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Pochette de l'épisode 119 du podcast Ose Écrire

ÉPISODE 119AVEC INVITÉ10 JUIN 202663 MIN

Écrire le week-end, enseigner la semaine - Discussion avec Fany Simon

Clarté · Rythmeauto-éditiondiscipline
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FACE A — LES 34 CHAPITRES · CLIQUE POUR ÉCOUTER

CE QUE RACONTE CET ÉPISODE

Le bon moment pour écrire, celui où tu auras enfin du temps, du calme et l'esprit léger, il ne viendra jamais. Fany Simon enseigne depuis 25 ans, elle a élevé ses filles, et elle a quand même publié quatre romans. Pas en se levant à l'aube chaque matin pour noircir mille mots. En trouvant son rythme à elle. Elle écrit le week-end, par vagues, quand l'histoire bouillonne trop fort pour rester à l'intérieur. La semaine, devant sa classe, elle n'y arrive pas, et elle l'accepte. Le déclic est venu d'un mémoire universitaire qui n'avait rien à voir avec le roman, mais qui lui a appris une chose précieuse : s'autoriser un créneau rien qu'à soi, et le garder. Si tu attends la routine idéale pour commencer ton livre, tu risques d'attendre longtemps. Ton rythme n'a pas besoin de ressembler à celui des autres. Il a juste besoin d'exister, même trois heures un dimanche, même par à-coups. C'est dans ces interstices que les livres s'écrivent vraiment. À écouter là où tu écoutes tes podcasts.

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LE CAROUSEL DE L'ÉPISODE — CLIQUE UN SLIDE POUR L'AGRANDIR

Face B — le transcript

L'ÉPISODE MOT À MOT · LES TIMECODES LANCENT L'ÉCOUTE

Évidemment, tu te doutes bien que ce n'est pas moi qui ai tapé tout ce transcript à la main… Alors oui, il y a parfois des incohérences et des erreurs. Et sur les discussions, il arrive même que les voix se mélangent. Comme quoi, rien de mieux que d'écouter l'épisode plutôt que de le lire !

Introduction et présentation de Fany Simon

Ybelion — Bienvenue dans cet épisode 119, j'accueille Fanny, on parle de son livre « Tout ce que j'aimerais te dire ». On évoque ses inspirations de la région de Saint-Malo, ses anecdotes d'enseignantes qui nourrissent son écriture, mais aussi ses défis, ses méthodes de travail, en somme, son parcours d'écrivaine. Je vous souhaite un très bon épisode, à très vite. Moi c'est Sam, Ybelion de mon nom de plume. Je suis écrivain, coach ICF et j'ai créé Ose Écrire, un accompagnement pour celles et ceux qui veulent enfin accomplir leur rêve d'écrire un livre. Ce podcast a la même intention, c'est ton rendez-vous inspiration, discipline et passage à l'action. Et si ça te parle, abonne-toi, mets 5 étoiles et partage autour de toi, parce que plus il y a de gens qui osent, plus d'autres oseront à leur tour. Allez, c'est parti et bonne écoute. Du coup tu m'expliquais que historiquement le Mont-Saint-Michel n'était absolument pas breton. C'est la conclusion que je retiendrai.

Fany Simon — C'est la conclusion. Que je retiendrai.

Ybelion — Maintenant je n'ai plus d'excuses, je ne peux plus laisser. de raison au breton. Et c'est... Dans ton livre, j'ai vu que du coup l'histoire se passait à Saint-Malo, sur le dernier. Et comment ça t'inspire cette région-là ?

Fany Simon — En fait moi je suis originaire de Rennes, donc pas très loin, mais j'ai passé tous mes étés dans le coin, Cancale, Saint-Benoît-des-Ondes, Saint-Malo. Et du coup j'ai beaucoup d'attaches sentimentales. Je m'y suis installée d'ailleurs maintenant, depuis plus de 20 ans. Donc je trouve que tous les jours je me réjouis d'habiter là. En fait je passe... Je pars au travail, je passe au-dessus du port, je vois les bateaux, la mer, et je ne peux pas vivre ailleurs. En fait c'est vraiment quelque chose que j'adore. Donc situer mes personnages et mes romans ici, pour moi c'est une évidence. Parce que c'est beau, donc je trouve que c'est magique à décrire. Plus que la ville de Rennes, même si c'est une ville que j'aime bien, ce n'est pas pareil, je préfère la mer.

Saint-Malo, le décor qui s'impose

Ybelion — Et ça m'a tout de suite marqué dans le résumé de ton livre. Du coup ça se passe à Saint-Malo avec une jeune enseignante. Et du coup tout de suite tu fais le parallèle avec toi, ta propre vie. Comment... Est-ce qu'on retrouve beaucoup de toi dans le livre ? Est-ce que c'est inspiré de ta vie ? Pas du tout.

Fany Simon — Alors de ma vie, non heureusement. Parce que ça décrit quand même l'histoire d'une jeune femme qui grandit dans un environnement violent. Donc j'ai la chance de ne pas avoir vécu ça. Par contre c'est vrai que je me suis quand même inspirée de ma vie d'enseignante. Ça c'est clair. Les anecdotes sont 100% réelles. Après il faut savoir que ce roman là c'est le premier que j'ai écrit en fait. Il a été auto-édité en premier en 2024. 23. 2023. Donc là il a été retravaillé pour l'édition Presse de la Cité en 2026. Mais c'était mon premier roman au départ. Donc je suis partie d'un métier que je connaissais en fait pour pas partir d'un inconnu total à tous les niveaux. Je me suis dit bon bah au moins si mon héroïne est enseignante déjà, voilà je sais de quoi je parle et je peux broder sur le reste.

Ybelion — Ok. Ça m'a fait venir plein de questions. Et la première là c'est du coup pour quelles raisons t'as choisi toi la romance quand t'as commencé à écrire ?

Fany Simon — Alors c'est pas de la romance pure parce que c'est classé roman féminin grand public très exactement. Ok ok. Donc c'est pas romance, voilà il y a une histoire d'amour ou plusieurs même dans le précédent et je pense à toi tout bas. Mais bah moi j'aime bien les histoires d'amour en fait voilà je trouve que ça fait du bien. J'aime bien moi dans un roman que je lise un roman policier, historique, je l'ai un peu de tout sauf je suis pas fantasy. Mais j'aime bien qu'il y ait une histoire d'amour. Donc j'assume total.

Roman féminin et histoires d'amour

Ybelion — Ah mais de toute façon c'est super, c'est touchant aussi. Et puis tu vois j'ai la sensation, en tout cas j'ai la sensation c'est aussi écrit sur le résumé, mais qu'il y a une grande part de la reconstruction qu'on vit aussi quand on change d'environnement ou qu'on revient à ses racines. Et ça parle au delà de l'histoire d'amour après qui peut découler dans le roman.

Fany Simon — Oui c'est ça, après l'histoire d'amour c'est un prétexte mais autour j'essaie toujours d'avoir des petites histoires autour, des personnages secondaires, des thèmes quand même assez forts puisque oui j'aime bien explorer les thèmes de la reconstruction, de comment surmonter tout ce qui peut nous tomber sur le coin du nez mais tout en étant des choses que n'importe qui peut vivre en fait. Dans mes romans ça reste des héroïnes qu'on peut retrouver, voilà ils ont rien d'extraordinaire, c'est des femmes comme tout le monde. Mais justement comment on peut s'en sortir, comment on peut avancer malgré tout ça quoi. Donc c'est ces thèmes-là, les liens familiaux aussi, j'aime bien explorer beaucoup les relations dans la famille, c'est jamais simple pour personne je pense. Et donc ça j'aime bien aller regarder aussi tout ça, fouiner, analyser et aller plus loin.

Ybelion — Il y a quelque chose que tu as dit là qui tout de suite me fait écho, c'est des héroïnes qui ont finalement rien d'extraordinaire. Et c'est marrant parce que j'en parlais avec une coachée qui me disait, elle citait une autrice, alors je sais plus qui, mais elle me partageait que ce qui la fascinait c'était à quel point elle arrivait à raconter des histoires extraordinaires avec des personnages qui au demeurant paraissent ordinaires.

Fany Simon — Bah oui c'est ça, je pense que tout le monde, en fait ça sert à rien d'aller chercher forcément des super-héros, super-héroïnes parce qu'au final chaque vie est unique et dans chaque vie il peut se passer des choses. Et du coup après voilà c'est la façon aussi de tout ce qu'il va y avoir autour. Je crois que c'est, je sais plus quelle autrice de Polar, je crois que c'est Patricia Smith, je suis pas sûre de l'autrice. Mais donc qui pareil, qui part d'un événement, tout ce qu'il y a de plus ordinaire, dans ton canapé, voilà. T'es dans ton canapé, un soir tu regardes la télé et puis tu sais que t'es tout seul chez toi puis d'un coup t'entends un bruit à l'étage et à partir de là, voilà. Je suis pas sûre que ce soit elle, je sais plus quelle autrice. Mais en tout cas, c'est pareil en fait, il y a beaucoup de thrillers comme ça qui partent d'un événement, tout ce qu'il y a de plus ordinaire et puis à partir de là tu te retrouves dans un truc complètement incroyable quoi.

Des héroïnes ordinaires et l'immersion du lecteur

Ybelion — Ouais parce que ça te connecte tout de suite parce que des situations où t'es dans ton canapé tout seul le soir et puis t'entends un bruit, t'en vis et puis du coup quand tu lis après tout de suite ça te projette vachement.

Fany Simon — C'est ça, il y a une immersion et je pense que c'est là en fait l'immersion dans l'histoire qui fait que les gens ils ont besoin de s'y retrouver. Après si on fait des choses, il en faut pour tous les goûts évidemment, mais si on fait des choses où on s'y reconnaît pas, je trouve ça n'a pas le même impact quoi. Là les gens me disent souvent justement qu'ils ont l'impression de connaître mes personnages et ça, ça me fait plaisir parce que ça veut dire qu'ils sont vrais quoi et du coup c'est ce que je souhaite.

Ybelion — Ils ont un côté ordinaire et très vrai et très cohérent. De quel événement ordinaire t'es partie toi pour tout ce que j'aimerais te dire ?

Le quotidien d'enseignante comme matière première

Fany Simon — Malheureusement je suis partie de mon quotidien d'enseignante, le côté pas chouette de voir des enfants qui ont des vécus difficiles. C'est 25 ans que j'enseigne donc j'ai quand même malheureusement eu beaucoup d'enfants qui ont eu des parcours de vie déjà terribles à leur petit âge et donc très souvent c'est une question que je me suis posée. Comment ils vont grandir ces petits bouchous là ? Quels adultes ça va devenir ? Donc ça c'est malheureusement des choses ordinaires mais qui me questionnent beaucoup depuis longtemps. Donc c'est pour ça que j'ai voulu imaginer une jeune adulte qui avait grandi dans un environnement comme ça et comment on peut essayer de devenir justement une personne normale, équilibrée, heureuse, épanouie en ayant déjà un si lourd passif.

Ybelion — Et dans la conclusion de cette question, tu en dirais quoi maintenant ?

Fany Simon — Je pense que ça dépend des rencontres qu'on va faire dans la vie. Moi j'ai voulu partir du côté du positif, de la lumière parce que si j'avais montré une héroïne qui a grandi dans un environnement hostile et puis qui s'en sort pas, je pense que c'est pas mon credo. Les gens, voilà, ça arrive malade, c'est vrai. Mais je me dis le lecteur, ça aurait été plombant. Donc moi je voulais qu'elle s'en sorte. Donc ouais, c'est grâce aux rencontres. Il y a aussi une aide psychologique qu'il faut accepter, pourquoi pas médicamenteuse. Mais aussi voilà, l'amitié, la famille, l'amour. C'est tout un ensemble de petites choses qui vont permettre de stabiliser, de montrer qu'il y a autre chose que la violence et que la noirceur.

Choisir la lumière et la reconstruction

Ybelion — C'est pour ça que je trouve que c'est trop important d'écrer sur ces thématiques-là et sur finalement des reconstructions comme toi t'as pu le faire. Parce que ça peut aussi donner un exemple pour des gens qui l'ont pas forcément autour d'eux. et qui du coup après peuvent se rendre compte, ah mais en fait je peux rencontrer les gens, je peux... Voilà, il y a un... Je trouve que c'est très porteur d'espoir en fait.

Fany Simon — J'espère, oui, carrément. Mais c'est vrai que j'avais reçu un message un matin, je regarde toujours Instagram en me levant, et j'en avais des larmes aux yeux en fait, un message que j'avais reçu en personnel, de quelqu'un justement qui s'était reconnu dans le roman en fait, qui disait c'est mon parcours, etc. Merci d'avoir mis des mots. Enfin je vous dis à ma petite échelle, recevoir un message comme ça, c'est bouleversant en fait. Et c'est vrai que tout de suite moi ça me prend aux tripes.

Ybelion — L'écriture prend tout un autre sens je trouve, quand on remarque l'impact que ça peut avoir.

Fany Simon — Ah oui, puis on n'y pense pas forcément. Enfin je ne pensais pas que ça allait m'arriver de me dire qu'il y a des gens qui allaient...

Ybelion — C'est ce que j'allais te demander, qu'est-ce que toi quand tu te mets à l'écriture, pour quelles raisons tu t'y mets, comment ça t'est venu quelque part ?

Pourquoi elle s'est mise à écrire

Fany Simon — En fait j'ai toujours écrit, toute petite, vraiment toute petite, déjà en maternelle j'avais un tableau, il y avait les étiquettes, je mélangeais les étiquettes, je suis l'ir assez tôt. CP, je commençais déjà à écrire des petites histoires sur des bouts de papier, c'était ma soeur qui lisait, ma grande soeur qui est toujours ma bête électrice, qui lisait et qui me disait, si ou ça. Et puis après c'était plus un journal intime à dos, des passages, des petits écrits comme ça sans structurer. Mais j'ai toujours eu ce besoin, quand il m'arrivait quelque chose, de le mettre par écrit, de retranscrire avec des mots, je suis plus à l'aise à l'écrit. Qu'à dire les choses en fait, même dans ma vie de tous les jours. Donc après le plus compliqué a été de structurer, de réussir à faire un début, un milieu et une fin. Là ça a été la partie compliquée et ça c'est venu plus tardivement, parce que c'est 2022 à peu près. Et j'ai eu l'impression que les pièces du puzzle se mettaient en place dans ma tête. C'était une période de ma vie, j'avais repris un peu mes études un peu avant pour une certification, etc. Je m'étais remise dans les écrits univers, j'avais fait un mémoire, nanana. Donc je m'étais rendu compte que finalement cette stimulation, j'avais besoin de continuer. Et donc quand j'ai eu fini le mémoire, le machin, j'avais un sentiment de bon ben maintenant quoi. Donc c'était parti.

Le mémoire universitaire, déclencheur inattendu

Ybelion — T'as c'est fou, c'est un mémoire universitaire qui t'a donné envie d'écrire pleinement un livre.

Fany Simon — Oui c'est bizarre parce que ça n'a rien à voir quoi, c'était un mémoire sur l'orthographe chez les élèves. Donc absolument rien à voir sur l'enseignement de l'orthographe. Mais du coup c'est le côté challenge en fait un peu. Et de se dire, être capable d'aller au-delà de ce qu'on pensait de soi, de se creuser la tête, d'être vraiment à s'isoler. Il y a ça aussi ce côté-là, parce que quand on est mère de famille avec un boulot, etc. Se trouver des moments d'isolement pour faire quelque chose à soi, c'est compliqué. Et donc là, j'avais un peu sanctuarisé ce temps de j'ai besoin de travailler, d'écrire. Et donc finalement après je me suis dit, puisque ce temps-là il est finalement passé dans l'emploi du temps familial, je le garde, mais je passe à autre chose.

Ybelion — C'est hyper intéressant ce que tu partages, parce que finalement c'est grâce aux mémoires que tu arrives à te trouver du temps toi en tant que maman avec un travail. Et ensuite finalement tu arrives à le garder ce temps-là. J'en croise assez souvent des mères de famille qui travaillent, et pour qui le plus gros enjeu est vraiment cette histoire de rythme d'autrice quelque part. Comment toi tu as pu faire pour t'autoriser ce temps-là ?

Fany Simon — J'ai quand même attendu que mes filles soient grandes. Clairement qu'elles aient beaucoup moins besoin de moi. Je suis en admiration profonde pour Sophie Astrabi, je ne sais pas si tu connais comme autrice. Je ne sais plus chez qui elle est, Flammarion je crois, je ne sais plus. Elle a écrit un roman que j'adore, c'est Billy Prétis a disparu. Et en fait elle explique à la fin qu'elle l'a terminé juste avant ou juste après avoir accouché de sa troisième fille. Juste avant une période, je me dis comment elle a pu avec trois jeunes enfants et juste comme ça en postpartum, etc. Et je l'avais rencontrée à Brie, je lui avais dit, je suis épatée qu'une si jeune femme avec trois enfants arrive à écrire des romans comme ça, qui sont fabuleux en plus. Donc là pour le coup je trouve que c'est vraiment wow ! Parce que mes filles sont plus grandes que les siennes.

Trouver le temps quand on est mère et prof

Ybelion — Moi je trouve ça fascinant, j'en ai reçu quelques-unes comme ça. C'est incroyable ! Le temps est vraiment un enjeu, on se cache toujours très souvent derrière j'ai pas le temps, etc. Et puis tu vois des gens qui ont des vies tellement chargées qu'ils arrivent, ça paraît presque... J'ai le mot d'urgence, tu vois, comme si finalement le seul petit moment qu'ils avaient, ils arrivaient à l'exploiter à leur plein potentiel. Je trouve ça assez fascinant.

Fany Simon — Oui c'est ça, il y a un côté de chance, il y a des moments, je répète, mes filles maintenant sont plus grandes, il y a des moments, je dis là, clairement, il faut me ficher la paix, j'ai besoin d'écrire là, c'est en train de... Ça bouillonne ! C'est bon, je me pose, j'écris et puis c'est comme ça quoi. Il n'y a pas toujours le choix, alors quand je suis en classe, évidemment, je suis en classe, je ne peux pas le faire. Donc après, les jours d'école, j'arrive clairement pas à écrire, je suis morte le soir. Mais du coup, je vais essayer de me trouver... Enfin, la nuit, ça va être en train de... De me tarauder, j'ai du mal à écrire, etc. Et il va falloir que je trouve, ouais, ça devient une urgence.

Un rythme plutôt qu'une routine

Ybelion — Du coup, toi, tu es plutôt dans ta routine d'écriture ? Non. Ou dans ton rythme, en tout cas ? C'est plutôt le matin, toi ?

Fany Simon — Non, je n'ai pas de routine, je n'arrive pas en fait. Enfin, j'ai une semi-routine, on va dire, c'est forcément plus les week-ends.

Ybelion — Oui.

Fany Simon — En semaine, j'ai du mal.

Ybelion — Oui, c'est pour ça que je préfère parler de rythme, parce que routine, tu as un mot... Alors déjà, ça fait un peu... ça sonne un peu comme un travail un peu désagréable. Oui. Et ça donne l'impression qu'il faut absolument le faire tous les jours. Oui, c'est ça.

Fany Simon — Moi, je n'écris pas tous les jours, je n'ai clairement pas le temps.

Ybelion — Alors, c'est ça. Après, vraiment, chacun, du coup, développe son rythme et sa manière de fonctionner. Et quelque part, écrire tous les week-ends, c'est déjà un rythme qui te permet d'avancer. C'est ça. Oui. Et du coup, tu sors de ton mémoire, tu te dis, OK, je vais écrire. Et là, j'entends, c'est le premier, du coup, c'est...

Du Wonderwall à Tout ce que j'aimerais te dire

Fany Simon — Il s'appelait Car Après Tout, Tu es mon Wonderwall en auto-édition. Et donc là, il s'appelle Tout ce que j'aimerais te dire en édition Prèses de la Cité.

Ybelion — OK. Et c'est... qu'est-ce qui t'a fait changer le titre quand tu passes...

Fany Simon — Ah, c'est la maison d'édition.

Ybelion — OK.

Fany Simon — Ce n'est pas moi qui ai choisi le titre. Après, il touche un plus large public, ce titre-là, que mon titre en auto-édition. Donc, dès qu'il y a un peu de l'anglais, ça cible un autre public. Là, c'est plus large. Ça reprend quand même l'idée des paroles de la chanson Wonderwall en traduction. L'idée de cette personne qui n'arrive pas à dire ce qu'elle a sur le cœur et qui aimerait pouvoir le partager.

Ybelion — C'est...

Fany Simon — C'est trop joli.

Ybelion — Tu vois, parce que moi, je trouve que quand je regarde la couverture, je la trouve très actuelle pour le coup aussi. Elle fait très... Ma sœur lit énormément de romances anglophones. Et je trouve que ta couverture, elle résonne beaucoup avec ce qu'on peut trouver aussi sur les autres marchés. Elle est très belle.

Fany Simon — Oui, c'est vrai. En fait, l'illustration, ça vient d'une peintre qui s'appelle Elisabeth Lény. Qui fait les couvertures aussi... Enfin, c'est des tableaux au départ. Mais ils sont utilisés pour les couvertures d'une autrice qui s'appelle Carly Fortune. Qui a des couvertures comme ça, très colorées aussi. Donc, c'est la même illustratrice. Et c'est vraiment joli.

Ybelion — Oui, elle est vraiment magnifique. Je me disais... Effectivement, ça se voit que c'est une peinture. Mais tu te dis vraiment... T'aimerais presque la voir en gros. Ça fait du coup très joli dans une bibliothèque.

Fany Simon — Oui, c'est vrai.

Ybelion — Ça attrape l'œil tout de suite.

Fany Simon — Oui, j'aime beaucoup le son.

Ybelion — Comment, quand tu l'écris et du coup, tu choisis l'auto-édition ? Parce que... Pour quelles raisons tu choisis l'auto-édition ?

Le choix de l'auto-édition

Fany Simon — J'avais réfléchi. Alors au départ, déjà, je n'ai pas écrit pour... Enfin, je me disais... Est-ce que je vais arriver au bout ? Déjà, c'était le premier défi. Je n'étais pas sûre. Et puis une fois arrivé au bout, je n'avais même pas vraiment dit que j'écrivais. Parce que... J'ai attendu d'avoir fait les deux tiers du roman, déjà pour dire à mon entourage que j'écrivais. Parce que je n'assumais pas trop. J'ai un mari marin, donc j'écrivais plutôt quand il n'était pas là, etc. Je n'assumais pas trop. Et puis finalement, je l'ai dit à une copine et à ma sœur. Elle me dit, mais fais-moi lire, fais-moi lire. Puis toutes les deux, hyper enthousiastes. Donc c'est elle qui m'a vraiment poussée à tenter ma chance. Donc j'ai envoyé à des maisons d'édition. Mais en général, il n'y a pas de réponse ou c'est des refus. Donc j'ai regardé un petit peu. Je suis allée sur des forums. Il y a un forum qui s'appelle Forum des Jeunes Écrivains, des choses comme ça. J'ai regardé un peu ce qui se faisait. Et puis, donc l'alternative à l'auto-édition, je ne me voyais pas. Moi, me lancer toute seule sur Amazon comme font beaucoup. Je ne me sentais pas à la maquette, tout ça. Donc je suis passée par LibriNova, ce qui a été un choix que je vraiment... Je me dis, j'ai voyé un fait. C'était une très bonne tactique. Parce que chez LibriNova, ce qui m'attirait, c'était le côté agent littéraire. En fait, quand tu atteins un certain nombre de ventes, tu intègres un programme agent littéraire. Et au-delà d'un certain seuil, l'agent littéraire promeut ton roman auprès de maisons d'édition qui lui semblent être la bonne cible. Donc, c'est ce qui m'a permis de décrocher le sésame, d'intégrer une maison d'édition. Mon premier roman que j'avais auto-édité, c'était le deuxième qui est sorti, après j'ai cité. Il a mis quelques mois à décoller. Et puis, j'ai sorti le deuxième, je pense à Toitoubal, en mars 2024. Et là, en fait, il a tout de suite bondi dans le top 100 Amazon en vente numérique. Et c'est ça qu'a fait. C'était en mars. Et à partir d'avril, en fait, il est resté quasiment non-stop dans le top 100 Amazon numérique. J'avais mis exprès. C'est assez tactique, j'avoue. Mais j'avais mis à tout petit prix numérique pour que justement, il y ait le plus de ventes possible. Parce qu'une inconnue qui met un numérique à 10 euros, personne ne va aller le lire, logique. Donc, j'avais dû mettre dans les 2 euros ou 2,90 euros. Et puis, Instagram à fond, etc. Et du coup, il a décollé tout de suite. J'ai eu 2000 ventes avant août. Et donc, en août, l'agent littéraire Libri Nova m'a dit, bon ben là, deux romans qui ont bien marché, etc. Je me rapproche d'éditeurs. Et dès octobre, j'avais deux propositions. Et en novembre, je suis liée aux presses de la cité. C'était un rêve qui se réalisait, qui continue de se réaliser.

Librinova, l'agent littéraire et le décollage

Ybelion — Putain, c'est fou. Le parcours est magnifique.

Fany Simon — Ouais, je suis vraiment contente.

Ybelion — Ça fait quoi quand tu vois les ventes décoller et quelque part monter, monter ? Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que tu ressens ?

Le syndrome de l'imposteur

Fany Simon — En fait, moi, j'ai toujours ce phénomène de dissociation. J'ai beau, je regarde mes livres, je les vois en librairie. Je reçois. Et il y a toujours ce côté, ben non, c'est pas moi. C'est pas moi que ça arrive. C'est pas moi. Même quand je chine, j'ai l'impression presque d'être une imposture totale. Me dire, non, c'est pas moi. Donc, pour l'instant, je réalise pas encore, en fait. Je comprends.

Ybelion — Je comprends. Et quand tu... Alors du coup, effectivement, c'est assez astucieux aussi, le choix de faire le numérique pas trop cher aussi pour que ça puisse toucher. Le... Alors ça, je voulais rebondir dessus, mais ce qui m'a intrigué juste avant, c'est quand tu disais... Au départ, t'as commencé à écrire un petit peu dans ton coin. Et puis quand tu commences à partager, du coup, à ton ami et à ta sœur, qu'est-ce qui te... Qu'est-ce qui te donne envie de le partager, finalement, un moment ? Et comment ça se passe à ce moment-là ?

Fany Simon — Ben au début, ouais, en fait, j'avais un peu tâté le terrain. Je me rappelle, on faisait de la course à pied avec ma copine, dire que j'écrivais. Et puis, alors aussitôt, elle... Ding ! Quoi ? Mais qu'est-ce que... Dis-moi, dis-moi. Et bon, alors après, j'ose, j'ose pas, machin. Puis bon, ma sœur, j'ai confiance, je sais, voilà. Et elle a été hyper enthousiaste. Elle me faisait des retours au fur et à mesure qu'elle lisait. Donc je me suis dit, bon, ben, peut-être qu'il faut que je mette mon manque de confiance en moi de côté et puis que j'ose franchir le pas, quoi, après tout. Et donc, je les remercie toutes les deux. Parce que c'est vrai que sinon, ce serait peut-être toujours dans le fond de mon ordinateur à attendre.

Oser partager ses textes

Ybelion — Toujours les autres, quand il s'agit comme ça de... On fait le premier pas de partage et puis après, les autres nous le renvoient en nous poussant toujours. C'est beau. J'ai entendu, du coup, que ta sœur, elle continuait à bétalir. Oui. Comment ça se passe quand tu es dans l'écriture d'un projet ? Avec elle, qu'est-ce que tu attends de ses retours ? Est-ce qu'elle est toujours gentille, critique ?

Fany Simon — Ben, je pense qu'elle est honnête. Après, elle ne va pas me dire que c'est de la merde, même si elle le pense. Mais par contre, elle va me dire si, par exemple, si l'héroïne lui plaît ou pas. Est-ce qu'elle est dans l'ambiance ou est-ce qu'elle n'y est pas ? Donc, le deuxième que j'avais écrit, je pense à toi, Touba, je lui ai envoyé les 50, 60 premières pages. Elle a bien dû en lire une dizaine de versions. Et puis, je voyais bien qu'elle accrochait pas, il y avait quelque chose. Et puis, un jour, je me suis dit, bon, alors ça y est, en fait, j'ai tout changé les 100 premières pages. J'ai tout réécrit. Et là, elle me dit, ah oui, ça y est, on est dedans dès le départ, etc. Et là, celui que j'écris actuellement, pareil, je lui avais envoyé. Bon, au final, il a complètement rechangé, etc. Mais elle, c'est plutôt ça. Elle ne va pas du tout être sur le côté style, machin. Mais c'est vraiment, est-ce qu'on rentre dans l'histoire ? Est-ce qu'on est bien dedans ? Est-ce que l'héroïne, on s'y attache ou pas ? Donc, je trouve ça chouette quand elle me dit des choses comme ça. Ou alors, tel passage, je trouve que c'est pas clair. On comprend pas. Donc, c'est bien. Après, voilà, c'est pas une relectrice professionnelle. Ça va pas être la même chose côté maison d'édition. Mais c'est un premier avis qui est important pour moi.

Sa sœur, bêta-lectrice de toujours

Ybelion — Oui. J'entends que tu l'utilises, que tu travailles avec elle plutôt que l'utiliser. Mais comme une alpha lectrice presque. Comment on ressent la cohérence de l'histoire ? Comment on ressent le personnage ? Oui, c'est ça. OK. Ça, c'est cool de faire le travail en famille.

Fany Simon — Oui, des fois, elle me dit, ça fait longtemps que tu m'as pas envoyé tout ça. Mais je dis, ben non, parce que là, je suis en train de jongler avec une double temporalité. Je sais pas trop comment la gérer. Donc, je dis, non, j'attends. Puis, tu recevras plus d'un coup.

Ybelion — C'est une pression gentille pour que tu continues à avancer. Est-ce que ça lui a donné envie d'écrire elle-même ?

Fany Simon — Non.

Ybelion — OK. Je pense pas. Parce que c'est une curiosité. Parfois, ça donne des envies aussi.

Fany Simon — Ouais, non, en tout cas, non, je pense pas.

Ybelion — OK. C'est fou, je trouve. On le vit au début avant de le partager. C'est très intime. On a très peur de le partager. Et très souvent, la plupart des gens vraiment écarquillent les yeux quand ils disent, ah, mais t'écris, c'est trop bien. Enfin, il y a un peu une fascination, je trouve, autour de l'écriture et du métier d'écrivain.

Fany Simon — Oui, c'est vrai. Mais c'est pour ça aussi que ça met un peu une pression quand tu dis j'écris. Parce que les gens, t'écris quoi ? Ça parle de quoi ? Alors, si tu commences à dire qu'il y a une histoire d'amour, il y en a plein qui vont faire, ah, la romance. Voilà. Alors après, t'es auto-édité. Oh, bah oui, mais enfin, l'auto-édition. Donc, c'est pas facile de se heurter non plus au jugement des gens. Mais c'est vrai qu'après, il y a quand même, oui, plein de gens qui disent, ah ouais, t'as écrit un livre. Même des fois, mes petits élèves, c'est rigolo parce qu'ils viennent et me disent, maîtresse, c'est vrai que t'as écrit un livre ? Il y a ma mère ou mon père qui t'habit dans le journal, c'est vrai et tout. Trop bien. Et puis, c'est rigolo, oui.

Ybelion — Je rebondis juste sur ce que tu dis. Puis après, je passe sur le côté professeur parce que j'ai plein de questions sur ça. Effectivement, c'est à la fois cette fascination qu'ont les gens autour du métier d'écrivain. Elle est blindée de croyances ou de jugements un peu faux comme un auteur est auto-édité et pas un auteur. Ah, ça, c'est dommage.

Les croyances autour de l'auto-édition

Fany Simon — Heureusement qu'on Instagram pour faire une vraie place à l'auto-édition. Ça, c'est vraiment un tremplin formidable.

Ybelion — Et puis, c'est oublier que l'identité, on décide de ce qu'on se colle comme étiquette sur la tête. Et quelque part, laissons les gens s'appeler auteur quand ils ont envie de s'appeler auteur, que ce soit parce qu'ils aient écrit un ou dix bouquins en auto-édition ou pas.

Fany Simon — Oui, et puis déjà, quel que soit le livre, qui plaise, qui ne plaise pas, ça ne plaira jamais à tout le monde. Déjà, je me dis, être allé au bout d'un roman, c'est quand même pas donné à tout le monde non plus. Donc, auto-édition, il y a plein de pépites en auto-édition. Et en attendant, c'est des gens qui ont écrit un bouquin de A à Z avec une histoire qui est résolue à la fin. C'est déjà des heures de travail, ce n'est pas donné à tout le monde non plus. Donc, non, clairement, il ne faut pas dénigrer l'auto-édition.

Ybelion — Et puis, c'est une vraie transformation. Qu'est-ce que ça a changé ? Toi, quand tu commences, quand tu dis, OK, 2022, je vais me lancer. Et là, aujourd'hui, quand tu regardes un peu le chemin parcouru et l'évolution, qu'est-ce que tu as pu découvrir ?

Fany Simon — Je me dis que j'ai eu beaucoup de chance quand même parce que je parle avec pas mal d'auteurs sur Instagram. Et clairement, je me rends compte de la chance que j'ai de ce parcours-là qui est allé quand même assez rapidement. Il y a des auteurs qui écrivent depuis 10, 15, 20 ans et qui n'ont pas eu cette chance-là d'entrer dans une belle maison d'édition. Donc, je me dis toujours, j'ai de la chance, j'ai de la chance, je suis trop contente.

Un parcours porteur d'espoir

Ybelion — Tu vois, bravo déjà, puisque c'est aussi par ton travail que tu en es là. Et moi, je trouve que c'est aussi, tu vois, j'aime toujours le voir du côté de l'espoir. Donc, c'est possible d'avoir ce genre de parcours et c'est possible en petit pas par petit pas.

Fany Simon — Bah oui, parce qu'on connaît personne, parce qu'il y a toujours des gens qui disent, oh, tu connais quelqu'un ? Bah non.

Ybelion — Exactement. Et tu vois, il y a aussi un partage qui est joli dans ton parcours, c'est que tu as choisi l'auto-édition d'abord, même si l'édition était, j'entends, le rêve que tu avais, tu vois. Tu ne t'es pas dit, bon, bah ok, c'est édition ou rien. Et puis, voilà, quelque part, tu as découpé, tu vois, en petites marches. Et c'est ça aussi qui te permet d'arriver à la grande derrière. Donc, je trouve que c'est ça, le message derrière, il est super cool.

Fany Simon — Ah oui, c'est quand même rare, je pense, quelqu'un qui termine un manuscrit, qui l'envoie, il est pris, il est édité. Ça arrive, mais c'est quand même pas la... Beaucoup passent par l'auto-édition maintenant.

Ybelion — C'est ça, c'est pas la moyenne. Puis en fait, c'est toujours à mettre en relief avec les intentions que tu as aussi, toi. Quand ton objectif, c'est de vivre la transformation qu'est l'écriture d'un livre, d'avoir le livre terminé et puis de pouvoir le partager comme ça aux gens que tu peux connaître, c'est pas tout à fait la même chose que la volonté d'être édité. Et c'est important d'être au clair quand même sur ça. Les deux sont pas incompatibles. La preuve, toi, t'écrivais d'abord pour toi et t'avais envie d'être édité et les deux se passent et c'est trop bien. Mais quand... Quelque part, c'est deux chemins qui sont quand même différents. Parce que quand tu veux être édité, ton objectif, c'est quand même de vendre des livres. Donc, t'es obligé de penser à qui tu vas parler, à la manière dont tu dois peut-être agencer tes chapitres ou tes histoires, le rythme, le rythme, un, deux, trois, le rythme adapté pour le lectorat que t'as envie de toucher. Et ça peut être dissonant avec juste le fait que t'as envie d'écrire pour toi. Et donc, ça peut être deux chemins différents. Et quand t'es dans ces deux chemins-là au début, ça peut être très paralysant. Et typiquement, le... Mais est-ce que mon chapitre est trop long ? Est-ce que mon histoire va plaire ? Est-ce que mon héros est bien ? Voilà. Si t'écris pour toi, déjà, est-ce que toi, ça te plaît ? Est-ce que c'est un chapitre que t'aurais envie de lire ? Est-ce que tu le trouves assez long ? Est-ce que tu le trouves trop court ? Bref, voilà. Je suis toujours un petit peu insistant sur ces chemins-là. parce que c'est important de faire les choses par étapes quelque part. Oui. C'est mon combat quotidien d'aligner les gens sur ce qu'ils veulent vraiment.

Fany Simon — Oui.

Ybelion — Et pour le... Qu'est-ce que ça te fait quand un élève te demande... Ah, c'est vrai maîtresse, vous écrivez des livres ?

Fany Simon — Au début, j'étais très gênée. C'est comme, en fait, j'avais des personnes... J'avais légèrement transformé... Voilà. J'avais un petit pseudo. Et pas ma photo, etc. Mais ça a été le fait de passer dans la presse locale. Mon bala, forcément, après, c'est une petite commune où je travaille, etc. Donc, au début, un peu gênée. J'assume, j'assume pas. Et puis, c'est une collègue. Elle me dit, bah, il y a un moment, il faut assumer. Puis, bah, du coup, maintenant, je me dis, bah oui, elle a raison. Après tout, j'ai pas à rougir parce que j'écris des livres. Donc, bah, maintenant, je dis, bah oui. Quand il me dit, t'as écrit un livre maîtresse ? Sinon, j'en ai écrit quatre.

Quand les élèves découvrent qu'elle écrit

Ybelion — Et moi, il y a quelque chose qui me... Je me rends compte que les professeurs que j'ai pu avoir dans ma vie ont, pour certains, eu un très, très grand impact sur la personne que je suis aujourd'hui. Et est-ce que tu y penses, parfois, de te dire... Peut-être que ça donnera à certains l'envie d'écrire eux-mêmes ?

Fany Simon — Bah, j'espère. Après, c'est des... Ils sont petits. J'ai des élèves d'école primaire. Donc, c'est différent, je pense, d'un point de collège, etc. Mais en tout cas, j'espère leur apporter à plein de niveaux. Moi, c'est peut-être pas à ce niveau-là, écriture, parce que je suis pas sûre qu'ils y pensent à l'âge-là. Mais je suis beaucoup sur des valeurs de tolérance. Par exemple, c'est des choses, souvent, je leur dis, même en histoire, quand on travaille les deux guerres mondiales, toutes ces choses-là. Souvent, je leur dis, bah, si vous devez garder qu'une chose, de vos années avec moi, parce que je suis souvent deux ans les mêmes élèves, je dis surtout, vous rappelez bien que, voilà, l'égalité, la fraternité, les valeurs de... Tout ça, c'est des choses que je leur répète. Et je me dis souvent, s'ils doivent garder quelque chose de moi, j'espère que c'est ça. Ce côté, bah, s'entraider, c'est... Être solidaire les uns des autres, et ne pas aller taper sur la tête du plus faible, ou de celui qui a une couleur différente, etc. Donc, c'est plus là-dessus que je travaille avec mes élèves que le côté écriture... Bon, c'est récent, en plus, c'est le côté écriture.

Transmettre des valeurs avant l'écriture

Ybelion — Ouais, je comprends.

Fany Simon — Après, je leur dis souvent, quand même, quand on travaille en production d'écrit, je leur dis, bah, c'est pas grave d'écrire... Si on donne la consigne, on explique. Je leur dis toujours, vous avez le droit de prendre un temps sans écrire. Un écrivain, il est, il passe du temps à rêver, à être comme ça, et c'est dans la tête que ça se passe. Donc, on n'est pas obligé de se jeter comme ça. Ou le fait aussi, bah, je dis, vous avez le droit de raturer, de recommencer plusieurs fois, ça, c'est pas grave. Donc, ça, c'est quand même des choses, oui, que je leur apprends. Après, pas sûr que ça les marque beaucoup.

Ybelion — Je sais pas. En même temps, moi, je suis assez fan de... Parfois, des tout petits mots ou des tout petites phrases comme ça peuvent te marquer pendant très longtemps. Et typiquement, donner l'autorisation de raturer peut être un vrai contre... Enfin, peut vraiment contrecarrer un perfectionnisme plus tard, tu vois. J'espère. Et te donner l'autorisation d'essayer des choses, même si tu rates, quoi. Donc, non, moi, je trouve que professeur est un métier admirable et qui est...

Fany Simon — Mais peu admiré.

Ybelion — Ouais, alors, peu admiré, c'est pour ça que je le dis, tu vois, effectivement. Mais qui, en plus, a infléchi vraiment la vie des enfants dans un très bon sens.

Fany Simon — Après, et c'est mutuel. Là, je vois cette année, j'ai des CM1, CM2. Les CM2, je les ai eu deux ans. Voilà, je vois la fin d'année qui se termine, etc. Je sais que je vais pleurer comme une madeleine quand ils vont partir au collège. Donc, clairement, c'est... Voilà, on s'apporte des choses mutuellement. Je suis attachée à eux. J'espère qu'ils sont attachés à moi. Après, en général, ils reviennent me voir. Le collège est pas loin. L'année de la 6e, ils viennent faire des petits bisous. Cinquième, un petit peu moins. Puis, à la 4e, tu les vois plus.

Ybelion — Oui, et après, c'est...

Fany Simon — Mais c'est chouette après. Quand tu les revois, c'est... Oh, il y a Madame Simon ! C'est... Il y a ce côté-là. Ouais, j'aime bien. Voilà, je... Ça fait longtemps que je suis dans la même commune, en plus. Maintenant, je suis la... La plus ancienne maîtresse en termes d'ancienneté dans l'école et tout ça. Donc, je commence à en avoir vu pas mal. Et je... C'est toujours... C'est un côté émouvant, en fin de les revoir grandit et tout ça.

Ybelion — Oui, je comprends. Et effectivement, c'est un échange. Comment ils t'inspirent, eux, dans ton écriture ?

Fany Simon — Oh, bah, les petites anecdotes, les petits trucs rigolos. Si tu lis à l'occasion, voilà, tout ce que j'aimerais te dire, c'est qu'il y a des petites choses. Mes copines, ça les fait rigoler. Quand on raconte, on en a plein. Et encore, dans la version auto-éditée, il y en avait encore plus. Mais bon, il y a un moment, il faut écrimer. Mais c'est sûr qu'en 25 ans d'enseignement, les petites anecdotes rigolotes, il y en a toujours. Ça va des petits mots. Hier, on était en sortie scolaire, j'en entendais un qui disait « Oui, moi, ma maison, elle fait un kilomètre carré, mais pas ma chambre. » Donc, c'est des petits trucs comme ça. C'est des mots d'enfant, mais c'est rigolo, quoi, tu te dis.

Les anecdotes d'élèves qui nourrissent les romans

Ybelion — C'est ce que je préférais. Ma grand-mère était prof aussi. Et les anecdotes, c'est vraiment le plus drôle, au-delà de tout le métier. Et j'ai l'impression qu'à force, c'est surtout ça qu'on retient aussi, malgré que ce soit un métier qui est quand même difficile et où vous n'êtes pas forcément aidé. Oui.

Fany Simon — Il faut. Après, c'est sûr qu'il y a toujours des élèves dont tu te rappelles avec une certaine boule au ventre parce qu'ils ont ruiné ta classe. Ça arrive. Mais dans la majorité, c'est peut-être parce que j'ai la chance d'être dans un coin où on a des enfants sympas. Mais c'est vrai que dans la majorité, quand on retrouvait les anciennes photos de classe, etc., c'est plutôt avec nostalgie qu'avec... Donc, c'est... Oui, c'est ça. Oui, c'est plus de la nostalgie et de la tendresse, quoi.

Espoir, amour et amitié, les valeurs du livre

Ybelion — C'est magnifique. Je comprends, du coup, que dans le premier livre, tu choisisses que ton héroïne, elle soit aussi professeure. Et pour, du coup, revenir au livre, tu disais tout à l'heure que si tu pouvais laisser quelque chose aux enfants, c'était vraiment les valeurs au-delà des faits. Ça serait quoi, peut-être, les deux, trois valeurs les plus importantes de tout ce que j'aimerais te dire que tu aimerais avec lesquelles tu aimerais que le lecteur reparte ?

Fany Simon — Il faut toujours y croire qu'il peut y avoir de l'espoir, même quand on... même quand tout va mal. Que l'amour peut aussi aider. Ouais, je dirais que les valeurs, ça va être, ouais, l'espoir, l'amour et l'amitié. Les relations, en fait, qu'on peut nouer et qui nous font grandir.

Ybelion — J'adore. C'est le... Ce que j'ai bien aimé aussi dans la présentation, c'est l'opposition tout de suite qu'on sent entre, du coup, l'héroïne et le gars qui s'appelle...

Fany Simon — Antoine.

Ybelion — Antoine. J'avais Alan, mais presque Antoine. c'est marrant parce que dans le personnage d'Antoine, je sens tout de suite l'espièglerie un peu agaçante qu'on peut voir de certains et pourquoi ça m'a fait écho à moi. Et tu vois, tout de suite, c'est marrant, tu disais... Tout à l'heure, je fais le lien avec... Tu vois, c'est marrant, je fais le lien en direct. Tu disais les histoires de gens un peu ordinaires. Je vois très bien, tu vois, le genre de personnage que tu décris un peu espiègle, agaçant et plutôt charmeur. Et c'est marrant parce que moi, plus jeune, je pense que j'aurais aimé être quelqu'un comme ça. Et en te construisant, tu te rends compte que quelque part, c'est pas... Tu vois, tu peux pas être quelqu'un d'autre, tu vois. Et tout de suite, c'est pour ça que quand j'ai lu la description d'Antoine, il y a un truc, tu sais, qui m'allergise presque un petit peu. Et du coup, ça me donne envie d'aller découvrir parce que j'aime bien justement les personnages qui me renvoient aussi, moi, mes propres schémas ou enjeux ou, tu vois, bout de personnalité.

Antoine, l'armure et les apparences

Fany Simon — Oui. Là, lui, après, oui, c'était volontaire qu'il renvoie une image et en fait, quand on creuse, c'est pas du tout celle-ci. Dans le bon sens, heureusement. Parce que justement, je voulais montrer, là encore, voilà, le beau gosse sur la plage qui donne l'impression d'eux, mais qui en fait, a une vie bien plus compliquée que ce qu'il y paraît. Lui aussi, il a ses propres casseroles en termes de passé familial et que donc, lui aussi, c'est un espèce de genre qui se donne. Donc, Rose, c'est plutôt la petite souris effarouchée. Lui, c'est plus la grande gueule. Mais au final, ils ont tous les deux leur casserole et ils vont chacun s'apporter mutuellement et chacun va découvrir que l'autre n'est pas ce qu'il laisse paraître et qu'il faut creuser pour aller voir ce qu'il y a derrière. Oui,

La première personne et le point de vue de Rose

Ybelion — comme une armure que quand on dépose, on se rend compte que chacun,

Fany Simon — finalement, trouve l'armure qu'il peut en grandissant, mais que c'est important à un moment donné de s'en débarrasser et de révéler la vraie personne derrière. Et du coup, c'est ça qui m'intéresse d'aller creuser.

Ybelion — Oui, c'est ça, c'est le... Oui, je comprends. J'entends que la reconstruction, elle est tout autant... Enfin, elle est pour les deux personnages et puis aussi de leur histoire, peut-être ou pas, je ne sais pas, pas spoiler,

Fany Simon — mais...

Ybelion — Et c'est un livre que tu as écrit à la première personne avec plusieurs points de vue ou à la troisième personne ?

Fany Simon — Première personne, un seul point de vue. C'est uniquement Rose.

Ybelion — OK. Et... On rentre vraiment

Fany Simon — dans les schémas de la romance avec la double narration, etc. On n'est plus dans le même type de roman.

Ybelion — Oui, c'est ce que j'allais te demander plutôt que supposer, mais pour quelle raison toi tu choisis la première personne justement pour te plonger pleinement dans Rose ?

Fany Simon — J'arrive plus trop à me rappeler en fait au départ si c'était un choix ou si c'était une évidence parce que effectivement, actuellement, il y a une espèce de mode et on voit beaucoup sur les réseaux sociaux, surtout chez les jeunes lectrices. Quand je dis jeune, plus ton âge que le mien. j'ai bien aimé, mais c'était à la troisième personne. Du coup, je pense qu'en ce moment, c'est téméraire d'écrire à la troisième personne. Alors, j'ai un roman dans mes tiroirs à écrire à la troisième personne, mais voilà, il n'est pas édité d'ailleurs pour le moment. Donc là, après, il y a une identification forte finalement. Alors après, pour l'auteur, on devient un peu schizo aussi en écrivant à la première personne parce qu'on ne sait plus trop qui on est au bout d'un moment. Mais du coup, pour le lecteur, la lectrice aussi, le fait que ce soit la première personne, on a une immersion qui est beaucoup plus forte.

Ybelion — C'est là que je suis d'accord avec toi. Je me rends compte, j'ai été un lecteur un peu passif, je dis ça sans que ça soit négatif, mais sans faire vraiment attention. Et quand tu te plonges un peu dans l'écriture, vraiment beaucoup, forcément, quand tu lis, tu as un regard aussi totalement différent. Et je me suis rendu compte rétrospectivement que les livres écrits à la première personne me touchaient toujours beaucoup plus. Et je l'explique un peu comme tu dis, en tout cas, moi, j'y suis beaucoup plus sensible à ce côté. OK, mais en fait, on est dans la tête du personnage. C'est ça. Et en plus, ça permet, je ne sais pas, tu vas me dire ce que toi, tu en penses en tant qu'autrice qui pratique ça, mais je trouve que ça permet aussi de jouer beaucoup plus avec le niveau d'information qu'a le personnage ou pas. Parce qu'il ne sait pas tout du coup.

Fany Simon — Mais des fois, il y a quand même un côté un peu frustrant de ne pas, parce que le héros ou l'héroïne, du coup, est obligé de deviner correctement ou pas ce que pensent les autres. Alors que c'est vrai que quand tu es un narrateur à la troisième personne, bon, tu peux faire, tu peux rentrer dans la tête de plusieurs personnages. Ça peut aussi être plus simple en termes de communication, etc. C'est peut-être

Ybelion — une subtilité qui est un peu différente effectivement à l'écriture. Et en même temps, cette frustration dont tu parles, ça veut dire que le lecteur va peut-être la ressentir avec des trucs du genre mais putain, mais qu'est-ce qu'elle est ? Pourquoi elle ne comprend pas là ? Tu vois, ce n'est pas possible. Et c'est ça que je suis...

Fany Simon — Dans mon premier roman, il y avait beaucoup justement ce problème de communication comme ça, mais qu'est-ce qu'elle fiche, machin, mais bon, ben voilà, ce n'est pas toujours évident de décrypter les signaux de quelqu'un d'autre ou un mot qui peut être ambigu et mal comprendre les choses.

Ybelion — C'est ça qui est passionnant aussi d'explorer dans l'écriture.

Fany Simon — Ben oui.

Ybelion — Et Rose, tu disais tout à l'heure que c'était quelqu'un qui... Tu me dis si je me trompe, mais qui avait du mal à mettre des mots sur ce qu'elle pouvait traverser ou ressentir. C'est ça ?

Mettre des mots sur ce qui bloque

Fany Simon — Oui, complètement. Ça, c'est quelque chose... Quand je l'écris, oui, moi, c'est quelque chose que je peux ressentir bizarrement. On pourrait se dire que je suis à l'aise avec les mots, mais elle écrit, oui, elle orale, moins pour dire les choses, en fait, qui me plombent. Mettre des mots sur ce qui ne va pas. Et Rose, elle est comme ça. Elle n'arrive pas à dire pourquoi elle ne va pas bien, ce qui la bloque, etc. Elle n'arrive pas. Ça, tout est enfoncé depuis trop longtemps et ça ne veut pas sortir. Donc, c'est beaucoup plus facile d'enterrer plutôt que de dire. Et d'ailleurs, à un moment, il y a un espèce de... Il y a un événement qui va faire que tout va ressurgir, tout ce qu'elle a pu essayer de planquer sous le tapis avec les années. Finalement, il y a un moment, ça sort malgré tout et du coup, ça ne sort pas forcément comme il faut. Et là, à ce moment-là, c'est comme les gens qui disent quand tu arrives tout au fond de la piscine, tu bats des pieds pour remonter. Il y a un moment rose, elle est tout au fond de la piscine et là, il faut qu'elle trouve comment battre des pieds pour remonter.

Ybelion — OK. Tu vois, tout de suite, c'est marrant mais ça, c'est pareil, un enjeu personnel pour moi et du coup, tout de suite, ça m'accroche sur le côté... Ah OK, en fait, c'est un personnage qui va avoir les mêmes enjeux que moi et c'est ça que je trouve ça super à chaque fois. C'est assez... Alors bon, j'ai l'impression aussi maintenant avec le métier que je fais que les liens, tu vois, je fais toujours un peu des liens comme ça mais je suis toujours fasciné par la résonance que tu peux avoir quasiment avec tous les bouquins que tu peux croiser. Il y a toujours, je trouve, quelque chose à aller chercher qui t'apprend sur toi, ta situation. C'est un très beau miroir en fait, je trouve. Voilà ça, la conclusion que je ferais. je pense.

Le roman comme miroir de soi

Fany Simon — Dommage que les gens ne lisent pas plus.

Ybelion — Ouais, j'aime à croire que quand on a des, tu vois, des auteurs ou des autrices comme toi qui viennent aussi parler avec authenticité de leur écriture, de ce qu'ils peuvent y mettre, de leurs inspirations, que ça donne aussi beaucoup plus envie aux gens de lire, tu vois.

Fany Simon — Oui, j'espère.

Ybelion — parce que tu ne lis pas forcément par, parce que la couverture est jolie ou que la quatrième de couverture t'intrigue, mais aussi parce que en fait, il y a une résonance ne serait-ce qu'avec l'autrice que tu peux être. Et c'est pour ça que je trouve ça cool d'entendre, tu vois, les petites anecdotes, savoir que tu as mis un peu de ton métier de prof dans le livre, savoir que tu as pu d'abord commencer à écrire un mémoire et c'est ça qui t'a donné envie. Tu vois, tout ça, moi, c'est presque ça qui me donne plus envie de lire que tout le reste. C'est ça qui est cool. Et est-ce qu'il y a une partie de l'écriture que tu préfères qu'une autre ? Par exemple, je pensais tout à l'heure tu disais que tu n'étais pas forcément à l'aise, par exemple, les dialogues, les descriptions, les scènes fortes en émotion, l'action, est-ce qu'il y a quelque chose que tu préfères ?

Fany Simon — J'aime bien les scènes fortes en émotion et les épilogues qui sont souvent fortes en émotion aussi d'ailleurs. Donc ça, c'est des scènes que j'aime bien. D'ailleurs, là, le roman que je termine, j'ai fait les 80%, 90%. J'ai déjà fait l'épilogue. J'ai déjà fait la fin. Et du coup, ça, j'aime bien parce que finalement, je sais où je veux en arriver. Donc, c'est quelque chose que je fais régulièrement. Alors, des fois, ça va changer. Ce n'est pas appelé à être figé, mais je connais mon point d'arrivée.

Ybelion — quand tu as écrit tout ce que j'aimerais te dire, tu savais le... 1, 2, 3, tu savais déjà la fin ? Oui.

Structurer ou écrire à l'instinct

Fany Simon — À chaque fois, tous mes romans, enfin, tous mes romans, je n'avais pas fait 50, je suis en train de finir le quatrième, mais à chaque fois, je sais où je veux aller. Ce que je disais l'autre jour, j'étais une... On m'avait invité une petite conférence là, au salon de Montaigu. je disais, je sais, c'est un peu comme un trajet, je sais que je pars de tel endroit, je sais à quel endroit je vais, mais je ne sais pas ce qu'il va y avoir sur la route. Et donc, effectivement, j'ai besoin de... j'ai besoin de savoir où je vais pour me lancer à écrire.

Ybelion — Oui, la clarté de la destination et puis après, le... J'entends du coup que tu te laisses porter un petit peu par tes personnages ou quand même, tu mets des points de structure à certains endroits ? je mets des points

Fany Simon — de structure. J'ai des petits carnets avec plein, plein de choses dedans. Si je n'ai pas mon petit carnet dans mon téléphone, si je pense à des choses, j'ai des notes sur les étapes. Donc, en fait, je vais du plus gros au plus serré après pour le plan. Oui, c'est ça. J'ai besoin de quelque chose de structuré. Je ne peux pas partir comme... Je crois que c'est Douglas Kennedy qui dit qu'il écrit comme ça au fil de l'eau. Moi, j'en suis incapable. Je me demande si ce n'est pas Stephen King aussi qui disait ça. Stephen King

Ybelion — est très instinctif comme ça.

Fany Simon — Alors là, je trouve ça épatant, surtout quand on voit le résultat. Moi, je ne suis pas capable.

Ybelion — C'est impressionnant et en même temps, on entend tellement dans le discours qu'il faut préparer, qu'il faut un plan, qu'il faut une structure que parfois, il y en a certains qui, du coup, se mettent à faire des structures alors qu'en fait, ils ont un fonctionnement qui est très instinctif et c'est vraiment fascinant les gens qui s'étourent comme ça.

Fany Simon — C'est un processus propre à chacun, en fait.

Ybelion — Exactement.

Fany Simon — Je pense qu'après, il ne faut pas non plus chercher à trop structurer parce que c'est enfermant dans un cadre. Ça doit être différent quand tu écris des thrillers. L'autre jour, Michel Bussi, j'entendais qu'il disait que c'était extrêmement structuré mais je pense que c'est normal. Quand tu fais un thriller, les plot twists, j'imagine que tu ne peux pas faire autrement. Après, quand c'est une histoire un peu plus généraliste, je pense que tu peux te laisser aller. C'est ce que disent souvent beaucoup d'auteurs et qui je discute, c'est que nos personnages nous dictent un petit peu

Thrillers, plot twists et personnages qui dictent

Ybelion — ce qui va leur arriver.

Fany Simon — Ça, c'est sympa aussi. Dans les dialogues, tu n'avais pas prévu ça. C'est chouette.

Ybelion — Moi, c'est ce que je préfère. C'est quand tu commences une scène, tu sais à peu près ce qu'elle va raconter. Et puis, tu te laisses emporter et à la fin, tu fais c'est incroyable mais ce n'était pas du tout ce qui était prévu.

Fany Simon — Les personnages

Ybelion — sont très justes dans ce qu'ils ont envie de vivre aussi. Quand on sait où aller, c'est bien de se laisser porter. C'est cool.

Fany Simon — Oui, voilà, c'est ça.

Ybelion — Tu disais que du coup, tu prenais un petit peu des notes. Est-ce que ça t'est déjà arrivé parce que toi, tu as un métier qui est obligé d'être concentré sur ta classe. Est-ce que ça t'est déjà arrivé en plein cours d'avoir une idée fulgurante et de te dire il faut absolument que...

Fany Simon — Non.

Ybelion — Non, parce que clairement,

Fany Simon — quand tu as une classe devant toi, un double niveau, mon cerveau, il est dans la classe et c'est quelque chose qui est aussi un atout parce que si ça ne va pas, par exemple, tu as des problèmes persos, etc., tu sais que quand tu ouvres la porte de ta classe et que tu la refermes, tu n'es plus que dans ton travail. Moi, je sais que c'est quelque chose que je coupe complètement. Je suis immergée dans mon boulot et je suis 100% dans mon boulot.

Ybelion — C'est marrant parce que du coup, tu arrives aussi à le faire quand tu es dans l'écriture, ce que tu disais tout à l'heure. Quand tu as un temps, tu te l'autorises et puis il n'y a que ça.

Fany Simon — Oui, c'est ça.

Les idées qui surgissent la nuit

Ybelion — Tu vois, ça me fait écho. Moi, je ne suis pas trop comme ça. J'ai du mal. Je me rappelle quand j'étais dans mon ancien métier d'ingénieur, parfois, j'étais frappé par des idées et vraiment, ça ne me... J'arrivais plus. Il fallait vraiment que je l'écrive quelque part dans un truc. Sinon, elle restait comme un filtre opaque.

Fany Simon — Dans l'enseignement, tu n'as pas de temps mort. Quand tu as un groupe d'élèves face à toi, moi, je suis toujours, en plus, je suis quelqu'un d'assez speed. Donc, de toute façon, on est toujours en train de faire quelque chose avec les gamins. Tu es soit auprès d'eux, soit tu anticipes ce que tu vas faire après, tu aides un autre, et machin. Tu ne peux pas, en fait. Tu es vraiment à fond. Souvent, on dit ça entre collègues, on fait du stand-up toute la journée, en fait. Donc, tu n'as pas de temps mort. Tu vois un comédien qui est sur scène, il ne peut pas dire « Attends, je fais autre chose. » Désolé. Sinon, la classe, aussitôt, ça va être le bazar. Donc, tu es obligé d'être tout le temps, il faut les tenir. C'est un groupe de petits sauvages, il faut les tenir. Donc, du coup, c'est comme ça que la classe, elle vit et qu'elle fonctionne. Donc, je ne peux pas.

Ybelion — Oui, je comprends.

Fany Simon — Par contre, la nuit, là, je n'arrive pas à sanctuariser le sommeil. Et là, c'est très problématique parce que j'ai énormément d'idées la nuit qui, elle, là, pour le coup, oui, s'impose. Je résous plein de conflits, de nœuds des romans la nuit. Donc, c'est un peu, quelquefois, un peu saoulant, même si le matin, tu es content d'avoir eu des idées. Mais, je préférerais dormir plus.

Ybelion — Comment tu gères, du coup, quand ça te frappe comme ça, en pleine nuit ?

Fany Simon — J'écris pas. Je me force quand même à ne pas rallumer pour noter parce que sinon, je pense que ça serait fichu. Mais j'essaie quand même de m'en rappeler. Mais du coup, que je me dis, il faut que je m'en rappelle, on m'a la... Voilà. Donc, ça, c'est pas...

Ybelion — Le fameux moment où tu fais un rêve qui est trop cool et tu essaies de te le répéter dans ta tête en disant.

Fany Simon — et puis,

Ybelion — tu te lèves le matin et il a disparu. Ouais, voilà,

Fany Simon — c'est un peu flou, c'est machin. Moi, tu te dis, faire que ça revienne.

Ybelion — C'est assez fascinant, ça. et j'ai entendu que tu étais sur l'écriture d'un quatrième roman. C'est... T'as combien d'idées en tête et combien de livres t'as envie d'écrire ?

Fany Simon — Ah bah combien, je ne sais pas. Tant qu'il y aura, tant qu'ici, j'aurai de l'inspiration. Là, j'ai plusieurs romans en tête en fait parce que avant de signer aux presses de la cité, j'avais commencé à écrire une saga historique qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale sur le coin Canca, Saint-Malo, là par chez moi. Donc, une histoire familiale avec... voilà, donc, ouais, plein de choses. Donc, j'avais écrit un tome et demi. Mais, en fait, quand tu rentres après dans un... quand tu signes dans une maison d'édition, on m'a expliqué qu'il faut rester sur une ligne éditoriale pendant quelques romans. Tu ne peux pas alterner plusieurs styles quand, comme moi, tu n'es pas connu en fait. Donc, là, je reste sur du contemporain pendant quelques romans. On verra après ce que j'en ferai. Donc, du coup, j'ai tout laissé en plan sur le roman historique. Même si, voilà, on en a discuté avec mon éditrice, on aimerait bien en faire quelque chose après. Donc, je suis repartie sur du contemporain et puis, finalement, donc là, j'en termine un. Enfin, le premier jet, en tout cas, il n'est pas loin d'être fini. Mais, je ne vais pas me remettre tout de suite à l'historique parce que j'ai une autre idée de contemporain qui s'est greffée et déjà les personnages qui font toc bientôt notre tour. donc, du coup, voilà, il me faudrait beaucoup plus de temps et ça serait fabuleux.

La saga historique laissée en pause

Ybelion — Comment tu gères les différents projets ? Là, tu vois, quand tu as une nouvelle idée qui toque, tu l'arranges dans un frigo ou tu l'exploites ? Non,

Fany Simon — je compartimente.

Ybelion — Tu compartimente.

Fany Simon — Je compartimente, là, je leur dis, attends, non, il y a trop d'onglets ouverts, là, il faut en fermer certains et puis, on reverra plus tard. Mais non, sinon, ça va être possible. Déjà, je ne dors pas beaucoup.

Gérer plusieurs projets à la fois

Ybelion — Donc, tu es plutôt projet par projet. je ne dors pas. Je ne dors pas. Je ne dors pas.

Fany Simon — Je ne dors pas. Je ne dors pas. Je ne dors pas. Je ne dors pas. Je ne dors pas. Je ne dors pas.

Ybelion — Oui, je comprends. Typiquement, quand tu auras fini ton premier jet sur le prochain, est-ce que tu vas attendre tout le processus de réécriture, puis après correction édito, etc., avant de commencer, celui d'après ou c'est hop direct, un petit temps mort ?

Fany Simon — Oui, peut-être un petit temps mort, on verra, mais là, j'espère finir le premier jet pour un courant juillet, on va dire, juin-juillet, oui, ça va dépendre du temps que je vais pouvoir trouver. De toute façon, je vais laisser un temps parce que ça ne sert à rien de se remettre le nez dedans trop vite. Donc, j'espère en août pouvoir commencer à acheter des idées par-ci, par-là, du prochain. Il va être vraiment sur une alternance. En tout cas, c'est pour l'instant que dans ma tête, mais chapitre, après chapitre, ce sera une alternance passé-présent, passé-présent. Donc là, déjà, je n'ai jamais fait ça, donc je vais essayer de m'organiser peut-être des feuilles de couleurs pour structurer. Je vais déjà essayer de me faire un plan sur les années du passé, les moments du présent pour que ça se rejoigne. Donc ça, c'est mon projet du mois d'août.

Ybelion — Ok, trop bien. Et je rebondis sur ton partage sur les romans historiques, c'est la première, enfin, pour les 1, 2, 3, oh là là, sur les guerres, là, moi j'avais été extrêmement marqué, tu vois, encore une fois, merci au professeur, quand j'étais en prépa, l'année, ouais, c'est ça, en prépa, on avait eu un thème qui était la guerre et j'ai été extrêmement marqué par le feu de Barbus, un livre sur la première guerre mondiale et c'est trop cool, des petits romans historiques, surtout dans la région, ta région à toi, forcément, c'est aussi une région marquée par ces histoires-là.

Fany Simon — Oui, c'est ça, il y aura un ancrage fort de toute façon, territorial, clairement, c'est Cancale, Saint-Malo, Cancale, Saint-Malo, quoi. Mais, oui, j'ai, la difficulté, c'est de s'en sortir avec toutes les traces, parce que j'ai des documents, enfin, j'ai des bouquins, des documents, des témoignages, des collections de post-it dans 150 bouquins, donc là, c'est un autre enjeu, en fait, qui est complètement différent, parce que c'est comment gérer toutes ces données, ne pas s'embrouiller, donc je me suis fait une chronologie aussi, ça, c'est mon côté très scolaire, je me suis fait une chronologie des événements Cancale, Saint-Malo, date par date, je ne suis même pas rendue jusqu'en 45, je suis rendue jusqu'en 42, pour vraiment pas m'embrouiller dans des choses qui ont pu arriver, donc c'est, c'est quand même assez méticuleux et scolaire, on ne peut pas se lancer comme ça dans de l'historique, moins de, voilà, si on veut faire quelque chose de précis, c'est pas ça, mais j'aime beaucoup encore une fois cet enjeu, j'espère pouvoir m'y remettre.

Le défi du roman historique

Ybelion — En étant, tu disais, quelqu'un d'assez structuré, etc., effectivement, le roman historique, j'ai l'impression que c'est le plus gros enjeu, c'est justement réussir à démêler toute cette chronologie, et puis à comprendre ce que tu mets, ce que tu mets pas, parce que si tu mets tout, tu fais un livre d'histoire, ce qui n'est pas forcément le but.

Fany Simon — Voilà, ça n'a pas d'intérêt, ouais.

Ybelion — Et je trouve que le juste milieu entre la justesse historique et la justesse d'une histoire et d'une aventure, c'est peut-être le point clé. Oui,

Fany Simon — on verra ce que ça donne, c'est vrai que le tome 1, j'ai fait lire pour le coup à pas mal de copines, elles ont adoré, donc à chaque fois, encore vendredi soir, moi alors, quand est-ce que tu nous donnes la suite, machin, donc du coup, ça fait plaisir, mais c'est... Bon, là, pour le coup, je sais à peu près où je veux en arriver, mais c'est quand même moins... C'est pas pareil que des romans contemporains, c'est pas du tout la même façon de travailler, c'est à la troisième personne, il y a plus de personnages, même si ça reste, là encore, des héroïnes du quotidien, qui vivent des choses qu'ont vécu plein d'autres femmes à leur époque, mais c'est différent, mais ça me plaît.

Ybelion — Trop bien. Et pour revenir et boucler sur tout ce que j'aimerais te dire, qu'est-ce que tu pourrais, c'est ma question un peu favorite de la fin, qu'est-ce que tu pourrais nous raconter d'un peu cocasse ou rigolo sur ce livre, sur ce qu'il contient, sur son processus, un peu n'importe quoi ?

Fany Simon — Je pense à une anecdote, une anecdote d'élève qui avait beaucoup fait rire mes copines que j'avais mise dans le livre, je ne sais pas si c'est, ce n'est pas sur le processus d'écriture, mais c'est un petit cadeau,

Ybelion — c'est très bien,

L'anecdote des boucles d'oreilles crayon

Fany Simon — un petit cadeau d'élève, en fait, c'était, c'était des boucles d'oreilles, et donc, quand je déballe les boucles d'oreilles, je vois ces petits trucs marrons avec un petit bout rouge, donc je reste assez perplexe sur ces petites, on dirait, les petites knackies, pour rester dans le, voilà, et donc, je regardais les boucles d'oreilles, je les mets, forcément, c'est un cadeau, on ne peut pas de filmo, je mets les boucles d'oreilles, quand même, et, en fait, c'était des crayons de la maîtresse avec la mine rouge, mais alors, toutes mes copines, après, mais pourquoi, tu as des,

Ybelion — aussi,

Fany Simon — sans manière aux oreilles, donc ça, c'est vrai que je les replaçais dans le roman avec plaisir, parce que c'était une anecdote rigolote, je les ai toujours, mais à chaque fois, c'est quelque chose qui a marqué mon entourage de copines, les petites boucles d'oreilles, crayons.

Ybelion — C'est l'innocence, l'innocence des enfants, parfois, dans la créativité.

Fany Simon — ça, c'est, voilà, une petite anecdote mignonne.

Conclusion et mot de la fin

Ybelion — Ah, c'est génial, c'est génial. Merci beaucoup, Fanny, pour ton temps et pour avoir partagé autour de tout ce que j'aimerais te dire.

Fany Simon — Ben, merci de m'avoir invité.

Ybelion — Et, écoute, je te souhaite le meilleur avec ce livre et tous les prochains, et je suivrai, notamment l'historique, j'avoue que moi, ça me titille bien, j'aime beaucoup cette période-là. Oui, ben, après,

Fany Simon — je ne sais pas quand est-ce qu'il aura l'occasion de voir le jour, mais,

Ybelion — je vais le dire. Ton aventure d'écrivaine ne fait que commencer.

Fany Simon — J'espère, j'espère.

Ybelion — Merci. Merci d'être là, épisode après épisode. Si ce podcast t'inspire, t'aide ou te met du baume au cœur, t'abonner, mettre 5 étoiles et le partager, c'est le meilleur moyen de m'aider à toucher le plus de gens qui ont un livre en eux. Parce qu'après tout, plus il y a de livres écrits et mieux le monde se porte. A très vite. Ose Écrire.

Épisode 119 avec Fany Simon

AU MICRO AVEC

Fany Simon