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Pochette de l'épisode 44 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 44AVEC INVITÉ4 SEPTEMBRE 202566 MIN

Discussion avec Elise Giraudau

Clarté · Identitérésilience
00:001:05:36

FACE A — LES 20 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

Est-ce qu'écrire aide à faire son deuil ?

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

C'est la question qu'on pose à Élise Giraudau à chaque rencontre depuis la sortie de La vie en turquoise, un roman à deux voix construit à partir de ce que sa sœur Louise avait écrit pendant sa maladie, et de son propre vécu d'aidante. Sa réponse est nette, et elle la donne sans détour dans l'épisode 44 : non.

Ce qui l'a aidée, c'est autre chose. Elle avait promis à Louise d'écrire un livre sur elle. Elle a tenu cette promesse. Ses parents lui ont dit reconnaître Louise dans les dialogues et dans les mimiques, et c'est ce qu'elle garde de plus précieux. Et parce que le texte reprend les mots de sa sœur, elle dit qu'elles font encore quelque chose d'utile ensemble, main dans la main.

Il y a une leçon là-dedans qui dépasse largement son histoire. On plaque souvent sur l'écriture des vertus qu'elle n'a pas, et on passe à côté de ce qu'elle fait vraiment. Un livre, ça ne referme rien. Ça permet de tenir parole, et parfois ça suffit à changer beaucoup.

Dans cet épisode, on parle aussi des 170 000 mots écrits en trois mois, de sa méthode pour écrire un roman entier sur son téléphone dans le métro, des éditeurs qui ont refusé le texte parce qu'il était « trop cru, trop vrai », et de son prochain roman sur les dérives de l'école d'ingénieur.

LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE

CAROUSEL À VENIR

Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Bienvenue dans Ose Écrire

Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 44ème épisode d'Ose Écrire, dans lequel j'ai l'honneur d'accueillir Élise Giraudot, avec laquelle on a notamment parlé de son livre La vie en turquoise, que je vous invite tous à découvrir en ce mois de septembre. Je vous laisse avec cet échange passionnant et je vous dis à très vite. Des bisous. Moi, c'est Sam Ybelion de Mon Nom de Plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre quoi, Ose Écrire. Trop cool, trop cool. En vrai, j'ai commencé par, franchement, bravo pour ton livre. J'étais... Je ne lis pas du tout de littérature comme ça, d'habitude. Et là, en fait, j'ai été au taquet intrigué. Mais je crois que c'est plus ta personnalité et tout ce que tu partages sur Insta, notamment, qui m'a grave intrigué. Et du coup, à un moment, je me suis dit, curiosité, je vais quand même aller lire le bouquin. Et puis, tu vois, au moment où je l'achète, il y a l'organisation de la lecture en commun. Et je me dis, vas-y, j'aime bien les alignements d'étoiles. Là, c'est le moment. Je commence à le lire. Et en vrai, j'ai pris une claque sur le... De toute façon, je pense que c'est la phrase que j'ai le plus retenue là. Je ne peux pas ne pas lui faire hommage. Et là, j'étais genre accroché de fou. Et après, franchement, ça s'est trop bien lu. Et j'ai vraiment apprécié tous les messages. Mais de toute façon, c'est un peu ce que j'ai partagé dans la vidéo. Et c'est pour ça, après, que j'ai voulu pouvoir échanger avec toi. Et je crois que la première question que j'aurais eu envie de discuter avec toi, c'est à quel moment tu décides, tu vois, d'en faire un vrai livre, tu vois. Quand tu passes... Parce que j'imagine que vous avez... Ce que j'ai compris aussi, c'est que ta sœur écrivait beaucoup de choses aussi pendant. Et à quel moment tu décides, tu vois, de passer à l'étape du livre ?

Naissance d'un roman à deux voix

Élise Giraudau — En fait, ce qui s'est passé, c'est que... Comme dans le roman, en fait, finalement, avec ma sœur, on avait vraiment repris tout ce qu'elle avait écrit sur ses réseaux sociaux. Et j'essayais de tourner ça de manière, on va dire, moins parlée, on va dire. Parce que du coup, elle avait posté ça un peu comme elle parlait, enfin, comme elle leur expliquait à quelqu'un. Et du coup, ça faisait un... Enfin, pour faire un livre témoignage. Et en fait, en parallèle, moi, comme je... Enfin, je voulais en faire... En fait, je voulais participer au concours Nos Futurs de HHT Romand avec un livre sur les aidants. Et j'avais commencé à faire... Enfin, à écrire quelque chose. Et j'ai des souvenirs assez flous de cette période-là. Mais je pense vraiment que cette idée de vraiment faire un roman à deux voix, en reprenant ce que Louise avait écrit, ça s'est fait au moment où ma sœur vraiment s'est su condamner et qu'elle allait arrêter ses traitements, etc. Et là, je me suis dit, vraiment, je vais en faire un roman à deux voix. Et du coup, j'ai demandé de m'envoyer ce qu'elle avait écrit. Et en fait, ça a donné le roman tel qu'il existe aujourd'hui, du coup.

Ybelion — Et tu as fait beaucoup de modifs entre les échanges que vous avez eus et puis tout ce qui s'est passé. À quel point c'est romancé ?

« J'ai promis à ma sœur d'écrire ce livre »

Tout est vrai, sauf deux personnages

Élise Giraudau — En fait, du point de vue de Louise, du coup, c'est pas du tout romancé.

Ybelion — Ok.

Élise Giraudau — C'est tel quel ce qui s'est passé. À peut-être aller à une ou deux dates. Genre, on va dire, je dis qu'il s'est passé un truc le... J'ai dit n'importe quoi, le 8 juin. Et voilà. Alors qu'en fait, il y avait un truc qui s'est passé le 8 juin, un truc qui s'est passé le 9 juin, un truc qui s'est passé le 10 juin. Enfin, voilà. Mais sinon, enfin bref, tout est vrai. Et du point de vue de Ellie, qui est le personnage qui me représente, je ne l'ai pas appelée Élise parce que du coup, il y a des trucs qui ne se sont pas vraiment passés. Moi, j'ai eu la chance de tomber sur un romain directement. Je n'ai pas connu d'Alexandre. Mais en fait, ça a quand même pas mal... Comme je le dis, la maladie, ça s'immisce partout. Et du coup, je voulais montrer aussi que ça pouvait impacter le couple parce que même si du coup, on ne s'est pas séparés, etc., ça s'immisce vraiment partout et ça crée des tensions, que ce soit avec son petit ami, sa famille. Et pareil, au travail, j'ai eu des personnes un peu plus compréhensives que ce que le personnage de Ellie vit. mais je suis quand même tombée sur des réflexions vraiment pas très sympathiques. En fait, c'est pour ces deux situations-là, je me suis dit que ça aurait pu être pire. Ça aurait pu être mieux, mais ça aurait pu être pire. Et du coup, je me suis dit qu'il fallait aussi que je parle de ça de manière un peu plus poussée. Donc, c'est pour ça que j'ai un peu grossi les traits. Mais du coup... Et après, le reste n'est pas romancé. Ça s'est vraiment passé comme ça aussi.

Ybelion — C'est faux. Franchement, c'est faux. C'est marrant parce que tu vois, du coup, le fait que tu aies rajouté le Alexandre Romain, ça marche super bien dans l'histoire. Je trouve que tu as mis le curseur au bon endroit. Il y a des moments où tu es tu l'es et tu fais « Ah, fille, t'es un quel connard ! » Peut-être que tu as vraiment des trucs qui sortent comme ça. J'ai trouvé ça super bien écrit. Et c'est un truc, du coup, ce que je disais dans ma chronique qui m'a vraiment marqué, le rapport à la colère, tu vois, que tu peux avoir vis-à-vis des gens, enfin, de ce que te renvoient les gens. Et je ne sais pas... Je crois que quelque part, il y a aussi... Enfin, je crois que dans ma vie, j'ai été un peu les deux, tu vois, à la fois le Élie et parfois le Alexandre. Et j'ai l'impression que c'est aussi super dur, tu vois, pour les Alexandres de vivre ces trucs-là. Comme c'est super dur pour les Élie. Et je trouve que tu le montres super bien dans le roman, quelque part. Et franchement, j'ai été assez impressionné de la justesse de ce sentiment-là, enfin, de la gestion de la colère. Je ne sais pas comment tu l'as travaillé. Est-ce que tu as beaucoup réfléchi ou est-ce que c'est venu naturellement ? Mais ça m'a vraiment bluffé, ce truc-là.

La colère avant la tristesse

Élise Giraudau — En fait, c'est venu vraiment naturellement parce que c'est vraiment des émotions... des émotions brutes que j'ai retranscrites. Je ne sais pas trop comment répondre à la question parce qu'en fait, c'est vraiment ce que j'ai ressenti. Vraiment, sensation pour sensation. Et du coup, je n'ai pas vraiment cherché à travailler ce sentiment parce que je pense que de tous les sentiments que j'ai ressentis et que je ressens encore aujourd'hui, c'est vraiment celui-là qui a prédominé. Même au-dessus de la tristesse, finalement, parce que même si la tristesse arriverait évidemment en deuxième position, mais vraiment, toute cette histoire, c'est vraiment beaucoup de colère, vraiment. Je pense qu'on peut dire que c'est vraiment une histoire d'amour et de colère, d'amour sororal et vraiment de colère parce que tout n'est qu'injustice, en fait. Et vraiment, ça... Je pense que je n'ai jamais... Parce que moi, je suis vraiment quelqu'un de très, très gentil, mais trop. Ça a vraiment été un reproche qu'on m'a fait toute ma vie. Et en fait, je ne savais pas me mettre en colère. Et je ne sais toujours pas trop, d'ailleurs. Mais en fait, là, c'est vraiment cette période de ma vie où vraiment la colère, juste, elle m'a submergée. Et je pense que c'est pour ça que c'est sorti avec ce que tu me dis, avec justesse, parce qu'en fait, c'était tout nouveau pour moi. Et du coup, c'était assez facile de l'identifier, en fait. Je ne sais pas si c'est clair ce que je dis. C'est clair, oui. Mais voilà, du coup... Du coup, c'est vraiment cette colère qui a vraiment tout pris et qui est restée vraiment très, très longtemps. Et je sais que quand j'ai relu le livre pour la publication, je me suis dit quand même qu'il y avait beaucoup, beaucoup de colère. Je l'ai même remarqué. Et pourtant, je l'ai édité... Enfin, je l'ai relu qu'un an et demi après. J'étais encore vraiment dans cette colère, mais je me disais, ouais, Elie, elle est hyper en colère. Et après, je me suis dit, peut-être qu'il faudrait que j'atténue parce que je me suis dit, ouais, Elie, tu avais des propos quand même. Et en fait, je me suis dit, non, en fait, c'est sorti comme ça. J'ai envie que ça reste comme ça parce que je sais que comment je l'ai écrit, c'était vraiment ce que je pensais. Et en fait, je n'ai rien touché. J'ai rien changé.

Ybelion — Oui, ça, c'est le mot de justesse. Je trouve qu'il se ressent vraiment très, très bien. Et c'était au moment où, du coup, tu l'écris et que la colère, du coup, tu t'arrives à la faire sortir un petit peu. C'était la première fois que tu l'exprimais, cette colère, ou tu avais réussi un peu à la verbaliser avant. Est-ce que peut-être tu en avais parlé aussi avec, je ne sais pas, ta famille ou les gens qui étaient impliqués ou pas du tout ?

« Mon copain m'appelle l'émoji »

Élise Giraudau — Oui, moi, je verbalise beaucoup tout. Mon copain m'appelle l'émoji parce qu'en fait, il me dit que tout ce que je pense, en fait, se voit sur ma tête. Voilà, écoute, c'est ce qu'on me dit. Ce n'est pas moi. Je trouve ça vrai, mais ce n'est pas moi qui l'ai dit. Mais c'est vrai que c'est très facile de savoir ce que je pense. Et je parle beaucoup aussi. Je suis quelqu'un qui est très dans la communication comme ça. Donc du coup, en fait, je n'ai pas de souci à mettre des mots sur mes émotions, qu'elles soient positives ou négatives. Par exemple, je ne sais pas, même des trucs très difficiles à admettre. Genre la jalousie, je n'ai pas de souci à dire quand je suis jalouse. Je ne sais pas. Enfin bref, je n'ai pas trop d'exemples. Mais bref, je n'ai pas de souci. J'ai tout de suite identifié cette colère. Et du coup, j'avais dû en parler. Après, j'écrivais aussi pas mal de trucs sur mon téléphone les soirs, quand je n'arrivais pas à dormir. J'écrivais des petits bouts que j'ai repris ou pas. Je ne me rappelle pas. Mais sûrement que j'ai dû reprendre au moment de l'écriture. Mais non, je suis sûre que je l'avais déjà verbalisé. En tout cas, je l'avais déjà identifié. Donc voilà.

Ybelion — C'est impressionnant. Merci pour ton partage. C'est vrai qu'on ressent vachement les quatre émotions, enfin les majeures, la colère, tristesse, peur, joie. On les ressent vraiment toutes au long du roman. Et quelque part, c'est genre... En vrai, c'est une histoire grave triste sur tout le propos. Mais moi, je l'ai vraiment reçue. Et je crois que tu l'as partagé assez récemment. D'ailleurs, tu disais, en vrai, c'est un message d'espoir aussi. Et moi, je l'ai vraiment ressenti à la fin. En tout cas, c'est mon interprétation de la fin. Comment ça t'a aidé, toi, justement, d'écrire ce livre pour toi, peut-être ? Pour d'autres, je ne sais pas.

Écrire n'a pas fait mon deuil, ça a tenu ma promesse

Élise Giraudau — En fait, moi, il y a beaucoup de gens qui me disent, oui, est-ce que l'écriture du roman t'a aidé à faire ton deuil ? Pas du tout. Vraiment, ça ne m'a pas aidé à faire mon deuil. Enfin, en tout cas, pas dans le sens où les gens me posent la question. Enfin, juste que je sais ce qu'il y a derrière. Mais pas du tout. C'est plus que ça m'a aidé, effectivement, psychologiquement, à tenir ma promesse. Parce que, du coup, j'avais dit à ma sœur, voilà, je vais écrire un livre sur toi. Personne va t'oublier et tout. Mais en fait, je... Et même à ce moment-là, je sais... Enfin, je n'étais pas du tout consciente de ce que j'allais faire vraiment. Enfin, parce que tout ce qui se passe maintenant, le fait qu'il y ait des gens qui lisent et tout, je n'avais pas imaginé. attends, c'est hyper confus ce que je veux dire. Mais je veux dire, je n'avais pas du tout... Je ne m'étais pas projetée si loin. Je m'étais juste dit, en fait, je vais écrire un livre sur ma sœur. Je vais écrire un livre sur deux sœurs et... Du coup... Oula, pardon. Désolée.

Ybelion — Je t'ai récupéré.

Élise Giraudau — Parce qu'il y a en fait, il y a un appel de démarchage qui m'a... Je disais, je n'avais pas du tout pensé... Je ne m'étais pas projetée aussi loin. Je m'étais juste dit, je vais écrire un livre sur ma sœur. Je vais écrire un livre sur deux sœurs. Et je le dis à ma sœur et je vais vraiment le faire parce que voilà, c'est très important pour moi de tenir ce que je dis. Mais je ne m'étais jamais projetée plus loin en mode, de... Oui, il y a vraiment des gens qui vont lire. Il y a des soignants qui vont lire. Il y a des gens potentiellement malades qui vont lire. Il y a d'autres personnes aidantes qui vont lire. Et je vais en savoir des retours et tout. Vraiment, je ne m'étais pas juste imaginé ça. Mais en fait, le fait de l'écrire, déjà, moi, ça m'a fait du bien parce que je me suis dit, je vais poser les mots. Si jamais je veux relire le livre dans 40 ans et que j'ai oublié des trucs et tout, en fait, ce sera dans le livre. Ma sœur sera dans le livre parce que je sais que mes parents l'ont lu et ils m'ont dit, oui, on reconnaît vachement bien ta sœur. Les dialogues, quand elle parle, je peux l'imaginer, c'est mimique et tout. Et du coup, mais ça, c'était vraiment une fierté immense pour moi. Donc, je me dis, OK, ça, c'est bon, c'est fait. Et après, en fait, ça a pris toute une autre dimension quand il y a vraiment des gens qui l'ont lu, qui m'ont fait des retours. Et au début, quand je recevais des messages en mode, bonjour Élise, je suis soignante dans tel hôpital, j'ai lu ton roman, j'étais là en mode, oh, il y a vraiment des gens qui font le métier sur lequel j'ai tapé, qui vont m'écrire, je vais me prendre des rousses et tout. Et en fait, pas du tout. Il y a plein de gens qui m'ont dit merci. Franchement, je pense que les personnes qui m'ont dit, ouais, quand même, t'es un peu abusée et tout, ça se compte vraiment sur les doigts de la main. Et pourtant, j'ai vraiment eu plein de retours et c'est super chouette. Et plein de personnes aussi m'ont dit, oui, voilà, moi, je suis malade. À travers le personnage de Louise, elle se pose des questions que je me pose moi-même ou comment les gens de ma famille ont réagi, je ne comprenais pas, mais grâce au livre, je comprends et tout. Et je me dis, mais en fait, c'est super parce que j'ai repris des trucs que Louise avait écrits, les choses que moi, je pensais. Et du coup, on fait encore quelque chose d'utile ensemble. Et ça aussi, ça m'aide dans ma tête, je me dis, voilà, parce que c'est hyper dur en fait dans le deuil et surtout dans le fait de perdre quelqu'un si jeune. Des fois, je me dis, je sais que ma sœur a existé, mais en fait, c'est hyper dur de... Je suis en train un peu de partir trop loin. Mais c'est juste de dire qu'en fait, je me dis, voilà, ma sœur a vraiment existé, on a vraiment partagé ça ensemble et on fait encore un truc ensemble, main dans la main. Et du coup, ça, c'est beau et ça, ça me fait bien. Voilà, on va dire ça.

Ybelion — En vrai, c'est magnifique et je partage tout à fait. Je trouve que ça se ressent beaucoup quand on lit le lieu, qu'il y a cette sorte... En tout cas, moi, à titre personnel, j'associe beaucoup le fait d'écrire et de réussir à partager quelque chose de nous à une sorte d'immortalité, tu vois. C'est vraiment quelque chose, tu donnes une partie de toi et puis après, les gens lisent et en font leur interprétation, en font leur histoire à quelque part. et c'est ça qui donne en fait une espèce de fractale à ton histoire et qui donne une sorte d'immortalité. Et je trouve que cet hommage, on le ressent fort dans le livre. et moi, ouais, en fait, ce que j'ai bien aimé, moi, dans la fin, c'est que tu sens toute la dureté, tu sens toute la colère, toute la tristesse et en même temps, t'es en train de lire la preuve que tout ça, t'as réussi à en faire quelque chose et c'est quelque part, c'est ça que j'ai trouvé incroyable, c'est qu'en fait, à un moment, tu prends conscience, tu fais, putain, mais en fait, tout ce qu'elle a promis, je viens de le lire, tu vois, et tu prends conscience de ça en arrivant à la fin de l'histoire et c'est ça que j'ai trouvé magnifique et je comprends tout à fait l'aspect, ouais, elle t'accompagne et puis tu vis cette histoire avec elle et c'est en vrai, c'est trop cool. Je comprends aussi ta volonté que maintenant que plein de gens le lisent, tu vois, et ça, je te le souhaitais en vrai, c'est trop bien.

La fin pleine d'espoir qui n'existait pas

Élise Giraudau — C'est gentil. La fin de l'histoire, ce qui se passe en été 2028, n'existait pas à la base. C'est une toute autre éditrice que j'ai rencontrée sur ma route qui avait lu le texte et qui m'avait dit oui, mais en fait, maman, on aimerait bien savoir ce qui arrive à cette famille. Voilà. Du coup, j'ai inventé une suite et c'est ça que je disais tout à l'heure que ça se finit sur une note d'espoir, c'était pas du tout ce que j'avais imaginé à la base parce que vraiment, quand je l'ai écrite, je n'étais pas du tout dans cette optique-là et là, suivant les moments de la vie, je ne le suis pas du tout non plus, mais force est de constater que du coup, ça s'est passé en 2023, en 2025, je suis toujours là et la vie avance et du coup, ça serait peut-être plus facile aujourd'hui d'écrire cette suite, mais cette possible suite, on va dire et en fait, du coup, elle existe et en fait, c'est bien comme ça. Mais c'est pour dire qu'à la base, ce n'était pas du tout ce que j'avais écrit, mais bon, écoute, c'est comme ça.

Ybelion — Mais tu sais que franchement, c'est un partage vraiment, c'est personnellement, je trouve que même sans cette fin, même sans cette projection à la fin, en fait, je trouve que déjà, le livre en soi est un beau message, un beau message d'espoir parce qu'il existe et c'est en fait, tu vois, c'est plus ça que je trouve magnifique que la fin, entre guillemets, mais ouais, non, après, je comprends aussi la volonté de rajouter un truc un peu plus, qu'on comprend peut-être plus facilement, mais sur le propos initial, ouais, moi, en tout cas, c'est comme ça, c'est comme ça que moi, je l'ai compris, après, je sais pas, je sais pas, parfois, peut-être que moi, je pars un petit peu trop loin, tu vois, dans ce que je comprends.

Élise Giraudau — Non, mais c'est, non, tant mieux, tant mieux, je suis contente que tu dis ça.

Du CP à la prépa : le parcours d'une autrice

Ybelion — C'était ton premier livre ou pas ? À part les chroniques du Pum Girl, du coup ?

Élise Giraudau — C'était mon, si on compte pas, les chroniques et tous ces romans que j'avais commencé quand j'avais 18 ans que j'ai jamais terminé, c'était mon deuxième livre parce que le livre qu'Elie écrit dans, du coup, le livre est vraiment un livre que j'ai écrit pendant cette période-là, qui est donc un roman fantaisie qui était censé être une trilogie mais qui, pareil, que les chroniques ne verra jamais jour qui est une catastrophe littéraire, je pense. mais ouais, c'est du coup, j'avais quand même posé un premier point final à un roman dans ma vie avant celui-là mais du coup, lui, c'est le deuxième que j'ai écrit.

Ybelion — Ouais, ok. t'écris depuis tes 18 ans, du coup, c'est ça ? Ou t'avais commencé ?

Élise Giraudau — Non, enfin, la réponse est vraiment hyper cliché de l'autrice. J'écris depuis toujours. Non, j'écris... Je fais la même. Non, en fait, j'aimais bien inventer la suite des histoires quand j'étais en CP. Tu sais, quand t'avais ta page à lire le soir, j'aimais bien faire ça et je faisais plein de petites BD et tout. Bon, par contre, je n'ai aucun talent en dessin, c'était vraiment une cata mais je faisais quand même des mini-textes et tout et après, j'avais commencé à écrire vraiment des trucs quand j'étais au collège parce que je crois que c'était Stéphanie Meyer mais je crois... Je dis peut-être des bêtises mais je crois que c'était Stéphanie Meyer qui disait qu'elle avait inventé Twilight dans son sommeil, que ça partait d'un rêve ou un truc comme ça. Du coup, j'étais trop en mode moi aussi, je veux faire un rêve et écrire un roman à partir de ce rêve et tout. Donc, j'avais fait ça mais bon, ça n'avait pas abouti et après, je m'étais remise sérieusement en terminale donc à mes 18 ans. Donc là, j'avais écrit plein de trucs dont les chroniques que j'avais vraiment beaucoup avancées et après, je suis rentrée en maths-submatch-pé donc ce n'était pas du tout ma priorité et les gens... On est ensemble. Les gens n'écrivaient pas du tout. J'étais même un ovni parce que j'aimais bien les cours de français donc voilà.

Ybelion — T'étais... Pardon. T'étais... l'année de quel thème en français ? T'avais...

Élise Giraudau — En prépa ? Ah pire, attends, je ne sais pas.

Ybelion — Moi, j'ai eu... Dis-moi ceci, tu te rappelles ? Moi, j'en ai eu deux. J'ai eu Le Temps avec Virginia Woolf, Bergson et je ne sais plus qui et La Guerre, Clausewitz. Je ne sais plus, je ne me rappelle que de Clausewitz.

Élise Giraudau — Ok, ça ne me dit rien du tout.

Ybelion — C'était... C'était un... T'étais un quel ? J'étais... Je vais sur mes 30 là, donc 2012, un truc comme ça, je crois.

Élise Giraudau — Ok. Attends, parce que moi, 2012, je passais le bac.

Ybelion — Ah, donc j'étais... Ok. En fait, tu as eu les thèmes... On n'a pas de thèmes en commun. J'ai eu ceux avant que tu rentres en prépa. Ok.

Élise Giraudau — Ok. Bah, ok. Bah, du coup... Désolé. Non, ça me désirait.

Ybelion — Petite parenthèse.

Élise Giraudau — Non, mais en vrai, je ne me rappelle plus du tout. C'est vraiment un truc que j'ai effacé de ma tête. J'ai effacé beaucoup de choses de ces années de prépa de ma tête.

Ybelion — Ouais, on ne regarde que le positif.

Élise Giraudau — Oui, voilà, c'est ça, on va dire ça. Mais du coup, je ne sais plus ce que je racontais, mais... Ouais, non, je suis rentrée en maths et de maths. Et ouais, donc les gens là-bas n'écrivaient pas du tout. Et moi, j'avais forcément... Enfin, tu connais... J'avais tellement d'heures de cours, de cols, les trajets, les machins, les révisions, que c'est vraiment devenu dans une autre partie de ma tête. Et c'est que quand j'ai commencé à travailler, que j'ai commencé à écrire des petites nouvelles, on va dire, sur les gens dans le métro. Parce que du coup, j'avais déménagé à Paris et le métro, c'était une nouveauté pour moi. Donc, ça m'inspirait pas mal. Et après, du coup, vraiment, quand ma soeur est tombée malade, c'était déjà dans le coin de ma tête de me remettre à écrire de manière sérieuse. Mais du coup, là, ça a accéléré un peu le processus. Et donc, voilà, un petit peu mon parcours avec l'écriture.

Ybelion — En vrai, c'est super beau. C'est un peu, je ne sais plus, je ne sais plus si j'avais, on avait déjà parlé de ça, mais moi, c'était un des grands combats, le fait de, parce qu'effectivement, quand tu fais maths sup, maths sp, ingénieur, la dernière chose qu'on t'apprend, c'est d'être créatif, à écrire, ou ce genre de choses. Et je trouve ça super dur de reconnecter, tu vois, après, quand tu as passé plus de cinq ans à vraiment pas du tout faire ça. Et tu vois, ce qui est assez beau, c'est que finalement, tu as réussi à reconnecter avec ça. Et après, effectivement, sans que ça soit comparable, un peu de la même manière, c'est une épreuve relativement compliquée qui m'a fait revenir à ça aussi un moment. et comme quoi, comme quoi, c'est beau quand même de réussir à reconnecter, reconnecter avec cette passion.

Élise Giraudau — Oui, non, mais tout à fait.

Ybelion — Et c'est marrant, c'est que le fait que tu parles du métro, ça me fait marrer, ça me fait penser à quelque chose. J'avais, j'ai discuté avec un, enfin, partage, hop, parenthèse, mon oncle est régisseur de théâtre, et il m'avait fait échanger avec le directeur de La Colline, qui est un théâtre à Paris. Et il m'avait raconté ça, il m'avait dit quasiment la même chose que toi. Il me disait, dans le métro, tout le monde est sur son téléphone, personne ne se regarde, personne ne se parle. Et lui, il disait, j'adore regarder les gens, je trouve ça hyper inspirant. À chaque fois, je me dis, mais putain, qu'est-ce qui se passe dans sa vie ? Qu'est-ce qu'il fait quand il va sortir du métro ? mais c'est ça. Et c'est, en vrai, c'est fou, c'est fou, où tu peux partir super loin sur ce genre de choses.

Élise Giraudau — Oui, moi, j'adore faire ça. Quand je n'écris pas, du coup, parce que moi, je passe beaucoup de temps dans le métro, donc j'écris sur mon téléphone dans le métro. Mais quand je n'écris pas, j'aime bien soit lire, soit vraiment juste, je m'assois et je regarde les gens, j'en prends un ou une au hasard et je lui invente une vie. Et je trouve ça hyper... Du coup, ça nourrit ta créativité comme ça, gratuitement. C'est le métro. Le métro de Paris.

Écrire un roman entier dans le métro

Ybelion — Et comment tu as pris l'habitude d'écrire dans le métro ? Même tes vrais... Enfin, sans dire qu'il y a des nouvelles, ce n'est pas des vrais textes, mais tes romans, etc. Comment tu as fait pour... Ça, ça me paraît tellement...

Élise Giraudau — Là, du coup, mon roman, qui va sortir en 2026, officiellement, il aura été écrit vraiment à 85% dans le métro. Vraiment, je vais le mettre dans les remerciements, parce que vraiment, le premier jet a été écrit peut-être même à 90%. En fait, il faudrait que je... Je ne sais pas si je pourrais savoir, mais vraiment, voilà, beaucoup, presque, la totalité a été écrite dans le métro. Et comment j'en suis venue écrire dans le métro ? C'est parce qu'en fait, quand je vais au travail, j'ai une heure et demie de trajet pour y aller, une heure et demie pour revenir. Et en fait, ça me saoule. Ça me saoule de perdre autant de temps dans les transports. Enfin, vraiment, trois heures par jour, c'est énorme. Et du coup, je me suis dit, en fait, il faut que je rentale. Il faut rentabiliser ce temps que je passe à ne rien faire, finalement, à juste me déplacer. Et donc, du coup, je me suis dit, je vais écrire dans le métro. C'est comme si je tapais un SMS, en fait. Je sais faire ça. Je sais répondre à mes MP dans le métro. Je sais écrire des commentaires. Je sais répondre aux SMS. Pourquoi est-ce que je n'écrirais pas mon bouquin ? Et du coup, je me suis mise à faire ça. Et en fait, moi, ça m'a vraiment convenu. Je sais qu'il y a des gens, ça ne leur convient pas du tout. Et je comprends aussi. Mais moi, je n'ai aucun problème. Je pense qu'aussi, il y a un truc qui facilite, c'est qu'il y a une des lignes que je prends qui je la prends au terminus. Donc, en fait, si je suis assez rapide, je peux me mettre sur une place assise. Et du coup, c'est bon, je suis confort. J'écris assise. Parce que je n'écris pas debout dans le métro. Je n'en suis pas à ce stade-là. Mais quand je suis assise, il n'y a pas de souci pour écrire. Donc, voilà.

Ybelion — En vrai, c'est vraiment

Élise Giraudau — un souci de rentabilité et d'organisation qu'on vient de faire ça.

Ybelion — Tu sais que c'est hyper, hyper intéressant parce que l'enjeu de, quand tu as envie d'écrire, c'est toujours un enjeu, c'est de trouver le temps. Le temps, tu es toujours un peu perpétuellement en train de dire, putain, mais je suis frustré parce que je n'ai pas le temps. Et en vrai, je pense que, tu vois, tu dis, les gens sont parfois peut-être pas confortables. Moi, je pense qu'il y en a plein qui n'ont pas essayé, tu vois, aussi. Et peut-être que, justement, ça leur conviendrait. peut-être. Et en vrai, je trouve ça magnifique de réussir à... Tu vois, à chaque fois, je dis qu'il faut réussir à... Enfin, il faut. C'est bien de rendre ces actions congruentes avec les rêves qu'on a, tu vois. Et donc, on a toujours des impératifs dans la vie que tu ne peux pas changer, tu vois. Si tu dois aller chercher tes enfants à l'école, tu ne vas pas arrêter ! Et par contre, après, sur tous les temps libres que tu as, c'est toujours intéressant de se dire, OK, mais comment je peux les utiliser pour, tu vois. Et en vrai, tu vois, le temps de métro, c'est super astucieux. C'est super astucieux. Et ouais, bravo, ça en inspirera peut-être, ça en inspirera beaucoup.

Élise Giraudau — Moi, c'était l'autrice Célia Samba, je ne sais pas si tu la connais. C'est la première gagnante du concours Nos Futurs de H&T Romand qui a écrit du coup un roman qui s'appelle La rue qui nous sépare. C'est lui qui a gagné un roman magnifique et qui a écrit un deuxième roman qui parle aussi des aidants que j'ai lu après avoir écrit La vie en turquoise qui s'appelle Nos cœurs aidants, justement, qui est un de mes livres préférés. C'est elle, du coup, qui avait parlé de ça. Elle ne me l'avait pas dit directement à l'époque, mais elle disait que son premier roman, La rue qui nous sépare, elle l'avait écrit à pas mal de pourcentages dans le métro. Et du coup, c'est un jour, en fait, en ayant marre de perdre du temps dans le métro. Je me suis dit, ça m'a rappelé cette anecdote de Célia Samba et je me suis dit, tiens, pourquoi pas essayer ? Donc, en fait, je rends à César ce qui est à César. C'était Célia Samba qui l'avait dit, mais du coup, tu vois,

Célia Samba, l'anecdote qui a tout déclenché

Ybelion — c'est pas tombé

Élise Giraudau — dans l'oreille d'une sourde et du coup, ça m'a aidée aussi.

Ybelion — C'est pour ça qu'il faut, c'est trop cool de partager même les routines, les galères que tu peux avoir, etc. Parce que ça reste toujours, les gens l'entendent et après, inconsciemment, parfois, ça repop comme ça. Et franchement, ça peut changer des vies et des rêves. c'est trop bien. C'est trop bien. On s'est un peu écarté de la vie en turquoise sur la discussion. Mais en vrai, c'est hyper intéressant. Et il y a quelque chose de très fort aussi, c'est que c'est... Moi, j'ai croisé pas mal d'auteurs et d'autrices qui parfois se retrouvent face à la page blanche et toujours... Alors, au premier abord, ça peut paraître un peu technique parce que les gens viennent souvent avec des sujets en disant « mais en fait, je ne sais pas comment écrire, machin, machin. » Et en fait, quand tu creuses, c'est toujours... Enfin, toujours. On va arrêter de faire des généralités. C'est assez souvent... Tu te rends compte que c'est parce que c'est des scènes qui portent beaucoup de choses personnelles, tu vois, inconscientes, des rapports à des émotions très fortes, des rapports à des moments de vie très forts. Et en fait, quand ils arrivent à le verbaliser et à s'en rendre compte, c'est à ce moment-là qu'ils arrivent écrire ces passages-là. Et est-ce que toi, dans le processus que tu as eu de l'écriture de la vie en turquoise, tu as eu des moments comme ça où c'était dur de mettre des mots ou au contraire c'était plutôt facile ?

Le paradoxe : un livre facile à écrire

Élise Giraudau — Non, moi, c'était très facile. En fait, la vie en turquoise, tout le monde me dit « ouais, ça a dû être hyper difficile d'écrire ce livre. » Pas du tout. En fait, c'est là tout le paradoxe. En fait, c'est parce que en fait, j'avais vraiment, si on voit du point de vue de l'écriture d'un livre, en fait, c'était hyper simple parce que j'avais tout. J'avais mes personnages, j'avais l'intrigue, j'avais le découpage en chapitres. En fait, c'était hyper facile à écrire parce que c'était de la vraie vie que j'ai retranscrit sur papier. Donc, en fait, je n'avais pas à me creuser la tête à savoir quel arc narratif pour quel personnage, quelle sous-intrigue, quel est son besoin, quel est son machin. En fait, tout était là. Donc, en fait, d'un point de vue vraiment purement écriture, c'était hyper facile. Plutôt que d'un point de vue construction d'intrigue et tout, c'était hyper facile. Après, on en revient à ce que je disais tout à l'heure, moi, je n'ai vraiment pas de souci à verbaliser les choses et du coup, je n'ai pas de souci à les écrire. Et depuis que, j'allais dire, depuis que je suis autrice, bon, là, on pourrait partir dans un débat à partir de quand que les gens sont auteurs, etc. Mais depuis que j'écris sérieusement, on va dire, depuis 2021, je fais hyper attention à la vie, en général, et à ce que je ressens, moi, à n'importe quel moment, en fait, genre, quand je ressens une émotion, j'essaie de... J'ai des notes dans mon téléphone, vraiment, où il y a écrit colère, ce que je ressens à ce moment-là, tristesse, qu'est-ce que je ressens à ce moment-là, jalousie, étonnement, je ne sais pas, je ne sais pas, genre, juste, j'essaie toujours d'essayer de voir ce que je ressens à l'intérieur de moi pour vraiment le retranscrire de manière la plus juste possible si un jour, un de mes personnages est confronté à ça. Donc, du coup, du coup, non, en fait, le roman était très, très simple à écrire et puis, en plus, j'avais vraiment cette volonté de sortir ça de moi, en fait. Genre, en fait, moi, j'aime bien aussi écrire sur papier et genre, tous les matins, je me lève, je fais une to-do list parce qu'en fait, ma tête, il y a trop de choses dans ma tête et en fait, j'oublie des trucs sinon et en fait, j'ai tout le temps des trucs où tout est écrit, tout ce que je dois faire, c'est écrit ailleurs que dans ma tête parce que comme ça, du coup, je n'ai plus besoin d'avoir ça dans ma tête parce que je sais que c'est à tel endroit et en fait, je pense que c'était un peu pareil pour cette histoire-là. Je me suis dit, en fait, il faut qu'elle sorte de ma tête parce que sinon, je vais faire qui penser et tout et du coup, en fait, ça m'a soulagée d'un poids en fait. Je me dis, c'est bon, tout est là, tout est dans mon ordinateur à ce moment-là, tout est sur cette page Word et comme ça, c'est ailleurs que dans ma tête. Bon, évidemment, c'est toujours dans ma tête mais du coup, c'était vraiment un poids en moins donc en fait, ça m'a... En fait, il fallait que ça sorte en fait. Donc du coup, c'est pour ça que ça a été assez facile à écrire et que je l'ai écrit très vite d'ailleurs parce que le manuscrit fait 170 000 mots et je l'ai écrit en trois mois. Donc en fait, c'est vraiment énorme.

170 000 mots en trois mois

Élise Giraudau — Enfin, les trois premières semaines, j'ai écrit 50 000 mots en trois semaines. Alors, je sais qu'il y a des gens qui écrivent 10 000 mots par jour donc on ne parle pas à ces gens-là mais pour les gens qui sont comme moi un peu plus lents on va dire et pourtant, et encore, je me trouve assez rapide. En vrai, pour moi, c'était énorme d'écrire autant en si peu de temps donc vraiment, c'était un truc, vraiment une urgence d'écrire en fait, vraiment.

Ybelion — Putain, c'est dingue en vrai. Mais c'est 170 000 mots en trois mois, c'est...

Élise Giraudau — Non mais je ne faisais que ça. Déjà, j'étais en arrêt de travail parce que le deuil et tout puisque j'ai commencé à l'écrire une semaine après le décès de ma soeur et du coup, j'ai vraiment écrit toute la journée en fait, je ne faisais que ça. Le matin, je me levais, je me mettais à mon clavier, j'écrivais, le midi, je mangeais, après, je me remettais à écrire. Après, le soir, je passais un peu de temps soit avec mes parents soit avec mon copain suivant là où j'étais positionnée dans la France et après, je me remettais à écrire jusqu'à 1h, 2h du matin. Donc, voilà. C'est fou.

Ybelion — Je suis vraiment bluffée par la statique. Oui. C'est impressionnant.

Élise Giraudau — Mais moi aussi parce que là, tu vois, j'ai écrit d'autres livres depuis et à chaque fois, je les ai terminés en 3 mois mais ils font 100 000 mots de moins. donc, je ne sais pas si je pourrais refaire si je pourrais refaire ça mais...

Ybelion — Quand tu dis écrit, tu parles du premier jet ou du... Oui, du premier jet. Du premier jet, oui. Et entre le premier jet de la vie en turquoise et le texte final, qu'est-ce qui a changé ? Beaucoup ?

Élise Giraudau — Pas grand-chose. Juste, il y avait des trucs que j'avais mis où en fait, je me suis dit que je n'avais pas envie de les partager au grand public donc ça juste, j'ai coupé mais c'était genre 2-3 scènes et en fait, j'ai fait une réécriture après qui a duré un mois. Donc, vous faites vraiment une réécriture pas très profonde. Là, par exemple, je dois faire la réécriture dans mon roman qui va sortir en 2026. La réécriture va être beaucoup plus compliquée. Je ne dis pas qu'elle va durer plus longtemps parce que ça dépend... Au mois d'octobre, il n'y a pas beaucoup de taf alimentaire donc peut-être que je ne vais mettre pas beaucoup de temps pour la faire, je ne sais pas mais il y a vraiment des gros points structurants à reprendre et j'en suis tout à fait consciente. Autant là, il n'y avait vraiment rien de structurant, il n'y avait pas de scènes à ajouter. Donc, du coup... Et puis même, en fait, si tu veux... Je sais qu'il y a beaucoup d'auteurs et d'autrices qui disent que leurs romans d'après sont mieux que leurs premiers romans publiés, en tout cas. Et moi, en fait, c'est un peu l'inverse. Je me dis, je ne sais pas si j'arriverai à refaire un roman aussi bien que La Vie en Turquoise parce que ce soit forcément le fond... J'ai vécu d'autres trucs dans ma vie, évidemment, mais jamais quelque chose de pareil, évidemment. Et s'il vous plaît que ça ne me réalise pas. Mais même sur la forme, tu vois, genre les métaphores filées, la plume et tout, en fait, j'ai l'impression que... En fait, tous mes autres textes, je les aime beaucoup, tu vois. J'aime beaucoup les messages que je fais passer. J'aime beaucoup ce que j'écris. Ma plume, voilà, ce n'est pas un truc dont j'ai honte et tout, mais c'est quand même un cran en dessous, tu vois. Et après, j'en suis très contente parce que vraiment, ce livre, je pense que ça restera vraiment le roman de ma vie. De toute façon, si moi, je suis connue pour La Vie en Turquoise, j'en suis très heureuse. Mais en fait, c'est toujours celui-là, tu vois, et les autres qui restent en dessous malgré tout l'attachement que j'ai pour ces romans. Enfin, celui qui va sortir là dans trois mois ou quatre mois, et je l'aime trop aussi. J'en suis trop fière, mais c'est pas pareil. Ça reste pas pareil.

Ybelion — Je comprends, mais c'est normal aussi. Ça ne porte pas, entre guillemets, la même partie de toi. Et effectivement, tu vois, quelque part, ça se ressent, je pense, que le texte n'est pas beaucoup retravaillé. il y a une espèce de pureté brute extrêmement belle dans le texte, dans le texte en vrai. Et ouais, franchement, bravo. Je le répète, parce que, tu sais, c'est marrant parce que quand j'ai enregistré la vidéo, je dis 50 000 fois le mot touchant, parce que j'ai dû le penser, j'ai dû le penser énormément. Et dans ton processus plus classique, du coup, tu fais ton premier jet et après, ta réécriture, tu l'as fait fonctionner comment ?

Élise Giraudau — En fait, moi, généralement, pour le moment, mon schéma d'écriture, on va dire, je cherche un trauma dans ma tête et je me dis, waouh, il faut écrire dessus. Donc, du coup, c'est ça pour l'aventure coise. Ça va être ça, du coup, ça vient de trucs que j'ai envie de dénoncer mon prochain roman qui va sortir en novembre.

Juste une fille : les démons de l'école d'ingé

Ybelion — Tu veux en dire plus un peu sur le prochain en deux mots, si tu peux, si tu as envie, mais hésite.

Élise Giraudau — En fait, ça dépend quand est-ce que tu vas sortir le podcast. Parce que je peux dire des trucs, mais il ne faudra pas le sortir trop tôt, du coup.

Ybelion — si tu veux, on le garde pour fin août, début septembre. Comme ça, avec ton moi turquoise, ça marchera bien.

Élise Giraudau — OK. Du coup, mon roman qui sort du coup, le 6 novembre, donc je n'ai pas encore dit la date, il sort le 6 novembre, il s'appelle Juste une fille, donc c'est un roman qui traite de tout ce qui se passe en école d'ingénieur. En tout cas, des choses que j'ai vues de mes yeux, qui dénoncent les hommes, les comportements des hommes, que ce soit envers les femmes ou les hommes entre eux. Parce que les hommes ne sont pas seulement violents avec les femmes, ils sont aussi violents entre eux. Et de plein de choses que j'ai vues quand j'étais en école d'ingénieur qui n'étaient vraiment pas OK et qui me paraissaient tout à fait normal sur le moment. Donc en fait, c'est un roman qui parle de ces violences-là, qui parle aussi de l'alcoolisme chez les jeunes et des troubles du comportement alimentaire et de la dysmorphophobie. Et donc voilà, avec tous ces thèmes très lourds qui du coup, c'est peut-être net, ne donnent pas du tout envie. En fait, on suit un frère et une sœur, donc Vanny et Kale, qui vont rentrer tous les deux en école d'ingénieur et qui sont très complices, très complémentaires. Mais, et du coup, comme ils sont complémentaires, donc très différents. Donc en fait, on a Kale qui lui, aspire beaucoup à la popularité, à lister au bureau des élèves et vraiment à devenir un peu le roi de l'école. Et Vanny, qui elle, ne boit pas d'alcool, qui du coup, est beaucoup jugée pour ça et qui est dans une relation à distance avec son petit ami avec qui ça se passe pas très bien et qui fait beaucoup de sport, beaucoup, beaucoup de sport pour maigrir et qui n'arrive pas à maigrir. Et du coup, mais voilà, ils arrivent tous les deux à compter l'un sur l'autre. Sauf qu'en fait, ils vont tous les deux rencontrer pas au même moment un mec dans l'école d'ingé. Et en fait, que ce soit l'un et l'autre, ils vont se faire tous les deux aspirer par ce mec-là et du coup, chacun rencontrait les démons de l'école d'ingé. En fait, les démons différents, mais tous regroupés dans la personne de Raphaël. Et du coup, ça va amener une fracture entre eux. Et en fait, on suit ça et on suit aussi comment ils arrivent à se retrouver à la fin. Donc, voilà.

Ybelion — J'ai souri, mais pas du tout dans ton moqueur. Vraiment, parce que t'as parlé de choses où je me dis putain, je vois très, très bien de quoi tu parles. et franchement, je sais pas s'il y a déjà eu des textes sur ça.

Élise Giraudau — En fait, moi, ce roman, il est né de ce que j'ai pu vivre dans ma vie ou ce que j'ai pu voir parce que, voilà, autant Ellie me ressemble beaucoup, autant Vanny n'est pas du tout moi. j'ai pas de frère, je vis pas et je n'ai pas vécu ce qu'elle a vécu, le personnage. Donc là, c'est un texte qui est quand même plus loin de moi. Mais il y a quand même des trucs forcément qui proviennent de ma propre expérience qu'on met toujours un peu de soi, même dans Kale, dans le personnage de Kale. C'est la première fois que j'écrivais un garçon et j'ai trouvé ça très facile à faire. J'aurais pas cru. Et en fait, moi, ce texte, il a commencé à s'éveiller dans ma tête quand j'ai lu Nos plus belles années de Clara Hérault qui est aussi un roman qui dénonce ce qui peut se passer dans les hautes études. Donc elle, c'était Sciences Po si je dis pas de bêtises. Et sauf que moi, je me suis dit mais en fait, je n'ai jamais lu de livre sur les écoles d'ingénieurs et en fait, il y a tellement de choses à dire sur ça. Donc voilà, ça reste que ça parle pas de la même chose mais il y a quand même des thèmes qui se répondent. Mais en fait, je trouve qu'entre ces deux romans, il y a une vraie conversation. Mais du coup, je me suis dit que moi, quand j'étais rentrée en école d'ingénieurs, je m'étais dit en fait, je vais rencontrer l'élite de la nation parce que c'est comme ça qu'on nous le présente. Et que voilà, et du coup, alors je sais pas, je pense qu'il y a des filles aussi mais vraiment en mode de voilà, on est l'élite de la nation, on est les mecs les plus intelligents et même nous, les filles, comme on était en moins grande majorité, je me disais mais en fait, moi je suis safe aux misieux de tous ces mecs qui du coup, en fait, chouchoutent les filles puisqu'on est moins et en fait, il y a tellement de dérives et en fait, je me disais, je suis l'élite de la nation mais en fait, des années plus tard, je me dis, mais en fait, qu'est-ce qu'ils étaient bêtes et en fait, juste être intelligent de manière scolaire ne veut pas dire être intelligent émotionnellement et du coup, c'est ça en fait, je me suis dit, il faut écrire sur ce sujet pour les jeunes adultes qui vont potentiellement rentrer en école d'ingé donc voilà, l'origine du salut.

Ybelion — J'ai eu envie en t'écoutant là de dire tellement de trucs, c'est trop intéressant, c'est un sujet magnifique et puis, qui est vraiment à exploiter. Ce qui est assez intéressant et plutôt plein d'espoir, c'est que moi, j'ai une petite soeur du coup, qui a trois ans de moins que moi et donc, on a vécu l'école d'ingé tous les deux à des périodes différentes moi, grosso modo, c'est avant MeToo ou pendant, je ne me rappelle plus, je n'ai plus vraiment les dates mais effectivement, nous, à la fin de l'école d'ingé, il a commencé à avoir, on a commencé à se rendre compte de trucs qui n'étaient pas normaux et qui étaient acceptés et je vois quand même qu'après ma soeur qui a eu des changements, donc quelque part, les consciences commencent à être marquées et commencent à évoluer mais effectivement, il y a des trucs de fou et effectivement, ce truc de dire que vous êtes l'élite de la nation, j'ai l'impression que c'est un mot que se passaient les prépas et les écoles, tu vois ? Vraiment ? Je me rappelle, mon premier jour de prépa, j'arrive à la directrice qui dit, et je n'étais pas dans une prépa de ouf en plus, j'étais à Camille-Julian à Bordeaux, je ne sais pas si ça te parle, tu vois ? Ah oui,

Élise Giraudau — moi j'étais à Montaigne. Voilà,

Ybelion — ma soeur a fait Montaigne, à tous les coups, vous êtes peut-être croisés, tu vois ? Peut-être. Et tu vois, je le rappelle, je faisais le prépa pas ouf et là, vous êtes l'élite de la nation, le fleuron de notre future industrie et tout, moi t'es là, tu débarques du lycée et tu ne comprends rien, tu vois ? Et effectivement, t'as l'impression que l'intelligence fait tout, t'en croises beaucoup des comme ça et en fait, pas du tout, quoi. Et on ne nous apprend pas, on ne nous apprend pas les émotions, on laisse tomber, c'est un truc que moi j'ai découvert en passant du côté coaching, tu vois ? C'est pas du tout en ingénierie que j'ai appris tout ça, tu vois ?

Élise Giraudau — Ah oui, non, clairement, tu me diras ce que tu penses de Kale du coup.

Ybelion — Carrément, en vrai.

Élise Giraudau — Parce que lui, il fait, voilà, il n'est pas du tout un mec déconstruit, c'est un mec qui apprend, donc moi je trouve que c'est un mec attachant, mais du coup, c'est vraiment ce mec avec qui on n'a pas appris et qui lui essaye de faire de son mieux, mais il a les deux côtés, quoi. J'ai hâte d'avoir des retours sur ce roman.

Ybelion — Franchement, celui-là, si tu veux, on en reparlera avec grand plaisir et c'est marrant parce que moi, j'ai un autre podcast que j'ai fait avec un pote qu'on a appelé le colloque d'ingé, justement, parce qu'on s'est rencontré avant et puis on parle beaucoup des écoles d'ingé, justement, et de tout ce qu'on nous apprend ou on ne nous apprend pas, tu vois ? Et putain, c'est intéressant, je suis trop content de voir que tu as écrit sur ça, du coup, c'est trop bien. Et ça, c'est chez Solaire aussi, c'est ça ?

Le young adult, c'est quoi au juste ?

Élise Giraudau — Ouais.

Ybelion — Trop cool. Et d'ailleurs, ça me fait penser, parce que Solaire, c'est du young adult, c'est ça ?

Élise Giraudau — Ouais, c'est le label young adult des éditions École Romaine.

Ybelion — J'avoue que j'ai été trop surpris parce que du coup, je suis allé à la FNAC pour acheter ton livre et moi, je vais au rayon un peu, entre guillemets, classique des romans et en fait, ils m'ont envoyé au rayon young adult mais plutôt ado et du coup, j'ai découvert que le young adult, c'était plus que ça mettait des protagonistes jeunes en scène, c'est ça ?

Élise Giraudau — Oui, en fait, le young adult, c'est plus des romans d'apprentissage, si tu veux. En gros, vraiment des romans où en fait, il y a vraiment des trucs qui se passent dans la construction en fait, de ta personne. Donc, c'est pour ça que du coup, Capucine, donc mon éditrice chez Solaire slash Erol, elle, elle a voulu placer la vie en turquoise dans ce label-là parce qu'il va très bien aussi en littérature plus adulte. Enfin, c'est pas du tout un roman que pour les jeunes adultes mais en fait, les protagonistes, tu l'as lu, elles sont confrontées à quelque chose auquel elles sont pas censées être confrontées à leur âge et du coup, c'est en ça qu'elle trouvait que c'était quand même un roman d'apprentissage et un roman qui parle de résilience et ça, c'est un sentiment qu'on côtoie à n'importe quel âge de sa vie et du coup, ouais, le young adulte, c'est, ça dépend en fait des maisons d'édition mais c'est aussi généralement des textes qui peuvent se lire à partir de 13-14 ans et surtout, des textes où il n'y a pas de scène de sexe explicite et pas de sang très gore. voilà, c'est un petit peu tout ça, le young adulte, c'est un peu nébuleux. Toutes les maisons d'édition ne sont pas accordées sur ça mais grosso modo, c'est ça en fait le young adulte.

Ybelion — Ok, je comprends mieux, je comprends mieux parce qu'effectivement, c'est quand même, il y a des passages qui sont, qui font mal, franchement. Oui,

La maladie, elle ne prévient pas

Élise Giraudau — dans la vie en turquoise, oui mais en fait, si tu veux, il y a des enfants de 8 ans qui ont des cancers et on ne les prépare pas à ça et les frères et sœurs, ils peuvent avoir 4 ans ou 12 ans, mais ils vont vivre la même chose donc ça, la maladie en fait, autant le sexe, le sang, les trucs gores qu'on peut voir à la télé, tu peux essayer de préserver les gens de ça, autant la maladie elle ne prévient pas donc en fait, malheureusement, aujourd'hui, là, au moment où on parle et où on enregistre le podcast, il y a un enfant de 6 ans qui a une leucémie qui est en train de vivre malheureusement ce que ma sœur a vécu et voilà, personne ne lui a demandé si son âge était ok donc malheureusement, la maladie et le statut des dents, c'est tout âge.

Ybelion — c'est vrai. Et je me suis perdu en vrai, je suis été touché par ce que tu disais du coup, j'en ai perdu le fil de mes pensées.

Élise Giraudau — On ne peut pas te soucier, prends ton temps pour ta question.

« Ça y est, je l'ai fait »

Ybelion — Si, alors tout à l'heure, à chaque fois, j'aime bien quand même poser cette question, alors toi, c'est encore plus particulier, mais le moment où tu reçois la vie en turquoise, que tu reçois la première version imprimée, qu'est-ce que tu as ressenti à ce moment-là ?

Élise Giraudau — Je me suis dit ça y est, je l'ai fait. J'ai tenu ma promesse, elle est là. Elle est là. Elle est dans, j'ai toujours un exemplaire partout dans ma maison. Elle est là et du coup, je me suis dit j'ai pleuré en fait. J'étais vraiment trop contente parce que j'ai quand même un peu une relation amour-haine avec ce roman dans le sens où je suis trop contente de l'avoir écrit et en même temps, j'aurais tellement aimé ne jamais avoir à l'écrire. donc voilà, mais comme je dis, on ne peut pas changer la vie. Donc voilà, ma vie est telle qu'elle est et du coup, je suis contente d'avoir pris mes larmes et d'en avoir fait ça. Donc voilà, je suis contente d'avoir tenu ma promesse.

Ybelion — Très beau message. Et d'ailleurs, la version poche est vraiment magnifique. Je ne sais pas qui a éludé du jaspage, mais magnifique.

Élise Giraudau — C'est Capucine Delattre, l'éditrice du label qui a dit, mais attends, est-ce qu'on peut faire des poches jaspées ? Elle est allée à la fabrication parce qu'ils sont dans les mêmes locaux. Elle leur a posé la question, ils ont dit, bah oui. Et du coup, tous les romans du label Erol, donc Solaire, qui s'appelle Solaire, c'est un anagramme de Erol du coup, vont être jaspés, que ce soit les brochets ou les poches.

Trop cru, trop vrai : les refus des éditeurs

Ybelion — Trop cool. Et l'aventure que tu as eue quand tu finis ton premier jet, à ce moment-là, tu commences à rentrer en contact avec la maison d'édition ou tu essaies de l'envoyer à plusieurs. Comment ça s'est passé justement, le passage du texte au livre physique ?

Élise Giraudau — En fait, ce texte, il a vécu vraiment les montagnes russes parce que moi, j'avais déjà pris contact avec pas mal de maisons d'édition parce que je m'étais vraiment dépassée dans beaucoup de salons du livre qui étaient sur Paris et j'étais allée pitcher ma fantaisie à l'époque que j'écrivais et du coup, j'avais le contact de plusieurs éditeuristes et j'ai fait aussi une formation d'écriture qui s'appelle Devenir écrivain, donc la formation LICAR que j'ai faite en 2022 du coup et du coup, qui nous donne aussi accès à des contacts d'éditeurs et du coup, je n'avais déjà parlé etc. Et bref, donc en fait, je termine, j'envoie à ces gens-là qui me répondent tous non parce qu'ils m'ont dit le texte est super mais il est trop cru, il est trop vrai, donc on peut, enfin voilà, ils ne se sentaient pas de le porter. Donc ensuite, moi, j'ai contacté une petite maison d'édition qui venait d'ouvrir à l'époque qui a accepté mon texte donc il était sorti mais il n'était pas distribué, pas diffusé, en fait, on ne pouvait le commander que sur internet et tout. Il a quand même trouvé son public parce que moi, j'ai fait promo, je ne faisais que ça et en fait, après, il a été repéré du coup par cette éditrice de chez Hérole Romand qui du coup, elle s'est dit mais pourquoi pas dans le label, etc. Et en fait, ça s'est fait comme ça, c'est comme ça qu'il est sorti en poche et qu'aujourd'hui, il a la visibilité qu'il a et il est présent en librairie. C'est parce que du coup, il a été repéré par cette éditrice-là. Mais du coup, voilà, vraiment, il a fait, il a été, ça a été plusieurs vagues finalement, comme dans le roman et voilà, mais c'est bon, là, je pense qu'il est à l'endroit où il doit être donc voilà, c'est bon, ça y est, je suis soulagée.

Ybelion — Magnifique. Non mais comme quoi, voilà, la vie d'un livre est un peu chaotique, c'est jamais des hauts, des bas, etc. Mais effectivement, c'est trop cool qu'il ait tapé dans l'œil. Et quelque part, tu vois, on se demande souvent comment prendre les refus de maison d'édition mais la grande force de ton texte, c'est justement qu'il soit cru et vrai, tu vois. Et quelque part, quelque part, c'est beau. Ça veut dire que, tu vois, même dans les refus que tu peux recevoir, il y a aussi du positif. Il y a aussi du positif et c'est finalement ce qui fait la force aussi de quelque chose. Donc, quelqu'un qui n'aime pas quelque chose, c'est sa force aussi. C'est ça qui est...

Élise Giraudau — Oui, non mais je suis complètement d'accord parce qu'en plus, les éditeurs, les éditrices qui m'ont refusé, ils m'ont dit, oui, si tu le retravaillais, peut-être, machin. Mais en fait, autant j'ai fait plein d'erreurs dans mon parcours de publication et j'ai accepté des trucs parce que c'était la première fois que je t'ai publié, autant ça, jamais je me suis vue retravailler le texte pour le rendre moins cru ou moins vrai. Il y a plein de trucs sur lesquels j'aurais dû dire non et je n'ai pas dit non. Autant là, jamais je me suis dit, ah oui, en fait, je vais le retravailler et le rendre plus doux pour réussir à le faire publier. et du coup, j'ai bien fait parce qu'effectivement, je pense que c'est ça qui fait qu'on se rappelle du livre quand on l'a lu.

Ybelion — À mon sens, parce que l'intention que tu avais avec ce livre, elle est remplie à 100% et tu l'as maintenu en fait et c'est souvent, tu vois, à chaque fois, j'ai dit, une des premières choses qui est extrêmement importante quand tu écris ton livre, c'est l'intention que tu as avec parce que parfois, avant même de commencer ou quand tu commences mais sans trop savoir, tu te questionnes toujours, tu te dis, putain, mais si mon texte ne plaît pas ou alors s'il y a des gens qui, telle maison d'édition qui n'aime pas ou machin, etc. Et en fait, à un moment, il faut juste, il faut se poser la question de se dire, ok, mais pourquoi tu l'écris, tu vois ? Est-ce que tu l'écris pour toi ? Est-ce que tu l'écris pour une maison d'édition spécifique ? Auquel cas, bah oui, renseigne-toi sur la ligne éditoriale et déconnecte-toi aussi un peu de ce que toi, parce que ça te permet de répondre à énormément de questions. Alors, effectivement, la question de savoir si tu as envie d'être édité par quelqu'un ou pas est répondue aussi par ça. Est-ce que ça sert à mon intention ? Parce qu'effectivement, si tu avais dû réécrire ton texte pour qu'il soit plus doux, plus rond, ou j'en sais rien, ça n'aurait pas eu de sens avec l'intention que tu en avais. franchement, pour le coup, très beau que tu aies réussi à être, entre guillemets, carré sur ça. Et il y a quelque chose que tu as amené tout à l'heure et que j'ai trouvé intéressant, le fait que tu sois allé justement te former avec l'ICAR. D'ailleurs, c'est marrant parce que c'est le premier podcast que j'ai écouté d'écriture était celui de Lucie Castel. Oui, c'est ça. Oui, voilà. Oui, c'est ça. J'ai l'impression de mâcher son nom. Et je pense que grâce à elle, tu vois, c'est peut-être là, j'en suis là aussi aujourd'hui grâce à eux, tu vois. Donc, c'est ça qui est trop cool. Et comment ça a pu t'aider de te faire accompagner finalement aussi dans ton écriture, en tout cas, dans ce que tu construisais dans ta carrière d'écriture ?

Se former à l'écriture : un bilan mitigé

Élise Giraudau — Alors moi, j'avais un retour très mitigé sur cette formation. Je t'invite à aller écouter mon podcast où j'avais fait un épisode complet de retour sur cette formation qui a évolué depuis. Donc, tout ce que je disais à l'époque, donc en 2022, n'est plus vrai aujourd'hui puisqu'ils ont quand même upgradé la formation, je tiens à le dire. mais moi, ça ne m'avait pas tant aidée. Ça ne m'avait pas tant aidée sur la partie vraiment écriture. Parce qu'en fait, il y a un atelier comment écrire un... Mais genre, c'est un atelier de deux heures. Comment écrire un... Je vais arriver. une description ou comment écrire un dialogue. Et en fait, c'est tout sur la partie vraiment écriture. Et moi, c'est ce que je recherchais. Sinon, il passe beaucoup de temps... Enfin, moi à l'époque, il passait beaucoup de temps sur le chapitrage, sur les différents genres et tout. Donc, très, très intéressant. Mais ce n'était pas vraiment ça que j'étais venue chercher. Par contre, tout ce qui était sur la partie édition, comment pitcher en salon, comment savoir quand un éditeur ou une éditrice a l'air dispo et OK pour que tu pitches. Plein de trucs comme ça sur les maisons d'édition et tout. Ça, vraiment, banger. C'était vraiment très, très intéressant. Donc, ça m'a surtout aidée sur ça. Et aussi, ça ne m'a pas beaucoup aidée parce que... Mais ça, c'est purement personnel. Parce que... En fait, après, quand j'ai terminé la formation, je suis passée d'un genre à un autre. et j'avais fait la formation avec mon roman fantasy. Et après, je me suis dit « Élise, tu n'as presque pas lu de fantasy dans ton enfance. Toi, ce que tu aimes bien, c'était les rom-coms et les romans de vie. Et en plus, ça t'as envie d'écrire un contemporain sur Louise et toi. Donc, en fait, tout ce que tu as fait dans la formation avec ton roman fantasy, ça ne te sert à rien. Mais en fait, c'est moi, ce n'est pas le problème de la formation, c'est moi. voilà. Donc, voilà. En fait, aujourd'hui, ça m'a... Voilà. Je ne sais pas si ça m'a servi ou pas parce que je pense que ce qui m'a fait le plus progresser en écriture, c'est la bêta-lecture des personnes. C'est mes copines autrices qui me lisent, qui m'aident beaucoup. Et le fait que moi, j'ai écrit, écrit. Mais la formation en elle-même, bof. En tout cas, à l'époque. Mais aujourd'hui, je ne peux pas dire parce que je sais qu'ils ont embauché des gens en plus. Les groupes sont peut-être moins gros, etc. Donc, je ne peux pas dire maintenant. Mais à l'époque, je crois qu'on était trop pour une seule personne qui nous aidait, en fait. Donc, on n'était pas aussi accompagné que ce que j'aurais pensé, en fait.

Ybelion — Oui, je comprends. Je comprends et j'avoue que moi, c'est des questions que je me suis posées au début, tu vois, quand je me suis dit que je voulais accompagner les écrivains. Tu te poses la question de savoir comment tu as envie de le faire, justement. Et effectivement, je comprends que parfois la partie groupe puisse être un peu frustrante. Au contraire, moi, je trouve que la partie purement accompagnement avec quelqu'un où c'est que du... Tu ne fais que du one-one, quoi. À mon sens, c'est là où c'est vraiment extrêmement puissant, où tu peux vraiment, vraiment avancer. Et après, ce qui est bien, c'est important ce que tu dis aussi, c'est que, en fait, chacun... En fait, il existe plein de trucs pour plein de gens et c'est ça qui est cool. Chacun peut trouver ce qui lui correspond vraiment. Certains auront besoin de beaucoup plus de trucs très techniques, par exemple. D'autres, ce sera purement du mindset. D'autres, sur de l'édition, etc. Et en vrai, c'est ça qui est trop bien, c'est qu'il y a plein de gens qui font plein de choses. Et après, oui, on en récupère toujours un petit peu de positif, mais...

Élise Giraudau — Ok.

Ybelion — C'est cool, en vrai. C'est cool. juste pour terminer sur la vie en turquoise. Est-ce que tu peux nous dire où est-ce qu'on peut le trouver ? Et peut-être aussi nous dire un mot sur le septembre en turquoise, du coup, qui va arriver, vu qu'on le fut à ce moment-là.

Septembre turquoise et où trouver le livre

Élise Giraudau — Ouais. Du coup, le septembre turquoise, c'est le mois de sensibilisation au cancer gynécologique. Donc, en fait, comme le octobre rose pour le cancer du sein, mais c'est le septembre turquoise qui tend à se démocratiser, mais qui est quand même toujours très peu connu. Et du coup, c'est vraiment en ce mois-là que j'essaie de... Enfin, c'est tous les mois, mais notamment celui-là où mon livre, je trouve, prend encore plus de sens. et la vie en turquoise, justement, par rapport à ce septembre turquoise parce que c'est la couleur du... Donc, le ruban turquoise est la couleur dédiée au cancer gynécologique. Et du coup, où trouver mon livre ? Bien, partout, que ce soit en librairie, si... Donc, n'importe quelle librairie. Donc, le FNAC culturel, normalement, c'est sûr. Les librairies indépendantes, il y a peut-être une petite librairie, je ne sais pas, dans n'importe quelle ville qui ne l'a peut-être pas, mais qui, en tout cas, peut le commander. Donc, n'hésitez pas à faire vivre aussi vos petites librairies de quartier. Et si vous ne le trouvez pas et que, je ne sais pas, vous voulez tout de suite, c'est possible de voir sur le site web Place des Libraires. Donc, vraiment, en mettant bien la vie en turquoise de poche parce que, du coup, il y a les autres versions qui existent d'avant mais qui vont tendre à ne plus être commercialisées. Du coup, la vie en turquoise poche et là, vous pouvez voir, en fait, dans quelle librairie il est en stock en physique et du coup, peut-être aller là-bas. Et sinon, sur Internet, Fnac, Cultura, Amazon, la librairie Erol en direct, enfin, voilà, normalement partout. Et il sort au Québec le 7 août. Trop cool. C'est tendance. Ouais. Donc, voilà, il est aussi trouvable au Québec et en Belgique, en Suisse. Voilà.

Ybelion — Il s'exporte. C'est trop cool. Il s'exporte.

Élise Giraudau — Voilà, il s'exporte.

Ybelion — Merci beaucoup, Élise, pour tout ton partage.

Élise Giraudau — De rien. Merci beaucoup à toi de m'avoir donné la parole. C'est toujours fouette.

Ybelion — C'est un plaisir. Et tu reviendras pour parler de ton livre de l'ingénierie. Oui, oui. Franchement, j'ai vraiment hâte de le découvrir. Ça, pour le coup. Écoute, quand tu l'auras lu, tu me dis, il n'y a pas de souci. Ce que tu as dit, ça m'a beaucoup intrévé. Merci beaucoup, franchement. Trop cool.

Élise Giraudau — Merci à toi.

Ybelion — En vrai, j'aurais plein d'autres questions parce que je sais que tu fais beaucoup de sport aussi. Oui. je trouve que le parallèle entre sport et écriture est assez intéressant à faire. Oui, j'adore faire ça aussi. Et voilà. Mais bon, après, voilà. C'est pas le... dans la t局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局局

Épisode 44 avec Élise Giraudau

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Élise Giraudau