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Conseil d'écriture

N'utilise que « dit »

Il suffit de deux syllabes, après une réplique, pour dire qui parle.

Le style

Ce que dit le conseil

« Never use a verb other than “said” to carry dialogue. » N'emploie jamais d'autre verbe que « dit » pour porter un dialogue : la règle laisse passer « Je reste », dit-elle, et refuse « protesta-t-elle » comme « s'obstina-t-elle ».

C'est la troisième des dix règles qu'Elmore Leonard publie dans le New York Times le 16 juillet 2001. La quatrième interdit dans la foulée l'adverbe accroché à « said ». La formule française est une adaptation. Cette règle surprend en France, où l'école enseigne le geste inverse : dans une séance de CE1 décrite par une fiche Éduscol de 2018, les répétitions du verbe « dire » sont « à remplacer par d'autres verbes d'incise ».

Pourquoi on te le répète

Leonard défend sa règle d'une phrase : « The line of dialogue belongs to the character; the verb is the writer sticking his nose in. » La réplique appartient au personnage, le verbe est l'écrivain qui vient y mettre son nez. Il raconte avoir dû ouvrir un dictionnaire devant un « she asseverated » lu chez Mary McCarthy.

« Dit » est un verbe transparent. On le lit sans s'y arrêter, et l'attention reste sur ce que les personnages échangent. Un verbe chargé attire l'œil vers la fin de la ligne. Quand la réplique porte déjà sa menace, « gronda-t-il » la répète.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

Au bout de deux pages, ton dialogue s'écoute comme un match de ping-pong, avec le même petit bruit à la fin de chaque échange. La règle voulait un verbe qu'on ne remarque pas ; répété à chaque réplique, il devient le seul qu'on entende. J'ai connu cette usure avec d'autres verbes. En écrivant mon troisième tome, je tournais sur un triptyque où revenaient « partagea » et « concéda », jusqu'à en avoir plein le baba. La règle retire aussi le seul mot capable de donner le ton d'une réplique à double sens. Après « Bravo », dit-elle, on ignore si elle félicite ou si elle mord.

Quand on débute, on met « dit » partout par réflexe, et c'est moche. Alors on le remplace par des verbes plus stylés, « clama-t-il », « rétorqua-t-il », « s'insurgea-t-il ». Ils sont très bien, mais très marqués. Derrière une réplique qui claque, un « s'insurgea-t-il » prend toute la lumière, alors que l'insurrection pouvait se montrer dans la phrase. C'est là que « dit » devient ton ami : invisible, il rappelle seulement qui parle et ta réplique continue de claquer. Je trouve donc ce conseil très sous-coté, génie intemporel ou presque. Il n'est pas à prendre au sens littéral, bien sûr. L'incise peut aussi changer de place, avant la réplique, au milieu ou à la fin. Quand tu jongles entre ces places, avec parfois un autre verbe que « dire », tout s'adoucit, parce qu'il n'y a rien de pire dans un dialogue que la même tournure qui revient à chaque réplique. Pour ces verbes-là, j'ai monté le glossaire des verbes de parole de ce site, d'abord pour m'en servir.

Application gratuiteLe glossaire des verbes de paroleDu transparent au chargé, le glossaire classe plus de 240 verbes par intention : pioche dans cette palette le jour où « dit » ne suffit pas à ta réplique.
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Un contre-exemple

L'année 1885 voit paraître Germinal, d'Émile Zola. Ses personnages murmurent, crient, demandent, reprennent, bégaient. D'après un comptage fait pour cette page sur le texte de Wikisource, « dit » reste le verbe le plus fréquent des incises construites avec « il » ou « elle ». Il n'en fournit qu'environ une sur quatre.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

AGénie intemporel (ou presque)
Et toi, tu le classes où ?

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On y fait le tri entre les règles que tu as choisies et celles que tu suis par habitude.

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