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Conseil d'écriture

L'enfer est pavé d'adverbes

Dans « elle chuchota doucement », un mot sur trois répète celui d'avant.

Le style

Ce que dit le conseil

Raye de ta page les adverbes dont elle se passe, à commencer par les mots en « -ment ». Le verbe de « le garde hurla bruyamment » avait tout dit. L'adverbe de « elle répondit sèchement » explique une réplique qui devait suffire.

« I believe the road to hell is paved with adverbs, and I will shout it from the rooftops. » La phrase se lit dans On Writing (2000), où Stephen King détourne le proverbe de l'enfer pavé de bonnes intentions : il croit cette route pavée d'adverbes et promet de le crier sur les toits. Il les compare ensuite à des pissenlits. Un seul égaie la pelouse, puis ils la recouvrent. Sa cible reste étroite, car il se dit beau joueur avec les adverbes, sauf quand l'un d'eux s'accroche au verbe de parole.

Pourquoi on te le répète

Quelqu'un lit ta scène d'évasion pour la première fois : « Elle escalada rapidement le mur, traversa prudemment la cour, fila silencieusement vers les bois. » À chaque verbe, un mot lui dicte comment imaginer le geste, pendant que la même finale lui revient aux oreilles. Sans ces mots, la phrase court aussi vite que la fugitive.

Le conseil apprend à se méfier du mot qui commente l'action au lieu de la porter. Il a reçu un appui chiffré. En 2017, Ben Blatt a compté les adverbes anglais en « -ly » dans des milliers de livres : chez un même auteur, les titres tenus pour grands sont ceux qui en contiennent le moins.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

« Elle répondit avec une sécheresse marquée, puis s'éloigna d'un pas empreint de lenteur. » La page est en règle, sans un seul mot en « -ment ». Chaque adverbe y a cédé la place à une locution deux fois plus longue, qui dit la même chose en plus guindé. Ailleurs, la chasse emporte des mots qui portaient le sens : « presque », « déjà », « encore » sont des adverbes aussi. « Il l'aimait encore » et « il l'aimait » racontent deux histoires.

Désolé, je suis un grand fan des adverbes en « -ment », évidemment. Je trouve que c'est un mauvais conseil, parce que les adverbes comptent dans un texte. Au début, c'est vrai, on a tendance à en mettre trop, mais ce réflexe se règle en prenant conscience du mécanisme, bien mieux qu'avec un interdit. Rien ne t'oblige à t'en priver, sauf si tu fais de l'Oulipo ou un thème créatif pour t'amuser. Au contraire, certains adverbes servent, et à l'oral on en met partout, des « évidemment » qui tombent parfois comme des ponctuations. Un texte sans adverbes, c'est comme en déco : les intérieurs tout blancs, très épurés, j'admire leur calme et je les trouve terriblement impersonnels. J'aime qu'en entrant dans une pièce, on sache que c'est chez moi. Mes adverbes font un peu partie de ce chez-moi.

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Un contre-exemple

J. K. Rowling emploie 140 adverbes en « -ly » pour 10 000 mots, d'après ce même comptage de Ben Blatt, mené sur les textes anglais. Hemingway, dans la même liste, s'arrête à environ 80. La série Harry Potter s'est vendue à plus de 500 millions d'exemplaires.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

DOn va dire « pas la cible »
Et toi, tu le classes où ?

Pour continuer

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