Le jour où tu te donneras la permission d'écrire mal, ton livre avancera.
CE QUE RACONTE CET ÉPISODE
Ce qui bloque vraiment, c'est le jugement qu'on porte sur soi avant d'avoir écrit une ligne. On a une imagination puissante et on s'en sert surtout pour se projeter dans l'échec : le manuscrit abandonné au chapitre trois, la phrase ratée, le regard des autres. Notre cerveau ne fait pas la différence entre ce scénario et la réalité, alors on se décourage d'une chose qui n'est jamais arrivée.
Lily-Belle de Chollet prend le problème par l'autre bout. Quand elle choisit son prochain roman, elle va chercher celui qui lui paraît trop grand pour elle, celui où elle n'ose pas se lancer, et elle se lance quand même. Elle se donne le droit d'être géniale, celui d'être nulle, et celui de recommencer autant de fois qu'il faudra. La mélancolie des sauterelles, première version à 15 ans, sortie en librairie à 26, une dizaine de réécritures entre les deux. Elle en parle sans un gramme de regret.
On est en plein dans la Clarté d'Identité : oser dépasser ce qu'on croit de soi pour embrasser son statut d'auteur·ice. Personne ne viendra te donner cette permission. Tu peux te la donner aujourd'hui, sur la page que tu as ouverte.
Épisode complet à écouter là où tu écoutes tes podcasts.
#OseEcrire #ecrivain #writersofinstagram
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Face B — le transcript
L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE
Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !
Tu cherches un passage précis ? La table d'écoute passe les transcripts de tous les épisodes au peigne fin.
Introduction
Ybelion — Bienvenue dans cet épisode où j'accueille Lily Bell. On parle d'écriture bien évidemment, mais sachez que cet épisode a touché mon petit cœur de coach et d'écrivain. Parce qu'on y parle de transformation, d'instinct, d'émotion, de sensibilité, et finalement, tout ce qui nous rend amoureux et amoureux de l'écriture. Je vous souhaite une très bonne écoute. Moi c'est Sam, Ibeléon de Monon Plume. Je suis écrivain, coach ICF, et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention. C'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi. Parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute. Je voulais te dire, je suis particulièrement heureux de discuter avec toi, parce que je suis très sensible à ce que tu partages autour de l'écriture. Je trouve que tu partages bien au-delà de tes livres, de ce que toi, t'y vis en tant que cotrice et que personne. Et je trouve ça très précieux, ce que tu fais comme partage. Et c'est en vérité assez rare. Donc c'est trop cool. Bravo pour tous ces partages très sincères.
Partager plus que ses livres
Lily-Belle de Chollet — Écoute, merci, ça me fait vraiment plaisir. Et surtout, moi aussi, c'est sincère. En fait, je pense que c'est le contenu que j'ai envie de partager, parce que c'est comme ça que je vis l'écriture. Et je ne me plairais pas dans un contenu uniquement promotionnel, tu vois, où je ne mettrais pas vraiment de moi, de comment je vis mon métier. Et je pense que c'est les gens qu'on a envie de suivre, c'est ceux qui sont les plus authentiques aussi. Donc moi, ça me fait super plaisir.
Ybelion — Ouais. Et puis en plus, je trouve que ce n'est pas forcément... C'est paradoxal ce que je veux dire, mais ce n'est pas forcément évident d'être le plus authentique, parce qu'on a tendance toujours à regarder ce qui se fait par ailleurs. Et on se dit, il faudrait que je fasse ci, il faudrait que je fasse ça. Puis on est très dans une démarche de copier, plutôt que de simplement faire partager ce qui nous... Nous, quoi. Et c'est pour ça que c'est cool de devoir faire ça aussi. Ça donne envie de continuer de se faire pareil, tu vois.
Lily-Belle de Chollet — Ouais, parce que je pense qu'en fait, souvent, on se pose la question de qu'est-ce qui va le mieux servir mon écriture ? Qu'est-ce qui va... Qu'est-ce qui... Dans le sens, pas qu'est-ce qui plaît aux autres, mais qu'est-ce qui est la meilleure décision en matière de communication, par exemple ? Et forcément, dans ces moments-là, on se tourne vers ce que font les autres. Et il y a des fois où on peut s'inspirer et ça fonctionne pour nous. Et d'autres fois, au contraire, on se retrouve à copier un contenu qui ne va pas nous épanouir du tout. Et où, en fait... En fait, je pense que si le contenu qu'on crée ne nous plaît pas du tout et que c'est une corvée, on n'est pas dans la bonne direction.
« En écriture, j'adore galérer »
Créer d'abord, promouvoir ensuite
Ybelion — Tu le vois, toi, comme une extension de ton écriture ou plus, justement, comme un exercice aussi auquel on doit jouer quelque part quand on est auteur ?
Lily-Belle de Chollet — Ça dépend. Je pense, en fait, que déjà, il y a un peu... Dans la société dans laquelle on est maintenant, il y a un peu une injonction à promouvoir son travail qui... En fait, on le voit qu'il y a des répercussions positives. Quand on communique, ça ouvre des portes. On a des opportunités qui se présentent. Ça permet de faire connaître son travail. Je veux dire, en général, quand on est un artiste, on a envie que les gens voient ce qu'on fait. Et les réseaux sociaux, pour ça, c'est vraiment super. Mais en même temps, quand on est un artiste, notre activité principale, c'est de créer, en fait. Et créer, c'est pas faire de la promotion. Et du coup, c'est souvent, en fait, que je me sens un peu tiraillée entre... Mais où est-ce que mon travail commence ? Où est-ce qu'il s'arrête ? Et en fait, j'essaye toujours de privilégier l'écriture. C'est toujours... Si j'hésite entre créer du contenu et écrire, je vais toujours choisir écrire. Parce qu'en fait, c'est le plus important. Et c'est seulement quand j'ai écrit que là, je me dis qu'est-ce que j'ai envie de partager. Et là, je pense que là, il y a une certaine extension de l'écriture. Quand le partage vient après avoir écrit. Par contre, si je prenais les choses dans l'autre sens où je me disais, il faut faire du contenu pour faire du contenu, là, ce serait complètement indépendant. Et c'est quelque chose qui, finalement, ne m'intéresse pas beaucoup, quoi.
Écrivaine, le métier qu'elle voulait à 9 ans
Ybelion — J'aime bien parce que du coup, j'entends que l'écriture est toujours au centre, quoi. Et c'est elle qui compte le plus. Et c'est d'ailleurs peut-être une des phrases qui m'a le plus touché dans un thé. Parce que du coup, je balayais tes postes avant que tu arrives, là. Et je voyais que finalement, écrivaine était le métier que tu avais toujours voulu faire. Ce que tu avais écrit sur... En tout cas, la fameuse question de ce que tu veux faire plus tard. OK, être écrivaine. Comment t'as réussi à garder, tu vois... Enfin, ouais, j'ai envie de dire... Comment t'as vécu, tu vois, ce moment où tu déposes... En fait, moi, j'ai envie d'être écrivaine et puis de garder ce rêve, tu vois, et de le chérir et puis de le construire. Et tu vois, je te pose cette question aussi parce que moi, je suis toujours très inspiré par les gens, du coup, comme toi, qui ont fait quelque chose tout de suite. Parce que moi, c'est quelque chose que j'ai pas réussi à faire, tu vois. Il y a eu toutes les études au milieu. Alors, je m'y suis reconnecté après et maintenant, c'est au centre de ma vie. Mais tu vois, je suis toujours admiratif des gens qui lâchent jamais le fil du ballon du rêve, tu vois.
Plaquer la fac à 20 ans pour se donner toutes ses chances
Lily-Belle de Chollet — Ben, moi, déjà, j'avais 9 ans quand je me suis rendu compte que c'était ça que je voulais faire de ma vie. Donc, c'est comme c'est très jeune. Je pense que ça laisse des années pour mûrir le rêve et que ça devienne autre chose qu'un rêve. Parce qu'en fait, tant que quelque chose est un rêve, on fait qu'on n'a pas vraiment d'action concrète pour aller vers la réalité qu'il y a derrière. Donc, déjà, il y a la première étape, c'est de se mettre à écrire. Moi, c'est venu assez tôt. En fait, dès 9 ans, j'ai fait des essais, mais forcément, j'écrivais à la main. J'étais très lente. Et puis, au bout d'un chapitre, je me décourageais. C'est vraiment quand j'ai eu 12-13 ans que j'ai eu un ordinateur et là, j'ai pu vraiment me mettre à écrire. Et pendant plusieurs années, jusqu'à mes 20 ans à peu près, j'écrivais vraiment pour moi en sachant que ce que j'écrivais n'était pas suffisamment bon pour être publié. Donc, j'ai écrit plusieurs romans comme ça où moi, je m'éclatais à écrire et je savais que je m'améliorais. Je savais qu'un jour viendrait où la qualité serait suffisamment bonne pour accrocher le regard d'un professionnel. Et ensuite, il y aurait une deuxième étape qui était le regard du professionnel vient m'aider à avancer pour que le livre puisse être publié. Parce qu'en fait, je pense que quand j'ai eu 20 ans, je me suis heurtée un peu à un mur de... Je suis arrivée au bout de ce que moi seule, je suis capable de faire dans l'écriture et j'ai besoin d'autres regards pour m'aider à avancer. Parce que finalement, c'est comme beaucoup de choses dans la vie. Même si on veut faire beaucoup de choses seule, on a besoin des autres, quoi. Mais en fait, du coup, comme je suis très jeune que c'est ça que je voulais faire et que c'était ce qui m'animait le plus, pour moi, vraiment, je suis tombée amoureuse de l'écriture, quoi. Quand j'ai fini mon premier roman à 13 ans, j'avais qu'une envie, c'était de recommencer, quoi. Je voulais en écrire un autre et puis plein d'autres derrière. J'ai jamais eu cette peur de... Ah là là, mais qu'est-ce que je vais écrire après ? Peut-être que j'aurais plus d'idées. J'avais plein d'idées, j'avais plein d'envie et toutes les portes étaient ouvertes devant moi. Et en fait, je crois que je sentais que ce serait peut-être une question de temps et qu'il faudrait peut-être des années, mais que ça finirait par marcher. Et pour autant, comme toi, tu vois, j'ai fait des études. Pas très longtemps, j'ai fait une licence. Et en fait, ça a très vite confirmé que l'écriture, c'était ma voix. Enfin, pour moi, je le vis vraiment comme une vocation, en fait. Ça m'anime, c'est le cœur de ma vie. Je me réveille le matin, c'est ça qui me donne envie de me lever. C'est ça qui me donne envie de vivre demain, dans un mois, dans dix ans. Alors que pendant les quelques années où j'ai fait des études, je m'étais dit, bon, l'écriture, ça peut peut-être attendre. Il faut peut-être être réaliste. Je suis une bonne élève, je vais avoir un diplôme, je vais avoir un métier. Et puis, écrire à côté jusqu'à ce que ça démarre, quoi. Et en fait, j'étais très, très malheureuse en faisant ça. J'étais vraiment pas bien dans mes études. et l'écriture me manquait. Je pouvais pas lui donner la place qu'elle méritait. Et il y a eu un moment où, du coup, quand j'avais 20 ans, que j'ai eu ma licence, où j'ai tout plaqué, en fait. J'ai décidé que j'allais arrêter la fac et que j'allais me donner l'opportunité de réussir, que j'allais me donner toutes les chances d'essayer et que si ça ne marchait pas, au moins, je n'aurais pas de regrets. Parce qu'en fait, pour moi, le pire dans la vie qui puisse arriver, c'est d'arriver vers 50, 60, 70 ans et de se retourner sur sa vie et de se dire « Ah, bah, je suis passée à côté, en fait. » Alors que quand tu sais et que tu passes à côté, parce que tu pourrais passer à côté en te disant « J'ai jamais eu vraiment de passion, je ne savais pas trop quoi faire, que ce serait moins frustrant que d'avoir un rêve quand tu es enfant. » Et le rêve, il s'accroche à toi, il est là chaque jour de ta vie. Et si tu ne l'honores pas et que tu laisses passer des années et que tu fais d'autres choses qui t'enthousiasment moins, moi, je l'aurais vécu comme une vie gâchée. Donc, je suis vraiment contente d'avoir eu ce sursaut qui m'a fait me dire « C'est ton rêve, prends-le au sérieux et fais en sorte que ça devienne ton métier parce que ça peut être les deux. » C'était une longue réponse à une question assez courte.
Ce qui la rend amoureuse de l'écriture
Ybelion — Tu sais que ça résonne énormément, ce que tu dis. Alors déjà, je suis... Tu sais, quelque part... Tu vois, je cherche mes mots parce que je ne sais pas encore par quel morceau rebondir. Mais merci pour ton partage parce que ça... À la fois, ça me confirme que tu vois, même moi, parce que ma devise, ce que j'ai envie de permettre aux gens, c'est tout juste d'écrire, justement. de se saisir de ce rêve qui parfois dort pendant des années ou toque à la porte pendant des années. Et donc, je partage entièrement le discours que tu as pu avoir. Et je crois que la première question que j'ai envie de te poser, du coup, c'est qu'est-ce qui te rend amoureuse de l'écriture, tu vois ? Qu'est-ce qui te donne envie de te lever le matin, demain, et dans dix ans ? Qu'est-ce qui la rend si particulière, tu vois, à tes yeux ?
Lily-Belle de Chollet — Ah, tellement de choses. Déjà, je pense qu'il y a les idées foisonnantes dans la tête qui font que la vie est tellement plus riche parce que c'est comme s'il y avait un double niveau de réalité. Il y a la réalité qu'on expérimente tous les jours comme tous les gens qui sont autour de nous. Et puis, il y a toutes les petites choses. Tu remarques un détail chez quelqu'un et tu te dis, je vais l'appliquer à un personnage. Ou alors, tu vois quelque chose qui est très, très beau et tu te dis, je vais le décrire dans une scène où tu ressens une émotion qui est très forte et tu dis, je le transposerai dans un roman, pas forcément la situation telle qu'elle, mais l'émotion là. Et ça, déjà, c'est une richesse immense dans la vie, la manière de vivre tous les jours. Et ensuite, il y a l'écriture en tant que telle. c'est... Je ne peux pas expliquer ce qui se passe. Tu sais, c'est quand tu es un peu... Tu es dans le flot, en fait. Où tu te... Tu commences à travailler et c'est toujours un peu dur de se mettre dedans. Il y a un peu de friction. Mais quand tu dépasses la friction et que là, les minutes deviennent des secondes et des fois, j'ai passé trois heures à écrire ou même, enfin, en particulier souvent, à réécrire. Et moi, j'ai l'impression qu'il s'est passé cinq minutes, quoi. Et c'est des parenthèses où, en fait, plus rien d'autre n'existe que juste toi et l'histoire. Et cette magie de réussir avec des mots et à retranscrire le film qui se passe dans ta tête et les voix que tu entends dans ta tête, enfin, c'est... Je trouve ça magique, en fait, parce que c'est pas... C'est pas facile d'avoir cette vision-là d'un roman dans notre tête et d'en faire quelque chose qui pourra être transmis à d'autres. Et pourtant, on le fait et quand il y a justement cette communion avec l'histoire-là, ces moments-là qui sont pas là tout le temps parce qu'il y a tellement de moments de galère dans l'écriture, tellement de moments où, justement, on pourchasse cette vision de l'histoire et cette envie d'être en cohésion quasi parfaite que quand ça arrive, mais ces moments-là sont extraordinaires, en fait. Et je pense que c'est ça qui m'a fait tomber amoureuse de l'écriture au tout début. C'est la première fois où j'ai vécu ça, tu vois. Et après, je pense qu'on passe notre temps à pourchasser ce sentiment et à se dire de toute façon, je sais qu'il va revenir même si ça prend des jours et des jours et que c'est des jours de galère entre-temps. Je sais qu'il y a un moment où je vais être en cohésion avec l'histoire et où je vais me souvenir, en fait, de pourquoi est-ce que ça me prend au trip cette passion-là, quoi.
Passer la friction du démarrage
Ybelion — Ça donne vraiment une sensation, je sais pas, comme si tu volais, comme s'il y avait tout qui était possible. Tu as le sentiment à la fois de te sentir génial mais de ne pas avoir le temps de te le dire parce qu'il y a tout qui est aligné, quoi. C'est effectivement un sentiment le flow comme on peut l'appeler parfois. Effectivement, je t'ai posé la question, c'est très dur de mettre des mots dessus mais tu l'as bien fait quand même. Et tu as parlé de la friction qu'on peut rencontrer quand on commence, tu vois, parce qu'effectivement l'écriture, c'est tout bête, c'est écrire des mots sur une feuille ou sur un ordinateur. C'est peut-être la chose la plus simple du monde et pourtant, c'est quand même pas évident d'écrire un livre. On a tous nos petits trucs pour passer la friction en tant qu'auteur. Toi, comment tu fais pour passer cette première friction que tu peux rencontrer parfois quand tu t'y mets ?
Écrire même quand ce n'est pas bon
Lily-Belle de Chollet — Je crois qu'en fait, le seul truc qui marche pour moi, c'est d'ouvrir mon document et de me forcer à écrire. Même si au début, ça coince. Parce qu'en fait, c'est de se mettre en mouvement qui est dur. Et j'ai toujours un peu cette image de, tu sais, quand tu commences à faire du vélo, si tu commences pas à pédaler, ton vélo, il ira nulle part et tu vas, même s'il y a une pente, une descente derrière où tu n'auras pas besoin de pédaler, si tu n'as pas commencé au début, ton vélo, il ne bouge pas. Et pour moi, l'écriture, c'est ça. Il faut se mettre à écrire même si les mots ne sont pas très bons. En fait, il vaut toujours mieux avoir écrit quelque chose qui n'est pas bon que de n'avoir rien écrit du tout. Et si en fait, si on attend l'inspiration et le flow, il y a 90% de chances qu'ils ne viennent pas tout seuls. Même plus,
Ybelion — tu peux monter le pourcentage presque. Voilà,
Lily-Belle de Chollet — c'est ça. Mais en fait, moi, il n'y a quasiment aucune session d'écriture où je me suis lancée en disant « Ah, c'est bon, ça va être génial aujourd'hui » et où tout de suite, en deux secondes, j'étais dedans et puis c'est parti. Il me faut toujours un petit moment et c'est un moment assez inconfortable de « Je ne sais pas comment tourner telle phrase, je ne sais pas comment aborder telle scène, je ne sais pas comment reprendre ce que j'ai fait hier. et juste, en fait, je dois m'empêcher de fermer mon ordinateur, m'empêcher de me lever de ma chaise parce qu'en fait, j'ai toujours autre chose à faire. Mais je sais que si je reste là, j'ai appris ça avec les années, que si je m'entête, des fois, ça peut prendre deux minutes, ça peut prendre cinq minutes, ça peut prendre une demi-heure, des fois, ça peut prendre deux heures. mais je sais que si je vais au bout, il y a un truc qui m'attend et là, je vais débloquer. Et il y a des jours où je vais me débloquer pendant un paragraphe seulement et c'est OK, je n'aurai presque pas avancé. Mais ce n'est pas grave, je reviendrai le lendemain ou le surlendemain. Et puis, il y a des fois où je vais me débloquer pour un chapitre entier. Mais en fait, le seul truc, c'est juste d'écrire, même si ce n'est pas bon, il se veut dire, je reviendrai plus tard, rendre ça meilleur. Mais en fait, le premier objectif du premier jet, c'est toujours d'aller au bout de l'histoire, en fait. Et après, en réécriture...
Ybelion — D'exister.
Lily-Belle de Chollet — Ouais, c'est ça. Et après, en réécriture, c'est un peu la même chose, c'est d'arriver au bout d'une meilleure version. Et des fois, moi, ce que je fais, c'est que si j'écris une scène et où je vraiment, je sens que je ne suis pas dans le flot du tout, je vais m'autoriser à laisser des blancs, tu vois, à écrire, par exemple, juste les dialogues et venir compléter la description derrière ou écrire une description et laisser les blancs pour les dialogues pour avancer dans l'histoire et revenir le lendemain combler les blancs parce que des fois, effectivement, il y a une scène qui ne vient pas et ce n'est pas grave, en fait. L'important, c'est de s'écouter aussi et de savoir que on peut toujours revenir en arrière, quoi. Et ça, c'est un truc que je me rappelle tout le temps. À chaque fois, je me dis, je pourrais revenir sur cette scène plus tard et je pense que ça permet de désacraliser l'écriture aussi, de savoir que rien n'a à être parfait du premier coup parce que je pense que notre plus grand ennemi quand on crée quelque chose, c'est de vouloir le rendre le mieux possible tout de suite, quoi. Et que si on pouvait écrire le livre idéal du premier coup, on le ferait. Mais en fait, il y a tout un processus qui est génial aussi parce qu'en fait, quand on réécrit un livre, une, deux, trois, moi, des fois, ça m'arrive de réécrire dix fois un livre et à chaque fois, c'est comme peler un oignon, je découvre des couches en dessous, je ne savais pas qu'elles existaient et en même temps, ça vient nourrir la vision que j'ai eue au départ. Et du coup, à chaque fois, je suis là, je suis contente de ne pas avoir réussi au début, quoi. Et du coup, je suis contente qu'il y ait de la friction, tu vois, parce que c'est dans la friction que je vais chercher les meilleurs moments d'écriture. Et du coup, je rendrai ça facile pour rien au monde, quoi.
Le perfectionnisme et ses raisons cachées
Ybelion — Ouais, je suis d'accord avec toi. Et l'analogie de l'oignon, elle est très bonne. C'est toujours assez fascinant ce qu'on découvre sur soi-même, évidemment, au fil de l'exploration des différents livres. je serais curieux, je me le range ça dans un coin puis je te reposerai la question. Je fais un partage aussi sur le perfectionnisme que tu amènes qui est effectivement peut-être le plus grand ennemi. Ce qui est intéressant, ce que je commence à avoir vu, c'est que tous les auteurs derrière, il y a une... Chacun a sa raison d'être perfectionniste. Tu vois, parfois, c'est le regard des parents, parfois, son propre regard sur soi, parfois, une peur de l'échec, une peur de réussir. Ça peut être tout et n'importe quoi. Mais effectivement, d'apprendre à se lâcher prise sur la perfection initiale, ça soulage énormément le processus. Et en fait, tu t'autorises tellement plus de créativité après. Et c'est là aussi que c'est comme ça que ça coule, je trouve, beaucoup plus vite, beaucoup plus vite. Et donc, ça passe aussi par des petites astuces. Tu vois, tu disais, parfois, il y a des moments que je n'écris pas. Ouais, moi, pareil, tu sais, tu mets entre crochets d'écrire le machin, tu vois, hop, et puis tu passes à la suite. Et tu as plein de petits trucs comme ça. Ou alors, quand tu n'as pas le nom d'un personnage, tu mets le brun ou les trucs comme ça, tu vois. Et tout ça, tout de suite, tu te dis, en fait, ouais, là, ça devient, ça te permet de faire couler le truc, quoi. Et après, quel plaisir aussi de venir, je ne sais pas, c'est peut-être mon côté ingénieur qui parle, mais j'aime trop à la fin quand tu as toutes les petites pièces et puis que tu viens les caler les unes dans les autres pour que ça soit, ça corresponde à ce que tu avais en tête, tu vois. Et pardon, désolé, je fais un tunnel là, mais je suis toujours aussi fasciné de des petites incohérences ou des petits trucs qui peuvent venir spontanément comme ça au début et de la synchronicité que ça a avec la cohérence de la fin. Parfois, on se dit, putain, j'ai choisi ce truc au hasard et c'est fou, c'est comme si c'était ça et rien d'autre, quoi. Et je ne sais pas ce que tu en penses de ça, mais moi, ça me fascine.
Quand le livre est meilleur que nous
Lily-Belle de Chollet — Ah, mais carrément, moi, j'ai souvent l'impression que l'écriture est plus grande que moi. Ouais, c'est ça. Et que ça me dépasse et que, tu sais, on a souvent l'impression que nos personnages n'en font qu'à leur tête, qu'on a prévu quelque chose et qu'en fait, ce n'est pas ça qui se passe et qu'en fait, le livre, c'est mieux que nous. Et ça, ça m'arrive hyper souvent et quand ça se passe, je sais, en fait, que oui, le livre, c'est mieux que moi et c'est quelque chose que je ne veux pas vraiment expliquer et c'est une part de magie pour moi qu'il y a dans l'écriture. C'est comme quand tu as un prénom qui s'impose pour un personnage et ça englobe toute son identité, quoi. Et les inédénies qu'on peut avoir des fois où, justement, comme tu disais, ces différents morceaux de l'histoire qui s'assemblent et d'un coup, on a le puzzle qui est entier sous nos yeux, on ne l'avait presque pas vu venir et pourtant, on avait disposé des indices, tous les éléments étaient là et ouais, je pense qu'il y a une part de magie en fait et que c'est bien de ne pas comprendre tous les mécanismes qu'il y a derrière et j'aime me faire surprendre à chaque fois par l'écriture en fait. C'est une des grandes richesses d'être un artiste, c'est qu'on part avec une vision des choses et à la fois, on l'atteint et à la fois, ça nous dépasse complètement et c'est jamais exactement ce qu'on pensait que ça serait et tant mieux parce que si tout était prévisible, on s'en irait et le chemin serait pas aussi génial. C'est ça qui est bien aussi quand on écrit, c'est que le chemin est tortueux, il y a tous les moments de friction mais il y a aussi tous les moments où on se fait surprendre et je compte plus le nombre de fois où je sors d'une session d'écriture en me disant ça s'est pas du tout passé comme je pensais, j'ai pas écrit ce que je pensais écrire et c'était tellement mieux.
Ybelion — Ouais, c'est ça la conclusion à chaque fois en fait, c'est que c'est tellement les meilleures sessions celles-là, parce que celles où tu déroules ton plan et que les personnages font ce qui est prévu et que t'avances, il y a toujours un côté, ouais, t'as avancé mais ça manque peut-être presque de l'étincelle du truc qui te fait dire à la fin, quand tu fermes l'ordi, tu fais, wow, elle est incroyable cette histoire, c'est fou.
Lily-Belle de Chollet — Ça c'est les meilleurs moments parce qu'il y a tellement de moments dans l'écriture où tu doutes de toi, où tu te dis, est-ce que je suis à la hauteur de cette histoire ? Est-ce que je vais réussir à la raconter de la meilleure façon possible ? Est-ce que tout est cohérent ? Est-ce que les personnages sont attachés ? Enfin, on se pose sans arrêt plein de questions et à chaque changement que quand on a ces moments où on se sent assez génial, c'est extraordinaire parce que ça me donne vraiment l'impression des fois d'avoir des ailes et de vouloir un peu crier sur tous les toits. J'ai écrit un livre, il est extraordinaire, quoi. Et c'est tellement pur, tu sais, pour moi, ça se rapproche de la joie qu'on peut avoir quand on est enfant et qu'on a quelque chose qui nous enthousiasme vraiment, vraiment beaucoup et j'ai l'impression de revenir toucher ce sentiment-là et ça, c'est vraiment et c'est extraordinaire.
Retrouver son imagination d'enfant
Ybelion — Il y a un côté liberté, euphorique qui est assez dingue et effectivement, c'est très enfantin dans la démarche mais c'est ça aussi, en fait, l'écriture, tu vois, c'est se reconnecter avec son âme d'enfant, se reconnecter avec cette créativité folle qui fait que n'importe quel petit détail peut devenir une histoire à part entière et c'est ça qui est magique aussi, tu le disais tout à l'heure, c'est presque vivre deux fois, un paysage qui est très beau, effectivement, ça devient une description, un stylo qui porte une histoire, bah ouais, tu peux quasiment en faire un bouquin et c'est tout ça quoi. Et ça, c'est très enfantin, je trouve, le côté très créatif comme ça et presque fou quoi, où tu te dis, mais c'est qui ce qu'il raconte lui, tu vois ? Et ça, je trouve que c'est trop cool.
Lily-Belle de Chollet — enfin, tu sais, quand on est enfant, on imagine sans arrêt des choses qui ne sont pas ce qu'elles sont, il suffit de mettre trois planches dans ton jardin et ça devient une forteresse, tu étends un drap dans ta chambre et ça y est, tu es dans une cabane de magiciens et je ne sais pas à quel âge vraiment on arrête de faire ça, quand est-ce que ça nous échappe et en fait, on ne se rend pas compte, on ne se souvient pas de la dernière fois où on a été capable de ça, c'est d'un coup, c'est fini et je trouve que du coup, quand on écrit des histoires, on a quelque chose que les autres gens n'ont pas, c'est qu'on arrive encore à toucher du doigt cette imagination d'enfant-là qui nous a à la fois apporté tellement de bonheur mais aussi ça a pu nous sauver de certains moments qui ont pu être durs parce que je pense que dans l'enfance, on a tendance à idéaliser l'enfance comme un paradis perdu mais je pense que l'enfance peut aussi être très dure et que l'imagination nous permet d'aller ailleurs quand l'enfance est difficile et de pouvoir écrire, c'est de pouvoir retourner dans l'imagination à la fois comme un refuge mais aussi comme le paradis perdu, c'est les deux et du coup, je pense vraiment qu'on a cette chance-là d'avoir gardé en partie la capacité à imaginer de manière presque tangible. quoi.
La bascule du collège
Ybelion — Et c'est... Alors tu vois là, quand tu l'as dit, on ne se souvient plus de la bascule, c'est le moment où tu arrêtes et moi c'est marrant parce que du coup, tu m'as plongé dans un truc où je me suis dit... Et je crois que c'est quand les études deviennent un petit peu sérieuses entre guillemets. Tu vois, ou alors que le... T'es l'espèce de bascule au collège où tu commences à avoir des sujets sérieux, tu vois.
Lily-Belle de Chollet — Ouais, mais je pense que au collège, tu sais, les premiers,
Ybelion — tout ça.
Lily-Belle de Chollet — T'arrives en sixième et il y a vraiment une bascule qui se fait parce que c'est même pas les études qui doivent être sérieux, c'est toi qui dois être sérieux parce que la cour de l'écran n'est plus ce qu'elle était. C'est plus une cour où tu joues à chaperne, marcher, tu joues aux billes, tu joues à courir, en fait, et à t'imaginer des choses qui sont pas là. D'un coup, c'est fini maintenant la cour de récré, tu l'utilises pour balancer ton sac dans un coin et puis il y a des petits groupes et tout le monde parle et répand des rumeurs et puis... Et puis ça devient ça, ça devient une sorte de hiérarchie et un peu de... de clan qui s'entremêlent ou pas et ça devient un minimum des adultes quelque part. Et je pense que, oui, ça doit totalement contribuer à venir... à venir atrophier l'imagination parce qu'en fait, tu deviens subitement très ancré dans la réalité. L'imagination n'est plus du tout valorisée. Alors, quand t'es enfant, plus t'as d'imagination, mieux c'est quelque part. Alors, quand t'es adolescent, plus t'es ancré dans la réalité, plus on te prend au sérieux et c'est ce que tu recherches. Donc, je pense qu'il y a vraiment la bascule entre l'enfance et l'adolescence et souvent, c'est le collège, mais je pense que, en fait, même sans le collège en tant que tel, je pense que ça se ferait quand même, tu vois. Je pense qu'il y a vraiment... Il y a une part de développement où, en fait, on passe d'une extrême à une autre, quoi. Et c'est seulement, après, je trouve, quand on arrive à l'âge adulte, qu'on se rend compte qu'on a perdu quelque chose en chemin et qu'on passe des années à aller le retrouver, quoi. À aller retrouver qui on a laissé derrière. Et les plus beaux moments, c'est ceux où, justement, on arrive à attraper par la main l'enfant qu'on était et qu'on lui dit mais regarde, j'arrive toujours à profiter comme à travers tes yeux et... et j'ai pas oublié tout ce que tu m'as appris, quoi.
Ybelion — C'est tellement vrai. Et ça, tu vois, pour le coup, moi aussi, j'en ai un souvenir très clair du moment où tu le récupères, le petit Sam derrière là, tu fais, attends, regarde maintenant ce qu'on peut faire aujourd'hui, tu vois. Et ce qui m'a fasciné aussi, c'est le... je sais pas si pour toi c'est pareil, mais moi, toutes les histoires que j'imaginais quand j'étais petit, en fait, je vois qu'elles sont encore très ancrées dans ce que j'écris aujourd'hui. Tu vois, je suis absolument fan des animaux, par exemple, et ils sont dans tous mes écrits. Partout, il y a toujours des animaux. Et c'est fou parce que c'est un truc qui me fascinait petit. Et comme quoi, t'as vraiment... c'est des trucs... ça s'oublie pas après, c'est comme le vélo, tu vois. Et c'est ça aussi que je trouve rassurant, pardon, je fais un double partage, je trouve ça rassurant aussi. C'est ça presque le message que j'ai envie de passer, tu vois, c'est que cette créativité, cette imagination, elle se retrouve. Ça c'est pas quelque chose qu'on a perdu et qu'on retrouvera jamais. Et au contraire, ça va se rechercher, tu vois. Et c'est pour ça que moi, ça me fait toujours presque un peu de peine, tu vois, les gens qui me disent ah mais je suis plus du tout créatif ou je suis pas créatif. Et au contraire, tu vois, moi je pense que tout le monde l'est à sa manière unique et tu peux donner n'importe quel sujet à n'importe qui, il t'en fera quelque chose de bien à lui, quoi. Et je trouve ça important de garder en tête qu'on peut retrouver sa créativité d'enfant et on peut travailler cette créativité parce que c'est une vraie boule de neige. quand tu commences à jouer avec, c'est infini à vrai.
Créer sans échelle de mérite
Lily-Belle de Chollet — Totalement, surtout qu'en fait la créativité c'est tellement vaste. On a tendance à, je sais pas, j'ai l'impression que les gens ont tendance à avoir la créativité comme vraiment, tu vois, être artiste et du coup quelque chose d'inaccessible et aussi à se mettre des barrières en se disant que s'ils créent quelque chose, c'est quelque chose qui doit être absolument génial et parfait. Alors qu'en fait, on crée des choses tout le temps. Quand on fait la cuisine, quand on se fait à manger le midi, on est en train de créer quelque chose. Quand on est en train de téléphoner à quelqu'un et qu'on est en train de prendre des notes et que d'un coup on fait un petit gribouillis sur le coin de la page, on a dessiné. il n'y a pas d'échelle de mérite quelque part. Créer, c'est créer et en fait, tant qu'on y prend du plaisir, on s'en fiche. Je pense qu'en fait, la question de la qualité se pose quand on veut en faire un travail. Mais quand on veut créer parce que ça nous fait nous sentir bien, parce qu'on en a besoin, parce qu'on veut retrouver notre âme d'enfant ou parce qu'on cherche à s'échapper de notre quotidien, il y a plein de raisons de se mettre à créer et pour moi, la qualité de ce qu'on fait et le jugement de ce qu'on est en train de faire ne rentre pas en cause. Au contraire, se juger dans la créativité, c'est s'empêcher de prendre des risques et finalement, créer, c'est un risque. On ne sait pas ce qu'on va réussir à créer et après, est-ce qu'on aura envie de le partager et qu'est-ce que ça va ouvrir comme porte à l'intérieur de nous et à l'extérieur de nous. C'est très, très riche et je pense que, je pense que oui, en fait, au-delà même du perfectionnisme, notre ennemi, c'est le jugement. C'est le jugement qu'on porte sur nous-mêmes parce que souvent, en fait, on a une imagination qui est très, très forte mais pas seulement pour y créer des histoires mais aussi juste pour imaginer ce que les autres vont penser de nous, de ce qui pourrait se passer. Par exemple, on va commencer à écrire un livre et puis on imagine oh là là, mais et si j'arrive pas à aller au bout ? C'est pas arrivé en vrai mais on est en train d'imaginer dans notre tête ce qui se passe si on abandonne le livre et du coup, on s'ennuie comme si ça était arrivé pour de vrai. Notre cerveau, il fait pas la différence entre ce qu'on vient d'imaginer et la réalité qui est tu viens juste d'écrire ton premier chapitre, il n'y a rien qui te prouve que tu vas pas aller au bout et au pire, tu vas pas au bout, c'est pas grave, t'en écrirais un autre quoi. Mais du coup, voilà, dès qu'on commence à se juger, on s'empêche de prendre des risques parce qu'on a peur en fait et c'est tellement dommage parce que à chaque fois que je comprends des risques créativement parlant, c'est là qu'on crée les meilleures choses quoi. Moi, je sais qu'à chaque fois que j'ai décidé d'écrire un livre qui me dépassait, c'est cela où j'ai eu envie d'aller au bout, c'est cela où j'ai eu envie d'y publier et c'est cela où ensuite, quand ils sont publiés, les gens viennent me voir et qu'on a les meilleurs échanges, enfin, des échanges qui sont très profonds et qui me touchent et tout ça, ce serait pas arrivé si au début, j'avais pas regardé la peur droit dans les yeux et je lui avais pas dit bah je vais le faire quand même en fait, je vais décider que je suis capable et je vais pas m'imaginer tous les scénarios possibles où j'y arrive pas parce qu'en fait, je préfère m'imaginer le scénario où je vais au bout et m'en tenir à ça et ensuite, me donner la permission me donner la permission d'être génial, me donner la permission d'être absolument nul, me donner la permission de recommencer plein de fois et je pense que c'est ça la clé, c'est de s'autoriser en fait, de s'autoriser à juste écrire quoi.
Se donner la permission d'être géniale et d'être nulle
Ybelion — J'adore, j'adore ce que tu partages, c'est, ouais, j'ai, je, j'ai quelque part, tu sais, j'ai envie de drop the mic parce que c'est, en fait, ça me touche beaucoup parce que c'est des, c'est des messages que moi-même, je partage beaucoup et ça me touche beaucoup d'entendre quelqu'un d'autre les dire et je crois, il y a une partie de moi, tu vois, là qui est en train de me dire, putain, mais qu'est-ce que j'aurais aimé écouter ça quand j'étais plus jeune, tu vois, parce que le, le s'autoriser, notamment, tu vois, le, qui j'ai envie de devenir en étant auteur, quelle permission j'ai envie de me donner, ça, ça a été peut-être, moi, le plus gros enjeu que j'ai connu à titre perso, tellement cadré dans mon truc d'ingénieur que, tu vois, ce que tu as dit, j'aurais aimé l'entendre à ce moment-là, en même temps, tu vois, le chemin de vie est le chemin de vie, donc tout ce que j'ai vécu, je l'ai vécu pour en arriver là aujourd'hui et c'est pour ça que je suis toujours hyper heureux d'entendre des gens toujours, ouais, pousser vers la permission, tu vois, parce que derrière, il n'y a en plus pas de, il faudrait faire ci, je te conseille de, tu dois, il y a vraiment simplement cette question de, ok, tu as envie d'écrire, tu as besoin de quoi aujourd'hui pour t'autoriser l'écriture, qu'est-ce qui te semble te manquer, de quelle permission tu as envie d'avoir ? Et je trouve que ça désacralise aussi le processus en soi, tu vois, et la transformation qu'il y a derrière et toute la montagne que paraît être l'écriture, quand on se pose simplement la question, ok, mais de quoi j'ai besoin simplement pour écrire l'histoire que j'ai envie d'écrire aujourd'hui ? Et tout de suite, la liste des questions, en fait, on se rend compte qu'elle se simplifie vachement, et pour certains, ça sera juste trouver le prénom de mon personnage principal, et là, en fait, hop, ça suffit, et parfois, ça sera, oui, peut-être construire un plan, peut-être en parler avec un ami, peut-être, bref, ça peut être tout et n'importe quoi, mais voilà, de simplifier quelque part, ok, de quoi j'ai besoin aujourd'hui simplement pour écrire, et, ouais, trop cool, merci pour ton partage, je suis trop touché en vrai.
S'affranchir des règles et trouver sa porte d'entrée
Lily-Belle de Chollet — Oui, et en fait, il n'y a pas de, il n'y a pas de règle précise et en fait, chaque auteur a sa manière d'écrire et, moi, je n'ai jamais suivi de conseil d'écriture, en fait, tu vois, j'adore écouter d'autres auteurs parler de leur métier parce que, parce que c'est ma passion et je trouve ça hyper enrichissant et, mais au-delà de ça, je ne vais jamais chercher à faire comme un tel parce que, je sais que ça ne m'amène nulle part et, et puis, moi, par exemple, tu vois, je ne peux pas écrire un livre tant que je n'ai pas la scène d'ouverture, je vais la voir comme un flash, comme une scène de film, d'un coup, ça va me prendre tout entière et là, quelque part, c'est la porte d'entrée vers le roman et là, je peux écrire mais tant que je n'ai pas cette première scène qui m'apparaît et que je dois écrire, ça me, ça me prend tout entière, il faut que je l'écrive et ensuite, je peux écrire mais sinon, mes idées, elles se baladent dans ma tête et je sais que si je commence à les écrire, eh ben, je vais bloquer parce que je n'ai pas trouvé la porte d'entrée, j'ai essayé de prendre une, de rentrer par une fenêtre et ça ne fonctionne pas, quoi. Et, et du coup, voilà, c'est comme tu disais, certaines personnes, ça va aller trouver le prénom d'un personnage, ça va être de faire un plan, on a tous nos trucs et astuces et puis en plus, chaque roman est différent donc en fait, on n'écrit jamais de la même façon même s'il y a des choses qui se recoupent et puis, je pense qu'il faut vraiment s'affranchir des règles, quoi, de ne pas se dire qu'écrire, c'est suivre une recette à la lettre, quoi. Au contraire, en fait, s'autoriser à être libre dans l'écriture, c'est, c'est un luxe quelque part parce que dans la vie de tous les jours, il y a, surtout quand on devient adulte, il y a tellement de choses pour lesquelles on n'est plus libre que si on s'empêche d'être libre dans l'écriture, on se prive de quelque chose d'extraordinaire, quoi.
Ybelion — C'est toujours ce côté, ouais, il y a des règles en écriture, c'est vrai, mais elles existent parce qu'il y a un jour quelqu'un qui en a enfreint avant et qui a décidé que c'était la nouvelle règle. C'est ça, mais en fait, c'est ça qui est génial.
Lily-Belle de Chollet — Elles existent pour nous servir un peu de structure, mais pour être enfreinte derrière. Tout à fait. Je pense que, voilà, on se dit, il y a une histoire, il y a des règles qui sont simples, il y a un début, un milieu, une fin, il y a des personnages et puis il y a des péripéties, ce genre de choses, mais en fait, chaque élément, il faut l'utiliser pour mettre sa patte et pour ensuite s'en libérer, quoi. à partir du moment où un élément devient une cage, il faut le jeter à la poubelle, quoi. Alors que si ça devient un tremplin, il faut le garder.
La cage ou le tremplin
Ybelion — C'est une très belle image. La cage ou le tremplin, effectivement, le tremplin. Et tu vois, j'ai tendance à croire que la différence entre les deux se joue beaucoup aussi aux autorisations qu'on se donne, tu vois, et à la permission d'être authentique. Et derrière, parce que c'est à mon sens là que se cache la vraie unicité de chacune des histoires que portent les auteurs, tu vois. Et c'est ça qui permet de se rendre compte qu'en fait, on s'autorisait peut-être pas tout à fait à être nous-mêmes et donc on restait dans une cage. Et le pire, c'est que cette cage-là, je veux dire, c'est nous qui avons la clé et il y a la serrure, tu vois. Donc parfois, c'est juste, ok, hop, c'est autorisé, on sort, et puis hop, et là, ouais, après c'est le tremplin, c'est tout droit. Et là, t'arrives dans les états qu'on décrivait avant, le flow, le truc de se trouver naïvement génial parfois, tu vois. Ah, c'est assez magique, c'est assez magique. T'as évoqué rapidement les portes que ça ouvrait en toi, t'as parlé aussi de se surprendre soi-même. C'est quoi, peut-être, la plus belle surprise que t'as découverte en écrivant ?
Un roman qui devient un compagnon de vie
Lily-Belle de Chollet — Ah, c'est... J'en ai plein, en fait. Je pense que chaque roman vient ouvrir une porte à l'intérieur de moi que je pensais pas découvrir un jour ou que je croyais ne pas être prête parce qu'en fait, je crois que quand on se lance dans l'écriture d'un roman, on n'est jamais prêt. On est obligé de décider qu'on est prêt parce que si on attend de se sentir prêt, on peut attendre toute la vie. Et donc, on décide qu'on est prêt et en fait, en écrivant le livre, on grandit avec lui et on construit quelque chose à l'intérieur de nous et un jour, on se retourne et on se dit « Ah, ça a changé ça en moi. » C'est un personnage, par exemple, qui va t'inspirer d'être plus courageux dans des décisions de ta vie de tous les jours. Ou alors, ça va être une prise de conscience qui se fait à travers tes personnages, qui a un écho dans ta vie et je pense qu'en fait, ton subconscient travaille beaucoup quand t'es en train d'écrire et tu peux du coup prendre conscience de mécanismes dans ta propre tête, de choses qui se jouent dans ta vie. Des fois, la réalisation se fait pendant l'écriture ou des fois, c'est a posteriori. Moi, ça m'est arrivé de seulement quand j'ai publié le livre, de me dire « Oh, waouh, j'ai mis ça de moi dedans » et ce livre m'a aidée à travailler là-dessus. Je pense souvent à mon roman « La mélancolie des sauterelles » qui est sorti il y a un peu plus d'un an. Moi, j'ai écrit sa première version quand j'étais au lycée. J'avais 15 ans et du coup, je l'ai réécrit pendant plus de 10 ans avant qu'il arrive en librairie parce que j'avais 26 ans quand il est sorti. Et du coup, ce livre est très particulier parce qu'il y a des passages dans le roman où que j'ai écrit quand j'avais 15 ans, d'autres quand j'en avais 18, 22, 26. Il y a toutes ces versions de moi qui sont superposées et qui avaient toute la même vision de l'histoire mais qui l'écrivaient toutes d'une manière différente. Et c'est seulement quand j'ai écrit la dernière version qui était prête à partir à l'impression que je me suis rendue compte que ce livre avait été un compagnon de vie qui m'avait aidée à revenir sur plein de choses de ma vie, plein d'émotions que j'avais ressenties, des événements que j'avais traversés, que j'avais mis de côté ou au contraire qui prenaient trop de place par moments. Et ça m'a énormément marquée en fait de me rendre compte à quel point un livre qu'on écrit peut être aussi présent qu'un ami dans une vie. Ça peut être un conseiller un peu malgré lui quelque part. et pareil quand je te disais que des fois ça nous pousse à avoir le courage d'eux, des fois j'ai écrit des personnages qui m'ont fait me dire bah moi j'aimerais leur ressembler un peu plus parce qu'en fait si j'ai écrit ce personnage-là ça veut dire que ça, ça existe en moi, que je sais aller le chercher et du coup que je peux transposer ça dans ma vie de tous les jours. Donc je pense que vraiment il y a une au-delà de la créativité le fait de libérer son imagination dans l'écriture ça libère l'imagination dans notre vie de tous les jours aussi parce qu'en fait tout ce qu'on vit tous les jours c'est des choses qu'on imagine parce qu'à part quand on réagit impulsivement à quelque chose on anticipe beaucoup de nos actions de tous les jours donc forcément en fait on imagine ce dont on est capable avant de le faire quand on décide un jour de je sais pas de se rendre quelque part par exemple de s'inscrire à un cours de sport un sport qu'on a toujours voulu faire et on décide de s'inscrire et bien on a anticipé le moment on a réfléchi plein de fois on s'est imaginé le moment où on allait aller s'inscrire on s'est imaginé le moment où on allait aller au premier cours on s'est imaginé le moment où on allait apprendre à se perfectionner dans ce sport et voilà en fait l'imagination c'est ça aussi c'est se permettre d'améliorer notre vie de tous les jours et du coup je pense que quand on écrit et qu'on affûte l'outil de l'imagination ça nous sert aussi à l'intérieur de nous quoi c'était une longue réponse encore
L'écriture transforme sans prévenir
Ybelion — ah non t'inquiète c'est passionnant et je te rejoins l'écriture transforme et je suis toujours extrêmement fasciné de voir où ça coule tu vois on écrit un livre et puis on change de boulot tu vois on écrit un livre et puis on décide de se remettre au sport je cite des exemples bateaux parfois effectivement ça va aussi loin que ça moi ça a été mon cas par exemple parfois c'est plus léger mais en fait les gens ne s'en rendent pas forcément compte et le plus fascinant c'est que c'est impossible de le prévoir au début c'est à dire que toi tu me diras parce qu'en plus t'as vécu sur plusieurs livres mais moi je trouve que quand tu commences l'écriture en fait tu sais que tu vas te transformer à la fin tu trouveras quelque chose parce que le chemin est long parce qu'il te questionne sur toi parce qu'il vient remuer des systèmes de valeurs pour créer des personnages il vient remuer plein de choses mais tu sais pas ce que ça va être cette transformation et je trouve que c'est ça peut-être le plus magnifique dans le processus c'est que tu vas dans une direction tu sais que ça va être incroyable mais tu sais pas le paysage que tu vas voir au goût et après quand tu prends juste un moment de pause pour regarder le chemin parcouru de voir d'où t'es parti et où t'es arrivé tu fais putain tout ça grâce à l'écriture c'est incroyable c'est incroyable
Lily-Belle de Chollet — je sais pas ce que t'en penses
Ybelion — de ça
Lily-Belle de Chollet — bah oui mais vraiment tu sais c'est comme moi souvent je pars avec une idée de roman avec une idée de thématique que je vais aborder et naïvement même si j'ai déjà écrit plein de romans je crois toujours que c'est dans cette thématique mon rapport à cette thématique que je vais ressortir transformer c'est très rarement le cas à chaque fois c'est quelque chose que j'avais pas prévu qui s'impose c'est une double lecture du roman qui arrive que en écrivant la cinquième version c'est un personnage qui était pas prévu au départ qui surgit et qui est une évidence et qui amène avec lui une sous-thématique qui vient faire écho à quelque chose en moi que j'avais pas encore observé et qui me pousse à agir différemment et comme tu disais c'est vraiment la surprise qui est là et je trouve que vraiment enfin oui c'est assez magique et que c'est ça aussi qui fait que de livre en livre la curiosité est toujours là il y a toujours l'excitation de se lancer dans une nouvelle aventure parce que quand on écrit il y a quelque chose de génial c'est que on se projette un peu notre propre film dans notre tête c'est nous qui décidons on est réalisateur on a nos acteurs on les place un peu comme on veut et des fois on est complètement plongé dans l'histoire c'est génial mais il y a aussi cet aspect très introspectif de ce qu'on va en retirer et qui n'est pas prévisible et ça oui moi aussi ça me rend toujours curieuse quand je travaille sur un livre je me dis mais où est-ce que ça va m'emmener et des fois quand le livre est terminé et qu'il est publié je peux poser des mots sur vraiment ce que le livre m'a apporté et je pense que tu vois mon livre mon prochain qui sortira début d'année prochaine je le vois comme mon livre du courage parce que il m'a demandé tellement de courage pour à tellement de niveaux et en même temps c'est le courage c'est aussi un des thèmes forts du livre qui n'était pas le premier auquel je pensais quand je me suis lancée dans l'écriture pour ce roman-là je pensais davantage à la solitude à l'ambition à la souffrance aussi et en fait là maintenant j'ai terminé c'est ma quatrième ou cinquième réécriture dessus je sais même plus mais maintenant que je suis arrivée là je peux me dire c'est mon livre du courage en fait et il faut ce recul-là pour vraiment comprendre ce qu'on a créé c'est
Savoir quand un livre est terminé
Ybelion — et c'est tu vois c'est là que oser poser le premier mot prend tout son sens parce que en fait ça conduit à ça le premier mot n'est que le domino de tout ce qui s'ensuit et c'est fou parce que tout ne tient que quelque part dans poser ce premier mot et puis après juste celui d'après et puis etc et c'est trop cool c'est t'as partagé autour des réécritures j'ai cru comprendre que c'était un processus que t'aimais beaucoup aussi et t'as fait beaucoup de partage d'ailleurs sur celui qui va sortir l'année prochaine comment tu fais parce que de manière générale tu vois évidemment on évite de donner le conseil général mais enfin le conseil est comme ça à tout le monde ça fait pas un deux trois pardon je reprends ma phrase c'est pas valable pour tout le monde mais de manière générale on a tendance à dire ok une deux réécritures c'est bien après quelque part hop il faut poser le mot fin toi comment tu fais pour gérer tu vois un processus où parfois t'en fais trois quatre cinq ou même plus pour le livre les sauterelles si j'ai bien compris ouais comment tu fais pour te dire ok là je suis arrivé au bout du processus là le livre est-ce qu'il me semble devoir être à ce moment là
Lily-Belle de Chollet — en fait je pense qu'il y a une grosse distinction à faire c'est là j'ai fait de mon mieux à ce moment là mais je sens que je vais avoir envie de le reprendre plus tard et de l'améliorer encore quand je quand j'aurai développé des nouvelles compétences et un nouveau point de vue sur le monde des fois ça peut prendre une journée comme ça peut prendre un an en fait on évolue tout le temps et du coup forcément qu'on revient avec une perspective différente pour revisiter un livre et du coup je pense qu'il y a des tu vois voilà avec la mélancolie des sauterelles à chaque fois j'allais à chaque réécriture que j'ai fait de mon côté j'allais au bout de ce que moi j'étais capable de faire à ce moment là et je sentais que j'avais pas atteint le potentiel de l'histoire donc je laissais reposer je me disais bah je vais revenir alors là je peux pas faire mieux donc je vais écrire autre chose en attendant d'avoir l'impulsion de revisiter cette histoire et par exemple là maintenant j'ai un processus qui est j'ai un processus qui demande toujours beaucoup de réécriture je sais qu'il y a des auteurs qui écrivent une fois leur roman ensuite ils le réécrivent une fois ou deux et ensuite ils le corrigent et c'est bon moi je suis pas comme ça du tout moi à chaque fois je découvre des nouvelles choses et c'est ce que je préfère parce que quand j'ai toute la matière première j'ai l'impression de me tenir au milieu de l'histoire d'avoir tous ces éléments de pouvoir jouer avec de pouvoir me dire attends si je bouge ça là ça impacte tel endroit et là je peux rajouter ce paragraphe supprimer ce chapitre faire en sorte que ce personnage dise ça pour que ça fasse un écho plus tard et c'est vraiment une gymnastique mentale moi c'est un vrai jeu pour moi et en même temps c'est un gros challenge en fait je pense que j'aime bien davantage le processus que d'atteindre l'objectif final j'adore galérer en fait j'adore réécrire j'adore sentir qu'il y a un défi une montagne à gravir et je suis toujours presque un peu triste un peu déçue quand je suis arrivée en sommet de la montagne et je me dis ah bah c'est fini bon bah je vais aller me charger une autre montagne à gravir quelque part donc j'ai je suis jamais pressée de lâcher un livre le moment où je deviens pressée de le lâcher c'est que ça y est c'est bon je suis arrivée à la dernière version et en général ça arrive tu vois quand je suis en train de faire ma relecture finale avant qu'il parte à l'impression je le sens si au contraire j'ai envie de revenir en arrière c'est que j'ai pas été au bout des choses et là je vais avoir une frustration à vie quoi donc je veux toujours me sentir comme si j'en ai un peu marre du livre tu vois c'est pas que je me dis oh pfff j'en ai marre vraiment je peux plus le voir en peinture c'est plutôt ce truc de bon bah ça y est on a fait notre chemin ensemble il est temps que je le dépose et que d'autres s'en emparent parce que moi j'ai tellement d'autres histoires à raconter mais tant que j'ai pas ressenti ce besoin de déposer l'histoire parce que ça y est elle est finie j'ai encore j'ai encore une version à découvrir derrière quoi et ça je pense qu'en fait on il y a que nous qui pouvons le savoir quoi personne d'autre va pouvoir nous dire à notre place bah ça y est le livre il est fini en fait on peut toujours continuer à l'améliorer ça c'est sûr il y a un moment où il faut dire stop mais je pense qu'il faut pas dire stop trop tôt parce que il y a tellement de fois où des fois les gens peuvent te dire ah oui mais il est abouti ton livre mais moi je le trouve très bien ça y est tu peux le lâcher si toi à l'intérieur de toi tu sens que t'as pas atteint de potentiel et bah en fait tu risques de te retourner régulièrement dessus avec une amertume de manquer une version il y a un truc que j'ai pas été déterré dans ce livre là et ça je suis vraiment à l'écoute de ce ressenti d'écriture parce que je sais que je fonctionne comme ça et comme tu disais il n'y a pas de conseil général je pense que toutes les personnes qui écrivent vivent leur écriture différemment mais pour moi c'est hyper important cette bonne version qui part à l'impression et qui est certes le mieux que je pouvais faire à ce moment là mais en fait plutôt le moment où j'ai envie de m'arrêter le moment où j'ai vraiment envie de passer à d'autres histoires où celle là je n'aurais plus envie de la retravailler plus tard pour moi c'est davantage ça que de se dire c'est la version idéale c'est plutôt ouais cette version où je me suis dépassée plusieurs fois j'ai graphi la montagne plusieurs fois au cours de plusieurs réécritures et puis il y a une fois c'était la dernière fois j'ai suffisamment gravi la montagne pour la connaître par cœur et je sens qu'elle m'a apporté tout ce qu'elle avait à m'apporter donc je peux passer à la suite
Ybelion — j'entends un profond alignement à ce moment là entre la personne que tu es c'est qu'elle voulait faire du texte et ce qu'elle texte et quelque part c'est un peu la justesse du ressenti où tu dis ok là c'est bon et effectivement tu l'as très bien dit chacun trouvera cette justesse à des moments différents et paradoxalement c'est en essayant de perpétuellement se dire quand est-ce que je vais l'atteindre ça serait après quoi qu'elle t'échappe toujours un peu des mains et c'est quand tu lâches prise sur ce truc là c'est toujours marrant le travail du lâcher prise mais quand tu lâches prise sur le résultat hop il apparaît et c'est là que c'est un peu magique c'est fou et dans on en a assez peu parlé mais du coup t'en as publié quand même pas mal des livres comment qu'est-ce que ça fait de voir le premier publié le deuxième le troisième ouais comment ça se passe tu vois
Le 1er juin 2023, son premier roman en librairie
Lily-Belle de Chollet — ce qui est génial c'est que c'est différent à chaque fois moi je suis très je suis très reconnaissante de ce qui s'est passé pour mon premier roman parce que j'ai vécu une très belle sortie parce que je sais que tu vois des fois tu peux sacraliser un rêve dans ta tête tu sais quand c'est ton rêve d'enfant que tu veux absolument publier ton premier roman tu ne contrôles absolument pas ce qui va se passer à ce moment là il y a des auteurs qui racontent que le jour où leur premier roman est sorti ils l'ont trouvé nulle part en librairie et où en fait c'était un jour comme un autre et en fait ça se construit plus tard et c'est quelque chose à accepter moi mon premier j'ai eu voilà comme je disais j'ai eu beaucoup de gratitude j'ai eu beaucoup de chance parce que il a été très bien porté par les libraires au moment de sa sortie il faut dire que c'était un roman d'été il est sorti le 1er juin 2023 donc il a été bien mis en avant dans les librairies c'est à dire que le matin où il est sorti j'ai pu aller j'ai fait j'ai fait 4 librairies ce jour là parce que j'avais besoin de me prouver que mon rêve s'était réalisé et je l'ai trouvé dans chacune des librairies j'ai fait plein de photos j'ai pleuré un peu forcément et puis il y avait pas mal de gens qui me suivaient sur les réseaux à l'époque et j'ai reçu comme ça plusieurs dizaines de stories de gens qui l'avaient acheté aussi c'était une très belle journée c'était très émouvant j'ai eu vraiment le sentiment d'une page qui se tournait d'une autre qui commençait et que c'était un peu c'était la vie que j'avais toujours attendu de vivre j'ai souvent cette impression que avant que ma carrière démarre ma vie était un peu sur pause où je subissais ma vie quelque part alors qu'il y a eu ce moment où je me suis vraiment incarnée dans ma carrière et où je me suis dit mais c'est pour ça que je suis là et c'est là que je me sens devenir complètement vivante et donc ce jour-là la sortie du premier roman c'est devenu complètement réel je me suis dit c'est pour de vrai j'ai pris ce virage là et je ne reviendrai jamais en arrière à partir de là ça ne veut pas dire que ça va être facile mais ça veut dire que tout a vraiment un sens beaucoup plus profond et où moi je sais dans quelle direction je vais continuer d'avancer quoi et ensuite mes sorties suivantes ont été plus difficiles à vivre justement parce que ça avait été aussi fort pour le premier mon deuxième c'était un format court c'est la collection pour toujours chez Nathan donc ce sont des petits romans qui font une soixantaine de pages qui se lisent en une heure qui existent en format audio proposé avec le format imprimé donc ça a été une très belle aventure parce que j'ai pu aller tu vois dans le studio d'enregistrement où une comédienne lisait mon texte moi j'adore ce roman et vraiment ça a été vraiment une très belle aventure mais quand le livre est sorti comme c'était un petit format il n'était dans presque aucune librairie je ne l'ai pas trouvé le jour de sa sortie presque personne ne l'a acheté le jour de sa sortie non plus et même dans les jours suivants j'ai eu très peu de retours et ça a été assez difficile sur le coup mais en même temps avec le recul et bien ça te pousse à te dire je ne peux pas placer d'attente dans ce qui se passe quand un livre sort moi je fais de mon mieux et ensuite et ensuite je vois bien ce qui se passe et ça m'a poussée aussi à replacer l'écriture au centre parce qu'en fait je fais ce métier parce que en grande partie il m'apporte énormément dans l'écriture dans la publication aussi mais ça ne va jamais être qu'est-ce que je vis comme jour de sortie qui va déterminer à la fois mon expérience de publication mais aussi la vie du livre derrière parce qu'en fait un livre n'a pas de date d'expiration la vie d'un livre elle est très longue et donc tu vois chacune des sorties qui a suivi a été très différente j'ai eu une sortie où pour le bleu des souvenirs d'été j'ai eu un événement chez Babelio où ça a été extraordinaire une très belle soirée avec des beaux échanges et c'était un de mes meilleurs moments de 2024 tu vois et j'ai eu des sorties qui étaient très silencieuses comme la mélancolie des sauterelles l'année dernière où j'avais presque l'impression que mon livre n'était pas sorti et finalement un an plus tard mon livre est sélectionné au prix des incorruptibles et là je commence à recevoir des mails de classe qui vont vouloir me rencontrer pour parler du livre et donc tu vois il n'y a vraiment pas de chronologie type pour chaque roman quoi et c'est ça qui est beau aussi la surprise se trouve là aussi il y a une surprise dans l'écriture où on ne sait pas à quel livre on va aboutir mais quand on décide de publier et bien l'inconnu est encore plus vaste on n'a aucune idée de qui va lire notre roman quel chemin il va prendre quel chemin il va nous faire prendre et je pense que c'est ça aussi qui me donne envie de me lever le matin c'est ce truc de je ne sais pas ce qui peut se passer aujourd'hui ni demain ni après-demain ni l'année prochaine mais j'ai hâte de voir ce que ce sera
La sortie silencieuse et les attentes qu'on dépose
Ybelion — c'est magnifique comme partage et c'est une très belle manière de lâcher prise aussi sur les sur les résultats et donc de profiter du processus on en revient on en revient à ce que tu disais tout à l'heure tu disais tu préférais le processus quelque part au résultat final et on le retrouve aussi là c'est impressionnant quand même parce que finalement le premier laisser les voyages forme la jeunesse c'est ça
Lily-Belle de Chollet — c'est ça
Ybelion — le premier donc il sort en 2023 et maintenant tu en as j'en ai 7 maintenant 7 pardon et bravo franchement c'est impressionnant c'est des textes que tu as écrits avant enfin il y en a qui datent d'avant alors j'ai entendu que la mélancolie des sauterelles tu avais commencé à l'écrire vraiment aussi jeune ou simplement tu as un processus aussi qui toi te fait écrire très vite et d'ailleurs ça me fait penser à une autre question pardon je te la glisse comme ça avec c'est du coup aujourd'hui tu principalement tu écris ou tu fais aussi d'autres choses je suis curieux de voir ouais si l'écriture est vraiment quelque part l'activité centrale ou si c'est ouais pas secondaire parce que c'est jamais secondaire vraiment
Vivre de l'écriture et des rencontres scolaires
Lily-Belle de Chollet — pour moi l'écriture c'est vraiment c'est le coeur de ma vie j'ai cette chance que ça ait marché tout de suite dans le sens où j'ai pu en vivre tout de suite après je pense que c'est toujours les circonstances de chacun sont différentes ça dépend où on habite si on a une famille ou pas plein de choses comme ça moi je pense que j'ai un train de vie assez minimaliste et du coup j'ai pu vivre de l'écriture tout de suite et puis je vis pas que des ventes de mes livres je vis aussi des rencontres scolaires par exemple donc ça permet ça me permet de donner toute la place que je veux donner à l'écriture parce que finalement c'est un choix que j'ai fait qui comporte beaucoup d'incertitudes mais je pense que ça me correspond bien parce que je suis quelqu'un qui prend beaucoup de risques dans la vie et qui aime se réinventer et qui fait pas mal de choses en marge de ce que font les autres donc je me sens vraiment à l'aise avec ce métier là et je me sens vraiment alignée avec le fait d'avoir mis l'écriture au centre de ma vie parce qu'en fait c'est ça qui me rend le plus heureuse c'est ça qui me génère le plus d'enthousiasme c'est ça aussi qui m'a apporté les plus belles rencontres ces dernières années je sais que la grande richesse de ma vie se trouve là donc pour moi c'est tout à fait logique de dégager énormément de place à l'écriture à la fois pour ce que ça m'apporte à l'intérieur mais aussi pour toutes les opportunités et toute la vie que ça me permet de construire à l'extérieur finalement quand on a un métier passion je pense que tout est entremêlé et qu'on peut plus dire je travaille de telle heure à telle heure et ensuite ça m'impacte plus parce qu'en fait l'écriture elle est là tout le temps déjà et puis en plus après on rencontre des gens qui deviennent des amis et qui sont aussi des collègues et puis on se déplace beaucoup le week-end pour aller en salon en semaine pour rencontrer des classes ce genre de choses donc en fait oui ça prend énormément de place et du coup pour rebondir sur ta première question qui était de savoir quand est-ce que j'avais écrit mes romans et bien ça dépend tu vois la mélancolie des sauterelles c'est assez particulier parce que je traînais avec moi depuis le lycée mais sinon les voyages forment la jeunesse et on dira que je suis toi j'ai écrit leur première version en 2018 2019 ensuite mon cours toujours sœur aînée je l'ai écrit en 2021 le bleu des souvenirs d'été je l'ai écrit en 2022 il est paru en 2024 et puis ensuite là mon tout dernier danser entre nos silences je l'ai écrit en 2024 finalement c'est mon premier livre que j'ai écrit en ayant déjà publié parce qu'en fait il y a toujours un temps il y a un temps de latence entre le moment où tu écris un livre son premier jet et le moment où il sera publié et pour moi c'est minimum deux ans et donc en fait forcément quand je me dis que ça fait trois ans que je suis publiée ça induit que presque toute ma bibliographie jusqu'ici c'est des livres que j'avais écrits avant d'être publiés ou alors que j'ai écrit quand j'avais signé les contrats mais les romans n'étaient pas encore parus donc là pour l'instant tu vois sur les sept il n'y en a qu'un que j'ai écrit en ayant déjà des romans en librairie quoi mais là du coup maintenant tous ceux qui sortiront après et bien c'est que des romans qui sont enrichis de cette expérience-là cette expérience d'être autrice publiée et ça me rend hyper curieuse de voir tout ce que je vais construire parce que je sens que de livre en livre je m'autorise de plus en plus de choses je m'autorise à prendre des risques à être plus ambitieuse et ça me rend hyper curieuse de voir ce que je vais construire ensuite quoi
Sept livres écrits avant d'être publiée
Ybelion — ça donne envie d'écrire ce que tu dis parce qu'effectivement ça donne vraiment envie de finir celui qu'on est en train de faire et dire ok le prochain j'ai déjà hâte de voir de voir où il va m'emmener ah c'est cool c'est cool en tout cas bravo pour la belle trajectoire et tu vois là j'avais la juste avant j'avais la photo de famille que tu as mis sur ton insta avec les 7 livres et je sais pas pourquoi tu vois moi naturellement celui qui a attiré je crois que c'est le titre c'est danser entre nos silences je le trouve très poétique le titre et alors du coup j'imagine que ça parle d'une danseuse de ballet avec la couverture mais rien que le titre je le trouve il m'attire dans sa poésie je dirais et d'ailleurs ça me fait penser je rebondis pardon qu'il y a une question que je t'ai pas posée tu disais tout à l'heure ouais alors quelle prochaine grande montagne j'ai envie de gravir comment tu choisis tes thématiques tu vois comment tu te lances dans quelque part cette scène d'ouverture qui te fait dire ok c'est sur ce roman que je vais travailler
Comment elle choisit son prochain roman
Lily-Belle de Chollet — en fait je pense que du coup comme on disait chaque livre nous apprend quelque chose et que quand on arrive dans le projet suivant on a développé une compétence qu'on va pouvoir utiliser et des fois ça veut dire revenir dans le même genre et le revisiter différemment mais des fois ça veut aussi dire se lancer dans quelque chose de différent pour moi je sais que c'est pas le bon projet si je m'ennuie si je me lance moi ça m'arrive des fois de me lancer dans l'écriture d'un livre et au bout d'un chapitre ou deux je m'ennuie c'est à dire que je sais écrire le livre c'est assez fluide je me dis que c'est plutôt bien écrit mais la flamme intérieure elle est pas là quoi et quand ça m'arrive je me dis c'est pas par là c'est pas la bonne direction donc là je ferme le fichier je me dis ok c'est pas la bonne histoire au bon moment c'est pas grave et je me mets vraiment face à moi-même qui est quel autre projet tu as là qui te paraît plus grand que toi dans lequel t'oses vraiment pas te lancer mais en même temps t'as vraiment envie c'est juste que t'as peur de pas être à la hauteur quoi et c'est comme ça que je choisis en général c'est de me dire ben je vais prendre un challenge parce que sinon je vais m'ennuyer et j'ai envie de me dépasser et comme je disais tout à l'heure moi j'aime bien quand c'est dur j'aime bien gravir la montagne parce que c'est là où j'en retire le plus de choses personnellement donc par exemple des fois ça veut dire changer de tranche d'âge quand j'avais écrit beaucoup pour les ados et du coup c'était en 2022 je crois 2020 entre 2021 et 2022 où j'ai écrit La fabuleuse expédition d'Astral qui est un roman pour les 9-12 ans c'était mon premier pour cette tranche d'âge là et c'était un vrai challenge du coup parce qu'en fait on n'écrit pas de la même façon pour des enfants que pour des ados et ensuite quand j'ai abouti ce livre là je suis revenue au roman pour ados jeunes adultes avec des outils que je n'avais pas précédemment et c'est hyper encourageant ça pousse à prendre des risques et du coup en plus ce qui est hyper chouette quand on écrit différents genres pour différentes tranches d'âge c'est qu'après quand on va au salon du livre et bien on se retrouve à différents types de public on a différents types d'échanges et ça aussi ça nourrit en fait donc pour moi le choix se fait à chaque fois dans ce truc de est-ce que la flamme intérieure s'est allumée complètement quoi ou est-ce que je suis juste dans cette histoire parce que je me disais que c'était la suivante si je cherche à rationaliser je vais jamais aller dans la bonne direction quelque part c'est vraiment mon intuition qui va me dire non en fait tu pensais que c'était là mais pas du tout c'est ce projet là que tu vas apprendre ensuite quoi
Ybelion — être attentif à son instinct et son intuition quelque part et c'est tu vois c'est vraiment en fait c'est un mix entre ok il y a un peu de peur il y a un peu de hâte et en fait ça c'est généralement deux très bons indicateurs qu'on est sur quelque chose qui est vraiment important pour nous et c'est là toujours que c'est le plus extraordinaire évidemment et le j'ai perdu ma question en cours elle est arrivée elle est repartie tout de suite désolé tu du coup as écrit à la fois pour les plus jeunes et les moins jeunes alors je te poserais bien la question de savoir ce que t'as préféré mais j'ai compris que quelque part qu'importe c'était le fait que tu l'aies jamais fait ou en tout cas de voir ce que ça t'apportait de le faire qui te plaisait donc plutôt la question ça serait c'est quoi la différence fondamentale tu vois entre s'adresser à des plus jeunes et à des moins jeunes
Écrire pour des enfants ou pour des ados
Lily-Belle de Chollet — je pense que c'est la manière d'aborder les thèmes parce que on va pas chercher les mêmes choses quand on est enfant que quand on est ado ou jeune adulte le niveau d'introspection n'est pas le même par exemple plus on est jeune plus on a envie d'être ancré dans l'action avec les héros ça veut pas dire qu'on aborde pas des thématiques difficiles au contraire mais ça veut dire qu'on va moins s'apesantir dessus on va moins rentrer dans l'intériorité du sujet dans la psychologie du sujet ça par contre dans les romans pour adolescents jeunes adultes on peut disséquer les émotions et les ressentis jusqu'à la nausée parfois parce qu'en fait c'est un âge où on rumine énormément ce qu'on ressent et ce que machin nous a dit et comment ça nous a impacté et du coup c'est deux types d'écriture qui sont différents pour moi en sachant que j'ai un penchant naturel vers l'écriture introspective donc quand je me tourne vers des récits plus ancrés par l'action ça me demande un effort donc à chaque fois c'est beaucoup plus dur et en même temps quand j'y arrive je suis très fière de moi alors que quand je vais réussir à écrire une scène qui est plus introspective ça me vient un peu plus naturellement donc je suis contente mais je ne vais pas avoir ce sentiment de j'ai été là où je ne pensais pas être capable d'aller donc pour moi la différence elle se trouve là et puis dans la manière d'aborder les personnages aussi où on prend le temps dans un lecteur plus âgé on va prendre le temps de connaître le personnage dans toutes ses failles toutes ses forces alors que plus on descend en âge plus l'attachement au personnage doit être immédiat doit s'incarner tout de suite et être très solide pour embarquer le lecteur parce qu'en fait à cet âge là le lecteur il n'a pas de patience si le livre il n'est pas intéressant et d'un il va le jeune lecteur il va le lâcher et je trouve ça génial parce qu'en fait quand un enfant de 10 ans me dit j'ai lu le livre trois fois c'est mon livre préféré je sais qu'il y a une vraie sincérité derrière c'est hyper émouvement et il y a vraiment oui il y a une authenticité qui est géniale mais il faut être à la hauteur de ça il faut offrir cette expérience de lecture au jeune lecteur qui est cette immédiateté d'être emporté tout de suite par le récit et ça c'est quelque chose que je travaille à chaque fois et c'est jamais évident mais c'est toujours mon objectif
Ybelion — tu partageais le retour d'un enfant qui te disait je l'ai lu trois fois c'est mon livre préféré il y a un retour qui t'a marqué plus qu'un autre ou qui t'a touché plus qu'un autre parmi tous ceux que t'as pu recevoir sur tes sept livres
Les retours de lecteurs qui l'ont marquée
Lily-Belle de Chollet — il y en a plusieurs je pense que évidemment il y a toujours les enfants ou les ados qui viennent me voir en me disant moi d'habitude j'aime pas lire mais ce livre là j'ai aimé le lire ça je trouve ça toujours extraordinaire parce que je pense qu'en fait on est tous des lecteurs mais qu'on a tous besoin de trouver le bon livre au bon moment pour nous faire aimer la lecture et du coup le fait d'avoir écrit un livre qui peut être le bon livre pour quelqu'un pour moi c'est absolument génial quoi et sinon il y a des retours qui sont qui sont beaucoup plus personnels les retours les plus personnels que je peux avoir souvent ce sont avec les ados et les jeunes adultes donc en salon ou en rencontre scolaire là par exemple en début d'année j'étais sélectionnée pour le prix Margarito Doux j'ai pu rencontrer des classes de 4ème et 3ème dans tout le département du Cher et j'ai eu une jeune fille qui est venue me voir à la fin d'une rencontre et elle me parlait du coup de mon roman Le Bleu des souvenirs d'été qui parle des troubles du comportement alimentaire et qui m'a dit j'ai donné ce livre à lire à ma mère parce que je savais qu'il y avait quelque chose dont elle ne m'avait jamais parlé pendant toutes ces années et ma mère elle ne lit jamais mais là elle a lu votre livre et ensuite ça nous a permis de parler ce qu'elle avait traversé dans sa jeunesse et je me sens beaucoup plus proche d'elle maintenant il y a un tabou qui a été levé c'était hyper émouvant elle est restée longtemps de me parler alors que je veux dire c'est pas évident à 13-14 ans de se lever alors qu'il y a toute sa classe derrière qui est en train de parler et de venir partager quelque chose d'aussi personnel d'aussi fort ça m'a vraiment marquée et en particulier même pour ce livre-là du coup toujours par rapport à la même thématique j'ai eu une jeune femme d'une vingtaine d'années qui est venue me voir en me disant que mon livre avait été le déclic pour elle pour demander de l'aide parce qu'elle-même souffrait de troubles de comportement alimentaire et du coup ça fait se sentir tout petit par rapport à l'impact qu'on peut avoir sur la vie de quelqu'un et de voir que ça peut être un impact positif comme ça moi à chaque fois j'ai la gorge mouée et je me dis le livre m'a tellement dépassée la personne me dit merci mais c'est plus grand que moi quelque part et du coup à la fois il y a une grande responsabilité qui vient avec ça moi à chaque fois qu'un livre sort je me dis toujours j'ai la responsabilité de comment le livre va être vécu j'essaye toujours de trouver les mots les plus justes possibles de manière à ne jamais heurter personne surtout quand je touche des sujets sensibles et évidemment je contrôle pas tout ce qui va se passer derrière et je veux dire une personne peut trouver un livre au mauvais moment et ça peut être un trigger mais j'essaye de faire au mieux en tout cas pour que mes livres aient un impact positif sur le monde et du coup que ce soit l'amour de la lecture qui est trouvé par quelqu'un ou alors une nouvelle perspective sur une des thématiques qui est abordée ou alors tout simplement je veux dire moi le nombre de livres qui m'ont fait me dire tu n'es pas toute seule à ressentir ça ou toi aussi tu peux avoir le courage d'affronter telle situation enfin je veux dire les livres ce sont des fenêtres sur comment est-ce qu'on peut agir dans le monde ensuite c'est toutes les choses qu'on pourra ou pas expérimenter c'est toutes les vies qu'on vivra jamais et qui pour autant nous inspirent en fait je trouve que quand on lit ça nous permet d'expérimenter plein de choses sans avoir à quitter le confort de chez nous quelque part et du coup à sélectionner ce qu'on a envie d'expérimenter dans la vie de tous les jours ensuite et du coup de savoir que moi j'offre ça aux autres c'est quelque chose que je ne prendrai jamais pour acquis en fait parce que oui c'est une grande responsabilité mais c'est mais c'est surtout une grande source d'émerveillement et c'est pour ça que je suis toujours aussi heureuse de rencontrer les gens et de parler de mon métier de parler de mes livres parce que je publie pour ça j'écris pour moi et je publie pour les autres pour les rencontres qui se tissent ensuite et du coup chacune est précieuse à sa manière il y en a quelques-unes qui vont me marquer un peu plus que d'autres mais finalement sur le moment peu importe la rencontre c'est toujours précieux quoi
Le roman qui lui a donné envie d'écrire à 13 ans
Ybelion — ouais on sait jamais qui on sauve en écrivant c'est ça qui est magnifique le t'as parlé des livres qu'on trouve au bon moment et qui effectivement changent un peu nos trajectoires de vie tu te rappelles du livre toi que t'as lu au bon moment où tu t'es dit je vais être écrivaine quand t'étais petite
Lily-Belle de Chollet — carrément en fait j'ai eu plein de livres qui m'ont donné envie de moi aussi d'en écrire d'autres mais j'ai souvenir quand j'avais 13 ans j'ai lu un roman qui s'appelle l'année où tout a changé c'est un roman contemporain qui est le premier livre qui m'a fait pleurer à chaudes larmes et je me souviens de l'avoir refermé donc il était genre 2 ou 3 heures du matin j'étais dans mon lit j'étais avec vraiment j'avais pleuré donc j'avais les yeux vraiment tout bouffis tu sais de d'émotion et ça m'a traversé de je veux écrire des livres comme celui-là je veux écrire des livres qui fassent ressentir aussi fort c'est ça en fait que je voulais c'était aller chercher une émotion aussi brute j'avais jamais ressenti une émotion aussi forte avant ce moment-là j'avais été embarquée tu sais dans des aventures avec des personnages où tu sais où je me disais oh là je sais pas ce qu'il va se passer ensuite vite je tourne la page parce que j'ai trop hâte de voir si j'ai deviné qui est méchant ou alors est-ce que les personnages vont s'en sortir alors qu'ils sont suspendus au-dessus d'un précipice ce genre de choses tu vois j'avais eu le frisson d'aventure ça je l'avais eu plein de fois et de pouvoir me sentir dans la peau de plein de personnages différents de pouvoir m'exercer à essayer de jouer des mystères ce genre de choses mais l'émotion aussi forte qui m'a remué quelque part peut-être plus que tout ce que je vivais dans la vie de tous les jours ça j'avais pas vécu encore et ça a ouvert une porte en moi de c'est ça qu'il faut aller chercher
L'inspiration arrive là où on ne la cherche pas
Ybelion — c'est beau en plus tu te souviens vraiment du livre je le connaissais pas je le connaissais pas et c'est ça qui est assez fascinant aussi c'est que ça peut être tout et n'importe quel livre c'est pour ça
Lily-Belle de Chollet — je pense que c'est pas forcément un livre aussi des fois je pense qu'on peut vivre quelque chose dans notre vie tous les jours voir un film écouter une musique ça peut être tout et n'importe quoi qui fait qu'il y a un déclic dans notre écriture et c'est pour ça que souvent les gens me demandent surtout en rencontre scolaire où est-ce que vous trouvez l'inspiration et moi je réponds toujours l'inspiration elle est partout c'est plein de petites choses qu'on va emmagasiner au fur et à mesure de nos journées mais elle est surtout là où on s'y attend pas moi mes meilleures idées je vais les avoir quand je suis en train de faire mes courses ou quand je suis en train de marcher dans la rue ou quand je suis en train de me brosser les vins je veux dire c'est quand je cherche pas quand on est en train de chercher désespérément une idée ou à résoudre un problème dans une histoire ça nous échappe encore plus en général
Ybelion — et d'où l'importance de s'autoriser à s'ennuyer aussi parce que tu vois il y a ce fameux mythe de quand t'es sous la douche les idées qui te frappent et c'est vraiment parce qu'en fait c'est peut-être un des seuls moments encore aujourd'hui où on n'est pas dans le travail ou avec un écran ou ce genre de choses et effectivement parfois il n'y a rien de mieux que l'ennui et donc ça peut être certain le ménage le marcher dans la rue promener son chien bref ça peut être tout et n'importe quoi et c'est très contre-intuitif mais les plus belles histoires généralement les plus belles inspirations les plus belles épiphanies elles peuvent venir de là
Cultiver le vide et l'art de s'ennuyer
Lily-Belle de Chollet — mais c'est hyper important de s'ennuyer je veux dire quand on parlait tout à l'heure d'être enfant et d'avoir son imagination qui tourne à par régime c'est parce qu'on s'ennuyait beaucoup et qu'il fallait meubler l'ennui et du coup moi je suis une grande fan de l'ennui parce qu'en fait je ne le ressens jamais parce que c'est quelque chose que je cultive je cultive l'art de me couper du monde en fait pas l'ennui lui-même je prends énormément de temps pour être dans ma propre tête tu vois le matin je n'allume pas mon téléphone avant 10 ou 11 heures parce que je prends le temps d'être avec moi-même je sors marcher deux fois par jour et je nage beaucoup donc je marche beaucoup sur la plage je ne prends pas mon téléphone avec moi 90% du temps et je le fais souvent seule parce que j'ai besoin de ce temps-là pour être dans ma tête et pour laisser les idées se ranger et juste prendre du temps avec moi-même et pareil tu vois quand tu disais faire le ménage moi c'est hyper souvent que je suis bloquée dans l'écriture je me dis bon bah je suis bloquée je fais une pause et au lieu de prendre mon téléphone et de scroller sur Instagram qui est quand même notre première intuition parce qu'on a développé un automatisme pour ça et bien je me dis je vais faire du ménage parce que peut-être que ça ne me débloquera pas dans l'écriture donc moi je serais contente d'avoir un environnement qui est propre autour de moi et donc ce sera toujours ça de gagner mais du coup souvent je me réfraîne tu sais de mettre un podcast en fond ou de me distraire parce que souvent c'est ça en fait on est inconfortable avec le fait d'être seule avec nos pensées et nos émotions et seule face au fait que ben oui en fait l'inspiration elle n'est pas là et que on ne peut pas aller la chercher tout le temps et on est inconfortable avec le fait de s'ennuyer aussi et je pense qu'on a peur du vide mais en fait moi j'adore le vide je cherche le vide assez consciemment dans ma vie tu vois par exemple je crois très fort au fait que quand on décide de vendre des meubles de donner des vêtements ce genre de choses on fait de la place pour autre chose on fait de la place pour une nouvelle version de nous-mêmes et je pense que dans la créativité c'est pareil quand on fait du vide quand on se crée des espaces pour ne pas être productif ne pas travailler ben c'est dans ces espaces-là qu'on va se nourrir d'autres choses que ce soit des instants contemplatifs mais aussi des moments où on se dit ben tiens je vais lire un livre je vais aller au cinéma je vais aller voir une expo ce genre de choses ça vient nourrir la créativité et c'est pas productif on est en train de consommer quelque chose mais c'est quelque chose qu'on choisit de consommer intentionnellement c'est des expériences qui sont longues et qui nourrissent la créativité du cerveau contrairement à scroller sur un réseau social où chaque contenu dure quelques fractions de secondes et juste en fait où on s'anesthésie le cerveau mais c'est une habitude à prendre je pense que c'est une hygiène de vie à avoir je sais pas si ça convient à tout le monde mais moi je sens que si je le fais pas je me sens amorphe à l'intérieur de moi-même ma créativité s'éteint petit à petit alors que plus je donne d'espace à mes pensées en fait plus je me donne d'espace pour exister plus je donne de l'espace à ma créativité pour grandir et pour ensuite écrire quoi
L'océan, son sanctuaire
Ybelion — j'ai une dernière question pour faire le lien avec tout ça parce que t'en parles aussi de temps en temps c'est le rapport à l'océan ou à la nature je dirais alors là peut-être comment ça t'aide alors Aude tu vois j'entends que effectivement tu vois c'est aussi un espace de connexion à toi quelque part à ta créativité et ouais quel rapport t'as à cet océan à cette nature toujours fascinante
Lily-Belle de Chollet — déjà je trouve que c'est hyper important pour moi d'avoir quelque chose qui soit indépendant de l'écriture parce que comme je te disais l'écriture c'est le coeur de ma vie donc ça prend énormément de place pour moi d'aller dans la nature ça me permet de me souvenir que j'existe en dehors de ce que je crée parce que je pense que l'écueil du métier passion c'est que justement on peut pas laisser son travail à des horaires de bureau et se détendre en dehors et moi si je reste chez moi je reste dans mon espace de travail parce que j'aime écrire chez moi alors quand je sors et ben quelque part je dis ben ma session du jour elle est finie et là je vais juste exister en tant qu'être humain qui a besoin d'être dans la nature et pour moi il y a une vraie force quand on est dans la nature et qu'on se connecte aux éléments comme ça d'être pieds nus dans le sable ou dans l'herbe d'écouter les oiseaux moi je nage tous les jours c'est il y a quelque chose qui s'apaise dans le corps en fait et c'est ça qui fait que je me remplis d'énergie et que j'ai envie de me remettre à écrire en rentrant parce qu'en fait écrire ça prend énormément d'énergie c'est aussi fatigant parfois que d'aller courir pendant deux heures quoi et pour moi ça me ressource ça me reconnecte à moi-même ça m'émerveille parce que enfin je ne sais pas moi plus le paysage est sauvage plus je le trouve beau et je me nourris par les yeux et par tous mes sens quelque part parce que en fait tous les sens sont sollicités quand on est dehors et c'est pas pour rien je pense que tu sais tous les pays les pays nordiques par exemple qui ont vraiment une culture peu importe le temps qu'il fait dehors il faut sortir tous les jours c'est hyper important ça fait partie de l'hygiène de vie c'est les pays où on a estimé un indice de bien-être le plus élevé et je pense que ça en fait partie moi je vois bien que tu vois quand j'étais dans mes études je passais énormément de temps tu vois dans les amphi et ensuite je marchais dans la rue parce que j'étais dans une grande ville et ensuite je rentrais chez moi dans mon appartement j'avais pas j'avais vu trois arbres plantés sur un rond-point et en fait c'est tout quoi j'étais pas du tout heureuse j'étais drainée tout le temps et à partir du moment où je suis revenue habiter près de la mer il y a une énergie qui est là et qui me nourrit chaque jour et c'est ça qui me permet aussi de déposer tu vois toutes les frustrations qui peut y avoir et tous les chagrins qui peut y avoir dans la vie que ce soit dans l'écriture ou autour je trouve qu'il n'y a pas il n'y a pas d'émotion trop grande pour la nature moi les moments par exemple dans l'écriture où je suis la plus heureuse où je suis la plus fière de moi ma première intuition c'est d'aller à la plage et d'être avalée par cette immensité et quelque part l'immensité de ce que je ressens à ce moment-là cette joie elle trouve un écho dans l'horizon à perte de vue et du coup je me sens capable de ressentir pleinement et par ailleurs si je me sens en échec parce que ça arrive de se sentir en échec ça ne dure pas parce que le lendemain on recommence à écrire on reprend ce qu'on n'a pas réussi mais pareil je vais à la plage et là je vois l'horizon qui n'a pas de fin et la mer accueille quelque part cette émotion qui est trop grande pour moi et voilà peu importe ce que je vis quelque part je sais qu'il y a toujours un endroit où je peux aller m'ancrer et je pense que c'est un peu mon sanctuaire tu vois la nature c'est un endroit où je peux toujours me retrouver et me reconnecter à moi-même et quoi qu'il arrive dans ma vie je sais que c'est là qu'il faut que j'aille et qu'ensuite j'aurai la force pour continuer
Le sentiment océanique
Ybelion — tu as décrit un sentiment qui est d'ailleurs je crois qu'il s'appelle le sentiment océanique cette espèce de moment où la frontière entre soi et l'immensité qu'on perçoit alors ça arrive souvent avec la mer du coup d'où le nom s'évapore et où tu te sens comme c'est très beau ce que tu as partagé là sur l'écho que ça peut renvoyer moi tu vois je trouve que ça donne aussi cette impression que quelque part tout va bien se passer je sais pas pourquoi l'immensité me donne ce sentiment là comme si finalement tous les soucis qu'on pouvait avoir toutes les petites broutilles qui peuvent nous parasiter l'esprit quand tu te retrouves face à cette immensité il n'y a plus rien d'autre qui compte que l'instant présent et tout va bien se passer et je trouve ça extrêmement apaisant et effectivement les moments où il y a trop de villes quelque part dans le quotidien ça devient un peu peut-être usant je dirais à terme parce que c'est pas un effet instantané mais effectivement la nature rend beau finalement rend beau et belle
Lily-Belle de Chollet — voilà exactement c'est tout à fait ça
Ybelion — c'est fascinant là je sais pas pourquoi j'y repense mais ce sentiment océanique si tu pourras aller creuser c'est hyper intéressant après derrière t'as les notions d'infinité tu vois de ce que ça représente enfin bref ça c'est le côté philosophique qui m'intéresse aussi mais alors j'ai une dernière question pour toi pas forcément évidente mais je te la pose quand même si tu devais là quelqu'un qui nous écoute qui t'a jamais lu tu lui conseillerais quelle porte d'entrée alors c'est pas une question facile moi tu vois ma réponse c'est j'ai vu tes 7 livres comme ça et il y en a un instinctivement qui m'appelle c'est celui là que je choisirais tu vois mais quelqu'un qui te demanderait quand même de choisir pour lui quelque part quelle porte tu lui conseillerais
Par quel livre la découvrir
Lily-Belle de Chollet — j'aurais tendance tu vois parce que c'est le roman qui à ce stade m'a fait ressentir le plus de choses et m'a le plus accompagnée je dirais la mélancolie des sauterelles pour moi c'est vraiment c'est un aboutissement quelque part c'est une c'est un chapitre de ma vie et c'est un livre qui m'a dépassée tellement de moments et pour lequel moi je me suis dépassée et qui m'a permis de construire quelque chose dont je suis fière après voilà ça dépend toujours des goûts de chacun je pense que il suffit de lire le résumé d'un livre et de regarder sa couverture pour savoir avoir déjà une bonne idée de si ça va nous plaire ou non mais pour découvrir ce que pour découvrir ma sensibilité en tout cas je pense que c'est celui là que je conseillerais
Ybelion — la mélancolie des sauterelles donc merci beaucoup Libel pour tous tes partages et ta vision je le répète mais ta vision très sensible de l'écriture c'est passionnant et mets ta vie que ça en poussera beaucoup parce que même moi je me dis j'ai envie de m'y remettre
Conclusion
Lily-Belle de Chollet — merci à toi de m'avoir invité et merci pour tes questions qui étaient vraiment intéressantes moi je suis passionnée par mon métier donc je pourrais en parler pendant des heures mais c'était un très bel échange et je suis ravie d'avoir pris cette temps avec toi aujourd'hui et j'espère que tout le monde a passé un très bon moment à nous écouter merci
Ybelion — merci d'être là épisode après épisode si ce podcast t'inspire t'aide ou te mets du baume au coeur t'abonner mettre 5 étoiles et le partager c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux parce qu'après tout plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte à très vite Ose Écrire
AU MICRO AVEC
Lily-Belle de Chollet
Lily-Belle de Chollet écrit des romans pour adolescents et jeunes adultes depuis la côte bretonne, où elle nage toute l'année. Son premier titre, Les voyages forment la jeunesse, paraît chez Nathan en juin 2023, suivi de On dira que je suis toi et de La fabuleuse expédition d'Astrale. Le Bleu des souvenirs d'été, La Mélancolie des sauterelles et Danser entre nos silences paraissent chez Didier Jeunesse. Elle vit de l'écriture et des rencontres scolaires.
Ancien ingénieur en sûreté nucléaire, j'ai tout quitté pour l'écriture. J'anime Ose Écrire et j'accompagne les auteurs autour de trois clartés : le rythme, l'identité, l'intention. Toi aussi, tu as un livre qui attend ?