Trope de situation
Forced proximity
La tempête a fermé les routes et l'auberge n'a plus qu'une chambre : tes personnages y dormiront ensemble.
Ce que c'est
Une situation oblige deux personnages à partager un espace qu'ils n'ont pas choisi : une chambre d'hôtel, une voiture, un chalet bloqué par la neige, un ascenseur en panne. Coincés, ils perdent la distance qui leur servait de protection.
Le trope retire aux personnages la possibilité de fuir la conversation. Une variante a reçu son propre nom, only one bed : il ne reste qu'un lit, et la nuit devient une négociation.
L'anecdote historique
D'où vient cette anecdote
Après le tournage de New York-Miami, Claudette Colbert le juge « the worst picture in the world » ; le film remporte les cinq grands Oscars et Colbert doit être rappelée depuis une gare pour recevoir le sien.
Tu as repéré une erreur ? Écris-moi, je corrige.
À la fin du tournage de New York-Miami (Frank Capra, 1934), Claudette Colbert confie qu'elle vient de tourner le pire film du monde. Clark Gable, prêté par la MGM à la petite Columbia, n'y croyait guère plus. Le film devient pourtant le premier à remporter les cinq grands Oscars, et Colbert, persuadée de ne pas gagner, doit être rattrapée à la gare pour venir chercher le sien. Deux acteurs coincés ensemble malgré eux : le trope avait commencé hors caméra.
Pourquoi ce trope marche
Privés de porte à claquer et de pièce où se réfugier, tes personnages doivent se parler, se montrer fatigués, se voir tels qu'ils sont.
Le décor fait une partie du travail de l'auteur·ice : la neige, la panne ou le mariage d'un ami commun décident à la place des personnages. On pardonne volontiers ce coup de pouce du hasard, pourvu que la suite l'exploite jusqu'au bout.
Quand ça rate
La proximité forcée paie quand l'enfermement arrache à tes personnages un secret, une faiblesse ou une tendresse qu'ils auraient cachée dehors. S'ils reprennent la route inchangés, le huis clos les a seulement collés dans un lit.
Ce que j'en dis
Les quinze jours d'hébergement que m'offraient une collègue et son futur mari, entre deux missions, sont devenus trois mois de colocation au fil de rebondissements dignes d'une comédie dramatique, jusqu'au premier confinement. Je connaissais déjà ma collègue, mais c'est cette cohabitation imposée qui nous a vraiment rapprochés, elle et moi, comme le veut le forced proximity, romance en moins. C'est la fin que je souhaite à tes personnages : sortir de l'enfermement plus proches qu'ils n'y sont entrés.
La Clarté qu'il éclaire
Le huis clos met la Clarté d'Intention au travail. Chaque scène en rejoue la question à l'échelle de tes personnages : pourquoi les coincer ici, qu'est-ce que l'enfermement doit changer en eux ? Face à moi, ils n'auraient droit qu'à une question, ce qu'ils espèrent trouver une fois la route rouverte, et j'attendrais longtemps le premier volontaire.
Avant de l'écrire
- 1
Quel événement enferme tes personnages, et qui, dans l'histoire, l'a provoqué ?
- 2
Que cache chacun que la promiscuité va rendre visible ?
- 3
Quel geste, le jour où ils ressortent, prouvera que ces jours coincés les ont changés ?
Pour continuer
L'atelier offert
Ce huis clos, tu l'écriras mieux en sachant ce que ton livre doit changer pour toi. L'atelier pose cette intention avec toi.
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