La plupart des gens répondent le soir, une fois que tout le reste est fait. Orlane Escoffier faisait pareil. Deux enfants, un travail en bibliothèque, Paris. Elle écrivait tard, en fonction de son humeur, avec parfois un petit verre pour se lancer.
Ce qui a tout changé est arrivé par hasard. Pendant un an et demi, elle travaille loin de chez elle et se met à écrire dans les transports du matin. Vingt ou trente minutes, le temps de s'asseoir. Et elle découvre que ça la reboostait pour la journée entière.
Le renversement est là, et il vaut pour beaucoup de monde. Tant qu'on garde l'écriture pour le soir, on la place au moment où on a le moins d'énergie, comme une récompense qu'on s'accorde une fois rincé. Passée au matin, elle devient le carburant du reste. Elle cite aussi Stephen King : plus on écrit tous les jours, plus la mise en route est facile. Il reste un court moment de résistance, l'envie de dormir ou de lancer une série, et une fois passé, on est dedans.
Dans cet épisode, on parle aussi de son lundi seule dans un café, de sa mise en garde contre l'organisation à outrance qui mène au burn-out, et du mail de refus d'éditeur qui n'en était pas un.
LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE
CAROUSEL À VENIR
Les slides de cet épisode arrivent bientôt dans la bibliothèque visuelle.
Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Intro
Ybelion — Yo yo, c'est Ybelion, vous êtes dans le 62e épisode d'Ose Écrire et aujourd'hui j'ai la chance d'accueillir Orlan, avec laquelle on parle de s'organiser quand on a une vie très chargée, par exemple avec des enfants, et avec laquelle on parle aussi de masculinité, de vampire et de plein d'autres sujets intéressants. Je vous laisse avec ça, je vous souhaite une très bonne écoute et je vous dis à très vite. Moi c'est Sam Ybelion de Mon Nom de Plume, je suis écrivain, coach et j'accompagne celles et ceux qui veulent renouer avec leurs rêves d'écriture. T'écoutes un podcast dont l'intention est simple, te donner inspiration, outils, motivation, discipline, bref, tout ce qui peut te permettre d'oser écrire. En gros, c'est un peu dans le titre quoi, Ose Écrire. T'écris toujours avec les enfants, t'y arrives quand même ?
Écrire avec un enfant de deux ans et demi
Orlane Escoffier — Non, enfin, généralement quand ils sont dans la pièce avec moi...
Ybelion — Ouais, ça c'est compliqué.
Orlane Escoffier — Franchement, ouais. Après, tu vois, la plus grande, elle a 7 ans, elle est cool, donc oui. Mais le petit qui a 2 ans et demi et qui est clairement démoniaque, c'est pas possible. Ah non, c'est toute une autre... C'est limite la vie parallèle, tu vois.
Ybelion — Ouais, ok, je comprends. Et ça, en vrai, ça m'intéresse comme sujet parce que c'est, entre guillemets, facile pour moi, tu vois, qu'il n'y ait pas d'enfant.
Orlane Escoffier — Ouais.
Ybelion — Et je suis toujours assez impressionné de voir les gens qui en ont justement à réussir à maintenir... Alors peut-être pas les routines parce que forcément, c'est peut-être parfois un peu compliqué. Enfin, tu me raconteras comment tu fonctionnes, tu vois.
Orlane Escoffier — Ouais.
Ybelion — Mais au moins, l'amour de l'écriture, j'ai l'impression que certains arrivent quand même à se dire, à se connecter à ça, tu vois.
Orlane Escoffier — Ah bah de toute façon, ouais, en fait, c'est parce que tu peux pas faire sans, quoi.
Ybelion — Ouais.
Orlane Escoffier — Tu vois, moi, en tout cas, si j'ai pas un projet en cours ou si j'écris pas, ça va absolument pas. Donc, tu vois, c'est limite ça, c'était même là avant les enfants. Et du coup, j'ai organisé la vie, tu vois, un peu autour, en fait, en partie, tu vois.
Ybelion — Ouais, ok. Et du coup, en ce moment, comment t'arrives à articuler les deux pour peut-être pas avoir de... J'imagine que parfois, c'est peut-être un peu frustrant, mais peut-être pas d'avoir que de la frustration.
« Écris le matin, pas le soir »
Le lundi seule : 80 %, la bibliothèque et le café
Orlane Escoffier — Bah, en fait, moi, ce que j'ai fait, enfin, si je pouvais me le permettre, quoi, c'est que j'ai repris le travail, mais à 80%.
Ybelion — Ah ouais, ça c'est cool.
Orlane Escoffier — Voilà, et comme j'ai des horaires décalés, puisque je travaille en bibliothèque, le lundi, je suis seule. Tous les lundis, je suis seule. Je n'ai ni mec ni gosse. Donc déjà, en fait, généralement, dès le lundi matin, je dépose ma fille et ensuite, je me pose quelque part, généralement, dans un café. Parce que si je suis chez moi, bon, eh ben, on voit la multitude de choses qu'il faut faire. Et en règle générale, le lundi, ouais, je passe beaucoup de temps, enfin, beaucoup de temps, oui, si, quand même, pour écrire à ce moment-là. Et à un autre moment, parfois, je ne travaille pas un jeudi sur deux. Donc, en fait, c'est pareil. Et il y a longtemps maintenant, malheureusement, je ne peux plus le faire. Mais j'écrivais beaucoup dans les transports. Parce qu'en fait, dans les transports, bon, ce n'est plus le cas maintenant, mais dans les transports, tu es tout seul. Potentiellement, tu peux être assis. Et ouais, j'utilisais vachement ce temps-là. Et sinon, ben, en fait, c'est vraiment, tu sais, une sorte d'entraînement. Parce qu'avant, moi, quand j'avais commencé, comme j'écrivais depuis... En fait, franchement, depuis toute petite, quoi, ma grand-mère a gardé des reliques, quoi. Mais avant, quand je me mettais dans... Enfin, il fallait me mettre tout dans un... Comment ça ? Un état d'esprit particulier pour réussir à écrire. Limite, j'écrivais plus le soir ou en fin de journée avec un petit verre pour... Voilà, pour me lancer, quoi. Et en fait, petit à petit, avec le temps, et surtout, ben, en fait, plus on vieillit, plus on a des responsabilités. Genre le boulot, les gosses, la vie sociale, etc. Plus, petit à petit, en fait, j'ai essayé de professionnaliser la chose. C'est-à-dire de... Un peu comme disait Stephen King, ben, en fait, il faut écrire tous les jours. Bon, lui, il écrit je ne sais pas combien de milliers de signes, je ne sais pas comment il fait, mais... En fait, tous les jours. Et plus tu le fais tous les jours, plus, en fait, ça devient facile. C'est-à-dire que tu peux avoir une petite démotive de te dire... Ah, ben là, si je me pose, je vais peut-être m'endormir. Ou là, je préférerais mater une série ou même bouquiner. Mais en fait, dès que tu passes ce petit moment-là, ensuite, tu re-rentes dedans. Mais c'est vraiment parce que tu écris... Enfin, c'est une sorte de rigueur aussi, quoi. De se dire tous les jours, tu trouves un moment. Bon, des fois, tu ne peux pas. Genre, moi, le week-end, c'est quasi impossible. Mais... Et maintenant, j'ai réussi aussi, même parfois, ce n'est pas souvent, mais parfois, à m'y remettre le soir, une fois que les enfants, ils sont couchés. Alors après, voilà, je ne travaille pas les mêmes choses. C'est-à-dire que le soir, soit j'écris une scène que j'ai vraiment très bien dans ma tête, comme ça, je sais que ça va à peu près couler tout seul. Soit je fais plutôt des petits travaux de... Je relis, je retouche un petit passage. Voilà, ça dépend de l'état de fatigue, en fait.
La méthode Stephen King : écrire tous les jours
Ybelion — C'est passionnant. Elle t'a dit vraiment beaucoup de choses intéressantes. Je vais essayer de ne pas trop me perdre... D'inquiète. ...dans tout ce que j'ai envie de te partager. Déjà, je trouve que c'est assez... C'est assez beau, entre guillemets, la rationalité que tu as réussi à mettre dans l'écriture, qui, je sens, du coup, est quand même très... A toujours été un rêve, ou en tout cas, toujours ancré en toi depuis petite. Et effectivement, d'arriver à un moment à passer ce cap, de dire... Ouais, ben en fait, à un moment, il faut que j'agisse de manière cohérente avec ce que j'ai envie de faire. Ça, c'est vraiment une étape qui est... Je ne saurais pas dire si elle est facile ou difficile. En tout cas, il y a un moment où tu la passes. Il y a des gens qui ont la chance d'être connectés tout de suite à cet amour de l'écriture et à ce besoin. Et moi, un peu comme toi, j'ai eu besoin à un moment de se dire... Et c'est marrant parce que j'utilise vraiment ce mot-là aussi, c'est-à-dire de professionnaliser. Pas au sens que ça devienne une contrainte, mais au sens de dire... Bon, prends ton rêve au sérieux, plutôt, on dirait.
Orlane Escoffier — Oui, c'est ça.
Ybelion — Et ça, c'est vraiment beau. Et puis, il y a autre chose qui est hyper intéressante dans ce que tu dis, c'est tout le côté connaître aussi comment tu fonctionnes, tu vois. Alors, le cadre, l'environnement, les routines peuvent un petit peu changer. Mais tu vois là, de dire... Bon, là, je ne reste pas à la maison parce que sinon, c'est sûr qu'il y a un milliard de trucs à faire. Ça, c'est bien aussi. Et franchement, c'est hyper inspirant. Je trouve que la démarche que tu as faite, je ne sais pas si elle est consciente ou elle a été inconsciente. Mais en tout cas...
Orlane Escoffier — Non, elle a été quand même consciente parce qu'en fait... Enfin, quand Milarka est sortie la première fois... Déjà, j'étais trop étonnée que ça... Ouais. Je me disais, oh, je suis un peu fou. Et en fait, après, j'ai vite... Enfin, vite. Non. J'avais fait quand même une pause. Et après, j'avais un projet que je voulais écrire, qui pour le moment, on n'a toujours pas trouvé d'éditeur. Mais en tout cas, c'est un peu mon mastodonte, quoi. Peut-être un projet qui est beaucoup plus complexe, beaucoup plus costaud. Et je veux dire plein de choses dedans. Et du coup, je... En fait, ce projet-là me tenait vraiment à cœur. Et j'avais surtout besoin... En fait, il fallait que je l'écrive. Enfin, il fallait que ça sorte, quoi. Je ne pouvais pas juste le garder et je ne pouvais pas le mettre de côté. Donc, j'y ai travaillé pendant presque quatre ans. Et en fait, c'est à ce moment-là où les routines se sont mises en place. Parce que... En quatre ans, il se passe plein de trucs. En fait, tu passes de la vie... Enfin, c'était un peu mon cas. D'étudiante. Où tu es juste à deux dans ton appart, tout ça. Tu n'es plus étudiante. Tu bosses. Donc maintenant, bon... Tu es moins dispo. Sachant que moi, j'ai quasiment passé tous mes cours. Mais du collège jusqu'en fac. Où généralement, j'écoutais le cours quand même. Mais j'écrivais en même temps. Enfin, maintenant, c'était un... Ça a toujours été un bon moyen pour moi de me concentrer, en fait. De faire deux choses à la fois. Et après, c'est vrai que quand tu te mets à bosser, tu es quand même un petit peu plus surveillé. Et donc, tu es obligé, en fait, de t'imposer des routines. Parce qu'il faut que ce truc... En fait, s'il ne sort pas, ça ne va pas. Et c'est vrai que moi, bon, après, il y a eu les enfants, etc. La vie à Paris. Donc, voilà. Un mode de vie un peu particulier. Et c'est là où, comme je te disais, en fait, les transports, mine de rien... Alors oui, la plupart des gens vont te dire que c'est un enfer. Et c'est vrai. Mais, moi, je sais que pendant au moins un an et demi, deux ans, je travaillais loin de la maison. Il fallait que je prenne les transports. Et en fait, pour ne pas péter un câble aussi, le matin, c'était mon lieu d'écriture. Et même si je ne travaillais que genre 20 ou 30 minutes, parce que le temps de s'asseoir, que machin, que bref... Eh bien, en fait, je me suis rendu compte aussi que ça me reboostait pour la journée. C'est-à-dire que j'ai un peu inversé les choses de me dire... Bon, une fois que tu as, je ne sais pas, cliné la maison, tu as fait ton taf, tu as bossé... Ta récompense, c'est de t'y mettre pour écrire. Sauf qu'en fait, en règle générale, tu es rincé. Soit une fatigue physique, que ce soit la fatigue psychologique de la fin de journée. Et en fait, en faisant l'inverse, c'est-à-dire en me disant le matin, j'écris, en fait, ça me dynamise pour la journée. Donc, effectivement, après, c'est des trucs que quand tu vieillis, tu commences un peu à te connaître aussi, quoi.
Inverser la récompense : écrire le matin
Ybelion — Ouais, carrément.
Orlane Escoffier — Voilà, quoi.
Ybelion — Ça, c'est incroyable, parce qu'il y a beaucoup de... Il y a quelques similitudes. Moi, je suis un peu comme toi. À un moment, je me suis dit, le soir, c'est aucune énergie, comme tu dis. Et du coup, c'est hyper intéressant parce que, tu vois, en coaching, on parle toujours de recadrage sur des croyances qu'on peut avoir. Et typiquement, moi, j'étais persuadé qu'il fallait écrire le soir. Et en fait, à un moment, tu dis, attends, mais en fait, j'y pense toute la journée en me disant, il faut que j'écrive ce soir, il faut que j'écrive ce soir, c'est un enfer. Bah oui. Fais-le le matin. Et en fait, là, d'un coup, tu fais, putain, c'est...
Orlane Escoffier — Bah ouais.
Ybelion — C'est vachement plus simple.
Orlane Escoffier — Bah ouais, c'est plus simple parce qu'en fait, bon, déjà le matin, mine de rien, t'es censé avoir vaguement dormi. Enfin, ça dépend, mais... Et ouais, mais en fait, après, tu vois, c'est un peu comme si je me disais, bon, on va dire le truc super important pour moi, en tout cas de la journée, il est fait. Je dis pas que c'est... Je sais pas si j'écris quelques pages, c'est peut-être pas les meilleures pages du bouquin, mais de toute façon, je m'en fiche. Je vais y revenir, je vais y retravailler. Et après, bon, le truc qu'il faut pas dire, mais c'est pas complètement... Tous les auteurs que je connais, on est un peu pareils. Bon, au boulot, il y a un moment, c'est un peu calme. Voilà. Enfin...
Ybelion — Ouais. Je sais pas s'il y a prescription là où j'étais avant, mais oui, il y a des moments... Moi, c'était la pause de midi et deux, tu vois. Il y a certains qui allaient au café. Moi, je prenais... Tu prends 10, 15, 20 minutes pour te vider un peu ce que tu peux avoir en tête. Mais c'est ça qui est hyper intéressant, en fait. C'est toujours de composer. Tu vois, comme tu dis, il y a les impératifs. Bon, bah, t'as des enfants, tu peux pas faire autrement que t'en occuper. Donc, ça, il faut l'accepter et construire autour de ça. Et je dis pas que c'est facile, évidemment. Mais c'est en tout cas... Tu vois, c'est hyper intéressant que tu partages ça. Parce que moi, quand je le dis, ça a presque aucune valeur, tu vois. Mais quand j'entends des mamans le partager, t'es pas la seule. Et c'est ça qui, moi, je trouve hyper inspirant. Et ouais, vas-y, pardon.
Orlane Escoffier — Après, tu vois, comme je te disais, c'est en fait, si on le fait, c'est pas pour, comment dire... Tu vois, et se dire, oh putain, je suis vraiment une meuf au top, quoi. Je suis trop organisée. J'en vais pas te faire. Alors, des fois, tu peux y penser. Et puis, en fait, au bout d'un moment, il y a tout qui lâche. Et tu fais une sorte de burn-out et t'as plus rien qui marche. Mais moi, c'est vraiment, en fait... Parce que c'était une question que je me posais beaucoup en me disant... Bon, déjà, je voulais pas d'enfant, en fait, à la base. Puis j'ai pas... Un jour du jour au lendemain, c'est venu. Et en fait, je me disais toujours, et encore maintenant, si on me disait, qu'est-ce que tu choisis entre l'écriture et tes enfants ? Bon, avant d'avoir des enfants, je me disais, bah, tu sais, bah, je choisirais l'écriture, les gosses, je peux ne pas en avoir. Bon, maintenant que j'ai des gosses, évidemment, c'est différent. Mais en fait, c'est vraiment parce que si je n'ai pas ça... Alors, parfois, c'est difficile, notamment pour ma famille, parce qu'on est très différent de comprendre ça, que dans la journée, si je veux être une mère à peu près potable, si je veux être même au travail, en fait, et même aussi dans les relations sociales, c'est-à-dire qu'aller à une soirée avec des potes, eh ben, moi, j'aime bien me dire que j'ai écrit avant. Et au sein de... Enfin, quand tu fais des vacances en famille, etc., j'ai vraiment besoin d'avoir tous les jours un moment où je m'isole, et ce n'est pas que je m'isole parce que je fais la gueule ou que je m'ennuie, c'est que j'en ai vraiment besoin. Et je ne peux pas... Sinon, après, il y a une sorte de frustration, une sorte d'agacement, et même une sorte d'angoisse, parce que, tu vois, quand tu écris... Alors, là, c'est la première... Enfin, on va y revenir, je pense, mais là, tu vois, c'est la première fois que j'écris un bouquin où je sais... Enfin, j'ai signé le contrat, tu vois. Et c'est complètement différent. Donc, en plus, tu as ce stress-là. Et c'est juste qu'en fait, tu en as vraiment besoin de cette activité. Donc, effectivement, en fait, tu essaies d'organiser ta vie autour. Tu essaies, évidemment, parce que, bon, tu peux très bien te dire, là, pendant qu'il y en a un qui dort, je vais écrire. Bon, tu as décidé de ne pas dormir. De toute façon, tu n'arriveras pas. Voilà, c'est vraiment... Tu composes avec, quoi.
Écriture ou enfants ? La question qui revient
Ybelion — Et avant de partir sur les livres que tu as pu écrire et que tu vas écrire, ce besoin-là d'écrire pour te sentir toi, entre guillemets, tu l'as toujours eu ? Et si oui, à quel moment... Enfin, c'est quoi le déclic qui te fait dire en fait, je ne peux vraiment pas en passer et à partir de maintenant, je le mets en priorité ?
Orlane Escoffier — En fait, ça a arrivé assez tôt parce que, tu vois, quand j'étais vraiment toute petite, mais toute petite, j'ai retrouvé des trucs... De la grande poésie, j'avais 8 ans. Voilà. Bon, petite, tu as aussi... Enfin, moi, déjà, je m'ennuyais beaucoup quand j'étais petite parce que j'étais toute seule pendant longtemps. Donc, je m'ennuyais énormément. Donc, dès que j'ai su lire, déjà, ça a bouffé d'oxygène. Et en fait, quand j'ai vraiment découvert les romans de quand on était ado, quoi, bon, Harry Potter, même si... Bon, à l'époque, on ne connaissait pas trop les idées transphobes. Les Royaumes du Nord. Alors, ça, c'est mon bouquin préféré. En fait, au début, ça a été la lecture. En fait, ça a été la lecture qui est devenue, mais vitale. Et clairement, quand je terminais... Il y a certains livres, quand je les ai terminés, j'ai fait une dépression de quelques jours. Mais une vraie dépression. Je n'arrêtais pas d'y penser. Je pleurais. C'était extrêmement prenant. Et en fait, il fallait que tout de suite, derrière, j'en ai un autre. Sauf que c'est dur d'avoir le même niveau d'intensité entre les livres. Et en fait, petit à petit, je devais avoir... Ouais, j'étais au collège. J'avais en sixième, quoi. Onze, douze ans. Je commençais un peu à arriver au bout. Parce qu'encore une fois, la littérature jeunesse et la littérature de l'imaginaire n'étaient pas aussi développées que maintenant. On avait un tout petit rayon cultural de la Rochelle où j'habitais. Un tout petit... Et au bout d'un moment, en fait, je ne retrouvais plus trop ce que j'avais envie de lire. Et je me suis dit, je vais écrire le livre que j'aimerais lire. Et en fait, c'est là où ça a commencé. Donc, j'avais onze, douze ans. Donc, en plus... Moi, j'étais en sixième. Alors, j'avais des copains, des copines qui mettaient des soutifs et qui se roulaient des pelles et qui fumaient des clopes. Moi, j'attendais toujours. Et honnêtement, on s'est resté très longtemps. J'ai attendu longtemps la lettre pour Poudlard. Et même en sixième jusqu'en cinquième, quatrième avec des amis, on était persuadés qu'on avait des pouvoirs magiques. Alors que... Voilà. Et en fait, j'ai écrit ce premier roman entre guillemets. Oui, si, c'était un premier roman. Et en fait, ça m'a permis déjà de tenir le coup pendant le collège. Alors, j'étais pas une gamine harcelée ou quoi que ce soit. Mais juste de tenir le coup. Et en fait, tous les soirs, pour le coup, dès que je rentrais, je terminais mes devoirs et je m'y mettais. Et c'était le truc qui me faisait le plus kiffer de la journée, quoi. Et c'est resté comme ça vraiment très, très longtemps. J'ai toujours regardé ce roman-là. Et ouais, c'était fou, en fait. Et puis à partir de là, après, j'ai plus du tout pu m'en passer. Et pendant l'adolescence, adolescence, donc genre 16-17 ans, là, c'était un peu différent parce que j'avais un groupe d'amis. On était le groupe de gottes torturés. Bref, donc effectivement, après, j'étais un peu occupée par autre chose, on va dire. Mais je continuais d'écrire quand même des formats plus petits, des nouvelles, des choses comme ça. Mais je continuais d'écrire. Et une fois à la fac, j'ai pu reprendre de manière vraiment intense. Enfin, intense. Ouais, quand même. Parce qu'à la fac, c'était trop bien. Enfin, t'as 20 heures de cours dans la semaine. OK, t'as un petit boulot à côté, mais le reste, t'es seul chez toi. Donc si tu veux rentrer chez toi à 18 heures et écrire jusqu'à 1 heure, 2 heures du mat, mais ouais, ça a été quand même assez tôt. Et j'ai envie de dire que plus le temps passe, moins je me dis que je peux me passer de ce genre d'activité, quoi.
« Je vais écrire le livre que j'aimerais lire »
Ybelion — Ce qui est super beau dans ce que tu partages, c'est qu'on sent que tu t'es jamais déconnecté de l'écriture. Ouais. Ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Alors, je me cite en exemple parce que je suis là, mais il y en a d'autres avec qui j'ai pu partager ça. C'est que, tu vois, moi, les études techniques m'ont décroché de ça. Ouais. Et donc, t'as vraiment un creux. Tu vois, t'as le collège et puis hop, après. Ouais. Et après, tu reprends parce qu'à un moment, ces rêves-là, quand ça t'anime, que t'aimes ça, ça toque à la porte toute ta vie jusqu'à ce que t'oses l'ouvrir, tu vois. Ouais. Et donc, c'est... Ouais, c'est hyper touchant de voir que t'as réussi à garder ça tout du long. Et là, ce qui me vient, c'est les premières histoires que t'as écrites. Ouais. Est-ce que c'est les histoires que t'as publiées maintenant sur lesquelles tu travailles encore ou ça a été totalement différent ?
Du premier roman kitsch aux thèmes dark
Orlane Escoffier — Ça a été différent parce qu'en fait, le tout premier, bon, bah, voilà, c'était vraiment... comment dire ? Bon, on va dire tout l'archétype de la fantaisie, tu vois.
Ybelion — Un côté kitsch un peu presque.
Orlane Escoffier — Ouais, tu vois, une nana allait sur une île, ils ont tous des pouvoirs magiques, mais pas elle, mais parce qu'elle, en fait, c'est une autre magie et puis ils vont faire un grand parcours avec ses amis et puis il y aura une histoire d'amour et puis... Bon, mais... Mais j'ai encore énormément de tendresse pour ce texte et je me dis peut-être qu'un jour, je sais pas, tu vois, je le reprendrai pour un truc jeunesse. Et en fait, c'est après, effectivement, quand j'ai commencé à avoir 15-16 ans où du coup, j'étais beaucoup plus dans les trucs dark, gothique, mon Dieu, je saigne, je souffre et compagnie. Et c'est vrai que là, en fait, se dessinaient déjà les thèmes de ce que j'allais écrire de manière un peu plus sérieuse, on va dire. Ça s'est dessiné à ce moment-là. Et c'est vrai que j'avais, je me souviens, j'avais écrit une nouvelle et cette nouvelle, je pense qu'un jour, vu qu'elle est toujours dans ma tête, elle va se transformer peut-être en roman. Mais oui, c'était dès l'adolescence, en fait, ouais, où on commence à s'affirmer vraiment et à se découvrir vraiment. Ça a commencé à ce moment-là et ça a influencé en tout cas et ça influence toujours. Peut-être qu'un jour, j'en sais rien, je vais péter un boulon et écrire, je sais pas, du Cosi Mystéry, mais j'ai un gros doute, quoi. Voilà.
Fantastique, horreur, queer, post-apo
Ybelion — Et du coup, les thèmes dans lesquels t'écris aujourd'hui, tu les rangerais plutôt dans quelle catégorie ?
Orlane Escoffier — Bah, en fait, c'est entre guillemets compliqué. Non, c'est pas compliqué, mais déjà, moi, je suis plus à l'aise et je travaille plus sur le genre vraiment fantastique, c'est-à-dire, il y a quand même un ancrage dans le réel et quelque chose, en fait, vient rompre ce réel. Donc, le fantastique, c'est vraiment ce qui me rasse, enfin, ouais, ce qui me, je sais pas comment expliquer. C'est plus facile pour moi, enfin, disons qu'en fait, les histoires me viennent souvent sur, c'est notre monde actuel et il se passe quelque chose un peu comme moi qui attendais ma lettre de Poudlard, quoi, on va dire. Ouais, ok. Mais c'est vrai qu'après, en termes de thème, bah, oui, je suis quand même pas mal dans l'horreur. Alors, le gothique, évidemment, mais parce que gothique au sens du roman gothique anglais que j'ai beaucoup étudié, lu, et du coup, ça m'a forcément influencée et puis par une esthétique aussi, ben, sombre. Mais, ouais, oui, je dirais ça, enfin, fantastique, horreur, et en règle générale, je sais pas pourquoi, j'arrive pas à faire autrement, j'ai beaucoup de personnages queer et ça me vient, je me dis pas, ah tiens, je vais écrire une histoire, alors il y a deux personnages, ah bon, allez, on va les faire lesbiennes parce que c'est sympa, en fait, c'est que les personnages, souvent, ça vient d'eux, l'idée du bouquin, et puis bon, le fait est que généralement, voilà, il y a cette ambiguïté-là et un autre genre que, bon, voilà, il y en a un, pour un de mes bouquins, je suis toujours en recherche d'éditeur, le mastodonte dont je parlais, mais je pense que je le retravaille, où là, on est sur du post-apo et c'est vrai que, le post-apo, j'ai pas encore pu vraiment, travailler, enfin, ou éditer sur du post-apo, mais c'est aussi quelque chose qui me, ouais, qui me plaît beaucoup et que je trouve que, bon, c'est un genre qui est extrêmement intéressant parce que tu peux évidemment dire plein de trucs, mais ouais, c'est sûr qu'en tout cas, c'est assez sombre et j'avoue que de manière générale, bon, mes histoires, elles se terminent pas, bon, on va pas se brûler, mais c'est pas, c'est pas super, joyeux à la fin en tout cas.
Ybelion — Ouais, je comprends. Et en même temps, parfois, je trouve que, même dans les, dans les histoires un peu qui peuvent, en tout cas, en substance, finir mal, il y a assez souvent des messages d'espoir, je trouve.
Orlane Escoffier — Ouais.
Ybelion — Alors, c'est peut-être mon âme torturée de philosophe, tu vois, mais je trouve que, parfois, il y a tout, t'arrives toujours à en tirer un truc positif, je sais pas si...
Le trauma des Royaumes du Nord et la fin réécrite
Orlane Escoffier — Si, mais en fait, t'as raison, mais c'est pour ça, tu vois, quand je parle d'histoires qui se terminent mal, c'est-à-dire que, en tout cas, le personnage au début n'a pas atteint son but de la manière à laquelle, enfin, vous voulez l'atteindre, mais ça va être d'une autre manière et ce sera peut-être un peu moins pire que sa situation du début, mais c'est pas ce à quoi il aspirait complètement. Et effectivement, après, laisser une sorte de petite faille où le lecteur, bah, peut s'imaginer ce qu'il veut sur le après, et ça, mine de rien, je pense que, enfin là, j'y avais jamais pensé, mais c'est en parlant comme ça, j'y pense. Moi, mon trauma Les Royaumes du Nord, par exemple, où à la fin, c'est quand même, tu reçois ça, t'as 12 ans, je sais, vraiment, moi, j'ai pleuré pendant trois jours et j'avais réécrit la fin. Parce qu'en fait, j'arrêtais pas d'y penser et du coup, parfois, je me faisais des sessions où pendant, je sais pas, 20 minutes, une demi-heure, j'imaginais qu'en fait, non, ça se termine pas complètement comme ça. Ils arrivent au bout d'un moment à se retrouver, enfin, et je pense qu'en fait, ça, ça m'a tellement marquée quand j'étais plus jeune que, en tout cas, dans Milarka, c'est un peu ça et dans celui que je suis en train d'écrire, c'est un peu pareil. Et ouais, je pense que c'est aussi hérité de ce qu'on lit, quoi.
Ybelion — Complètement. Et c'est hyper, tu vois, raconter l'histoire du personnage qui atteint pas tout à fait ce qu'il veut. Moi, tout de suite, derrière, il y a un truc qui s'allume, tu vois, et moi, je trouve justement que ça, c'est plein d'espoir au sens de, tu vois, c'est bien de rêver, c'est bien d'avoir l'ambition d'atteindre des choses et c'est aussi extrêmement important d'accepter que, en fait, ce rêve, l'objectif en soi, tu sais pas si tu vas l'atteindre ou pas et que c'est dans le chemin que tu vas peut-être découvrir un truc qui fait que et quelque part, tu vois, d'accepter la désillusion du rêve tout en s'autorisant à rêver, quelque part, c'est ça qui fait que t'es vraiment dans une démarche de découvrir toi, quoi. Et je prends conscience de ça de plus en plus parce que, moi, je suis en train de vivre mon rêve, j'accompagne des gens à faire la même chose et tu te rends bien compte qu'en fait, il y a des trucs que tu penses qui n'arriveront pas. Bien sûr. mais c'est... En fait, je sais pas, c'est comme si tu disais pas... C'est pas que tu sais que ça va pas arriver. C'est que tu dis, on sait jamais, on va avancer dans cette direction et on verra le chemin que je vais prendre et là où ça me fait arriver. Et en plus, c'est hyper intéressant, même d'un point de vue de construction des personnages, t'as quand même tout ce triptyque toujours où on dit il y a ce que le personnage veut en façade et puis ce que derrière, en fait, dont il a besoin par rapport à ce qu'il peut porter, etc. et ça rejoint tout à fait ça aussi en termes de structure. Ouais. Et ouais. Ouais,
Orlane Escoffier — non mais c'est... C'est vrai que c'est quelque chose... Ouais, je suis assez d'accord parce que voilà, tu te dis, bon, base, c'est pas ultra cadré à la fin, c'est pas... Même ce que le lecteur peut-être aurait aimé pour le personnage, mais il y a une troisième voie, quoi. Et tu fais comme tu peux.
Ybelion — C'est ça. Et puis tu vois l'aspect aussi où toi, en plus, par exemple, tu vas réécrire une fin, c'est-à-dire que l'auteur a laissé suffisamment d'espace au lecteur pour aussi se faire soit sa frustration, soit son truc. Et ça, c'est quand même... C'est quand même aussi hyper cool.
Orlane Escoffier — Ouais, ouais. C'est vrai que moi, en tout cas, sur les... Enfin, les projets sur lesquels je suis en ce moment, ils ont tous une fin un peu comme ça, quoi. Mais je vais pas en dire plus parce qu'après, je me suis...
Ybelion — Ouais, bah ouais, non, bien sûr. Et j'ai une dernière question. Le style gothique, anglais, je crois, que t'as évoqué. Est-ce que tu peux décrire un peu ce que c'est ? Parce que moi, j'avoue que j'y connais, je connais pas trop ce genre-là.
Le roman gothique anglais décrypté
Orlane Escoffier — Bah, en fait, de manière très, très simple. Parce que, en fait, le gothique anglais, le roman gothique anglais, c'est vraiment, tu vois, dans les archétypes, ça va être le château slash manoir un peu isolé, une héroïne qui est incée, au début, ingénue et pure et qui, en fait, se retrouve souvent dans un lieu isolé et il y a des choses étranges qui se passent et ensuite, elle est traquée. Bah, en fait, c'est un peu... Enfin, c'est un peu toutes ces histoires qu'on peut voir même dans des films. Voilà, elle est dans cette maison, il y a quelque chose d'étrange, elle se sent traquée et en même temps, elle connaît pas beaucoup de la vie puisque c'est une jeune femme pure et un peu naïve et au bout d'un moment, bon, on se rend compte qu'il y a un monstre, que ce soit un spectre, un vampire ou quoi que ce soit et pour le coup, il y a souvent, bah, forcément, le mari ou le père ou le frère, enfin, en tout cas, un personnage masculin qui vient à sa rescousse puisque c'est une pauvre femme qui est un petit peu fragile, quoi, on va dire. Et voilà, dans le gothique anglais, il y a plein de trucs super parce qu'il y a des ambiances, il y a des atmosphères et là où c'est le plus intéressant, c'est quand, en fait, cette partie-là de la jeune fille très, très prude et bah, ce qui est... où les personnages, je veux dire, dans Dracula, par exemple, Jonathan Harker et Mina, en fait, je pense que si on les connaissait en vrai, ce serait des gens assez chiants parce que tous les deux, ils sont un petit peu fleurs bleues, ils sont très purs, ils suivent les règles, ils vont pas dévier, etc. Mais bon, quand ils rencontrent un mec comme Dracula, bah, Jonathan, il se dit, est-ce que je suis complètement hétéro ? Enfin, j'exagère, bien sûr, parce que pas à l'époque, mais est-ce que je suis complètement hétéro ? Parce que bon, le coup, avec plusieurs femmes vampires, c'était quand même sympa et puis ce... Voilà, ce personnage un peu étrange et puis bon, bah, Mina, quand elle... Enfin, c'est différent dans le livre que dans le film, mais voilà, je trouve, en fait, moi, j'aime le gothique pour, bien sûr, l'atmosphère, l'ambiance, puis c'est un peu les premiers bouquins, on va dire, fantastiques qui peut arriver, même s'il y a toute une partie de cette littérature-là où, en fait, tu penses, on est quasiment sûr que c'est du surnaturel et à la fin, en fait, tu te rends compte que non, que c'est une sorte, un peu comme dans Scooby-Doo, quoi. Voilà. Et moi, dans cette thématique-là, j'aime bien parce que tu as des... Pareil, tu as des biais, en fait, pour détourner un peu le genre et notamment, sur la vision des femmes, quoi, qui sont toujours un petit peu... Enfin, un peu passives, quoi.
Ybelion — Oui.
Orlane Escoffier — Et si elles ne sont pas passives, c'est que c'est des prédatrices, c'est des... Voilà. Des prédouettes, des prostitutions, enfin, tout ça, quoi.
Ybelion — Oui, il n'y a pas le milieu du spectre, quoi. Pas trop, pas trop l'impression,
Orlane Escoffier — oui.
Ybelion — Et ça, c'est un genre que, justement, tu t'es réappropriée dans... Le premier que tu as écrit, c'est Milarka, c'est ça, si ce n'est pas de bêtises ?
Milarka : du mémoire au roman de vampire
Orlane Escoffier — Oui. Bah ouais, complètement, parce que, en fait, c'était le sujet de mon mémoire. Et puis, en fait, j'ai découvert ce texte via les autres recherches que je faisais pour le mémoire. Et ouais, c'est ça, en fait, qui m'a mis dedans. Et au début, en fait, je ne savais pas trop ce que j'allais faire dans le côté... Ah, je vais le raconter du point de vue de la vampire. Alors, est-ce que, du coup, je vais sur... ce n'est pas vrai, en fait, elle n'était absolument pas vampire. Je vais dire, non, c'est dommage quand même, parce que, bon, je ne peux pas trop me passer du fantastique. Et après, plus je... Comment dire ? Je faisais des recherches, donc toujours pour ce... En fait, à bout d'un moment, c'était bien, parce que les recherches que je faisais pour mon mémoire me servaient pour me mettre en cours. Donc ça, c'était super cool. Et je me suis rendue compte qu'en fait, tu avais plein de thématiques que tu pouvais aborder, et notamment, surtout sur cette idée de la femme qui, plus elle assume sa différence, ses pulsions, ses envies, plus elle est aussi... Elle se détache, en fait, des hommes et de la bonne société, plus elle fait peur. Et dans l'Angleterre victorienne, c'était un vrai truc, en fait. Ils avaient vraiment la trouille que si les femmes, en fait, commençaient un peu à faire ce qu'elles veulent, donc pas tomber enceinte, pas forcément se marier, et puis dire, en fait, non, ça, c'est pas mon kiff, peut-être qu'en fait, l'humanité, elle est désévoluée. Et c'est un truc dont ils avaient la trouille. Et avant-hier, je regardais un documentaire sur les sorcières, sur Arte, un hasard qui est passé par là. Et en fait, c'était le même délire, c'est que tu avais souvent des femmes laissées par les marins et donc qui étaient toutes seules en communauté de femmes. Et évidemment, ça tournait, je veux dire, comme pendant la guerre. Oui, le monde tournait sans les mecs. Et c'est là où, en fait, on a commencé à envoyer des gars pour dire, mais en fait, non, vous êtes des sorcières.
Ybelion — C'est pas normal.
Orlane Escoffier — Vous vivez qu'entre vous, vous êtes vachement proches les unes des autres, vous avez les cheveux lâchés, vous êtes pas dégueulasses. Tu vois, en fait, t'as une multitude de sujets et ça touche pas que la personne féminine parce que, bon là, c'est mon nouveau projet que je suis en train d'écrire et qui normalement devrait sortir l'année prochaine. parce qu'en fait, la masculinité, c'est pareil. C'est-à-dire que, qu'est-ce que ça veut dire être un mec à cette époque-là ? Et alors, tous les traumas qu'il peut y avoir derrière, c'est... Enfin, c'est un boulevard, quoi, tu vois.
Masculinité : fabriquer ses propres monstres
Ybelion — C'est tous les enjeux de la déconstruction qu'on peut connaître actuellement. Et de toute façon, on voit bien que même quand on prend conscience des schémas, etc., c'est pas évident de changer du jour au lendemain son comportement. Et ça vient d'un processus qui prend son temps forcément. Mais c'est pour ça que c'est aussi important d'en continuellement en parler, de se répéter, etc., etc. Et puis, de le faire passer. J'ai la sensation, tu me diras si c'est ça, mais de le faire aussi passer par l'imaginaire quelque part. Parce qu'effectivement, quand t'es enfant, tu te lis pas forcément un essai sur le féminisme. Non. C'est pas forcément ce qu'on va te dire à l'école par un professeur qui va te toucher. Et alors que si tu lis une histoire peut-être sur un robot, un vampire ou j'en sais rien, et qui te fait passer ce message subtilement sans que ça soit écrit sur une grosse pancarte en rouge, ça touche quand même beaucoup plus.
Orlane Escoffier — Ah bah ouais, complètement.
Ybelion — Et ça, c'est des thématiques du coup, je sens qu'elles sont importantes pour toi et qui font partie des intentions que t'as envie de véhiculer avec tes romans aussi.
Orlane Escoffier — Ouais. Ouais, ouais. Et puis, en fait, voilà, je me dis, tiens, je vais écrire un roman, comme je disais tout à l'heure, un roman queer, c'est pas ça, mais c'est qu'en fait, vraiment, ça vient naturellement et autour de personnages, bah oui, alors le vampire, le vampire, des fois, j'essaie de m'en débarrasser, mais c'est pareil, il revient tout le temps. Parce que, pour moi, voilà, c'est un personnage qui est tellement riche et qui en plus évolue de toute manière avec notre société, il change de visage au fur et à mesure et en fait, il revient très souvent parce que je trouve que pour questionner la place de ceux qui sont différents, en tout cas, dans la masse, dans la société, qui ont peut-être des envies différentes, qui ont des manières de vivre différentes, bah oui, c'est vrai que je trouve que le vampire, il est quand même vachement bien pour tout ça et évidemment, c'est pas moi qui l'invente, je veux dire, quand tu lis des essais sur le travail d'Anne Rice et plein d'autres, enfin, bon, Anne Rice, parce que voilà, on va dire que tout le monde la connaît, le vampire est l'outsider, quoi, et du coup, dans les années 80-90, et bien ça devient un personnage avec une sexualité ambiguë, Louis et les stats, bon, voilà, il n'y a pas énormément d'ambiguïté, mais en fait, ils représentent, par exemple, bah voilà, dans les années 80-90, peut-être la population gay qui, en plus, à cette époque-là, il y a le sida, et pour moi, voilà, il y a toujours ce truc qui évolue en même temps que la société, nous, là, on a eu Twilight il y a quelques années avec tout ce côté d'avoir envie de relations amoureuses, mais alors très pures, très chastes, et en même temps, tu as vraiment envie que ça aille plus loin, et donc ça disait aussi quelque chose de ce lectorat-là à cet instant, et je pense que là, c'est encore peut-être un peu récent, mais avec ce qu'on a vécu avec le Covid, tu vois, ça va peut-être aussi donner quelque chose d'autre, et le Covid, bon, ça commence à faire, mais peut-être qu'il faut encore qu'on attende un petit peu, et ça va, je pense que voilà, ça va donner un autre visage à ce vampire-là, et puis, et ça continuera d'évoluer en fait, et même dans l'adaptation qu'ils ont fait des chroniques des vampires d'Anne Rice, ça commence, c'est pendant le confinement, ce qui est extrêmement pratique, parce que comme ça, on peut comprendre pourquoi le journaliste il est là, il est bloqué, il ne peut pas sortir, et pour le vampire, c'est top, puisque tu n'as pas besoin de sortir, et on se débrouille, on t'amène la bouffe direct, tu vois, et voilà, ça commence, il y a déjà quelque chose qui est en train de se faire, quoi.
Le vampire, miroir de chaque époque
Ybelion — c'est intéressant, tu vois, j'avais jamais, j'avais jamais trop, enfin, effectivement, les grands archétypes comme ça, sont réadaptés au fil de ce qu'on peut vivre en tant que population au sens large, et c'est hyper intéressant, tu vois, j'avais jamais, j'avais jamais pensé à ça.
Orlane Escoffier — C'est un truc, ouais, sur lequel je réfléchis, et puis, pareil, tu vois, dans l'adaptation d'Anne Rice, alors on aime, on n'aime pas, mais, tu vois, le journaliste, je ne sais plus comment il s'appelle, qui avait fait la première interview avec un vampire, qui refait l'interview, donc, 30 ans après, il est malade, on ne sait pas trop si c'est un Parkinson ou un cancer, mais il est malade, et du coup, je me dis, c'est pareil, tu vois, dans nos sociétés où, bon, un des plus grands, des grandes maladies, c'est le cancer, potentiellement, parce qu'on est dans un environnement qui n'est pas sain, on a un mode de vie qui n'est plus sain, je ne suis pas une militante écologiste, mais bon, et du coup, pareil, qu'est-ce que ça va faire, cette présence du vampire qui se nourrit de sang, qui est immortel, qui, normalement, on n'est pas censé vieillir ni vraiment souffrir, et bien, en face de notre population qui, mine de rien, vieillit de plus en plus, fait de moins en moins de gosses, et on est quand même, enfin, je ne sais pas toi, mais moi, je connais peu de personnes qui n'ont aucune pathologie chronique, ou que ce soit un asthme, un diabète, un truc, enfin, donc, je ne sais pas, tu vois, comment ça va, mais ouais, moi, je pressens un peu des choses là-dedans, et je pense qu'en arrière-fond, tu vois, je laisse travailler ça, quoi.
Ybelion — C'est hyper intéressant, ça m'a activé, mon cerveau, je réfléchis. Ah ben,
Orlane Escoffier — si je réfléchis, je réfléchis, attends, je reviens dans deux secondes, il faut que je charge l'ordinateur, je vais prendre le chargeur, j'arrive.
Ybelion — Il n'y a pas de problème, comme ça, je réfléchis en direct. Alors, qu'est-ce que m'inspire le vampire ? Si, c'est ça, je pense que tu m'entends toujours.
Ce que l'immortalité a de dérangeant
Orlane Escoffier — Ouais, je t'entends, je t'entends.
Ybelion — Moi, le vampire m'a toujours, je n'ai jamais été extrêmement, je dirais, proche de la littérature fantastique, par exemple, du vampire. Ouais. Néanmoins, il m'a toujours assez fasciné, et un peu dérangé. Ouais. Et j'ai mis très longtemps à comprendre pourquoi, et en fait, là, en le disant, tu vois, j'ai une espèce de prise de conscience sur un autre truc, qui est justement le rapport à l'immortalité que tu as eu. Ouais. Et je pense qu'en fait, c'est ce côté-là qui m'a dérangé, parce qu'il y a quelque chose dans l'immortalité que d'ailleurs, certains de nos jours cherchent.
Orlane Escoffier — Ouais, bien sûr.
Ybelion — Qui me dérangent profondément, parce que pour moi, c'est une dissonance complète avec ce qu'est un être humain. Ouais. À mon sens, c'est peut-être un petit peu, un petit peu, je ne sais pas, triste de voir ça comme ça, mais à mon sens, la vie n'a deux sens et n'est belle que parce qu'à la fin, elle se termine. Et quand tu prends le truc d'un point de vue très mathématique, si tu es immortel, ça sous-entend qu'il y a une infinité et qui dit infinité dit que tout arrivera. Et tout au sens, en fait, je ne peux rien faire maintenant, je suis immortel, donc les choses arriveront. Et derrière ça, il y a une espèce de, à mon sens, une perte de responsabilité, une perte d'action, une perte de mouvement qui t'amène à une espèce de stase où tu ne fais plus rien.
Orlane Escoffier — Tu ne fais plus rien, oui.
Ybelion — Et je ne dis pas qu'il faut avoir peur de la mort ou ce genre de choses, mais simplement se saisir de la vie qu'on a, tu vois, au contraire.
Orlane Escoffier — Ouais, non mais complètement, ouais.
Ybelion — Alors c'est marrant, tu vois, je réfléchis comme ça, je me dis peut-être que le vampire incarnait un peu cette peur que j'avais, tu vois, en me disant, putain, je me voyais, parce que moi, j'ai mis très longtemps à me reconnecter à ce mouvement, justement. Et tu vois, peut-être je le voyais comme un reflet, tu vois, en me disant, mais attends, il ne se passe rien, en fait, moi, je ne suis pas comme lui, moi, je vais mourir, tu vois, et pourtant, je ne fais rien et quelque part, je n'avais pas envie d'aller le voir parce que ça me rappelait ça.
Orlane Escoffier — Ouais,
c'est vrai, tu vois, au début de Milarka, elle dit qu'en fait, elle a ses souvenirs, elle n'est pas complètement certaine puisque c'était un peu cette question-là que j'avais aussi en tête, c'est que, effectivement, quand tu es immortel, en fait, au bout d'un moment, tu dois te faire chier quand même, même si le monde va évoluer, mais le monde, il évolue quand même entre guillemets doucement, alors une fois de temps en temps, tu as quelque chose de, de temps en temps, de plus en plus maintenant, mais vraiment des gros chocs, des gros trucs qui font punaise à partir de cet événement-là, le monde ne sera plus le même, mais tu avais ça et puis moi, je me disais aussi, mais si tu es immortel, en plus de voir toutes les personnes que tu apprécies mourir après, si tu restes qu'avec des vampires, peut-être qu'il y a moyen que tu ne t'infliges pas ça, mais au bout d'un moment, en fait, c'est ça, c'est que tu, comment tu fais pour ne pas devenir dingue ? Parce que si tu restes, enfin, tu vois, si tu restes, je ne sais pas, 200, 300 ans vivant avec tous des souvenirs que tu puisses avoir, donc, tu as potentiellement eu plein de traumas où tu es nostalgique de plein de choses qui ne reviendront jamais, je me dis, à la fin, tu deviens taré, quoi.
Ybelion — Complètement. C'est complètement. Ouais. Et c'est ça, d'ailleurs, mais alors, tu vois, tu parlais de Twilight juste avant, je l'ai revu récemment, non, je l'ai vu récemment, je n'avais jamais vraiment regardé, en fait. Ouais. Et c'est vrai qu'on sent, il y a quand même ce rapport, justement, à la mort, à l'immortalité, quoi, qui est un vrai enjeu. Alors, je ne me rappelle plus trop comment tout termine, mais moi, j'avais été surtout, en fait, c'est ce qui m'avait marqué, c'était les relations dans Twilight, évidemment, c'est quand même au cœur du sujet.
Orlane Escoffier — Ouais, non, mais c'est ça, ouais. Bah, tu vois, justement aussi, t'as raison, parce que dans Twilight, Edouard, il n'arrive pas à décoller et il n'arrive pas à se détendre, entre guillemets, parce qu'il est né au début du siècle et au début du siècle, eh bien, tu touches pas une femme avant le mariage. Il a vu la guerre mondiale et puis après, il est mort et en fait, des fois, tu vois des caricatures et des parodies, mais j'avoue que c'est quand même rigolo ou des fois, il se dit, ouais, non, mais en fait, Edouard, c'est un vieux, mais vraiment très, très vieux, et dans un corps de très, très jeune, mais dans sa tête, il est encore très, très vieux, quoi, tu vois, c'est...
Ybelion — Ouais, il a une vraie dissonance entre la... Et puis bon, après, c'est aussi ça, le... Quelque part, ça permet de déconstruire des vieux schémas, quoi.
Orlane Escoffier — Ouais, c'est ça. Mais ouais, non, mais on est loin du vampire, tu vois, façon Buffy, quoi, limite, qui s'éclate, qui est dans l'extrême, qui... Enfin, moi, j'ai un ami qui a écrit un Wattpad, il a énormément de vues, donc le livre s'appelle Motika, j'encourage à aller le lire parce qu'en fait, ce qui est drôle, c'est que dans ce bouquin, donc, cet ami en question, je pourrais en parler, en fait, il a voulu prendre un peu tous les tropes et tous les sujets qui marchaient actuellement pour les détourner et en fait, ça marche vraiment bien et son vampire est très rigolo puisque lui, il est immortel, il sait pas comment, il sait pas pourquoi il est devenu vampire, il sait réveiller, il est immortel, c'est un métalleux, goth, enfin bon, un peu, voilà, et le gars, en fait, il est trop content d'être vampire parce que comme ça, il peut jouer à tous les jeux vidéo qu'il veut à longueur de journée, il peut picoler toute la journée, il est pas malade ni rien, et il peut fumer toutes les clopes qu'il veut et faire des concerts et lui, clairement, son immortalité, il la voit comme ça, il est pas dans les grands questionnements, les autres vampires, il se dit, putain, ils doivent être chiants, enfin, tu vois, et je trouve ça vachement drôle parce qu'il n'y a rien de sublime, bon, après, bien sûr, ça se complexifie, mais je trouve ça très drôle, en fait, de se dire aussi, bah, tu peux devenir immortel, vampire, si ton kiff, c'est juste, bah, jouer à la console et faire des concerts, bah, tu peux être heureux aussi comme ça, quoi.
Ybelion — C'est ça, c'est profiter du moment présent et en fait, ça, c'est vrai, enfin, quel que soit le, quel que soit le, immortel ou pas.
Orlane Escoffier — Ouais, voilà, et je trouve ça assez rigolo, ouais.
Ybelion — Ah, c'est trop bien. Et, et donc, ah si, moi, une question que j'aime bien poser sur le, sur le premier livre, si tu devais raconter un, un truc un peu insolite sur, sur Milarka, ça serait quoi ? Milarka, pardon.
Le mail de refus envoyé par erreur
Orlane Escoffier — Euh, bah, en fait, il y a eu, il y a eu une première vie ce bouquin avant qu'il ressorte chez Guater. Alors déjà, j'étais trop contente parce que je me disais, bon, ça fait pas si longtemps que ça qu'il est sorti, donc c'était, c'était super cool. Mais en fait, la toute première fois, donc je l'avais envoyé à des maisons d'édition et du coup, je reçois le, le message de la première maison d'édition et je fais, oh putain, merde, ils le prennent pas. Et en fait, elle s'était trompée de destinataire et elle me dit, ah, excuse-moi, non, justement, nous on le prend et enfin, tu vois, déjà, quand tu reçois une réponse d'un éditeur qui, même si c'est pour te dire non, déjà tu te dis, oh punaise, ils ont répondu, truc de dingue et en fait, il y a eu un, voilà, et c'était, c'était assez, assez rigolo et là, enfin, l'édition, en tout cas, chez Guater, le truc qui est, je trouve ça assez beau finalement, c'est que, en fait, donc Saul Pandelakis qui a écrit chez eux, la séquence Hartman qui est super bien, en fait, sa soeur, elle s'appelle Leslie et mon amie d'enfance depuis qu'on a genre 6-7 ans et on s'est rencontré dans un bled où il y avait 300 habitants et le hasard a fait que, du coup, je publie mon premier bouquin dans la même maison d'édition que Saul et c'est Leslie qui a fait la couverture de Milarka.
Ybelion — Oh, c'est bénéfique.
Orlane Escoffier — ça trouve ça trop bien parce que, on se serait connu à Paris, j'ai envie de te dire pourquoi pas, tu vois, il y a plein de, mais un village de 300 habitants, en franchement t'es quoi.
Ybelion — J'adore, j'adore les petites synchronicités comme ça. Je trouve que ça donne une saveur toute particulière au roman quand t'as ces petits ces petits easter eggs entre guillemets, tu vois, tu dis, en fait, tu tiens un objet qui est bien plus que le livre qu'il est, tu vois, et dedans, il porte plein de choses et c'est ça qui est trop cool.
Orlane Escoffier — Ouais, c'est assez marrant quoi.
Ybelion — Et celui que, alors du coup, j'ai bien compris, donc, le premier, il y a le mastodonte qui lui est en cours d'analyse, on va dire.
Orlane Escoffier — Ouais, et puis je peux le reprendre de A à Z.
Ybelion — Et après, t'en as un troisième qui lui est une sorte de commande, c'est ça ?
Un pitch signé, un stress inédit
Orlane Escoffier — Pas une commande, mais en fait, voilà, j'en discutais sur un salon, j'en ai parlé un peu avec mon éditeur qui me disait, moi, le sujet m'intéresse et j'ai genre, ah bon ? Donc, il me dit, ouais, le sujet m'intéresse, donc ce qu'on disait avec des copains-auteurs, le pitch est signé, tu vois, donc c'était incroyable, j'étais tellement... Incroyable. Avec un stress... Au début, j'étais genre... Pendant des semaines, j'étais en mode genre, oh putain, c'est trop bien, et après, j'ai commencé à paniquer et celui-ci, il est... Enfin, c'est un peu... C'est à la fois très différent et en même temps, un peu la même formule que Milarka. Enfin, pas tout à fait, en fait. C'est vraiment, on va dire, la version plus masculine et ce dont je te parlais tout à l'heure sur les dégâts, entre guillemets, de l'Angleterre victorienne, tout ça, mais même encore maintenant avec des héroïnes féminines un peu naïves qu'il faut sauver. Là, en fait, je m'intéresse un peu à qu'est-ce qui fait que dans une société, quand tu assommes les hommes avec une quantité de... Comment on appelle ça ? D'exigences qui sont parfois même contradictoires. En fait, c'est un peu comme ça que tu fabriques tes propres monstres. Tu vois ? C'est-à-dire que... Enfin, à force de dire à un gars qu'il faut qu'il soit costaud, balèze, qu'il ne regrette rien, qu'il n'ait pas peur, qu'il ne connaisse pas la douleur et puis que de toute façon, les nanas, c'est pour lui. Donc, en fait, peu importe qu'elles veuillent, qu'elles ne veulent pas, machin. Mais en fait, après, tu transformes des tueurs en série, par exemple, tu vois, ou des mecs qui vont devenir complètement tarés et qui... extrêmement violents. Enfin, tu vois, il y a quand même... Il doit y en avoir des femmes qui pètent des plombs et qui tuent des gens. Mais bon, la plupart des tueurs en série, c'est quand même des hommes. Et je pense que dans... Alors, je ne fais pas partie de ces gens qui sont fascinés par les tueurs en série, mais bon, des fois, j'écoute un peu des trucs. Et en fait, il y a souvent une explication à la fois... Bon, si, j'ai envie de dire, tout le monde ne vient pas un tueur en série parce qu'il a été abandonné par son père et ultra couvé par sa mère. Heureusement. sinon, on ne serait pas là. Mais, tu vois pourquoi chez eux, ça switche. Et en fait, il y a la côté psy, mais il y a aussi un côté des règles de la société, de ce qu'on attend d'eux qui ne sont pas capables ou ils ne veulent pas le faire, mais ils s'obligent à le faire et ça brille. Et du coup, voilà, ce bouquin-là, vraiment, on va dire que la thématique de fond, c'est celle-ci. Évidemment, avec du fantastique et avec des vampires. Mais voilà, c'est encore... J'ai terminé la rédaction, mais là, je suis en train de leur travailler. Et ouais, c'est des thématiques qui me viennent... Enfin, alors là, pour le coup, c'est pareil, c'est venu comme ça. C'est venu genre... Et...
Ybelion — Voilà. T'as parlé, t'avais fait un mémoire. Par curiosité, tu l'as fait sur quoi ?
Orlane Escoffier — Alors, c'était il y a longtemps. C'était la représentation du fantastique sur les scènes de théâtre et dans le texte du 19e siècle à aujourd'hui. C'est les titres à rallonge qui... Ouais,
Ybelion — des mémoires. Des mémoires, forcément. C'est vrai que c'est un peu un piège de te poser la question comme ça parce que c'est très long.
Orlane Escoffier — Enfin, maintenant, ça fait tellement longtemps que je pense que si je leur lisais, je me disais, ah, punaise, ça ne vole pas très haut. Mais bon, ça m'a permis de découvrir plein de sujets qui m'ont nourri, tout comme te nourrissent les expos que tu vas voir, les livres que tu lis, les films que tu regardes. et rien que pour ça, tu vois, je suis bien contente de l'avoir fait, même si, évidemment, ce n'est pas ça qui m'a permis de trouver un job dans ce domaine-là. Parce que bon,
Ybelion — voilà. le système éducatif français. Voilà.
Orlane Escoffier — Tu t'amuses bien pendant 5 ans, pendant ton master à la fac. Tu imagines qu'après, tu vas donner des cours sur des sujets super particuliers que tu adores. Et puis non.
Ybelion — Et si je te posais la question, c'est parce que je sens que dans la manière dont tu construis tes histoires, tu as aussi beaucoup d'intérêt pour les sujets plus macro de société. Oui. Et on sent que tu t'es beaucoup renseigné, que tu as beaucoup travaillé sur ça. Oui. Et encore une fois, je te le répète, mais bravo pour ça parce que je trouve que c'est par là que souvent, en tout cas, moi, ma position vis-à-vis du livre, c'est que c'est salvateur pour l'humanité. Tu vois, c'est ça qui fait l'étincelle du changement.
Orlane Escoffier — Oui.
Ybelion — La créativité au sens large, mais le livre encore plus parce que c'est un objet qui reste dans le temps et qui est transmis, qui touche des gens des centaines d'années après. Et il faut plus de gens, tu vois, qui osent écrire sur ces sujets et au regard de leur vie à chaque fois unique. Donc, bravo pour s'attaquer à des sujets aussi complexes que le modèle de l'homme insensible dans la société. qui est... Après,
Orlane Escoffier — voilà, je le fais, entre guillemets, à mon niveau et c'est vrai que, ne serait-ce que par la vie, entre guillemets, quotidienne, évidemment, j'ai moins de temps pour me plonger dans un bouquin qui va peut-être m'inspirer ou m'aider à écrire, je ne sais pas, moi, quatre phrases de description, chose que je faisais beaucoup pour Milarka et pour le... Alors, pour le mastodonte, là, j'ai lu, mais alors, des trucs que je ne pensais jamais lire de ma vie parce qu'il y a une partie scientifique et moi, j'ai eu quatre au bac littéraire en maths, quoi, mais c'est un côté un peu, comment dire, obsessionnel, vraiment, parce que je... Voilà, je ne peux pas faire sans mais là, par exemple, c'est vrai que pour celui en cours, déjà parce qu'il y avait une deadline, en fait, et ma vie fait que là, j'ai quand même moins de temps, essayer d'y aller peut-être un peu plus à l'essentiel et que si tu trouves un bouquin avec, je ne sais pas, c'est une anthologie ou un truc universitaire, bon, tu vas lire le chapitre qui t'intéresse et tu vas éviter d'aller lire tout le reste parce que même si, enfin, tu vois, tu essayes aussi d'être un peu plus efficace mais c'est vrai que, oui, moi, j'aime beaucoup, enfin, c'est parce que c'est un côté vraiment monomaniaque, quoi, quand il y a un truc qui me vient, bon, il faut que je lise sur tous les sujets et je pense que dans quelques années, je pourrais de nouveau me permettre de lire tous les sujets. Là, c'est vrai que en ce moment, bon, voilà, il faut que je sois un petit peu plus direct, quoi.
Ybelion — Oui, c'est ça, encore une fois, tu t'agis en restant aussi pas coincé dans ce que tu pourrais très bien dire, non, mais même si j'ai pas beaucoup de temps, je lis, je lis, je lis, je lis, je lis, mais en fait, en faisant ça, t'écris pas et quelque part, à la fin, c'est quoi que t'as envie de faire ? C'est d'écrire, donc hop, on commence par, on remet les choses dans le bon ordre et hop.
Orlane Escoffier — Ah oui, non, mais c'est sûr, c'est sûr, après tu vois, clairement, alors là, un peu moins parce que j'ai terminé la rédaction, mais moi, en règle générale, quand je suis en train d'écrire un bouquin, les livres que je vais lire, je les choisis, pas simplement parce que j'ai envie de les lire ou parce que c'est une autrice, un auteur que j'aime beaucoup, mais parce que peut-être dans ce bouquin-là, il y a un tout petit truc qui pourrait moi m'aider pour la rédaction du mien et du coup, mes choix de lecture, en fait, ils sont vraiment dictés par ça et les moments où je suis, où j'ai terminé d'écrire et où du coup, j'ai une petite pause à ce niveau-là, bon, du coup, je vais plus m'autoriser à lire des trucs qui n'ont rien à voir, mais ouais, c'est vrai que ça, rien que le choix de mes lectures, il est quand même assez dicté par ce que j'écris en ce moment, quoi.
Ybelion — Et est-ce que t'as, alors tu l'as cité peut-être au début, effectivement, quand t'étais jeune, mais est-ce que récemment, t'as un livre qui t'a vraiment, qui t'a vraiment marqué et...
Orlane Escoffier — Alors, qu'est-ce que... Alors, j'en ai lu un, donc pareil, c'est... Oh, quoique, si, il y a un micro-lien. C'était le... Un bouquin qui est sorti chez La Talente, je l'ai lu, j'ai adoré, mais j'ai oublié le nom, ça craint. La dernière tentation de Judas.
Ybelion — Ok.
Orlane Escoffier — Donc, une sorte de... Bah, ouais, parce que forcément, ça me parle, mais une sorte de réécriture un peu de ce qui s'est passé entre Jésus et Judas. Ils n'étaient pas juste potes, quoi, ni disciples. Et en même temps, ça se passe de nos jours. J'ai énormément aimé ce livre, parce qu'il y avait un côté... Bien sûr, ça déconstruisait plein de choses. Il y avait ce côté, donc moi, j'aime beaucoup. Tu redonnes la parole à des personnages qui ne l'ont en fait jamais eu. Jamais eu. Pour comprendre qu'est-ce qui s'est passé. Bon, en plus, évidemment, histoire d'amour... Enfin... Histoire d'amour entre deux hommes, bon, voilà. Et en fait, tu as un côté dans ce bouquin qui est à la fois très drôle, parce qu'il y a des moments vraiment marrants et à des côtés aussi qui sont beaucoup plus graves. Et en fait, je trouve que le mélange est vraiment sympa et que malgré tout ça, tu ressens en fait le côté dramatique de cette histoire d'amour qui est compliquée, évidemment. Mais ça ne te détruit pas non plus.
Enfin,
tu vois, je trouve qu'il y a un mélange de plein de choses qui font que... Franchement, c'est... Ouais, j'ai vraiment aimé lire ce bouquin. Et il y en a un que j'ai lu, mais c'était l'année dernière et que j'ai beaucoup aimé. Alors, pour le coup, vraiment plus littérature jeunesse, mais moi, je travaille en littérature jeunesse. J'aime toujours ça. Ça s'appelle Mille Pertuis, la sorcière sans nombril. Je crois qu'il a eu un prix l'année dernière au SLPJ. Et le deuxième tome doit sortir. Et lui, vraiment... Enfin, pour ceux, justement, qui ont été bercés sur Rome du Nord, Harry Potter, tous ces bouquins, les bouquins de Christelle Dabos, etc., je pense qu'il y a une bonne nostalgie et ça fait du bien d'y retourner. Franchement, c'est sympa.
Ybelion — Ma pile à lire s'allonge de jour à jour. Ouais,
Orlane Escoffier — voilà, et la mienne.
L'immortalité des personnages
Ybelion — Et pour conclure, qu'est-ce que t'aurais envie de rajouter peut-être sur soit Milarka qui est déjà sorti, soit sur celui qui va sortir sans toi libre ?
Orlane Escoffier — Qu'est-ce que... En fait, je pense que c'est comme tous les auteurs qui ne sont pas des auteurs pros ou quoi, c'est qu'en fait, oui, on a forcément envie que le bouquin décolle. Alors, ce n'est pas pour se faire des sous, parce que ce n'est pas avec ça que tu vis, et on fait un fou. Mais c'est vraiment juste de savoir que ce que tu as écrit, ce qui est dans ta tête et qui te tire au trip et tout ça, en fait, ça va être lu par d'autres gens. C'est juste te dire, tu vois, pour le coup, on parlait de l'immortalité, il y a un petit peu d'immortalité là-dedans. Et pas seulement la mienne, parce que, bon, certes, Milarka, c'est un très bon bouquin, mais c'est un très bon bouquin. Je veux dire, bon, c'est sympa, mais ça ne va pas rester. Ce n'est pas, je ne sais pas, moi, des souris et des hommes ou ce n'est pas du Shakespeare non plus, tu vois. Mais moi, je parlais plus d'immortalité sur le côté, en fait, de ces personnages que j'ai tellement aimés, qui ont tellement été avec moi et qui ont dicté ma vie pendant des mois, voire des années d'écriture. En fait, tu vois, ils continuent de vivre, il y a un bouquin, c'est juste génial. Et ça, il faut essayer, même si parfois, tu n'arrives pas à publier, en fait, il ne faut pas perdre ce truc, il ne faut pas perdre ce truc que c'est des personnages que de toute façon, tu n'as pas choisi, mais qui te collent au basque et vice versa. Et que, en fait, pour supporter les réels, tu en as besoin. Alors que si ça se concrétise et que tu as des lecteurs, c'est juste génial, mais c'est aussi quelque chose qui te fait tenir. Moi, en tout cas, c'est ça.
Ybelion — Ce que j'ai beaucoup aimé dans ce que tu as partagé, là, en conclusion, c'est aussi ces personnages qui, tu vois, ils te collent au basque, ils sont là, ils toquent à la porte, tu leur donnes vie et quelque part, tu vois, moi, à mon sens, le livre est une manière de devenir immortel, tu vois, au sens, tu laisses comme un leg, en fait, à l'humanité. Et à mon sens, alors c'est mon côté pareil, très optimiste, mais à mon sens, tous les livres qui sont écrits toucheront un jour quelqu'un et quelqu'un, sa vie sera changée et c'est impossible de savoir comment, et voilà, c'est beau.
Orlane Escoffier — C'est le meilleur truc quand tu es un auteur, que quelqu'un vienne te dire, putain, j'ai lu votre livre, sur tel sujet, ça m'a bouleversé et ça m'a changé, t'es trop content, tu vois.
Ybelion — Écoute, c'est tout ce que je te souhaite et peut-être que ce sera une des personnes qui nous écoutent, donc n'hésitez pas à envoyer un petit message à Orlan quand ça s'en fait. Ouais, carrément, carrément.
Orlane Escoffier — Merci beaucoup Orlan. Merci à toi, merci.
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