Marie Villequier, pédiatre et autrice, en donne une définition qui n'a rien de spectaculaire et que je trouve juste. Ce ne sont pas des grands éclats flamboyants, c'est une accumulation de petits gestes, entrecoupés de découragement et de déception.
Son raisonnement de départ est presque froid. Ne pas oser et se voir refuser aboutissent au même résultat concret : rien. La seule différence entre les deux, c'est l'information qu'on récupère. Au mieux tu as un oui, au moins tu es fixé et tu avances.
Ce qui rend ça tenable sur la durée, c'est sa technique du rétroviseur. Quand une maison d'édition dit non, elle regarde le chemin déjà parcouru plutôt que le mur devant. C'est comme ça qu'elle a échelonné ses envois sur deux ans, à des maisons grandes, moyennes et petites, jusqu'au oui de son éditeur.
Elle applique la même chose aux réseaux sociaux. Dans ses phases de creux, elle les fuit délibérément, parce que l'algorithme lui renvoie précisément les réussites des autres auteurs. Et elle a fini par transformer son réflexe de comparaison en réflexe de prise de notes.
Dans cet épisode, on parle aussi de la maison aux soumissions fermées par laquelle elle est passée quand même, du vol en ULM qu'elle a fait pour comprendre les sensations de ses aviatrices, et d'Adrienne Bolland, première femme à survoler la cordillère des Andes en 1921.
LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE
CAROUSEL À VENIR
Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Bienvenue dans l'épisode 87
Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans l'épisode 87 d'Ose Écrire. Et aujourd'hui, j'accueille Marie, avec qui on parle de son livre Nos ailes audacieuses. Et vous verrez, l'audace prend effectivement une très grande place dans le parcours de Marie et il est passionnant et très inspirant à plein d'égards. Je vous laisse découvrir tout ça, vous verrez, j'ai été particulièrement touché et très bonne écoute. Moi, c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref. Tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre quoi, Ose Écrire. Ok, pas trop cool. Bah écoute, on va pouvoir parler du coup, j'ai noté sur le côté là, Nos ailes audacieuses. Et moi, j'aime bien toujours parler des titres parce que je trouve qu'ils sont toujours très évocateurs du message. C'est quelque part la manière la plus courte qu'on a de partager ce qu'on va mettre dans notre livre. Et c'est pas forcément évident de choisir un titre. Le tien me parle pas mal parce que j'aime bien le mot audace. C'est un mot qui me parle beaucoup. Et j'aimerais bien, en fait, j'ai envie de commencer par là presque. Comment t'as choisi ce titre ? À quel moment dans le processus de création ?
« Nos ailes audacieuses » : la fabrique d'un titre
Marie Villequier — Dans le processus, je pense que j'ai choisi à la fin. J'avais, ou du moins quand j'avais écrit le premier jet, que j'avais à peu près cerné mes personnages, que je savais l'arc de transformation que je voulais leur faire vivre. Et c'est un roman qui parle d'aviation, mais aussi et surtout de femmes qui se retrouvent face à des difficultés dans leur vie, qui vont se retrouver avec des bâtons qu'on leur met dans les roues, que ce soit la société ou la vie en général, et qui vont devoir faire preuve d'audace pour aller au bout de leurs rêves et aller chercher ce qu'on leur autorise pas à avoir. Et moi, je suis d'accord avec toi, j'aime bien le mot « audace ». Et c'est quelque chose qui me porte aussi dans ma vie de tous les jours, où je me dis toujours que si j'ose pas, si je fais pas preuve d'audace, j'aurai pas ce que je souhaite. Donc c'est pas tous les jours facile. Enfin voilà, on... Je me dis toujours, si on te dit non, bah au moins tu sais, t'es fixé. Et que si tu restes comme ça avec « j'y vais, j'y vais pas », bah au final, le résultat est le même. Donc au final, ose. Et au mieux, t'as un oui. Et au moins, t'es fixé et t'avances. Donc voilà, l'audace, le courage, c'est pas des notions très faciles à définir, mais c'est inspirant et c'est quelque chose qui me porte. Donc j'avais envie que ça résonne dans le titre. Et « nos ailes audacieuses », ben c'était... Je voulais l'utilisation du mot « nos » parce que les ailes audacieuses, je veux dire, ça résonnait pas avec les autres. Je voulais que ça implique le lecteur et que ça appelle sur la table en librairie. Donc voilà, j'ai pas mal brainstormé. Je me souviens en plus d'ailleurs, je dois avoir gardé la feuille avec tous les essais de titres, l'audace de nos ailes. J'avais inventé tout plein de trucs pour essayer de trouver ce qui résonnait le mieux. Avec d'autres mots que l'audace aussi. Donc il faudrait que je pourrais le retrouver, mais ça doit traîner dans toutes mes notes. Mais au final, c'est resté sur ça. Et ma maison d'édition n'a pas du tout évoqué le fait de changer et aller rester sur ça. Donc j'étais contente. Parce qu'effectivement, je suis d'accord avec toi. Quand on a brainstormé, qu'on s'est creusé la cervelle pour essayer de trouver un titre et qu'on en est content, parfois, si on nous propose autre chose, je pense que ça peut être un peu douloureux. Mais j'ai eu la chance que mon éditrice me suive sur le titre.
Ybelion — Ouais, c'est pas évident. Il y a un peu de... Parfois, t'es frappé vraiment comme une épiphanie. Tu penses à un truc et tu fais OK, en fait, il n'y a pas le choix, ça sera celui-là. Et parfois, effectivement, c'est un peu plus long dans le processus et ça arrive un peu à la fin. Parce que t'as besoin d'avoir un peu, comme tu disais, un peu tous les pans de ton histoire. Là, en l'occurrence, le tien, il est hyper bien choisi parce que du coup, bon, monde de l'aviation, l'audace derrière qui, du coup, rappelle le thème dont tu parlais. Et effectivement, je trouve que le no, il rattache pas mal... Il implique le lecteur. Et il renvoie un truc de... Attends, et si moi, j'étais audacieux aussi. Et là, je dis ça sans vraiment savoir ce qu'il y a dans le livre. Mais je trouve que tout de suite, ça appelle. Ça appelle. Donc, bien joué.
Marie Villequier — Quand j'ai travaillé le roman, j'ai fait la phase de premier jet et ensuite, je l'ai envoyé en bêta lecture. Et la remarque d'une des bêta lectrices, justement, c'était d'essayer de rajouter un prologue qui app tout de suite la lectrice et le lecteur sur, justement, qu'est-ce que je fais de mes rêves et est-ce que je mets en route tous les artifices pour essayer de... Tous les mécanismes, pardon, pour essayer de les atteindre. Donc, il y a, au début du roman, un petit prologue, justement, pour faire résonner le titre directement et permettre d'ouvrir l'histoire avec cette notion-là. Ah, c'est beau, ça.
Ybelion — C'est beau. C'est une bonne idée, ouais. C'est une bonne idée. Et toi, du coup, tu l'as évoqué un petit peu tout à l'heure que, du coup, tu faisais preuve d'audace aussi dans ta vie de tous les jours. Qu'est-ce qui t'a appris, ce livre, sur ton audace à toi ?
« Au mieux t'as un oui, au moins t'es fixé »
Une nuit blanche, un podcast, un roman
Marie Villequier — Ouais, alors, il y a beaucoup de choses à dire sur ce roman-là. Commence par où tu veux. Bon, là, c'est mon deuxième roman, mais je l'ai écrit, du coup, en 2022. OK. Donc, c'était juste après le décès de mon père, donc presque un ou deux mois après. Et c'est une période où j'écoutais et je consommais beaucoup de podcasts et beaucoup de podcasts inspirants. et j'étais tombée sur l'interview de Doreen Bourneton, qui est une pilote de voltige aérienne qui est paraplégique. OK. Et en fait, l'écoute de ce podcast-là m'a vraiment inspirée et j'ai passé toute une nuit à brainstormer. Enfin, j'ai vraiment fait une nuit blanche où je me suis retrouvée avec mon application de notes blindée d'idées qui partaient dans tous les sens. Et en fait, j'ai écrit ce roman-là assez rapidement. En l'espace de trois mois, j'ai fait le premier G parce qu'il savait que j'étais enceinte de mon troisième enfant. Donc, la deadline de fin d'écriture, il fallait absolument que je l'ai terminée avant d'accoucher parce que je savais qu'après, je serais engloutie dans les biberons, les couches, les nuits sans sommeil. Donc, j'avais absolument envie de terminer l'écriture de ce livre-là au plus vite. Et après, comme j'ai accouché et que je l'ai laissé reposer, j'ai pu le reprendre après et faire la correction. Et en fait, j'avais en ligne de mire quand j'ai écrit ce roman-là, l'envie de participer au Grand Prix du Romanesque des éditions Charleston. Donc, je savais que je ne pourrais pas participer à l'édition de 2024, du coup, ou 2023, je ne sais plus, je suis perdue dans les dates. Mais du coup, en fait, quand je l'ai retravaillé, donc l'année 2023, je l'ai du coup fait lire à des bétalectrices professionnelles qui m'ont fait des retours, je l'ai retravaillé, je l'ai fait re-relire. Enfin, voilà. Donc, en termes d'audace, je pense que c'est aussi le fait de s'accrocher et de ne pas lâcher et d'avoir ce rêve-là en ligne de mire. Et donc, je l'ai soumis en décembre 2023 au concours. Et en avril 2024, j'ai reçu un mail pour me dire que j'étais finaliste. Donc, ça, c'était pour moi incroyable parce que je me suis dit, OK, tu as osé, tu as fait preuve d'audace en disant, non, mais pourquoi pas moi ? Et bien, tu es dans les trois finalistes. Donc, ça, c'était incroyable. Donc, porté par cet élan-là en me disant, non, mais allez, c'est bon, ça va le faire. J'ai fait preuve d'audace. Ce livre, il est vraiment, enfin, il transmet un message d'espoir et de résilience. J'avais vraiment envie qu'il aille jusqu'au bout. Et donc, les résultats sont tombés en juillet. Et en fait, j'étais en lice avec une autre finaliste. Et le jury a eu besoin d'une semaine supplémentaire pour se mettre d'accord. Et bon, il s'avère que ce n'est pas moi qui l'ai eu, c'est l'autrice Garance Solvay qui a été retenue. Donc, félicitations à elle. Mais bon, voilà, du coup, pour moi, c'était incroyable d'être arrivé deuxième de ce prix-là qui était en plus dans une maison d'édition assez prestigieuse dont je lis quasi tous les romans. voilà, c'était incroyable pour moi mais ça m'a donné vraiment confiance et ça m'a redonné de l'énergie aussi pour continuer de croire en ce livre et continuer de faire preuve d'audace et de chercher une autre maison d'édition. Donc, bon, voilà, je suis repartie en fait dans tout un cycle de dossiers de soumission de mails à des grandes maisons, à des maisons de moyenne taille, de plus petite taille. Enfin, voilà, j'ai échelonné en fait tous mes envois au fur et à mesure du temps sur l'année 2024-2025 et du coup, j'ai eu la bonne nouvelle des éditions Pélagie sur l'été qui a accepté mon manuscrit. Donc, là, pareil, du coup, c'est un retravaille main dans la main avec l'éditrice, avec l'assistante d'édition pour essayer de porter le manuscrit sur la version la plus aboutie possible. voilà, c'est de l'audace en fait, finalement, par petites touches. Ce n'est pas des grands éclats flamboyants, mais c'est aussi passer par des moments de découragement et de déception et de se dire, bon, juste regarder dans le rétroviseur et se dire, bon, ok, j'ai fait tout ça, c'est quand même chouette comme parcours, ok, là, ça n'a pas marché, je n'ai pas eu le prix, bon, ok, cette maison-là a dit non, bon, ben, ce n'est pas grave, j'ai quand même eu un retour qui était positif et puis continuer de chercher jusqu'à trouver la bonne personne avec qui ça match, avec qui on travaille bien et qui va porter ce roman-là avec enthousiasme et ça, c'est vraiment chouette, quoi.
L'audace par petites touches
Ybelion — Je trouve que le... Alors, je vais déjà commencer par te dire bravo, parce que franchement, c'est hyper inspirant comme parcours et je trouve que, tu vois, quand tu parles du démarrage de l'écriture de ce livre, ça part d'une situation qui est somme toute triste et t'en fais quand même quelque chose d'extrêmement positif derrière et ça... Voilà pourquoi, du coup, merci de témoigner aujourd'hui parce que, peut-être que ce témoignage que tu fais aujourd'hui, il va peut-être lancer quelqu'un et j'adore cette boucle de savoir que tu as écouté cette pilote qui, toi, t'as donné l'énergie pour te lancer et peut-être que... En fait, non, je suis même sûr que tu donneras cette même énergie à quelqu'un d'autre et j'aime beaucoup cette boucle infinie de partage. Donc, bravo pour tout ça. Merci. Et quelque part, la plus belle des audaces, moi, je trouve que c'est l'audace qui tient sur le long cours parce que c'est tellement plus dur d'être audacieux plusieurs fois de suite pour le même projet plutôt que de, quelque part, essayer une fois plus d'abandonner. Même s'il n'y a pas de mal à la fin, mais... Ouais, une vraie belle part de l'autre.
Marie Villequier — Je suis d'accord avec toi sur le... Tenir sur le long cours, c'est... Là, comme ça, voilà, c'est facile pour moi de le dire de là où je me trouve, mais quand je n'ai pas eu le prix, quand les maisons d'édition me disaient non, même en ayant été finalistes de ce prix-là, ça n'a pourtant pas marché sur d'autres maisons d'édition. Enfin, ce n'est pas forcément facile à ce moment-là. Il faut essayer de prendre du recul et se dire OK, ce n'est pas grave. Et c'est le moment aussi où je me disais ce n'est pas grave, je fais autre chose. Je mettais l'écriture de côté, ça me permettait de me nourrir autrement avec des films, beaucoup de lectures, des visites de musées, des choses qui, en fait, finalement, sont venues nourrir ma créativité à un moment où, en fait, je n'avais plus de jus sur le plan de l'écriture, ni sur le plan de la promotion de mon premier livre, ni pour essayer de trouver une autre maison pour ce roman-là. Pour le deuxième, il y a vraiment des moments où je suis au fond du gouffre et où je me dis, c'est le moment où, pour le coup, je fuis les réseaux sociaux parce que l'algorithme montre les contenus qu'on consomme habituellement, où on voit les autres qui réussissent. et c'est des moments où ça peut être difficile aussi, où on se dit mais j'y arrive pas et ça décolle pour les autres mais pas pour moi. Mais ce que ça m'a appris sur ces deux, trois dernières années, c'est qu'en fait, c'est par cycle, enfin, c'est par vague, en fait. Il y a des moments où ça va bien pour nous et où ça va pas pour les autres mais où, en fait, on le voit pas parce qu'on communique pas spécialement quand ça ne va pas et à l'inverse, enfin, les flux inversent, en fait. Donc, j'ai appris à prendre ce recul-là et à me réjouir, en fait, pour les autres et à m'en inspirer, en fait, à me dire, ok, bon, ben, c'est un espoir. S'il y en a pour qui ça marche et la manière dont ils communiquent et, voilà, ça vient nourrir, en fait, ma créativité et mon désir pour plus tard. Donc, souvent, je prends des notes, je regarde un peu comment les gens font pour pouvoir, après, ben, réajuster et remettre ça en œuvre avec, ben, mes propres billes, ma propre plume et ma propre manière de m'exprimer sur les réseaux. Donc, voilà, c'est, voilà, l'audace sur le long cours, je suis d'accord, mais du coup, il faut juguler avec des périodes up et des périodes down où c'est difficile et où, parfois, ben, voilà, on est aux anges et il faut profiter de ce moment-là.
Le fond du gouffre et la fuite des réseaux
Ybelion — On a tendance à oublier que si on avait que des périodes de up, elles ne seraient pas du tout up, en fait, puisque tout est up, plus rien ne l'est. Donc, c'est au regard des périodes de down. Exactement. Et tu as partagé quelque chose qui est très, très important, c'est le regard qu'on peut porter sur les autres qui réussissent. On pourrait penser qu'ils piquent notre place ou j'en sais rien. Au contraire, si ça dit bien une chose, c'est que c'est possible. Donc, si quelqu'un l'a fait, pourquoi pas toi ? Alors, bon, je sais que quand on dit ça, c'est plus facile à dire qu'à faire, mais c'est réel, quoi. Donc,
La communauté d'auteurs qui vous rattrape
Marie Villequier — après, j'ai la chance d'être entourée de co-auteurs, co-autrices qui sont très bienveillants et avec un vrai soutien dans les MP ou dans les commentaires. Voilà, des échanges à cœur ouvert où on se dit, là, je suis vraiment en train de galérer. La personne, non, et elle va m'encourager, me redonner envie de continuer, de rien lâcher. et à l'inverse, des situations où je peux, moi, les encourager parce que pour elle, c'est un peu plus compliqué à cette période-là.
Enfin,
c'est ça la magie des réseaux aussi, c'est que ça renvoie parfois à un miroir très dur, mais que ça permet quand même de lier des liens avec des personnes qu'on ne connaît pas, qu'on n'a jamais vues et qui pourtant connaissent énormément de choses sur nous et qui sont en capacité de nous soutenir quand on chute. Donc ça, c'est vraiment cool.
Ybelion — Et tout à l'heure, quand tu as commencé à raconter l'histoire du roman, tu disais du coup que tu l'as écrit en trois mois. Donc c'est un premier jet en trois mois.
Plan Excel et premier jet sans se retourner
Marie Villequier — Ah oui, mais c'était un premier jet horrible.
Ybelion — Ouais, bien sûr, mais quand même... T'étais sur les nuits
Marie Villequier — partout et tout.
Ybelion — Bien sûr, bien sûr, mais premier jet quand même, tu vois. Et après, effectivement, chacun a un peu aussi sa manière de faire un premier jet. Il y en a qui sont plus ou moins perfectionnistes. J'aime pas trop ce terme, mais voilà, qui travaillent plus ou moins leur premier jet. Ce qui m'impressionne dans ton partage, c'est que en étant enceinte et en disant bon, dans trois mois, de toute manière, je vais accoucher, tu aurais pu te dire j'exploiterai cette idée plus tard. Qu'est-ce qui a fait que tu l'as saisie tout de suite ?
Marie Villequier — Cette période-là, en fait, j'étais en arrêt de travail. Donc, j'avais toutes mes journées. Et en fait, je venais de finir la correction de mon premier que j'avais envoyé en bêta lecture. Et dans l'intervalle de temps, en fait, où mon premier roman était en bêta lecture, je tombe sur l'écoute de ce podcast avec Dorine Bourneton. J'ai cette épiphanie où je note pendant toute une nuit blanche toutes mes idées. Et en fait, ça m'a relancée sur ce projet-là. Et comme en fait, mon premier était en bêta lecture, j'avais du temps. Enfin, du temps. Les retours sont venus assez rapidement, mais j'ai vraiment voulu terminer ce roman-là le plus vite possible. Et pour le coup, moi, ma technique, c'est d'écrire sans me retourner. Mais je travaille sur plan aussi. Donc, voilà. Je bosse mon plan avec un fichier Excel, avec une page par chapitre. Et donc, je sais exactement où je vais quand j'ouvre ma page. Mais par contre, mon premier jet, il est truffé de retravailler cette description, refaire passer telle émotion. Enfin, je me donne des indications pour la moi de plus tard pour la correction pour me faciliter la chose. Donc, c'est très drôle à relire quand on l'a laissé de côté pendant trois à six mois. Voilà, je me mets des petites blagues qui me permettent de revoir exactement où est-ce que je voulais en venir. Mais ça me permet en fait de faire une grosse trame. En fait, c'est presque un G0. En fait, j'ai travaillé mes scènes, mais après, je remodule énormément de choses.
Ybelion — En tout cas,
Marie Villequier — la phase de correction, dans ma manière de travailler, elle est hyper importante. J'ai vraiment un gros travail de correction.
Ybelion — Bien sûr. Mais c'est un lâcher prise qui est important sur ce premier jet justement de se libérer de... OK, de toute façon, c'est pas parfait. Voilà. Et je trouve que le prendre avec un peu humour, je suis un peu comme toi. Moi, je me mets toujours des commentaires en disant genre... C'est pas facile. Ouais, c'est pas facile. Je suis d'accord. Mais tu vois, moi, j'ai appris... Alors après, c'est la manière dont tu fonctionnes. Moi, je sais que si je me mets à corriger, c'est la catastrophe et c'est la boucle infinie dans laquelle tu sors jamais. Du coup, moi, j'ai appris à le prendre avec beaucoup plus d'humour et quand je relis un truc et je sais qu'il va falloir absolument que je le change, je me tacle un petit peu. Je me fais des blagues. Je fais, c'est vraiment naze. Il va falloir que tu retravailles ça. Si, si. Et en fait, paradoxalement, ça facilite énormément l'écriture du premier jet puisque tu lâches prise. Tu vois, t'es vraiment dans le truc ok, j'explore. Et après, quand tu reviens sur la première relecture, par exemple, en vrai, c'est un peu marrant quand même. Et tu fais, putain, il y a vraiment des trucs que j'ai écrits. Ah, quelle catastrophe ! Et je trouve que ça remet un petit peu d'entrain aussi dans parfois ce phénomène de réécriture qui peut paraître un petit peu rigide ou robotique parce que, voilà, c'est de la correction. Tu connais déjà ton histoire. Mais, mais en fait, voilà, donc c'est le petit truc que moi, j'ai trouvé, c'est de me faire des blagues aussi. Ouais,
La correction, sa phase préférée
Marie Villequier — moi, j'aime bien la phase de correction parce que ça permet de creuser, d'affiner. Enfin, c'est là que les jeux d'écriture rentrent en compte parce que le premier jeu, j'ai vraiment besoin de poser mon histoire, de voir si ça se tient et c'est vraiment le squelette, quoi. Après, l'habillage des émotions, le jeu des cinq sens, les descriptions, le travail des dialogues, ça vient vraiment dans un second temps pour moi. j'arrive pas à vraiment passer trop de temps. Mais c'est un équeu que j'avais sur les premiers manuscrits que j'ai écrits où je suis jamais allée jusqu'au bout quand j'étais plus jeune. Mais parce que je relisais, je re-relisais, je re-corrigais ce que tu évoquais. Et le fait de... Pour mon premier, j'ai fait comme ça. Le premier, je suis allée au bout. Je me suis dit, OK, j'ai écrit, mais je ne relis pas. Mais même la veille pour le lendemain, le jour même, je ne relisais jamais ce que j'avais écrit la veille, en fait. Enfin, si peut-être les quelques paragraphes d'avant, juste pour me remettre dans la scène si j'étais arrêtée coupée au milieu d'un chapitre. Mais sinon, début de chapitre, finalement, je ne remontais pas le document Word pour relire le dernier chapitre. Je ouvrais mon document Excel en me disant, OK, c'est quel chapitre que j'allais écrire aujourd'hui. Et je me mettais dans la vibe du chapitre actuel. Et c'est pas mal dans le sens où quand on le relit avec cette pause-là, moi, je laisse souvent deux à trois mois de temps de pause pour vraiment oublier ce que j'ai écrit avant de le relire en entier. Ça me permet de voir la dynamique du manuscrit et de voir ce qui pêche sur les bascules entre les chapitres, voir ce qu'il faut que je remodifie au fil de l'eau sur la fluidité de l'histoire. Après, c'est sûr qu'il y en a qui ne travaillent pas du tout comme ça.
Ybelion — Ouais, c'est ça qui est hyper intéressant, c'est que tu te rends compte et tu vois, à force d'avoir discipliné avec des auteurs, c'est marrant, c'est que je me reconnais toujours un petit peu dans chacun, tu vois, il y a toujours des morceaux, voilà, mais dans la globalité, je pense que c'est un peu pareil pour tous les auteurs, mais tu remarques bien qu'en fait, chacun a sa méthode de fonctionnement. Et en fait, c'est pour ça que, bon, voilà, moi, je passe mon temps à taper un peu sur les méthodes secrètes qu'on balance à droite à gauche, tu vois, parce que je ne suis pas du tout fan de ce principe-là et je pense que l'écriture, c'est un processus qui est tellement long et tellement personnel que tu es obligé à un moment de passer dans une espèce d'introspection en disant, OK, comment moi je fonctionne et comment j'ai envie de fonctionner pour réussir à ancrer ce truc-là pendant des mois pour arriver au bout de ça, quoi. Et donc, c'est toujours marrant de voir que, voilà, il y a toujours des petites similitudes et j'en ai oublié ma question.
Il n'existe pas de méthode secrète
Marie Villequier — Il faut les choper, l'inspiration, enfin, moi, c'est ce que j'aime dans les interviews d'auteurs, en fait, finalement, c'est de dire, ah, un tel, c'est comme ça, peut-être que si j'essayais et finalement, j'ai affiné comme ça sur l'écoute de podcasts depuis plusieurs mois, années même, où je me dis, ah, je pourrais effectivement faire comme ça et il y a des choses qui ne me conviennent pas du tout et d'autres, finalement, que j'ai fini par intégrer, quoi.
Ybelion — Ouais, c'est ça. Et alors là, je mets un disclaimer, entre guillemets, c'est que ça, c'est une technique efficace quand on le fait en conscience. Tu vois, quand on est dans la recherche de dire, ok, j'ai besoin de me connaître pour trouver ma méthode et donc, je vais effectivement, pour chercher et trouver des idées, je peux aller regarder à droite à gauche, tu vois. Mais, si tu le fais dans une démarche de dire, putain, ce que je fais, c'est nul, un tel a réussi, je vais copier ce qu'il fait et donc, je vais aller me comparer et copier là-bas, là, on ne fait pas les choses en conscience et ça peut devenir dangereux parce qu'en fait, c'est un piège, tu vois. Tu tombes dans le, ok, je suis obligé de faire comme quelqu'un parce que lui, il a réussi et là, tu t'éloignes complètement de ton unicité à toi et donc, c'est le seul petit point d'attention que je mettrai dans cet aspect d'aller chercher de l'inspiration, c'est qu'il faut toujours le faire en conscience pour pouvoir l'intégrer soi-même, tu vois. Et ce qui est marrant, c'est que... On peut le voir
Marie Villequier — comme un test en fait. Ouais,
Ybelion — exactement. Et on a tendance un peu à l'oublier parce que dans l'émulsion d'une nouvelle idée, tu vois, voilà. Mais voilà, chacun trouve après son petit truc. Et toi, dans ton... Entre tes premiers manuscrits et du coup, le premier que tu termines vraiment, c'est quoi le déclic qui te fait dire ok, pour l'instant, j'ai eu un fonctionnement qui n'est pas à moi et je vais tester autre chose ?
Douze ans de traversée du désert
Marie Villequier — Alors, entre mon premier roman que j'ai terminé vraiment de A à Z, premier G, terminé, correction, en bas, en bêté lecture, etc., et les manuscrits que je tentais d'écrire il y a 12 ans. C'est-à-dire qu'il y a 12 ans d'études de médecine entre deux. C'est-à-dire que j'écrivais beaucoup, beaucoup quand j'étais... Enfin, c'est le truc cliché, j'écris depuis que je suis toute petite, etc., voilà. J'écrivais pas mal de petits textes, j'aimais beaucoup la poésie. J'avais tenté un roman fantasy quand j'avais 10-12 ans parce que j'étais tombée dans la marmite du Seigneur des Anneaux, Harry Potter, etc. Je ne l'ai jamais terminé, mais bon, je pense que j'avais l'immaturité de ce stage-là où je n'arrivais pas. J'avais quand même terminé un manuscrit quand j'avais 10 ou 12 ans sur une histoire dans la Grèce antique, enfin la Rome antique, pardon. Mais voilà, je l'ai relu il y a quelques années quand j'étais retombée dessus chez mes parents, voilà, ça avait le mérite d'exister. J'avais réussi à faire une trentaine de pages. C'était une histoire qui se tenait mais pas publiable en l'état. Donc voilà, après, il y a eu ce roman fantasy là que je n'ai pas terminé et puis après, un roman sur la Seconde Guerre mondiale que j'ai commencé à 15 ans et que je me suis traînée pendant 12 ans. à chaque fois que j'étais en vacances pendant mon externat, mes études de médecine, etc., j'ai essayé d'avancer sur ce manuscrit. Mais c'était, enfin déjà, c'était un projet titanesque que je pense que je n'avais pas confiance n'ayant jamais écrit un roman de A à Z. Donc je dois avoir 120 pages Word quand même bien tassées dans un coin de mon PC mais je ne les ai jamais reprises et je ne les ai jamais creusées. Et bon voilà, l'écriture était vraiment partie dans un coin vraiment à la marge de ma vie avec toujours beaucoup de lectures mais cette envie d'écrire qui persistait mais où je n'avais pas la place entre les gardes aux urgences en réa, l'internat, c'était compliqué. Enchaîner après avec la thèse, le clinica, j'avais pas le temps en tout cas pour l'écriture de fiction donc c'était plus des petits textes comme ça, des poèmes mais vraiment à la marge en fait. Et donc après cette traversée du désert créative de 12 ans, en fait j'ai le déclic en fait c'est un truc assez dramatique c'est que j'ai perdu une de mes filles du coup pendant ma grossesse donc c'était un décès in utero juste au dernier mois donc quand je suis allée à la maternité pensant à coucher en fait la gynécologue n'a pas trouvé le cœur qui battait donc voilà elle était décédée in utero donc à ce moment-là moi ma vie a volé en éclats quoi c'était quelque chose auquel je m'attendais pas du tout et j'avais beau être pédiatre médecin en ce moment palliatif je crois que quand on est confronté à la mort de son propre enfant c'est voilà on est jamais préparé et donc bah en fait j'ai été arrêtée incapable de retourner au boulot à ce moment-là et j'ai été soutenue entourée par ma famille par des professionnels mais pour autant j'étais pas capable de retourner travailler et je me suis dit bah qu'est-ce qu'il faut que tu fasses pour te remettre un pied dans la vie et que tu réussisses à te projeter dans l'avenir et c'est cette idée-là qui m'est revenue en fait l'écriture t'as toujours eu envie d'écrire un roman bah là je pense que c'est le moment en fait des journées entières qui sont désœuvrées donc ok c'est bien d'aller marcher d'aller parler à ta psy d'être soutenue par l'association de parents endeuillés mais à un moment donné il va falloir faire quelque chose de ça et du coup c'est là que je me suis mise à écouter des podcasts d'écriture en fait parce que j'étais complètement perdue j'avais zéro notion enfin voilà mon manuscrit de 120 pages word que je me traînais depuis 10 ans que j'essayais d'écrire à la marge à chaque fois que j'étais en vacances et je me suis dit ok là faut que t'y ailles tu reprends ce truc-là et t'essayes d'en faire quelque chose et donc en écoutant en fait j'ai détapissé toute ma maison parce que j'avais besoin de m'occuper l'esprit et les mains à ce moment-là et en écoutant des podcasts d'écriture et en fait je suis tombée sur le podcast de Lucie Castel qui fait la formation LICAR et elle ouvrait les portes de sa formation 2-3 semaines après et en fait je me suis dit bon ok là de toute façon c'est ça qu'il faut faire donc du coup je me suis inscrite à sa formation et j'ai suivi les cours j'ai envoyé mes premières pages enfin non pardon je m'égare quand même je n'ai pas du tout travaillé sur mon roman de seconde guerre mondiale finalement tu vois parce qu'en fait en écoutant les cours on nous demandait de brainstormer sur nos romans et en fait c'est une autre histoire qui a toqué à la porte en partant d'un prompt d'une idée qui avait été soumise comme ça et je me suis dit ah mais en fait je crois que j'ai quand même envie d'écrire un peu sur la médecine et sur ce que j'ai vécu en tant qu'interne dans un service d'onco puis en tant que médecin senior dans ce service là et en fait j'ai complètement laissé de côté ce roman qui du coup je pense ne verra probablement jamais le jour avec la thématique historique de secondière mondiale et j'ai rouvert une page blanche et je me suis remise à travailler entièrement sur un nouveau projet et ce nouveau projet là du coup c'est mon c'est mon premier roman qui est sorti en octobre 2024 aux éditions de la Rémanence donc bah voilà pareil lui ce premier jet là je l'ai écrit sur 6 mois je l'ai laissé reposer et puis après je l'ai retravaillé avant de l'envoyer en maison d'édition c'est pareil ça a été grande traversée du désert pour essayer de trouver une maison d'édition qui accepte de le porter parce que le sujet est quand même assez particulier voilà on suit un interne en pédiatrie qui va se retrouver au contraire d'effectuer un stage dans un service de cancérologie pédiatrique où il a pas du tout envie d'aller mettre les pieds parce qu'il se trimballe des casseroles familiales qu'il a pas pris le temps de digérer donc forcément le thème fait peur et en fait je trouvais pas de maison d'édition j'avais soit des lettres de refus soit des noms et en fait je suis tombée sur le site de la maison d'édition qui s'appelle les éditions de la Rémanence leur soumission était fermée à ce moment là elle n'ouvrait que l'été et j'ai vu en fait qu'elle proposait un service d'analyse professionnelle de manuscrits et j'ai dit bon moi je prends mon roman les maisons d'édition n'en veulent pas et je sais pas si c'est parce que le thème est trop dur ou si c'est parce que j'écris pas de la bonne manière ou parce que le manuscrit ne vaut rien enfin j'avais besoin d'avoir un retour autre que celui de ma mère et de mon mari qui me disait qu'il était très bien mais voilà j'avais besoin d'un retour un peu plus neutre et en fait cette éditrice là donc Mathilde Palfroy l'a lue et m'a fait un retour étayé avec 4 pages de commentaires et à la fin de son mail elle m'a dit écoutez si vous retravaillez ça serait peut-être envisageable pour moi de vous publier donc voilà c'est un peu les étoiles qui s'alignent à ce moment là parce qu'en fait ses soumissions à elle étaient fermées en fait à ce moment là je l'avais sollicité pour une analyse professionnelle et finalement elle pour le coup ça a résonné avec son histoire personnelle elle s'est sentie touchée par les personnages et ça a été un oui après quoi donc on l'a retravaillé ensemble et j'ai signé chez elle donc voilà parfois c'est des grandes traversées du désert où on se dit oh ok là et un peu d'audace en se disant bon allez tant pis j'ai besoin de savoir et puis finalement un peu de chance aussi c'est une question de rencontre d'alchimie entre deux personnes entre un manuscrit une éditrice enfin voilà c'est beaucoup de chance aussi
Un podcast, une formation, un premier roman
Ybelion — là il y a aussi beaucoup d'audace c'est la porte est fermée passons par la fenêtre après tout pourquoi pas
Marie Villequier — en fait je pensais pas qu'elle me dirait oui en fait quand bien sûr j'avais vraiment sollicité à la base pour une analyse professionnelle tu vois enfin une relecture une lecture de manuscrits et puis finalement ouais quand j'ai lu le mail oui j'ai là j'étais contente c'est sûr je me suis dit bah c'est cool ouais
Ybelion — c'était hyper touchant le partage que t'as fait sur comment l'écriture est revenue dans ta vie et je partage cet aspect très guérisseur que ça peut avoir c'est ouais c'est je pense que t'as tout dit
Écrire pour se reconstruire
Marie Villequier — je me suis rendu compte que j'avais remis l'écriture très vite en fait après le décès de ma fille bon en écrivant beaucoup sur ce que je ressentais en écrivant des poèmes en fait c'est marrant parce que c'est revenu assez vite mais via des poèmes et du coup quand je marchais je notais sur mon application de téléphone des poèmes et puis je les retravaillais le soir sur papier et après j'ai eu besoin de vraiment écrire un peu sous forme de témoignages ce qui s'était passé mais qui n'est pas visé d'être enfin d'être publié plus tard c'est vraiment juste pour moi me souvenir vraiment dans les détails ce qui s'était passé et comment on nous l'avait annoncé parce que pour le coup on a eu avec mon mari beaucoup de chance sur la manière dont on a été pris en charge dans le cadre de ce deuil périnatal les soignantes étaient formées elles ont vraiment été incroyables et j'ai eu envie de garder une trace de ça et la manière dont je l'ai écrit je me suis rendu compte que je le romançais en fait enfin je l'écrivais vraiment avec des déçus avec des descriptions avec des dialogues et du coup tout en détapissant ma maison et en écoutant des podcasts d'écriture je me suis dit bon ben voilà je pense que là ça me fait du bien d'écrire à la fois des poèmes à la fois ce témoignage-là peut-être que là il faut que je continue et puis aller au bout de ce rêve-là que je porte depuis que je suis toute petite de tenir un roman entre mes mains et ben peut-être que c'est un cadeau que ma fille me fait même si clairement je ne suis pas du tout partisane tout arrive pour une raison clairement ça je n'aime pas trop cette phrase-là mais par contre ok ça c'est arrivé mais qu'est-ce que j'en fais maintenant et ben voilà maintenant j'y vais j'essaye de me relever tant bien que mal même si on ne se remet jamais vraiment enfin voilà la douleur je dis toujours qu'elle n'est plus aussi aiguë qu'il y a 5 ans mais pour autant elle est toujours là mais elle s'est émoussée et je pense que c'est quelque chose aussi qui m'a permis de revoir mes priorités et de renouer avec mes rêves ça c'est sûr que ça a été un déclencheur un électrochoc très important ouais
Ybelion — c'est je suis toujours extrêmement touché par ces partages-là parce que euh en fait je suis désolé je cherche mes mots parce que c'est vraiment euh
Marie Villequier — non
Ybelion — en fait c'est souvent comme ça effectivement qu'on se reconnecte à nos rêves c'est quand il nous il nous arrive un truc vraiment terrible alors euh et ouais ça nous revient dessus et à un moment tu te dis en fait je peux pas passer à côté de ça c'est pas possible et là l'électrochoc est suffisamment grand et tu vois justement le euh et ton témoignage aussi aide ça je pense euh tout le travail que moi j'essaie de véhiculer c'est ça aussi c'est de dire n'attendons pas ces électrochocs pour vivre nos rêves tu vois et c'est pour ça que c'est merci pour ton partage parce que ça y participe euh parce qu'effectivement il y a les électrochocs qu'on prend nous mais il y a les électrochocs qu'on voit aussi à côté euh tu vois c'est pas du tout la même chose mais euh là où je bossais avant un jour un collègue que je connaissais pas du tout mais un jour on reçoit un mail voilà telle personne a fait une rupture d'anévrisme il avait 26 ans bon bah là tu vois tu prends une petite claque quand même tu dis ok ça aurait pu être moi bon bah peut-être qu'il y a un moment je vais je vais essayer de faire quelque chose de différent et c'est pour ça que c'est bravo d'avoir le courage d'en parler parce que je trouve que tu vois même moi ça me ça me motive tu vois je me dis ah ouais non vas-y ah s'il y a un coup de mou non allez la vie est faite pour être vécue quoi
Marie Villequier — après c'est très bateau ce que je dis mais j'ai des coups de mou aussi tu vois c'est bien sûr ça nous transforme forcément mais la vie après le quotidien reprend le dessus malgré tout et il y a forcément des moments où bah on est comme tout le monde enfin c'est pas parce que j'ai perdu un enfant que je suis devenue une super héroïne enfin il y a vraiment des moments où je m'agace ou quand le feu rouge est trop long je m'énerve enfin où on est pris dans les aléas du direct du quotidien de la vie de famille etc et où bah j'ai pas toujours une petite voix qui me dit non tu as perdu ta fille tu revois tes priorités non ça pas du tout mais par contre quand il y a des décisions importantes à prendre ou quand il y a vraiment quelque chose qui m'atteint et que j'ai mes émotions qui débordent c'est sûr que je fais beaucoup plus facilement un pas de côté en me disant ok il n'y a pas mort d'homme là on peut peut-être revoir les choses et essayer de redescendre d'un cran ça m'aide mais voilà je reste quand même humaine et à m'énerver facilement pour tout un tas de trucs c'est
Ybelion — c'est normal de toute manière après la vie reste la vie on est obligé de composer avec tout ce qu'elle a quoi mais tu vois encore une fois je trouve que tu portes très bien ton titre de livre je trouve que tu fais beaucoup preuve d'audace pour le coup il y a beaucoup il y a beaucoup de ça ah c'est fou et tu vois il y a un autre chose qui m'a fait beaucoup qui m'a fait qui m'a fait penser le moi on ne serait pas là sans le podcast de Lucie Castel effectivement parce que moi aussi c'est ça qui m'a reconnecté à l'écriture ou en tout cas quand je me suis reconnecté à l'écriture je pense qu'à l'époque il ne devait pas y avoir beaucoup de podcasts sur l'écriture à part le sien et ça me fait toujours rire parce que certains disent tu parles d'elle tu es en concurrence quelque part déjà on ne fait pas du tout la même chose et au contraire je suis infiniment reconnaissant qu'à l'époque il y ait eu quelqu'un qui partage sur l'écriture parce que en fait sinon je ne serais peut-être pas là et les auteurs que j'aide aujourd'hui ne seraient peut-être pas aidés ou différemment et donc c'est cool
Marie Villequier — il n'y a pas de concurrence entre les podcasts je pense chacun trouve aussi la personne avec qui ça match le mieux et puis on peut picorer sans écouter les épisodes de chacun c'est comme ceux qui disent qu'entre auteurs il ne faut pas s'entraider parce qu'on a le même marché et qu'on va se tirer dans les pattes bah non en fait plus les gens lisent plus le roman de ma copine va plaire plus les gens vont peut-être avoir envie de lire d'autres livres et peut-être le mien enfin ouais je suis d'accord avec toi je pense qu'il n'y a pas de concurrence en fait finalement les gens sont évidemment libres de faire ce qu'ils veulent et ils nous trouvent quoi
Ybelion — exactement que ça soit du podcast ou de l'accompagnement en écriture c'est aussi très une histoire d'énergie et certains se reconnaîtront chez elle et pas chez moi et inversement il faut tout pour faire un monde et effectivement il n'y a pas dans ce domaine là il n'y a pas vraiment de concurrence il ne faut pas oublier que l'objectif c'est qu'à la fin le plus de livres soient écrits donc quelque part à la fin c'est ça et ouais tu vois à chaque fois je me dis putain c'est fou quand même c'est vrai que sur ta route tu croises des gens qui te poussent à oser toi-même et voilà la boucle de l'audace finalement encore une fois
Marie Villequier — c'est ça trop cool
Ybelion — on a un peu dévié de ton livre mais c'était franchement passionnant et je comprends du coup beaucoup mieux comment t'en es arrivé à ce livre-là aujourd'hui il sort en mars c'est ça ?
Un deuxième livre, un tout autre sujet
Marie Villequier — en mars le 12 mars
Ybelion — ok et qu'est-ce que ça fait un deuxième livre qui sort ? est-ce que c'est comme le premier ou est-ce que c'est différent ?
Marie Villequier — alors non c'est pas c'est pas pareil que le premier le premier je pense vraiment la sensation d'avoir le son premier livre dans les mains je pense que c'est inédit mais quoi que j'ai pas encore reçu le deuxième entre les mains donc peut-être que voilà mais non je pense que je serais vraiment très heureuse de l'avoir entre les mains bien sûr bien sûr après c'est une autre étape en fait un peu stressante aussi parce qu'on se dit ben voilà en plus c'est pas du tout le même sujet que le premier donc est-ce que est-ce que ça va plaire est-ce que j'ai été dans la justesse de mes propos est-ce que est-ce que ça va trouver son public enfin on se pose plein de questions mais je pense qu'on a vraiment bien travaillé avec la maison d'édition pour main dans la main avoir un manuscrit qui soit le plus abouti donc là je suis plus dans l'excitation d'avoir les premiers retours de lecteur et de lectrice d'avoir voilà des chroniques qui me font un retour en fait finalement parce que là ça a beaucoup circulé dans le monde des éditions Pélagie et dans mon monde à moi où je l'ai pu le faire lire à des amis et à ma famille mais là d'avoir des retours de personnes qui ne me connaissent pas ou qui ont lu le premier roman et qui ne s'attendent pas forcément à lire sur ce sujet là parce que comme le précédent c'était vraiment plus un roman médical là ça n'a rien à voir donc il sera peut-être aussi plus facile à promouvoir parce que le thème de l'oncologie pédiatrique ça faisait vraiment peur aux gens quand je le pitchais en salon ou en dédicace les gens le reposaient gentiment en disant non merci en fait c'est trop difficile pour moi en ce moment parce que j'entends tout à fait et je leur déconseillais justement de l'acheter s'ils ne se sentaient pas en mesure de le lire tout de suite mais là c'est sûr que comme ça parle de destin de femmes qui sont libres qui sont fortes qui sont fières qui vont au bout de leurs rêves malgré les bâtons qu'on leur met dans les roues ça risque d'être un peu plus facile à promouvoir que mon premier donc ça j'ai hâte ouais
Ybelion — tu parlais de retour c'est quoi que ça soit peut-être le premier ou le deuxième livre c'est quel retour qui t'a le plus touché je dirais
Marie Villequier — alors pour l'instant j'ai eu deux personnes neutres que sur le premier les retours tous les retours me touchent clairement si vous voulez m'envoyer un petit message privé je serais toujours ravie d'avoir votre retour les chroniques sur Babelio sur Amazon tout ça c'est sûr que ça aide les auteurs à avoir une visibilité mais le les messages qui me touchent le plus je pense ce sont les messages de parents d'enfants ou de soignants qui ne me connaissent pas et à qui enfin qui se qui ont lu le livre qui ont lu mon roman et qui sont revenus vers moi en me disant bah voilà je vous connaissais pas je vous ai trouvé sur les réseaux où j'ai entendu parler de votre roman je l'ai lu et merci ou bravo c'était authentique j'ai adoré je l'ai lu en 24 heures enfin ça quand j'ai commencé à avoir des retours de parents qui ne me connaissaient pas dont les enfants étaient pris en charge dans des centres hospitaliers ou universitaires qui n'étaient pas le mien je me suis dit waouh en fait là ça y est il est allé au-delà de mon CHU il est sorti de mes cercles de mon cercle intime et il commence à toucher des gens bah que je connais pas et les retours sont vraiment chouettes donc ça m'a vraiment touchée de me dire ok là j'ai réussi à retranscrire quelque chose de cette vérité qui est la mienne c'était c'est pas du tout autobiographique ce premier roman mais je me suis forcément inspirée à la fois de mon parcours d'interne de jeune chef de clinique et puis de maman aussi à la fois de maman endeuillée à ce moment là et puis de maman de jeune aussi qui a eu des problèmes de santé qui a dû aller à l'hôpital quand j'avais 12-13 ans enfin voilà tout ça a fait une émulsion en fait pour créer des personnages qui sont complètement fictifs les patients aussi sont complètement fictifs voilà mais c'est une mosaïque de petits événements que j'ai pu vivre avec des patients qui m'ont fait rire qui m'ont désarçonné qui m'ont fait pleurer de joie et pleurer de tristesse aussi enfin voilà c'était ces retours là finalement quand on m'a dit vous avez réussi à retranscrire quelque chose qui m'a parlé alors qu'on n'avait pas le même hôpital pas les mêmes patients ça a été vraiment incroyable
Ybelion — j'entends les retours quelque part de gens que tu connaissais pas et qui se sont reconnus vraiment cette résonance que du coup tu peux pas imaginer au début parce qu'en fait tu sais pas qui vont être les gens qui te connaîtront pas qui vont lire ton roman c'est ça
Marie Villequier — c'est aussi un peu le stress quand on a beaucoup travaillé sur un livre et qu'on se dit ok bah maintenant faut que je lâche prise parce que j'ai plus de prise sur ce livre en fait ça y est il est prêt à partir à prendre ses petites ailes et s'envoler là j'ai l'exemple du deuxième qui va déployer ses propres ailes audacieuses pour essayer d'aller toucher le plus de monde possible bah là c'était pareil pour ce premier j'avais aucune certitude qu'il trouve son lectorat et finalement c'est un roman qui a plutôt bien marché j'ai pas encore eu les retours de la première année de vente mon éditrice devrait me dire d'ici peu mais il a il a eu plusieurs distinctions littéraires auxquelles je m'attendais pas du tout et c'est vrai que bah oui ça a été quelque chose d'incroyable pour moi d'avoir ces retours là donc ouais c'était vraiment chouette
Ybelion — et comment tu fais dans ta démarche d'écriture pour lâcher prise sur ce regard des autres ou quelque part sous cette forme de pression que peut amener toute la partie je dirais plutôt commerciale et marketing de la vie d'un livre qui est l'édition et après le fait de la promotion etc pour pas que ça parasite le côté artistique
Écriture ou promotion : le choix impossible
Marie Villequier — ben à vrai dire ces deux romans là je les ai écrits avant de partir sur le côté promotionnel donc c'est plus là en ce moment où je suis en train de travailler sur un troisième roman où ça résonne plus avec cette ta question résonne plus avec ce manuscrit là mais comme je suis encore dans la phase de brainstorming je suis pas du tout sur la phase d'écriture donc je sais pas trop par contre c'est sûr que c'est quelque chose auquel je m'attendais pas quand j'ai écrit le premier et le deuxième et que j'ai découvert seulement dans un second temps où en fait finalement les maisons d'édition s'attendent aussi à ce que l'auteur ait une enfin soit un simplique en fait dans le côté promotionnel et c'est quelque chose auquel j'avais pas du tout conscience avant donc après j'aime bien j'avoue je trouve que c'est chouette de créer des postes d'essayer de voir de quelle manière on pourrait accentuer tel thème présenter tel personnage enfin c'est un côté assez chouette mais par contre c'est très chronophage c'est quelque chose qui me peine qui me pèse pardon beaucoup quand je suis en phase d'écriture d'un projet et qu'à côté il faut aussi que je que je fasse de la promotion donc là c'est sûr que là je vais rentrer dans la phase de promotion du deuxième donc je vais mettre de côté mon projet pour pouvoir me consacrer plus là sur les prochaines semaines à la création de postes et à la communication sur les réseaux mais ouais j'ai perdu la question de départ pardon non t'inquiète
Ybelion — c'était très c'était très clair et en fait t'as répondu à une autre question que je me posais parce que du coup j'ai compris que t'avais tout de suite tu t'étais tourné vers l'édition je dirais classique et quelque part j'ai à aucun moment dans ton partage j'ai pu sentir que ça t'avait bloqué ou parasité dans ton processus et en fait tu viens de le dire c'est à dire que t'y pensais pas du tout quand t'étais dans le processus d'écriture et ça aussi je trouve que c'est assez impressionnant parce que très souvent et en tout cas j'en croise beaucoup puisque c'est aussi le cas de certaines personnes que j'accompagne de se libérer de ce regard de toute la partie après quand ton intention c'est d'écrire un livre pour toi que ça soit parce que c'est un accomplissement personnel une guérison un héritage un hommage ce que tu veux mais vraiment quand ça touche à toi c'est important de réussir à se détacher de ce que tu pourrais attendre vis-à-vis des autres avec ce livre et du coup bravo de l'avoir fait très naturellement de ton côté puisqu'en plus à mon sens c'est surtout ça qui donne aussi beaucoup d'authenticité à ces textes là et parfois quand tu fais preuve d'audace et quand t'as aussi évidemment un peu la chance le timing toutes les étoiles qui s'alignent c'est ça qui touche aussi les éditeurs après tu peux avoir aussi la posture totalement inverse de dire j'ai envie d'être édité donc je m'aligne avec ce que fait la maison d'édition et j'oriente toute ma phase de réflexion vers ça mais c'est pas du tout la même posture et c'est très difficile de s'adresser à un livre qu'on écrit pour nous tout en voulant le faire éditer parce que les deux ça crée une espèce de dissonance qui te désaligne quoi et je le partage beaucoup ça donc à chaque fois je le répète mais voilà et du coup je sais plus où j'allais mais si voilà du coup je sentais que chez toi tu avais bien réussi à faire la séparation des deux et j'entends du coup que maintenant effectivement faire les deux en même temps la partie très promotionnelle et très écriture c'est pas forcément évident de lier les deux et de faire un morceau après morceau quoi ouais
Marie Villequier — j'essaye de scinder parce que j'ai pas le temps je peux pas faire les deux parce que du coup je suis toujours pédiatre la journée je suis maman dans la deuxième partie du tunnel du 18-20h et quand les enfants sont couchés j'essaye de me consacrer à ma vie d'autrice et entre deux il faut quand même que j'arrive à dormir donc voilà je suis obligée de revoir mes priorités j'ai un rétro planning j'essaye d'être rigoureuse dans mon dans le processus d'organisation enfin voilà j'essaye d'être très organisée après voilà des fois il y a le quotidien qui vient tout chambouler et j'essaye de faire comme je peux c'est souvent l'écriture qui saute dans ce moment là mais puis il y a la fatigue aussi parfois quand on a une vie à 100 m'honneur j'essaye je suis plus attentive au signe de mon corps qui me dit là stop là faut lever le pied et à ce moment là c'est l'écriture qui empathie et je me dis bah c'est pas grave en fait si j'essaye d'insister et même si j'ai beau être très organisée savoir qu'est-ce que je veux faire à tel moment et ou quand comment si mon corps ne suit pas et que ça va trop vite le haut je vais perdre les pédales et je vais tout foirer donc je dans ces moments là je mets tout de côté j'ouvre un bouquin je vais dormir à 21h pendant 3 jours je fais ça et puis ça va mieux donc ça fait du bien écrire un manuscrit et faire de la promotion à côté j'y arrive pas en fait donc là voilà mon projet je vais le mettre de côté là pour les prochaines semaines puis je le reprendrai vers l'été quand la phase de communication et de promotion sera terminée mais c'est pas forcément facile parce que quand on a déjà brainstormé qu'on a nos personnages qu'on commence à avoir un peu le squelette de bah on a envie de passer à la fesse des captures j'ai envie mais je me dis bon en fait c'est pas plus mal que je fasse des pauses que ça aille par étapes puis bon voilà je pense que moi je serais pas une autrice qui réussira à sortir un roman par an j'ai fait le deuil de ça aussi mais bon bah voilà parce que j'ai 100 000 histoires et je suis obligée de faire des choix sur les projets sur lesquels je travaille et c'est des fois dur de me dire non Marie là en fait t'as choisi ce projet là tu vas jusqu'au bout parce que si tu repars c'est le shining object non ils disent pas comme ça les anglais le shiny object d'être attirés par
Ybelion — l'objet brillant
Marie Villequier — en se disant
Ybelion — ah c'est ça
Marie Villequier — là quand ça commence à être trop dur qu'on est dans le ventre mou d'un roman et qu'on se dit non mais en fait je vais faire ce truc là ça va être vraiment mieux non ça j'essaye de me refocaliser de me discipliner pour non là en fait je vais jusqu'au bout mais c'est pas facile
Ybelion — je l'appelle je l'appelle le syndrome du manuscrit de Schrödinger ce syndrome là
Le syndrome du manuscrit de Schrödinger
Marie Villequier — il est là mais il est là mais il est pas là
Ybelion — et ça surtout que les idées que t'as parce que tu les recommences à zéro à chaque fois dès que t'as une nouvelle idée et ouais c'est pas facile et d'ailleurs c'est tu vois tu m'as c'est de je suis assez impressionné parce que du coup tu partages des choses que je moi traite avec les auteurs justement pour qu'ils ils arrivent à faire comme toi tu vois à se libérer de ça et tu vois par exemple de dire je fais le deuil de réussir à écrire un roman par an c'est probablement de réussir à faire ce deuil là qui te permettra d'en écrire un maximum tu vois et le fait de choisir l'idée qui te parle le plus c'est aussi probablement ça qui te permettra d'écrire le maximum d'idées parce que du coup vraiment t'es dans ce démarche de dire ok choisir c'est préféré et c'est ça que j'ai envie d'amener au bout et tu le fais de manière naturelle ou t'as travaillé euh travaillé pour euh
Marie Villequier — je sais pas trop comment répondre j'ai lu beaucoup de livres de développement personnel quand j'ai traversé ma grosse phase de désert là quand j'allais pas du tout bien après le décès de ma fille l'écoute de podcasts aussi ça m'a beaucoup aidée et en fait l'écoute d'auteurs mais aussi de personnalités publiques ou pas publiques en fait juste en fonction des invités des différents podcasts je pense qu'en fait ça m'a ça m'a nourrie euh je pense que il y a mon expérience personnelle et professionnelle aussi probablement qui m'aide à faire des pas de côté quand il faut mais des fois j'y arrive pas du tout des fois mon mari est à côté de moi il m'écoute pester il écoute il fait oui je sais je sais mais t'inquiète pas ça va aller je fais oui merci ben voilà je les lectures l'écoute de podcasts les discussions je pense que c'est quelque chose qui vient nourrir en fait enfin donc c'est pas du tout naturel c'est plus quelque chose que je construis au fil de l'eau depuis quelques années en fait mais j'ai pas de recette miracle c'est
Ybelion — ouais ça n'existe pas c'est quelque chose
Marie Villequier — qui infuse en fait avec tout ce que je peux écouter lire au quotidien depuis toujours en fait mais il y a des moments où je galère et où j'ai besoin du coaching de mon mari pour me remettre sur les rails mais là en fait voilà
Ybelion — c'est de toute façon tu l'as très bien résumé il n'y a pas de il n'y a pas de recette miracle moi je trouve ça toujours très intéressant de voir comment les gens tu vois se réussissent à prendre conscience de ces choses là parce que c'est pas évident tu vois quand t'es tout seul et effectivement la seule recette miracle c'est de s'écouter et d'oser regarder nos peurs ou nos croyances un peu droit dans les yeux quoi et bravo pour le faire même si évidemment il y a toujours des moments où c'est difficile et comme tu l'as dit parfois les impératifs de la vie dans lesquels je range la santé c'est à dire que sacrifier son temps de sommeil ou je sais pas quel autre truc pour écrire son livre c'est pas tenable sur plusieurs mois donc prenons soin de nous c'est quand même important
Marie Villequier — donc il y a des moments où je mets un coup de collier enfin là quand de septembre à décembre il a fallu que je retravaille avec la maison d'édition pour rendre un manuscrit propre en décembre pour pouvoir l'envoyer sur la mise en page le graphisme la correction etc c'est sûr que là j'ai pas compté mes heures je me suis couché vraiment tard et j'ai douillé en décembre même janvier là j'ai du mal donc voilà c'est compliqué mais voilà j'avais une deadline à respecter et je savais que passer cette deadline là je pourrais me reposer et que ça serait plus simple donc faut pas le faire sur le long cours je suis d'accord avec toi faut le faire sur des temps très courts et même sur un temps très court s'il y avait des jours où je pouvais plus j'étais trop crevée j'étais en déficit de sommeil et je dis bah tant pis là je prends 3 jours je me couche à 21h et voilà quoi
Ybelion — donc faut s'écouter
Marie Villequier — je suis d'accord faut s'écouter faut se faire parfois violence en se disant non je me mets un coup de pied aux fesses et j'y vais en fait je pense c'est toujours une question d'équilibre c'est comme dans tout dans la vie une question d'équilibre entre la ténacité de l'audace de la volonté et un petit coup de pied aux fesses quand il y a besoin et se dire ok là je vais peut-être un peu trop loin faut que je m'écoute et c'est pas de la faiblesse c'est écouter sa vulnérabilité et se dire ok bon bah là en fait juste je peux plus bah c'est pas grave c'est pas un aveu de faiblesse c'est juste un aveu de réalité et juste je prends un peu de temps pour moi et je reviendrai beaucoup mieux que si je vais creuser plus profond et que je me relève pas donc une question d'équilibre c'est pas forcément facile à doser puis des fois ça va voilà faut un équilibriste sur un fil quoi
Ybelion — ouais t'as raison t'as raison tu l'as très bien résumé c'est à la fois réussir à avancer mais pas à s'épuiser et chacun a ses enjeux autour de cette fine ligne moi je sais que c'est plutôt le côté justement à jamais s'arrêter tu vois effectivement je connais un peu aussi comme toi parfois les 2-3 jours ou 21h c'est au lit ça fait plus rien et ça fait du bien aussi ça fait du bien de s'autoriser ces moments là où tu te perds sur les réseaux à écouter que des trucs qui n'ont aucun sens enfin voilà juste tu déconnectes ton cerveau et parfois ça fait beaucoup de bien
Marie Villequier — puis on a pas tous les mêmes formes physiques et faut pas se comparer avec celui qui arrive à écrire un roman en 3 mois et où on se dit je sais pas comment il fait oui mais cette personne là n'a pas forcément ton travail à côté des enfants les mêmes impératifs personnels ou professionnels et c'est complètement ok enfin voilà ne pas tomber dans la comparaison nite aiguë c'est pas forcément facile mais il faut toujours faire ce pas de côté là en se disant non mais il faut pas enfin il faut pas mélanger les torchons et les serviettes c'est pas ça c'est pas ça c'est pas ça c'est ne pas comparer les petits pois et les haricots quoi ouais c'est tout à fait ça
Moteur contre carrosserie : refuser la comparaison
Ybelion — moi j'avais entendu une phrase et à chaque fois je la répète mais je m'en rappelle plus de qui elle est mais qui disait quand tu regardes la réussite de quelqu'un sur Instagram en gros t'es en train de comparer ton moteur à la carrosserie de la personne et ça n'a rien à voir c'est-à-dire compare des choses qui sont comparables et une fois que tu prends ce recul là c'est beaucoup plus facile aussi c'est beaucoup plus facile
Marie Villequier — mais quand on est déprimé c'est pas le moment où il faut aller sur Instagram parce que ce recul là c'est plus difficile
Ybelion — bien sûr il y a des moments c'est ça et ça c'est difficile aussi
Marie Villequier — ouais c'est difficile et puis bon je pense qu'on est tous un peu accro à nos smartphones on dégaine assez facilement et depuis que j'ai installé une application de limitation de temps d'écran je vis beaucoup mieux aussi ouais
Ybelion — c'est vrai que ça c'est une bonne c'est une bonne astuce moi ma soeur elle m'avait dit de passer l'écran en noir et blanc et effectivement tout est vachement moins sexy quand c'est un noir et blanc ça te donne vachement moins envie de regarder ton téléphone il y a plein de petites astuces plus de petites astuces comme ça trop bien et t'aurais quoi comme anecdote sur nos ailes audacieuses que tu un truc un peu insolite j'aime bien poser cette question cette question à la fin un truc que tu raconterais pas forcément mais voilà qui est
Marie Villequier — qui parle de un truc que j'aurais pu faire un truc dossier vraiment genre une anecdote
Ybelion — ce que tu veux sur le processus sur le livre un truc rigolo vraiment sens-toi libre de partager ce qui te vient
Le vol en ULM
Marie Villequier — un truc rigolo alors je sais pas si c'était très rigolo mais j'ai j'étais jamais montée dans un petit avion j'avais pris des vols long courrier et en fait pour me rendre compte des sensations au décollage à l'atterrissage en fait j'ai eu la chance avec mon association de quartier c'est tombé pile pendant le moment de la réécriture donc au niveau de la correction donc j'avais accouché je n'étais plus enceinte mais donc j'ai réussi en fait à faire un vol en ULM donc il m'a permis de bah en plus le gars était sympa il m'a laissé les commandes donc j'étais un peu stressée quand même j'ai arrêté de regarder les champs voilà le château de Lunéville qui était magnifique sous le soleil non là j'étais rivée à l'altimètre et j'ai essayé de garder le truc le l'avion pique du nez enfin donc cette sensation là de tenir l'avion c'était quand même un truc incroyable donc il a ouais il m'a laissé voler quand même une bonne dizaine d'une minute mais quand j'ai redonné les commandes j'étais épuisée et donc il a fait l'atterrissage le décollage et j'étais avec mes deux enfants et mon mari qui était sur le bord de la piste et qui applaudissait quand je quand j'ai atterri donc ça c'est un super souvenir parce que je me souviens en vol penser à toutes ces aviatrices dont je m'étais inspirée donc qui ont vraiment bouleversé la condition féminine de l'époque parce que dans les années 30 les femmes elles étaient cantonnées au rôle d'épouse de femme au foyer et elles n'étaient pas du tout autorisées à avoir un métier et encore moins de devenir aviatrice et quand j'étais dans les airs c'est à elles que je pensais en me disant waouh je comprends en fait cette sensation incroyable qu'elles avaient d'être en l'air parce que c'est pas quelque chose qu'on ressent quand on est sur un vol long courrier les sensations sont pas du tout les mêmes et je suis contente d'avoir eu l'occasion de faire ça pour pouvoir vraiment réinstiller toutes ces sensations-là dans le roman donc
Ybelion — j'adore cette anecdote
Marie Villequier — voilà c'est cool
Ybelion — c'est trop cool non ça tu vois c'est justement on se trouve que ça donne d'autant plus de corps tu vois c'est vraiment plongé dans l'exercice tu t'es dit bon j'écris sur les avions allez hop on va monter dans un avion c'était vraiment
Marie Villequier — un concours de circonstances en fait où on a une petite gazette qui arrive dans notre boîte aux lettres de temps en temps et en fait ils proposaient un vol en ULM telle date merci de vous inscrire ok bah go incroyable c'était vraiment un coup de chance parce que depuis deux ans ils n'ont pas reproposé ça donc c'était vraiment je pense c'était fait pour moi
Ybelion — c'était assez trop cool et le t'as parlé des aviatrices qui avaient pu t'inspirer ouais c'est lesquelles si tu te rappelles des noms qui
Marie Villequier — alors celle qui m'a vraiment inspiré le roman c'est Adrienne Bolland ok alors elle a eu un parcours incroyable donc elle a commencé à voler en France donc faut savoir que la plupart des aviatrices elles étaient considérées comme des clowns en fait de voltiges en fait il y en avait très peu qui étaient prises au sérieux et en fait cette nana là elle a traversé l'Atlantique pour rejoindre l'Argentine et ça a été la première femme à traverser enfin à voler au dessus de la cordillère des Andes en 1921 là où tous les hommes avant elle avaient échoué et elle a atterri à Santiago du Chili en ayant frôlé la mort et en arrivant comme une championne incroyable les gens ne pensaient pas qu'elle allait réussir et il faut savoir qu'elle a atterri le 1er avril 1921 sur l'aérodrome de Santiago du Chili et l'ambassadeur de France a cru que c'était un poisson d'avril quand on lui a dit elle est arrivée de l'autre côté ça y est donc voilà et en fait elle s'est fait lâcher par le gars qui lui avait prêté son avion en Argentine donc elle a dû revenir sur un transatlantique en étant femme de chambre pour payer son retour son billet retour et ensuite elle s'est engagée dans la résistance pendant la seconde guerre mondiale et elle est décédée vieille dame quoi donc voilà
Adrienne Bolland, la pionnière des Andes
Ybelion — c'est incroyable
Marie Villequier — et en fait c'est en lisant sur voilà ces aviatrices là suite à l'interview de Doreen Bourneton qu'en fait j'ai découvert mais des tas et des tas d'aviatrices comme ça hyper inspirantes hyper drôles aussi beaucoup ont perdu la vie très jeunes sur des accidents dramatiques mais des femmes comme elle ou Marie-Marvin qui ont vécu voilà à des âges très avancés mais qui ont touché à tout qui ont été vraiment curieuses de la vie et audacieuses enfin voilà c'est des destins qui sont incroyables donc bah moi mes deux héroïnes finalement elles sont inspirées de ces femmes là mais c'est pas du tout des trajectoires biographiques en fait j'ai lu beaucoup sur ces femmes là et ensuite j'ai dit ok qu'est-ce que je veux donner comme message et quelle trajectoire de vie je peux inventer à cette madeleine qui vit dans les années 30 dans la communauté française de Buenos Aires en Argentine et qui a très envie d'intégrer l'aéropostale et voilà et c'est parti de là et pour son pendant du coup de personnage contemporain qui s'appelle Émilie bah c'est pareil je me suis inspirée du parcours d'Aurine Bourneton mais c'est pas du tout son parcours à elle en fait certes elle a un grave accident qui fait qu'elle perd l'usage de ses jambes mais derrière son parcours à elle est complètement différent de celui de Doreen mais voilà disons que c'est une étincelle de chaque côté qui m'a fait tricoter des personnages complètement fictifs mais pour aller sur des personnages très résilients lumineux et libres en fait qui se battent pour leurs rêves voilà
Ybelion — ça m'a trop donné envie là c'est cool
Marie Villequier — tant mieux
Ybelion — trop cool et du coup c'est il y a deux temporalités c'est ça ? il y a les années 30 et les années aujourd'hui c'est ça ?
Marie Villequier — alors c'est 2010
Ybelion — ok
Marie Villequier — alors pourquoi 2010 ? parce qu'en fait j'avais besoin pour un souci de cohérence et de réalité qu'une loi soit passée très peu de temps avant parce que par exemple si c'était en 2026 si on tape bah voilà je suis paraplagique et je veux voler on trouve tout de suite la réponse que dans les années 2010 en fait c'était tout récent qu'en fait il y avait une non je vais je vais spoiler là mais voilà des licences pour les pilotes paraplégiques et du coup voilà grâce à Dorine Bourneton notamment et qui permettent du coup derrière d'aller chercher ses rêves derrière quoi
Ybelion — j'adore ces petits ces petits détails de cohérence qui donnent vraiment tout le corps au roman t'es enfin vraiment t'es trop cool ça donne vraiment envie et petite ça m'est venu comme ça la fameuse Dorine tu as t'as pensé genre à lui à lui faire un mot ou à lui à lui envoyer ton livre
Marie Villequier — ouais j'aimerais bien j'aimerais bien mais j'attends de recevoir mes exemplaires d'autrices pour pouvoir lui en offrir mais oui carrément ça fait partie du plan com que j'ai en tête ça serait chouette si je pouvais lui offrir
Offrir son roman à Dorine Bourneton
Ybelion — ça serait trop cool
Marie Villequier — sachant que je lui fais sa petite pub aussi elle est au théâtre de Montparnasse en fait sur un spectacle qui s'appelle Voltige où elle raconte en fait sur scène avec un mélange de théâtre et de danse son parcours donc j'aimerais beaucoup aller voir son spectacle donc voilà si vous êtes sur Paris jusqu'en fin avril je crois allez voir le spectacle de Dorine Bourneton moi je compte y aller j'ai très envie d'y aller mais voilà c'est une dame qui m'a énormément inspirée à la fois pour mon personnage mais aussi pour mon parcours personnel
Ybelion — comme tu disais
Marie Villequier — sur le fait de se dire ok la vie m'envoie des bâtons dans les roues qu'est-ce que j'en fais maintenant et qu'est-ce que je peux en tirer et de ne pas se laisser abattre même si voilà elle explique bien que c'est pas facile tous les jours et que des fois on a juste envie d'aller se terrer dans un trou et de se souvenir un peu mais voilà d'apprendre à s'écouter aussi je pense que c'est du dépassement de soi mais moi elle m'a énormément impressionnée et inspirée donc oui j'espère pouvoir avoir l'occasion de lui offrir mon roman
Ybelion — je te le souhaite trop en vrai je trouve que c'est magnifique ces boucles qui se ferment et ça serait vraiment trop cool je te le souhaite ouais merci beaucoup Marie pour tous tes partages merci à toi c'était vraiment très inspirant et j'espère et en fait non comme je le disais je suis sûr que comme Dorine t'a touché ton partage touchera quelqu'un et peut-être que c'est ça qu'il lancera dans l'écriture et donc merci pour ça
Marie Villequier — bah je lui souhaite il faut il faut oser
pour