pas
oublier qu'il y a des choses qu'on aime faire qui, indirectement, vont servir notre vision. Le sport la sert
indirectement parce que ça m'équilibre, ça me permet de souffler, ça me permet de me dépenser, ça me permet
pas de devenir fou, tu vois. Et tu vois, Voltaire est un autre exemple. Il m'oblige à sortir. Tu sais, tu
pourrais te dire de manière très pragmatique, il me fait perdre du temps. Mais en fait, non. C'est le temps
que je passe dehors, comme ça, où tu papillonnes, en fait, ça résout plein de trucs. Plein de trucs. Et c'est
marrant parce que c'était un temps avant que j'avais quand j'allais au boulot. Le temps dans les transports
était un moment de déconnexion un petit peu. Voltaire a remplacé ça.
Ingrid — Et en même temps, j'aime bien dire que tu n'écriras pas ton livre si tu es épuisé, malade, fatigué, voire
mort. Exactement. Et en fait, ça crame. La théorie de l'all-in, absolutiste, elle n'est pas fondamentalement
bonne.
Ybelion — Par contre, c'est intéressant dans ce que tu as dit en disant, bon, bah, tu vois, il y a le yoga, il y a
l'écriture. Ouais, il y a un moment, en fait, il y en a en tout cas un que tu dois toujours mettre en
priorité. Il faut faire des choix, quoi. Mais c'est faire le choix qui est aussi, comme tu disais, c'est ça
qui rend le... Il n'y a rien de plus beau quand tu dis, ok, je m'investis dans ce truc-là.
Ingrid — Pour une petite note d'espoir, un jour, j'ai proposé des retraites, écriture et yoga, en me disant, mais qui
aime les deux ? Par réponse, plein de gens. Avec des sold out, j'en fais depuis. Mais c'est vrai que sur le
coup, tu te dis, bah non, j'ai fait ce choix quand même. Mais c'est vrai que, enfin, ouais, j'aime bien la
question.
Ybelion — C'est vaste. Je pense que je me la poserai toute ma vie. Parce qu'en fait, à force, les trucs deviennent...
Quand tu es engagé dans quelque chose, c'est un peu ça aussi, quand tu es engagé dans deux voies. En fermer
une, c'est compliqué, tu vois. De dire, putain, mais en fait, peut-être que celle-là, il faut que je
l'abandonne et que l'autre... Mais, ouais. Bon, après, en vrai... J'ai pas de réponse de vraie réponse.
Ingrid — Ouais, voilà, j'allais dire, en vrai, moi, je pense à ça même. Est-ce que je choisis ce roman ou celui-là ?
C'est une question que je me pose beaucoup avec les personnes que j'accompagne. Bon, en fait, tu fermes jamais
la porte pour toujours non plus. Non, non, exactement. Mais c'est vrai que, ben, bon, quand même, un roman,
c'est long à écrire et que tu t'embarques. Et du coup, comment tu vas faire ? Comment tu vas t'organiser ? Tu
pars sur celui-là.
Ybelion — Ouais, c'est vrai. Et tu choisis de mettre ton énergie dessus. J'aime bien la technique du pile ou face. Tu
choisis pile, c'est le livre 1, pile face, c'est le livre 2.
Ingrid — Je suis deg, je voulais que l'autre. Exactement.
Ybelion — Et en fait, en vrai, instinctivement, quand tu lances la pièce, tu te dis, putain, elle, j'espère que c'est
ça. J'espère que c'est ça, ouais. Et si ça t'importe pas, bah franchement, on demande à un pote, tu fais, ben,
choisis pour moi. Et c'est pareil, en vrai. Et si, tu vois, ici, il dit deux et que tu fais, ah, mais c'était
un que je voulais, bon, bah voilà, t'es fixé, quoi. C'est des trucs un peu bêtes, ça, mais ça résout bien.
C'est un recadrage différent, tu vois.
Ingrid — C'est intéressant parce que, justement, là, j'ai trois possibilités de roman. Ouais. J'en écris aucune. Bon,
je suis un peu en repos, mais. Et du coup, vraiment, il y a... Je fais quoi ? Je fais un truc feel good,
léger, mais qui me passionne pas. Un truc glauque, comme j'adore, qui va me faire passer par toutes les
émotions. Qui est une climate fiction, mais bon, dure, un peu émotionnellement. Et puis un truc plus SF
optimiste. Et vraiment, je me dis, mais j'arrive pas à choisir pour l'instant. Alors, bon, je suis pas en
train de créer un blocage artificiel parce que j'arrive pas à choisir. Je me laisse le temps et j'ai envie de
le prendre. Mais c'est vrai que là, pour l'instant, j'ai aucune idée de quel est le prochain livre que j'ai
écrit.
Ybelion — Faut que tu trouves une pièce à trois faces, du coup. Ouais, pièce à trois faces, s'il vous plaît. Un dé.
Ouais, exactement. Ça fait cinquante minutes. Est-ce que tu veux une autre citation ? Est-ce que tu en as une
pour... En vrai, j'en ai une... J'en ai une autre. Une autre qui est en plus... Un bon appel aussi, je pense.
Georgio. Et je me demande si on n'accède pas à la perfection en acceptant qu'on l'ait pas. Oh, j'adore. Voilà.
Oh là là.
Giorgio : atteindre la perfection en y renonçant
Ingrid — Je ne la connaissais pas, celle-là. C'est dans Être.
Ybelion — Et c'est pareil, je renvoie à César ce qui est à César. C'est une de mes coachées qui m'a envoyé la musique.
Ingrid — Franchement, c'est génial parce que quand tu te lances dans un truc artistique, le perfectionnisme, c'est un
des ennemis numéro un, même chez les gens qui ne le sont pas. Moi, je ne suis pas du tout perfectionniste dans
la vie. Sinon, je n'en serais pas du tout là d'ailleurs à avoir lancé un podcast, une série, en n'étant pas
compétente, des tas de trucs, de l'écriture, du coaching. Et vraiment... Enfin, ça te frappe sous plein de
manières différentes, de manière... Enfin, parfois plus ou moins déguisée. Ça frappe tous les gens que
t'accompagnent de plein de façons différentes. À chaque fois, t'y vas dire, putain, putain, putain. Et en même
temps, ça frappe tous les auteurs qui commencent à écrire la première phrase et qui se disent c'est nul et
c'est parti pour faire des itérations et tout. Et je trouve que du coup, c'est vraiment un des pires... Je dis
tout le temps, il y a les 3P, il y a le perfectionnisme, il y a Peter Pan et tout ça, mais vraiment, le
perfectionnisme, c'est le pire. Je trouve ça cool de se dire qu'effectivement, première étape, déjà se dire
que du coup, ça ne sera jamais parfait. En fait, c'est comme ça que tu le deviendras. Parce que tu le
deviendras. Tu vas te rapprocher, tu vas augmenter, quel que soit le domaine dans lequel on parle. On écrit de
mieux en mieux, toujours. On fait des meilleurs choix de mieux en mieux, toujours.
Ybelion — Le livre d'après sera probablement toujours meilleur. Différemment. Mais il y aura toujours quelque chose qui
aura changé, qui sera amélioré, qui sera affiné, que tu assumeras beaucoup plus, que tu feras les choses
beaucoup plus en conscience aussi. Parce que parfois, ce n'est pas tellement une histoire de... Tu deviens
meilleur en écriture, c'est juste que tu comprends la manière dont tu fonctionnes. Tu n'as rien que ça. Déjà,
c'est une amélioration dans ton système de fonctionnement. Oui, d'ailleurs, c'est un peu ça que j'avais en
tête. Parce que c'est vrai que...
Ingrid — Je ne suis pas en train de dire que chaque livre est meilleur que celui d'avant. D'ailleurs, n'allez pas dire
aux gens qui publient des livres que vous préfériez tel ou tel. Ça ne leur fait pas du bien. Ce n'est jamais
sympa. Dites que vous avez aimé, hein. Mais typiquement, tu comprends les choix que tu fais. Tu deviens
meilleur sur ça. Et typiquement, mon dernier roman, j'ai fait le choix que je m'en fichais de l'intrigue et
que je voulais juste m'amuser avec le style et l'univers. Et c'est juste ce que j'ai fait. Du coup, sans
surprise, les retours d'éditeurs, l'histoire n'est pas ouf. Il manque un truc. Je le sais. Mais en même temps,
je n'aurais pas écrit sinon. Et du coup, tu comprends mieux comment tu as fonctionné. Et pour moi, c'est ça,
être meilleur. C'est juste mieux être meilleur sur le chemin de la connaissance, du fonctionnement, etc. Et
après, en plus,
Ybelion — je trouve que le style est mieux chez tous les auteurs que j'ai vus et que j'ai accompagnés. C'est beau. On
mature, on grandit. C'est logique. C'est tout à fait vrai.
Ingrid — Et en plus, plus tu apprends à... Plus tu écris, plus tu apprends à savourer le style des autres, etc.
Ybelion — C'est vraiment quelque chose qui est un peu global. Oui, parce qu'après, même quand tu lis aussi, à force
d'écrire, tu as quand même ce truc de, quand tu lis, tu notes les choses que tu aimes bien. Ça, c'est
d'ailleurs un exercice intéressant, tu vois, de dire quand tu kives, quand vraiment tu fais, putain, c'est
incroyable. Tu prends genre deux secondes pour te poser en disant qu'est-ce que j'ai trouvé incroyable. Et ça,
ça t'indique aussi, finalement, la manière dont tu aurais envie d'écrire toi-même. Oui. Il y a plein
d'inspiration à aller chercher chez les gens.
Ingrid — C'est super bien de se demander pourquoi ce style-là, il me parle. Oui. Et il y a le livre Elvira de Tiffs,
Ybelion — que je cite absolument tout le temps pour le style, au point que tu en avais ras-le-bol.
Ingrid — Et vraiment, je me disais, mais pourquoi ce style me parle autant ? Et en fait, il me parlait parce que c'est
un univers basé sur la glace, en gros, c'est genre dans une région polaire. Et toutes ces métaphores, tous les
champs lexicaux, c'était de la glace. Et en plus, elle, elle était très visuelle, etc. Et moi, je n'ai pas ce
côté visuel. Et donc vraiment, j'étais là en admiration. Et ça m'a beaucoup aidée, parce que c'est ça que j'ai
essayé de faire ensuite dans mes autres romans, etc. Et en fait, ça aide énormément de se dire... Alors déjà,
un, j'ai vu un truc qui est cool. Ça serait cool de le noter quelque part. Mais aussi, pourquoi j'ai trouvé
que c'était cool ? Qu'est-ce qui marche là-dedans ? Qu'est-ce qu'il n'y a pas chez moi et que je trouve qu'il
y a là-dedans ? C'est des vraies questions, ça. Et quand on fait vraiment de temps en temps sur un bouquin
qu'on aime bien ou qu'on a aimé, qu'on relit, moi, c'était ça. Mais en fait, ça nous apporte des tas de pistes
et des tas de choses pour s'améliorer soi.
Ybelion — Oui, tout à fait. Franchement, c'est une très belle conclusion. Attends, ça me laisse. Merci, Ingrid.
Monsieur.
AU MICRO AVEC
Ingrid @jecrisunroman
Ingrid Lemmer est autrice, coach et éditrice. Elle a fondé J'écris un roman, une école en ligne qui mêle formation, coaching et communauté, et par laquelle sont passés plus de deux mille auteurs. Elle écrit aussi ses propres livres, dont Food Fighting chez First, un essai sur l'alimentation émotionnelle décroché sur un concours de pitch avant même que le manuscrit existe.
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?