Trope relationnel
Enemies to lovers
Entre la première insulte et l'aveu, deux ennemis ont tout un livre pour changer d'avis.
Ce que c'est
Deux personnages qui ne se supportent pas dès leur rencontre terminent le roman ensemble. Entre-temps, le récit les oblige à se croiser alors qu'ils préféreraient se fuir.
L'hostilité de départ vient de l'appartenance à des camps opposés, d'une humiliation ou d'une rivalité de métier. Le trope fonctionne tant que ce motif résiste assez longtemps à l'attirance pour retarder le rapprochement.
L'anecdote historique
D'où vient cette anecdote
En 1797, Thomas Cadell refuse First Impressions, futur Orgueil et Préjugés, par retour de courrier et sans l'avoir lu ; le roman paraît seize ans plus tard, en 1813.
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En 1797, le père de Jane Austen propose à l'éditeur Thomas Cadell un manuscrit intitulé First Impressions. La réponse tient en quelques mots griffonnés en haut de sa lettre : refusé par retour de courrier, sans avoir été lu. Le texte dort seize ans sur le bureau d'Austen avant de paraître en 1813 sous un autre titre, Orgueil et Préjugés. Orgueil et Préjugés a commencé sa carrière par une mauvaise première impression, celle d'un éditeur.
Pourquoi ce trope marche
Deux personnes qui s'évitent dans une cuisine, ça fait déjà une scène : la tension donne un enjeu aux moments où il ne se passe rien. On connaît la destination dès l'ouverture, si bien que l'attente d'y arriver fait tourner les pages jusqu'au bout.
Dans le double cadran d'Ofman, ce qui t'agace le plus chez quelqu'un, ton allergie, correspond souvent à sa qualité poussée trop loin, son piège. Le trope place l'allergie d'un personnage sur le piège de l'autre : le rapprochement commence quand chacun devine la qualité cachée derrière.
L'aveu coûte cher au personnage qui le fait. Pour aimer la personne qu'il méprisait au début, il doit démolir l'image qu'il avait de lui.
Quand ça rate
La rancune qui dure engage le personnage : y renoncer l'obligerait à trahir une loyauté ou à rompre une promesse faite à un mort. Réduite à quelques remarques piquantes, la haine sert de décor et les échanges sonnent creux. Bien exécuté, le trope échappe au cliché : on lit encore Austen deux siècles plus tard.
Ce que j'en dis
L'épisode qui en parle
J'ai vécu la première moitié de ce trope avec un bêta-lecteur de mon entourage. À ses premiers commentaires subjectifs sur mon manuscrit, j'étais vraiment énervé, alors qu'il n'avait aucune volonté de nuire. Ça n'a pas duré longtemps, je me suis dit : « t'es fâché contre toi-même, là. Donc calme-toi, frérot. » Un personnage de ce trope vit la même bascule quand il comprend qu'il en voulait à l'autre pour ce qu'il se reprochait à lui-même. C'est cette étape que je fais traverser aux auteur·ices qui reçoivent leurs retours de bêta-lecture.
La Clarté qu'il éclaire
Chez Ose Écrire, la Clarté d'Identité demande d'oser te dire auteur·ice et d'embrasser ce que tu as d'unique. Tes personnages vivent ce blocage à leur échelle : l'hostilité les dispense de risquer un refus et les prive de tout ce qu'un aveu apporterait, comme à qui garde son manuscrit dans un tiroir. Si je les recevais en séance, je commencerais par la roue des permissions : lequel s'interdit d'être proche, lequel s'interdit de faire confiance ?
Avant de l'écrire
- 1
Qu'est-ce que chacun perd en admettant qu'il aime l'autre ?
- 2
Leur dispute du début survivrait-elle si tu retirais l'attirance ?
- 3
Qui cède en premier, et qu'est-ce qui le décide ?
Pour continuer
L'atelier offert
Tes personnages baissent la garde à la fin du livre ; à l'atelier, c'est toi qui apprends à baisser la tienne.
Je découvre l'atelier