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Conseil d'écriture

La discipline bat la motivation

Presque tous les romans durent plus longtemps que l'envie de les écrire.

La discipline

Ce que dit le conseil

Dans ton agenda, une ligne dit « écriture, 19 heures », entre le dentiste et les courses. Le conseil t'assoit à l'heure dite, avec ou sans envie, comme pour un rendez-vous qu'on ne décommande pas.

La formule n'a pas d'auteur connu et se répète comme une maxime de développement personnel. L'idée a des versions signées, dont celle de Baudelaire en 1846, dans ses « Conseils aux jeunes littérateurs » : « L'inspiration est décidément la sœur du travail journalier. » Le peintre Chuck Close le dit plus sèchement, dans un entretien publié en 2009 : « Inspiration is for amateurs ». L'inspiration serait pour les amateurs, pendant que les autres se présentent et se mettent au travail.

Pourquoi on te le répète

À la page 212 de ton roman, un inconnu lit sans savoir que tu l'as écrite un soir de fatigue, sans envie, alors que la suivante date d'un matin d'euphorie.

Un roman dure des mois et l'envie d'écrire y connaît des creux. La discipline les traverse en produisant des pages que rien ne distinguera des autres. Baudelaire compare l'inspiration aux fonctions du corps : « L'inspiration obéit, comme la faim, comme la digestion, comme le sommeil. » Une blague d'écrivain fixe même son heure d'arrivée, tous les matins à neuf heures. Sa plus ancienne trace connue date de 1966, quand Herman Wouk l'attribue à William Faulkner.

Et dans la vraie vie

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Comment ce conseil peut mal tourner

Si j'avais copié la méthode d'un auteur qui écrit tous les jours de 22 heures à minuit, moi qui n'étais pas du tout du soir, j'aurais été dégoûté, je n'aurais écrit aucun livre et j'aurais peut-être même abandonné mon rêve. Il n'y a rien de pire, à mes yeux, que de s'astreindre à une discipline qui n'est pas la sienne. La mienne m'a joué un tour : j'avais construit mon identité d'auteur en écrivant le matin, et il m'a été un poil difficile d'accepter que je pourrais écrire un livre sans me lever à 6h30, alors que ce qui comptait pour moi, c'était l'assiduité.

Celui-là, il est en S, il n'y a même pas de débat à avoir. Attention, quand je dis discipline, je parle de ton rythme d'auteur·ice, de ta Clarté de rythme, loin de l'autoflagellation où on se force. Si ton rythme est d'écrire trois fois par semaine, c'est cette discipline-là qui battra la motivation. La motivation, c'est bien beau, mais c'est facile d'attraper celle de quelqu'un et de tirer dessus : tu m'appelles, cinq minutes au téléphone, on raccroche, te voilà motivé·e pour deux jours. Je suis passé par là. Quand je relis mon journal, il est rempli de variantes de la même phrase : je n'ai rien fait aujourd'hui, mais j'ai eu une nouvelle idée qui m'a super motivé pour commencer demain. Dans un processus, la motivation ne suffit donc pas. Alors comment tu l'ancres dans ton rythme, comment tu la rends durable, pour qu'elle ait un impact sur le projet que tu portes ?

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Un contre-exemple

Rainer Maria Rilke commence les Élégies de Duino en janvier 1912. Le recueil reste inachevé dix ans, avec de brefs moments d'écriture en 1913 et en 1915. Rilke l'achève en février 1922, dans une poussée d'écriture soudaine. Le même mois, il écrit en trois semaines les cinquante-cinq Sonnets à Orphée.

Donc y'a pas de solution miracle.

Mon verdict dans la tier list

SEt paf, ça fait des Chocapic
Et toi, tu le classes où ?

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