Ingrid (@jecrisunroman) a couru un marathon il y a dix ans, puis presque plus rien pendant huit ans. Quand elle reprend, elle a trois kilomètres-heure de moins qu'avant et un rapport devenu systématiquement négatif à la course. Frustration ultime, ce sont ses mots.
Sur son semi de reprise, elle comprend quelque chose en pleine course : elle ne courra plus jamais aussi vite qu'à l'époque. Et c'est OK. Parce qu'entre-temps, elle a écrit des livres. Ce jour-là elle signe son pire temps, et c'est une de ses plus belles courses.
Six mois plus tard, elle bat son record lifetime. Pas contre les autres coureuses du départ. Contre la version d'elle-même qui n'avait que la course pour occuper ses soirées.
Ce qu'elle raconte de ce basculement m'a marqué. En quelques semaines de records battus, elle passe de galérienne de la course à pied à sportive dans sa propre tête. L'identité, ça se perd et ça se regagne, en écriture comme ailleurs.
Dans cet épisode, on compare aussi ce que ça fait de finir un marathon et de finir un livre, et on parle de la médaille qu'on devrait recevoir pour chaque manuscrit terminé.
LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE
CAROUSEL À VENIR
Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Ouverture
Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans l'épisode 105 d'Ose Écrire. Et j'ai l'immense plaisir aujourd'hui de réaccueillir Ingrid, aka J'écris un roman. On compare cette sensation de finir un marathon et de finir un premier livre pour tenter de répondre à la question, c'est quoi le mieux ? Une discussion qui, à n'en pas douter, vous inspire. Alors je vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à très vite. Moi c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach ICF et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute. Très bizarre. Alors du coup, je ne sais pas si c'est moi qui suis bizarre ou pas, tu vois, mais j'ai vraiment eu une sensation de vide quand j'ai passé la ligne. Tu vois, j'ai passé, c'était trop bizarre. En fait, j'ai passé la ligne et j'étais là en mode, c'est incroyable. Parce que tu sais, tu as tout le monde, il se passe, c'est grave joyeux et tout. Et puis j'ai eu une pensée dans ma tête en mode, en vrai, tu étais tout en gestion. Donc ça veut dire que tu as plus, vivement la suite, tu vois. Et je me suis senti un peu seul avec cette pensée parce que tout le monde était content, tu vois. J'étais là, putain. Et après, depuis quelques jours, en vrai, je suis un peu en mode un peu trop bizarre. C'est trop bizarre.
« Ça libère énormément de place »
Ingrid — Mais je pense que c'est normal parce que tu passes, enfin, ouais, ça se finit à la ligne, quoi. Donc c'est jusqu'à la dernière minute. Après, moi, j'ai souvent le truc de joie, que ce soit le marathon, parce que justement, moi, j'étais vraiment pas sûre d'y arriver et tout. Et je suis très émotionnelle dans ces moments-là. Genre justement, je te le disais que je me souvenais des pancartes des gens. Alors que c'était, moi, mon marathon, c'était il y a pile dix ans. Et je m'en souvenais et tout. Je me souvenais de ce qu'il y avait marqué sur les pancartes, tout ça. Et je me souviens vraiment de l'émotion, quoi. Et du coup, je me souviens de l'émotion à la ligne. Mais par contre, comme tu dis, après, l'émotion, c'est vraiment sur la ligne. Et puis, la petite minute qui suit. Et après, un peu blackout aussi parce qu'en fait, ça sort de ta tête. C'est trop bizarre. C'est fini. Et ça ressemble vachement à un livre, d'ailleurs. C'est d'un coup, pouf, tout ça, c'est fini. Ça sort de toi. Et il y a de la place pour une autre vie presque qui peut rentrer dans la tienne. Ça libère énormément de place, tu vois.
Ybelion — Sauf que tu n'as pas pensé à ce truc-là, tu vois. Sauf que tu ne le savais pas. Oui, c'est ça. Du coup, tu es là. Tu fais, ah ouais, quand même, c'est vachement vil. Et effectivement, moi, ça m'a fait pareil. Premier livre, c'était exactement cette sensation. Quand je l'ai, quand je le reprends, je suis là trop bien. Mais du coup, il y aura le deuxième après, tu vois. Et puis pareil, pendant un mois, j'étais un peu mort. J'étais un peu mort. Je pense qu'il y a aussi... Ouais, vas-y. C'est une question que m'a posée une coachée. Elle m'a dit, alors c'est quoi le mieux entre terminer ton livre et terminer un marathon ? Elle m'a mis en 404 aussi, celle-là.
« J'ai battu celle qui n'avait que la course dans sa vie »
« Moi, c'est marathon » : le combat qu'on peut gagner
Ingrid — Moi, c'est marathon.
Ybelion — Ah ouais ? Ouais. Est-ce que tu serais dire pourquoi ? Parce que j'ai beaucoup réfléchi, mais je suis curieux d'avoir ton avis.
Ingrid — Même le chemis que j'ai fait, là. Bah, en fait, parce que je pense que une fois que t'as écrit... Alors, chaque livre est différent, chaque livre est dur, mais c'est pas pareil. Je sais pas comment dire. L'écriture, c'est un processus qui est devenu plus naturel pour moi. Alors que la course, j'ai l'impression que ce sera toujours une difficulté. Et en fait, j'ai l'impression de me battre contre moi-même et tout. Mais dans le bon sens du terme, tu vois, avec la course. Et aussi que je progresse. D'ailleurs, l'année dernière, j'ai vraiment mis en priorité la course et pas l'écriture. Parce que je me suis rendu compte que ça me nourrissait beaucoup. Parce que c'était du combat, mais je pouvais le gagner. L'écriture, il y a des choses qui sont très faciles. Maintenant que j'en écris plusieurs et tout, tu vois. Et même le premier, je pense que j'étais... Je sais pas. C'est une vraie bonne question. Mais tu vois, et en fait, le truc, c'est que l'écriture, maintenant, moi, les next steps, c'est ce que je racontais un peu sur Insta, c'est que les prochaines étapes, moi, qui seraient des challenges dans l'écriture et qui me nourriraient, parce que je pense que je suis très nourrie par les challenges, c'est des étapes qui ne dépendent pas de moi. C'est de l'édition, c'est du succès, c'est des trucs comme ça. Et du coup, vraiment, l'année dernière, me consacrer à la course et la mettre en priorité, mais ça m'a fait énormément de bien. Parce que là, tu te bats contre un truc que tu peux... Sauf si je me pétais une jambe, mais tu te bats contre quelque chose que tu peux gagner. C'est un combat que tu peux gagner, c'est pas un truc avec des règles pipées. Et ça, c'est comme ça.
Ybelion — Ouais, j'adore. J'avais pas pensé à ce versant-là, en vrai. Mais je suis totalement d'accord avec toi. Je crois que ce vide, il était un peu ça aussi. Je me suis battu, moi. Ouais, c'est ça. Et je sais qu'il y a une version de moi qui pourrait me battre. Donc, hop, il faut aller... Il s'agit de se re-challenger et continuer. Mais tu vois, déjà, c'est vrai que... Le deuxième livre, moi, émotionnellement, ça n'a pas du tout été pareil. Tu vois, j'étais hyper content. Mais il m'a pas du tout fait cette espèce de contre-coup qui... Je sais pas d'où ça vient, tu vois, mais un vrai contre-coup. Et moi, la sensation de différence que j'ai eue entre le livre et la ligne d'arrivée du marathon, ça a été le sentiment d'intimité. Le marathon, alors, tu le cours tout seul. Mais tu fêtes ça avec tout le monde. Tu vois, t'as tout le monde autour de toi. Tout le monde est au courant, tout le monde est content, tout le monde sait que c'est le marathon de Paris. Tu reçois même parfois des messages de gens à qui t'as pas forcément parlé depuis longtemps, qui disent bravo. L'écriture, quand t'as terminé, t'es tout seul. Et je trouve que c'est un truc... C'est une espèce de fête un peu intime, tu vois. Et c'est pour ça que c'était un peu différent. Mais du coup, putain, c'est dur. Je suis pas sûr d'avoir vraiment répondu à cette question.
Pourquoi personne ne mesure la difficulté d'écrire
Ingrid — Je pense aussi que ce qui est marrant là-dedans, c'est qu'on s'imagine beaucoup plus ce que c'est la difficulté du marathon, parce que c'est physique et tout le monde peut s'identifier à ça. Même les gens qui ne le trouvent pas. Et l'écriture... Alors en soi, moi j'ai écrit notamment un roman qui n'était pas du tout ancré dans toutes mes tripes. Mais bon, c'en est un sur les cinq, quoi. Et du coup, lui, effectivement, c'est un peu, je pense, ce qu'on attend de l'écriture. Balade rigolote.
Ybelion — Ouais, c'est un mot après l'autre.
Ingrid — Mais effectivement, toi comme moi, on a un rapport plus intime et personnel à l'écriture. Ou en fait, non. Et d'ailleurs, la plupart des auteurs... Là, j'ai un livre de Leila Slimani. J'écris avec mes tribes, je vais chercher des trucs sombres et tout ça. Et je vais les remuer et l'écriture, c'est ça. Et ça, c'est assez dur à expliquer et à faire comprendre à quelqu'un qui ne connaît pas, tu vois. Et en fait, effectivement, le marathon, même si les gens ne connaissent pas grand-chose de plus, mais ils savent que c'est très dur. Ils savent que c'est poussé de croire à la limite et tout ça.
Ybelion — Ouais, c'est vrai. C'est vrai, c'est vrai. C'est vrai.
Plus fière d'un semi que de son marathon
Ingrid — Mais tu vois, par exemple, c'est marrant parce que moi, j'ai ressenti beaucoup plus de fierté cette année. À faire un semi après 10 ans presque sans courir que le marathon il y a 10 ans. Parce qu'en fait, il y a 10 ans, je courais très facilement et naturellement. Et je ne dis pas que c'était facile le marathon parce que j'ai fait une heure et demie de plus que toi. Mais en tout cas, j'ai eu beaucoup plus l'impression d'accomplir quelque chose là ces derniers mois et ces dernières années en me remettant à la course à pied longtemps après, avec pas le même âge et les mêmes capacités aussi. Je pense que ça dépend du degré de challenge que ça représente pour nous. Je pense aussi que le premier marathon que tu fais est exceptionnel et peut-être le deuxième pas. Enfin là, moi, si j'en fais un, c'est exceptionnel. Mais ceux qui ont l'habitude, c'est l'habitude. Et je pense que l'écriture, tu peux facilement en faire une habitude aussi.
Ybelion — Ouais, complètement. Ce que tu dis sur le fait que le semi, tu le trouves presque, qu'il te fait plus de fierté que le reste. Tu vois, ça prouve bien que c'est toi qui te fixes. Tu peux passer ta vie à être déçu de ce que tu as accompli en fait. Oui. Ou à l'inverse, être très fier de tout ce que tu as accompli. C'est super dur. C'est un peu ça dont j'ai pris conscience aussi. Tu sais, genre, comment je sais qu'au fond de moi, je peux le courir en moins de trois heures, même si je ne vais pas y arriver demain, tu vois. Il va falloir que je m'entraîne. Mais j'ai une conviction que je peux le faire. Mais ça n'empêche pas qu'il faut que j'apprenne à apprécier celui que j'ai fait aujourd'hui, tu vois.
Ingrid — Ouais, en fait, c'est intéressant. C'est un combat entre toi, tes standards, ce que tu veux, ce que tu te sens capable de faire. Et justement, un truc qui m'a, moi, longtemps miné, parce que comme je dis, je me remets à la course là, ça fait dix ans, quoi. S'il y a un an. Donc en fait, il y avait presque neuf ans où j'avais quand même couru un peu. Mais justement, c'était toujours négatif. Et c'était, toi, avant, tu courais à X à l'heure. Et là, tu courais beaucoup plus lentement, 3 km heure de moins. Frustration ultime. Et en fait, vraiment, je pense que la course m'a beaucoup appris là-dessus à dire, personnellement, quoi. Mais tu te dis, oui, mais une grille de 2016 n'est pas la même qu'aujourd'hui. Et en fait, ça, c'est hyper difficile. Et je trouve qu'effectivement, avec un roman, tu sais que chaque roman est différent. Mais là, la course, tu te dis, allez, là, qu'est-ce que tu fous ? Et je pense que ça, c'est un apprentissage hyper dur. C'est qu'en plus, avec ton corps, avec le sport, si tu laisses trop longtemps sans faire, tu peux avoir l'impression de recommencer à zéro pour de vrai. Alors que l'écriture, tu te dis toujours que tu ne recommences pas à zéro. Le roman, il existe, celui que tu as écrit. Tu l'as fait, tu vois. Et j'avais raconté, quand j'avais fait le semis de Lyon, donc en septembre, que justement, j'ai eu une prise de conscience comme ça. Je me suis dit, mais en fait, je ne courirais plus jamais aussi vite qu'à cette époque-là. Et c'est OK, parce que maintenant, j'ai écrit des livres et je ne suis plus cette personne qui n'a que la course à pied dans sa vie. Et du coup, j'ai passé tout le semis à me dire, c'est vrai, j'ai écrit qu'à pied. C'est incroyable. Et c'était génial. Là, je dis effectivement, du coup, que pour moi, c'est une de mes réussites. C'est que là, du coup, en février, donc six mois après, j'ai battu mon record lifetime, qui n'était pas très élevé, certes. Mais pour moi, c'était incroyable de battre ce record-là. Je me suis dit, j'ai battu celle qui n'avait que la course dans sa vie, en fait, qui n'avait que ça à faire, qui pouvait sortir tous les soirs pour une heure. Alors que là, j'ai jonglé avec l'écriture, les gens que j'accompagne, etc. Et en fait, c'est marrant ce que tu dis, effectivement, c'est que j'aurais aussi pu me dire, bon, pas ouf, là, ton semis de lion, la meuf, c'est vraiment ton pire temps ever. C'est tout à fait le cas. Mais c'est vrai que je pense que selon l'état d'esprit dans lequel tu es, et ce que tu cherches à ce moment-là, tu colores un peu le truc.
« Je ne courrai plus jamais aussi vite »
Ybelion — Oui, c'est ça. C'est toi qui mets l'aventure sur ce que tu veux à la fin. Oui. Et tu as dit tout à l'heure que c'était… Toi, tu l'avais ressenti vachement émotionnellement, le combat presque. Oui. Qu'est-ce qui te fait tenir, tu vois, dans le… On parle toujours du mur du 30. Alors, ce qui est marrant, c'est qu'on parle de marathon, mais en vérité, dans le déroulé d'un premier livre notamment, c'est un peu… Les parallèles sont flagrants, tu vois. Tout à fait. Du coup, qu'est-ce qui te fait, toi ? Qu'est-ce qui t'a fait tenir, tu vois ?
Ingrid — C'est marrant parce que je me souviens de plein de petits trucs, mais pas vraiment… En fait, je pense que c'était que des émotions positives. Parce que je me souviens… Je te disais que je me souvenais de ce qui avait marqué sur les pancartes. Il y en a une, elle avait marqué… C'était un truc style au kilomètre 15. Elle avait marqué « Si tu es là, tu es déjà un héros ». Je peux te dire, même le design de la pancarte et tout, ça s'est imprimé dans ma tête. Et c'était un peu ça. Et pareil, donc mon compagnon de l'époque, il était venu me voir. En fait, il y avait un endroit où tu pouvais voir à deux endroits. Et en fait, j'allais plus vite que l'estimation que j'avais donnée. Du coup, il m'avait dit « Tu vas vite, je peux t'assurer que cette phrase-là, je l'ai entendue 400 fois pendant que je courais ». Tu vois, il a dit « Il a dit que j'allais vite ». Et en fait, c'est hyper marrant parce que d'un côté, tu as l'impression que… Enfin, en tout cas, moi, j'ai toujours eu cette impression-là. C'était vraiment le sport le plus mental qui soit. Et le discours dans ta tête fait 99% du boulot et 1%, c'est les jambes, tu vois. Et vraiment, je pense… Et en revenant là, en recommençant un peu à faire des courses plus longues, je me suis dit « Ah oui, mais c'est vrai qu'en fait, selon ce que tu te dis, ça va passer expériment ». Et je me suis souvenu d'il y a 10 ans, quand je faisais des semis, et je me souviens, et je voyais, tu sais, quand tu as les kilomètres à 1, 2, et toi, tu sais que tu dois en faire encore 20, et de se dire vraiment « Ok, allez, c'est parti ! » « 1, déjà, ça, c'est fait ! » Et de vraiment se dire « Je choisis mon état d'esprit, en fait. Sinon, je ne vais pas y arriver, de toute façon. » Et le semis de Lyon, là, c'était pareil. C'était la lutte pour moi, parce que j'ai recommencé en janvier, du coup, de l'année dernière, et courir 5 kilomètres, c'était difficile. Vraiment. Et là, tu te dis « Bon, j'ai 21 kilomètres à courir, mais… » Je me suis entraînée, et justement, c'est ce que j'allais dire. Moi, je me suis accrochée aux pensées que j'avais, enfin, les pensées un peu positives, ce qu'on m'a dit, le fait qu'il faisait beau, que j'étais à Barcelone et que c'était magnifique, et j'ai fait tout l'entraînement. Et le « J'ai fait tout l'entraînement, j'ai fait un entraînement de marathon, donc c'est bon, je peux faire un marathon. » Moi, chez moi, il a fait énormément de boulot, parce que même en écriture, je suis en mode « Quelqu'un qui prépare beaucoup, qui veut se rassurer, qui veut partir avec un gros sac, avec plein de trucs dedans et tout, et pour le marathon, c'était vraiment ça. Et là, même les deux autres courses que j'ai faites, c'était « J'ai fait tout l'entraînement. » Là, le semi-can, c'était « J'ai rien loupé, mais j'ai même pas dévié d'un centimètre du truc. » Je trouve que moi, ça contribue énormément à la sérénité qu'on a. Et pour un livre, ça fait beaucoup partie de ce que les gens vont se dire, et moi, ça me fait beaucoup partie de ce que je me disais. « Non, mais j'ai suivi mon intention, j'ai demandé de l'aide, j'ai fait ci, j'ai fait ça, je suis prête, en fait. »
« J'ai fait tout l'entraînement, donc je suis prête »
Ybelion — Totalement. Moi, ça m'a marqué, cette histoire, ce que tu dis, de trouver le rythme, de faire confiance au processus. Ça, ça m'a marqué au kilomètre 15e. Parce que je trouve que tu arrives à 14-15, tu sais que tu as fait un tiers du parcours, mais il t'en reste deux tiers. Et puis, tu es vraiment au milieu. Tu te sens bien, mais tu sais que ça peut être dur. Tu es un peu dans les ventres mous. Et là, effectivement, de se dire, « Non, mais en fait, je sais où je vais. J'ai tout fait pour aller là-bas de manière concrète et sereine. De par tout ce que j'ai mis en place, je sais que j'incarne aussi cette personne qui va terminer un marathon. Et ça, ça te fait tenir au moment où la motivation, elle n'est plus là. Parce que la motivation, tu l'as au début. En plus, à Paris, c'est très particulier. Parce que au kilomètre 15, tu es tant dans le bois de Vincennes. Il y a beaucoup moins de monde. Du coup, tu as vraiment cette cassure. Tu as vraiment cette cassure-là. Et après, à la fin, le mental. J'avoue que c'est... Effectivement, tu ressens vachement... Tu vois, dans toute la prépa, j'avais ressenti... Tu as la tête qui peut te coincer. Tu as le souffle et tu as les jambes. Est-ce qu'elles ont la force de te porter ? Et genre, là, je sentais que le souffle, ça allait. Je ne pouvais pas accélérer parce que je sentais que mes jambes étaient vraiment le point bloquant. Et mon mental, après, il a tout fait. Il était vraiment perturbable. C'est là que tu vois aussi tous les bagages que tu portes de ton passé, de tes croyances. Moi, j'ai un driver. Fais des efforts très, très forts. J'en ai beaucoup voulu, quelque part, à mon grand-père de me la voir asséner comme ça. Mais là, je l'ai senti avec moi. Il m'a poussé toutes les voies de doute. Il les a balayées.
Ingrid — Oui, mais je les ai faits. Enfin, tu les as faits.
Ybelion — Exactement. Il était là en mode, non, mais tu n'as rien. Tu es comme ça. Tout va bien se passer. Et ça s'est très bien passé. Du coup, j'étais un poil frustré. Parce qu'avec les jambes à peine plus entraînées, je pense que j'aurais pu pousser encore plus. Mais c'était génial. C'était génial en vrai.
Ingrid — Mais justement, en réalité, on pense ça. Et puis finalement, tu ne sais pas. Parce que... Est-ce que tu aurais eu le même mental du... Enfin... Et je trouve que les jambes sont vraiment... Moi, pour le coup, c'était ça qui me bloquait. Je l'ai raconté moi pour le semi-là. C'est hyper marrant. Je te l'ai raconté à toi aussi. Mais effectivement, c'était ça qui me bloquait. Quand je faisais mon entraînement et je commençais à courir au-delà de X. Puis tu sais, tu as des séances avec une certaine vitesse et tout ça. Je me disais, ah non, là, j'ai mal si je fais ça. Pendant tout l'entraînement. Et là, pendant le truc, je me dis, bon, quel meilleur moyen que d'essayer pour voir si tu vas vraiment avoir mal ? Alors, j'ai eu mal pendant la moitié du semi que vous. Donc là, tu te dis, bon... Mais je suis confiante. Vous avez peut-être plus mal. Et puis, j'essaye. Et puis au pire, si j'en ai marre, je ralentis, tu vois. Et en fait, effectivement, comme on dit, ça, du coup, c'était mon élément à l'imitance télégenre. Et je suis allée au-dessus. Enfin. Bon, j'ai mis le temps. Et là, du coup, le mental est arrivé. Et c'était, ah ouais, mais je vais vite, là. Ah ouais, mais là, si je continue comme ça, je bats le record de tel truc. Ah, et si je continue comme ça, je bats tel truc. Et si je continue comme ça, je bats le lifetime. Et ça n'arrêtait pas. Et du coup, là, c'était vraiment l'effet, le momentum à fond et ballon. Et du coup, mais ça m'a portée. En fait, j'étais un peu, moi, dans un équivalent de limite fractionné vers la fin. Moi, je m'en fous. Parce que... Ouais, je me dis, mais là, en fait, c'est un truc que le fait que ça soit dur pour moi, ça m'a nourri. Ça a nourri tout le mental, etc. Bon, le souffle, on était limite. Et en fait, finalement, tu te dis, mais j'aurais pu me raconter ça pendant l'entraînement. J'aurais pu capter ça pendant l'entraînement, en fait. Et où j'en serais, tu vois ? Mais c'est pas grave. Clairement, le fait de réaliser ça... Et du coup, dans le podcast que j'ai fait sur ça, je dis qu'en fait, c'est énorme. Parce que quand tu réalises ça, après coup, tu te dis... Putain, mais c'était tout simple, en fait. Il fallait juste que je pousse plus fort quand j'avais mal l'âge pendant un certain durée, tu vois ? Et en fait, moi, ça me semblait insurmontable au début. Parce que quand je courais il y a 10 ans, j'avais pas ce genre de douleur, évidemment, tu vois. C'est assez drôle, je trouve, de se dire... Et là, par contre, aller au-delà d'un truc comme ça qui te fait peur, boum, ça m'a... Le mental était on fire. Tout était à l'intérieur, tout ça.
Le jour où elle a poussé malgré la douleur
Ybelion — Et puis c'est un truc hyper auto-nourrissant, en vrai. Quand tu le déclenches comme ça, ton mental qui te pousse vraiment vers l'avant, en fait, tu commences à comprendre aussi comment toi, tu fonctionnes. Parce que dans la douleur, dans l'effort et dans le truc, il n'y a que la vérité qui parle, tu vois. La vérité instinctive du truc, c'est... Tu rationalises pas à ce moment-là, tu vois. Tu t'écoutes. Ouais, et puis en plus,
Ingrid — c'est là que t'entends la vraie voix, tu vois. Et moi, justement, c'était... Bah, j'ai pas peur. Je veux bien y aller, tu vois.
Ybelion — Et en plus, tu te dis,
Ingrid — pousse, j'ai pensé ça. Mais genre, c'est incroyable. Et du coup, t'as envie de continuer sur ta lancée.
Ybelion — Exactement. Et ça, c'était peut-être la différence, du coup, que j'ai ressenti avec l'écriture du livre aussi. C'est que dans le marathon, c'est très fort, tu vois, cette rencontre avec toi-même. Et alors, non, je dirais pas ça comme ça. Je dirais que c'est presque systématique. Dire que tu sais que tu vas la rencontrer. Ouais. Et ça reste évidemment fort. Et dans le livre, tu sais pas, en fait, quand tu vas la rencontrer. Donc, ça rend le truc paradoxalement beaucoup plus brutal, tu vois.
Ingrid — Quand il y a le truc, tu t'y attends pas.
Ybelion — Ouais, exactement. C'est ce moment où tu fais « Mon personnage, c'est donc moi. » Et merde. Et je trouve que la claque est beaucoup plus violente. Là, entre guillemets, je m'attendais à me rencontrer. Et du coup, je suis hyper content de ce que j'ai trouvé, tu vois. Et puis, il n'y a qu'en y allant que tu le rencontres, quoi. C'est ça qui est cool aussi.
Ingrid — Ouais, mais tu vois, c'est intéressant ce que tu dis parce que je pense quand même que tu doutes que ça va arriver. Mais tu sais pas vraiment à quel moment, quand, comment, pourquoi.
Ybelion — Ouais, c'est vrai.
Le vrai mur : « je ne l'ai jamais fait »
Ingrid — Et tu vois, j'allais te demander justement pour l'entraînement. Je sais pas si toi, t'as fait ça, mais c'est rare quand pendant un entraînement, et pour les gens qui connaissent pas d'ailleurs, théoriquement, pendant l'entraînement marathon, tu vas pas en courir un, tu vas courir moins. Et je sais pas si toi, t'as essayé d'aller plus ou pas. Ouais, moi non plus. Je suis allée jusqu'à 35, mais pas 42. Et en fait, t'as cette part de « Je n'ai jamais fait ça. » Là, littéralement, je ne l'ai jamais fait. Je n'ai jamais couru 40 km d'un coup. Et alors que ce mi, la même là, en reprenant la course, je savais que je l'avais déjà fait. Donc t'as un blocage qui saute. Je ne l'ai jamais fait. Il est tellement fort parce que tu sais qu'il y a le mur du marathon. Et t'as beau te dire « Ah mais si ça se trouve, moi j'ai couru 35, mais justement, c'est à 35 que moi je vais me taper le mur de l'enfer et tout ça. » Et je te demande, parce que le fait de l'avoir jamais fait, du coup, moi je pensais que ça serait au mur du marathon que j'allais douiller, mais aussi devoir puiser un peu plus ou quoi. Puis en fait, comme tu dis, pas du tout. C'était plutôt 15, 18. Parce que pareil, pour celui que j'ai couru, moi c'était Barcelone. En fait, c'est plutôt la deuxième moitié qui est hyper scénique avec tous les monuments parce que c'est pas très grand. Et la première moitié, t'avais le stop de foot au début, le camp nouvel. Après, t'avais rien pendant 10 bords. T'étais dans les rues. C'était horrible. En plus, à un moment, tu faisais une espèce de demi-tour géant. Et là, je commence à me dire « J'ai mal au genou. » Et là, c'était genre 15 kilomètres. Et là, tu te dis « Punaise, je tiendrai jamais. » Et je trouve qu'effectivement, c'est là finalement que moi j'ai fait le marathon dans ma tête. Tout le reste, après, une fois que t'as battu ce truc-là, j'ai trouvé. Moi, j'ai même pas ressenti vraiment le mur, par exemple. Ça, c'était beaucoup plus violent.
Ybelion — Moi aussi, celui de 15, il a été plus violent qu'après. Il y avait ce... cette espèce de sentiment. C'est marrant parce que, tu vois, j'ai ressenti un peu la même chose quand j'ai terminé le premier jet du premier livre. Une espèce d'euphorie de « Ok, je viens de terminer un truc, il reste de l'inconnu derrière et j'ai déjà puiser tellement d'énergie que est-ce que je vais avoir la force d'eux ? » Mais en fait, quand tu te retournes, tu vois que t'as tellement avancé qu'en fait, c'est presque impossible de concevoir de s'arrêter. Donc en fait, quand je suis arrivé à 34, 35, moi, je courais avec un pote et à 34, lui, il a explosé. En tout cas, il s'est écouté, tu vois, et puis il avait des crampes et tout. Et puis, il m'avait dit « Vas-y, pars ». Et donc là, je suis parti et dans ma tête, j'étais là en mode le plan, c'était jusqu'à 35. De toute manière, en allure, tu ne bouges pas, tu vois, parce que je n'avais jamais couru plus de 30. J'avais tiré un petit peu, tu vois, 30, 32, je ne sais plus. Et donc, j'ai attendu le mur, tu vois, et je ne l'ai pas vraiment senti. Mais en fait, le seul moment où j'ai eu l'impression de le prendre, ça a été kilomètre, je ne sais pas, 37, 38 où en fait, là, tu as beaucoup de gens qui marchent. Donc évidemment, ça te renvoie à un truc de « Ah ouais, ils ont peut-être raison de marcher ». C'est là que j'ai pris conscience de l'importance de ce que tu renvoies toi en tant que personne. et là où des gens qui marchent peuvent t'influencer en disant « Putain, marche aussi », tu as aussi le pouvoir, toi, en continuant à courir, de leur faire dire « Putain, peut-être que moi aussi, j'ai la force pour continuer à courir ». Donc déjà, il y a eu ça, ça a fait naître la petite voix et là, elle a été balayée par le truc que tu rencontres que là-bas. Et à ce moment-là, quand cette petite voix, elle a été… Vraiment, ça a été fulgurant, sa disparition a été… C'est trop drôle parce que je l'ai vraiment entendu et c'est comme s'il y avait un mec qui était venu et qu'il avait écrasé. Et à ce moment-là, je savais que… Je n'avais pas trop de doutes en vérité. Mais par contre, après, je n'ai pas pu accélérer. Et c'est le truc où je ne savais pas, je n'avais pas regardé le parcours. Et puis, tu ne te rends pas compte quand tu arrives à 40 kilomètres et qu'il t'en reste deux. Tu ne te rends pas compte si c'est long ou pas long. Tu ne sais pas. C'est tellement la plus longue du monde. Oui, carrément. Donc, je n'osais pas trop accélérer. Tu découvres, c'est l'inconnu mais c'est ce qui fait aussi que c'est assez excitant de voir. Par contre, toutes les pancartes 35, 36, 37, j'en avais plein le cul. J'étais là, retirez-les-moi, je ne veux pas les voir. Ne me dites pas. En plus, ta montre, elle est en avance parce que tu zigzagues un peu. ça bip 38e et puis 500 mètres après, tu vois le panneau 38, tu fais, il se fout de ma gueule ou pas ?
Ingrid — Oui, et c'est marrant parce que d'un côté, moi j'aime bien. C'est des repères. Je ne sais pas comment te dire ça t'encre dans le truc.
Ybelion — Je suis d'accord.
Ingrid — Tu te souviens de celui d'avant, tu te dis que tu as avancé. Mais ce n'est pas facile. Je dis ça, mais ce n'est pas facile.
Ybelion — C'est marrant. Pourquoi il y en a certains qui me tapent et pas d'autres ? Parce que les 14, 15, 20, j'étais content de les voir malgré que c'est le moment où je me suis dit putain, un peu voilà quoi. Mais les 38, j'en avais marre. Je ne veux pas les voir. Moi,
Ingrid — j'en avance plus vers la fin. J'ai une heure et demie plus que toi. Vers la fin, c'était plutôt de la vraie course. C'était une espèce de mix de course marque. Tu n'as plus de gens. Et en fait, je me disais putain, ça va être encore super long et tout. Mais en fait, tu as toutes les émotions quand tu es à 2 km de la fin. Tu te dis bon, c'est bon, c'est fait quoi. Au pire, je veux faire marcher. Mais c'est vrai que j'avais aussi un peu la fierté de je ne marche pas. Tu es un peu doux, mais ce n'est pas de marcher. Et en fait, je crois que c'était... Je ne saurais plus te dire quand, mais il y a un moment où tu passes en bord de mer et là où tu te dis que dans 3 km, tu as couru un marathon. Et là, je me souviens de l'émotion, mais j'ai fondu en larmes et j'ai pleuré mais du coup, je n'ai pas l'impression que ça t'était atteint, mais je ne l'avais jamais fait. Je ne sais pas si je vais y arriver et tout. Et là, tu dis en fait, je l'ai fait. Dans 3 km, je l'ai fait. Donc au pire, même si je l'ai fait en rampant par terre, c'est bon.
Ybelion — Moi, ça a été... Là, tu le dis, ça me revient. J'ai eu un moment, une émotion qui est montée. Et je me rappelle que même, ça a rendu la course plus compliquée parce que quand tu as les larmes qui montent, tu n'es pas trop concentré sur ta respiration et tout. Mais je n'arriverai pas trop à savoir ce qui l'a déclenché.
Ingrid — Tu ne te souviens pas parce que moi, je me souviens tellement bien.
Ybelion — Oui, c'est marrant. Je ne sais plus à quoi je pensais. J'étais tout seul, c'était à la fin. Oui, je crois que c'était un peu au même moment où je te disais 37-38 là où tu te dis... Non, de toute façon, là, c'est... En fait, je me suis rappelé ce que j'avais beaucoup dit. Même avant, tu vois, c'était... Je ne doutais pas que j'allais le finir. Mentalement, je savais qu'en gros, il fallait que je passe out en courant pour ne pas le terminer. Et du coup, c'est un peu ça qui l'a fait remonter, je crois. J'ai pensé à Voltaire qui m'aboyait dans les oreilles. J'étais là, c'est bon, tu as raison. Je vais y aller, je vais continuer. Voltaire,
Ingrid — le coach, sa vie.
Ybelion — Oui, carrément.
Ingrid — Et est-ce que tu as trouvé parce que je trouve tellement de parallèles avec l'écriture. C'est pour ça que je t'ai demandé, par exemple, on ne l'a jamais fait. Écrire un livre pour la première fois, on ne l'a jamais fait. Moi, dans les trucs que j'ai vus aussi et qui sont hyper vrais, c'est un peu le côté collectif. C'est un peu ce que tu disais. Oui, quand tu cours le marathon, il y a plein de gens qui courent en même temps que toi. Je crois que c'est une des raisons pour lesquelles j'aime autant la course à pied, c'est que contrairement avec le monde de l'édition, tu es sur la même course que les champions. Tu cours la même chose. Tu pars juste un petit peu après. Même sur le semi de Cannes, celui qui a gagné, je l'ai croisé. Il a survolé le truc comme ça, mais tu te dis, je les vois les champions. Je n'ai pas une sous-course. Je ne suis pas dans le truc d'un côté. Mais même en dehors du côté les gens qui sont là sur le lieu avec toi, c'est un peu ce que tu disais. Tu as tout ton entourage qui va t'en parler. Les gens savent ce que ça représente. Et en fait, est-ce que... Bon, toi, tu en as parlé sur les réseaux. Moi, à l'époque, je n'utilisais pas les réseaux, mais j'en avais parlé tout autour de moi en fait parce que ça le rendait réel. Mais est-ce que du coup, tu n'avais pas un peu la pression aussi ? Genre, tu as ce côté, tu sais, c'est un peu un mix entre les deux. Genre, punaise, si je me rate, j'ai vraiment l'air con.
Courir la même course que les champions
Ybelion — C'est marrant parce que là, je le prends conscience quand tu me poses la question que non, parce que je pense que la course à pied dans l'inconscient collectif, c'est pour tout le monde. Et qu'en écriture, il y a encore cette croyance qu'il faut être édité, qu'il faut avoir fait des études de lettres et tu connais après tout le pataquès de croyances limitantes, tu vois. Et en course à pied, je trouve que tu n'as pas ça. C'est quasiment... C'est beau... Enfin, je pense que c'est beaucoup plus rare que tu dises je veux courir un marathon et quelqu'un te réponde mais tu es complètement malade, ce n'est pas fait pour toi. Tu vois.
Ingrid — Oui, oui.
Ybelion — Ça doit arriver parce que des cons, il y en a partout. Mais... Une inquiétude. Voilà. Mais beaucoup moins. L'écriture, bon, je crois suffisamment de gens qui me disent ça pour savoir que la moyenne est plutôt attendre vers... Tu es complètement malade, c'est qu'écrire un livre. Et ce qui est trop bizarre d'ailleurs, c'est que c'est hyper paradoxal parce que la course à pied, tout le monde est d'accord pour dire que c'est pour tout le monde et tout le monde est d'accord pour dire que le marathon, c'est très dur, tu vois. Même si les réseaux te montrent, banalisent un peu l'exceptionnel. Et en écriture, c'est l'inverse. Tu as l'impression que ce n'est pas fait pour tout le monde et qu'en plus, c'est super facile d'écrire un livre. Et je ne comprends pas trop cette dissonance, tu vois, quelque part. Alors qu'en fait, les deux se traitent exactement de la même manière. Quand tu sais où tu vas, une intention claire, que tu t'entraînes de manière régulière, tu trouves ton rythme, en fait, tu développes cette identité de je suis capable d'écrire un livre, je suis capable de courir un marathon et c'est comme ça que tu arrives au bout à la fin, quoi. Et à un moment, tu te retournes et tu fais en fait, la personne que je voulais devenir, je la suis vraiment devenue. Et ouais.
Ingrid — C'est marrant ce que tu dis parce que justement, c'était une... C'était... Cette histoire d'identité, c'est fragile. Ça part et ça revient. Et comme je te dis, moi, pendant 8 ans, je n'ai pas couru, j'ai presque rien fait. Et en fait, c'est trop drôle parce que justement, je l'ai retrouvé là pendant la dernière semaine. Et juste... Et vraiment, c'est mon histoire là de... Ah, je suis allée plus vite même si j'avais mal. Non, non. J'ai commencé à rebattre mes records. D'un coup, dans ma tête, pareil, j'ai eu... Ah ben, ça y est. Ça me l'est 10 ans, mais je réfléchis comme une sportive et pas comme une galérienne de la course à pied telle que j'étais pendant 8 ans, tu vois. Et en fait, c'est vrai que en même temps, je crois qu'un peu après, on en parle avec quelqu'un, je dis en fait, c'est trop marrant parce que c'est... Cette logique-là pour l'écriture, je me la suis inculquée moi-même. Je me suis dit... Déjà, pour te sentir écrite, il va falloir que tu écrives ce livre. Il va falloir que tu fasses ça. Et en fait, peut-être qu'effectivement, comme... Je ne sais pas trop. Le fait d'écrire un livre entièrement tout seul, c'est effectivement très dur. Mais d'un côté, bon, entre guillemets, tu peux en faire un mauvais en une semaine. Bon, j'exagère. Et du coup, peut-être plus facilement dans cette première chose. Mais par contre, pour la course, tu as des délais, enfin, des deadlines et des challenges plus élevés. Et mon dernier truc par rapport à ça que j'ai vu même après, je crois, c'est une personne qui avait partagé justement sur le réseau un truc du style pour une femme courir à telle vitesse. Et c'est des trucs hyper... qui, moi, me semblaient hyper simples. Et en fait, il y a quand même une grosse proportion de femmes qui ne peut même pas courir à 10 km heure, par exemple, sur une certaine durée, tu vois. Et j'ai fait, ah ouais ? Et en fait, surtout, avec l'âge et tout, ça diminue, machin. Et en vrai, là, je me suis vraiment dit, ah ouais, non, mais c'est vraiment une histoire d'identité. En fait, j'avais perdu mon identité de meuf sportive qui adore la course à pied. Alors qu'en vrai, je l'ai quand même beaucoup été dans ma vie, tu vois, mais tu le perds, en fait. Ça dépend aussi de comment tu cultives ton identité là. Et c'est vrai que, bah, la course, c'est assez ingrat. Je pense que ça a déjà dû le ouc. Tu vas bientôt le tester. Mais dès que tu fais une petite pause, tu fais, punaise, j'ai pu courir, je sais plus faire ci, j'ai mal. Dès que tu fais une pause d'une semaine, là, je viens de faire une pause de deux semaines, je peux t'assurer que tu repartes. Oh, t'es au fond.
L'identité est fragile, elle part et elle revient
Ybelion — Brouillé.
Ingrid — La course, c'est même te mettre une grosse claque. Alors que l'écriture, théoriquement, c'est plus simple.
Ybelion — L'écriture, ouais, c'est... L'identité, quand elle devient ancrée, tu la perds vraiment plus. Tu peux rencontrer d'autres problèmes, mais c'est pas du tout la même chose. Et je pense que c'est toujours le truc assez fascinant, c'est que t'as plein de gens qui viennent te dire en disant, mais je me sens pas écrivain. Je peux pas écrire, je me sens pas écrivain. Et en fait, tu te rends compte que le problème derrière, il est toujours un peu autre. Et que c'est qu'en fait, quand tu te places dans l'action, donc tu traites le blocage et puis tu te places dans l'action, un jour tu te réveilles et tu te sens capable de dire que t'es écrivain. C'est un peu inexplicable, mais tu te rends compte en étant après en rétrospectif que c'est parce que t'as été patient et que t'as agi de manière régulière. C'est pareil en course, mais comme le domaine paraît, en tout cas dans l'inconscient et déjà pour tout le monde, tu te poses peut-être un peu moins la question quelque part. Et c'est assez fascinant. C'est assez fascinant. Et le côté je rouille quand je m'arrête, c'est toujours le premier pas qui est un peu... Tu peines à faire. La première séance de course. Oui, c'est ça. Et l'écriture d'ailleurs, souvent. Ça m'arrive aussi en vrai pour l'écriture. Là, en reprenant le tome 3, putain, ça fait un mois que je me dis je vais le reprendre, je vais le reprendre après le marathon, machin, machin. Putain, poser les premiers mots. Tu sais, tu te suives, attends, c'est pas possible, je sais faire. Puis après, tu écris un truc, tu fais, ah bah ouais, en fait, c'est pas mal.
Ingrid — Oui, je repars sur le lancer.
Ybelion — Et puis en fait, tout de suite, ça revient. dès que tu mets le doigt dans le flow et dans le flux que tu connais, t'es emporté. Ouais, c'est fou.
Ingrid — Est-ce que t'as la même, justement, le momentum, alors là, je parlais de celui pendant une course, mais à mes tout débuts de course à pied, ça par contre, je me souviens super bien, j'avais complètement un effet momentum de, je me souvenais, ah, j'allais courir, tu sais, sous la pluie, en me souvenant de toutes les fois où j'étais allé courir sous la pluie, en me souvenant même de, au tout début, je me souviens même de toutes les fois que j'avais couru tout court parce que j'ai commencé vraiment, je me souviens très bien de quand j'ai commencé et avant, j'avais jamais couru, tu vois. Et en fait, je trouve que c'est tellement magique quand tu fais ça et que tu déroules le film, tu te dis, putain, j'y suis allé plein de fois, j'y suis allé X fois, j'y suis allé sous la pluie, justement. Bah, toi aussi, t'as dû le faire. On a fait des marathons qui sont en mars ou en avril et du coup, moi, c'était mi-mars et du coup, l'entraînement en hiver, sous la neige, sur du verglas et tout ça. Et en fait, tout ça, ça nourrit beaucoup et c'est un côté, je trouve, très magique parce que d'un côté, tu vois, parce que t'as couru sous la neige d'e-borne que tu vas faire ton marathon, mais si, en fait.
Ybelion — Mais en fait, si, ouais.
Ingrid — Et l'écriture aussi, tu vois. C'est la magie un peu.
Ybelion — C'est l'assiduité, tu vois. En fait, en écriture, je mesure tout ce que j'écris et je sais que je le fais de manière très régulière. Donc en fait, je vois cette assiduité, ça me suffit pour dire OK, laisse tomber, le chemin, il est bon et puis tu connais ton process, vas-y. Et en cours, c'était pareil. Je voyais sur l'appli 100% d'assiduité. J'étais là en mode, mais en fait, je sais que je vais y arriver. C'est évident. Et ma plus grande fierté a été de battre la prédiction de l'application, tu vois. Et je lui ai mis 6 minutes, donc j'étais là en mode, laisse tomber, tu vois. Donc ouais, avoir, enfin, pouvoir apprécier ce que t'as vécu avant d'y arriver, c'est hyper important. La différence entre un marathon et l'écriture, c'est qu'en fait, ta prépa, c'est... C'est-à-dire, la course du marathon, c'est... Le livre, c'est pendant toute la durée, tu vois. Il n'y a pas de prépa. Il n'y a pas d'étape. C'est, tu commences à écrire, là, c'est le début de ta prépa et puis tout du long, en fait, c'est ça, quoi. Alors que le marathon, effectivement, t'as quand même à la fin la vraie course officielle, etc., etc. Ouais,
Ingrid — mais en même temps, tu vois, c'est ce qu'on disait, c'est que du coup, t'as cette espèce de côté vide de, ben, j'ai fini le marathon, je fais quoi ? Alors que le livre, comme la fin est un peu plus incertaine parce que peut-être que tu vas te lancer dans la publication.
Ybelion — Ouais, ou faire une suite. Une suite. puis, dans trois ans, te dire, j'ai envie de modifier cette partie parce que j'en ai écrit deux entre-temps et puis ça me donne envie de machin. Et il y a ce côté. Et puis, tu vas avoir le retour des lecteurs, peut-être aujourd'hui ou peut-être dans dix ans. Il y a un truc totalement différent, quoi. Et alors, ça rendit peut-être très long sur notre capacité à apprécier une course comme le marathon et à en faire quelque chose d'exceptionnel, même dans le temps qui passe, tu vois. mais ouais, c'est... Putain, du coup, ça ne me donne toujours pas la réponse entre qu'est-ce que j'ai préféré entre le livre ou le marathon. Peut-être que c'est le but de cet épisode, savoir... Ah, peut-être, peut-être. Je ne sais pas. Putain. Pas du tout. ouais. Très similaire et complètement paradoxal et complètement différent par ailleurs aussi, mais... Ouais. Mais c'est là, effectivement, tu vois aussi, je repense à l'entourage et les pancartes tu parlais de tout ça. C'est fou comme ça aide. Je ne sais pas, j'ai partagé en story, mais moi, au début du parcours, kilomètre, je ne sais pas, on devait être 4, 5, je vois Marine Lele sur le côté. Ouais,
Ingrid — j'ai vu que c'est la story.
Ybelion — Et j'étais là en mode, mais c'est incroyable. Et tu te sens soutenu par quelqu'un qui... Tu sais, ça serait comme recevoir un DM de, je ne sais pas, je ne sais même pas à quelle hauteur, quelle grandeur, je pense.
Ingrid — Tu en es, moi.
Ybelion — Ouais, voilà, je reçois un message d'Ingrid qui me dit vas-y, tu vois. Mais tu vois, dans l'esprit, c'est être soutenu par quelqu'un que tu estimes et que tu n'attendais pas, tu vois. Alors, elle n'est pas venue pour moi, c'est évident, mais... Ouais, mais elle est là. Elle est là. Et là, je me suis dit, tu sais, tu te le dis après, mais sur le coup, ça te fait un truc et là, dans ta tête, il y a un truc de... Ouais, je vais le faire. Ouais. Parce qu'on parle quand même d'une nana qui a fait, je ne sais plus comment ça s'appelle, l'enduroman, là. Donc, tu cours de Londres jusqu'à la Manche ou en vélo, je ne sais plus. Puis après, tu traverses la Manche à la nage, normal, comme un lundi, quoi. Et puis après, tu finis soit vélo, soit course jusqu'à Paris. C'est un truc de barjot, quoi. Tu te dis, bon, ça va, mon marathon, je vais l'encaisser, je crois bien, tu vois. Je vais arriver. C'est fou. Donc, le soutien, le soutien tout le temps, le partage, tu vois, en fait, le fait d'être là et de partager avec les gens, de se sentir, ouais, ouais. C'est incroyable.
Les pancartes qu'elle fabrique pour ses auteurs
Ingrid — Je fais des pancartes pour encourager les gens que j'accompagne, comme au marathon.
Ybelion — Ah, trop bien. Putain, c'est une trop bonne idée.
Ingrid — Et peut-être, je leur dis, si vous en voulez une, tu vois, parce que, de temps en temps, j'écris en gros leur nom et un truc en rapport avec leur histoire et tout. Et du coup, dans la photo, comme ça.
Ybelion — Putain, c'est trop bien ça.
Ingrid — Je n'aurais pas trouvé cette idée-là.
Ybelion — Putain, tu sais que c'est une vraiment très bonne idée.
Ingrid — Voilà, je ne fais pas le truc de Super Mario où tu appuies dessus, là, qui est dans toutes les courses. Je ne sais pas si il y avait des actions à la fin de Paris.
Ybelion — Tu sais que, je ne la connaissais pas, cette pancarte. Ah oui. Donc moi, première fois que je la vois, je fais, putain, tu arpeins bien l'idée. Et j'en vois 15 après, tu vois. Ah oui. T'as pas aussi eu
Ingrid — les couteaux sont éternels. Ouais,
Ybelion — alors moi qui suis, tiens, on peut en parler ça. Moi, je suis un peu un hater de Strava. Ouais.
Strava, ou courir pour prouver
Ingrid — En vrai, moi, je ne l'utilise pas, mais je l'ai. Juste un petit peu parce que, effectivement, je ne partage pas la course avec la même personne que l'écriture. D'ailleurs, c'est même assez rare. Moi, je n'en ai pas tant que ça dans mon entourage. Du coup, au moins, ça me fait une petite connexion. Par contre, je suis assez d'accord avec toi quand on s'en tape des coudes sur Strava. Je ne comprends pas trop l'idée. Moi, j'aime bien voir ce que font mes potes, comment ils courent et quand.
Ybelion — Ouais, je comprends. Je comprends, je comprends.
Ingrid — Mais oui, sinon, les coudes sont éternels. Oui, alors bon, en fait, on s'en prend un peu. Clairement, on s'en tape. Le 10 is gonna look good dans Strava, tu fais, c'est les pancartes, c'est ça. Non, justement, Strava, c'est le contraire de faire un marathon. Je ne le fais pas pour prouver. Je ne sais pas qui, je le fais pour moi.
Ybelion — Je crois que c'est ça qui m'agace. Enfin, qui m'agace, je le dis gentiment, évidemment. Ce n'est pas vrai. Mais il y a un côté, il y a un côté prouveur. Je ne le fais pas pour moi, tu vois.
Ingrid — Mais oui, on s'en fout. Limite, tu pourrais les passer de Strava sans problème. Il faudrait à la foutre,
Ybelion — tu vois. C'est ça. C'est comme quand tu mets une photo sur ton Insta pour avoir un like d'une personne pour voir s'il y a peut-être une chance avec elle, tu vois. Les techniques que tu faisais quand tu étais au collège, tu mets un message sur ton mur à peine ciblé sur Facebook.
Ingrid — un peu dépressif pour voir s'il vient à ton secours. Exactement. Et en fait, ça, effectivement, avec l'écriture, ce n'est pas ça, je trouve. Même en partageant l'écriture sur les réseaux, etc., ce n'est jamais, je trouve, dans le but de prouver quelque chose. Oh, regardez, j'ai écrit un chapitre. Ce n'est jamais dans le sens-là. Même toi qui fais un bilan chaque semaine, machin, et aussi les gens que j'accompagne, ce n'est pas du tout comme ça.
Ybelion — Par contre... Je ne l'ai jamais senti comme ça, effectivement.
Ingrid — Moi, effectivement, dans ma communauté, il y a les victoires et les râleries qui sont très fréquentées parce que c'est bien de célébrer les victoires, mais tu les célèbres déjà avec des personnes avec qui tu partages le truc, ce n'est pas du tout... J'ai écrit plus de mots que toi. Je ne sais pas, je trouve ça... Je n'aime pas le principe.
Ybelion — Oui, peut-être qu'on a une vision déformée de l'utilisation de Strava, tu vois. Mais effectivement, je ne le ressens pas du tout comme ça dans le processus d'écriture et dans le partage que les gens peuvent faire. Ouais, non, pas du tout. C'est marrant. Tu vois, je n'avais jamais fait le parallèle, effectivement.
Ingrid — Mais tu vois, pour autant, il y a des amis à moi sur Strava qui courent en général à peu près tous plus vite que moi. Et en même temps, je pense qu'effectivement, tu peux aussi, après cet esprit-là, te dire, je suis content de partager ça avec eux, même s'ils ne sont pas du tout sur la même planète que moi et le même délégué.
Ybelion — En fait, c'est pour ça. Ma haine, pour Strava, ça pèse un petit peu, j'avoue.
Ingrid — Et je pense qu'en effet, tu peux le faire de manière bienveillante aussi. Et typiquement, les gens qui courent le plus vite sont ceux qui m'appellent des petits pouces. Donc tu te dis, ça c'est chouette. Il y a un espèce de on s'en fout, on n'est pas à qui pisse le plus loin. Mais c'est vrai que je suis assez d'accord avec toi que quand on t'entend parlait des gens qui payent quelqu'un d'autre pour faire du Strava à ta place et compagnie.
Ybelion — Ah, j'ai vu ça, ouais. Putain, ça c'est... Voilà. Mais bon... Il y a des idées de business quand même parfois, on n'y aurait pas cru. On n'y aurait pas cru. C'est un peu l'intérêt de l'enquête pour l'écriture, c'est que tu payes un mec pour courir à ta place. J'allais exactement dire ça. Putain, c'est fou. Et après, pour revenir aux pancartes, il y a eu le fameux t'as payé pour être ici, tu vois. Ah oui ! Voilà. C'est vrai. C'est vrai. C'est vrai. Une fois ça va, 15, je commence à... Je sais. Ouais, je sais, c'était cher. Je sais. Mais bon. Et après, est-ce qu'il y en a une qui m'a vraiment marqué ? Il y a aussi les... Si t'arrives à lire ça, c'est que tu vas pas assez vite. Ça, c'est marrant. Ça, c'est marrant. Il y en a une autre qui m'a fait beaucoup rire, mais j'arrive pas à me rappeler. Je me rappelle qu'elle m'a fait beaucoup rire et qu'après, j'ai regardé le gars et on a rigolé. Mais j'ai complètement oublié ce qu'elle avait marqué sur la pancarte.
Ingrid — Moi, je t'ai dit que ma préférée de Cannes, c'était « Ti, un tigre ».
Ybelion — Ah ouais, putain, c'est ça aussi. Elle était exceptionnelle. Ti, un tigre. Incroyable. Ça encourage bien.
Ingrid — Oui, c'est ça. Et en fait, c'est marrant parce que je pense que tout ça, c'est rigolo. Ça fait plein de parallèles avec l'écriture de pourquoi on s'en souvient. Parce que toi, soit ça t'a fait sourire, soit ça t'a donné l'émotion ou alors, effectivement, après, tu l'as vu 25 fois. Et en fait, c'est marrant parce que ça correspond beaucoup à comment tu fais retenir au lecteur les infos, tu vois, s'il n'y a pas d'émotion. Ou alors, tu les répètes 50 fois ou alors machin. Et en fait, je trouve ça assez drôle parce que moi, typiquement, c'est celle de l'émotion dont je me souviens 10 ans après. L'info la plus importante, tu la retiens parce qu'il y a une émotion qui est attachée. Même les trucs qu'on m'a répété 400 fois en prépa, je les ai oubliés. Mais ce qui est lié à cette émotion,
Ybelion — tu vois. J'aime bien ce parallèle. J'aime bien ce parallèle. Effectivement, c'est la petite subtilité au bon endroit dont on se rappelle le plus. Ouais. J'avais pas pensé à ça. Il y a beaucoup plus de parallèles que ce que je pensais, en fait. Il y en a trop. C'est quoi le plus... le plus cocasse auquel tu penses ?
Ingrid — Cocasse ?
Ybelion — Ouais. Un truc bizarre un peu. Je réfléchis en parallèle.
Ingrid — Je pense que... Moi, j'ai beaucoup le côté... Alors, si déjà, en numéro 1, en vrai, si je ne m'inscris pas à une course, je ne cours pas. Je pense que je n'en suis pas encore revenue à mon identité de fille sportive qui court si je ne paye pas, comme on a dit, une course. Là, je ne vais pas courir. Et je trouve que ça, c'est un biais du cerveau. Enfin, c'est une source de motivation comme une autre. Et en fait, je la vis avec l'écriture au quotidien parce que l'écriture, je l'adore. Mais c'est aussi un côté de travail qui fait qu'en général, j'ai envie de me mettre à tout sauf ça. En plus, du coup, je me trouvais d'un loisir. Voilà, je prends la rame, machin. Et en fait, du coup, concrètement, je me retrouve avec un groupe d'amis pour écrire. Et là, j'y vais. D'ailleurs, c'est cet après-midi. Et si je ne fais pas mon live Twitch, et s'il n'y a ni ça ni mon live Twitch, je n'écris pas, en fait. Je trouve que c'est très rigolo parce que les gens s'imaginent que... Alors, peut-être un peu moins avec la course, mais l'écriture, c'est ta passion. Tu as envie de tout plaquer pour écrire ? Alors, absolument pas. Mais... Et même si je ne me fais pas violence et qu'il n'y a pas un créneau et que je n'ai pas dit à quatre personnes que j'allais venir écrire avec eux à telle heure, je ne le fais pas. Je trouve que ce parallèle-là, il est très drôle. Et il y a pareil avec la course. C'est-à-dire que si tu n'as pas un truc ancré dans le temps ou irrémédiable parce que la course aura lieu à telle date et ça ne se négocie pas, je trouve que, si j'ai dans la course, je ne le ferai pas en fait parce que tu te trouves toujours mieux à faire aussi. Tu as toujours envie de décaler, des autres trucs à faire et tout ça.
Sans dossard ni live Twitch, elle n'écrit pas
Ybelion — Exactement. C'est très vrai et me sentir redevable de l'appli que j'avais payé pour faire ma prépa. Je peux dire que l'assiduité, j'étais là, si je rate une séance, c'est comme si j'investissais dans un truc et comme si je ne me faisais pas confiance. J'étais en mode, c'est hors de question en fait. Donc effectivement, ça m'a beaucoup aidé ça. Très beau parallèle. Très beau parallèle. Moi, celui auquel j'ai pensé aussi, c'est le... Tu sais, tu as un peu une histoire de style en course à pied. Maintenant, tu as les dernières chaussures, ton layering, la petite casquette, les lunettes, machin et tout. Et ça, c'est un peu comme, tu sais, construire tes belles fiches personnages en surligné, avoir le dernier logiciel. Le prix pas au top. Oui. Exactement. Et tu es là, ça me fait sourire parce que à la fois pour certains, ça sera vraiment genre, une source de motivation et pour d'autres, simplement un blocage sur lequel ils vont être en mode ouais, mais moi, je n'ai pas l'argent pour prendre Scrivener, Antidote et m'acheter du Bristol et faire mes fiches personnages. Et d'autres, ils vont en avoir rien à foutre. Et tu as vraiment tout ce spectre-là que tu retrouves aussi dans ces trucs-là. Ça me fait trop rire.
Punk en running, suréquipée en écriture
Ingrid — C'est marrant parce qu'en écriture, je suis la personne trop préparée qui a acheté tout. Et en course à pied, je suis la punk qui tenait à tout prix à avoir le même legging depuis 2013 et la même brassière. Et cette année, quand même, je me suis dit non, mais il faut acheter quand même des trucs parce que là, c'est une catastrophe. C'est quand même, ça va pas,
Ybelion — c'est pas possible en fait.
Ingrid — Il faut quand même que les trucs tiennent debout. Mais c'est vrai que c'est drôle parce que je pense qu'effectivement, c'est très vrai. Tu vois, on a tous nos façons de se rassurer aussi. Et moi, ça me rassure de me dire que j'ai pas besoin de matos. C'est de la coupe.
Ybelion — Exactement.
Ingrid — Il faut des mêmes baskets. On ne pourrait pas avec des baskets de merde.
Ybelion — Ouais. Tu sais, je suis d'accord avec toi. Moi, ça m'a fait le même truc en mode, moi, je suis meilleur que les autres. J'ai pas besoin de tous ces équipements. Allez.
Ingrid — Et en vrai,
Ybelion — je suis la première
Ingrid — à avoir tous les gadgets et tout.
Ybelion — Ouais, moi aussi.
Ingrid — Et en vrai, tu te dis, bah sérieux, parce que là, il y avait un côté un peu non, j'ai pas besoin. Et en réalité, justement, avec Strava et en discutant avec des potes à qui je parle moins de ça, j'ai capté qu'il y en a un pas cher. Ça m'a fait trop du bien de savoir ça. Je dis, vas-y, c'est ma prochaine étape.
Ybelion — Et voilà. C'est trop drôle. Après, c'est vrai que, comme tu as dit, les mauvaises baskets, c'est pas à ta taille ou pas... C'est comme un mec qui est du soir qui veut écrire le matin. Ouais,
Ingrid — voilà. C'est une bonne image. C'est un minimum de... Voilà. Surtout que la souffrance, elle est physique, avec les mauvaises baskets à la ligne. Le soir qui écrit le matin, bon, moi, je suis du train. Si tu me dis éclair le matin, ça va pas être ouf, mais au moins, ça va pas me blesser.
Ybelion — Ouais, c'est ça. C'est ça. Moi, ça m'est arrivé de partir en séance très longue pendant la prépa sans me couper les ongles de pied. Je suis revenu avec deux doigts de pied violets. Ouais,
Ingrid — c'est horrible ça.
Ybelion — C'est horrible. Et c'est bien, c'est que, comme dans tout, tu fais une erreur, après, tu la refais plus.
Ingrid — Plus jamais.
Ybelion — Apprenez sage. C'est tout un processus itératif. Je ne pouvais pas savoir. Enfin, si, j'aurais pu demander des conseils à d'autres. Voilà, faites-vous aider. Mais, c'est en faisant que j'ai découvert et en intérant que tu corriges le tir. C'est trop bien.
La médaille du manuscrit terminé
Ingrid — Est-ce que tu penses qu'il faudrait qu'on ait une médaille quand on a fini notre bouquin comme quand on a fini un marathon ?
Ybelion — Franchement, c'est une bonne idée, je pense. Vas-y, on va lancer un business. Bah ouais, une petite, franchement, une médaille avec le titre de ton livre gravé, hop, il y a un truc. Il y a un truc. En vrai, c'est vrai qu'on se félicite peut-être pas assez de l'accomplissement en soi. En fait, tout de suite, on le corrèle. Enfin, je sais pas. J'exagère quand même. Je crois que ça m'avait fait un peu ça sur le premier où tout de suite, tu corrèles le truc au nombre de personnes que t'as touchées, ce que t'as vendu, etc. Mais je vois là, par exemple, sur le deuxième que ça m'a pas du tout fait ça. J'en ai vraiment rien à foutre. Et quelque part, j'apprécie l'accomplissement différemment. Mais je dirais pas non à une médaille.
Ingrid — Bah oui. Non, mais en plus, ça me fait penser à un truc, justement, c'est que je pense que tu sais, d'ailleurs, j'en parle dans ma prochaine vidéo, mais en gros, le côté récompense, moi, a beaucoup marché sur moi à plein de moments de ma vie différents. Mais, d'ailleurs, on en a déjà parlé plusieurs fois, mais effectivement, et avant, j'avais plusieurs applications qui me récompensaient pour le sport. D'ailleurs, encore aujourd'hui, il y a Strava, t'as des récompenses, même si elles sont virtuelles, décathlon, machin, et ceux qui te récompensent pour marcher, tout ça. Et en fait, t'as vraiment un côté, tu peux te récompenser, en fait. T'as fait du sport, t'as fait ton entraînement, t'as fait ci, t'as une médaille pour ton marathon, tout ça, tu vois. Et en écriture, moi, je tente de dire, fais-le, enfin, en tout cas, réfléchis à cette vision-là des choses, tu peux te récompenser si t'as écrit. Et souvent, on me répond, ah bah non, c'est le plaisir d'écrire la récompense. Je te jure que deux personnes sur trois me répondent à un truc comme ça, genre non, bah non, pas besoin de récompense. Et tu dis, pourquoi ? Parce que du coup, l'écriture, c'est trop noble pour ne pas se récompenser quand on avait un objectif et qu'on l'a atteint, tu vois. Et alors, bon, des fois, il y a aussi juste que non, on n'a pas spécialement envie de se récompenser, je trouve, mais j'aime bien parce que ça décrit la voix qui te parle, tu vois. C'est-à-dire que si tu te dis que tu as mérité une récompense, ça veut dire que c'est un petit peu dû. Alors que si tu te dis j'en mérite pas, ça veut dire qu'il faut absolument que tu fasses ça, c'est le minimum syndical et si tu le fais pas, t'es une grosse merde. Enfin, moi, je le vis vraiment comme ça, tu vois. Et du coup, je te dis, mais tu vois, c'est quand même pas évident d'écrire X mille mots en une semaine, tu vois. Est-ce que t'as pas une idée de façon de célébrer le fait que tu vas y arriver parce qu'apparemment, c'est difficile, tu vois ?
Ybelion — C'est totalement vrai. Ça crée une forme de surpression quelque part chez certains. En fait,
Ingrid — c'est censé être une évidence même alors que pas du tout. Écrire 4000 mots, alors soit, oui, il y a plusieurs façons d'écrire 4000 mots. Il y a la façon je l'écris à la menthe et à la réécriture, je fais sauter la moitié où il y a vraiment, je vais vraiment le faire chaque jour, me poser la question, essayer d'écrire et c'est vrai. Et c'est vrai que, en fait, je trouve, du coup, chez plein de gens que j'accompagne ou pas et sur les réseaux tout ça, ça semble normal de réussir son objectif d'écriture.
Ybelion — Et en fait, exactement. Et je trouve qu'il y a des gens, pour le coup, avec qui, quand tu as cette récompense derrière, pour qui, tout de suite, ça va beaucoup mieux. Parce qu'ils ont l'impression de jouer pour quelque chose, quoi. Ouais, même si c'est... Et ça ancre aussi, ça normalise pas. C'est encore une fois, c'est le truc de normaliser l'exceptionnel, quoi. C'est écrire de manière régulière jusqu'à avoir un livre. J'ai pas regardé, on doit être en dessous de 1% de la population, je pense, tu vois.
Ingrid — Ouais, même en pourcentage des gens qui veulent écrire, c'est très peu de gens. Ah oui,
Ybelion — alors là, déjà, mais si tu prends toute la population, des gens qui veulent écrire ou pas, c'est très faible. Mais c'est comme le marathon, c'est moins d'1% de la population mondiale. Je trouve ça quand même assez ouf, tu vois, en soi. Alors, à l'ère d'aujourd'hui, les réseaux font bien en sorte que tu sois bien calé sur ce qui te plaît, tu vois, t'as l'impression que tout le monde en court. Et en fait, c'est pas vrai. C'est pas vrai. C'est pas vrai. Et ça aussi,
Ingrid — je trouve que quand tu cours, tu le ressens. Parce que t'as le classement de ta catégorie. Même si moi, je suis dans la catégorie des nuls, je suis un classement, je suis pas du tout la dernière, loin de là, tu vois. Et en fait, ça me nourrit énormément de savoir que j'étais 60ème de ma catégorie où il y avait, je sais pas quoi, 200 personnes dedans, tu vois. Alors, on s'en fout que plein de gens me battent, évidemment. Oui, il y a Usain Bolt, il y a plein de gens qui peuvent faire vite. Mais moi, de ma catégorie, je peux aussi être récompensée par le fait que j'ai tel truc, tu vois. Et ça, je trouve que c'est, comme tu dis, avec les réseaux sociaux, bah ouais, alors moi, je suis pas beaucoup de réseaux autour du sport. Heureusement, finalement, tu vois, parce que du coup, je me, ouais, bah alors, je partage pas ça avec beaucoup de monde, mais au moins, je continue d'être un petit peu dans mon truc où je me dis pas tout le monde va plus vite que toi, tout le monde va te parler et en même temps, si j'avais les réseaux, voilà, une fois, j'ai vu une fois parce que justement, on avait peut-être parlé de Marathon, je sais pas quoi, il a commencé à me suggérer des trucs, tout m'énerver de fou. Je me suis dit, oh, c'est ça m'énerver, c'est les rues qui te mettent comment courir.
Ybelion — Ouais, ça m'a fait, alors là, tu vois, un dernier parallèle, encore une fois, les 3-4 jours avant la course, c'est le moment où mon algorithme m'a fait bouffer des vidéos de les conseils avant la course et j'ai eu cette sensation que, alors, quand t'écris un livre, c'est vrai aussi, mais ça m'a rappelé le moment des concours de prépa où il te reste plus qu'une semaine, de toute manière, c'est foutu. C'est-à-dire que c'est réglé déjà, c'est-à-dire que ça sert à rien, tout ce qu'on pourra te dire ne va pas t'aider de toute manière et j'étais là en mode, en fait, tout ce que vous me dites ne m'aide pas du tout, laissez-moi courir quoi. Ça m'a fait cette même sensation et d'où l'importance de ne pas être, enfin en tout cas, d'être conscient que toutes les méthodes secrètes ou pas, miracles ou pas que peuvent partager les gens autour de l'écriture, en fait, n'en sont pas. C'est-à-dire que ça marche pour eux. Ce qui est important, c'est ce que vous ressentez et la méthode avec laquelle vous avez envie de fonctionner. Et c'est là, tu vois, typiquement, ça peut paraître complètement con, mais moi, j'ai fait toute ma prépa à jeun, je ne mange pas le matin, donc j'allais courir à 11 heures à jeun, je ne me suis pas enquillé un kilo de pâtes le matin du marathon. Même si tout le monde dit que le matin, il faut absolument manger, tu vois, et ça, c'est très bien passé. Mais tu vois, il y a un moment, tu te dis, putain, je fais quand même vachement différemment de tout ce que dit tout le monde et ce que je suis normal, tu vois.
Ingrid — Ouais, je me réélègue beaucoup parce que moi, c'est un peu la même chose, mais typiquement, quand il y a des courses, du coup, les 3-4 jours avant, je mange un tout petit peu le matin. En réalité, clairement, je pense que c'est juste psychologique parce que ça ne sert à rien, si ça se trouve, nanana. Est-ce que je fais bien ? Est-ce que...
Ouais,
ça, c'est fou. Et je pense que c'est ce que tu dis, en fait, chacun a sa méthode, que ce soit pour courir, tout ça. Enfin, il y a autant de multiplicité de méthodes et pareil pour l'écriture. Et du coup, plus tu es dans les réseaux et tout ça, plus on va te les balancer en plus dans la trompe en mode, mais non, mais c'est comme ça qu'il faut faire. Et vraiment, moi, sur la course, je l'ai hyper mal vécu qu'on me balance des trucs qu'il faut aussi. c'est aussi pour ça que j'ai perdu beaucoup d'années. Mais en l'occurrence, j'ai fait de la course pieds nus. J'ai même couru un semi-pieds nus. Et ça, typiquement, tout le monde va te dire faut surtout pas faire ça, c'est une catastrophe. Bah ouais, mais j'avais besoin de le constater. Alors pieds nus avec les espèces de... Ah, les sandales. Voilà, pour protéger un petit peu. Mais en soi, c'est comme si tu courais pieds nus, il n'y a aucun machin. Et en fait, je trouve que ça correspond bien à ce que j'ai fait avec l'écriture. j'expérimente plein de trucs différents. Tu vois, finalement, tu te retrouves un peu dans... Et du coup, clairement, j'aurais été sur Instagram à l'époque, ça aurait été ne me faites surtout pas ça, vous allez vous détruire telle partie du corps, et non, et peut-être, ça m'aurait dissuadé, tu vois. Donc moralité, n'écoutez pas les conseils de qui que ce soit.
Le semi couru pieds nus
Ybelion — Voilà. Faites-vous confiance. Travaillez sur votre intériorité et votre méthode. Et posez-vous les bonnes questions. Et c'est comme ça que tu fais les trucs à la fin, quoi. J'ai eu un dernier parallèle, mais qui m'est passé au-dessus de la tête. Il a disparu. Je l'ai perdu.
Ingrid — Il y en a trop, en même temps.
Ybelion — Ouais, c'est un truc de fou.
Ingrid — C'est quoi ton prochain défi ?
Ybelion — Sportif.
Ingrid — Ou écriture.
Ybelion — Le troisième livre. Mais en fait, là, je me suis lancé, donc j'ai pas tellement de doute que je vais le terminer. Je sais juste pas quand, tu vois. Je me rends pas trop compte. Je me sens dans une phase où j'ai envie d'explorer la créativité, donc je pense que ça va être peut-être plus rapide que le deuxième. Et après, sport, en vrai, en vrai, il y a le marathon à la fin de l'année, moins de trois heures. Ça, j'ai envie. Je vais le faire pour. Enfin, je vais faire la prépa pour. Et après, le truc, c'est que en sport, je vois mal. Je suis quand même très attiré par le triathlon, par l'Ironman, par tout ça. Le seul truc qui me coince, c'est que ça implique des temps dans la semaine qui sont quand même très importants. En fait, je vais dire un truc extrêmement arrogant. Je préviens. J'ai pas de doute que je peux faire un Ironman. Par contre, j'ai je sais que en ce moment, j'ai pas la capacité d'encaisser la préparation, enfin, le temps pour encaisser la préparation pour me permettre de le terminer. Je dis pas que si j'essaie demain, je le termine. Mais voilà. Bouffer 15 à 16 à 20 heures de sport par semaine, je crois que pour l'instant, je peux pas. Donc, on verra.
Ingrid — C'est ce que j'allais dire. C'est pas à la portée de fond d'avoir ce volume temporel.
Ybelion — C'est plus compliqué. C'est marrant
Tokyo, et la peur de ne plus faire mieux
Ingrid — parce que ça... Je pense que c'est le marathon, mais pas tout de suite. L'année prochaine.
Ybelion — Tokyo 2027.
Ingrid — J'aimerais bien, mais en fait, moi, j'y serai en octobre et c'est au printemps.
Ybelion — Ah ouais, c'est au printemps. C'est le 7 mars 2027.
Ingrid — Du coup, je sais pas, peut-être autre chose. Mais c'est vrai que j'aimerais bien et en attendant, re-insomis déjà. Et là, avec le temps explosif que j'ai fait, maintenant, c'est un peu comme les lignes, c'est un peu la pression du... Mais du coup, je vais réussir à faire un jour mieux que ça. Comment le faire ? Ça me semble tellement un exploit que je sais, j'ai aucune idée de comment on recourt à un semis avec cette vitesse-là parce que là, j'étais portée par le feu.
Ybelion — Ouais, ça, c'est vrai que c'est une question que je me suis pas posé ça. Comment on fait quand on sait qu'on... Enfin, qu'on fait pas mieux, tu vois ? En soi, c'est pas pire, mais on fait pas mieux. Ouais, je sais pas. Ça va être challengeant pour moi, je pense. Ça, ça va être challengeant pour moi. Parce que ça, c'est comme en écriture, pour l'instant, tous les livres que j'écris, je sais qu'ils sont mieux que ceux d'avant, tu vois. Ouais. Mais il y a... Est-ce que mécaniquement, t'arrives pas forcément à un stade où t'en écris un que t'estimes moins bien que ceux d'avant ? Si. Enfin,
Ingrid — en fait, ils sont tellement tous différents que t'auras toujours une connexion différente au truc.
Ybelion — Ouais.
Ingrid — Parce que les courses, c'est pareil, tu vois. En réalité, je me dis, tu vois, ma pire course, entre guillemets, mon pire temps, même si je déteste dire ça. Mais c'était là, Lyon, mais c'était la reprise. J'en suis extrêmement fière, en fait. C'est une de mes meilleures courses pour ça, émotionnellement. C'était celle de... Je redeviens petit à petit celle qui court des semis, machin. Et tu vois, oui, ça pourrait s'apparenter à ton roman le moins bien, mais en fait, tu l'aimes trop, tu y es attachée pour d'autres raisons. Voilà. Moi, j'en ai un. Mes romans sont tous extrêmement différents et ont été attachés à des émotions très, très différentes. Et justement, celui que je trouve le moins bien, d'ailleurs, je me demande, il faudrait que je teste sur les personnes que je connais qui ont lu un peu tous, mais c'est celui qui est en même temps le plus bankable et le plus fun. Et celui où je me suis le plus éclaté à l'écrire, mais du coup, il est moins construit, fouillé, machin. Il était juste fun. Et en fait, c'est marrant parce que je pense que tu vas avoir ça avec la course aussi. Tu vas avoir des courses plus plaisir, des courses plus challenge et tu vas les retenir différemment.
Son roman le moins bon est le plus fun
Ybelion — Tu sais que c'est fou parce qu'en fait, tu viens de me donner ma réponse parce que j'ai dit j'aime toujours plus celui d'après, mais en vérité, l'émotion de terminer le premier, elle a été infiniment plus forte que celle du deuxième. Donc déjà, ce que je te dis n'est pas totalement vrai.
Ingrid — Est-ce que tu te souviens de la fin du deuxième quand tu as mis le point final ?
Ybelion — À la fin de la réécriture ? Oui, tu as promis trois fois. Pas de ouf en vrai. Parce que j'avais ce truc pas de ouf en vrai. J'étais content surtout à la fin de la réécriture, mais je ne m'en souviens pas tant que ça. Je m'en souviens parce que je l'ai filmé la fin de la réécriture. Donc je l'ai revu. Mais pas tant que ça, tant que ça. J'avais un sentiment de soulagement, tu vois, de « Ah, c'est fait ! » C'était différent, ouais. C'est marrant comme question.
Ingrid — Parce que tu vois, moi je me souviens que des moments en rapport avec le premier. Pour autant, cette année, je vais publier mon plus personnel, plus intime où il s'est passé des tas de trucs. Mais je n'ai aucun souvenir d'avoir mis le point final du premier et de celui-là, ni du 2 d'ailleurs, ni de la fin de la réécriture, rien du tout. Alors que pourtant, il est hyper intime et tout ça. Mais en fait, le premier, oui, ça tu t'en souviens.
Ybelion — Il n'y a rien qui surpasse le premier, en fait, je crois bien.
Ingrid — Oui. Tu as d'autres moments en rapport avec l'écriture qui vont être marquants, tu vois. Mais moi, je me souviens du point final du premier, de la fin de la réécriture du premier, de la publication, des trucs comme ça. Et effectivement, je pense que le premier, c'est normal, tu vois. C'est comme ton premier amour un peu.
Ybelion — Un petit peu, il y a un peu de ça, c'est vrai. Il y aurait de beaux parallèles à faire sur ça aussi. Prochain épisode. Mais on nous écoute. Sur cette belle conclusion, est-ce que tu veux rajouter quelque chose sur le marathon de l'écriture ou et l'écriture ?
« Le courage ne rugit pas toujours »
Ingrid — Je pense que, bon là, nous, on a beaucoup accès, vu qu'on a couru tous les deux un marathon. En réalité, même courir 5 kilomètres pour certaines personnes, c'est l'équivalent de courir un marathon pour nous. Et d'ailleurs, pour moi, ça l'était à un moment donné de ma vie. Et ça marche pour l'écriture aussi. Là, on parle d'écrire un roman entier, mais tu as des gens pour qui juste écrire pendant une heure, c'est un challenge, tu vois. Surtout, prenez ça au sens large de l'écriture, du défi et de la course. Je trouve qu'on peut faire tellement de parallèles avec ça, faire quelque chose qui, pour nous, est difficile. Pour Marine Lele, ben non, c'est pas pareil, c'est pas le niveau de difficulté. Mais même, justement, je trouve que les plus beaux exploits, c'est ceux-là. Et ça me fait penser à la citation qui est « Le courage ne rugit pas toujours ». Je ne sais pas si tu l'as déjà vu. Justement, moi, je l'interprète beaucoup en sens de l'écriture. C'est « Le courage », ce n'est pas courir un marathon ou écrire des romans. C'est écrire aujourd'hui si tu as du mal à le faire.
Ybelion — Ouais, ouais.
Ingrid — Écrire aujourd'hui si tu as du mal à le faire.
Ybelion — Ouais. T'as, c'est magnifique. Je vais... Je... Ça me va comme conclusion. Merci Ingrid. Avec plaisir. Merci. Merci d'être là, épisode après épisode. Si ce podcast t'inspire, t'aide ou te met du baume au cœur, t'abonner, mettre 5 étoiles et le partager, c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en moi. Parce qu'après tout, plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte. À très vite. Ose Écrire.